Venise et la Guerre de Montferrat

Venise et la Guerre de Montferrat

 

I, 75

 

1612-1613

 

Le tyran Siene occupera Savone :

Le fort gaigné, tiendra classe marine :

Les deux armées par la Marque d'Ancone :

Par effraieur le chef s'en examine.

 

Le contexte

 

S'il fut à l'intérieur trop souvent porté à conseiller les concessions, il fut en revanche un ministre des affaires étrangères très ferme, tout en se montrant conciliant et souple. Les deux nations restèrent sur leurs positions, sans rien gagner l'une sur l'autre. Quand les Espagnols avaient des velléités d'avancer, Villeroy, qui veillait. intervenait : il commençait par déployer toutes les ressources de sa diplomatie. et si l'honneur ou de graves intérêts l'exigeaient, il engageait la régente à parler haut. On le vit pratiquer cette politique pour régler l'affaire qui fut, de l'aveu général, la plus périlleuse de la régence, l'affaire de la succession de Mantoue. Le duc de Mantoue était mort en 1612, sans héritier mâle. Le cardinal Ferdinand, son frère, prit le pouvoir. Mais Charles-Emmanuel ne voulut point laisser échapper une occasion d'agrandir ses états : il revendiqua les droits de sa fille, veuve du duc, et de sa petite-fille, la princesse Marie, envahit et occupa, en avril 1613, les villes du Montferrat sur lesquelles il avait des prétentions. Cette agression provoqua en France une vive émotion : le duc de Mantoue était un vieil allié de la couronne, et un parent de la reine, et l'honneur obligeait de le soutenir contre les brigandages du duc. On était inquiet de l'attitude de l'Espagne qui ne paraissait pas claire : on disait que le gouverneur de Milan favorisait secrètement les desseins du duc. Villeroy se demandait si les Espagnols n'allaient pas reprendre leur marche envahissante en Italie, occuper Savone, ruiner Gênes. Cependant le cardinal-duc appelait au secours et la noblesse française brûlait de partir en guerre. Villeroy estima qu'il ne fallait pas reculer : c'eût été pour le royaume un déshonneur et la ruine de l'influence française à l'étranger ; mieux valait risquer la rupture avec l'Espagne. Mais pour conjurer ce péril il employa une excellente tactique.  Il porta la question devant le tribunal de l'opinion européenne, fit affirmer hautement par ses ambassadeurs le bon droit du duc de Mantoue, fit appel au pape, à la République de Venise, au grand-duc de Toscane, à l'Empereur, négocia dans toutes les cours, fit menacer à Turin, discuter à Madrid, préparer une démonstration armée dans les Alpes. Le duc de Savoie fut moralement isolé.  L'Espagne qui voulait peut-être faire un mauvais coup à la dérobée fut intimidée, sans avoir lieu d'être offensée, car l'habile ministre avait eu soin de ne pas l'accuser directement. Aussi Philippe III, au mois de juin, dut-il ordonner au gouverneur de Milan de désarmer et de faire désarmer le duc. L'affaire parut reprendre à la fin de 1613 : les Savoyards gardaient des places du Montferrat, des troupes espagnoles vivaient sur les terres du duc de Mantoue comme en pays conquis. Villeroy reprit la tactique qui avait déjà réussi au début de l'année : il écrivit un Avis pour conseiller à la reine de rompre plutôt que de céder : et tout se termina par un accommodement à la satisfaction de la France. Le calme était rétabli et dura deux années encore. Les mariages espagnols s'effectuèrent. L'entente espagnole se maintint. Aucun incident grave ne troubla l'horizon, jusqu'aujour où les brouilleries recommencèrent en Italie. En 1616 le duc de Savoie rompit avec les Espagnols : le gouverneur de Milan envahit les états de Charles-Emmanuel qui appela Lesdiguières à son secours et envahit le Montferrat, fief du duc de Mantoue allié de l'Espagne et de la France. Villeroy chercha aussitôt à rétablir l'ordre, à empêcher les Espagnols d'écraser les Savoyards, et les Savoyards d'opprimer le duc de Mantoue. On avait déjà choisi Richelieu pour aller négocier un accord avec les Espagnols qui manifestaient de bonnes dispositions. Villeroy ne put diriger longtemps cette affaire, car au mois de juillet, on le força à vendre sa charge. Pendant sa retraite, Richelieu chercha en vain à faire régler à Paris le différend hispano-savoyard. Il avait essayé aussi de s'entremettre pour réconcilier les Vénitiens avec l'archiduc Ferdinand de Styrie. Le conflit italien s'était envenimé depuis que Lesdiguières, sans prendre l'avis de la reine et de ses ministres, avait marché de lui-même au secours du duc de Savoie. Villeroy revenu au pouvoir continua son œuvre pacificatrice, résista aux Espagnols qui voulaient opprimer la Savoie, aux ennemis de l'Espagne qui voulaient la rupture entre les deux couronnes. Les Espagnols ayant pris Verceil et menaçant Asti, Louis XIII donna à Lesdiguières l'ordre de marcher. Le gouvernement de Philippe III très impressionné se montra alors conciliant. Tous les amis de la paix travaillèrent avec Villeroy à éteindre le feu, et après de longues négociations à Rome, à Madrid, et à Paris, tout rentra dans l'ordre (août 1617). Telle fut la politique étrangère dirigée par Villeroy sous la Régence (Joseph Nouaillac, Villeroy, secrétaire d'Etat et ministre de Charles IX, Henri III et Henri IV, 1909 - books.google.fr).

 

Les tyrans catholiques

 

L'or américain permet encore à Philippe III de développer les opérations militaires dans les Flandres gouvernées par l'archiduc Albert et Isabelle Claire Eugénie depuis 1598. Sous la conduite du génois Ambroise Spinola (1569-1630),  le tercio reprend Ostende aux Hollandais (1604) mais la campagne militaire doit s'arrêter dès 1606, faute de liquidités pour payer la troupe qui se mutine. Avec la trêve des Douze ans, une nouvelle frontière religieuse s'impose à la monarchie catholique. La frontière avec les rebelles Hollandais est une frontière religieuse poreuse, fréquemment dénoncée par l'archiduc Albert et les conseillers de Philippe III. Dès 1612, la créature du duc de Lerma, Rodrigo Calderon dénonce auprès du souverain la propagation du calvinisme dans le Sud des Pays-Bas. L'archiduc Albert constate en 1614 que des étrangers viennent propager la foi calviniste et répandre les livres interdits de l'hérésie protestante. Le confesseur de l'ambassadeur d'Espagne à Bruxelles, le frère Jerônimo Graciân de la Madre de Dios, écrit un traité sur les centaines de foyers de l'hérésie qui peuvent expulser l'Espagne des Flandres, dont les conclusions sont discutées par le conseil d'État à Madrid. Non seulement les représentants du roi ont le sentiment que la frontière flamande est des plus fragiles et des plus menacées malgré la trêve, mais ils craignent aussi une contagion de l'hérésie protestante par le biais de la soldatesque. Les désertions et le changement de camp de certains militaires sont pensés par le conseil d'État comme le résultat de la propagation du calvinisme, et non comme celui du retard de la solde. Les conseillers d'État s'inquiètent auprès de Philippe III, en 1614, de la possible introduction d'idées protestantes en Espagne par le biais des soldats qui rentrent chez eux une fois leur contrat accompli. L'assassinat de Guillaume d'Orange (1584) offre son premier martyr aux Nassau, dont le parti orangiste critique la trêve d'Anvers (1609), assimilant les arminiens favorables à un accord avec l'Espagne depuis 1607 à des philo-catholiques. La reprise en main des Provinces-Unies par Maurice de Nassau (1618) est autant politique (arrestation du Grand Pensionnaire) que religieuse (convocation d'un synode national pour restaurer l'unité de l'Église calviniste au profit des plus conservateurs, les gomaristes). La reprise du conflit avec l'Espagne permet aux orangistes d'assimiler patriotisme et antipapisme jusqu'à présenter la guerre comme une résistance à l'oppression du tyran catholique du peuple élu par Dieu pour combattre les ennemis de la vraie foi (Michel Figeac, Les affrontements religieux en Europe: Du début du XVIe siècle au milieu du XVIIe siècle, 2008 - books.google.fr).

 

Siena en Espagne

 

Le couvent de la Encarnación, fondé en 1611 par la reine elle-même, quelques mois avant sa mort, symbolise toute l'identité de la capitale de la Monarchie hispanique au XVIIe siècle. À travers lui, la couronne des Habsbourg s'associa directement à l'idée d'humilité autant qu'à l'idée de faste et de luxe. En outre, à l'époque, Madrid s'apparentait plus à une ville conventuelle qu'à une capitale monarchique et courtisane, réservant les beautés et les richesses artistiques pour l'intérieur des églises et des monastères, derrière des façades austères. Les deux ouvrages de référence sur la Villa y Corte du premier tiers du XVIIe siècle - celui de Gil González Dávila, Teatro de las Grandezas de la Villa y Corte de Madrid, de 1623, et celui de Jerónimo de Quintana, Historia de la Antigüedad y nobleza y grandeza de la villa de Madrid, de 1629 - rapportent l'existence de treize paroisses, vingt-cinq monastères masculins, dix-neuf couvents féminins, seize hôpitaux, trois ermitages et deux humilladeros. Carmen Soriano Triguero a analysé l'implantation des clôtures féminines dans le Madrid de Velázquez, c'est-à-dire entre 1600 et 1650 environ61. Elle a observé que cette période a été celle d'une véritable explosion des fondations religieuses féminines, quelque quarante ans après l'installation de la Cour, en 1561. Les fondations de communautés régulières féminines ne tardèrent pas  car Madrid compta cinq nouveaux couvents sous Philippe II, mais les règnes de Philippe III et de Philippe IV furent les véritables moments d'expansion du phénomène. C'est d'ailleurs la Couronne elle-même qui l'amorça, dés l'ouverture des Descalzas Reales en 1559, puis en fondant les deux couvents d'augustines récollettes de Santa Isabel et de la Encarnación dans les premières années du XVIIe. Les aristocrates et les groupes dirigeants de la Cour suivirent le mouvement de ce patronage et mécénat religieux. Le favori de Philippe III, le duc de Lerma, sauva de la ruine les béates de Santa Catalina de Siena, qui formaient des filles nobles et pauvres, en les plaçant sous son patronage en 1610 et en leur faisant adopter la clôture. Lerma symbolise la vigueur du mouvement de fondations religieuses qui enflamma les aristocrates de la cour, car il accueillit des couvents sur ses propriétés de Lerma, Madrid,Valladolid et Denia. À l'image de ce que le monarque avait disposé pour pouvoir accéder directement depuis l'Alcazar au couvent de la Encarnación, le favori fit aménager à Madrid un passage qui reliait son palais au couvent de Santa Catalina de Siena et au monastère des capucins, situés tous deux en face de sa résidence. Le favori pouvait se rendre à l'église des dominicaines de Santa Catalina pour assister à la messe et aux offices. Il construisit un ensemble architectural unissant son lieu de vie profane et des espaces de vie sacrée (Cécile Vincent-Cassy, Les saintes vierges et martyres dans l'Espagne du XVIIe siècle: culte e image, 2011 - books.google.fr).

 

Charles de Gonzague-Nevers et sa femme Catherine sont sincèrement pieux : en atteste leur quasi-frénésie de création de fondations pieuses, abbayes, monastères, collèges ou hôpitaux, les projets de croisade toutefois déçus, ou le décès de Charles vêtu en moine franciscain en 1637 (fr.wikipedia.org - Charles Ier de Mantoue).

 

Savone

 

A la fin d'avril 1613, la succession de Mantoue avait donné une occasion au duc de Savoie d'envahir le Montferrat. Les intérêts français exigeaient que l'on défende la duchesse de Mantoue, sœur de la reine, sans se mettre à dos l'Espagne, maîtresse du Milanais et toute prête à augmenter son influence dans la péninsule. Dans ce jeu délicat, il fallait user de négociation et de démonstration de force. Le duc de Nevers, lui-même de la famille des Gonzague et à ce titre parent de la reine, débarquant en Italie, à Savone, s'était jeté dans Casal, pour éviter que le Savoyard, qui s'était déjà emparé d'Alba, de Trino et de Moncalvo, ne tienne complètement le terrain. Nevers demandait des renforts à cor et à cri. A Paris, on était moins pressé. Il fallait éclaircir la situation diplomatique avant d'agir. En attendant que la reine régente et son gouvernement prissent parti, la noblesse armait pour rejoindre Nevers à ses dépens. Le jeune duc de Longueville suppliait Sa Majesté de l'autoriser à partir pour cette campagne en Italie. Concini poussa à la détermination et insista pour que l'on rappelât le prince de Condé. La décision d'une intervention armée fut arrêtée après le retour du prince, qui était arrivé à Fontainebleau le 28 mai 1613. Concini sollicita l'honneur de commander les armées françaises. Mais c'eût été par trop mécontenter les grands qui briguaient ce commandement. On confia donc ces troupes, vingt mille fantassins et deux mille cavaliers, à des chefs de guerre plus chevronnés : au maréchal de Lesdiguières qui commandait en Dauphiné, aux Guise, le duc et le chevalier, et au duc de Bellegarde. Concini, soucieux de préserver l'indépendance de la France vis-à-vis de l'Espagne, s'était rapproché de Condé. La reine qui s'en tenait éloignée, semblait donc en froid avec son favori, dont un chacun guettait la disgrâce. Les ennemis de l'Italien ne manquaient pas non plus de faire courir des rumeurs l'accusant de prévarications. Ne disait-on pas qu'il aurait fait passer en Italie, par la Bourgogne, une somme de 1 800 000 livres ? Dans cette atmosphère de tension, Marie crut sans doute prudent d'éloigner quelque temps le marquis d'Ancre et le pria de retourner à Amiens. Il n'était donc plus écouté quand on apprit que les troupes espagnoles cantonnées dans le Milanais avaient ordre d'envahir le Montferrat pour contraindre, disait-on, le duc de Savoie à restituer ses conquêtes. Manifestant une fois de plus son désaccord, Condé quitta la cour au début de juillet, imité bientôt par Vendôme et Mayenne (Hélène Duccini, Concini: grandeur et misère du favori de Marie de Médicis, 1991 - books.google.fr).

 

"Le tyran Siene" : le pape Paul V

 

Camille Borghèse, né à Rome le 17 septembre 1550, mort à Rome le 28 janvier 1621), devient le 233e pape de l’Église catholique le 16 mai 1605 sous le nom de Paul V (en latin Paulus V, en italien Paolo V), à la mort de Léon XI. Il est le descendant d'une grande famille de Sienne (fr.wikipedia.org - Paul V).

 

Empêché d'abord de connaître l'opinion du Pape, à cause de l'invasion du Montferrat par le duc de Savoie en 1612, Charles de Nevers avait appris dans la suite que le Pontife était favorable à son projet.

 

A son retour en France, après l'affaire du Montferrat, le duc de Nevers avait été mêlé aux mouvements des princes, sous la régence de Marie de Médicis, et son projet en avait subi un temps d'arrêt; mais lorsque le sire de Château-Renault fut envoyé en Morée, il y trouva la même volonté de se libérer. «Ces envoyés revinrent par terre avec deux des principaux du pays qui visitèrent quelques évêques et gens qualifiés dans le pays de Macédoine, Servie, Albanie, Dalmatie, Croatie» Ils trouvèrent chez tous d'excellentes dispositions pour se libérer, courage, union entre eux; il manquait seulement des armes et une aide efficace. Dans leur bonne volonté, ils avaient promis de tenir une assemblée d'évêques, sous prétexte d'aviser à ce qui était du bien de leurs églises, et qu'ils y travailleraient à coordonner tous leurs efforts et désigneraient quelques délégués pour traiter avec le duc. Ce dernier les attendait dans quelque temps. Le duc terminait son rapport en demandant l'avis du roi sur tous les détails de cette affaire, et se soumettait en tout à Sa Majesté. Au fond, il nommait le roi d'Espagne véritable chef de la croisade.

 

L'assemblée promise se tint à Koutchi, dans la Haute Albanie, le 8 septembre 1614. Y prirent part l'archevêque d'Ipek et les principaux chefs de la Haute Albanie, de la Bosnie, de la Macédoine, de la Bulgarie, de la Serbie, de l'Herzégovine et de la Dalmatie. Il y fut surtout question de l'introduction des armes par la Chimara et le Montenegro, et du recrutement des premières troupes. Le premier corps était constitué par 30000 Albanais et 12000 volontaires de Serbie, Herzégovine, Macédoine, Bosnie, qui se tiendraient cachés, et, au moment décisif, entraineraient les autres. Les premières opérations seraient la prise de Valona, de Croïa, de Scutari, de Castel Nuovo. Toute l'armée devait se réunir à Skopié, et, de là, marcher sur Andrinople.

 

Le plan de Koutchi fut d'abord transmis au Pape (Paul V), comme l'indique un post-scriptum du rédacteur, et ensuite au duc de Nevers. Le mouvement s'était donc élargi et voulait prendre des allures de croisade (A.-P Péchayre, Les archevêques d'Ochrida à la fin du XVIe siècle et au début du XVIIe. In: Échos d'Orient, tome 36, n°188, 1937 - www.persee.fr).

 

Henri IV envoya en 1608, en ambassade extraordinaire à Rome, Charles de Gonzague, duc de Nevers pour faire au pape Paul V le compliment d'obédience filiale. Cette ambassade surpassa en éclat toutes celles qui avaient précédé (Gaëtan de Raxis de Flassan, Histoire générale et raisonnée de la diplomatie française, ou de la politique de la France, depuis la fondation de la monarchie, jusqu'à la fin du règne de Louis XVI, Tome 2, 1811 - books.google.fr).

 

Ces endroits, si chers à Paul V, étoient ceux où Suarez ne craignoit pas de soutenir cette maxime injuste en ellemême, & contraire à toute l’antiquité, que le pape peut déposer les rois, sous prétexte de tyrannie. M. de Tresnes répondit avec la fermeté qui convenoit à son caractère : "que les souverains lui étoient fort peu obligés ; & que sa sainteté elle-même avoit plus d’intérêt qu’elle ne le pensoit, qu’une doctrine si pernicieuse fut proscrite sans ménagement dans toutes les Communions. Car enfin, dit-il encore, les Protestans soutiennent que les papes sont hérétiques, tyrans, antechrists; si l'opinion qui permet d'attenter à la vie des tyrans s’établit une fois parmi les Chrétiens, qui empêchera qu’un Huguenot fanatique se mette en tête qu'il fera une action louable en tuant le pape ?" Cette réflexion étoit sensée ; mais elle étoit faite vis-à-vis d’un homme que ses préventions aveugloient. Paul V, au lieu d’en reconnoître la vérité, répéta d'un ton vif & menaçant, que rien ne l’empêcheroit de soutenir les droits de son siege, si le roi ne vouloit pas se résoudre à casser l'arrêt dont il se plaignoit (Claude Pierre Goujet, Histoire Du Pontificat De Paul V, Tome 1, 1765 - books.google.fr).

 

Dans sa défense de la foi catholique et apostolique contre les erreurs de la secte d'Angleterre, Suarez enseignait, comme Mariana, mais avec plus d'élévation dans les vues, que le Pape pouvait non-seulement déposséder les rois de leurs Etats, mais leur faire perdre la vie après les avoir condamnés; qu'un tyran ou un usurpateur pouvait être justement tué par le premier venu, et un prince légitime frappé lui-même si, en abusant de son pouvoir, il était devenu un danger pour l'Etat. [...]

 

Un arrêt solennellement prononcé, le 16 juin 1614, en présence des quatre principaux jésuites de Paris, Ignace Armand, Jacques Sirmond, Fronton du Duc et Charles de La Tour, au lieu et place du P. Coton empêché, ordonna que le livre de Suarez serait brûlé et que le général de l'ordre renouvellerait son décret de 1610 contre les doctrines que Suarez venait de reproduire. [...]

 

A Rome on se montra fort irrité de la condamnation de Suarez et le saint office ne parla de rien moins que de condamner comme hérétique l'arrêt du Parlement et de le faire brûler par l'exécuteur de la haute justice. L'ambassadeur de France, le marquis de Tresnes, qui avait succédé à Savary de Brèves, fit comprendre à la cour de Rome que si l'on continuait les poursuites, la société de Jésus courait risque d'être de nouveau chassée de France, et d'un commun accord l'affaire fut suspendue jusqu'à la majorité du roi. C'était mettre en oubli le passé et révéler la faiblesse du gouvernement de la reine, que dominait l'étranger Concino Concini, époux de Léonora Galigaï, fille de la nourrice de Marie de Médicis (Ennemond Fayard, Aperçu historique sur le Parlement de Paris, Tome 2, 1877 - books.google.fr).

 

Buckingham avoit conseillé au Roi Jacques Ier d'Angleterre d'écrire une lettre au pape Grégoire XV. "Que dût penser Grégoire en se voyant prévenu d'une maniere si engageante, si respectueuse, par un Roi qui avoit traité Paul V. de tyran, d'usurpateur, d'antéchrist ? Certes on eut quelque raison de croire à la Cour de Rome que Jacques n'étoit pas trop éloigné de se faire Catholique. L'avance que Sa Majesté Britannique vouloit faire au Pape, parut fi indigne au Comte de Bristol, qu'il en détourna le Roi autant qu'il put. Bristol soutint dans le Parlement d'Angleterre que la lettre ne fut envoyée à la sollicitation du Comte de Gondomar & du Duc de Buckingham, qu'après le départ de Bristol pour fon Ambassade à Madrid. Le pape Grégoire XV étoit déjà mort, lorsque la réponse du Prince de Galles fut apportée à Rome. On la rendit à Urbain VIII. son successeur, qui prit cette occasion d'envoyer de nouveaux brefs au Roi Jacques & au Prince fon fils" (Michel Le Vassor, Histoire De Louis XIII, Roi De France Et De Navarre, Tome II, 1757 - books.google.fr).

 

Ancône

 

Le port d'Ancône était depuis longtemps le plus important et le plus fréquenté des domaines de l'Église, et il avait obtenu de nombreux privilèges des papes. Les Anconitains jouissaient du droit d'élire leurs magistrats, d'être jugés par eux en première instance et en appel, de choisir des notaires pour les causes criminelles, de retenir, pour les besoins de la ville, les deux tiers des amendes prononcées contre les coupables, d'élire leur podestat, pris exclusivement parmi eux, et d'exiger, pour leur ville, des redevances en blé des cultivateurs voisins. Sixte avait confirmé ces différents avantages; mais il accorda, en outre, une faveur beaucoup plus signalée au port d'Ancône. Pressé par la pénurie d'argent, Grégoire XIII avait imposé aux navires qui fréquentaient ce port un droit d'entrée d'un écu d'or pour cent, sur la valeur des marchandises importées. Mais, loin de procurer des fonds au Trésor apostolique, cette taxe avait déterminé les armateurs de l'Archipel grec à abandonner le port d'Ancône. Sixte comprit le tort causé à cette ville et à ses États par le nouvel impôt: il l'abolit, et déclara Ancône port franc, afin d'y rappeler les vaisseaux marchands. Cette mesure eut un plein succès : les navires grecs et autres reprirent la route d'Ancône, y apportèrent, comme autrefois, les marchandises de l'Orient, et en exportèrent les blés de la Romagne et des Marches. Pour y attirer les négociants chrétiens grecs de l'île de Pathmos, Sixte confirma, par sa bulle du 10 mai 1587, Dudum felicis, les privilèges accordés par son prédécesseur à ces négociants, d'élire un consul, ainsi que les autres Orientaux en avaient le droit, et de jouir d'autres avantages (Antoine Jules Dumesnil, Histoire de Sixte-Quint, sa vie et son pontificat, 1869 - books.google.fr).

 

Cyriacus, Syriacus, Cyriaque, Cyriac, Kyriakos ou parfois Cyr sont des prénoms masculins surtout répandus dans les pays de tradition orthodoxe mais peu usités en Occident (on le rencontre essentiellement en Italie et, dans une moindre mesure, en France) (fr.wikipedia.org - Cyriacus).

 

Une église consacrée à un saint Cyriaque fut tranférée à saint Cyr et sainte Julitte (Louis-Sébastien Le Nain de Tillemont, Mémoires pour servir à l'histoire écclésiastique des six premiers siècles justifiez par les citations des auteurs originaux, Tomes 7 à 8, 1732 - books.google.fr).

 

L'église cathédrale d'Ancône porte le nom de Saint Cyriaque.

 

Cyriaque de Jérusalem ou Judah Kyriakos ou Quincus ou Ciriacus ou Ciriaco ou Quirico (en Sardaigne) ou Ceriàgo (en sarde) ou Quiriace, tel que nommé à Provins, naît à Jérusalem sous le nom de Judah, fils de Siméon et Anne, petit-fils de Zachée. Il devient rabbin. Le jour de la découverte de la Croix, le 3 mai 326, après avoir vu le retour à la vie d'un mort après le contact avec la Vraie Croix, Judas se convertit au christianisme et est baptisé par saint Macaire, évêque de Jérusalem, en présence d'Hélène, et prend le nom de « Kyriakos » (du grec "consacré au Seigneur"). Il est martyrisé et parmi les suplices placé sur deqs charbons ardents. Le 8 août 418, l'impératrice Galla Placidia fait transférer le corps de Cyriaque de Palestine à Ancône (fr.wikipedia.org - Cyriaque de Jérusalem).

 

Cyr de Tarse, dit aussi Cyr d'Antioche (Quirice), martyr en 304 à l'âge de trois ou cinq ans avec sa mère sainte Julitte. C'était un très jeune garçon qui habitait Antioche, vers la fin du IIIe siècle, sous le règne de Dioclétien. Vers l'âge de cinq ans, alors qu'il assiste à un procès contre des chrétiens, il réussit à se glisser furtivement sur la tribune d'un juge nommé Alexandre et lui crie dans l'oreille : « Moi aussi, je suis Chrétien ». Fou de rage, le magistrat attrape le jeune enfant par une jambe et le lance contre la muraille où il va se fracasser la tête et mourir. C'est lui qui est très vénéré en France où il a donné son nom à de nombreux villages. Saint Amâtre, évêque d'Auxerre, a rapporté ses reliques d'Orient et fait connaître son martyre. C'est ce saint Cyr qui est un des patrons de la cathédrale de Nevers, des vignerons de Volnay et, avec sa mère, de la ville de Villejuif (villa Julittae). Ses reliques étaient conservées dans l'église de Volnay, jusqu'en juin 2001, date à laquelle elles sont volées. Il est fêté le 16 juin en Occident et le 15 juillet en Orient : cette deuxième date est probablement l'anniversaire de son martyre (Légende dorée) (fr.wikipedia.org - Saint Cyr).

 

Cyriaque d'Ancône ou Ciriaco de' Pizzicolli (Ancône, entre 1390 et 1392 - Crémone, vers 1452) est un marchand et humaniste italien, un voyageur et un épigraphiste grâce auquel sont parvenues des copies de nombreuses inscriptions grecques et latines perdues depuis son époque. Il est parfois appelé le «père de l'archéologie». Il est le premier «savant» à redécouvrir des sites grecs antiques prestigieux tels que Delphes ou Nicopolis d'Épire (fr.wikipedia.org - Cyriaque d'Ancône).

 

Cf. quatrain précédent I, 74 avec Antioche et l’Epire.

 

Paul V et Venise

 

Défenseur inflexible de son autorité, Paul V proclame en 1605 sa volonté de soumettre à examen à Rome les capacités du nouveau patriarche désigné par le Sénat de Venise ; la même année, les Dix prennent de sévères mesures contre deux clercs vénitiens coupables de graves délits et refusent de les remettre aux autorités ecclésiastiques. A la suite de cette affaire, le pape lance l'interdit sur la République. Celle-ci riposte en mai 1606 en déclarant le bref papal nul et non avenu et en enjoignant aux prêtres de continuer à célébrer les sacrements. Plutôt que d'obtempérer, certains ordres - dont les Jésuites - préfèrent quitter les lieux. La «protestation» de la Sérénissime est inspirée par un servite, Paolo Sarpi, nommé en janvier 1606 expert de la République en matière religieuse. C'est lui qui, du côté vénitien, soutient la position selon laquelle «les princes, de par la loi divine, qu'aucun pouvoir humain ne peut changer, ont autorité pour légiférer dans le domaine temporel et dans le cadre de leur juridiction». Du côté de Rome, on défend la théorie du pouvoir absolu du pape, qu'il ne fait que déléguer aux Etats quant au temporel et peut donc révoquer. La «guerre des écritures» fait rage entre les deux capitales. En Europe, personne ne souhaite toutefois en venir à un conflit armé. Un compromis est négocié à l'initiative de la France par le cardinal de Joyeuse. Venise ne renonce pas formellement à ses prérogatives. Jamais plus l'interdit ne sera lancé contre un Etat. Cette manifestation vénitienne d'indépendance serait le «chant du cygne de la République» (Benzoni). En tout cas, elle lui vaut l'admiration de nombreux penseurs politiques et intellectuels du temps ainsi que la violente hostilité des papistes. Mais les non-orthodoxes devront peu à peu quitter la ville... (Christian Bec, Histoire de Venise: «Que sais-je ?» n° 522, 2017 - books.google.fr).

 

Le pape "enuoya à Ancone le Colonel Fabio Ghisleri, esleu Capitaine des cheuaux legers, lequel fit vn roolle de dix-fept cens arquebusiers à cheual tirez de diuerses villes de l'Estat Ecclesiastique, la plus-part neantmoins sans armes & sans cheuaux, auxquels toutesfois il ne donna autre chose que la permission de porter les armes, ce qui fut cause qu'ils ne se peurent iamais trouuer ensemble. Il fit encore vn roolle de Capitaines pour s'en seruir au besoin, le faisant courir par tout, & appellant mesme à son seruice quelques-vns de ceux qui estoient en Flandres. Il defendit aussi aux lieux de la Romagne & de la Marque d'Ancone le commerce auec les Venitiens, lequel fut aussitost remis, se prouuant par experience qu'il ne le pouuoient oster sans se faire à eux-mesmes vn tres-grand dömage attendu que les Partisans protesterent de quitter les gabelles, & cependant on ne sçauoit ou prendre ailleurs de l'argent pour payer lagendarmerie. Outre ce on fit defenses de transporter tant en or qu'en argent plus haut de dix escus, comme encore furent arrestez les reuenus des Venitiens, qui se trouuoit dans les terres de l'Eglise. Et à Rome pour trouuer de l'argent, l'on mit vne nouuelle imposition sur le sel, sur la chair & sur le papier, auec resolution d'en mettre encore sur le vin, & sur le bois à mettre en oeuure, quand on eust esté reduit à vne grande necessité. Ces impositions n'estans suffisantes, l'on consulta en pleine assemblée comme l'on pourroit trouuer argent: & à cause de la difficulté qui se presentoit les aduis furent fort diuers. On traicta de prendre quelque chose sur les Cardinaux, en quoy les uns se teurent, les autres firent signe de ne l'approuuer, dont il ne fut resolu autre chose que d'ordonner qu'il feroit pris quelque subside sur les ordres des reguliers, ce qui fut fait. J'ay trouué à propos deioindre toutes ces choses, qui ont toutesfois esté faictes & ordonnées par le Pape en diuers temps iusques à l'accord, pour n'interrompre le fil de la negociation, qui est le principal sujet de cette histoire"  (Paolo Sarpi, Histoire des differens entre le pape Paul V et la republique de Venise. Es annees 1605. et 1607, 1625 - books.google.fr).

 

"Par effrayeur"

 

Mais, tandis que les publicistes étaient aux prises, le pape, voyant qu'il pouvait compter sur l'appui des Espagnols, ou tout au moins sur celui de leurs gouverneurs en Italie, levait des troupes, disposé qu'il était à employer la force ouverte. De son côté, la république ne resta point inactive : la flotte fut augmentée, on créa trente nouveaux provéditeurs de navires on enrôla deux mille fantassins italiens, on appela quatre cents Stradiotes, les soldats corses furent portés au complet, enfin on nomma un nouveau provéditeur de terre-ferme. [...]

 

Paul V, découragé par la résistance qu'il rencontrait, et craignant d'ailleurs de voir la guerre s'allumer, se montra disposé à entrer en accommodement. A l'exemple du pape, les partisans les plus ardents de la suprématie pontificale, le cardinal Baronius lui-même, furent d'avis qu'il fallait céder, car, en envoyant ses troupes sur les frontières du Milanais, l'Espagne paraissait n'avoir eu d'autre but que de profiter des embarras du saint-siége plutôt que de le servir (Léon Galibert, Histoire de la Republique de Venise, 1850 - books.google.fr).

 

Les Uscoques et Montferrat

 

Les invasions consécutives des Turcs avaient réduit nombre d'habitants de la Croatie, de la Dalmatie et de l'Albanie à chercher un asile sur des points à peu près inaccessibles du littoral de l'Adriatique. Ces Uscoques, ainsi qu'ils s'appelaient, et l'histoire leur a conservé cette désignation, retirés dans la forteresse de Klissa, non loin de Salona, furent accueillis à Segna, petite ville du golfe de Quarnero, par le comte Frangipani, seigneur feudataire du roi de Hongrie, puis placés sous la protection de l'archiduc Charles de Gratz. Privés de toute espèce de ressources, pour subvenir à leur subsistance ils se firent, les uns bandits, les autres pirates, et l'Empereur les considéra bientôt comme d'utiles auxiliaires contre les bandes de Martoloses qui infestaient ses frontières du côté de la Turquie (Léon Galibert, Histoire de la Republique de Venise, 1850 - books.google.fr).

 

C'est en 1550 que les Uscoques sont signalés pour la première fois: quatre cent ou cinq cent d'entre eux étaient apparus sur la mer «et robavano ogn'uno che trovavano», et pillaient tous les navires qu'ils rencontraient. Ce fut Ancône qui donna l'alarme et d'un ton qui prouve que, déjà, les Uscoques étaient connus comme des pirates. En 1553, Ancône protesta de nouveau contre «alcuni ladri marittimi adimandati Scocchi», plusieurs voleurs de mer, appelés Uscoques. En 1575, le nonce du pape écrivait de Venise : « Ces messieurs ont quelques préoccupations du fait des Uscoques qui attaquent chaque jour les vaisseaux qui traversent le Golfe ». Et ajoutait qu'ils avaient décidé d'en brûler les vaisseaux et il concluait: « s'ils le font, ils feront bien ». Au contraire, on n'en fit rien (Attilio Tamaro, La Vénétie Julienne et la Dalmatie: histoire de la nation italienne sur ses frontières orientales, Tome 3, 1919 - books.google.fr).

 

Le pape Paul V "luy-mesme se plaignoit tout haut du dommage que le commerce de la ville d'Ancone en souffroit" (Battista Nani, Histoire de Venise, Tome 1, traduit par François Tallemant des Reaux, 1679 - books.google.fr).

 

Pour mettre à la raison les pirates Uscoques, en 1613, Venise se mit d'accord avec Vienne qui finalement ne fit rien. Venise mettra le siège devant Gradisca en février 1616.

 

Venise cherchait de nouveaux appuis dans la Savoie et dans les Pays-Bas. Le duc de Savoie, Charles-Emmanuel, alors en guerre avec l'Espagne, à cause de ses prétentions sur le Montferrat, avait demandé des secours à la France ; mais outre que la situation particulière de ce royaume ne lui permettait pas de porter son action au dehors, Anne d'Autriche entraînait Louis XIII vers les intérêts de son père Philippe III. Toutefois Lesdiguières , qui jouissait d'une sorte d'indépendance dans son gouvernement du Dauphiné, laissait des volontaires passer au service de la Savoie, malgré tout ce que put faire le roi d'Espagne pour l'en détourner, et, après la déroute des troupes ducales à Lucedio, donnait à son assistance un caractère plus marqué en marchant au secours du duc de Savoie à la tête de sept à huit mille hommes, infanterie et cavalerie, dont plusieurs compagnies portaient les bannières du roi. Cette démarche ne suffisant pas encore à rétablir l'équilibre, car le trésor de Charles-Emmanuel était épuisé, les Vénitiens offrirent un prêt de trois cent mille ducats au prince, qui à ce prix donna la promesse d'une active intervention. Ils faisaient en même temps une alliance avec la nouvelle république des Pays-Bas, sortis naguères victorieux de leur insurrection contre le sanglant despotisme du duc d'Albe. Venise s'engageait à fournir au stathouder, s'il était attaqué, un subside de cinquante mille florins par mois; en retour, celui-ci lui promettait, pour un cas semblable, un secours équivalent en troupes, en vaisseaux ou en argent, au choix du sénat. En conséquence de cet arrangement, quatre mille trois cents Hollandais arrivèrent à Venise sous les ordres du comte Jean de Nassau, et furent passés en revue par le doge. Enfin, outre ces auxiliaires, la Seigneurie leva un grand nombre de troupes dans les cantons de Berne, de Zurich et des Grisons. Ainsi renforcée, l'armée vénitienne reprit avec une telle vigueur le siége de Gradisca, que bientôt de larges brèches permirent de donner l'assaut. Le jour en était fixé, et la garnison comme les habitants, exténués par la faim et par les fatigues, se trouvaient hors d'état de le repousser, quand tout à coup on reçut la nouvelle que la France intervenait avec menace, au cas où sa médiation serait repoussée, de se réunir à l'Espagne pour contraindre Venise à suspendre ses opérations militaires. En présence d'un tel danger il fallut courber la tête, et le - doge envoya des ambassadeurs à Paris, où les ministres de Louis XIII les obligèrent d'accepter, même sans attendre l'assentiment du sénat, les clauses d'un traité dont les conditions furent à peine débattues par eux (Léon Galibert, Histoire de la Republique de Venise, 1850 - books.google.fr).

 

Dans la guerre de la Valteline, Venise sera alliée de la France pour assurer l'indépendance de la vallée, cf. quatrain I, 93 - 1625-1626.

 

"examine" : l'examen

 

"examine" : examen en latin désigne aussi l'essaim des abeilles, présentes dans les armoiries des Barberini dont Maffeo deviendra pape en 1623 sous le nom d'Urbain VIII.

 

L'an 1600 & 1601, il y eut un grand diférend entre Clément VIII. & le Sénat, à l'ocasion du Patriarche de Venise, que ce Pape vouloit soumétre à l'éxamen, comme les autres Prélats d'Italie, avant que de le confirmer. Le Sénat y résista fortement, voiant bien, que cet examen afoibliroit le droit de sa nomination, & donneroit aux Papes un moien de l'abolir, s'il leur étoit libre d'admetre ou de rejeter les sujets proposez. D'où il ariveroit encore, que ceux, qui obtiendroient la confirmation de cette dignité, leur en auroient plus d'obligation, qu'à la République. Outre que le Sénat trouvoit, que c'étoit douter de la bonté de son choix, & ofenser sa prudence, que de vouloir éxaminer ceux, qu'il jugeoit dignes de cet honneur. Cette dispute, aprés avoir duré prés de deux ans, se termina enfin, à la satisfaction du Sénat, qui envoi a Matieu Zané à Rome où il fut sacré par le Pape même, admis au Solio, & choisi pour porter la queue de Sa Sainteté avec le Patriarche d'Alexandrie.

 

Durant l'ínterdit Paul V. renouvela la contestation de l'éxamen, & refus à de confirmer l'élection de François Vendramin. Mais aprés l'acommodement, il le confirma, & le sacra lui-même, & outre cela envoia des léifot. tres au Sénat, par lesquelles il déclaroit, que le Décret de Clément VIII. son prédécesseur touchant l'éxamen des Evêques n'obligeroit point à l'avenir les Patriarches de Venise (Abraham Nicolas Amelot de la Houssaie, Histoire du gouvernement de Venise, 1685 - books.google.fr).

 

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