DĂ©but de la guerre de Trente ans
DĂ©but de la guerre de Trente ans

 

I, 82

 

1617-1618

 

Quand les colomnes de bois grande tremblée

D’Auster conduicte, couverte de rubriche,

Tant vuidera dehors grand assemblée,

Trembler Vienne & le païs d’Austriche.

 

"rubriche" : Brandeis

 

L'argile plastique est gĂ©nĂ©ralement appelĂ©e «terra sigillata» par BalbĂ­n. "Sigillata" donc, car cette argile, très bien mallĂ©able, Ă©tait utilisĂ©e pour les empreintes de sceaux, comme nous en voyons Ă©galement beaucoup dans notre musĂ©e. MĂŞme chez les taureaux, cette «terra sigillata» est souvent utilisĂ©e Ă  la place de la cire Ă  cacheter. Au point de vue des sciences naturelles, ce sont des argiles grasses, qui ne manquent pas dans les formations tchèques; on les trouve principalement dans les formations de craie et de lignite. BalbĂ­n mentionne en outre cette argile plastique dans son "Mantissa ad historiam naturalem Bohemiae", la vĂ©ritĂ© est que la terre plastique se trouve en Ă©normes quantitĂ©s près de Chlumec (Kulm) et de Bohosudov (Mariaschein), oĂą en sont composĂ©es les collines environnantes. Il s'agit de l'argile de la formation de craie (couches de bakulite) et de la formation de lignite, qui ne manque vraiment pas. BalbĂ­n mentionne Ă©galement les excellentes propriĂ©tĂ©s de cette argile comme antidote aux empoisonnements : "terra sigillata venenis omnibus rĂ©sistit et quamvis receptum virus sudore expellit". Nous ne savons presque rien des effets de l'argile plastique, et cette question mĂ©rite une attention particulière, en particulier de la part de nos mĂ©decins, qui, après tout, peuvent trouver de nombreuses donnĂ©es intĂ©ressantes et certainement bienvenues dans Balbin (C. Kotal, Vesmir: obrazkovy casopis pro sireni ved prirodnich, 1875 - books.google.fr).

 

On a une Ă©dition de Mantissa ad historiam naturalem Bohemiae en 1680 (knihovna.bihk.cz).

 

Chlumec se trouve Ă  10 km au nord-ouest du centre d'ĂšstĂ­ nad Labem (sur l'Elbe) et Ă  78 km au nord-ouest de Prague (fr.wikipedia.org - Chlumec (district d'Usti nad Labem)).

 

Mathias ouvrit à Prague une seconde diète de tous ses États (15 juin 1615). Les députés des pays incorporés à la Bohème, c'est-à-dire de la Moravie, de la Silésie et de la Lusace, y repoussèrent la confédération que proposaient les Bohémiens; les députés de la Haute et de la Basse-Autriche, après avoir assisté aux séances pendant plusieurs semaines en simples spectateurs, se retirèrent; les Hongrois n'étaient pas venus. La diète, qui devait être générale, ne compta bientôt plus que les députés de la Bohême. Les délibérations continuèrent néanmoins; la diète générale, devenue diète provinciale, vota généreusement les sommes qui devaient faire face aux dépenses courantes, et se chargea même d'une partie des dettes du Roi. Mais ni l'Empereur, ni ses sujets n'obtinrent ce qu'ils avaient espéré. L'Empereur ne reçut aucun subside pour lever une armée, et ses sujets, faute de s'entendre, ne purent lui arracher aucune concession nouvelle. La diète de Bohême prit aussi diverses mesures pour garantir la nationalité tchèque. Les idées de la diète de Bohème au sujet des droits de nationalité et de bourgeoisie sont tellement justes, et elles étaient alors si bien acceptées par l'opinion publique, que les moyens qu'elle prit pour sauvegarder ces droits ne soulevèrent d'opposition de la part de personne.

 

L'accord n'était malheureusement pas le même en matière religieuse. Avant la clôture, les députés protestants présentèrent une requête à l'Empereur, pour se plaindre des persécutions qu'enduraient leurs coreligionnaires de Braunau et de Klostergrab. Mais le gouvernement était moins disposé que jamais à céder, et ce ne fut que l'année suivante (fin mai 1616) que Mathias, alors à son château de Brandeis sur l'Elbe, se décida à répondre. Ayant appelé auprès de lui une députation des défenseurs, il leur déclara, par l'organe de son chancelier, qu'il ne pouvait pas permettre aux protestants, sujets de seigneurs ecclésiastiques, d'élever des temples, et que, quant à ses domaines royaux, il ne voulait pas y avoir moins d'autorité que les simples nobles sur leurs terres. C'était leur dire assez clairement qu'il ne voulait pas que les sujets des domaines royaux pussent bâtir des églises sans son autorisation.

 

Mathias avait résolu de ramener au catholicisme tous ses États héréditaires, en commençant par ses domaines particuliers de Bohême, qui comprenaient environ la dixième partie de ce royaume. Il en confia la haute surveillance religieuse à l'archevêque de Prague, Jean Lohelius, et le chargea d'exercer tous ses droits de collation des bénéfices. Il lui ordonnait toutefois de ne pas user de violence; elle était d'ailleurs inutile. L'archevêque, en vertu du droit de collation royale, ne tarda pas à mettre partout des curés catholiques, et la réforme fit des progrès rapides. Dans les campagnes, les paysans vivaient trop isolés pour demeurer protestants quand les curés redevenaient catholiques. Dans les villes royales, le Roi exerçait une grande influence, parce qu'il nommait les membres des conseils municipaux, mais il ne pouvait les choisir que parmi les bourgeois; et comme les villes royales de Bohême étaient, à l'exception de Budweis et de Pilsen, presque entièrement protestantes, elles refusaient d'accorder le droit de bourgeoisie aux catholiques, afin d'empêcher que le Roi ne les introduisit dans les conseils et n'y enlevât la majorité aux protestants. Ce fut ce qui arriva cependant, entre autres à Prague, lorsque, pressées par leur suzerain, les villes cessèrent de les exclure. Les conséquences ne se firent pas attendre; dès que les catholiques acquéraient la majorité, ils rétablissaient le culte et les cérémonies catholiques. Le gouvernement ne s'en tint pas là. Afin d'accélérer la réforme, il essaya de modifier le régime municipal des villes, en commençant par Prague. Le 4 novembre 1617, un décret augmenta les attributions du juge royal. Chargé déjà de représenter le Roi, d'en défendre les droits, de surveiller l'administration de la justice et d'exercer une sorte de police, il dut désormais présider toutes les assemblées et contrôler leurs décisions. Aucune réunion du conseil ne put avoir lieu sans qu'il l'eût autorisée, et tous les comptes durent lui être soumis. On se proposait d'introduire ce nouveau système successivement dans toutes les villes royales.

 

Le mĂŞme dĂ©cret ordonnait de dresser une liste des anciennes propriĂ©tĂ©s des Ă©glises de Prague, et de rechercher si leurs revenus Ă©taient employĂ©s conformĂ©ment aux actes de fondation. Ces propriĂ©tĂ©s Ă©taient tombĂ©es, depuis la rĂ©forme, entre les mains des protestants; les ramener au but primitif de leur fondation devait aboutir Ă  les leur enlever pour les restituer aux catholiques. Ces diverses mesures Ă©taient-elles entièrement lĂ©gales ? Il est difficile de l'affirmer. Les protestants de BohĂŞme avaient imposĂ© la lettre de majestĂ© Ă  Rodolphe II; Mathias cherchait Ă  s'en dĂ©gager sans la violer ouvertement. Il ne faut pas oublier d'ailleurs qu'il rĂ©clamait pour lui le droit commun des souverains, le droit de rĂ©forme que possĂ©daient et dont usaient alors les protestants comme les catholiques. Après avoir pris ces mesures, Mathias, pour se conformer Ă  la consultation d'un astrologue de Mantoue, quitta Prague, oĂą il avait rĂ©sidĂ© jusqu'alors, et se rendit Ă  Vienne. Il laissait le gouvernement de la Bohème Ă  dix lieutenants, dont sept catholiques et trois protestants. Quatre d'entre eux allaient jouer un rĂ´le dans la scène de la dĂ©fĂ©nestration; c'Ă©taient Sternberg, Lobkowitz, Slawata et Martinitz (E. CharvĂ©riat, PĂ©riode palatine et pĂ©riode danoise (1618-1630), Tome 1, 1878 - books.google.fr).

 

BRANDEIS, grand bourg de Bohême, avec un château, dans le cercle de Caurzim, sur l'Elbe, à 6 l. N E. de Prague. On trouve dans ses environs la terre sigillée (Jean Baptiste Ladvocat, Dictionnaire géographique ou description des quatre parties du monde, 1811 - books.google.fr).

 

Brandýs nad Labem-Stará Boleslav est arrosée par l'Elbe et se trouve à 21 km au nord-est du centre de Prague (fr.wikipedia.org - Brandys nad Labem-Stara Boleslav).

 

Zusammenfassung Unter der Bezeichnung "Terra sigillata" wird allgemein ein nicht allzu bekannter und fachkundig wenig bearbeiteter Komplex charakteristischer Produkte aus speziellen Farberden verstanden, die als spezifische und auch allgemeine Heilmittel und als Psychotherapeutica appliziert wurden. Die medizinale Terra sig. muß von der gleichnamigen antiken und provinzialen Keramik unterschieden werden, die jedoch erst i. J. 1885 so von A. Loquemar benannt wurde, während die neuzeitliche Terra sig. bereits derart seit den ältesten hitorisch erfaßbaren Berichten bezeichnet wurde. Die ersten Arbeiten über die neuzeitliche Terra sig. tauchen im 16. Jh. auf, von der ersten Hälfte des 18. Jh. nehmen die diesbezüglichen Arbeiten und Erwähnungen ab, im 20. Jh. kommen vereinzelt auch vorwiegend historische oder ethnographische Fachstudien auf (siehe Anm. 5–12). Zur Herstellung der Terra sig. verwendete man eine ganze Reihe verschiedener natürlicher Farberden, die z. B. nach dem Vorkommensort, oder -land, nach dem technologischen Zweck bezeichnet wurden (hier relevante pharmazeutische, medizinale, genießbare Farberden, Farberden für Wundärzte u. a.). Bloß einige Farberden wurden in der Vergangenheit mineralogisch spezifiziert , so daß die nicht allzu ge- nauen historischen Erwähnungen spezieller Farberden nicht präzis mit den modernen Angaben indentifiziert werden können. Der Überblick über die zur Applikation oder zur Herstellung der Terra sig. verwendeten Farberden wird weiter durch Angaben über die z. B. aus dem Heiligen Land, aus Heiligengräbern, aus Wallfahrtsorten, insbesondere aus Marienkultstätten usw., importierten Farberden verschiedenster Provenienz und Zusammensetzung kompliziert. Die moderne Minerallagergeologie gibt die historische Bezeichnung, "Farberde" auf und führt nur die technologisch aktuellen Rohstoffe an. Die umfassendste Gruppe der Farberden wird unter dem Begriff "Bolus" zusammengefaßt. Bolus wird chemisch durch eine hydroaluminiumsilikathältige Komponente - weißer Bolus, bzw. eine kaolin - oder montmorillonithältige Tonerde mit einer allfälligen Komponente von Eisenoxyd – roter Bolus- und anderen Komponenten spezifiziert. Die bekanntesten historischen Daten über Farberde stammen von der Insel Malta deren Fund mit dem Apostel, dem hl. Paulus in Verbindung gebracht wird (siehe Anm. 27). Diese Farberde und die Erzeugnisse daraus wurden reichlich in Europa distribuiert (die Marken aus Malta wurden auch gefalscht). Das Bemühen der Prospektoren im 16. Jh. Asiens und Europas siehe Beilage samt Angaben über die einzelnen Länder und Lokalitäten. Die in Mitteleuropa wahrscheinlich älteste und bekannteste Fundstätte pharmazeutischer Farberde und Produktion von Terra sig. befand sich in Striegau (Strzegom) in Schlesien. Angeblich hatte hier der Arzt Johannes Montanus, gen. Scultetus, i. J. 1568 die Farberde entdeckt. Die Stadt erhielt seit dem J. 1584 mehrmals ein kaiserliches Privileg zur Farberdenförderung und zur Herstellung von Terra sig. Zweitwichtigstes Zentrum in Mitteleuropa war Jablonné v Podjestedí (Gabel) in Böhmen, wo Farberde auf dem Herrschaftsgut der Familie Berka von Dubá gefördert wurde und von woher auch die meisten in mitteleuropäischen Museen und Sammlungen aufbewahrten Gefäße stammen. Terra sig. wurde hier nach den historischen Angaben und datierten Exemplaren vom J. 1630 bis zum J. 1651 hergestellt. Die Markenzeichen der Berkas haben eine vom Familienwappen abgeleitete Etikette, oft die Initialen HWB (Heinrich Wolfgang Berka) und KB (Königreich Böhmen) und oft Jahreszahlen (1630, 1635, 1639, 1642, 1651). Es ist nicht klar, ob die Werkstatt noch nach dem Tode Berkas arbeitete. Einige Markenzeichen könnten gerade dem Zeitraum nach dem J. 1651 entsprachen; weitere heraldische Studien werden vielleicht diese Frage lösen können. Nach der Ludwigschen Tafel mit den Markenzeichen wurde Terra sig. auch in Brandýs nad Labem (Brandeis a. d. E.), in Chlumec u Ústí nad Labem (Chlum bei Aussig a. d E.) und Jáchymov (Joachimstal) hergestellt. B. Balbín erwähnt auch noch andere Lokalitäten in Böhmen, wo Farberden gefunden wurden (siehe Anm . 40-45). (Vitezslav Stajnochr, Vladimir Scheufler, Nonoveka terra sigillat, Ceský lid, Volumes 81 à 82, 1994 - books.google.fr).

 

RUBRICHE, L. Vieux mot. Terre rouge, bol. Songe du Verger. C'est aussi la table d'un livre ancien, tels que font les vieux livres en Droit, qu'on appelle Fradins, Ă  cause de leur Imprimeur. Or ces tables Ă©toient Ă©crites en encre rouge, & de lĂ  leur est venu ce nom de rubrique. BOREL.

 

RUBRIQUE, s. f. Est une terre fort rouge qu'on trouve dans des carrieres en Cappadoce. Terra rubra, vel sinopica. Il y en a de plusieurs espĂ©ces; les unes font d'une seule couleur; les autres font tachĂ©es: quelques-unes sont tendres & graisseuses; les autres sont dures & sĂ©ches: elles servent aux ouvriers pour crayonner & tirer des lignes; d'oĂą vient qu'on les appelle craye rouge, ou crayon rouge. Le nom de rubrique leur a Ă©tĂ© donnĂ© Ă  cause de leur couleur rouge; on les nomme aussi terre sinopique, parce qu'on en vendoit autrefois dans une ville appellĂ©e Sinope (Dictionnaire universel francois et latin, Tome 5 : P-S, 1740 - books.google.fr).

 

Dans le chapitre suivant, relatif aux terres, Zosime s'étend sur la rubrique ou terre sigillée de Lemnos, objet d'une fabrication et d'une exploitation religieuse et scellée par la prêtresse du lieu (M. Berthelot, Voyages de Galien et de Zozime, Journal des savants, Juin 1895 - books.google.fr).

 

Cf. quatrain IV, 77 et sa "terre blesique" qui pourrait être la "terre de Blois", variété de sigillée.

 

Im Jahr 1616 hielt sich der Kaiser wiederholt in Brandeis auf Bei dieser Gelegenheit wurden als Deputation der evangelischen Stände Heinrich Mathias Graf Thurn , Ulrich von Gerstorf und Appellationsrat Simon Kohout von Lichtenfels in Audienz empfangen und legten in die Hände der Kaisers eine Beschwerdeschrift gegen die königlichen Statthalter. Der Kaiser lehnte die Beschwerde hart ab, ein Vorgang, der als einer der wichtigsten Anlässe zu dem Dreißigjährigen Kriege bereits von den Zeitgenossen angesehen (Justin V. Prásek, Brandeis a. d. Elbe, Tome 1, 1915 - books.google.fr).

 

"bois"

 

Les tripoteurs qui, autour de Liechtenstein, Ă©difient leur fortune sur la ruine du pays et, pour emplir leurs poches, fouillent le cadavre encore chaud du peuple... Ils ne s'arrĂŞteront que quand l'Ĺ“uvre de ruine sera consommĂ©e, quand ils auront chassĂ© la noblesse bohĂŞme Ă  peu près tout entière . Quelles qu'eussent Ă©tĂ© ses fautes, elle n'en demeurait pas moins la gardienne de l'âme nationale et comme l'organe de la pensĂ©e et de la volontĂ© du corps social ; en l'anĂ©antissant, on mutilait le peuple, on rĂ©duisait ce qui avait Ă©tĂ© une personne morale, consciente et libre, en une masse inerte que des maĂ®tres habiles façonneraient Ă  leur guise. De fait, il n'a pas fallu moins de deux siècles pour qu'un douloureux travail de rĂ©paration reconstituât dans une certaine mesure cette Ă©lite sociale qui est comme la fleur du lent Ă©panouissement d'une race. C'est lĂ , plus que dans les cruautĂ©s individuelles, le crime inexpiable de l'Église en BohĂŞme, tel qu'il n'en est guère de comparable dans l'histoire; par calcul Ă  la fois et par imprudence, elle visa Ă  la tĂŞte et elle sembla peu se soucier que la nation mĂŞme disparĂ»t dans la tourmente. AussitĂ´t après la victoire, l'archevĂŞque et les ordres religieux expulsĂ©s rentrèrent dans le pays; dès 1622, les jĂ©suites prirent la direction de l'UniversitĂ© et, par consĂ©quent, de tout l'enseignement secondaire dans le pays. Des missionnaires jĂ©suites, accompagnĂ©s des dragons de Liechtenstein, parcourent le pays Ă  la recherche des hĂ©rĂ©tiques. Ils fouillent jusqu'aux sĂ©pultures des hĂ©ros de la nation; avec des malĂ©dictions, on brĂ»le les os de Zizka et de Rokycana et l'on jette leurs cendres au vent. Cet Ă©tat de haine et de mĂ©fiance envers tout ce qui Ă©tait tchèque a durĂ© un siècle et demi. «Il leur semblait, Ă©crira un jour le jĂ©suite patriote Balbin, jĂ©suite lui-mĂŞme, que les bois, les forĂŞts et les vallons, et jusqu'aux feuilles et aux branches des arbres criaient : RĂ©bellion ! RĂ©bellion ! et que, par consĂ©quent, d'après les principes de Machiavel, il fallait tout dĂ©truire, dĂ©molir les châteaux, ne pas rĂ©parer les fortifications des villes, et user, vis-Ă -vis du peuple, leur ennemi futur, de la force, et, si elle ne suffisait pas, de la ruse, de l'hypocrisie et de l'imposture...» (Dissertatio apologetica linguæ slavonicæ). Mais ni la ruine Ă©conomique du pays, ni les exĂ©cutions, ni toutes les horreurs de la persĂ©cution n'auraient suffi Ă  anĂ©antir la vie intellectuelle de la nation. Le coup le plus terrible , celui qui lui a, pour ainsi dire, ouvert les veines pour en faire fuir le meilleur sang, ce fut l'Ă©migration. En 1627, une ordonnance plaça la plus grande partie des Tchèques devant cette alternative : embrasser le catholicisme ou s'en aller. Plus de trente mille familles, formant un quart de la nation (si l'on ne compte pas les serfs) et reprĂ©sentant son Ă©lite intellectuelle, prĂ©fĂ©rèrent le salut de leur âme au dĂ©shonneur d'une apostasie. L'Allemagne, la Pologne, la Hongrie, la Hollande, l'Angleterre et la Suède recueillirent les malheureux proscrits. Inclinons-nous devant cette grandeur d'âme qui prĂ©fĂ©rait courir tous les hasards plutĂ´t que de trahir la foi des ancĂŞtres. Ils espĂ©raient d'ailleurs que bientĂ´t la fortune de la guerre, apportant la victoire aux ennemis des Habsbourg, leur permettrait de rentrer dans leur pays. Cependant, le pays devait payer cher cette fidĂ©litĂ© Ă  la RĂ©forme, et la nation faillit en pĂ©rir. On comprend la dĂ©sillusion amère qu'Ă©prouva un ZerotĂ­n de la «conversion» d'Henri IV. Au point de vue moral, ZerotĂ­n avait certainement un plus beau rĂ´le; cependant, lequel des deux, du souverain essentiellement humain, bon politique, ou du Frère intransigeant, avait raison au point de vue national ? Lequel des deux a le mieux servi son pays ? (Hanus Jelinek, Histoire de la littĂ©rature tchèque, Tome 1, 1930 - books.google.fr).

 

Pelcel publie en 1775 la Dissertatio apologetica linguæ slavonicæ écrite au XVIIe siècle par Balbin (Paul Henry, La France devant le monde de 1789 à 1939, 1945 - books.google.fr, S. Harrison Thomson, Czechoslovakia in European History, 2019 - books.google.fr).

 

Lorsque Balbin, ce patriote tchèque sous la robe du Jésuite, laissait, un demi-siècle après la tragédie de Wallenstein, échapper cette plainte, tout danger avait cependant disparu. L'âme tchèque était déjà réduite et soumise. Le perpetuum silentium avait commencé pour la Bohême, cette terre qui avait été si longtemps frémissante de révolte (L'Europe centrale: revue de documentation politique, économique, littéraire et artistique, Volume 9, Numéros 1 à 26, 1934 - books.google.fr).

 

Bohuslav Balbín, né le 3 décembre 1621 à Hradec Králové (alors Königgrätz, royaume de Bohême) et décédé le 28 novembre 1688 à Prague était prêtre jésuite bohémien, littérateur, historien, patriote et grand promoteur de la culture et de la langue tchèque. En 1661 sa carrière d'enseignant se termine de manière abrupte. Il est interdit d'enseignement à la jeunesse. Par ailleurs son patriotisme militant inquiète ses supérieurs religieux. Il est éloigné de Prague pour avoir dénié le droit héréditaire des Hasbourg au trône de Bohême dans son Epitome historica rerum bohemicarum (1677) (fr.wikipedia.org - Bohuslav Balbin).

 

«Laissez Ferdinand prendre le gouvernement, disait un de ses confidents; avec une garnison permanente Ă  Prague, il ne se passera pas un an que les bourgeois ne se convertissent, de bonne ou de mauvaise grâce.» Son Ă©lection avait rendu toute leur confiance aux violents. «Martinits et Slavata, Ă©crit ce dernier dans ses MĂ©moires, avaient la conviction qu'ils Ă©taient tenus de travailler et de contribuer de toutes leurs forces Ă  tout ce qui Ă©tait utile au progrès et Ă  l'expansion de la vraie foi.» En BohĂŞme, les seigneurs catholiques interdisaient le culte rĂ©formĂ© sur leurs domaines; dans les villes, les dissidents Ă©taient Ă©cartĂ©s des fonctions publiques; une censure rigoureuse Ă©tait Ă©tablie. L'effet matĂ©riel de ces mesures fut mĂ©diocre : les hĂ©rĂ©tiques Ă©taient protĂ©gĂ©s pour le moment par l'immense majoritĂ© qu'ils possĂ©daient, par les privilèges des seigneurs, souverains sur leurs terres, et par l'impuissance de la royautĂ©. Mais devaient-ils attendre pour se mettre en dĂ©fense qu'il fĂ»t dĂ©jĂ  trop tard ? Si la masse du peuple demeurait indiffĂ©rente, la politique de Ferdinand grossissait le parti qui, parmi les seigneurs, dĂ©sirait renverser la dynastie et qui reconnaissait pour chefs Guillaume de Roupa, fort mĂŞlĂ© aux intrigues de Christian d'Anhalt, et le comte Mathias de Thurn, hardi, ambitieux, avide de bruit, mĂ©diocre en somme et conduit par des rancunes et des appĂ©tits.

 

D'après les Lettres de MajestĂ© (1609), les nobles et les habitants des villes royales avaient le droit de faire construire des temples protestants sur leurs domaines, et le traitĂ© conclu entre les catholiques et les rĂ©formĂ©s, qui complĂ©tait les Lettres de MajestĂ© et qui avait force de loi, avait stipulĂ© le mĂŞme privilège pour les habitants des terres de la couronne. Les protestants regardaient les biens ecclĂ©siastiques comme des domaines royaux, ce qui Ă©tait d'ailleurs conforme aux règles du droit public tchèque. Les habitants de la ville de Broumov (Braunau), qui dĂ©pendait de l'archevĂŞque de Prague, avaient construit un temple; l'archevĂŞque prĂ©tendit qu'ils n'en avaient pas le droit et obtint du Conseil royal l'ordre de le fermer; une Ă©meute Ă©clata dans la ville (1618); huit des principaux bourgeois furent mandĂ©s Ă  Prague et jelĂ©s en prison. A Hrob (Klostergrab), les habitants n'avaient pas montrĂ© la mĂŞme rĂ©sistance et l'archevĂŞque avait fait abattre solennellement l'Ă©glise protestante qu'ils avaient essayĂ© d'ouvrir (11-13 dĂ©c. 1617) (Histoire gĂ©nĂ©rale du IVe siècle Ă  nos jours, Tome 5 : Les Guerre de Religion (1559-1648), 1895 - books.google.fr).

 

"vuider" : la dĂ©fenestration de Prague

 

La dĂ©molition du temple de Hrob eut un immense retentissement, non seulement en BohĂŞme, mais dans l'Empire entier. Les protestants tchèques y virent l'ouverture des hostilitĂ©s dont les menaçaient depuis si longtemps leurs adversaires. Leurs principaux chefs convoquèrent Ă  Prague une grande assemblĂ©e des États, et, afin de fermer la voie Ă  tout retour en arrière, les plus animĂ©s, Roupa, Thurn, et quelques autres rĂ©solurent, dans un conciliabule, de mettre Ă  mort leurs ennemis les plus dĂ©testĂ©s, Martinits et Slavata. Le 23 mai 1618, quelques centaines de seigneurs traversèrent Prague et se rendirent au vieux château des Hratchany, qui, commencĂ© par Charles IV et agrandi par les Jagellons, dresse sa pittoresque silhouette sur les hauteurs qui dominent la rive gauche de la Vltava (Moldau). On les introduisit dans la salle, assez Ă©troite, qui servait de chambre de dĂ©libĂ©ration aux dix gouverneurs, chargĂ©s d'administrer le royaume pendant l'absence de Mathias. Une violente discussion s'engagea entre les protestants et les quatre gouverneurs prĂ©sents. Quand les chefs des conjurĂ©s jugèrent que les esprits Ă©taient arrivĂ©s au degrĂ© d'exaltation nĂ©cessaire, ils s'emparèrent de Martinits et de Slavata et les prĂ©cipitèrent par la fenĂŞtre. Le secrĂ©taire des gouverneurs, Fabricius, qui avait assistĂ© en tremblant Ă  cette terrible scène, eut la malencontreuse inspiration de solliciter la protection d'un des assistants : on l'envoya rejoindre ses maĂ®tres. Dans ce saut d'une trentaine de mètres, Martinits et Fabricius n'avaient eu que de lĂ©gères contusions; Slavata, plus gravement atteint, survĂ©cut cependant.

 

La dĂ©fenestration se rencontre assez souvent dans l'histoire de BohĂŞme : la guerre des Hussites avait commencĂ© par une scène semblable. Fabricius Ă©tait arrivĂ© Ă  terre de fort mĂ©chante humeur. Sa première parole fut de demander Ă  Martinits: «Qu'ai-je donc fait Ă  ces Messieurs pour qu'ils me jettent ainsi par la fenĂŞtre ? Plus tard, Ferdinand le nomma seigneur de la Haute-Chute. Les catholiques attribuèrent Ă  un miracle le salut des gouverneurs. D'après les protestants, ils auraient Ă©tĂ© sauvĂ©s par les monceaux de papiers et de dĂ©bris divers que l'on jetait depuis longtemps dans le fossĂ©. Slavata nie absolument le fait, ce qui n'est pas une preuve dĂ©cisive.

 

A la nouvelle de cet Ă©vĂ©nement, un sentiment de terreur parcourut le pays, jetĂ© malgrĂ© lui, Ă  l'improviste, dans une aventure oĂą quelques ambitieux et quelques fanatiques jouaient ses libertĂ©s et sa prospĂ©ritĂ©. PlacĂ©s par le fanatisme de Ferdinand II entre la rĂ©volution et l'apostasie, les Tchèques avaient le droit absolu de chasser cette maison des Habsbourg qui avait violĂ© toutes ses promesses et prĂ©mĂ©ditait leur asservissement : mais c'Ă©tait compromettre la rĂ©volution que de la souiller dès le premier jour par un meurtre. En prenant brusquement l'offensive, les protestants perdaient tous les avantages de la situation. Ils n'avaient mĂŞme pas songĂ© Ă  s'assurer des alliĂ©s, ils comptaient sur la France, dont la mĂ©diation s'exerça en faveur des Habsbourg, sur l'Angleterre, oĂą le roi Jacques I, fĂ©ru d'absolutisme, s'indigna de leur insolence, sur l'Union Ă©vangĂ©lique, qui ne leur offrit guère que des exhortations. Ils avaient espĂ©rĂ© du moins qu'Ă  leur exemple une insurrection soulèverait contre Mathias tous ses sujets protestants ils avaient oubliĂ© les rivalitĂ©s provinciales, les timiditĂ©s personnelles, l'influence que la cour conservait malgrĂ© tout. Ils se virent Ă  peu près rĂ©duits Ă  leurs propres forces, sans armĂ©e rĂ©gulière, sans finances, sans gouvernement rĂ©el. De longues annĂ©es d'anarchie et de tyrannie fĂ©odale avaient abaissĂ© les esprits et Ă©nervĂ© les âmes les seigneurs, que des calculs Ă©goĂŻstes avaient jetĂ©s dans la rĂ©volte, refusaient de sacrifier leurs revenus; les villes suivaient de mauvaise grâce des alliĂ©s qui les mĂ©prisaient et dont elles se dĂ©fiaient; les paysans, aigris par les progrès du servage, assistaient sans s'y mĂŞler Ă  une querelle dont tout le poids devait cependant retomber sur eux.

 

Dans ces conditions, ce qui est étrange, ce n'est pas que l'insurrection ait été vaincue c'est qu'elle ait duré si longtemps. Cela s'explique par la faiblesse de Mathias, par l'organisation encore toute rudimentaire de la monarchie autrichienne, surtout par la pénétration inextricable des partis, qui ne laissait à aucun d'eux la libre disposition de ses forces. par l'extrême confusion de la politique européenne qui procura aux Tchèques des secours assez inattendus. L'Électeur palatin, Frédéric V, et Christian d'Anhalt, heureux du jour qui s'ouvrait à leurs espérances, leur ménagèrent l'appui du duc de Savoie, Charles-Emmanuel, qui leur envoya Ernest de Mansfeld avec quelques milliers d'hommes. Petit, mal fait, défiguré par un bec-de-lièvre, très ambitieux, mais réduit par les conditions illégitimes de sa naissance à attendre sa fortune de combinaisons hasardeuses, il est le premier de ces grands aventuriers qui, à diverses reprises, pendant la guerre de Trente ans, tinrent en suspens les destinées de l'Europe. Mathias, sans argent, nullement soutenu par les diètes, avait réuni quelques milliers de soldats, qui, sous le commandement de Bucquoy et de Dampierre, envahirent la Bohême. Dampierre fut rejeté dans Budweis dont les protestants commencèrent le siège. Mansfeld, par un coup de main heureux, s'empara de Pilsen (nov. 1618).

 

La mort de Mathias (20 mars 1619) dĂ©barrassa les catholiques d'un chef incapable et pusillanime qui paralysait leur action. Ferdinand II n'avait ni les mĂŞmes scrupules ni les mĂŞmes faiblesses. Il n'estimait le pouvoir qu'Ă  condition de le mettre au service de la foi et il Ă©tait bien rĂ©solu Ă  ne rentrer dans Prague qu'après avoir dĂ©truit les privilèges qui avaient jusqu'alors protĂ©gĂ© la libertĂ© religieuse des Tchèques. Les SilĂ©siens, dès la première heure, s'Ă©taient montrĂ©s favorables aux Tchèques. Les Moraves suivirent, malgrĂ© l'opposition entĂŞtĂ©e de ZiĂ©rotyn, un des plus illustres reprĂ©sentants de cette secte des Frères BohĂŞmes qui a donnĂ© Ă  la RĂ©forme tchèque ses confesseurs les plus hĂ©roĂŻques et ses Ă©crivains les plus Ă©minents. Dans la Haute-Autriche, Tchernembl et Gottfried, de Starhemberg organisèrent l'insurrection et invitèrent la diète de Basse-Autriche Ă  se joindre Ă  eux. Thurn appuya leur action en marchant sur Vienne, dont il occupa les faubourgs (juin 1619). La situation de Ferdinand semblait dĂ©sespĂ©rĂ©e. Le jour mĂŞme oĂą l'armĂ©e tchèque arrivait sous les murs de la capitale, les nobles autrichiens pĂ©nĂ©traient dans son palais et le sommaient de proclamer la libertĂ© religieuse; la lĂ©gende raconte qu'un des chefs les plus rĂ©solus de l'opposition, Thonradel, l'avait saisi par un bouton de son pourpoint et le secouait violemment; on ne sait trop comment se serait terminĂ©e la scène, si les mĂ©contents n'eussent Ă©tĂ© effrayĂ©s par les trompettes de quelques cornettes de cavalerie qui entraient dans la ville. MĂŞme Ă  ce moment pourtant, l'incurable faiblesse de l'insurrection apparaissait. Ses troupes n'Ă©taient que des milices indisciplinĂ©es, conduites par des officiers incapables et des gĂ©nĂ©raux improvisĂ©s. (Histoire gĂ©nĂ©rale du IVe siècle Ă  nos jours, Tome 5 : Les Guerre de Religion (1559-1648), 1895 - books.google.fr).

 

Les historiens tchèques, qui, malgré toute leur admirable objectivité, ne peuvent oublier quels malheurs ont fondu sur leur patrie, parce que la révolution n'a pas triomphé à temps, et justement parce que Zerotín l'a arrêtée dans son succès, ne jugent pas sans sévérité l'attitude du vieux magnat (Victor-Lucien Tapié, La politique étrangère de la France et le début de la guerre de Trente ans: Thèse pour le Doctorat ès lettres, 1934 - books.google.fr).

 

"austere conduicte"

 

La secte de l'UnitĂ© prĂŞche le retour Ă  l'Évangile, dĂ©nonce les injustices sociales, recrute de plus en plus de Frères parmi les couches dĂ©favorisĂ©es de la population; elle est ainsi un ferment dĂ©mocratique dans un canton de l'Europe oĂą, au contraire, le pouvoir traditionnellement Ă©lectif des Habsbourg tend Ă  s'asseoir autoritairement et hĂ©rĂ©ditairement; elle alimente tous les mouvements du nationalisme tchèque, dĂ©nonce l'intolĂ©rance religieuse et, par un certain mĂ©pris des choses de ce monde qui entretient chez les Frères l'esprit de pauvretĂ© et l'austĂ©ritĂ© de la morale, travaille Ă  une sĂ©paration vĂ©ritable de l'Église et de l'État, du pouvoir politique et de la puissance religieuse; elle s'oppose ainsi Ă  toute l'idĂ©ologie de la Contre-RĂ©forme catholique qui, dans la seconde partie du XVIe siècle, cherche Ă  reconquĂ©rir l'Occident. Elle constitue un modèle pour beaucoup, et catalyse les Ă©nergies et les aspirations par les fins qu'elle poursuit, les moyens qu'elle emploie, et les institutions qu'elle s'est donnĂ©es. Chez les Frères, tous les postes de responsabilitĂ© sont tenus par des Ă©lus, et le droit de contrĂ´le demeure Ă  la base de l'appareil reprĂ©sentatif. Rien ne distingue, d'ailleurs, fondamentalement le simple Frère du prĂŞtre, qui a mĂŞme renoncĂ© au cĂ©libat au cours du XVIe siècle : entre clercs et laĂŻques l'autoritĂ© est partagĂ©e. La haute idĂ©e que les Frères Moraves se font de chaque homme, jointe Ă  la croyance que chacun est responsable de son propre salut, met rapidement au premier plan de leurs prĂ©occupations le problème de l'instruction, la question scolaire, et explique que leur groupe ait constituĂ© le milieu de plus haute culture tchèque de l'Ă©poque. Non seulement l'UnitĂ© peut compter sur de remarquables aristocrates, comme la famille ZiĂ©rotĂ˝n, mais le moindre de ses membres, homme ou femme (et cette Ă©galitĂ©-lĂ  aussi est notable), lit l'Évangile dans le texte et est capable de le commenter. Les Frères fondent en BohĂŞme et en Moravie de nombreuses Ă©coles secondaires oĂą affluent peu Ă  peu Ă©lèves catholiques ou luthĂ©riens attirĂ©s par la rĂ©putation des maĂ®tres et la qualitĂ© de l'enseignement. Une Ă©cole supĂ©rieure est ouverte Ă  Évancice, qui compte parmi ses professeurs un savant fameux comme RĂĽdinger, et oĂą l'on dispense mĂŞme des cours de grec et d'hĂ©breu. A partir de 1540, l'UnitĂ© envoie des jeunes gens achever leurs Ă©tudes dans les facultĂ©s d'Allemagne ou de Suisse; en 1576, on peut en compter plus de quarante. Les imprimeries se multiplient : Mlada-Boleslav en 1500, Litomirice en 1507, Biela en 1519, puis Evancice en Moravie, et Kralice. On a calculĂ© que plus d'un tiers de la production littĂ©raire tchèque de l'Ă©poque Ă©tait le fait des Frères de l'UnitĂ©, alors qu'ils ne reprĂ©sentaient qu'un dixième de la population.

 

La capacitĂ© et ses compĂ©tences d'Ă©ducateur trouvent ainsi leur premier emploi. Le 26 avril 1616, ayant atteint l'âge prescrit de 24 ans, il est ordonnĂ© pasteur de l'UnitĂ© des Frères. En 1618, on lui confie Ă  la fois le pastorat de la paroisse de Fulnek et le rectorat de l'Ă©cole que les Frères y ont Ă©tablie. Au mois de juin, il se marie. Pendant toutes ces annĂ©es, il consacre ses moments de libertĂ© Ă  parfaire et Ă©largir une instruction et une culture qu'il estime lui-mĂŞme insuffisantes. Ne semblerait-il pas que s'ouvrent pour lui les portes d'un avenir serein, rĂ©servĂ© Ă  l'Ă©tude, Ă  la prĂ©dication, Ă  la rĂ©daction tranquille d'ouvrages savants et utiles ? Il faut, malheureusement, compter avec le monde extĂ©rieur. Commencent les temps affreux de la Guerre de Trente Ans. Le pusillanime Rodolphe est mort en 1611. Lui succèdent Mathias (1611-1619) puis Ferdinand II (1619-1637); avec eux vont triompher l'intolĂ©rance et l'intransigeance au service d'une part de l'absolutisme de la Maison d'Autriche, d'autre part de l'idĂ©ologie de la Contre-RĂ©forme, qui liguent leurs forces contre l'esprit de libertĂ© des peuples de BohĂŞme et de Moravie. C'est de Vienne dĂ©sormais, et non plus de Prague, que les Habsbourg vont gouverner. L'allemand devient seule langue officielle (malgrĂ© une loi plus libĂ©rale de 1615); les temples protestants sont fermĂ©s, certains mĂŞme dĂ©truits. La rĂ©volte gronde dans les masses populaires comme dans les rangs de l'aristocratie tchèque (Jacques PrĂ©vot, L'utopie Ă©ducative: ComĂ©nius, 1981 - books.google.fr).

 

Après 1622, Coménius trouva refuge à Brandeis nad Orliczy (Branny Grad) auprès de Zerotin. Un autre Brandeis (Brandys) (Olivier Cauly, Comenius, 1995 - books.google.fr).

 

En terre

 

Comenius échappa à la persécution en 1627 en fuyant en Hollande avec quelques Frères rescapés. Comenius prophétisa que les Frères Unis qu'il laissait derrière lui étaient la «semence enfouie» de Dieu qui croîtrait un jour pour redevenir un arbre fructueux, capable d'adorer le Seigneur en toute liberté (Roberts Liardon, Les missionnaires: Les généraux de Dieu, 2022 - books.google.fr).

 

«grain de blé enfoui en terre» (Jn 12/24) pour «être élevé en gloire» (Jn 12/28), rejoint la grandiose vision de Paul dans son évangile de la résurrection (1 Co. 15/1 sv) (Marcel Schlewer, Choisissez donc la vie, 2001 - books.google.fr).

 

La Bohême, livrée par sa sœur la Pologne, l'hérétique par la catholique, la Bohême, arrivée à sa dernière goutte de sang, reçoit sans réclamer cette pelletée de terre qui la recouvre pour jamais (Jules Michelet, Réforme, 1861 - books.google.fr).

 

"tremblĂ©e" : Osiky/Osyky

 

"osyky" : tremble (Karel Lad. Kukla, VelkĂ˝ lidovĂ˝ slovnĂ­k naucnĂ˝: vseobecnĂ˝ pramen osvety, vzd?lánĂ­ a poucenĂ­ pro vsecky vrstvy ceskoslovanskĂ©ho národa, Tome 3, 1907 - books.google.fr).

 

Osiky (deutsch Ossik, früher Ossek) ist eine Gemeinde in Tschechien. Sie liegt zwölf Kilometer nördlich von Tisnov und gehört zum Okres Brno-venkov. Die erste schriftliche Erwähnung des Ortes erfolgte im Jahre 1390 als Teil der Herrschaft Lomnice. Im Jahre 1504 wurde Lomnice erstmals ein Städtchen genannt. 1572 verkaufte Oldrich von Lomnice die Herrschaft an Johann d. Ä. von Zierotin auf Rossitz. Karl der Ältere von Žerotín (1564–1636), der ältere Sohn von Johann dem Älteren (mort en 1583) und seiner ersten Frau Marta von Boskowicz, Herr auf Namiest, Rossitz und Prerau, Landeshauptmann von Mähren, protestantischer Großgrundbesitzer, Schwager Wallensteins (de.wikipedia.org - Osiky).

 

A cette époque, œuvrait le Père Joseph (Le Clerc du Tremblay) qui deviendra l'éminence grise de Richelieu, mort en 1638. Il était en relation avec le duc de Nevers Charles de Gonzague qui, alors qu'il cherchait des soutiens pour sa croisade en Morée, s'était entremis dans les affaires bohémiennes à la demande de Louis XIII pour appeler les parties à la modération (Gustave Fagniez, Le Père Joseph et Richelieu: l'avènement de Richelieu au pouvoir et la fondation du Calvaire, 1889 - books.google.fr).

 

"trembler"

 

Vers l'époque de l'arrivée du prince de Gonzague en Allemagne, la prise de Pilsen (21 novembre 1618) portait un coup sensible à la cause impériale, déjà affaiblie par des échecs répétés en Bohême; la frontière autrichienne était franchie (25 novembre); les progrès des Bohémiens faisaient trembler Vienne; la fidélité de la Haute et de la Basse-Autriche, celle de la Moravie inspirait de grandes inquiétudes. Ces inquiétudes, il est vrai, ne se réalisèrent pas immédiatement, mais le besoin de la paix n'en était pas moins vivement senti par Mathias et plus encore par Ferdinand, et ses partisans devenaient de plus en plus nombreux et écoutés. Au commencement de 1619, les hostilités proprement dites furent suspendues de fait et des négociations s'ouvrirent à Eger, mais elles n'amenèrent pas l'apaisement et n'empêchèrent pas l'esprit d'insubordination ou même la révolte ouverte de se propager dans les États héréditaires et les pays de la couronne de Bohême (Gustave Fagniez, Le Père Joseph et Richelieu (1577 - 1638), Tome 1, 1894 - books.google.fr).

 

Acrostiche : QDTT, QueDeTTe

 

"quedette" : cĂ´ne de conifère (QuĂ©bec) en rapport avec le latin "cauda" et "queuette" (Touraine au XVIIe siècle) (Gaston Bergeron, Discours simple !, 2017 - books.google.fr).

 

Cf. encore le quatrain IV, 77, sa "terre blésique" (la terre de Blois est sigillée) son acrostiche "SRMA", possible "syrma" synonyme de "cauda" en versification chez Dante. "syrmaticus" peut avoir le sens de boiteux, qualificatif de Charles II d'Anjou roi de Naples, en action dans l'interprétation de IV, 77.

 

Dans le traité d'hippologie et d'hippiatrie arabes intitulé le Nacéri, traduit de l'Arabe d'Abou-bekr-Ibn-Bedr par M. Perron, qui vivait sous le du règne d'El-Mélik-el-Nacer (714) de l'hégire, 1314 de l'ère chrétienne, on utilise la terre rouge (terre sigillée : "thin makhtoum" en arabe) pour soigner la verge des chevaux (M. Viardot, Sur le Dourin des Arabes ou Maladie du coït, Journal de médecine et de pharmacie de l'Algérie, 1879 - books.google.fr).

 

Autre "queue" au quatrain VIII, 99 ("trois Rois temporels") avec l'acrostiche "PEOS" (en grec "pénis").

 

En 1618, on installa dans la cour de l'entrée de la pinacothèque du Vatican la grande «pomme de pin» en bronze qu'accompagnaient, à l'origine, les deux paons, également en bronze, qui sont maintenant sur la balustrade de l'escalier, au sommet du mausolée d'Adrien (château Saint-Ange). Cette «pigna» (pomme de pin) avait été utilisée au Moyen Age comme ornement de la fontaine principale de l'atrium ou «paradisum» de la basilique de Constantin et c'est là que Dante la vit, quand il la décrit dans la «Divine Comédie» (Enfer XXXI, vers 59). Plus tard, on installa au centre de cette «grande niche» le soubassement de la colonne Antonino Pio, découverte en 1703 et ornée de reliefs qui racontent les exploits et le triomphe de l'empereur. Avec ces ajouts successifs d'une rare cohérence, ce complexe monumental s'est formé avec les années et a pris un caractère «antique» de plus en plus marqué. La construction de la «nouvelle aile», où Sixte Quint fit installer la bibliothèque vaticane, a coupé en deux la cour de Bramante; c'est ainsi qu'aujourd'hui il n'est plus possible d'admirer la «grande niche» d'en bas ni de loin, comme Pirro Ligorio l'avait, bien sûr, prévu. Mais le charme de cet édifice, qui est sans aucun doute le plus célèbre de ceux du fantaisiste architecte napolitain, n'en est pas pour cela diminué (Oreste Ferrari, Les trésors d'art du Vatican, 1970 - books.google.fr).

 

En Boheme, les forests de pin sont communes, tresgrandes & épaises. [...] Il y a force pins domestics au terroir de Rauenne, asses prés du riuage de la mer Adriatique, & en autres lieus d'Italie, specialement es vergiers des monasteres. Quant est des sauuages il y en a plusieurs especes. Les vns sont de montaigne, les autres maritimes. Ceus de montaigne sont de trois sortes. Le premier, celui qui est le plus haut de tous, qu'on trouue en abondance es forests de Boheme, Silesie, Polonie, aux enuirons de Trente, es montaignes d'Ananie, & de Flemes, desquels les païsans sont la poix. Ce pin sauuage est du tout semblable au domestic, hormis que ses pommes font moindres, car elles ne sont que vn peu plus grandes que celles du cyprés, toutesfois plus longues, & plus serrees, entassees d'écailles ne plus ne moins que celles du pin domestic, resineuses, odorantes… (Commentaires de P. A. Matthiole sur les six livres de P. Dioscoride, Mis en François par J. des Moulins, 1572 - books.google.fr).

 

Suite

 

Les protestants donnent, en 1619, la couronne du pays à l’électeur palatin Frédéric V, chef de l’Union évangélique. Celui-ci accepte. La guerre de Trente ans commençait.

 

Les protestants sont battus à la Montagne blanche en 1620. Le culte réformé est interdit. Les protestants tchèques ne seront plus qu’une  minorité quelques années plus tard.

 

La puissance de la Maison d’Autriche risquant de devenir trop importante, d’autres Etats europĂ©ens s’en mĂŞlent. En 1625 le Danemark sans succès ; en 1630 la Suède de Gustave-Adolphe qui disposait d’une armĂ©e rĂ©gulière et qui menaça Vienne en 1632 (« Trembler Vienne Â») quelques temps avant sa mort ; enfin en 1635 la France de Richelieu qui dĂ©clarait la guerre Ă  l’Espagne principal soutien de l’Autriche.

 

La guerre avec la France dura jusqu’en 1659, terminée par le traité des Pyrénées.

 

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