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Sigismond et Amurat I, 52 1595-1596 Les deux malins de Scorpion conjoints, Le grand seigneur meurtri dedans sa salle : Peste Ă l'eglise :
par le nouveau roy joint L'Europe basse & Septentrionale. Conjonction Mars-Saturne, planètes malignes, au Scorpion Pour la période qui nous occupe : conjonction de Mars et Saturne du 12 décembre 1543 au 30 janvier 1544; du 31 juillet au 8 septembre 1572; du 14 au 27 octobre 1600 (www.astro.com - 1544, www.astro.com - 1572, www.astro.com - 1600). L'influence nocive de Saturne et de Mars étant établie, vous pouvez affirmer que c'est la conjonction de Saturne et de Jupiter, le 25 novembre 1484, dans le signe du Scorpion et dans «la maison» de Mars qui a déterminé l'irruption du "mal français" (syphilis) (J. Lucas Dubreton, Le monde enchanté de la Renaissance: Jérôme Cardan l'Halluciné, 1954 - books.google.fr). Cf. quatrain précédent I, 51. Saturne et Mars se conjoignent bien à 9° du signe tropique du Scorpion, mais cela se produit à la fin novembre 1483 et non en 1485 (Jacques Halbronn, Le texte prophétique en France: formation et fortune, Tome 2, 1999 - books.google.fr). Nicholas Grimald prefixed four copies of verses to Turner's Preseruatiue or triacle agaynst the poyson of Pelagius, 1551. (Bodl. 8vo. T. 29. Th. Seld.). The first in Latin addressed to Hugh Latimer, the second in the same language to Turner, and the last to the reader in English, beginning Lyke as in tyme of Goddes reuengyng wrath, When fyry Mars when Saturn colde and drye Wyth soone in scorpion conspyrid hathe, And from the south vnholsoone breathis do flye, &c. It is asserted by Mr. Steevens that he died about the year 1563 (Athenae Oxonienses: An Exact History of All the Writers and Bishops who Have Had Their Education in the University of Oxford, Volume 1, 1813 - books.google.fr). Selon Cambden, il y aurait eu conjonction de Saturne et Mars en 1551 à l'occasion d'une épidémie de suette (sueur anglaise), ce que conteste Joshua Childrey, disant que trois conjonctions de ces planètes eurent lieu en 1542 (Joshua Childrey, Histoire des Singularitéz naturelles, d'Angleterre, 1667 - books.google.fr). C'est au cours de son séjour à Prague, après la mort de Tycho Brahé survenue en octobre
1601, que Kepler, désormais «mathematicus impérial» de Rodolphe II auquel Mathias succédera en 1612, observa la nova de 1604. A la fin de l'année 1603 (17 décembre), Kepler signala la conjonction de Jupiter et de Saturne, complétée par Mars au printemps suivant;
dans l'automne de la même année, un corps céleste, inconnu jusqu'alors, apparut dans la proximité de Jupiter et de Saturne, au S.-E. du Scorpion; il cessa
d'être aperçu en mars 1606. Keppler rechercha si un phénomène analogue n'avait pas pu se produire vers l'époque de la naissance du Christ.
Ses calculs l'amenèrent à reconnaître qu'une conjonction semblable avait eu lfeu vers l'an 748. Il supposa qu'un corps céleste du genre
de celui qu'il avait observé avait pu apparaître à la même date. Or, par une coïncidence très remarquable, les tables chronologiques de la Chine portent
qu'un astre, qui ne fut visible que pendant soixante et dix jours, fut signalé vers l'an 748. Il est vrai que Jésus-Christ n'est né qu'en l'an 750, mais le
texte évangélique montre clairement que l'astre a dû paraître deux ans auparavant, puisque Hérode fait tuer les enfants de cet âge,après s'être enquis exactement du temps ou l'étoile avait apparu Kepler devait, comme astronome impérial, demeurer attentif aux événements qui survenaient dans le ciel. Il écrivit, en 1606, une
longue dissertation sur une étoile apparue dans la constellation du Serpent, et qui, après avoir brillé d'un éclat supérieur à celui de Jupiter, disparut
bientôt sans retour. Ce phénomène curieux, mais non sans exemple, causa une grande émotion, "Si l'on me demande: Qu'adviendra-t-il, que présage cette
apparition? Je répondrai sans hésiter, dit Kepler : Avant tout, une nuée d'écrits, publiés par de nombreux auteurs, et beaucoup de travail pour les
imprimeurs. Si l'on se plaint, ajoute-t-il, que ma dissertation glisse trop légèrement sur les conséquences théologiques et politiques, je répondrai que ma
charge m'oblige, selon mes forces, à perfectionner l'astronomie, et non à remplir l'office de prophète public. J'en suis fort aise : si j'avais à parler
librement de tout ce qui se passe en Europe et dans l'Église, je serais fort exposé à choquer tout le monde, car, comme dit Horace: Iliacos
intra muros peccatur et extra." On ne devinerait pas, en lisant ces lignes, qu'elles sont écrites en 1606 ! Kepler as the massing of planets that occurred shortly afterwards when
Mars joined Jupiter and Saturn in the sky. In September and early October 1604 the three
planets were very close together (within about 8 degrees), the whole group being at the edge of Scorpio and Sagittarius, and not in Pisces L'"Europe basse et Septentrionale" : Constantinople et Scandinavie "Europe basse" reste mystérieux. On a "basses Allemaignes" au quatrain X,
61. Au XIXème siècle cela peut désigner la Russie et ses alentours (Frédéric de Rougemont, Ulysse Guinand) Alexander von Humbolt dit que l'Oural sépare la Basse Europe de la Basse Asie A partir d'un passage de La Moselle d'Ausone, Jacob Tollius (Rhenen, 1633 - Utrecht, 1696), philologue et alchimiste néerlandais, déclare que la contrée de la Thrace où était Constantinople se nommait Europa minor au temps de Constantin (Henri de La Ville de Mirmont, Ile Barbe, 1918 - books.google.fr). Les principales éditions d'Ausone sont celles de J. Scaliger (Leyde, 1575), de Tollius (Amsterdam, 1669 et 1671), de Souchay (Paris, 1730) (Encyclopédie Des Gens Du Monde, Répertoire Universel Des Sciences, Des Lettres Et Des Arts, Tome 2, 1833 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Jacobus Tollius). Armenia minor : la basse Armenie, l'Armenie mineure (Dictionaire nouveau francois-latin (et latin francois), Tome 2, 1693 - books.google.fr). Bassa (pacha) dignité turque : gouverneur de province, pour rappel de "grand seigneur" "Le grand Seigneur" Le grand seigneur. L'empereur des Turcs. Synonyme de sultan. Dans la religion mahométane, les chefs de l'État se
disent les descendants du prophète : tel est le grand-seigneur chez les Turcs, le sofi de Perse, le grand-mogol (Bern. de St-P.,Harm. nat.,1814, p. 297). Pascal dans ses Pensées dit qu'il faudrait
avoir une raison bien épurée pour regarder comme un autre homme le grand Seigneur environné dans son superbe sérail de quarante mille janissaires (Mauriac,Journal 2,1937, p. 196) Articles accordez par le Grand Seigneur en faveur du Roy & de ses subjects, a mesire Claude Du Bourg... pour la liberté & seureté du trafficq, commerce & passage es païs & mers de Levant. A Paris. Chez Jean de Bordeaux. 1570 (Traités internationaux de l'Ancien Régime: éditions isolées et recueils conservés à la Bibliothèque nationale de France : catalogue, 1997 - books.google.fr, Articles accordez par le Grand Seigneur en faveur du Roy & de ses subjects: a mesire Claude Du Bourg ... pour la liberté & seureté du trafficq, commerce & passage es païs & mers de Levant, traduit par Dominico Olivery, 1570 - books.google.fr). La naissance d'Amurat III Amurat III, né en 1544, succéda (1575) à son père Sélim II, fit étrangler ses cinq frères, dont le plus âgé n'avait pas 8 ans (Biographie portative universelle, 1851 - books.google.fr). Amurat mit sur le trône valaque Michel le Brave à la place du tyran Alexandre Ivan dont se plaignaient des députés venus à Constantinople. Michel le Brave se retournera contre les Turcs après la mort d'Amurat. Ce fut là le dernier acte de souveraineté d'Amurat. La fievre qui le consumoit le mit bientôt au tombeau; il mourut dans le haram entre les bras du premier Eunuque noir, au mois de Janvier 1595, après avoir vécu cinquante ans & quelques mois, & en avoir regné vingt (Vincent Mignot, Histoire de l'Empire Ottoman, depuis son origine jusqu'à la paix de Belgrade en 1740, 1771 - books.google.fr). Les trois planètes Mars, Jupiter et Saturne, sont dans le Scorpion depuis le 12 décembre 1543 jusqu'au 11 janvier 1544 (www.astro.com). Pour les astrologues, les mauvaises planètes du Scorpion sont Saturne et Mars, comme le récitait Roussat (Livre des Etats, p. 98) : «le Scorpion, qui est venimeux, est signe de mensonge, d'infortune, & de faulseté, & aussi la tour et domicile de Mars»; (p. 149) : «signe du Scorpion : lequel est domicile de Mars, detriment de Venus, la ruine & malheur des luminaires, la voye bruslee, la joye des maulvais Planetes (qui sont Saturne & Mars) la tristesse des bons (qui sont Iupiter & Venus)». conjoints : Saturne et Mars se retrouvent en conjonction tous les deux ans, mais comme le texte n'indique pas explicitement le signe zodiacal, on retiendra qu'elles furent en conjonction très serrée en Scorpion le 2 Février 1544, puis plus éparse en Août 1572 et Octobre 1600, mais aussi en Bélier en Janvier 1703. Cf. Brind'Amour (1993, p. 199sqq, 253sq). - concernant les conjonctions en Scorpion : Roussat déclarait (p. 146) : «Aussi peut on prouver, par la maulvaise condition & qualité des estoilles en ce signe, de la nature de Mars, & du Scorpion : lesquelz engendrent hommes qui à ce sont enclins de nourrir monstres en leurs cueurs»; (p.148) : «Brief, pour retourner d'où nous venons, icelle conjonction Scorpioniste signifie scismatiques, heretiques, infideles, menteurs, lubriques, trompeurs & gens sur tout effrontez : lequel Signe est appelé de Ptolémée le Signe de mensonge»; (p. 151) : «icelle fortunee conjonction de Saturne & Jupiter en Scorpion signifie, ou signifiera d'une grande partie de la Chrestienté dépopulation, abolition, desolation & perdition, si Dieu par son immense, infinie, & incomparable bonté, & misericorde, n'y contrevient pource qu'icelle triplicité aquatique est fort contraire à la religion Chrestienne, qui est signifiee par la terrestre» (Lucien De Luca, Eurêka Nostradamus, Scholia Nostradamica Libri V - Puzzles, Charades, Rébus, Calembours, 2025 - books.google.fr). Amurat serait ainsi qualifié d'infidèle, lubriques, menteur... Si Amurat accède au pouvoir à 31 ans en 1575, il peut être né en 1544 (Jean-François de La Croix, Abbrégé chronologique de l'histoire ottomane, Tome 1, 1768 - books.google.fr). According to the Christian writers, on the 18th of January 1596, after he had lived 51 or 52 years, as others fay, and reigned 19. They add, that his death was attended with so sudden and terrible a storm at Constantinople, that many thought the world was at an end (An Universal History, from the Earliest Account of Time, Tome 31, 1759 - books.google.fr, Il vaglio antologia delle letteratura periodica, 1843 - books.google.fr). Aujourd'hui on le fait naître en 1546 (fr.wikipedia.org - Mourad III). En 1582, Gianfrancesco Morosini remplace Contarini dans sa charge à Constantinople. Il révèle clairement les liens de parenté entre cette Grande Sultane et Mourad III : «L'empereur des Turcs actuel, Sultan Amurat, est né le 27 août 1546; son père était le sultan Sélim et sa mère vénitienne; et, comme elle-même le raconte, elle fut capturée à Corfou où son père avait été nommé gouverneur, mais elle ne sut jamais dire le nom de sa famille». Morosini accomplit sa mission au moment où Cervantès revient d'Alger. Son témoignage répète ce que ses prédécesseurs avaient déjà dit mais il ajoute pourtant un détail nouveau qui, lui aussi peut-être, parvint jusqu'en Berbérie : cette Grande Sultane, dès qu'elle eut son fils, le fit secrètement baptiser, non parce qu'elle était une fervente chrétienne mais par une sorte de superstition répandue chez les Ottomans; d'après eux les enfants turcs baptisés avaient plus de chance dans la vie. Mais Cervantès n'avait pas besoin d'un détail de ce genre pour imaginer la religion sincère de son héroïne de sa pièce de théâtre La Grande Sultane Dona Cathalina d'Oviedo. Nous nous trouvons donc en présence de deux histoires de Grandes Sultanes : celle de la Vénitienne de la famille Basso, épouse de Sélim II et mère de Mourad III; celle de la Corfiote Hasachi ou Ssafidje, chrétienne également, épouse de Mourad III. L'une et l'autre ont exercé sur ce Grand Turc une profonde influence. Or, certains historiens semblent avoir commis une confusion entre ces deux Grandes Sultanes. Sagredo prétend que Mourad III prit pour femme une Vénitienne de la famille Basso, et Hammer l'affirme aussi. Les témoignages des ambassadeurs vénitiens ne laissent aucun doute sur la personnalité de la mère de Mourad III : elle appartenait à la famille Basso. Il serait surprenant, mais non impossible, que cette famille ait connu la même mésaventure, à quelques années de distance. Un renseignement, fourni par Thomas Artus, permet pourtant d'entrevoir la vérité : Hasachi était une véritable Corfiote de parents modestes; lorsque le destin en fit une grande sultane, elle rougit de ses origines et prétendit qu'elle était une grande dame de Venise, s'attribuant probablement les noms et qualités de sa belle-mère. Cervantès entendit ces rumeurs déformées et dans lesquelles se mêlaient des éléments de deux histoires différentes. En situant son action vers la fin du XVIe siècle, en appelant Morates son Grand Turc, il indique qu'il s'agit d'événements récents, contemporains de son séjour dans les bagnes d'Alger, quand il se documentait sur le monde turc qu'il était sur le point de connaître plus directement. Des bribes de réalité ont ainsi fait germer dans son esprit l'image de cette héroïne, épouse adorée, capturée à l'âge de dix ans; il a remplacé Corfou par Oran et Venise par Oviedo (Albert Mas, Les Turcs dans la littérature espagnole du siècle d'or, recherches sur l'évolution d'un thème littéraire, Partie 1, 1967 - books.google.fr). La naissance de Mourad en 1546 fait le lien avec le quatrain précédent puisque Luther est mort cette même année le 18 février 1546, six mois avant (fr.wikipedia.org - Martin Luther). Tabriz en 1043 et le Scorpion Tabriz. This city is of the Fourth Clime; and it was founded during the days of Islam, and it is as the Pole of Islam in Iran. Its longitude is 82°, and its latitude 38°. It was founded by the Lady Zubaydah, wife of the Caliph Harun-ar-Rashid, in the year 175 (791). Sixty-nine years later, namely in the year 244 (858) and during the reign of the Caliph Mutawakkil, it was destroyed by an earthquake, but the Caliph forthwith caused it to be rebuilt. Then one hundred and ninety years later, namely on the 14th of Safar in the year 434 (4th October, 1042), it was again totally destroyed by an earthquake. Further the Qadi Rukn-ad-Din of Juvayn, in his Majma Arbab-al-Maslik1, asserts that the Astronomer Abu Tahir of Shiraz, being there present (in Tabriz) at this time, had foretold that on a certain night the city would be laid in ruins by an earthquake, and he had urged that the authorities should by force bring the people out of the city and encamp them in the plain, in order that they might not all be destroyed by the falling walls. His prediction came true, for the city in the very night he had indicated was completely ruined, and some 40,000 men were killed in the disaster. Then the Amir Vahsudhan ibn Muhammad ibn Rawwad al-Azdi, who was governor of the province on the part of the Caliph Qaim, in the year 435 (1043) began to rebuild the city of Tabriz under the guidance of the aforesaid Astronomer, at the time when the Sign of the Scorpion was in the ascendant. And this same Astronomer further asserted that for the future Tabriz would not again be laid in ruins by an earthquake, but rather would be in danger by flood of water. Now this same, up to the present date, during the three hundred years that have elapsed since his prediction, has proved to be perfectly true; for though the city has been many times visited by earthquakes these have caused no great ruin (Hamd Allah Mustaufi of Qazwin, al-Kazwini, The Geographical Part of the Nuzhat-al-qulub (740 H. 1340), Partie 2, traduit par Guy Le Strange, 1919 - books.google.fr). En l'année 1043, Mars et Saturne sont en Scorpion du 29 octobre au 9 décembre (www.astro.com). Un savant mémoire de M. Wallon, de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, nous apprend que dans tous les calendriers qui se trouvent en tête des livres d'église et missels, du IX au XIV siècle, on voit que l'entrée du soleil dans chaque signe du zodiaque est constamment marquée au XV des calendes (A. Allmer & A. de Terrebasse, Inscriptions antiques & du moyen âge de Vienne en Dauphiné, 1875 - books.google.fr). Le 15 des calendes de novembre est le 17 octobre (fr.wikipedia.org - Calendrier romain). Mourad III et les Druzes du Liban «Le soleil des Émirs tannoukhides se mit à se coucher et le soleil des Maanides à se lever», écrit Tannous Chidiac, le vieil annaliste des familles «notables du Liban», en son langage savoureux. De fait la conquête ottomane a mis un terme à l'hégémonie des Beni Bohtor et donné l'essor à la montée des Maanides, en dépit de leur appartenance au parti des Kaïssites. De Baakline, ils se déplacent à Deir el-Kamar, devenue depuis le siège de l'Émirat. Cette prépondérance, reconnue à l'Émir maanide par les autres clans féodaux, ne dérivait que de la coutume. Nul acte juridique, émanant des Mamlouks du Caire ou, plus tard, du Sultan ottoman, n'était intervenu pour l'autoriser ou la sanctionner. Mais tout était usages et coutumes dans les mœurs de la Montagne. Les institutions elles-mêmes en dérivaient, et la force de l'habitude qui les muait dépassait en intensité l'effet obligatoire d'une loi positive. Un concours de facteurs divers d'ordre moral et politique était à l'origine de la suprématie que l'Émir exerçait sur les féodaux. Elle ne se réalisait d'ailleurs guère, sans que des conflits, parfois violents, n'en eussent aplani la voie. Petites guerres locales de l'Émir avec ses rivaux en mal de promotion à ses dépens, mais, le plus souvent, avance des colonnes ottomanes de répression au cœur de la Montagne, auxquelles l'Émir et ses hommes de tous clans et Communautés ne pouvaient qu'opposer une résistance désespérée, suivie de soumission. [...] Les Banou-Assaf de la Communauté sunnite figuraient, au XVIe siècle parmi les compétiteurs les plus redoutables des Maanides. D'origine turcomane, les Mamlouks leur avaient, en 1306, donné le Kesrouan en fief. Au temps de l'Émir Mansour Ibn Assaf (1522-1580), leur domaine s'étendait du voisinage de Beyrouth jusqu'à Arka, au Nord de Tripoli, sans comprendre, bien entendu, cette ville, lieu de résidence du Pacha ottoman. Ghazir leur servait de capitale d'où rayonnait leur administration qui sut rendre prospère la région. Des Chiites de Baalbeck vinrent, sous leur égide, occuper Faraya et Harajel, des Sunnites de la Békaa, le Sahel el-Alma et Faytroun. Des Druzes du Metn se répandirent dans les villages d'alentour et des Maronites d'Ehden et de Bécharreh dans ceux du Foutouh. Aux Assaf, les Banou Saïfa disputaient le pouvoir. Musulmans sunnites de race kurde, leur fief couvrait le Akkar. Au cours d'une embuscade que Youssef Ibn Saïfa leur dressa, en 1590, sur la route de Batroun à Moussaïliha, le dernier des Assaf, l'Émir Mohammad, trouva la mort. Épousant la veuve de sa victime, Youssef usurpa aussi son héritage. Il choisit Tripoli pour habitat , où sa puissance parvint à éclipser l'autorité légale du Pacha, représentant de la souveraineté ottomane. Il domina le littoral à un point tel qu'il attira dans son orbite les tribus et les villages de la région d'Antioche. Restait à son ambition de réduire les Maanides du Chouf où l'Émir Korkmas avait succédé à son père Fakhreddine Ier, mis à mort, en 1544, par le Wâli de Damas. Ses hommes avaient en 1584, à Djoun-Akkar, pillé un convoi de Janissaires en route vers Istanbul, qui transportait la collecte du miri, effectuée en Égypte et en Palestine. Cet incident avait mis en rage le Sultan Mourad III qui résolut d'abattre les petits roitelets du Liban. Une imposante expédition punitive, sous le commandement d'Ibrahim Pacha, Wâli d'Égypte, s'enfonça, l'année suivante, dans le Akkar. Une grande partie de la population fut massacrée et les hameaux transformés en champs de ruines. De là , elle se dirigea vers le Chouf qu'elle mit à sac sous prétexte que des Druzes avaient aussi participé à l'attaque de Djoun-Akkar. L'Émir Korkmas ne dut son salut qu'à la fuite. Mais ce n'était que pour mourir, peu après, des suites de ses blessures au vieux château de Niha près de Jezzine. Son successeur fut son fils, le grand Fakhreddine (Idmun Rabbat, La formation historique du Liban politique et constitutionnel, essai de synthèse, 1973 - books.google.fr). Les prédictions de la ruine ottomane La prédiction de la ruine des Turcs en terre d'Empire émanait de la prophétie de Torquato Prognosticon de eversione Europæ. Cette prophétie, attribuée à un astrologue ferrarais du XVe siècle, Antonius Torquatus, appartenait aux écrits prophétiques qui, selon Jean Deny, auraient été tendancieusement fabriqués au XVIe siècle dans un but de propagande. Ce faux était destiné à l'affermissement de l'image du Saint Empire et de son chef comme bouclier de la chrétienté. J. Deny pense que cette campagne de prophéties avait été inspirée pour une bonne part par Charles Quint qui employait sa passion de l'astrologie et sa superstition au service de buts politiques. Ces prophéties anti-turques furent « élaborées sans doute dans quelque officine du Saint Empire allemand, une sorte de Deuxième Bureau avant la lettre, ayant pour mission de relever ou réchauffer le moral de la chrétienté », selon l'expression de Deny. Le Prognosticon de Torquato, soi-disant écrit en 1480 à l'intention de Mathias Corvin, roi de Hongrie, prédisait tous les bouleversements politiques de l'Europe depuis l'expédition de Charles VIII en Italie jusqu'à l'échec de Soliman II devant Vienne, sans oublier Luther et la découverte de l'Amérique. La prophétie augurait la ruine effective du Turc sous le treizième ou quatorzième sultan : «et ne passera pas l'an 1536». Elle connut un immense succès au XVIe siècle. Elle fut traduite en allemand et en anglais, et fut jointe, entre autres, aux ouvrages érudits de Laguña et de Leonclavius. Dans les différentes éditions, la date butoir pour l'effondrement des Turcs était continuellement repoussée avant d'être omise pour rendre le Pronosticon indéfiniment valable (Alexandre Y. Haran, Le lys et le globe, Messianisme dynastique et rêve impérial en France aux XVIe et XVIIe siècles, 2016 - books.google.fr). Johannes Leunclavius reproduit le passage du Prognosticon concernant les Turcs, mais aux dates des années 1534, 1535, au plus tard 1536, il substitue celles de 1593, 1594 et au plus tard 1595 (J. Deny, Les pseudo-prophéties concernant les Turcs au XVIe siècle, Revue des études islamiques, Volume 10, 1936 - books.google.fr). Johannes Leunclavius, en allemand Johannes Löwenklau (on rencontre aussi Leunclavvius, Leunclaw et Leunklaw), né en 1541 à Coesfeld (principauté épiscopale de Münster) et mort en juin 1594 à Vienne, est un historien, traducteur et jurisconsulte allemand de langue latine (fr.wikipedia.org - Leunclavius). Chavigny donne la traduction de Torquato : "Car la maison Ottomane tombera & defaillira en la XIII. ou XIIII. teste, & ne passera point tel nombre, ny les ans de salut 1596. mais la sans faute esprouuera une horrible ruine." Nostre Prognostiqueur nous asseure que la maison des Ottomans, qui comença de regner l'an de CHRIST 1.300. finira en la XIII. ou XIIII teste, & ne passera l'an de salut 1996. dont nous sommes si proches, que nous le touchons du doigt. Il fera donc bon de voir la succession de ses Princes, & si tel nombre conuiendra à l'espace des ans, qui sont entre deux (Jean-Aimé de Chavigny, Les Pléiades du S. de Chavigny Beaunois divisées en VII livres, 1603 - books.google.fr). Mais là sans faute esprouuera une horrible ruine. Et de la mort de l'Empereur des Turcs naistra si grande contention et discorde entre les principaux seigneurs de sa cour, qu'ils se meurtriront les uns les autres , et les estrangers se ietteront sus (Jean-Aimé de Chavigny, Les Pléiades du S. de Chavigny Beaunois divisées en VII livres, 1603 - books.google.fr). Les Druzes en 1043 Muhammad bin Ismail Nashtakin al-Darazi, qui a donné son nom à cette communauté, malgré que les Druzes aient refusé son appartenance à leur religion et l'accusent d'hérésie et d'usurpation. Les sources druzes affirment que al-Hakim a nié et interdit les idées de al-Darazi (qui prêchait la divinité du calife), et a même ordonné l'élimination de son mouvement supportant celui de Hamza ibn Ali. Al-Hakim a disparu durant une de ses chevauchées nocturnes, on présume qu'il a été assassiné par sa sœur Sitt al-Mulk. Mais les Druzes croient qu'il est entré en Occultation, ainsi que Hamza ibn Ali et trois grands prêcheurs de la secte, laissant la direction de ce nouveau mouvement à un nouveau leader : Al-Muqtana Baha'uddin. En 1043 Baha'uddin annonce que la secte ne pourrait plus désormais accueillir de nouveaux adeptes et que la porte d'entrée dans la religion est close. Les Druzes sont principalement établis dans la partie centrale du Mont-Liban, dans le sud de la Syrie (où ils occupent notamment la zone montagneuse du Hawran, connue sous le nom de djebel Druze), dans le nord de l'État d'Israël en Galilée, et sur le plateau du Golan. Leur religion, le druzisme, est une doctrine philosophique fondée sur l'initiation et centrée sur la seule recherche du côté ésotérique de la religion musulmane. Elle est aussi considérée comme ayant été initialement une école de la branche ismaélienne du courant chiite. C'est ensuite la volonté de s'en démarquer, par l'abandon de préceptes islamiques, qui l'a transformé en religion à part. Leur interprétation de l'islam est secrète et n'est révélée aux fidèles qu'après divers degrés d'initiation, elle s'appuie sur la croyance en la réincarnation ou la métempsycose. Les Druzes considèrent qu'ils ne sont pas contraints par certaines prescriptions de la charia, ni les obligations rituelles qui en découlent; ils n'ont ni liturgie, ni lieux de culte (Soud El Mawla, Le mouvement houthite au Yémen : d'une minorité politico-religieuse à une stratégie d'hégémonie, Maghreb, Machrek, Numéros 235-238, 2018 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Décès en 1043). Abu al-Hasan Ali ibn Ahmad al-Sammuqi (979 - 1043), better known as Baha al-Din al-Muqtana, was an 11th-century Isma'ili missionary, and one of the founders of the Druze religion. His early life is obscure, but he may have been a Fatimid official. By 1020 he was one of the chief disciples of the founder of the Druze faith, Hamza ibn Ali. The disappearance of Fatimid caliph al-Hakim bi-Amr Allah, considered by the Druze to be the manifestation of God, in 1021, inaugurated a period of anti-Druze persecution. Al-Muqtana took over the leadership of the remnants of the Druze movement in 1027, and led the missionary activity (the "divine call") of the widely scattered Druze communities until 1042, when he issued his farewell epistle (Risalat al-Ghayba, 'Epistle of Occultation'), in which he announced his retirement and the closing of the divine call due to the imminence of the end times. The Druze have been a closed community ever since. Al-Muqtana's epistles comprise four of the six books of the Druze scripture, the Epistles of Wisdom (en.wikipedia.org - Baha al-Din al-Muqtana). Tabriz en 1585 et les Druzes Dja'far Bey Djoumblatt prit le pouvoir à Killis, succédant à son père après quatre ans de règne. Il joua un rôle important dans la conquête de Tabriz et commanda l'armée ottomane avec les deux généraux Mustapha Pasha et Ferhad Pasha. L'armée persane était alors commandée par ' Ali Pasha et Tokhman Pasha. Elle assiégea Dja'far qui échappa cependant à l'encerclement, après de durs combats. Tabriz soutint un siège de dix mois au cours duquel Ottomans et Persans en vinrent aux mains près de quarante huit fois. Douze attaques et trois assauts généraux furent successivement menés contre cette forteresse. Enfin une armée de secours, forte de dix mille druzes, réussit à délivrer Djoumblatt et Ferhad. Leurs attaques furent si hardies qu'ils mirent en pièces l'armée persane qui, à bout de souffle, se rendit, Tabriz ne tarda pas à tomber. Deux mois après, une nouvelle révolte éclata. Ferhad Pasha et Dja'far Pasha appelèrent à leur secours les Kurdes des environs. Trois jours de sanglants combats suffirent à décimer les rebelles. Les Ottomans mirent la main sur un important butin de guerre comprenant un bon nombre de filles et de garçons Tcherkess (Selim Hassan Hichi, La famille des Djoumblatt, du VIIème siècle à nos jours, 1986 - books.google.fr, Jean François de Lacroix, Abrégé chronologique de l'histoire Ottomane, Tome 1, 1768 - books.google.fr, René Lucinge, De la Naissance, durée et chute des estats, 2008 - books.google.fr). C'est là le principal ouvrage de René de Lucinge, son traité sur les Turcs, qui n'a pas été imprimé depuis 1614. Entre sa parution, en 1588, et cette dernière date, il a été traduit en italien, en latin et en anglais. Acrostiche : LLPL Hellepolis pour le grec "elepolis", hélépole (Michel de Marolles, ,Histoire romaine continuée depuis le commencement de l'empire de Dioclétien et de Maximian jusqu'à celui de Valens, 1630 - books.google.fr). Il n'est pas douteux que l'artillerie servit beaucoup à Mahomet. C'est grâce à elle qu'il fit brèche dans les murs et put s'emparer de Constantinople. Désormais, la prise d'une place forte qui n'était pas ravitaillée n'était plus déjà qu'une question de temps; aucune muraille, si forte et si bien crénelée qu'elle apparût, ne pouvait résister à la force des nouveaux engins de guerre. Mais il est bien intéressant de constater qu'aucun des anciens procédés de la poliorcétique n'avait été abandonné. Mahomet avait encore des balistes, des hélépoles ou tours roulantes, recouvertes de cuir avec étages casematés, d'où l'on pouvait lancer des traits sur la garnison et abaisser les échelles pour envahir la ville. L'hélépole était une tour de bois à plusieurs étages revêtue d'une triple cuirasse de peaux de bœufs; elle pouvait glisser sur des rainures. De cet arsenal mobile, percé de meurtrières, l'ennemi pouvait tirer à l'abri. Trois portes donnaient accès aux ouvriers et aux soldats pour les sorties et les retraites. De la plate-forme supérieure on pouvait abaisser à l'aide de poulies un pont-levis à crampons qui s'accrochait aux murailles de la ville assiégée (Henri Vast, Le siège et la prise de Constantinople, Revue historique, Volume 13, 1880 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Hélépole). Dans les Sonnets pour Hélène de Ronsard, mort en 1585 : Ny la douce pitié, ny le pleur lamentable Ne t'ont baillé ton nom : ton nom Grec vient d'oster De ravir, de tuer, de piller, d'emporter... Depuis 1544, grâce à l'édition Hervagius, le public cultivé dispose des scholies d'Euripide. A partir de 1562 il pourra lire en édition bilingue, assorti des annotationes de Gaspard Stiblin et avec des conjectures de Jean Brodeau - celui-là même à qui nous devons une édition de l'Anthologie grecque pourra lire en édition bilingue, assorti des annotationes de Gaspard Stiblin et avec des conjectures de Jean Brodeau - celui-là même à qui nous devons une édition de l'Anthologie grecque -, le texte de ces tragédies. D'autre part, Ronsard a certainement "gousté" - Binet le dit expressément - Eschyle, lui aussi disponible grâce, parmi d'autres, à Robortello, éclairé par Arsénios de Monembasie (dont l'un des manuscrits se trouvait à Fontainebleau depuis 1542) Chez ces différents auteurs, qu'il s'agisse des tragiques grecs eux-mêmes ou de leurs scholiastes, se trouvent déjà les étymologies dont on a crédité Ronsard. Et toutes prennent la forme de l'invective : Eschyle dans l'Agamemnon, parle d'"elenas", celle qui prend les vaisseaux, d'"elansros", celle qui prend les hommes ou encore, d'"elepolis", celle qui prend (ou ruine) les villes. Le même tient aussi Hélène pour une Erinys, un démon Et l'on comprend mieux désormais pourquoi Ronsard peut, non pas écrire, mais récrire, que «quelque Demon [...] s'est vestu» du corps d'Hélène (Michel Simonin, Hélène avant Surgères : archéologie d'un pertsonnage ronsardien, Sur des vers de Ronsard, 1585-1985, 1990 - books.google.fr). Ptolémée Chennos est cité par Photios dans sa Bibliothèque en ce qui concerne Hélène de Troie : Que certains rapportent qu’Hélène, arrivée à Tauris en Scythie avec Ménélas à la recherche d'Oreste, fut immolée à Artémis avec Ménélas par Iphigénie; que d'autres disent qu'elle fut enlevée par Thétis pendant le retour des Grecs vers leur patrie, et qu'elle fut métamorphosée en phoque (Photius, Ptolémée Chennus, Nouvelle Histoire - remacle.org). Diane est «appelée "Tauropola", soit parce que son culte est établi à Tauris, en Scythie; soit parce qu'elle est protectrice des bergers; soit parce qu'elle est la même que la Lune, et qu'elle est traînée par des taureaux, d'où on l'appelle aussi "taurôpon".» On peut voir aussi dans Euripide, Iphigénie en Tauride, v. 1429 (M. Artaud, Tragédies de Sophocle traduites du Grec, 1857 - books.google.fr). Si Enea Silvio Piccolomini (futur pape Pie II), qui a rencontré Nicolas Sékoundinos à Naples en avril 1456, voit dans la chute une réédition de la prise de la cité de Priam, nombreux sont ceux qui, à l'inverse, font des Turcs les vengeurs des Troyens, dont ils seraient les descendants. Ils voyaient les événements contemporains à la lueur déformée d'un passé lointain et légendaire. Chalkokondylès, proche de la cour ottomane, écrit que la prise de Constantinople fut un malheur qui a «égalé celui de Troie, comme si les barbares vengeaient Troie en faisant périr tous les Grecs». Posculo voit aussi dans cette journée du 29 mai 1453 la revanche des Troyens, et le souligne en imitant l'Énéide. Mais sans pour autant s'en enthousiasmer, car il situe l'événement au sein de l'histoire universelle des empires : la prise de la Ville manifestait la passation de pouvoir de l'Europe à l'Asie, revanche du siège narré par Homère. Son parallèle avec la guerre de Troie le conduit à d'étonnants rapprochements : les janissaires auraient eu en tête la volonté de venger la mort de Priam ! Il use d'ailleurs d'un vocabulaire archaïque : les Byzantins sont des «Achéens», des «Argiens» ou des «Pélasges»; les Turcs, des «Teucres» ou des «Phrygiens», qui restent toutefois des Barbares. Et l'islam n'apparaît pas, escamoté par le paradigme homérique (Sylvain Gouguenheim, Constantinople 1453, 2024 - books.google.fr). Pour Hugues Salel de Cazals-en-quercy (1504-1553), qui fit une traduction de l'Iliade d'Homère sur ordre de François Ier,, la lecture de la guerre de Troie devient une incitation à la guerre contre les Ottomans : il s'agit d'admonester «nos princes troyens c'est-à -dire chrétiens à ce que par effet ils désirassent et s'efforcent de recouvrer leur matrimoine héréditaire d'Asie la Mineure qu'on dit maintenant Natolie ou Turquie». Et Salel, même s'il est tout préoccupé de la langue d'Homère, effleure à l'aide d'une formule de prétérition, les origines troyennes de la monarchie française : «Je m'abstiendrai pour l'heure à déclarer / Comme les dieux l'ont voulu décorer / de prophétie, en ce qu'il a prédit / L'autorité, le règne et le crédit, / Que les Troyens, après leurs grands dangers, / auraient un jour ès pays étrangers». Et Ronsard parle de Priam comme «aïeul» de François Ier. C'est que l'approche du texte homérique par ces auteurs français suit les habitudes exégétiques médiévales, qui sont loin de perdre de leur vigueur, renforcées par les tendances ésotériques de l'école philologique néo-platonicienne florentine, que Lemaire connaît et cite. Pour lui, l'histoire troyenne «est véritable et fertile et toute riche de grands mystères et intelligences poétiques et philosophales, contenant fructueuse substance sous l'écorce des fables artificielles». Une leçon sur l'homme : caractère, destin, liberté et responsabilité. L'histoire de la destruction, en quelque sorte «programmée» par les dieux, de la ville de Troie, des souffrances et des morts innombrables, est un cas d'application et d'examen, presque casuistique par la diversité des héros et de leur destinée, de la question de la liberté de l'homme face à l'omniscience et l'omnipotence divine, semblable à celle de la prédestination et de la grâce, remplacées ici par la faveur d'un ou de plusieurs des dieux olympiens. Les héros grecs et troyens sont dotés d'un «caractère» et toute leur histoire ne fait qu'illustrer les conséquences de ce tempérament, assumé avec cohérence. Les héros grecs et troyens qui s'affrontent sont eux aussi le produit de généalogies et d'intrigues complexes vécues par leurs ancêtres, situations et qualités parfois exceptionnelles, dont ils «héritent» sans volonté ni mérite de leur part (Gabriel Audisio, Prendre une ville au XVIe siècle, histoire, arts, lettres, 2004 - books.google.fr, Lucien Merlet, Poètes beaucerons antérieurs au XIXe siècle, Tome 2, 1894 - books.google.fr). Au milieu du XVe siècle, le pape Pie II disait estimer surtout les Italiens «parce qu'ils descendent en ligne droite des Troyens par Anténor et Énée». Il voulait organiser une croisade contre Mahomet II afin de chasser les Turcs, «ces faux descendants des Troyens, au profit des Italiens, vrais descendants de Teucer, et, sur les ruines de leur empire, relever l'empire de Troie» (Louis Bourdeau, L'histoire et les historiens: essai critique sur l'histoire considérée comme science positive, 1888 - books.google.fr). Dans les manuscrits d'avant les croisades de Frédégaire, il y a un passage relevant la parenté des Francs et des Turcs, descendants tout deux des Troyens. Un roi des Francs s'appelait Torquot (Claude Cahen, Frédégaire et les Turcs, Economies et sociétés au Moyen Age, 1973 - books.google.fr). "Peste" et "nouveau Roi" : le cacatholique Sigismond Wasa chassé de Suède C'est en ce temps, en l'an 1590, que les Moscouites recouurerent presques tout le pays que les Suedois leur auoyent pris, pendant la guerre de Pologne, & afin que les Polonnois ne vinsent au secours des Suedes, ietterent les Turcs & Tartares dans la Pologne. Le Roy Jean de Suede mourut l'an 1592. Prince lettré, & de bon esprit, mais trop indulgent à la femme Catherine de Pologne, laissant son fils Sigisinond, son successeur au Royaume de Suede. Mais Sigismond ayant eu à grand peine leur permission des Polonnois, de venir en Suede, pour se mettre en possession du Royaume, & ayant demeuré plusieurs iours à Dantzic, finalement, apres auoir esté secoué de diuerses tempestes, arriua en Suede : Où il iura folemnellement de conseruer les priuileges du Royaume, & ne souffrir autre religion que la Protestante, de ne rien accorder aux Catholiques : & fut couronné Roy le 19 Feburier 1594. Sigismond donc estant Roy de Suede, sous ces conditions, mais nourri par sa mere en la religion Romaine, dont il a tousiours fait profession, monstra son affection au parti Papiste, permettant que quelque temples fussent ostez aux Lutheriens en Prüsse, par les Euesques, & commandant à ceux de Dantzic, de laisser aux Papistes l'Eglise noftre Dame, ce qui donna grand grand ombrage aux Suedois. Charles son Oncle, fils du Roy Gustaue, conuoque les Estats Oncle de du Royaume en Suede, le 18 Feburier 1597; & prend le titre de gouuerneur du Royaume de Suede. Ce que Sigismond scachant, il defend toute assemblee des Estats en son absence : mais Charles ne s'en souciant, continue d'assembler les Estats, se saisit des principales forteresses, & soustient qu'il le peut faire par les loix du Royaume. Bref il dispose de toute la Suede à sa volonté, dont Sigismond ayant eu aduis, vient en Suede le 18 Iuillet 1599. & apres quelques rencontres avec les troupes de Charles, fut fait quelque accord, lequel ne dura pas longtemps. Car Charles portant le nom de Duc de Suede assiegea Calmar, pendant l'hyuer, & l'ayant contraint par la famine de se rendre, s'en saisir le 12 May, conuoque les estats esquels Sigismond est declaré decheu du Royaume de Suede, & les Finlandois, voulans tenir le parti de Sigismond, sont assaillis & vaincus en Novembre, apres quoy, Charles retourna en Suede, d'où il sortit l'an 1601 pour se saisir de la Liuonie, & n'y ayant eu du meillieur, quoy qu'aidé par les Estats de Hollande, fut contraint de se retirer en ses garnisons. Voila donc le Royaume de Suede en interregne, Charles n'ayant point le nom de Roy, mais l'estant en effet, & gouuernant si bien la Republique, que le histoires estrangeres disent d'vn accord, que tous ont admiré ce Prince & Capitaine de Suede, qui pour soustenir les droits du Royaume, a souffert tant de trauaux, donné & receu tant de batailles, & nonobstant plusieurs disgraces receuës des Danois, Polonois & Moscouites, est demeuré ferme comme vn rocher au milieu de ces orages. Ce que les Suedes recognoissants, resolurent de luy donuer le nom & les marques de la Royauté, tellement qu'on peut dire que c'est vn autre Charles Martel, ou Hue Capet, suscité pour releuer les ruines de la Republique, & empescher qu'vn si grand Royaume ne fust reduit en prouince sous les Polonois, ou exposé à l'invasion des voisins Danois & Moscouites. Suscité derechef pour produire & laisser apres luy ce grand Prince & Heros Gustaue son successeur à present regnant, duquel les histoires laisseront vne memoire eternelle & recommendable à la posterité. Charles donc estant esleu Roy de Suede, & fut couronné le 15 Mars 1607 (Histoire des armes victorieuses de Gustave Adolphe, roy de Suède, 1632 - books.google.fr). Les États se réunirent à Uppsala en 1593 pour décider de la politique religieuse à mener. Le Synode et la Diète d'Uppsala déclarèrent caducs les textes normatifs de Jean III (Nova ordinantia et Liturgie) et formulèrent une confession de foi luthérienne, la Confessio fidei. Elle contenait les trois anciennes confessions et la Confessio Augustana mais prenait ses distances avec le Livre de Concorde, adoptant un état antérieur à l'œuvre concordataire allemande (Otfried Czaika, La Scandinavie, L’Europe en conflits: Les affrontements religieux et la genèse de l’Europe moderne (vers 1500-vers 1650), 2019 - books.google.fr). Jean III était catholique par le cœur, mais il redoutait la colère des princes protestants, le soulèvement de ses sujets, et l'usurpation de son frère Charles. [...] En 1580, la peste décima les habitants de Stockholm. Le roi retournait à l'hérésie; mais Sigismond, son fils, n'acceptait pas avec autant de résignation la loi des Luthériens. Il avait été élevé dans le sein de l'Eglise romaine; il ne consentit jamais à abjurer. Pour confesser son Dieu il fit plus tard le sacrifice du trône de Suède, l'héritage que ses pères lui avaient légué; et il régna sur les Polonais, qui, afin de récompenser cette persévérance, l'avaient, plusieurs années auparavant, choisi pour roi. Possevin sentait qu'il était de la dignité du Saint-Siége d'éloigner le légat apostolique de ces luttes, où le Catholicisme n'entrait que comme vaincu d'avance Jésuite, il serait resté en Suède avec le Père Warsevicz; Nonce du Pape, il ne songea qu'à sauver l'honneur de la tiare, et il demanda son audience de congé. Le 10 août 1580, il sortit de Suède (M. Crétineau-Joly, Histoire religieuse, politique et littéraire de la compagnie de Jésus: composée sur les documents inédites et authentiques, Tome 2, 1851 - books.google.fr). Epidémie de peste La fin du XVIe siècle est marquée par des famines en 1588 en Pologne et dans les pays Baltes, puis, de 1591 à 1597 d'abord en Afrique du Nord, en Italie et dans les Balkans, puis dans les régions atlantiques (1595), enfin en Allemagne et en Europe centrale (1597), et toutes ces mauvaises années sont accompagnées ou suivies de la peste (Jean-Noël Biraben, La peste dans l’histoire, 1975 - books.google.fr). La peste de 1590 et 1591 enleva dans Rome soixante mille habitants (Stendhal, Promenade dans Rome, Tome 2 1883 - books.google.fr). Une peste, la plus grave de tout l'Ancien Régime, ravage Bourg en Bresse en 1595, tuant un habitant sur sept (Denise Turrel, Élites urbaines et clientèle royale : la nouvelle chambre de justice de Bourg-en-Bresse en 1601, Villes rattachées, villes reconfigurées: XVIe-XXe siècles, 2013 - books.google.fr). "meurtri" : chagriné Les Turcs se font des grandes escarres [estafilades] pour leurs dames; et, afin que la marque y demeure, ils portent soudain du feu sur la plaie et l’y tiennent un temps incroyable pour arrêter le sang et former la cicatrice. Gens qui l’ont vu l’ont écrit et me l’ont juré. Mais pour dix âpres [petites pièces d'argent], il se trouve tous les jours entre eux qui se donnera une bien profonde taillade dans le bras ou dans les cuisses (Michel de Montaigne, Les Essais. Mis en français moderne, 1588 - archive.org). Le sens affaibli du verbe meurtrir est attesté au milieu du XVe siècle par le biais du participe meurtri (contusionné) et qu’à la même époque on rencontre la première attestation de la collocation affective meurtrir le cœur de quelqu’un. Il semble donc que l’épisode polysémique qui s’est étendu sans doute du XIVe au XVIe siècle ait concerné simultanément l’affaiblissement de l’agression physique et l’affirmation de la métaphore affective (Charles d’Orléans, Ballade, V, 26 ds Poésies, éd. P. Champion, t.1, p. 22 : "honte vous est... D’un loyal cueur ainsi meurdrir") (Jacques François, Les fluctuations historiques de la polysémie lexicale, Travaux de linguistique 2020/2 (n° 81) - www.cairn.info). La guerre qu'Amurat III fit en Hongrie n'eut pas un succès plus constant. S'il fit quelques conquêtes dans la Croatie, il les perdit bien-tôt après. Sinan battit l'armée Chrétienne près de Comar; mais le Baron d'Euffembach altéra la joie de cette victoire, par la prise de Sabatzie, de Filech, de Novigrade, & de plusieurs autres Forts : enfin la révolte des Valaques & des Moldaves mit le comble à toutes les disgraces d'Amurat. Quelques Auteurs prétendent qu'il en mourut de chagrin. On croit plus fûrement, qu'une attaque d'apoplexie termina sa vie à l'âge de cinquante ans en 1595 (Jean-Antoine Guer, Moeurs et usages des Turcs, leur religion, leur gouvernement civil, militaire et politique, avec un abregé de l'histoire ottomane, Tome 1, 1746 - books.google.fr, Jean-Pierre Luminet, La discorde céleste, Les Bâtisseurs du Ciel, 2008 - books.google.fr). "sa salle" Le mot «sérail» désigne le Palais de Topkapi (Porte du Canon) dont la construction commença sous le règne du Conquérant, entre 1459 et 1465. Ce ne fut que sous Süleyman (qui règna de 1520 à 1566) que le harem fut bâti (J. Huré, La tragédie classique au sérail, Travaux de linguistique et de littérature, Volume 24, Numéro 2, 1986 - books.google.fr). Le harem n'a intégré le palais de Topkapi que sous le règne de Murat III (1574-1595). Sous celui de Soliman, il est à l'Eski Saray, le “Vieux Palais”, dans le quartier de Beyazit (Harry Bellet, Les Aventures extravagantes de Jean Jambecreuse, au temps de la révolte des Rustauds : Tragique pastorale, 2018 - books.google.fr). On peut voir comment se situaient la cour et les appartements de la Validé (sultane-mère), les deux pavillons jumeaux des Princes où résidaient Bajazet et son frère Soliman, la magnifique salle d'Amurat III... (René Jasinski, À travers le XVIIe siècle, 1981 - books.google.fr). La salle de Murat III comporte des niches ménagées dans le mur pour déposer des lampes, des vases, des coffrets, des livres et des objets familiers. Il faut les imaginer remplies pour que cette pièce si bien faite pour le plaisir et la méditation, pour la lecture comme la conversation, prenne un caractère intime et personnel (Marcel Schneider, Alpay Evin, Le Harem impérial de Topkapi, 1977 - books.google.fr). Le deuxième panneau à droite de la porte d'entrée de la salle de Murat III est une merveille de céramique du XVIe et de quelques portions du XVIIe s (Ernest Mamboury, Istanbul touristique, 1951 - books.google.fr). Le modèle théorique (qui, comme toujours dans l'histoire
ottomane, souffre de nombreuses exceptions), exige qu'il fasse procéder à un
nouvel arpentage général et reconfirme les actes de son prédécesseur, ainsi que
les titres qu'il avait accordés, devenus «légalement nuls et non avenus» avec
sa disparition. La loi du fratricide qui certifie symboliquement la sacralité
de la dynastie pour mieux permettre au sultan de se placer au-dessus
d'elle, est, Ă ce titre, significative. Nul n'a le droit de faire couler le
sang d'un membre de la dynastie Osman, qui est sacré; pourtant, dans un
recueil de lois généralement attribué à Mehmed II, on lit que « comme la
plupart des ulémas le confirment, il est licite que celui de mes enfants à qui
incombera la faveur d'avoir le sultanat, tue ses frères pour le nizami alem (“ordre universel”) ». L'historien Ahmet Mumcu montre pourtant combien il est difficile de légitimer
ce dispositif juridique par une quelconque doctrine islamique, puisqu'il s'agit
de la mise Ă mort de personnes explicitement reconnues comme innocentes,
exécutées pour le simple fait d'exister. Ce modèle qui n'est pas islamique, est
cependant légitimé par une conception «céleste» du sultanat, puisque le « droit
à la souveraineté sur une communauté musulmane est garanti directement par Dieu
et la conquête concrète de la souveraineté est synonyme, en réalité, d'une
désignation divine». Dès lors, cette pratique relève d'un registre cosmique
supérieur qui annule la lettre de la loi révélée pour mieux en respecter
l'esprit. La victoire d'un membre de la dynastie sur ses frères dans la lutte
pour le trône semble d'ailleurs être exigée par la population elle-même comme
un signe envoyé par Dieu. [...] Le chroniqueur Saloniki
Ă©voque la mise Ă mort des dix-neuf frères de Mehmed III (1595-1603) Le règne de Mehmed III a mauvaise rĂ©putation. MĂŞme Ă
l’aune violente des traditions fratricides ottomanes, il marque l’histoire en
faisant assassiner dix-neuf de ses frères et demi-frères pour asseoir son
pouvoir. Sa mère, la Sultane validé Safiye Sultan,
assure une sorte de régence du pouvoir. Mehmed délaisse les affaires de l’État pour
s'occuper de son harem en y donnant des fêtes somptueuses. Après lui la
pratique du fratricide pour asseoir le pouvoir du sultan disparut, ses
successeurs se contentant d'enfermer les autres prétendants dans divers
sérails. À sa mort son fils, Ahmet Ier (1603-1617), prend sa succession Soucieuse de renforcer l'alliance avec les Turcs contre
les Espagnols et de consolider les capitulations en faveur des commerçants, la
reine d'Angleterre Elizabeth I envoie à Murat III en 1599, un orgue agrémenté
d'une horloge mécanique à personnages tenant des trompettes d'argent et oiseaux
qui chantent et agitent leurs ailes Ă la fin de leur chanson. Le facteur, Thomas
Dallam, raconte son voyage sur le navire Hector et
son séjour à Constantinople. L'orgue est construit dans une pièce de Topkapi
qui a vu la strangulation des dix-neuf frères de Mehmed III Moustapha Ier était le frère du sultan Ahmet Ier, fils de
Mehmed III et de Halime Sultan. Moustapha Ier aurait
été mentalement attardé ou, au moins, névrosé, et ne fut jamais davantage qu'un
jouet de la cour du palais de Topkapi. Durant le règne de son frère, il fut
confiné pendant quatorze ans dans le Kafes, la partie
du palais où les successeurs potentiels étaient enfermés. À la mort de son
frère en 1617, il accéda au trône, mais ne régna que quelques mois et fut
déposé en 1618. Son neveu, Osman II, régna alors pendant quatre ans et
Moustapha Ier fut renvoyé dans la Kafes. En 1622,
Osman II fut assassiné par les janissaires et Moustapha Ier fut rappelé sur le
trône, où il resta à nouveau environ une année. En 1623, il fut à nouveau
déposé et remplacé par un frère d'Osman, Mourad IV. Moustapha Ier mourut seize
ans plus tard. "Roy joinct, Europe basse et Septentrionale" Les rapports entre la Turquie et la Pologne étaient alors amicaux, et le chancelier Zamoïsky, tout-puissant dans le royaume, était l'un des partisans les plus chaleureux de cette amitié. Par contre, les relations de la Pologne avec l'Allemagne étaient mauvaises, par suite de la lutte intervenue entre les candidats au trône de Pologne, à la mort d'Etienne Batori : Maximilien, frère de l'empereur Rodolphe, et Sigismond III, fils du roi de Suède, qui l'avait emporté sur son rival. Michel-le-Brave devenant, par son alliance avec Sigismond Batori, l'allié de l'empereur, et, par sa révolte, l'ennemi de la Porte, devait, par ces deux raisons, se trouver avec la Pologne dans des rapports de froideur, sinon d'inimitié ouverte. Les Polonais devaient d'autant plus s'éloigner des Allemands et de leurs alliés, les princes de Transylvanie et de Valachie, que Sigismond Batori s'était arrogé sur la Moldavie des droits que la Pologne avait toujours prétendu lui appartenir, entre autres le choix et la déposition de ses princes (Alexandru Dimitrie Xenopol, Histoire des Roumains de la Dacie Trajane, jusqu'à l'union des Principautés en 1859, Tome 1 : De 513 avant J.-C. à 1633, 1896 - books.google.fr). Guerre aux Turcs Les cosaques vont rêver de mener, avec l'Autriche et la Russie, la lutte contre les musulmans. Les Ukrainiens en forment la très grande majorité. Mais, des amoureux de la liberté, des étrangers s'enrôlent également dans leur armée qui prend des proportions considérables. La Pologne s'émeut. Elle craint une guerre avec la Sublime Porte, tant redoutée, à cause des incursions cosaques sur les territoires musulmans, guerre qu'elle subira du reste en 1620, et dont elle sortira vaincue. Elle cherche à discipliner, à drainer cette force. Elle essaie à plusieurs reprises de la «réorganiser». Elle s'efforce de créer un corps officiel de cosaques, qui jouira de certains privilèges, qu'elle paiera. Mais les Cosaques veulent vivre libres et indépendants. Elle veut mettre des entraves à leur puissance qui grandit toujours. Vexations sur vexations se succèdent, si bien que les Cosaques exaspérés entrent en guerre contre la Pologne. Pendant cinq ans, de 1590 à 1595, ils mettent en feu le bassin du Dniéper, et la Volhynie (Roger Tisserand, La vie d'un peuple : l'Ukraine, 1933 - books.google.fr). La Moldavie, dans les années 1595-1611, constituait - sauf quelques intervalles - une sorte de condominium polono-turc. Le croisement des intérêts polonais et turcs en Moldavie fut une des raisons essentielles de la guerre polono-turque 1620-1621 (Balcanica Posnaniensia, Volume 4, 1989 - books.google.fr). Batori avait déposé Aron le tyran et le remplacer par un homme qui lui était tout dévoué, Etienne Razvan. Les Polonais pénètrent donc en Moldavie, détrônent Razvan et le remplacent par un boyard moldave de leur parti, Jérémie Movila, lequel prête, le 22 août 1595, serment au roi de Pologne et se déclare serviteur obéissant du roi Sigismond. Voilà ce qu'était devenu l'«amicus nobis sincere dilectus» du temps d'Etienne-le-Grand. Les Turcs reconnaissent le nouveau prince et lui envoient l'étendard, le 14 décembre 1595. La Moldavie, qui avait été jusqu'alors l'alliée de Michel contre les Ottomans, devenait, par ce changement de prince, son ennemie (Alexandru Dimitrie Xenopol, Histoire des Roumains de la Dacie Trajane, jusqu'à l'union des Principautés en 1859, Tome 1 : De 513 avant J.-C. à 1633, 1896 - books.google.fr). En Europe, la guerre de Hongrie fut poussée avec peu de vigueur; mais l'Autriche ne sut pas profiter de la diversion si favorable de la
guerre contre la Perse et les révoltés d'Asie; elle irrita les Hongrois, qui se donnèrent pour roi Boskaï, oncle de Sigismond Bathory, et sollicitèrent la protection du sultan. Celui-ci s'empressa de donner l'investiture à Boskaï (1605).
L'Autriche, éclairée par cet acte, conclut, en 1606, un traité par lequel elle reconnut Boskaï comme prince de Transylvanie et des
districts de la Hongrie que les Bathory avaient possédés : il fut stipulé qu'à la mort de Boskaï
toutes ses possessions reviendraient à l'empire. Alors la Porte consentit à signer le traité de Sitvatorok (11 novembre 1606), où l'orgueil ottoman fléchit pour la première fois et
abolit les conditions humiliantes des traités précédents. Le tribut annuel de 30,000 ducats, que l'Autriche payait au sultan sous le nom de présent
d'honneur, fut supprimé; «pour cette fois seulement, était-il dit dans le traité, 200,000 écus seront payés aux Turcs; mais, à l'avenir, tous les trois
ans, des ambassadeurs iront porter des présents volontaires dont la valeur ne sera déterminée d'aucun côté.» L'empereur et le sultan, ajoutait-on, se
traiteront sur un pied d'égalité; les attaques, les surprises, les irruptions, devront cesser; les dommages seront réparés et les prisonniers mis en liberté. Gran, Erlau et Kanischa restèrent au pouvoir des Turcs; l'Autriche
conserva Raab et Comorn. Cette paix fut ratifiée par les États de Hongrie et d'Autriche, réunis à Presbourg (1608), et une
convention, signée à Vienne en 1615, la confirma pour vingt ans. Cette paix de Sitvatorok, qui n'a pas assez fixé l'attention des publicistes, et dont le souvenir s'est
perdu, effacé par celui du traité de Carlovitz, signé un siècle plus tard, a pourtant une haute signification dans l'histoire du
droit politique et des rapports diplomatiques entre la Turquie et le reste de l'Europe : elle fixa pour la première fois une borne à la conquête ottomane,
qui jusqu'alors avait menacé l'Occident. Les signes de vasselage, les tributs annuels apportés par des ambassadeurs, furent supprimés; les relations
diplomatiques furent établies sur un pied d'égalité; la Transylvanie fut soustraite à demi au joug turc, et la Hongrie, bien que soumise encore à la
domination ottomane pour une partie de son territoire, fut au moins affranchie du tribut pour le reste. Pour la première fois furent observées, de la part du
sultan et du grand vizir, les formalités diplomatiques en usage parmi les nations de l'Europe. L'acte, écrit en turc, ne fut pas, comme cela s'était fait
jusqu'alors, imposé aux plénipotentiaires impériaux sans qu'il leur fût permis d'en prendre connaissance; il fut examiné par les drogmans des deux parties. La
paix de Sitvatorok annonça aux puissances européennes la décadence de la Porte Ottomane et prépara le traité de Carlovitz (Hammer).» CF. la reconquête de la Hongrie sur les Turcs dans le quatrain II, 90 avec le traité de Carlovtsi de 1697. Typologie Le report de 1596 sur la date pivot 1043 donne 490. La Mischna et la Guemara, confondues dans un même corps de doctrine, constituent le Talmud. Les commentaires réunis en Palestine vers 230 forment le Talmud de Jérusalem. La Guemara de Babylone, avec ou sans Mischna, est le Talmud de Babylone. Elle fut achevée vers 500 après Jésus-Christ, et forme la matière de quatorze volumes in-folio. Le mot hébreu «Talmud» (qu'on écrit aussi «Thalmud», ou «Talmoud») signifie «Instruction». Cet énorme ouvrage, recueil de lois, de chroniques, de dogmes religieux, d'exposés relatifs à la métaphysique et à la cosmogonie, n'est pas, à proprement parler, un livre de magie. Mais il comporte un enseignement d'où procèdent de nombreux préceptes de magie et de sorcellerie. Et ce n'est pas sans de bonnes raisons qu'Eliphas Lévi, une des sommités de l'occultisme contemporain, le considère comme «le livre fondamental de la Magie». «Tout ce qui se rapporte à la nature, à la création et aux facultés de l'âme, tout ce qui concerne la vie future, la doctrine de l'immortalité, de la métempsychose, de la résurrection, du Jugement Dernier, de la rémunération ou du châtiment au delà du tombeau, de l'éternité des peines, de l'enfer ou du paradis, des Anges et des démons, est l'objet d'innombrables discussions de la part des maîtres du talmudisme». Voilà qui corrobore exactement le jugement d'Eliphas Lévi et justifie l'intérêt que doit comporter dans une Histoire de la Magie, un aperçu de la doctrine talmudique (Louis Chochod, Histoire de la magie et de ses dogmes, 1949 - books.google.fr). |