L'empereur Mathias

L'empereur Mathias

 

I, 52

 

1595-1596

 

Les deux malins de Scorpion conjoints,

Le grand seigneur meurtri dedans sa salle :

Peste à l'eglise : par le nouveau roy joint

L'Europe basse & Septentrionale.

 

Conjonction Mars-Saturne, planètes malignes, à la limite du Scorpion et du Sagittaire

 

Parmi les conjonction dans le scorpions des planètes malignes Saturne et Mars, on compte celles de 1483 et de 1551.

 

L'influence nocive de Saturne et de Mars étant établie, vous pouvez affirmer que c'est la conjonction de Saturne et de Jupiter, le 25 novembre 1484, dans le signe du Scorpion et dans «la maison» de Mars qui a déterminé l'irruption du "mal français" (syphilis) (J. Lucas Dubreton, Le monde enchanté de la Renaissance: Jérôme Cardan l'Halluciné, 1954 - books.google.fr).

 

Saturne et Mars se conjoignent bien à 9° du signe tropique du Scorpion, mais cela se produit à la fin novembre 1483 et non en 1485 (Jacques Halbronn, Le texte prophétique en France: formation et fortune, Tome 2, 1999 - books.google.fr).

 

Nicholas Grimald prefixed four copies of verses to Turner's Preseruatiue or triacle agaynst the poyson of Pelagius, 1551. (Bodl. 8vo. T. 29. Th. Seld.). The first in Latin addressed to Hugh Latimer, the second in the same language to Turner, and the last to the reader in English, beginning Lyke as in tyme of Goddes reuengyng wrath, When fyry Mars when Saturn colde and drye Wyth soone in scorpion conspyrid hathe, And from the south vnholsoone breathis do flye, &c. It is asserted by Mr. Steevens that he died about the year 1563 (Athenae Oxonienses: An Exact History of All the Writers and Bishops who Have Had Their Education in the University of Oxford, Volume 1, 1813 - books.google.fr).

 

Selon Cambden, il y aurait eu conjonction de Saturne et Mars en 1551 à l'occasion d'une épidémie de suette (sueur anglaise), ce que conteste Joshua Childrey, disant que trois conjonctions de ces planètes eurent lieu en 1542 (Joshua Childrey, Histoire des Singularitéz naturelles, d'Angleterre, 1667 - books.google.fr).

 

C'est au cours de son séjour à Prague, après la mort de Tycho Brahé survenue en octobre 1601, que Kepler, désormais «mathematicus impérial» de Rodolphe II auquel Mathias succédera en 1612, observa la nova de 1604.

 

A la fin de l'année 1603 (17 décembre), Kepler signala la conjonction de Jupiter et de Saturne, complétée par Mars au printemps suivant; dans l'automne de la même année, un corps céleste, inconnu jusqu'alors, apparut dans la proximité de Jupiter et de Saturne, au S.-E. du Scorpion; il cessa d'être aperçu en mars 1606. Keppler rechercha si un phénomène analogue n'avait pas pu se produire vers l'époque de la naissance du Christ. Ses calculs l'amenèrent à reconnaître qu'une conjonction semblable avait eu lfeu vers l'an 748. Il supposa qu'un corps céleste du genre de celui qu'il avait observé avait pu apparaître à la même date. Or, par une coïncidence très remarquable, les tables chronologiques de la Chine portent qu'un astre, qui ne fut visible que pendant soixante et dix jours, fut signalé vers l'an 748. Il est vrai que Jésus-Christ n'est né qu'en l'an 750, mais le texte évangélique montre clairement que l'astre a dû paraître deux ans auparavant, puisque Hérode fait tuer les enfants de cet âge,après s'être enquis exactement du temps ou l'étoile avait apparu (Edmond de Pressensé, Jésus-Christ, son temps, sa vie, son oeuvre, 1866 - books.google.fr).

 

Kepler devait, comme astronome impérial, demeurer attentif aux événements qui survenaient dans le ciel. Il écrivit, en 1606, une longue dissertation sur une étoile apparue dans la constellation du Serpent, et qui, après avoir brillé d'un éclat supérieur à celui de Jupiter, disparut bientôt sans retour. Ce phénomène curieux, mais non sans exemple, causa une grande émotion, "Si l'on me demande: Qu'adviendra-t-il, que présage cette apparition? Je répondrai sans hésiter, dit Kepler : Avant tout, une nuée d'écrits, publiés par de nombreux auteurs, et beaucoup de travail pour les imprimeurs. Si l'on se plaint, ajoute-t-il, que ma dissertation glisse trop légèrement sur les conséquences théologiques et politiques, je répondrai que ma charge m'oblige, selon mes forces, à perfectionner l'astronomie, et non à remplir l'office de prophète public. J'en suis fort aise : si j'avais à parler librement de tout ce qui se passe en Europe et dans l'Église, je serais fort exposé à choquer tout le monde, car, comme dit Horace: Iliacos intra muros peccatur et extra." On ne devinerait pas, en lisant ces lignes, qu'elles sont écrites en 1606 ! (M. Bertrand, Notice sur Kepler, Le moniteur scientifique: journal des sciences pures et appliquées, Tome 6, 1864 - books.google.fr).

 

Kepler as the massing of planets that occurred shortly afterwards when Mars joined Jupiter and Saturn in the sky. In September and early October 1604 the three planets were very close together (within about 8 degrees), the whole group being at the edge of Scorpio and Sagittarius, and not in Pisces (David Hughes, The Star of Bethlehem Mystery, 1979 - books.google.fr, Edgar Leoni, Nostradamus and His Prophecies (1965), 2013 - books.google.fr).

 

"Europe basse" : Horace

 

"Europe basse" reste mystérieux. On a "basses Allemaignes" au quatrain X, 61.

 

Au XIXème siècle cela peut désigner la Russie et ses alentours (Frédéric de Rougemont, Ulysse Guinand) (Frédéric-Constant de Rougemont, Précis de géographie comparée, 1831 - books.google.fr, Ulysse Guinand, Esquisse de la Terre: suivie de descriptions de la Suisse et de la Palestine, 1837 - books.google.fr).

 

Alexander von Humbolt dit que l'Oural sépare la Basse Europe de la Basse Asie (Alexander von Humboldt, Ansichten der Natur: mit wissenschaftlichen Erläuterungen, Tomes 1 à 2, 1849 - books.google.fr).

 

Bassa (pacha) dignité turque : gouverneur de province, pour rappel de "grand seigneur" (Jean de La Fontaine, Fables, présenté par Yves Le Pestipon, 1995 - books.google.fr).

 

Puisque Kepler cite Horace (Ode Ad Lollium, Livre I : "tous les vices règnent dans les murs et hors des murs d'Ilion"), on retrouve une "vilis Europa" dans l'ode à Galathée du même auteur, une amie qu'il compare à la nymphe qui donnera son nom à un continent ("tua sectus orbis Nomina ducet" : une des parties du monde prendra ton nom).

 

On y trouve aussi "Pronus Orion" : au coucher d'orion placé aux Ides de Novembre par Pline. Orion meurt d'une piqure de scorpion, leurs constellations sont à l'opposé (Quintus Horatius Flaccus, présenté par E. Sommer, 1858 - books.google.fr, Les poësies d'Horace, Tome 2, 1760 - books.google.fr).

 

Qu'on étudie, au même point de vue, l'Ode à Lollius dans le livre IV, celle à Calliope dans le livre III, la onzième du même livre, qui se donne pour une objurgation à Lydé et qui est l'histoire d'Hypermnestre, ou la vingt-septième du premier, qui s'annonce comme un compliment à Galatée et qui est l'histoire d'Europe : devant cette complaisance du poète à briser la ligne commencée, à susciter les chemins de  traverse, à précipiter les images imprévues et les noms majusculaires -  historiques, mythologiques, exotiques — il faut bien arriver à conclure que tout se passe dans ces odes comme si ce n'était pas l'occasion ou le sujet de chacune d'elles qui en amenait le développement, mais le développement qui préexistait à la circonstance et qui entraînait le sujet. Ainsi s'éclaire l'aspect pour ainsi dire inorganique du lyrisme d'Horace, dont s'effarait l'admiration de l'honnête Daru : « On ne peut qu'être étonné, avouait-il, de voir un homme aussi judicieux laisser de l'obscurité dans la disposition même de ses pièces philosophiques, supprimer souvent des transitions indispensables et négliger presque toujours de réserver pour la fin de ses pièces les idées saillantes qui devaient en assurer l'effet. » Horace négligent ! Ah ! que c'est mal le connaître ! Plus radicaux sont les philologues, qui, de Bentley à Peerlkamp, rétablissent la logique en biffant les digressions. Les plus vieux manuscrits des Odes ne remontent pas au delà du IXe siècle. On peut toujours supposer que, pendant huit cents ans, le texte en a subi plus d'un attentat, et en accuser des scribes imaginatifs ou des moines ignorantins. Tel passage embarrasse notre dialectique : « Interpolé ! » décrétons-nous. C'est très simple. Mais il est encore plus simple de ne pas nous obstiner dans notre raison et de suivre le poète où il nous mène, quels que soient les détours du chemin. Quand nous serons au bout de notre lecture, ce qui nous restera dans l'esprit, ce n'est point un sujet à demi illusoire, ce seront des épisodes, de la couleur, le mouvement de la strophe. Et nous ne dirons pas comme Patin, commentant dans l'ode Laudabunt alii l'histoire assez inattendue de Teucer : « C'est là un de ces épisodes lyriques par lesquels Horace, à la manière de Pindare, se plaît à sortir de son sujet. » En sortir ainsi, c'est y être en plein. Horace a pris soin de nous avertir. Quand il se compare à la patiente abeille du mont Matinus, butinant çà et là, et incapable des puissants essors du cygne thébain, ce ne peut être uniquement par modestie (était-il si humble dans l'Exegi monumentum, l'est-il dans les odes contemporaines à Melpomène et à Lollius ?) : c'est réellement qu'il caractérise ainsi l'élaboration de ces petites pièces, les allées et venues de sa docte fantaisie. Les Odes sont des travaux d'abeille, faites de parfums épars et de sucs pompés au hasard de la tentation. Ne forçons point la comparaison et retenons-en deux choses : d'une part, le souci, chez Horace, du travail minutieux et de l'ouvrage bien fait ; d'autre part, son aptitude à se disperser, pour la joie du vagabondage, dans le vaste champ des formes, des couleurs, des livres, de tout ce qui peut séduire l'imagination cultivée et les sens délicats d'un artiste (Auguste Dupouy, Le lyrisme des odes d'Horace, La Revue de France, Volume 1 ;Volume 6, 1926 - books.google.fr).

 

XXIII. Auguste n'éprouva que deux défaites ignominieuses, et toutes deux en Germanie : celle de Lollius et celle de Varus [Teutoburg]. Celle de Lollius fut plutôt un affront qu'une perte; celle de Varus faillit être fatale à l'empire, car trois légions furent menacées avec leur général, ses lieutenants et tous les auxiliaires

 

Au milieu de nos succès en Pannonie, Marcus Lollius reçut un échec en Germanie. C'était un homme plus jaloux de s'enrichir que de bien faire, et tout rempli de vices qu'il s'étudiait à dissimuler. La perte de l'aigle de la cinquième légion appela César dans les Gaules (Velléius, II, 97) (Suétone, Les douze Césars, traduit par E. Pessonneaux, 1861 - books.google.fr).

 

Dans le cadre de l'organisation de la conquête de la Gaule par Auguste, la Legio V Alaudae (Alouette) a perdu son aigle en 16 av. J.-C. à la bataille clades Lolliana18, à proximité de Tongres ou de Maastricht, alors qu'elle était combattue par une coalition de Germains : Sicambres, Tenctères et Usipètes. Venus de la rive droite du Rhin, les Germains se heurtent au gouverneur romain Marcus Lollius, qu'ils battent en s'emparant (provisoirement) de l'Aigle emblématique de la légion romaine. Cette humiliante défaite déclenche la visite d'Auguste en Gaule, en 16 av. J.-C., pour une durée de trois ans, consacrée à la réorganisation de la Gaule en Trois Gaules et au projet de conquête de la Germanie jusqu'à l'Elbe. La Légion V, créée en 52 av. J.-C., continua son existence au moins jusqu'à la révolte des Bataves en 70 ap. J.-C. (fr.wikipedia.org - Bataille de Teutobourg).

 

On pensait auparavant que c'était Lollius qu'Horace décrit comme un modèle d'intégrité et supérieur à l'avarice dans ses Odes, ainsi que dans deux épîtres, mais il est peu probable que cela s'adresse à ce Lollius. Cela devait être adressé à la même personne, un jeune homme, probablement le fils de ce Lollius. Il portait le même nom, Marcus Lollius, et est consul en 13 et père de l'impératrice et brève épouse de l'empereur Caligula, Lollia Paulina (fr.wikipedia.org - Marcus Lollius Paulinus).

 

"Le grand Seigneur"

 

Le grand seigneur. L'empereur des Turcs. Synonyme de sultan.Dans la religion mahométane, les chefs de l'État se disent les descendants du prophète: tel est le grand-seigneur chez les Turcs, le sofi de Perse, le grand-mogol (Bern. de St-P.,Harm. nat.,1814, p. 297). Pascal dans ses Pensées dit qu'il faudrait avoir une raison bien épurée pour regarder comme un autre homme le grand Seigneur environné dans son superbe sérail de quarante mille janissaires (Mauriac,Journal 2,1937, p. 196) (www.cnrtl.fr - seigneur).

 

La salle

 

Le modèle théorique (qui, comme toujours dans l'histoire ottomane, souffre de nombreuses exceptions), exige qu'il fasse procéder à un nouvel arpentage général et reconfirme les actes de son prédécesseur, ainsi que les titres qu'il avait accordés, devenus « légalement nuls et non avenus » avec sa disparition. La loi du fratricide qui certifie symboliquement la sacralité de la dynastie pour mieux permettre au sultan de se placer audessus d'elle, est, à ce titre, significative. Nul n'a le droit de faire couler le sang d'un membre de la dynastie Osman, qui est sacré ; pourtant, dans un recueil de lois généralement attribué à Mehmed II, on lit que « comme la plupart des ulémas le confirment, il est licite que celui de mes enfants à qui incombera la faveur d'avoir le sultanat, tue ses frères pour le nizami alem (“ordre universel ”) ». L'historien Ahmet Mumcu montre pourtant combien il est difficile de légitimer ce dispositif juridique par une quelconque doctrine islamique, puisqu'il s'agit de la mise à mort de personnes explicitement reconnues comme innocentes, exécutées pour le simple fait d'exister. Ce modèle qui n'est pas islamique, est cependant légitimé par une conception «céleste» du sultanat, puisque le « droit à la souveraineté sur une communauté musulmane est garanti directement par Dieu et la conquête concrète de la souveraineté est synonyme, en réalité, d'une désignation divine». Dès lors, cette pratique relève d'un registre cosmique supérieur qui annule la lettre de la loi révélée pour mieux en respecter l'esprit. La victoire d'un membre de la dynastie sur ses frères dans la lutte pour le trône semble d'ailleurs être exigée par la population elle-même comme un signe envoyé par Dieu. [...] Le chroniqueur Saloniki évoque la mise à mort des dix-neuf frères de Mehmed III (1595-1603) (Hamit Bozarslan, Histoire de la Turquie: De l'Empire à nos jours, 2013 - books.google.fr).

 

Le règne de Mehmed III a mauvaise réputation. Même à l’aune violente des traditions fratricides ottomanes, il marque l’histoire en faisant assassiner dix-neuf de ses frères et demi-frères pour asseoir son pouvoir. Sa mère, la Sultane validé Safiye Sultan, assure une sorte de régence du pouvoir. Mehmed délaisse les affaires de l’État pour s'occuper de son harem en y donnant des fêtes somptueuses. Après lui la pratique du fratricide pour asseoir le pouvoir du sultan disparut, ses successeurs se contentant d'enfermer les autres prétendants dans divers sérails. À sa mort son fils, Ahmet Ier (1603-1617), prend sa succession (fr.wikipedia.org - Mehmed III).

 

Soucieuse de renforcer l'alliance avec les Turcs contre les Espagnols et de consolider les capitulations en faveur des commerçants, la reine d'Angleterre Elizabeth I envoie à Murat III en 1599, un orgue agrémenté d'une horloge mécanique à personnages tenant des trompettes d'argent et oiseaux qui chantent et agitent leurs ailes à la fin de leur chanson. Le facteur, Thomas Dallam, raconte son voyage sur le navire Hector et son séjour à Constantinople. L'orgue est construit dans une pièce de Topkapi qui a vu la strangulation des dix-neuf frères de Mehmed III (Alain Servantie, Le voyage à Istanbul: Byzance, Constantinople, Istanbul : voyage à la ville aux mille et un noms du Moyen Age au XXe siècle, 2003 - books.google.fr).

 

Moustapha Ier était le frère du sultan Ahmet Ier, fils de Mehmed III et de Halime Sultan. Moustapha Ier aurait été mentalement attardé ou, au moins, névrosé, et ne fut jamais davantage qu'un jouet de la cour du palais de Topkapi. Durant le règne de son frère, il fut confiné pendant quatorze ans dans le Kafes, la partie du palais où les successeurs potentiels étaient enfermés. À la mort de son frère en 1617, il accéda au trône, mais ne régna que quelques mois et fut déposé en 1618. Son neveu, Osman II, régna alors pendant quatre ans et Moustapha Ier fut renvoyé dans la Kafes. En 1622, Osman II fut assassiné par les janissaires et Moustapha Ier fut rappelé sur le trône, où il resta à nouveau environ une année. En 1623, il fut à nouveau déposé et remplacé par un frère d'Osman, Mourad IV. Moustapha Ier mourut seize ans plus tard. (fr.wikipedia.org - Moustapha Ier).

 

Mathias, nouveau roi

 

Mathias, empereur, né en 1557 de Maximilien II et de Marie, fille de Charles-Quint, montra de bonne heure ses vues ambitieuses, et tenta de se mettre hors de la dépendance de l'empereur Rodolphe II, son frère. Il accepta le gouvernement des provinces belgiques soulevées contre l'Espagne ; mais il ne put le garder n'étant soutenu ni par l'empereur ni par l'empire. Il n'obtint qu'avec peine la permission de rentrer en Autriche, où il vécut dans le besoin et l'humiliation. Cependant les embarras où se trouva bientôt Rodolphe le forcèrent de recourir à Mathias, qu'il chargea du gouvernement de l'Autriche et du commandement de son armée de Hongrie (1595). Devenu, par la mort d'Ernest, son frère (1595), héritier présomptif de la couronne, il vit dès-lors croitre sa popularité, à mesure que l'empereur tombait dans le discrédit. Il s'assura le rang de chef de sa maison, en 1606, par un pacte secret avec Maximilien, son frère, et avec ses cousins Ferdinand et Ernest, conclut la même année le traité le plus avantageux avec Botskai, prince de Transylvanie, et signa à Vienne avec le grand-seigneur une trêve de vingt ans ; mais ce dernier acte ne fut point ratifié par Rodolphe qui, connaissant depuis longtemps les projets ambitieux de son frère , lança contre lui un rescrit violent, détacha de sa cause les autres archiducs , et le mit dans l'alternative de se soumettre sans condit. ou de résister à force ouverte. Mathias n'hésita pas longtemps : il mit dans ses intérêts les états de Hongrie et ceux d'Autriche ainsi que la Moravie, leva des troupes et réussit, par les armes et par les négociations, à faire décider que Rodolphe lui céderait ces trois provinces, qu'il ratifierait le traité de Vienne, et qu'à sa propre demande les états de Bohême déclareraient Mathias son success. Celui-ci, pour satisfaire ses nouveanx sujets, fut obligé de leur faire de grandes concessions. A la couronne de Hongrie il joignit bientôt celle de Bohême qu'abdiqua son frère, et en 1612, après la mort de ce faible prince, il fut élu empereur à l'unanimité. Ce titre ne lui donna pas un grand pouvoir; car les états de Hongrie, d'Autriche et de Bohême, auxquels il demandait des secours pour forcer les Turks d'exécuter le traité de Vienne, insistèrent sur la nécessité de maintenir la paix ; et il renonça à son dessein. Voulant assurer la stabilité du trône en se choisissant un successeur, il fit couronner à Prague, en 1616, Ferdinand, chef de la ligue styrienne sur laquelle reposait tout l'espoir de la branche autrichienne d'Allemagne ; mais il vit bientôt qu'il s'était donné un maitre. Ferdinand montra une grande intolérance envers les protestants qui se révoltèrent et que son caractère violent et ses actes arbitraires ne durent pas calmer. Le vieux Mathias, qui osait à peine se plaindre, et qui pourtant cherchait les moyens de rétablir la paix, mourut en 1619, déplorant ses injustices envers Rodolphe II, gémissant de l'ingratitude de Ferdinand, et prévoyant les malheurs inévitables qui allaient fondre sur ses états [la guerre de Trente ans : cf. quatrains I, 82 et II, 24] (Biographie universelle, Tome IV, 1838 - books.google.fr).

 

"Peste à l'Eglise" : schisme protestant

 

La ligue catholique, qu'on appellerait aujourd'hui politiquement le parti conservateur, avait pour chef le duc Maximilien de Bavière; on vit même y accéder, en 1613, les princes luthériens de Saxe et de Darmstadt, par attachement pour la maison d'Autriche et pour la conservation de l'empire contre les menées révolutionnaires des calvinistes. Cette ligue des conservateurs, qui formait la grande majorité dans la diète générale, accorda donc à l'empereur un subside contre les Turcs; mais les catholiques formulèrent en même temps leurs griefs. Le principal était contre les calvinistes et les sectes nouvelles qui pullulaient de jour en jour. La pacification d'Augsbourg n'était que pour les protestants de la confession d'Augsbourg, avec lesquels il serait facile de s'entendre; mais ces sectes nouvelles, qui n'avaient aucun droit à la pacification, la ruinaient, ainsi que l'unité de l'empire, par leurs prétentions révolutionnaires de ne se soumettre plus à la majorité des voix à la diète, de ne vouloir reconnaître aucun tribunal au sujet de leurs empiétements sur les catholiques. L'empereur Mathias, qui s'était flatté de dissoudre les deux ligues l'une par l'autre, se vit bien loin de son compte ; les griefs des catholiques ne furent pas même mis en délibération, et il termina mesquinement la diète qu'il avait ouverte avec éclat (Histoire universelle de l'Église catholique par Rohrbacher, continuée jusqu'en 1866 (1868) par Joseph Chantre, Tome 13, 1869 - books.google.fr).

 

Guerre aux Turcs

 

En Europe, la guerre de Hongrie fut poussée avec peu de vigueur; mais l'Autriche ne sut pas profiter de la diversion si favorable de la guerre contre la Perse et les révoltés d'Asie; elle irrita les Hongrois, qui se donnèrent pour roi Boskaï, oncle de Sigismond Bathory, et sollicitèrent la protection du sultan. Celui-ci s'empressa de donner l'investiture à Boskaï (1605). L'Autriche, éclairée par cet acte, conclut, en 1606, un traité par lequel elle reconnut Boskaï comme prince de Transylvanie et des districts de la Hongrie que les Batbory avaient possédés : il fut stipulé qu'à la mort de Boskaï toutes ses possessions reviendraient à l'empire. Alors la Porte consentit à signer le traité de Sitvatorok (11 novembre 1606), où l'orgueil ottoman fléchit pour la première fois et abolit les conditions humiliantes des traités précédents. Le tribut annuel de 30,000 ducats, que l'Autriche payait au sultan sous le nom de présent d'honneur, fut supprimé; « pour cette fois seulement, était-il dit dans le traité, 200,000 écus seront payés aux Turcs; mais, à l'avenir, tous les trois ans, des ambassadeurs iront porter des présents volontaires dont la valeur ne sera déterminée d'aucun côté. » L'empereur et le sultan, ajoutait-on, se traiteront sur un pied d'égalité; les attaques, les surprises, les irruptions, devront cesser; les dommages seront réparés et les prisonniers mis en liberté. Gran, Erlau et Kanischa restèrent au pouvoir des Turcs; l'Autriche conserva Raab et Comorn. Cette paix fut ratifiée par les États de Hongrie et d'Autriche, réunis à Presbourg (1608), et une convention, signée à Vienne en 1615, la confirma pour vingt ans. Cette paix de Sitvatorok, qui n'a pas assez fixé l'attention des publicistes, et dont le souvenir s'est perdu, effacé par celui du traité de Carlovitz, signé un siècle plus tard, a pourtant une haute signification dans l'histoire du droit politique et des rapports diplomatiques entre la Turquie et le reste de l'Europe : elle fixa pour la première fois une borne à la conquête ottomane, qui jusqu'alors avait menacé l'Occident. Les signes de vasselage, les tributs annuels apportés par des ambassadeurs, furent supprimés; les relations diplomatiques furent établies sur un pied d'égalité; la Transylvanie fut soustraite à demi au joug turc, et la Hongrie, bien que soumise encore à la domination ottomane pour une partie de son territoire, fut au moins affranchie du tribut pour le reste. Pour la première fois furent observées, de la part du sultan et du grand vizir, les formalités diplomatiques en usage parmi les nations de l'Europe. L'acte, écrit en turc, ne fut pas, comme cela s'était fait jusqu'alors, imposé aux plénipotentiaires impériaux sans qu'il leur fût permis d'en prendre connaissance; il fut examiné par les drogmans des deux parties. La paix de Sitvatorok annonça aux puissances européennes la décadence de la Porte Ottomane et prépara le traité de Carlovitz (Hammer).» (Théophile Lavallée, Histoire de la Turquie, Tome 2, 1859 - books.google.fr).

 

La reconquête de la Hongrie sur les Turcs est traitée dans le quatrain II, 90 avec le traité de Carlovtsi de 1697.

 

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