La Controverse sur les comètes

La Controverse sur les comètes

 

I, 91

 

1624-1625

 

Les dieux feront aux humains apparence,

Ce qu'ils seront autheurs de grand conflict :

Avant ciel veu serain espée & lance,

Que vers main gauche sera plus grand afflict.

 

Apparences

 

On peut considérer l'"apparence" couplée à "espee et lance" qui désignerait deux des formes que prennent les comètes aux yeux des hommes (Christiane Chauviré, L'essayeur de Galilée, 1980 - books.google.fr).

 

Jusqu'au XVIe si√®cle, jusqu'√† l'introduction des lunettes dans les observations astronomiques, il ne s'agit √©videmment, dans les relations qu'on donne des apparitions com√©taires, que des com√®tes vues √† l'Ňďil nu. C'est la forme √©trange des queues, des barbes et chevelures qui frappe les multitudes comme les savants. Aussi les anciens, qui n'ont pas toujours nettement distingu√© les com√®tes de certains autres m√©t√©ores lumineux, bolides, aurores bor√©ales, se sont-ils appliqu√©s √† classer les com√®tes selon leurs apparences. Pline n'en distinguait pas moins de douze esp√®ces, dont voici la description, qui n'est pas toujours claire :

 

¬ęOn voit, dit-il, des com√®tes proprement dites; elles effrayent par leur crini√®re de couleur de sang : leur chevelure h√©riss√©e se porte vers le haut du ciel. Les Barbues (PogoniŇď) laissent descendre en bas leur chevelure, en forme d'une barbe majestueuse¬Ľ (Ces deux premi√®res esp√®ces peuvent √™tre rang√©es dans la m√™me classe, puisqu'elles ne diff√®rent que par la direction de leur queue.) ¬ęLe Javelot (Acontias) semble se lancer comme un trait; aussi l'effet le plus prompt suit de pr√®s son apparition : si la queue est plus courte et se termine eu pointe, on l'appelle Ep√©e (Xiphias) ; c'est la plus p√Ęle de toutes les com√®tes ; elle a comme l'√©clat d'une √©p√©e sans aucun rayon. Le Plat ou le Disque (Disceus) porte un nom conforme √† sa figure; sa couleur est celle de l'ambre : il na√ģt quelques rayons de ses bords, mais en petite quantit√©. Le Tonneau (Pitheus) a r√©ellement la figure d'un tonneau, que l'on concevrait enfonc√© dans une fum√©e p√©n√©tr√©e de lumi√®re. La Cornue (Ceratias) imite la figure d'une corne, et la Lampe (Lampadias) celle d'un flambeau ardent. La Chevaline (Hippeus) repr√©sente une crini√®re de cheval qu'on agiterait violemment par un mouvement circulaire, ou plut√īt cylindrique. Telle com√®te para√ģt aussi d'une singuli√®re blancheur, avec une chevelure de couleur argentine; elle est tellement √©clatante, qu'on peut √† peine la regarder: on y voit l'image d'un Dieu sous une forme humaine. Il y a des com√®tes h√©riss√©es (hirti, et non pas hirci comme plusieurs ont lu); elles ressemblent √† des peaux de b√™tes, garnies de leurs poils, et sont entour√©es d'une n√©bulosit√©. Enfin, on a vu la chevelure d'une com√®te prendre la forme d'une lance¬Ľ

 

Toutes ces dénominations sont plus ou moins justifiées par la variété d'aspect que présentent les comètes, leurs nébulosités et leurs queues; mais elles n'apprennent rien absolument sur leur nature physique. L'énumération d'ailleurs ne semble pas complète, si l'on doit encore regarder comme étant des comètes les flambeaux et les poutres (faces et trabes), dont Pline donne la description à part (Amédée Guillemin, Les comètes, 1875 - books.google.fr).

 

Il convient de remarquer que l'utilisation de plus en plus large du concept d'hypoth√®se - √©tendu des th√©ories astronomiques √† la totalit√© des domaines du savoir - s'opposait non seulement √† l'adoption de proc√©d√©s d√©monstratifs n√©cessaires per causas, mais permettait √©galement de s√©parer tout √©nonc√© d'un fondement objectif, r√©duisant les th√©ories g√©n√©rales √† des constructions provisoires, capables d'interpr√©ter et de justifier conditions donn√©es ; l'application d√©sacralisante du concept d'hypoth√®se aux religions historiques appara√ģt de fa√ßon exemplaire dans une page de La Mothe Le Vayer :

 

¬ę Ce qui fait penser humainement aux irreligieux que, Comme Ptol√©m√©e ou ses devanciers inventerent les hypoth√®ses des epicycles, des excentriques ou concentriques, et de telles autres machines fantastiques, pour rendre raison des phainomenes ou apparences celestes, chascun pouvant faire capricieusement le mesme √† sa mode, comme de supposer la mobilit√© de la terre, et le repos du firmament, ou chose semblable, moyennant qu'il sauve et explique methodiquement ce qui tombe soubs nos sens des choses du Ciel ; qu'aussi tout ce que nous apprenons des Dieux et des religions, n'est rien que ce que les plus habiles hommes ont conceu de plus raisonnables selon leur discours pour la vie morale, oeconomique, et civile, comme pour expliquer les phainomenes des mŇďurs, des actions, et des pens√©e des pauvres mortels, afin de leur donner de certaines regles de vivre, exemptes, autant que faire se peut, de toute absurdit√©. De sorte que s'il se trouvoit encores quelqu'un qui eut l'imagination meilleure que ses devanciers, pour establir de nouveaux fondemens ou hypoth√®ses, qui expliquassent plus facilement tous les devoirs de la vie civile, et g√©n√©ralement tout ce qui se passe parmi les hommes, il ne seroit pas moins recevable avec un peu de bonne fortune, que Copernic et quelques autres en leur nouveau sisteme, o√Ļ ils rendent compte plus clairement et plus briefvement de tout ce qui s'observe dans les cieux ; puisque finalement une religion, conceu√™ de la sorte, n'est autre chose qu'un syst√®me particulier, qui rend raison des Ph√©nom√®nes morales, et de toutes les apparences de nostre doteuse Ethique ¬Ľ (Tullio Gregory, Gen√®se de la raison classique, de Charron √† Descartes, traduit par Maril√®ne Raiola et Thierry Bedouelle, 2000 - books.google.fr).

 

Ainsi les religions, comme les sciences ou les philosophies, seraient de pures constructions de l'esprit, sans autre support que des apparences, sans valeur objective, inférieures même en vraisemblance aux plus fantasques images auxquelles donnent lieu les perceptions des sens. Absurdes donc, mais point entièrement arbitraires : car, forgées de toutes pièces, elles tenteraient du moins d'expliquer aux yeux du vulgaire le spectacle de la vie morale, et, par là même, de donner un sens à ce spectacle, de fixer une règle pour cette vie (René Pintard, Le Libertinage érudit dans la première moitié du XVIIe siècle (1943), 2000 - books.google.fr).

 

Fran√ßois de La Mothe Le Vayer, n√© le 1er ao√Ľt 1588 √† Paris o√Ļ il est mort le 9 mai 1672, est un philosophe, philologue et historien fran√ßais, et l'un des principaux repr√©sentants de la pens√©e dite libertine au XVIIe si√®cle. Longtemps n√©glig√©e, sous-estim√©e, voire d√©daign√©e, malgr√© quelques √©tudes pionni√®res et la th√®se fondatrice de Ren√© Pintard (1943), son Ňďuvre fait l'objet, depuis la fin des ann√©es 1980, d'une r√©√©valuation enthousiaste, dont t√©moignent de nombreuses r√©√©ditions et une abondante bibliographie critique (fr.wikipedia.org - Fran√ßois de La Mothe Le Vayer (1588-1672)).

 

La controverse sur les comètes

 

Ayant pu avoir acc√®s aux Archives romaines de la Compagnie de J√©sus, P. Redondi nous apporte beaucoup d'informations, du plus grand int√©r√™t et souvent originales, sur nombre de th√©ologiens j√©suites, sp√©cialement le P. Grassi, d√©j√† mentionn√©, et sur le Coll√®ge romain qui √©tait alors un foyer intellectuel d'un grand rayonnement et o√Ļ, d'ailleurs, a longtemps r√©sid√© et enseign√© le P. Grassi. Rappelons que l'opposition entre le P. Grassi et Galil√©e a son origine dans le Saggiatore (L'Essayeur, 1623) o√Ļ, avec un talent qui a fait de cet ouvrage son chef-d'Ňďuvre litt√©raire, Galil√©e s'en prend √† la th√©orie des com√®tes que le P. Grassi avait expos√©e dans un ouvrage publi√© en 1619, √† la suite de l'observation de trois com√®tes en 1618, et o√Ļ d'ailleurs il affirmait leur r√©alit√© alors qu'elles n'√©taient pour Galil√©e qu'une illusion d'optique. Mais, en fait, la question des com√®tes est tr√®s t√īt devenue secondaire. C'est avant tout l'atomisme que professait Galil√©e qui devait retenir l'attention, entra√ģnant les vives pol√©miques (Fran√ßois Russo, A propos de l'affaire Galil√©e. In: Revue d'histoire des sciences, tome 37, n¬į3-4, 1984 - www.persee.fr).

 

L'acc√®s au tr√īne pontifical de Maffeo Barberini (connu pour √™tre favorable aux travaux de Galil√©e), le 6 ao√Ľt 1623, avait suscit√© chez les partisans de Galil√©e de grandes esp√©rances ; aussi, le 20 octobre, la page de d√©dicace, r√©dig√©e par Cesarini, est-elle opportun√©ment adress√©e au nouveau Pape qui a pris le nom d'Urbain VIII (cf. lettre de Rinuccini √† Galil√©e du 20 octobre 1623). Une semaine plus tard, le volume complet de l'Essayeur est entre les mains du Pape (cf. lettre de Stelluti du 28 octobre 1623). Le succ√®s du livre est imm√©diat, d'abord aupr√®s du Pape (une lettre de Cesarini du 28 octobre 1623 - t. XIII, p. 141 - informe Galil√©e que le Pape se le fait lire √† table) ; cf . aussi les lettres de Rinuccini du 3 novembre 1623 et de Ciampoli du 14 novembre 1623 - 1. XIII, p. 140 -), et m√™me aupr√®s de certains J√©suites (cf. lettre de Stelluti du 4 novembre 1623. Le livre est alors consid√©r√© comme la conclusion victorieuse de la controverse sur les com√®tes. Le succ√®s de L'Essayeur vaut √† Galil√©e, venu √† Rome en 1624, de nombreuses audiences d'Urbain VIII ; quant aux J√©suites, ils semblent d√©cider la r√©conciliation avec l'adversaire ; les relations entre Grassi et Guiducci ne cessent de s'am√©liorer et Galil√©e peut √©crire √† Cesi le 23 septembre 1624 (Ed.Naz ., XIII, p. 209) que Grassi est √† pr√©sent favorable √† l'hypoth√®se de la mobilit√© terrestre. [...] Mais si Galil√©e semble sortir victorieux de la bataille, puisque la faveur d'Urbain VIII va √† pr√©sent lui permettre¬† de r√©diger et de publier le Dialogue des Grands Syst√®mes, il est certain qu'√† long terme cette victoire, en brisant toute possibilit√© de dialogue et de r√©conciliation ult√©rieurs avec les J√©suites, a pr√©par√© d'une certaine fa√ßon la sentence de 1633, c'est-√†-dire l'√©chec final l'entreprise √† laquelle Galil√©e avait consacr√© vingt ans de sa vie. [...]

 

Ecrire ce livre ne signifiait pas seulement pour Galil√©e √©carter une explication des com√®tes qui lui paraissait fausse en tant qu'astronome et math√©maticien. Cela signifiait aussi, et surtout, saisir l'occasion que lui offrait le probl√®me des com√®tes de 1618, c'est-√†-dire un probl√®me qui ne posait pas directement la question de la mobilit√© terrestre tout en lui √©tant n√©cessairement li√©, pour l'exploiter, comme peu auparavant celui des mar√©es, en faveur du copernicianisme. L'avantage du probl√®me des com√®tes √©tait de fournir un sujet astronomique partiel, limit√©, un peu √©troit, qui, en apparence, ne mettait pas en jeu la constitution de l'univers et dont, √† vrai dire, Copernic n'avait gu√®re parl√© : bref, un sujet qui n'√©tait pas dangereux. Aussi n'est-il pas question dans L'Essayeur d'exposer un syst√®me du monde dans son ensemble, d'expliquer la doctrine copernicienne : c'est la t√Ęche que Galil√©e se r√©serve pour un ouvrage ult√©rieur, autrement important √† ses yeux (Christiane Chauvir√©, L'essayeur de Galil√©e, 1980 - books.google.fr).

 

"afflict" : Job

 

Le latin "afflictus" signifie abattu, ou choc, collision.

 

En ancien français, affligé et en wallon bossu (Emile Littre, La nomenclature, Volume 1 de Dictionnaire de la langue française, 1878 - books.google.fr).

 

Homo afflictus. Cic. Homme rempli de vices (accablé sous le poids des vices) (Louis Quicherat, Dictionnaire latin-français, 1871 - books.google.fr).

 

Job fut afflig√© ; son affliction lui fut espreuve. Grande fut l'espreuve ; mais grand le renfort qu'il eut de toi. A l'orf le fort feu : pour la paille, il ne faut qu'une estincelle : aux forts bras, la luitte : √† gens vertueux, l'affliction. Mais vois-tu la fin ? Il pria, & Dieu n'eut l'oreille sourde. Dieu l'ouit, le vid, & lui redoubla sa benediction. Le monde d'alors lui reprochoit sa misere. Le Dieu de tousjours l'exau√ßa en sa priere : toi Dieu, que je sers, me laisserois-tu en mon oppression. Seigneur, je le sai. Je suis moins que poudre, & moins que cendre, tout mal, tout pech√© : & combien plus grand mon pech√©, helas ! que mon affliction ? Mais aussi j'ai dit, Je me fie en toi, non en moi-mesme. Toi tout bien, tout bon : & combien plus grande ta misericorde, √ī Dieu, que mon pech√© : Je suis rien, toi tout : tout, & donc toute misericorde. Je ne suis qu'un point : toi tout infini. Et donc infinie ceste misericorde (Philippe de Mornay, M√©ditations sur les Psaumes, pr√©sent√© par Pascale Blum-Cuny, 2004 - books.google.fr).

 

Afflictus est Job, et ad laudes Domini se convertit (Joseph Gildea, L'Hystore Job: Texts, Tome 1, 1974 - books.google.fr).

 

Thomas Cajétan écrivait dans son In librum Job

 

En effet, Job poursuit de cette mani√®re son but (chap. 26), √† savoir que Dieu ne le jugerait pas dans l'abondance de sa puissance, car il a parl√© de son jugement en cette vie, c'est-√†-dire selon les jugements que Dieu exerce dans la vie pr√©sente. C'est pourquoi, pour montrer les moyens par lesquels Dieu nous gouverne, Job commence par le ciel sous le nom de Septentrion - du fait que le p√īle septentrional s'√©l√®ve au-dessus de nous - en disant qu'il √©tend la partie gauche (sinistra), c'est-√†-dire le Septentrion, sur le vide, c'est-√†-dire l'air; en effet les anciens nommaient vide l'air. Et Job se sert du mot extensio comme aussi, dans la Gen√®se, est d√©crite l'extension des cieux faite le deuxi√®me jour, pour signifier que Dieu a donn√© une telle quantit√© au ciel. Et appendit terram super nihilo. Parce que les √©l√©ments (principia) premiers de l'univers corporel sont le ciel et la terre, la circonf√©rence et le centre, aussit√īt apr√®s le ciel il √©voque la terre et, usant de la m√©taphore de la suspension, il dit que Dieu suspend la terre sur aucune r√©alit√© (nulla res) pour signifier qu'il l'a faite se soutenant sur elle-m√™me et non appuy√©e sur quelque autre chose. Et cela est tr√®s vrai parce que la terre est la plus grave parmi toutes les parties de l'Univers, et, par cela, elle repose naturellement au plus bas de tout l'Univers qui, c'est clair, est le centre du monde (Pierre-No√ęl Mayaud, Le conflit entre l'astronomie nouvelle et l'√Čcriture sainte aux XVIe et XVIIe si√®cles: un moment de l'histoire des id√©es autour de l'affaire Galil√©e. Dossier A : extraits d'ouvrages ex√©g√©tiques, Tome 2, 2005 - books.google.fr).

 

Le dominicain Thomas de Vio, dit Caietan ou Caj√©tan, n√© le 20 f√©vrier 1469 √† Ga√®te (en latin Caieta, d'o√Ļ son surnom) dans l'actuelle province de Latina, Latium, et mort le 10 ao√Ľt 1534 √† Rome), est un th√©ologien et cardinal italien du XVIe si√®cle (fr.wikipedia.org - Thomas de Vio).

 

Plusieurs passages peuvent √™tre √©voqu√©s. Le plus cit√© est Josu√© X, 12-13 o√Ļ Dieu arr√™te la course du soleil dans le ciel pour prolonger la bataille contre les ennemis d'Isra√ęl. Dans Job IX, 7 Dieu fait le jour et la nuit en commandant au soleil. Dans le psaume 103, la terre, pos√©e sur son socle, est in√©branlable pour les si√®cles des si√®cles (Laurent-Henri Vignaud, Galil√©e, victime d'une erreur judiciaire ?, Les victimes, des oubli√©es de l'histoire ?, 2000 - books.google.fr).

 

D√©cret de la congr√©gration de l‚ÄôIndex du 5 mars 1618. - ¬ęParce qu‚Äėil est parvenu √† la connaissance de la sacr√©e congr√©gation que cette fausse doctrine pythagoricienne, tout √† fait contraire √† la sainte √Čcriture, de la mobilit√© de la terre et de l'immobilit√© du soleil, que Nicolas Copernic, dans son livre des r√©volutions des corps c√©lestes, et Didace Astunica, dans son livre sur Job, enseignent √©galement, est d√©j√† divulgu√©e et re√ßue de plusieurs, afin que cette opinion ne se r√©pande pas davantage au d√©triment de la v√©rit√© catholique, il a √©t√© d√©cr√©t√© que lesdits livres de Nicolas Copernic sur la r√©volution des corps c√©lestes, et de Didace Astunica sur Job, seraient suspendus jusqu‚Äô√† ce qu'ils soient corrig√©s... De m√™me tous les livres qui enseigneraient les m√™mes doctrines sont prohib√©s, condamn√©s et suspendus¬Ľ (

Les Mondes: revue des sciences et de leurs applications aux arts et à l'industrie, 1877 - books.google.fr).

 

Diego a Stunica, un homme remarquable par la doctrine et la pi√©t√©, s'est √©videmment tromp√© lorsque, commentant Job 9/6, il a dit que ¬ęon ne trouve aucun passage dans l'Ecriture qui dise aussi clairement que la Terre n'est pas mue que ce verset qui commovet terram etc. ...¬Ľ Qu'il en d√©cide donc ainsi: ¬ęla terre est mue de son lieu¬Ľ. Mais, moi, j'affirme ceci: il n'y a pas dans l'Ecriture de passage qui attribue √† la Terre un mouvement autre que celui que nous disons, par une appellation commune, mouvement de Terre, √† l'instar de ce qui tremble par trouble et crainte; de plus notre passage √©tablit - ou √† lui seul ou au premier chef parmi d'autres - la stabilit√© de la Terre priv√©e de tout mouvement. En effet, [112a] bien qu'il semble suffire √† l'intention et √† la v√©rit√© du texte que la Terre soit dite ne pas √™tre engendr√©e ni corrompue avec les g√©n√©rations des autres choses qui passent et qui viennent, cependant le passage lui-m√™me exige plus; car l'√©tat d'immobilit√© (statio) et l'invariabilit√© de la Terre sont oppos√©es aux autres g√©n√©rations bien plus compl√®tement et parfaitement si elle n'est soumise ni √† la g√©n√©ration et corruption ni au mouvement local, mais demeure non seulement non corrompue mais aussi immobile et fixe (Pierre-No√ęl Mayaud, Le conflit entre l'astronomie nouvelle et l'√Čcriture sainte aux XVIe et XVIIe si√®cles: un moment de l'histoire des id√©es autour de l'affaire Galil√©e. Dossier A : extraits d'ouvrages ex√©g√©tiques, Tome 2, 2005 - books.google.fr).

 

Dans une traduction d'un fragment du Commentaire sur Job du pape Grégoire Ier :

 

Elyphas ki premiers entre les amis Iob parolet, ia soit ce ke il par pieteit uenist par lui a conforteir, ne sot la regle de conforteir, cant il laissat l'umiliteit de parleir. Et cant il ne gardet la droiture de parleir, si foruat iuske al rampommement del afflit, et si dist : Mais a moi fut dite une repunse parole (Li Dialoge lo Pape Grégoire: Les dialogues du pape Grégoire traduits en français du XIIe siècle accompagnés du texte latin suivis du Sermon sur la Sapience et des fragments de Moralités sur Job, 1876 - books.google.fr).

 

Trithemius in Chronico ad ann. 1313 rapporte que l'Emperereur Henry étant venu en Italie contre Robert Roi de la Pouille, mourut le jour de saint Barthélemy ; que plusieurs croyoient qu'il avoir éié empoisonné par un Jacobin qui lui donna la Communion ; & que le Pape pour punition de ce crime ordonna à tous les Dominicains de communier de la main gauche.

 

Ce serait plut√īt parce que les Dominicains rompent l'hostie sur le calice et non sur la pat√®ne, ayant la main droite libre pour dire l'Agnus dei et se frapper la poitrine (Jean Grancolas, L'Anciennes Sacramentaire De L'Eglise, Ou La Maniere Dont On Administroit les Sacremens chez les Grecs & chez les Latins, Tome 2, 1699 - books.google.fr).

 

La main gauche était, selon S. Grégoire Pape, la figure de la Vie mortelle de Jesus-Christ Christ, terminée par le Sacrifice douloureux de la Croix.

 

Comment le pape aurait-il pu trancher entre dominicains et j√©suites, c'est-√†-dire entre sa main droite et sa main gauche ? Dans ¬ęl'affaire Galil√©e¬Ľ, les j√©suites √©taient √©videmment handicap√©s par leur comp√©tence en astronomie. Ils avaient √©t√© oblig√©s de valider les observations du Pisan, tout en sachant qu'elles posaient probl√®me √† la philosophie scolastique. Les dominicains pouvaient donc leur reprocher d'√™tre trop faibles √† l'√©gard de l'astronome toscan, et d√©placer le d√©bat sur le plan des √Čcritures, ce qui obligerait l'Inquisition √† intervenir. C'est d'abord le vieux dominicain Niccolo Lorini, professeur d'histoire eccl√©siastique √† l'universit√© de Florence qui, dans un sermon, souligne l'incompatibilit√© entre l'h√©liocentrisme et le fameux verset de Josu√© (10:12-14) o√Ļ Dieu arr√™te la course du Soleil (1612). C'est quelques mois plus tard Tommaso Caccini qui attaque directement les opinions coperniciennes de Galil√©e lors d'un sermon √† l'√©glise Santa Maria Novella de Florence. Le cr√©dit de Galil√©e √©tait tel que, n√©anmoins, le g√©n√©ral pr√©dicateur de l'ordre dominicain s'excusa pour les interventions de ses fr√®res. Les attaques contre le grand astronome ne semblent donc pas concert√©es au plus haut niveau de l'ordre, mais plut√īt le fait d'un petit groupe d'opposants que Galil√©e appelle la ¬ęLigue des pigeons¬Ľ, du nom d'un des leurs, Lodovico delle Colombe (Jean-Paul Walch, Galil√©e dans l'histoire: Science, religion, politique, 2017 - books.google.fr).

 

Galilée avait eu trois enfants naturels (de la main gauche), Vincent, légitimé, et deux filles placées dans un couvent de Florence.

 

"conflict" : procès

 

Les deux grands genres litt√©raires auxquels le livre de Job fait penser sont la lamentation et le proc√®s. Le genre lamentation est tr√®s r√©pandu dans les litt√©ratures du Proche Orient. Les √©l√©ments essentiels qui le composent habituellement se trouvent, dans la Bible, dans les psaumes : Invocation √† Dieu. Exposition de la triste situation o√Ļ se trouve le psalmiste. Motifs pour esp√©rer l'action de Dieu : ce que Dieu a d√©j√† fait¬† pour le psalmiste ou pour Isra√ęl. Pri√®re demandant √† Dieu d'agir Action de gr√Ęces et annonce des bienfaits re√ßus. Pour ce qui est du proc√®s, nous n'avons pas un mod√®le clairement d√©crit dans la Bible. Certains auteurs ont reconstitu√© le proc√®s de type proph√©tique. En effet, les proph√®tes formulent souvent leurs d√©nonciations en se servant du langage juridique. Voici les √©l√©ments possibles de ce genre litt√©raire ¬ę proc√®s ¬Ľ : Prologue avec appel √† l'attention des √©l√©ments du cosmos (ciel, terre, montagnes, etc). Interrogatoire. R√©quisitoire ou expos√© de griefs. D√©claration de la sentence. Voir Is 1, 2-3.10-20 ; Jr 2, 4-13 ; Mi 6, 1-8. Dans le livre de Job on trouve tous ces √©l√©ments mais organis√©s de fa√ßon disparate. La plupart du temps c'est Job qui accuse Dieu (9, 2-3 ; 33, 13) ; quoique Dieu aussi apparaisse dans le r√īle du plaignant (23, 6 ; 31, 35-36) (J√©sus Asurmendi, Job, 1999 - books.google.fr).

 

Le Plait de l'evesque et de droit n'est pas uniquement un r√©cit all√©gorique, il constitue √©galement un d√©bat - un proc√®s - o√Ļ s'affrontent deux partis antagonistes, assist√©s des vices et des vertus personnifi√©s. Le d√©bat (appel√© p.ex. altercatio, conflictus, dialogus, disputatio, etc., voir Geschichte der Text√ľberlieferung t. II, pp. 94-109) est, dans l'Antiquit√© et au moyen √Ęge, connu comme exercice scolaire. Le d√©bat peut prendre la forme d'un proc√®s simul√© (voir H. Walther, Das Das Streitgedicht, p. 21). En tant que genre litt√©raire, il repr√©sente un court dialogue versifi√© exposant un probl√®me, le plus souvent d'ordre moral; c'est un genre mi-narratif, mi-didactique qui se pr√™te tr√®s bien √† la satire. Par l'entr√©e en sc√®ne des agents abstraits ou des personnifications, comme p. ex. celles des vices et des vertus, le d√©bat se transforme en all√©gorie (sur la distinction entre agents abstraits et all√©gorie, voir R. Glasser, Abstractum agens und Allegorie, pp. 43-122). Bien qu'ils soient assez rares dans le haut moyen √Ęge, plusieurs d√©bats nous ont pourtant √©t√© transmis, p.ex. le Conflictus Veris et Hiemis du IX¬į si√®cle, qui √©tait tr√®s r√©pandu, et l'Eglogue de Th√©odule du milieu du Xe si√®cle, qui servait de manuel de mythologie. Il existe d'autres d√©bats, p. ex. l'Altercatio Ventris et Artuum, la Disputatio inter Cor et Ocellum, le De Diversitate Fortune et Philosophie Consolatione, la Visio Philiberti (Jonna Kj√¶r, Le plait de l'evesque et de droit de Brisebare, 1977 - books.google.fr).

 

Dans le cas de Galilée, ce qui devait rester un débat scientifique est devenu un procès en hérésie.

nostradamus-centuries@laposte.net