La Compagnie du Saint Sacrement

La Compagnie du Saint Sacrement

 

II, 2

 

1632-1633

 

La teste bleue fera la teste blanche,

Autant de mal que France a faict leur bien,

Mort a l'anthene, grand pendu sus la branche,

Quand prins des siens le Roy dira combien.

 

Acrostiche : QMAL à l’envers

 

Syriac "qmal" : "to molder, became moldy" voir "qumla" "blue mold on bread" (Eugen J. Pentiuc, West Semitic Vocabulary in the Akkadian Texts from Emar, 2018 - www.google.fr/books/edition).

 

Albert le Grand aussi composa les Sequences pour la plus part; & Thomas d'Aquin l'Office qu'ils appellent de la Feste Dieu. Vn Concile tenu Ă  Cologne, ordonna comment l'Hostie doit estre choisie, entiere, solide; non trop vieille ; de quelle grandeur; comment couverte; comment levĂ©e; quel vin; qu'elle eau; Ă  quelle proportion; comment le Prestre les doit discerner avec l'odeur; quels doivent estre les Corporeaux ; quelles cautions contre l’aigreur, la moisissure, les souris, les araignes, &c. A sçavoir, Ă  mesure que l'erreur croissoit en la Transsubstantiation; l'erreur l'accompagnoit en la Ceremonie. Dont est qu'Innocent III. au Concile de Latran, veut que l’Hostie soit gardĂ©e en un Cabinet Ă  ce destinĂ©: Celui mesme qui declare les Canons Ă©gaux aux mots de l'Evangile. Et Honor. III. enioinct qu'Ă  l’ellevation de l'Hostie, on s'agenouille; Et quelle soit portĂ©e en habit decent aux malades. Et, Gregoire IX. pour en advertir, adjouste le son d la Cloche (Philippe de Mornay, De l'Institution, et Doctrine du Saint Sacrement de l'Eucharistie, 1604 - books.google.fr).

 

Quand l’image met Ă  mort rituellement, la tĂŞte en bas, pendu par un pied, le proscrit banni Ă  jamais de la citĂ© ou qui a Ă©tĂ© exĂ©cutĂ© et dont la mĂ©moire doit ĂŞtre effacĂ©e : non seulement les murs de Florence et des citĂ©s voisines du Quattrocento ont connu de telles «images infamantes», mais le «Pendu» des cartes de tarot a diffusĂ© jusqu’à aujourd’hui cette mĂŞme image de dĂ©rision et de terreur. Dans le sacrifice chrĂ©tien (ou catholique depuis la RĂ©forme), la mort, pareillement, hante l’image-hostie : si l’hostie figure souvent la Crucifixion, c’est pour rappeler au communiant que le Christ est mort pour lui sur la croix. Mais il y a plus : le sacrificateur s’assimile en communiant Ă  la victime sacrificielle, (hostia), dont les conciles (Latran IV, Trente) ont proclamĂ© qu’elle Ă©tait, sous les apparences du pain, le Corpus Christi, sa PrĂ©sence rĂ©elle ; ce qui a pour consĂ©quence logique qu’elle soit consommĂ©e en un geste sublimĂ© de thĂ©ophagie, une forme d’ingestion qui promet, Ă  celui qui s’y livre, la vie Ă©ternelle gagĂ©e sur la mort sacrificielle du Christ, mais dont le caractère crument alimentaire est rappelĂ© par l’interdiction qui lui est faite de croquer l’hostie avec ses dents...

 

Dans une conférence donnée aux Rendez-vous de l’Histoire à Blois le samedi 10 octobre 2018, intitulée justement «“Je mettrai vos cadavres sur les cadavres de vos idoles” (Lévitique, 26, 30) : images et violence, XVe – XXIe siècle», Olivier Christin a montré le lien entre les images infamantes durant les guerres de religion, la carte du Pendu dans le jeu de tarot et la photographie du corps supplicié de Mussolini la tête en bas à la manière d’un porc prêt à être découpé (Giordana Charuty, Jérémie Koering, Pierre-Olivier Dittmar, Jean-Claude Schmitt, Des images faites pour être détruites, Perspective - la revue de l’INHA : actualités de la recherche en histoire de l’art, 2018, - hal.sorbonne-universite.fr).

 

Les Gondi

 

De 1552 Ă  1598, l'AmirautĂ© de France et le GĂ©nĂ©ralat des galères se sont rĂ©vĂ©lĂ©s ĂŞtre des enjeux particulièrement convoitĂ©s entre huguenots et ligueurs au point que les Guise se sont acharnĂ©s Ă  pratiquer une remarquable stratĂ©gie matrimoniale afin de s'assurer la maĂ®trise de l'AmirautĂ© difficilement arrachĂ©e Ă  Coligny entre 1569 et 1572. Dès 1589 toutefois, lorsqu'Henri IV accède au trĂ´ne, les Guise commencent Ă  perdre le contrĂ´le de cette charge et le contrĂ´le sur le littoral (voire la mer ?), qu'ils souhaitaient : soit sur la Provence, en qualitĂ© de gĂ©nĂ©raux des galères (1557-1563 ; 1563-1566 ; 1573 en expectative) ; soit sur la Normandie et la Picardie en qualitĂ© d'Amiraux de France en titre (Mayenne de 1578 Ă  1582, ou par alliĂ© interposĂ©: Joyeuse de 1582 Ă  1587 ; Epernon de 1587 Ă  1589 ; La Valette en 1589). Dès 1589, le clan Guise disparaĂ®t d'autant plus de ce contrĂ´le du littoral qu'Henri IV accĂ©dant au trĂ´ne, il donne son AmirautĂ© de Guyenne au fils de Coligny : François, Amiral de Guyenne du 17 dĂ©cembre 1589 au 20 octobre 1591, puis successivement aux deux petits-fils de Coligny : Henri, comte de Coligny, du 20 octobre 1591 au IO septembre 1601, jour oĂą il est tuĂ© d'un coup de mousquet au siège d'Ostende et Gaspard, comte de Coligny, du 4 octobre 1601 jusqu'Ă  ce qu'il vende son AmirautĂ© de Guyenne Ă  l'Amiral de France, duc de Montmorency. Se mettent alors en place de nouvelles dynasties maritimes les Gondi, titulaires du gĂ©nĂ©ralat des galères de 1579 Ă  1635 et les Montmorency, Amiraux de France de 1596 Ă  1626 ; le premier d'entre eux, le connĂ©table de Montmorency d'Anville n'Ă©tant autre que l'ancien chef des huguenots de 1574, adversaire des Guise (comme feu son père), ennemi de la Ligue. La charge d'amiral de France est supprimĂ©e par Richelieu en 1626 et rĂ©tablie par Colbert en 1669.

 

C'est eux que Richelieu trouvera sur son chemin dans sa volonté d'unifier le littoral du royaume, extraordinairement morcelé de par l'héritage de la féodalité qui pèse encore sur lui en 1626. D'où la volonté de Richelieu qui parviendra à retirer, à son profit, 1) au fils Montmorency, l'Amirauté de France (1626), augmentée de l'Amirauté de Guyenne (depuis 1613), 2) aux Gondi le généralat des galères et leurs îles d'Hyères (1633), 3) aux Guise, l'Amirauté de Provence dont ils avaient réussi à se retrouver investis, mais le cardinal menaça si bien le dernier des Guise, Charles, duc de Guise, que celui-ci, craignant pour sa tête, préféra prétexter un pèlerinage Lorette pour gagner l'Italie (1631) dont il ne revint pas, apprenant que l'ancien Amiral de France, duc de Montmorency, avait été décapité malgré son nom (30 octobre 1632, à Toulouse), tout comme l'avait été l'ancien Amiral de France, duc de Biron, jadis, malgré l'amitié que lui avait portée un temps Henri IV (Guy Martinière, Coligny, les Protestants et la mer, 1997 - www.google.fr/books/edition).

 

Charles de Gondi (1536-15 juin 1574) fut le premier de sa maison Ă  ĂŞtre GĂ©nĂ©ral des galères (1573-15 juin 1574). Le second fut son neveu : Charles II de Gondi (1569-23 mai 1596). titulaire du gĂ©nĂ©ralat du 24 juin 1579 Ă  sa mort. Il fut tuĂ© au cĂ´tĂ© des Ligueurs en donnant l'assaut au Mont-Saint-Michel. Son père. Albert de Gondi (1522-1602), plus connu sous le nom de marĂ©chal duc de Retz, lui succĂ©da. Il avait du reste fait les fonctions de la charge dès le 24 juin 1579, Charles II de Gondi n'ayant alors que dix ans. Le fils d'Albert lui succĂ©da : Philippe-Emmanuel de Gondi (1581-1662), et resta gĂ©nĂ©ral des galères de 1602 Ă  1635. Son fils. Pierre de Gondi (1602-1676). fut le cinquième gĂ©nĂ©ral des galères de sa maison (1635) mais il dut s'en dĂ©mettre aussitĂ´t au profit de Richelieu soucieux de rĂ©unir en ses mains la totalitĂ© des pouvoirs maritimes du royaume (Guy Martinière, Coligny, les Protestants et la mer, 1997 - www.google.fr/books/edition).

 

Les pendus de Marseille

 

„[...] par jugement du 14 juillet 1603, Mainet Raize de la ville d'Arger, accusé de viollemens, vols sur les subjectz du roy en la comté de Provence fut condemné par Monsieur de Gondy d'avoir la teste tranchée à la pouppe de la gallere royalle, et tous ses compagnons à servir le roy à perpetuité aux galeres. Au mois de juillet 1608, le mesme seigneur de Gondy estant à Marseille par l'advis des commissaires et controlleurs et de trois advocats pris pour conseil, condemna François Quillebeuf, soldat du galere soubz la charge du chevalier de la Valette, convaincu de meurtre à faire amande honnorable, nud, en chemise, teste et pieds nuds, la hart au col dans la galere à genoux tenant une torche de cire allumée et illec demander pardon à Dieu, au roy et à justice, ce fait, estre pendu et estranglé à l'antenne de ladicte gallere, puis son corps porté aux fourches patibulaires. Ce jugement souverain fut executé aux yeux des officiers, voire de toute la ville en affluence extraordinaire. Autre, le premier jour de juin 1619, Jacques Bourgeois, forçat fut condemné par le lieutenant du mesme general des galleres par l'advis des mesmes commissaires et controlleurs à faire amande honorable dans la poupe de la gallere royalle et à estre pendu à l'antenne en la mesme forme que la precedente. Par autre acte du 15 aoust 1620, plusieurs corsaires d'Arger surpris faisans courses le long de la coste sont condemnez par le dict seigneur à demeurer à la chaisne sur les galleres pour y servir le roy jusques à ce qu'autrement soit ordonné. Pareil jugement du dernier may 1630." B.N.F. Ms. Fr. 21150, Fol. 259v-260r, zit. n. NICLAS, Gondi-Retz, S. 197. Vgl. auch MASSON, Galères, S. 28; sowie AUSSEUR, Galériens. 383 Vgl. Mercure François (1619-1621) Bd. 6, S. 470f. (Daniel Steinke, Vinzenz von Paul (1581-1660) und die Praxis der Sklaverei im Mittelmeerraum, 2019 - www.google.fr/books/edition).

 

Kabbale

 

Le jour hĂ©breu commence le soir Ă  la tombĂ©e de la nuit. Extrait de la Kabbale : «La tĂŞte lumineuse verse sur la tĂŞte noire une rosĂ©e de splendeur. - Ouvre-moi ma bien-aimĂ©e dit Dieu Ă  l'Intelligence parce que ma tĂŞte est pleine de rosĂ©e et sur les boudes de me cheveux roulent les larmes de la nuit.» (Pierre de Buch, Kosmos, un point c'est tout, ThĂ©orie de la Force Primordiale, 2020 - www.google.fr/books/edition).

 

Ainsi, les dix Sephiroth, qui forment dans leur ensemble l'homme cĂ©leste, l'homme idĂ©al, et ce que les kabbalistes modernes ont appelĂ© le monde de l'Ă©manation, se partagent en trois classes, dont chacune nous prĂ©sente la DivinitĂ© sous un aspect diffĂ©rent, mais toujours sous la forme d'une trinitĂ© indivisible. Les trois premières sont purement intellectuelles ou mĂ©taphysiques; elles expriment l'identitĂ© absolue de l'existence et de la pensĂ©e, et forment ce que les kabbalistes modernes ont appelĂ© le monde intelligible : celles qui les suivent ont un caractère moral; d'une part, elles nous font concevoir Dieu comme l'identitĂ© de la bontĂ© et de la sagesse; de l'autre, elles nous montrent dans la bontĂ© ou plutĂ´t dans le bien suprĂŞme l'origine de la beautĂ© et de la magnificence. Aussi les a-t-on nommĂ©es les vertus ou le monde sensible dans l'acception la plus Ă©levĂ©e du mot. Enfin, nous apprenons par les derniers de ces attributs que la providence universelle, que l'artiste suprĂŞme est aussi la force absolue, la cause toute-puissante, et que cette cause est en mĂŞme temps l'Ă©lĂ©ment gĂ©nĂ©rateur de tout ce qui est. Ce sont ces dernières SĂ©phiroth qui constituent le monde naturel ou la nature dans son essence et dans son principe, natura naturans.

 

Voici maintenant en quels termes on cherche Ă  ramener ces aspects divers Ă  l'unitĂ© et par consĂ©quent Ă  une trinitĂ© suprĂŞme : «Pour possĂ©der la science de l'unitĂ© sainte, il faut regarder la flamme qui s'Ă©lève d'un brasier ou d'une lampe allumĂ©e : on y voit d'abord deux lumières, l'une Ă©clatante de blancheur, l'autre noire ou bleue; la lumière blanche est au dessus et s'Ă©lève en ligne droite; la lumière noire est au dessous et semble ĂŞtre le siège de la première : elles sont cependant si Ă©troitement unies l'une Ă  l'autre, qu'elles ne forment qu'une seule flamme. Mais le siège formĂ© par la lumière bleue ou noire s'attache Ă  son tour Ă  la mèche qui est encore au-dessous d'elle. Il faut savoir que la lumière blanche ne change pas; elle conserve toujours la couleur qui lui est propre; mais on distingue plusieurs nuances ; dans celle qui est au-dessous : cette dernière prend en outre deux directions opposĂ©es; elle s'attache en haut Ă  la lumière blanche et en bas Ă  la matière enflammĂ©e; mais cette matière est sans cesse absorbĂ©e dans son sein, et elle-mĂŞme remonte constamment vers la lumière supĂ©rieure. C'est ainsi que tout rentre dans l'unité».

 

Pour qu'il ne reste aucun doute sur le sens de cette allégorie, nous ajouterons que, dans une autre partie du Zohar, elle est reproduite presque littéralement pour expliquer la nature de l'âme humaine qui, elle aussi, forme une trinité, image affaiblie de la trinité suprême.

 

Selon l'Idra raba, Simon ben JochaĂŻ dĂ©crit allĂ©goriquement la grandeur divine. En voici quelques traits : «Il est l'ancien des anciens, le mystère des mystères, l'inconnu des inconnus. Il a une forme qui lui appartient, puisqu'il nous apparaĂ®t comme le vieillard par excellence, comme l'ancien des anciens, ce qu'il y a de plus inconnu parmi les inconnus. Mais, sous cette forme qui nous le fait connaitre, il reste cependant l'inconnu. Son vĂŞtement paraĂ®t blanc, et son aspect est brillant. Il est assis sur un trĂ´ne d'Ă©tincelles qu'il soumet Ă  sa volontĂ©. La blanche lumière de sa tĂŞte Ă©claire quatre cent mille mondes. Quatre cent mille mondes nĂ©s de cette blanche lumière deviennent l'hĂ©ritage des justes dans la vie Ă  venir. Chaque jour voit Ă©clore de son cerveau treize mille myriades de mondes qui reçoivent de lui leur subsistance, et dont il supporte Ă  lui seul tout le poids. De sa tĂŞte il secoue une rosĂ©e qui rĂ©veille les morts et les fait naĂ®tre Ă  une vie nouvelle. C'est pour cela qu'il est Ă©crit : Ta rosĂ©e est une rosĂ©e de lumière. C'est elle qui est la nourriture des saints de l'ordre le plus Ă©levĂ©. Elle est la manne qu'on prĂ©pare aux justes pour la vie Ă  venir. Elle descend dans le champ des fruits sacrĂ©s. L'aspect de cette rosĂ©e est blanc comme le diamant, dont la couleur renferme toutes les couleurs... La longueur de ce visage, depuis le sommet de la tĂŞte, est de trois cent soixante et dix fois dix mille mondes. On l'appelle le long visage; car tel est le nom de l'ancien des anciens».

 

La seule idĂ©e de l'ĂŞtre ou de l'absolu, considĂ©rĂ©e du point de vue sous lequel nous venons de l'envisager, constitue une forme complète, ou, pour employer le terme consacrĂ©, une tĂŞte, un visage; ils l'appellent la tĂŞte blanche, parce que toutes les couleurs, c'est-Ă -dire toutes les notions, tous les modes dĂ©terminĂ©s sont confondus en elle, ou l'Ancien, parce qu'elle est la première des SĂ©phiroth. Seulement, dans ce dernier cas, il faut se garder de la confondre avec l'Ancien des anciens, c'est-Ă -dire avec l'En Soph lui-mĂŞme, devant lequel son Ă©clatante lumière n'est que tĂ©nèbres. Mais on la dĂ©signe plus gĂ©nĂ©ralement sous la dĂ©nomination singulière de grand visage ; sans doute parce qu'elle renferme toutes les autres qualifications, tous les attributs intellectuels et moraux dont on forme, par la mĂŞme raison, le petit visage. «Le premier, dit le texte, c'est l'Ancien, vu face Ă  face, il est la tĂŞte suprĂŞme, la source de toute lumière, le principe de toute sagesse, et ne peut ĂŞtre dĂ©fini autrement que par l'unitĂ©.» Du sein de cette unitĂ© absolue, mais distinguĂ©e de la variĂ©tĂ© et de toute unitĂ© relative, sortent parallèlement deux principes opposĂ©s en apparence, mais en rĂ©alitĂ© insĂ©parables : l’un, mâle ou actif, s'appelle la sagesse ; l'autre, passif ou femelle, est dĂ©signĂ© par un mot qu'on a coutume de traduire par celui d'intelligence. «Tout ce qui existe, dit le texte, tout ce qui a Ă©tĂ© formĂ© par l'Ancien (dont le nom soit sanctifiĂ©!), ne peut subsister que par un mâle et par une femelle.» Nous n'insisterons pas sur cette forme gĂ©nĂ©rale, que nous retrouverons frĂ©quemment sur notre route ; mais nous croyons qu'elle s'applique ici au sujet et Ă  l'objet de l'intelligence, qu'il n'Ă©tait guère possible d'exprimer plus clairement dans une langue Ă©minemment poĂ©tique. La sagesse est aussi nommĂ©e le père; car elle a, dit-on, engendrĂ© toutes choses. Au moyen des trente-deux voies merveilleuses par lesquelles elle se rĂ©pand dans l'univers, elle impose Ă  tout ce qui est une forme et une mesure. L'intelligence, c'est la mère, ainsi qu'il est Ă©crit : Tu appelleras l'intelligence du nom de mère» (Proverbes, II, 3). Cependant, sans dĂ©truire l’antithèse que l'on vient d'Ă©tablir comme la condition gĂ©nĂ©rale de l'existence, on fait quelquefois sortir le principe femelle ou passif du principe mâle. De leur mystĂ©rieuse et Ă©ternelle union sort un fils qui, selon l'expression originale, prenant Ă  la fois les traits de son père et ceux de sa mère, leur rend tĂ©moignage Ă  tous deux. Ce fils de la sagesse et de l'intelligence, appelĂ© aussi, Ă  cause de son double hĂ©ritage, le fils aĂ®nĂ© de Dieu, c'est la connaissance ou la science. Ces trois personnes renferment et rĂ©unissent tout ce qui a Ă©tĂ©, est et sera; mais elles sont rĂ©unies Ă  leur tour dans la tĂŞte blanche, dans l'Ancien des anciens, car tout est lui, et lui est tout. TantĂ´t on le reprĂ©sente avec trois tĂŞtes qui n'en forment qu'une seule, et tantĂ´t on le compare au cerveau qui, sans perdre son unitĂ©, se partage en trois parties, et, au moyen de trente-deux paires de nerfs, se rĂ©pand dans tout le corps, comme, Ă  l'aide des trente-deux voies de la sagesse, la DivinitĂ© se rĂ©pand dans l'univers. «L'Ancien (dont le nom soit sanctifiĂ© !) existe avec trois tĂŞtes qui n'en forment qu'une seule; et cette tĂŞte est ce qu'il y a de plus Ă©levĂ© parmi les choses Ă©levĂ©es. Et parce que l'Ancien (dont le nom soit bĂ©ni !) est reprĂ©sentĂ© par le nombre «lumières qui nous Ă©clairent de leurs rayons (les autres Sephiroth) sont Ă©galement comprises dans le nombre trois.» Dans le passage suivant, les termes de cette trinitĂ© sont un peu diffĂ©rents; on y voit figurer l’En Soph lui-mĂŞme, mais en revanche on n'y trouve pas l'intelligence, sans doute parce qu'elle n'est qu'un reflet, une certaine expansion ou division du Logos, de ce qu'on appelle ici la sagesse. «Il y a trois tĂŞtes sculptĂ©es l'une dans l'autre et l'une au-dessus de l'autre. Dans ce nombre, comptons d'abord la sagesse mystĂ©rieuse, la sagesse cachĂ©e qui n'est jamais sans voile. Cette sagesse mystĂ©rieuse, c'est le principe suprĂŞme de toute autre sagesse. Au-dessus de cette première tĂŞte est l'Ancien (dont le nom soit sanctifiĂ© !), ce qu'il y a de plus mystĂ©rieux parmi les mystères. Enfin vient la tĂŞte qui domine toutes les autres; une tĂŞte qui n'en est pas une. Ce qu'elle renferme, nul ne le sait ni ne peut le savoir; car elle Ă©chappe Ă©galement Ă  notre science et Ă  notre ignorance. C'est pour cela que l'Ancien (dont le nom soit sanctifiĂ© !) est appelĂ© le non-ĂŞtre (Adolphe Franck, La kabbale, ou, La philosophie religieuse des HĂ©breux, 1889 - www.google.fr/books/edition).

 

De la lumière bleue (ou noire) associée à la lumière blanche et à la mèche, on passe à la tête bleue et à la tête blanche.

 

La lumière est noire ou bleue (indigo) Ă  la base, et n'Ă©claire pas; au-dessus, elle est blanche et brillante ; les deux sont attachĂ©es, solidaires et nĂ©cessaires l'une Ă  l'autre. L'huile qui brĂ»le (dans la veilleuse) c'est Israel occupĂ© Ă  l'Ă©tude de la Torah, aux prières et Ă  l'accomplissement des miswot "prĂ©ceptes" ; la lumière noire (ou bleue) symbolise la Shekhinah sainte, et la dernière lettre he (H) du tĂ©tragramme ; c'est aussi l'entitĂ© fĂ©minine, rĂ©ceptacle du flux que dĂ©verse en elle l'entitĂ© masculine, reprĂ©sentĂ©e par la lumière blanche ; celle-ci symbolise la lumière suprĂŞme, la lumière du Nom divin BĂ©ni-soit-Il, l'attribut de misĂ©ricorde s'identifiant ici aux trois autres lettres du tĂ©tragramme YHW unis Ă  H d'union parfaite. (Zohar I. 51a et I,77b) (HaĂŻm Zafrani, Le judaĂŻsme maghrĂ©bin: le Maroc, terre des rencontres des cultures et des civilisations, 2003 - books.google.fr).

 

Le moyen qu'aura IsraĂ«l, pour rĂ©aliser son travail de rĂ©paration ou «Tiqoun», sera l'Ă©tude de la Torah ; car le Texte sacrĂ© contient la Sagesse de l'UnitĂ© (Eric Daniel El-Baze, Les Racines de l'existence, La Kabbale du dĂ©voilement, 2015 - www.google.fr/books/edition).

 

Gascogne

 

Tête bleue : tête dieu (Maurice La Châtre, Le dictionnaire universel, panthéon littéraire et encyclopédie illustrée, Tome 1, 1853 - www.google.fr/books/edition, Chantal Grenot, Bibliocollège - Le Médecin malgré lui, Molière, 2014 - www.google.fr/books/edition).

 

De son cĂ´tĂ©, environ deux cents ans plus tard, l'auteur de Gargantua cite «cap de Sen-Sebé» (TĂŞte de Saint-Sever) ou cap de Saint-Arnaud, le soldat gascon jurant de la sorte par ses saints patrons ou les saints de sa petite patrie. Parmi nos jurons disparus, Rabelais qui connait sĂ»rement et directement la Gascogne, a aussi conservĂ© Cap dĂ© Diou. (TĂŞte de Dieu ! TĂŞte Dieu), ce que certaines Ă©ditions dĂ©forment en Cap dĂ© bious (TĂŞte de boeuf - TĂŞte-Boeuf) pareille mutation, nĂ©e du dĂ©sir d'Ă©viter de prononcer ici le nom de Dieu, aurait plutĂ´t donnĂ© bĂ©ou en Chalosse. Ce Charentais d'Agrippa d'AubignĂ©, par puritanisme ou plutĂ´t par incomprĂ©hension d'homme d'oĂŻl ayant vĂ©cu longtemps dans des camps peuplĂ©s de Gascons, parle mĂŞme de «cap dĂ© you» (TĂŞte de moi) comme quelqu'un qui perd la boule, la tĂŞte...). Ce «TĂŞte-Dieu» va devenir un sujet de raillerie jusque chez les auteurs parisiens, donnant cadĂ©dis ou cadĂ©dious dans Corneille le capitan espagnol qui tue les Mores dans la longue Croisade, Matamore, s'Ă©crie en 1636, dans l'Illusion Comique (acte III, scène IX, vers 942) : «cadĂ©diou, ce coquin a marchĂ© dans mon ombre». Molière, dans les «Fourberies de Scapin», se souvenant de ses tournĂ©es dans Bordeaux, alors pure ville gasconne, puis en pays languedociens, raille cadĂ©dis et adiusias (A diu siats, soyez Ă  Dieu, Adieu, notre adĂ©chats, ailleurs adichats) notre «adieu» se dit sans cesse dans la conversation, avec le sens de «Bonjour, au revoir, je vous quitte» — et non pas d'un long adieu de sĂ©paration comme Ă  Paris. Molière nous livre de mĂŞme mordi pour «mort-Dieu», tandis que le limousin M. de Pourceaugnac, multiplie les «Moussiu» (Monsieur, moussu en Gascogne). Normand comme Corneille, mais au XVIIIe siècle cette fois, Colin d'Harleville, dans «M. de Crac», parle d'une vague Gascogne idĂ©ale oĂą les craques (les hâbleries gasconnes) s'accompagnent de cadĂ©dis et de sandis (TĂŞte-Dieu, et Sang-Dieu) indĂ©finiment rĂ©pĂ©tĂ©s dans l'exubĂ©rance mĂ©ridionale (RenĂ© Cuzacq, Ă€ travers le folklore du Sud-Ouest, Landes, Bayonne, Pays basque, 1951 - www.google.fr/books/edition).

 

Jean-Louis Nogaret de La Valette, duc d'Épernon, né à Caumont en 1554 et devenu mignon de Henri III, a été un Faeneste qui vers la fin du XVIe siècle, comptait parmi ses proches, Montesquiou, d'Esparbes, Montaut, Pardaillan, Dufort, Faudoas, Montpezat, Caumont, Castelbajac, Grossoles, Galard, Gontaut... N'appréciant pas particulièrement Henri IV, il se réjouit de mort et Sully, qui le déteste, participe à sa disgrâce. Dix-huit mois avant Louis XIII qu'il a reçu avec faste dans son château de Cadillac en 1620, il meurt à Loches privé de ses dignités le 13 Janvier 1642. À l'époque où Dastros s'adresse à lui, le duc d'Épernon, parrain de Jean-Louis Guez de Balzac, reçoit Anne d'Autriche à son château de Cadillac (automne 1632, après l'exécution de Montmorency). Il gifle l'évêque de Bordeaux (1633) et réprime les émeutes de Bordeaux contre la pression fiscale (1635) avant d'être assigné à résidence à Plassac (1639). Frère cadet de l'Amiral Bernard de La Valette, Jean-Louis est marié avec Marguerite de Foix-Candale (nièce de Montmorency par sa mère, la soeur du connétable). Il a plusieurs enfants parmi lesquels Henri duc de Candale, Bernard marquis puis duc de La Valette, et Louis archevêque de Toulouse de 1614 à 1628 (Joëlle Ginestet, Véritable et naturel gascon dans les quatre saisons de l'année de Jean-Géraud d'Astros, 2009 - books.google.fr).

 

Montmorency est décapité à Toulouse en 1632 : tête.

 

Vincent Depaul est un autre Gascon.

 

Les débuts de la Compagnie du saint Sacrement

 

Le mot cabale, qui s'écrit aussi kabbale, signifie «tradition». Il s'agit d'une interprétation ésotérique de la Torah, à partir de lectures chiffrées de l'hébreu (chaque lettre étant affectée d'un nombre). La cabale développe une philosophie mystique à partir du sens qu'elle trouve caché derrière les mots. Cette philosophie ne fait pas l'objet d'un livre, elle est enseignée oralement aux initiés qui la découvrent à travers divers ouvrages, dont le Zohar. Le mot est utilisé en français pour désigner l'action occulte de cercles ou de groupes. Il est synonyme de coterie, de complot, d'action malfaisante et diffuse (comme la cabale des dévots contre Molière). L'adjectif «cabalistique» signifie mystérieux, magique, indéchiffrable... On appelle également «cabale» une science dont les adeptes se mettraient en rapport avec les esprits. D'où le sens de complot secret qu'on donne souvent à ce mot (Jean-Pierre Hammel, Muriel Ladrière, Héritages, La culture occidentale dans ses racines religieuses, 1991 - www.google.fr/books/edition).

 

L'idĂ©e de fonder la Compagnie appartient au duc de Ventadour, qui vint l'exposer en 1627 au capucin Philippe d'Angoumois et Ă  l'abbĂ© de Grignan ; tous trois se mirent Ă  l'Ĺ“uvre, après s'ĂŞtre assurĂ© l'appui du P. Suffren, confesseur de Louis XIII. A ce moment oĂą naissaient tant de congrĂ©gations religieuses, ils voulurent fonder une Ĺ“uvre d'un caractère gĂ©nĂ©ral, destinĂ©e Ă  coordonner les efforts de toutes les Ĺ“uvres isolĂ©es, Ă  fortifier l'Église par tous les moyens, charitĂ©, lutte contre les hĂ©rĂ©tiques, action sur le gouvernement, action auprès des particuliers. Ouverte Ă  la fois aux clercs et aux laĂŻques, elle acceptait, après un examen scrupuleux, des hommes de toute condition, mais en s'adressant de prĂ©fĂ©rence aux membres des classes Ă©levĂ©es, qui pouvaient augmenter sa puissance. Pour que celle-ci n'inspirât d'ombrage ni au gouvernement ni aux Ă©vĂŞques, elle gardait un profond secret sur ses dĂ©libĂ©rations. Son action effective, qui commença en 1631, fut grande surtout entre 1640 et 1658. La Compagnie inspira nombre d'Ĺ“uvres charitables, par exemple le soulagement des forçats, la crĂ©ation de l'hĂ´pital gĂ©nĂ©ral, les secours contre la misère causĂ©e par la Fronde ; tout ce que saint Vincent de Paul a fait dans ces divers domaines fut prĂ©parĂ© chez elle. En mĂŞme temps, aucun des ennemis de l'Église ne trouvait grâce devant les confrères : ils livraient les blasphĂ©mateurs aux tribunaux royaux, poursuivaient chez les ouvriers le compagnonnage Ă  cause de ses rites mystĂ©rieux, dĂ©nonçaient les JansĂ©nistes comme suppĂ´ts du calvinisme, enfin s'acharnaient contre les RĂ©formĂ©s afin de ranimer les persĂ©cutions (Georges Weill, Raoul Allier. La cabale des dĂ©vots, 1627-1666, 1902. In: Revue d'histoire moderne et contemporaine, tome 4 N°5, 1902 - www.persee.fr).

 

En réalité, à partir de 1630, l'"œuvre des forçats" est en plein rajeunissement, et c'est la Compagnie du Saint Sacrement qui la renouvelle et non Vincent de Paul. Elle députe régulièrement des confrères qui vont visiter les lamentables hôtes de la tour Saint-Bernard. Avant qu'ils se mettent en chemin pour Marseille, elle les fait "exhorter à prendre avec joie et en esprit de pénitence les peines qu'ils ont si bien méritées pour leurs crimes". Elle observe, en même temps, la façon dont on les traite. Ses délégués découvrent que les geôliers pillent outrageusement ces infortunés, les laissent mourir de faim et ne leur vendent des vivres qu'a des prix exorbitants. Elle adresse une plainte au Procureur général qui donne aussitôt des ordres en conséquence. A son instigation, le chef du Parquet commande que l'on ménage un peu mieux que par le passé les aumônes destinées aux galériens ; mais comme elle sait à quelle condition les instructions officielles ne restent pas formalités inefficaces, elle charge un confrère, M. Germain, de veiller leur exécution (Georges Minois, La cabale des dévots, Société secrète et lobby intégriste sous Louis XIV, 2018 - www.google.fr/books/edition).

 

Comment une compagnie qui se veut secrète peut-elle le rester tout en sollicitant l'approbation officielle du gouvernement de l'Église et de l'État ? Cette ambiguĂŻtĂ© pèsera sur toute l'histoire de la Compagnie du Saint-Sacrement, sociĂ©tĂ© secrète dont l'existence est connue de tous, approuvĂ©e par les uns, condamnĂ©e par les autres, suspecte, surveillĂ©e, encouragĂ©e et admirĂ©e tout Ă  la fois. Les dĂ©marches entreprises dès 1630 pour obtenir les autorisations sont Ă  cet Ă©gard rĂ©vĂ©latrices. Les deux autoritĂ©s Ă  convaincre sont le roi et l'archevĂŞque de Paris. Des travaux d'approche sont effectuĂ©s auprès de Louis XIII, qui se montre bien disposĂ©. Il faut dire que les circonstances sont favorables. En 1630, le roi a sĂ©journĂ© Ă  Lyon, oĂą il a Ă©tĂ© très gravement malade ; sa guĂ©rison, considĂ©rĂ©e comme quasiment miraculeuse, stimule sa dĂ©votion, encouragĂ©e par son confesseur, le père Suffren, et par un autre membre de la Compagnie, M. de Pichery, qui l'accompagne. Ces deux personnages, qui participent en mĂŞme temps Ă  la crĂ©ation de la Compagnie Ă  Lyon, ne peuvent que l'entretenir favorablement de cette Ĺ“uvre, Ă  laquelle son Ă©pouse, Anne d'Autriche, est Ă©galement très favorable. Certes, la JournĂ©e des Dupes, le 11 novembre 1630, a pu apparaĂ®tre comme une dĂ©faite du parti dĂ©vot, mais elle n'affecte en rien la dĂ©votion personnelle du souverain. Aussi, lorsqu'en mai 1631 Henri de Pichery, qui est son maĂ®tre d'hĂ´tel, sollicite une lettre de cachet exprimant l'approbation royale, afin de la prĂ©senter Ă  l'archevĂŞque de Paris, il l'obtient sans difficultĂ©. [...]

 

Une lettre de cachet, c'est bien. Des lettres patentes scellées du grand sceau, ce serait mieux, «mais cela auroit rendu public ce qu'on vouloit absolument renfermer dans le secret», écrit d'Argenson. Le document, approuvé également par Richelieu, n'est donc qu'une autorisation de s'assembler, et non une reconnaissance officielle. [...] Jean-François de Gondi, oncle du cardinal de Retz, a été sacré premier archevêque de Paris en 1623. [...] Il craint que la nouvelle Compagnie soit une menace pour son pouvoir, d'autant plus que son confrère l'archevêque de Lyon, Alphonse-Louis du Plessis de Richelieu, frère du cardinal, furieux de n'avoir pas été consulté pour la création d'une Compagnie dans sa ville, l'encourage à résister. À Paris, les curés viennent de manifester contre l'établissement d'une mission par Vincent de Paul, qui leur est imposée en avril 1631 par le parlement, et se clergé de la capitale est majoritairement hostile aux initiatives des dévots, qui empiètent sur ses prérogatives. De plus, Jean-François de Gondi vient de subir ce qu'il considère comme une atteinte à son autorité, avec la création d'un institut consacré à l'adoration perpétuelle du Saint-Sacrement, à la tête duquel on lui a adjoint l'archevêque de Sens et l'évêque de Langres, Sébastien Zamet, oncle d'un des fondateurs de la Compagnie. [...] Quelques membres éminents de la société, dont Georges Froger, syndic de la faculté de théologie, procèdent cependant à une refonte des statuts, approuvée par l'assemblée, pour les rendre plus acceptables par l'archevêque. [...] Finalement, on présente la lettre de cachet du roi à l'archevêque en août 1631. C'est un refus catégorique. Les membres de la Compagnie n'insistent pas. [...]

 

Et le pape ? Obtenir son accord permettrait de faire taire Gondi. On en parle donc au nonce, Alexandre Bichi, Ă©vĂŞque de Carpentras, Ă  qui on montre la lettre du roi, et puisque le comte de Brassac, membre de la Compagnie, est ambassadeur Ă  Rome, on le charge, avec un autre confrère, Jean de Loyac, protonotaire apostolique et conseiller du roi, d'obtenir un bref favorable du pape Urbain VIII (1623-1694). Mais celui-ci a alors d'autres chats Ă  fouetter : entre l'affaire GalilĂ©e, la fortification du château Saint-Ange, la conquĂŞte d'Urbino, les distributions de bĂ©nĂ©fices Ă  sa famille, son mĂ©cĂ©nat et l'Ă©dification de sa propre statue, il n'a guère de temps Ă  consacrer Ă  la crĂ©ation d'une vague compagnie dĂ©vote, une de plus. Au bout d'un an et demi, le 10 mars 1633, il envoie tout de mĂŞme un bref, qui montre qu'il n'a rien compris : il prend la Compagnie pour une simple confrĂ©rie de piĂ©tĂ©, Ă  laquelle il accorde des indulgences. Les messieurs de la Compagnie, consternĂ©s, font une nouvelle demande, qui n'aboutit Ă  rien. On se passera donc aussi de la bĂ©nĂ©diction pontificale. IgnorĂ©e du pape, dĂ©sapprouvĂ©e par l'archevĂŞque, approuvĂ©e sous conditions par le roi, la Compagnie du Saint-Sacrement n'intĂ©resse pas grand monde. Elle n'obtiendra qu'en 1652 une vague «approbation» du successeur d'Urbain VIII, Innocent X (1644-1655), qui a alors besoin de tous les soutiens possibles dans l'affaire jansĂ©niste (Georges Minois, La cabale des dĂ©vots, SociĂ©tĂ© secrète et lobby intĂ©griste sous Louis XIV, 2018 - www.google.fr/books/edition).

 

La Compagnie du Saint-Sacrement est surtout connue par le conflit qui l'oppose à Molière lors de la création de Tartuffe ou l'Imposteur. Molière y dénonce les «faux dévots» et l'hypocrisie religieuse à travers le principal personnage de Tartuffe qui profite, sous couvert de la fausse vertu religieuse, de la faiblesse des esprits et prend la direction des consciences. S'abritant derrière cette figure commode du «faux dévot», Molière vise en réalité le parti dévot lui-même, qui ne s'y trompe pas. Lors de sa réunion du 17 avril 1664, la Compagnie de Paris décida d'empêcher par tous les moyens la représentation de la pièce de Molière. L'archevêque de Paris, le cardinal de Beaumont, obtint de Louis XIV qu'il fît interdire les représentations publiques de la pièce à partir de 1664, mais Molière put finalement rejouer le Tartuffe sans problème à partir de 1669, à la suite de la dissolution officielle de la Compagnie et du soutien du roi (fr.wikipedia.org - Compagnie du Saint-Sacrement).

 

La Compagnie et Marseille

 

Tout ce qui se fait Ă  Paris sous le rapport de la CharitĂ© est donc l'Ĺ“uvre directe ou indirecte de la Compagnie du Saint-Sacrement. Bien qu'il faille se garder des gĂ©nĂ©ralisations hâtives, nous connaissons Ă  l'heure actuelle assez de documents sur cette Compagnie pour affirmer que son influence dans toute la France fut prodigieuse pour le bien. Que nous apprennent en effet les rĂ©centes dĂ©couvertes sur la Compagnie de Marseille ? Elles nous montrent que cette Compagnie, Ă  peine Ă©tablie en 1639, s'efforce de crĂ©er une maison «pour y enfermer et nourrir tous les pauvres», qu'en 1641, la «maison de charité» est fondĂ©e, qu'en 1643, la Compagnie s'efforce de faire bâtir un hĂ´pital «pour les pauvres galĂ©riens malades». Emmanuel de Gondi, père du Cardinal de Retz et futur oratorien, en jette les premiers fondements ; Jean-Baptiste Gault, Ă©vĂŞque de Marseille, travaille activement Ă  cette Ĺ“uvre avec un laĂŻque, membre de la Compagnie, Gaspard de Simiane, chevalier de la Coste. La Compagnie de Marseille appuie leurs efforts et les fait appuyer par celle de Paris. Elle ne crĂ©e pas seulement cet hĂ´pital de galĂ©riens malades, elle agit pour procurer la justice et la libertĂ© aux forçats qui avaient achevĂ© leur temps. [...] Avec une affectueuse sollicitude, la Compagnie de Marseille cherche Ă  faciliter le « commerce des lettres entre ces pauvres forçats et leurs familles, et pour cela elle paie le port de ces lettres» (Louis N. Prunel, La renaissance catholique en France au XVIIe siècle, 1921 - books.google.fr).

 

LĂ©vis - LĂ©vy

 

«En prĂ©sence d'une tĂŞte blanche, tu te lèveras, et tu honoreras la face du vieillard» (LĂ©vitique XIX, 32). R. Yosi dit (Zohar III, 874) : ce verset mĂ©rite l'attention et quelques remarques. La «tĂŞte blanche» c'est la blancheur vĂ©nĂ©rable de la Torah ; «tu te lèveras» c'est un appel Ă  l'homme de se lever devant un sefer Torah. C'est ainsi que, lorsque Rab Hamnuna l'Ancien voyait un sefer Torah, il avait coutume de se lever et de dire : «Devant une tĂŞte blanche, tu te lèveras» (HaĂŻm Zafrani, Kabbale, vie mystique et magie: judaĂŻsme d'Occident musulman, 1986 - books.google.fr).

 

Le troisième livre du Pentateuque est appelé Lévitique, parce qu'il comprend principalement les lois et les règlements qui regardent les prêtres, les lévites, les sacrifices; d'où vient que les

HĂ©breux lui donnent le nom de loi des prĂŞtres, parce qu'il renferme plusieurs ordonnances concernant les sacrifices.

 

Les lĂ©vites donc Ă©taient tous les descendants de LĂ©vi par Gerson, Caath et MĂ©rari, Ă  l'exception de la seule famille d'Aaron ; car les enfants mĂŞmes de MoĂŻse n'avaient aucune part au sacerdoce, et n'Ă©taient que de simples lĂ©vites. Les lĂ©vites Ă©taient partagĂ©s en diffĂ©rentes classes, savoir, les gersonites, les caathites, les mĂ©rarites et les aaronites, ou sacrificateurs (Scripturae Sacrae cursus completus ex commentariis omnium perfectissimis ubique habitis, Tome 3, 1812 - books.google.fr).

 

Lévy et Simon, fils de Jacob, massacrent les Sichémites dont le fils du roi avait violé leur sœur Dina.

 

Les barons de LĂ©vis-Ventadour prĂ©tendaient descendre de LĂ©vi, ancĂŞtre de la Vierge et appelaient donc celle-ci leur «cousine» ; dans la chapelle du château de Ventadour, près de Mayres, existait un tableau oĂą la Vierge et l'enfant JĂ©sus apparaissaient Ă  un LĂ©vis agenouillĂ© ; sur la banderole qui descendait du ciel Ă©tait inscrit «Venez Ă  moi, mon cousin !» (Michel François-Thivind, L'escambarliat, un roman vivarois au temps des gueres civiles, 2003 - www.google.fr/books/edition).

 

Henri de Lévis, prince de Maubuisson, comte de la Voulte, seigneur de Cheylard, Vauvert et autres lieux, né en 1596 au château de Ventadour, à Moustier-Ventadour en Corrèze, et décédé le 14 octobre 1680 à Paris, est un militaire, puis un religieux. Lieutenant général du roi Louis XIII en Languedoc, allié des Condé. En 1625, il achète à son oncle, le duc Henri II de Montmorency, la vice-royauté de la Nouvelle-France, dans le but de financer des missions jésuites. En 1627, il crée la compagnie du Saint-Sacrement. Le 23 mai 1631, il cède son titre de duc à son frère, le marquis d'Annonay, et il entre en prêtrise (fr.wikipedia.org - Henri de Lévis).

 

Henri de Lévis est seigneur de La Voulte qui est à rapprocher de "vultus" ("visage" en latin, cf. "Anpin" hébreu) ; et de Vauvert.

 

Isaac l’Aveugle (1165-1235) passa une partie de sa vie Ă  Posquières, ancien nom de Vauvert. Le nom de Posquières viendrait d'une altĂ©ration du latin "boscaria" (lieu plantĂ© d'arbre), cas d'hybridation de latin et d'hĂ©breu. Vauvert (Vallis viridis : le val vert) s'imposa complètement lorsque le rejet de la communautĂ© juive se manifesta Ă  la fin du XIVème siècle. Isaac est le fils d’Abraham ben David, dit le Rabed, contempteur de Maimonide, lui-mĂŞme gendre d’Abraham ben Isaac, prĂ©sident du tribunal de Narbonne mort en 1180. Isaac laissa un commentaire du Sefer Yetzira, livre qui dĂ©finit le premier les dix sefirot comme les dix premiers nombres primordiaux, principes mĂ©taphysiques de la crĂ©ation. Par la suite les sefirots dĂ©signeront les dix manifestations fondamentales du Divin. Isaac l’Aveugle est l’inventeur de la notion d’En Sof qui est une rĂ©gion du divin inaccessible Ă  la contemplation pensante et qui dĂ©signera ensuite la dĂ©itĂ© cachĂ©e et inconnue. Sa doctrine de la contemplation vise par l’oraison mĂ©ditative Ă  la communion avec Dieu, en remontant toujours plus haut vers l’En Sof. L’école d’Isaac l’Aveugle essaimera en particulier en Espagne par son neveu Asher ben David. La contemplation d’Isaac dĂ©couvre trois domaines : l’En Sof, la pensĂ©e et la parole. En Sof Ă©tant au-delĂ  de toute contemplation pensante, il dĂ©veloppe une mystique de la pensĂ©e pure, identifiĂ©e Ă  la première sefira, nĂ©ant d’oĂą provient la pensĂ©e divine ou sagesse (Hokmah). La Hokmah est Ă  la fois le commencement de l’être et le commencement du principe du dire (dibbur). A partir d’elle, Isaac dĂ©veloppe une mystique du langage dans laquelle les sefirot sont identifiĂ©es aux lettres de l’alphabet (www.nonagones.info - La Kabbale).

 

"pris des siens"

 

Item, je laisse Ă  ce jeune homme, RenĂ© de Monsigny, trois chiens ; de mĂŞme Ă  Jean Raguier la somme de cent francs, pris sur tous mes biens. Mais je n'y inclus aucun des biens que je pourrai acquĂ©rir : il ne faut pas trop enlever aux siens, ni trop exiger de ses amis.

 

Item, je laisse Ă  ce jeune homme,

Regnier de Montigny, trois chiens ;

Aussi Ă  Jean Raguier la somme

De cent francs, pris sur tous mes biens.

Mais quoi ? Je n'y comprends en riens

Ce que je pourrai acquérir :

L'on ne doit trop prendre des siens,

Ne trop ses amis surquérir. (François Villon, Poésies, Le petit Testament, - édition bilingue, 2020 - www.google.fr/books/edition).

 

On trouve l'expression dans une mazarinade opposant Mazarin à Richelieu (Le Miroir à deux-visages opposez, l'un lavant le ministère du fidèle ministre, l'autre condamnant la conduite du meschant & infidèle usurpateur & ennemy du Prince & de son Estat, 1644 - www.google.fr/books/edition).

 

Dans son Petit Testament, avant de mourir - du moins le croit-il quand il l'écrit – Villon lègue de manière humoristique à ses amis, les enseignes des cabarets et «Bourdeaux» où il se complaisait Grâce à lui nous pénétrons rue de la Suivie «à la pomme de pin» (où se retrouveront plus tard Rabelais, Ronsard, du Bellay, Molière, Racine, Chapelle, etc.) (Yves Papin, Les enseignes médiévales, Archéologia, Numéros 66-71, 1974 - www.google.fr/books/edition).

 

Louis XIII souffre d'un abcès intestinal et, très malade, devra s'aliter alors qu'il est à Lyon en septembre 1630. Les médecins réussiront à le faire crever (l'abcès). Son confesseur, le père Suffren (écrit aussi Soufrant), revendique l'action du saint sacrement, ce qui poussera le roi dans les bras de la Compagnie (Yann Lignereux, Lyon et le roi, De la "bonne ville" à l'absolutisme municipal (1594-1654), 2017 - www.google.fr/books/edition).

 

Au début, Richelieu, Louis XIII, et le pape soutinrent sa création, l'œuvre de la Compagnie s'inscrivant dans la volonté de réforme religieuse issue du concile de Trente et poursuivie évidemment aussi par le pouvoir royal et le pape. Elle fut néanmoins bientôt l'objet d'une grande suspicion. Mazarin soupçonna une «cabale des dévots», le «parti dévot» regroupant notamment nombre d'anciens frondeurs, d'être favorable au roi d'Espagne Philippe IV contre lequel la France était en guerre. Le pouvoir, avec Colbert également, commença donc à craindre la Compagnie comme un «État dans l'État» qui prenait des directives sans en rendre compte au roi (fr.wikipedia.org - Compagnie du Saint-Sacrement).

 

Richelieu n'a-t-il pas songĂ© en 1638 Ă  faire Ă©tablir un plan systĂ©matique de rĂ©Ă©vangĂ©lisation de la France ? Chaque annĂ©e, des missions auraient Ă©tĂ© prĂŞchĂ©es en grand nombre dans des rĂ©gions dĂ©signĂ©es d'avance : les seuls JĂ©suites en auraient prĂŞchĂ© une cinquantaine par an ! Louis XIII donne de l'argent, beaucoup d'argent, pour financer les missions et Anne d'Autriche l'imite. La Compagnie du Saint-Sacrement est derrière maintes de ces rĂ©alisations, discrètement, selon sa mĂ©thode (Henri Daniel-Rops, Histoire de l'Ă©glise du Christ, Volume 5, NumĂ©ro 1, 1958 - www.google.fr/books/edition).

 

Tarot de Marseille

 

D'abord peinte à la main, la carte à jouer avait été remplacée au milieu du xve siècle par la carte gravée sur bois. La fabrication s'industrialisa, si bien qu'elle tenta le fisc comme matière imposable et fut frappée par lettres patentes du 21 février 1581 d'un droit qui atteignit en 1605 le taux élevé de 15 deniers. Le monopole des enveloppes de jeux fut attribué au fermier du droit qui les distribuait aux cartiers suivant le nombre des jeux présentés 122 mai 1583; on se contenta par la suite d'un tamponnage sur les moules. La surveillance était théoriquement facilitée par un dirigisme outrancier qui avait limité la fabrication des cartes à six villes seulement Lyon, Rouen, Toulouse, Troyes, Limoges et Thiers (14 janvier 1601). En fait il y avait d'autres villes où cette industrie était implantée et où la fabrication se continua au dire des cartiers de Lyon qui s'en plaignirent amèrement en 1608, c'étaient Dijon, Langres, Nantes, Le Puy, Romans, Valence, Marseille et «toutes autres villes deffendues. En 1631 le gouvernement transigea en autorisant les cartiers d'Orléans, d'Angers, de Romans et de Marseille. À partir de cette époque on relève en effet dans les minutes notariales des contrats d'association, ou d'apprentissage au nom des cartiers marseillais : de ceux-ci les plus anciens dénommés sont Jean Pradines en 1634 et Louis Garret en 1638. Il semble que les marques marseillaises n'aient pas atteint dès l'abord la perfection des marques lyonnaises, car il y eut en 1642 une criée, faite sur la plainte des cartiers de Lyon, pour défendre aux cartiers de Marseille de continuer à contrefaire leurs noms et leurs produite. D'autre part certains cartiers de Marseille cumulaient alors leur industrie avec l'impression des toiles d'indienne les deux métiers étaient en effet basés sur des modèles en bois exécutés par les mêmes graveurs (Cartes à jouer et tarots de Marseille, La donation Camoin, collection du Musée du Vieux Marseille, 2004 - www.google.fr/books/edition).

 

Les enseignes italiennes sont le bâton, la coupe, l'épée et le denier, que l'on trouve sur les tarots traditionnels comme le tarot dit de Marseille, «modèle bien particulier de tarot français à enseignes italiennes», très courant en France et dont le plus ancien exemple connu date du XVIIe siècle (L'Intermédiaire des chercheurs et curieux, Numéros 596-606, 2002 - www.google.fr/books/edition).

 

Le bâton correspondrait selon les auteurs soit au carreau soit au trèfle et inversement pour le denier. Le "grand pendu" est le nom du valet de carreau ou de trèfle.

 

"France", Sarepta et Zohar

 

Zarephath (Tsorfas, Tsarefat) est le nom de la France en hébreu, Sefarad celui de l'Espagne (Eliane Amado Lévy-Valensi, La poétique du Zohar, 1996 - www.google.fr/books/edition, Kirsten A. Fudeman, Vernacular Voices, Language and Identity in Medieval French Jewish Communities, 2011 - www.google.fr/books/edition).

 

A la fin du chapitre XXII, § 11 de Des juifs Ă©lus, rejetez et rappelez, Isaac La Peyrère Ă©voque l'Ă©pisode d'Élie et de la veuve de Sarepta (1 Rois, 17.8-28) : lĂ  l'on parle d'une femme non-juive qui nourrit le prophète pendant une famine et La Peyrère interprète cet Ă©pisode comme la figure des Juifs qui vivront parmi les Gentils avant le «rappel». Le § 12 qui suit, Ă  peine commencĂ© , et qui est marquĂ© par un signe d'effacement, porte les mots : «Je pourois insister sur cete circonstance de l'histoire d'Élie que Sarepta ou Dieu l'anuoya signifie la France. Et que la France des Sidoniens Ă©toit une figure mystique de notre France qui receura quelque jour les JuĂ®s, et les prouoquera Ă  la connaissance de l'Évangile...» Cette liaison très facile entre Serepta et la France est dĂ©veloppĂ©e dans le Rappel ; on la trouve ici Ă  peine Ă©noncĂ©e. Dans la lettre du 27 mai 1670, Richard Simon dit avoir lu «la meilleure partie» du manuscrit que La Peyrère lui avait envoyĂ© ; ce manuscrit ne peut ĂŞtre que celui des JuĂ­s Élus, RaietĂ©s et RapelĂ©s. Il observe que «vous supposĂ©s sans aucun fondement deux Messies, dont le premier qui est JĂ©sus - Christ n'est venu selon vous que pour les ChrĂ©tiens & le second est celui que les Juifs attendent depuis si long-tems & qui les doit rendre maĂ®tres de toute la terre» (Fausto Parente, "Du tort qu'ont les Chrestiens de persĂ©cuter les Juifs": Quelques observations Ă  propos du "philosĂ©mitisme" d'Isaac de La Peyrère, Les textes judĂ©ophobes et judĂ©ophiles dans l'Europe chrĂ©tienne Ă  l'Ă©poque moderne, 2000 - www.google.fr/books/edition).

 

Isaac La Peyrère ou de La Peyrère né à Bordeaux en 1596 dans une famille de notables calvinistes, et mort le 30 janvier 1676 dans la maison des pères de l'Oratoire d'Aubervilliers, est un voyageur, diplomate, littérateur, théologien et exégète biblique français, proche des milieux du «libertinage érudit» de la première moitié du XVIIe siècle. Connu pour avoir soutenu l'idée que le salut chrétien reposait sur la conversion des Juifs et plaidé en faveur de leur «rappel», il l'est plus encore pour avoir formulé l'hypothèse des «préadamites», selon laquelle des hommes, les Gentils, existaient avant Adam, celui-ci n'étant que le premier ancêtre des Juifs (fr.wikipedia.org - Isaac La Peyrère).

 

Le rapprochement entre Sarepta et la France est envisagé par Guillaume Postel.

 

Le feuillet [115 1] r°, de l'exemplaire du Zohar possĂ©dĂ© par Postel très abondamment annotĂ©, avec des teintes d'encre et des calibres d'Ă©criture diffĂ©rents, atteste plusieurs lectures, au cours desquelles Postel n'a cessĂ© d'ajouter des notes. Ce feuillet fait partie de la section, Waigash [Vayigash]. C'est le passage sur Elie qui intĂ©resse Postel. On y retrouve en effet deux personnages fondamentaux de l'univers postellien : Elie/Elijahu, ici associĂ© Ă  MoĂŻse et au Christ, et la veuve de Sarepta (au cĹ“ur, comme on le sait, du mythe de l'Ă©lection des Gaulois) (ValĂ©rie Neveu, De Guillaume Postel Ă  Richard Simon, Documents oubliĂ©s sur l'alchimie, la kabbale et Guillaume Postel, 2001 - www.google.fr/books/edition).

 

Le premier Juif connu ayant vĂ©cu en Gaule est de lignĂ©e royale : c'est ArchelaĂĽs, ethnarque de JudĂ©e et fils d'HĂ©rode Ier le Grand1, exilĂ© par Auguste Ă  Vienne (Isère) en l'an 62. Il y meurt 10 ans plus tard. Son frère HĂ©rode Antipas qui avait le titre de tĂ©trarque de GalilĂ©e est exilĂ© en 39 par Caligula Ă  Lyon Ă  moins que ce ne soit Ă  Lugdunum Convenarum (Saint-Bertrand-de-Comminges). La tradition veut que les premiers visiteurs juifs aient vu une similaritĂ© entre la Gaule et la rĂ©gion de Sarepta (en hĂ©breu biblique Tzarfát) en GalilĂ©e et ont donc appelĂ© la Gaule puis la France Tzarfát, nom qu'elles conservent Ă  ce jour en hĂ©breu moderne (fr.wikipedia.org - Histoire des Juif en Gaule jusqu'Ă  l'Ă©poque carolingienne).

 

Sarepta

 

Sarepta était une ville de l'ancienne Phénicie. Elle appartenait au territoire de Sidon et était située à quatre lieues au sud-ouest de cette ville, non loin de la mer, sur la route de Tyr (1 Rois XVII, 9. Luc IV, 26). Cette ville est mentionnée dans le livre des Rois à l'occasion du séjour qu'y fit le prophète Elie, pendant la terrible famine qui frappa le royaume d'Achab et se fit sentir aussi au dehors. On se rappelle comment l'Eternel y envoya le prophète, chez une veuve à laquelle il avait ordonné de le nourrir, et comment la poignée de farine qui restait dans le pot et le peu d'huile qu'il y avait encore dans la cruche ne diminuèrent point, jusqu'au jour où la pluie tomba de nouveau sur la face du sol. Le séjour d'Elie dans cette contrée fut aussi marqué par la résurrection du fils de son hôtesse. (1 Rois XVII, 24). Le Seigneur Jésus a rappelé ces faits remarquables dans le discours qu'il prononça dans la synagogue de Nazareth (Luc IV, 26). Sarepta est encore mentionnée par le prophète Abdias (verset 20) qui la désigne comme frontière du pays que doivent posséder un jour les captifs de l'armée des enfants d'Israël. Le nom de Sarepta signifie fonderie, ce qui ferait supposer que cette ville était un des centres de cette grande industrie du verre dans la fabrication duquel excellaient les Phéniciens et dont ils faisaient le commerce. Dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, les vignobles de cette localité jouissaient d'une certaine réputation. Sarepta fut fortifiée au temps des Croisades et érigée en évêché, qui relevait de l'archevêché de Sidon. Vers la fin du XIIIe siècle, elle fut entièrement détruite. On la rebâtit plus tard, sous le même nom, mais un peu plus à l'intérieur, sur une hauteur formée par des rochers. C'est aujourd'hui le village misérable de Sarfend. On remarque au pied de cette colline un nombre considérable de tombeaux qui remontent à une époque assez ancienne. On retrouve aussi sur le rivage quelques ruines éparses de la ville primitive. Une église chrétienne s'élevait autrefois sur l'ancien port. On la prétendait bâtie sur l'emplacement de la maison de la veuve chez laquelle avait habité Elie. Ce lieu est désigné aujourd'hui sous le nom de Weli-el-Chidr, ce qui signifie tombeau d'Elie (Feuille religieuse du Canton de Vaud, Volume 60, 1885 - books.google.fr).

 

L'Ecriture ne nous apprend rien ni de la vie, ni de la mort d'Abdias, ni du tems auquel il a vécu, ni de sa patrie, ni de sa mission ; tout ce qu'on en lit dans les Auteurs Juifs, & dans ceux qui nous ont rapporté leurs tradicions, est si incertain, qu'on n'y peut faire aucun fonds. On cient communément qu'il étoit de la tribu d'Ephraim, & natif de Béthacamar, ou Béthacaron, près de Sichem, où l'on dit qu'il fut enterré avec ses peres. Saint Jérôme, après les anciens Juifs, semble croire que c'est cet Abdias Intendant de la maison d'Achab, qui cacha dans des cavernes cent Prophétes, que Jézabel vouloit faire mourir. On dit aussi qu'il étoit Prosélyte, & le même que ce Centenier qui fut envoyé le troisiéme, pour faire descendre Elie de la montagne, que ce Prophéte épargna, après avoir fait descendre le feu du Ciel sur les deux Centeniers qui étoient venus avant lui. Quelques autres ajoûtent que c'est lui qui étoit l'époux de cette veuve de Sarepta, dont Elie ressuscita le fils. Si on reçoit ce dernier sentiment, il faudra dire aussi qu'Abdias étoit pere du Prophéte Jonas, puisque selon les Auteurs Juifs, Jonas étoit fils de la veuve de Sarepta (Augustin Calmet, Isaac-Louis le Maistre de Sacy, Commentaire littéral sur tous les livres de l'ancien et du nouveau testament: Les XII. petits prophetes, 1719 - books.google.fr).

 

Sarepta, bien, mal et saint sacrement

 

La Veufve de Sarepta est recompensée du bien qu'elle fit au Prophete Helie. La farine & l'huile qui se consommoient en la maison est vn miracle que Rabirius rapporte à celuy de la divine Eucharistie (Oeuures de R. P. en Dieu F. Nic. Coeffeteau de l'ordre de FF. Prescheurs, 1622 - books.google.fr).

 

Mais arrĂŞtons-nous plus particulièrement Ă  trois autres figures de l'Eucharistie : le champ de Booz, la farine de la veuve de Sarepta et le pain d'Élie. [...] Dès ce jour la mesure de farine ne manqua, ni le vase d'huile ne diminua, selon la parole du Seigneur. Mais n'en est-il pas ainsi du pain eucharistique, dont le prĂŞtre se nourrit d'abord avant de le distribuer aux fidèles, qui a pour effet de nous prĂ©server de la mort, qui nous console, nous fortifie, nous rassasie, et qui enfin ne diminuera point dans l'Église, jusqu'Ă  la consommation des siècles ? (Le frere Philippe, MĂ©ditations sur l'eucharistie, 1867 - books.google.fr).

 

Autant de mal que de bien

 

Le plus mauvais des rois d'IsraĂ«l fut Achab ; aucun ne fit autant de mal que lui devant le Seigneur. Ce prince alla jusqu'Ă  Ă©lever un autel Ă  Baal, idole adorĂ©e chez les peuples voisins ; et son exemple entraĂ®na sa nation. C'est lĂ -bas, en plein pays de JĂ©zabel, Ă©pouse d'Achab et fille du roi de Sidon, Ă  la source du mal qui ronge son peuple, qu'est envoyĂ© Elie (Robert Pousseur, Jacques Teissier, Les combats de Dieu dans l'histoire des hommes, 1980 - www.google.fr/books/edition).

 

Rappelons que le "bon" Elie fait assassiner quelques centaines de prêtres de Baal sur le mont Carmel (épisode qui suit ceux de la veuve de Sarepta et de la rencontre avec Abdias), ce qui met la "mauvaise" Jezabel en colère.

 

1 Rois 17,13 : Mais Elie lui dit : «Ne crains rien, va faire comme tu dis ; seulement, prĂ©pare m'en d'abord une petite galette, que tu m'apporteras : tu en feras ensuite pour toi et ton fils. 14 Car ainsi parle YahvĂ© :

 

Jarre de farine ne s'Ă©puisera

cruche d'huile ne se videra,

jusqu'au jour où Yahvé enverra

la pluie sur la face de la terre

 

15 Elle alla et fit comme avait dit Élie, et ils mangèrent, elle, lui et son fils. 16 La jarre de farine ne s'Ă©puisa pas et la cruche d'huile ne se vida pas , selon la parole que YahvĂ© avait dite par le ministère d'Elie. 17 Après ces Ă©vĂ©nements, il arriva que le fils de la maĂ®tresse de maison tomba malade, et sa maladie fut si violente qu'enfin il expira. 18 Alors elle dit Ă  Elie : «Qu'ai-je Ă  faire avec toi, homme de Dieu ? Tu es donc venu chez moi pour rappeler mes fautes et faire mourir mon fils !». 19 Il lui dit : «Donne-moi ton fils» ; il l'enleva de son sein, le monta dans la chambre haute oĂą il habitait et le coucha sur son lit. 20 Puis il invoqua YahvĂ© et dit : «YahvĂ©, mon Dieu, veux-tu donc aussi du mal Ă  la veuve qui m'hĂ©berge pour que tu fasses mourir son fils ?» Il s'Ă©tendit trois fois sur et il invoqua YahvĂ© (Jacques Cazeaux, Critique du langage chez les prophètes d'IsraĂ«l, 1976 - www.google.fr/books/edition).

 

Elie et le Zohar

 

R. Akiva ben Joseph que Dieu choisit pour faire des montagnes d'interprétation sur chaque trait des caractères alphabétiques de la Loi, a été, suivant les cabalistes, précepteur de R. Schimeon ben Yochai, qui passe pour avoir écrit le Zohar, et qui, à son tour, est mis sous la protection d'Elie. Ainsi l'autorité dont jouit le Zohar aux yeux des Chasidim dérive d'un côté de celle de Schimeon, d'Akiva, d'Elie et de Dieu même, et de l'autre de l'importance de sa doctrine qui nous rapproche des créatures spirituelles et de l'essence du créateur; tandis que la Loi mosaïque et thalmudique ne nous fait connaître que l'ouvrage de la création et la volonté de Dieu. La secte des Chasidim regarde donc l'étude du Thalmud non seulement comme inférieure en dignité à l'étude du Zohar, mais comme inutile, et même nuisible (Louis A. Chiarini, Theorie du Judaisme appliquee a la reforme des Israelites de tous le pays de l'Europe (etc.), 1830 - books.google.fr).

 

La partie du Zohar sur le Cantique fait intervenir souvent Elie qui s'entretient avec Rabbi Siméon. Elie est à la fois prophète, archange et maître intérieur des mystiques, il a reçu son enseignement directement du silence. YHWH s'est révélé à lui non pas dans le feu, mais dans qol demama daqqa, la voix d'un silence subtil (1 R 19, 12). On le cite dans les textes du Moyen Âge quand on veut donner une garantie solennelle à un enseignement qui peut paraître nouveau. Cela montre aussi dans quelle estime l'auteur du Zohar tenait le Cantique (Jacques Vigne, Le Mariage intérieur, En Orient et en Occident, 2014 - www.google.fr/books/edition).

 

L'Ă©lection de la France : translatio electionis

 

Les successeurs de Postel, notamment Guy Lefèvre de La Boderie (1541-1598), cherchent les preuves de l'élection de la nation gauloise en étudiant les textes sacrés dans leur langue d'origine, l'hébreu (Bibliographie : Le lys et le globe: Messianisme dynastique et rêve impérial de Alexandre Y. Haran, 2016, XVIIe siècle, 2002 - www.google.fr/books/edition).

 

Au XVIIe siècle le Mythe atteint sa plénitude en France.

 

Il est beau de voir que la Gaule avait été choisie comme décor romanesque par Honoré d'Urfé. C'est que la Gaule était la France intemporelle, une terre d'élection et de dee tradition, jardin choisi et sacré semé de hauts lieux et de sources, sillonné de parcours initiatiques, à l'image des territoires mystiques traversés par les héros des Songes et par ceux dont il est rapporté qu'ils eurent la gloire d'entrer dans l'Autre Monde.

 

Patrie initiatique, la «terre des arts, des armes et des lois», est appelĂ©e Ă  sauver le monde. Dans les armes de la Maison de France, les fleurs de lys sur champ d'azur illustreraient la vocation de la Gaule-France (les lys sont les âmes ; l'azur, leur patrie cĂ©leste) d'accueillir les âmes immortelles, de pourvoir Ă  leur rĂ©incarnation et de les libĂ©rer vers les Ă©toiles (Jean-Paul Savignac, Les Gaulois, leurs Ă©crits retrouvĂ©s, "Merde Ă  CĂ©sar", 2000 - www.google.fr/books/edition).

 

Jacques Gaffarel, orientaliste et Kabbaliste, est né à Mannes (Provence) vers 1601, mort vers 1681. Bibliothécaire de Richelieu, aumônier du Roi Louis XIII, il fut abbé de Sigonce, en Provence, où il termina ses jours. Il est l'auteur de Addita divinae kabbalae mysteria, contra Sophistarum logomachiam defensa publié à Amsterdam en 1676 (Albert Louis Caillet, Manuel bibliographique des sciences psychiques ou occultes, 2012 - www.google.fr/books/edition).

 

L'illuminé Jacques Gaffarel (1601-1681), fait dans son ouvrage Curiositez inouyes sur la sculpture talismanique des Persans, Horoscope des Patriarches et lecture des Estoilles (1629) prédit la fin de l'empire ottoman pour 1655. Gaffarel apportait à Richelieu "de beaux libvres manuscrits de la bibliothèque des ducs de Mantoue" en 1624. Adoptant la méthode élaborée par Guillaume Postel au XVIe siècle, Gaffarel use de l'interprétation kabbalistique appliquée à l'astronomie, qui veut que les constellations astrales présentent des formes semblables aux lettres hébraïques et offrent ainsi des messages cryptées (Alexandre Y. Haran, Le lys et le globe, Messianisme dynastique et rêve impérial en France aux XVIe et XVIIe siècles, 2016 - www.google.fr/books/edition).

 

Jacques de Cassan, dans Les Dynasties ou traicté des anciens Rois des Gaulois et des François despuis le déluge successivement jusques au Roy Merovee (Paris, 1621), raconte que Gomer, petit-fils de Noé, accosta en Gaule - «à ceste cause en souvenance de son arrivée les premiers Gaulois prindrent le navire pour leur devise». Hippolyte Raulin (Panégyrique orthodoxe, 1626) voit dans ce récit l'origine de l'emblème de la ville de Paris, la nef. «Le symbole de laquelle les Gaulois voulurent donner à la ville qu'ils estimoient estre leur métropole». Il exalte les vertus chrétiennes des Gaulois, comme le fit Postel, en rappelant la légende de Raoul Glaber (Les Histoires, I, 5) qui voulait que le Christ en personne ait manifesté sa préférence pour le peuple de la Gaule et prédit tacitement le futur translatio electionis. «[...] le mesme Rédempteur mourant en croix avoit le visage tourné vers l'occident et par conséquent vers la Gaule, pour regarder aussi tost de son oeil de douceur nos anciens druides qui estoient plus fideles que ces tigres et félons Rabbins qui le faisoient mourir». L'image idéalisée des Gaulois se retrouve encore chez Du Bois-Hus, dans son long poème La Nuict des Nuicts. la France L'Azile et le temple du Daufin du Ciel... (1641). [...] Ces idées sont reprises par Audigier Origine des François et de leur Empire (1676) (Alexandre Y. Haran, Le lys et le globe, Messianisme dynastique et rêve impérial en France aux XVIe et XVIIe siècles, 2016 - www.google.fr/books/edition).

 

Sarepta et pendu

 

Le Seigneur appelle «ethniques» (du nom de l'Etna où brûle un feu éternel) ceux qui sont destinés au feu éternel. L'Enfer flambe, de ce torride incendie éternel où seront brûlés tous les habitants d'Ai qui, durant leur vie, menaient le combat contre le roi et les habitants de Jérusalem. Mais le roi d'Ai est attaché à une double pièce de bois. La double pièce de bois, c'est la croix qui est constituée de deux traverses, une verticale et une horizontale, et en signe de laquelle la femme de Sarepta avait ramassé deux morceaux de bois. La double pièce de bois, c'est la croix par laquelle le démon a été crucifié et le Seigneur exalté. A ce bois est pendu le roi d'Ai [Josué VIII, 29], est pendu le superbe Aman ; quant à l'édit qu'Aman avait rédigé pour la mort des Juifs ; cet édit qui, au témoignage de Paul, nous était contraire, Jésus s'en est emparé et «l'a cloué sur la croix». Enfin le Seigneur, «qui s'était fait obéissant jusqu'à la mort de la croix», fut avec honneur déposé de la croix, embaumé, puis placé dans son tombeau, tandis que le roi d'Aï, le diable, souffre le supplice d'une éternelle pendaison. De même, frères, selon notre parabole, le roi de Jérusalem a battu le roi de la ville adverse et l'a pendu ; après avoir pris et incendié la ville, glorieux vainqueur il en a fait sortir les prisonniers et les a ramenés dans la ville sainte, Jérusalem, pour la joie des anges qui accourent à sa rencontre et qui chantent bien haut : «Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur» (Damien Vorreux, Sermons de Julien de Vézelay, 1972 - www.google.fr/books/edition).

 

Homme de son temps (XIIe siècle), Julien en partage les passions et les préjugés. Ainsi ne manque-t-il pas une occasion de dire du mal des Juifs, sans aucune originalité d'ailleurs (X, 38-44; XVII, 3-4; XIX, 17-19). Et son enthousiasme pour les exploits des croisés lui fait trouver naturel, louable même, de les voir senem, faruulum, mulierem in ore gladii trucidantes (IX, 23-24) ; si d'ailleurs les païens sont appelés ethnici, c'est du nom de l'Etna, signe qu'ils sont promis au feu de l'enfer (IX, 206-211) (Louis-Jacques Bataillon, Julien de Vézelay — Sermons. texte latin, traduction, notes et index par Damien Vorreux, o.f.m... In: Cahiers de civilisation médiévale, 17e année (n°67), 1974 - www.google.fr/books/edition).

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