Au Liban

Au Liban

 

II, 61

 

1675-1676

 

Euge, Tamins, Gironde & la Rochele,

O sang Troyen Mars au port de la fleche

Derrier le fleuue au fort mise l'eschele,

Pointes feu grand meurtre sus la bresche.

 

"flesche" : Sagitta ou Sidon

 

En 637-638, la ville se rendit aux musulmans. En 1110, Baudouin Ier, assisté par les Norwégiens que commandait le frère du roi, les Anglais, les Flamands, et les Vénitiens, assiégea Sidon par terre et par mer. Au bout de six semaines, les habitants, réduits à l'extrémité, offrirent les clefs de la ville à condition que ceux qui voulaient sortir pussent le faire librement avec leurs femmes, leurs enfants et ce qu'ils pourraient porter sur eux ; ce qui leur fut accordé. Cinq mille Sidoniens profitèrent du traité ; et les autres devinrent sujets du roi. Celui-ci donna ensuite Sidon à Eustache Grenier qui avait le droit de battre monnaie en son nom. Pendant les Croisades, cette ville fut appelée Sayete. Après Ia bataille d'Hattîne, elle tomba au pouvoir de Salah ed Dîne (1187). Ce prince généreux, dans une trève qu'il conclut avec Richard Cœur-de-Lion, en céda la moitié à Balian d'Ybelin (1192). Deux ans plus tard, par la trève conclue entre Frédéric II et le Sultan Melek-Kamel, Sidon redevint entièrement propriété chrétienne. Vers l'an 1253, St Louis, roi de France, en fit rebâtir les murs : mais avant qu'ils fussent achevés, les Turcomans assaillirent Sayete, passèrent 800 hommes au fil de l'épée et emmenèrent 400 prisonniers. Quelques jours après, St Louis venant à Tyr trouva tous ces hommes morts et commanda de les ensevelir. Mais personne m'y voulant mettre la main, le St Roi descendit de cheval, prit un cadavre en putréfaction et l'ensevelit lui-même. En 1260, les Tartares saccagèrent la ville de Sidon et passèrent un grand nombre de ses habitants au fil de l'épée. Cette même année, Julien, fils de Balian d'Iblin, désespérant de pouvoir encore la défendre contre ses nombreux ennemis, la vendit aux Templiers. Mais en 1289, les Sarrasins s'en remdirent définitivement maîtres. Par la suite des temps, quelques chrétiens finirent par s'établir à Sidon ; et de temps à autre la Custodie de Terre Ste leur envoya un missionnaire ; puis on y ouvrit un couvent en 1620. Vers cette même époque, le consul de France à Sidon, M. d'Arvieu, établit des relations commerciales entre sa patrie et la Syrie (Liévin de Hamme, Guide-indicateur des sanctuaires et lieux historiques de la Terre-Sainte, 1876 - books.google.fr, www.cosmovisions.com, fr.wikipedia.org - Sidon).

 

A la suite de la bataille de Hattin gagnée par Saladin le 4 juillet 1187, les villes de Acre, Sidon, Beyrouth et Ascalon capitulent (Georges Minois, Richard Coeur de Lion, 2017 - books.google.fr).

 

En latin médiéval Sidon est appelé Sagitta (Recueil des historiens des croisades, Volume 8, 1879 - books.google.fr).

 

La troisième croisade et la prise d'Acre en 1191

 

Lors de la troisième croisade qui répond aux conquêtes de Saladin, celle où participèrent ensemble Philippe-Auguste et Richard Coeur de Lion, a lieu la prise d'Acre.

 

Cependant, le siège d'Acre se poursuivait, avec des alternances d'activité et de lassitude. Les assiégeants étaient ravitaillés par mer, mais les vivres manquaient parfois. Et les ressources financières des croisés s'épuisaient l'arrivée des rois de France et d'Angleterre allait être sur ce point la bienvenue, car ils purent offrir de prendre à leur solde les combattants. Toutefois, le 13 février 1191, lorsque la flotte égyptienne força le blocus pour amener les troupes qui devaient relever la garnison de la ville et le ravitaillement de celle-ci, les croisés furent en mesure d'entraver ses opérations et la relève ne se fit qu'incomplètement. Avec l'arrivée de Philippe Auguste les opérations s'intensifièrent, mais la résistance des assiégés ne fléchissait pas. Les combats atteignirent leur paroxysme quand l'armée anglaise débarqua à son tour. Philippe se chargeait de battre les murailles, tandis que Richard faisait face à l'armée ayyubide. Les Français firent brèche dans l'enceinte, mais ne purent pénétrer dans la ville ; Saladin chercha à soulager la gamison en attaquant vigoureusement l'année anglaise ; il fut repoussé (1er-3 juillet). Les assiégés avaient essayé de négocier une capitulation avec le roi de France sur la base de leur libre sortie ; ils durent accepter de se rendre aux deux mis, après intervention de Conrad de Montferrat, Saladin s'engageant à restituer la Vraie Croix aux Francs et à payer une rançon, complétée par l'echange des hommes de la gamison contre un certain nombre de captifs chrétiens (11 ou 12 juillet 1191). Le jour convenu pour l'échange, Saladin fit défaut ; s'estimant Joué, Richard fit décapiter tous ses prisonniers, qui étaient environ trois mille (Jean Richard, Histoire des croisades, 2014 - books.google.fr).

 

La reconquête d'Acre inaugure le second royaume franc qui dura un siècle (1191 - 1291) (Joshua Prawer, Histoire du royaume latin de Jérusalem. Tome second: Les croisades et le second royaume latin, 2001 - books.google.fr).

 

Il est question du fleuve Na'man qui coule au sud d'Acre, et dont les Pisans firent le blocus pour empêcher le ravitaillement de la ville (Joshua Prawer, Histoire du royaume latin de Jérusalem. Tome second: Les croisades et le second royaume latin, 2001 - books.google.fr).

 

Au sud de la ville d'Acre vient se jeter dans la mer un petit fleuve qui a nom nahâr Na'màn ou No'mân. Or dans les géographes anciens ce fleuve est appelé Belus, c'est-à-dire Baal, comme beaucoup d'autres fleuves de la côte syrienne il porte le nom même d'un dieu; ici Na'man est l'équivalent de Baal, de Baal-Adonis. [...] Ce n'est pas tout. Acre, ou Ptolémaïs, était célèbre par son tombeau de Memnon, situé sur les bords même du Belus. Ce Memnonium, comme tous les autres Memnonia de Syrie, était un saint-sépulcre d'Osiris-Adonis, monument congénère de celui qui s'élevait à Byblos même. L'origine de ce nom de Memnonium, mis en rapport avec le monde syrien, a toujours préoccupé les savants; je crois que c'est une transcription, légèrement altérée, à dessein (pour la ramener au nom fameux de Memnôn), de l'épithète Na'man ou Na'mon, vocable d'Adonis (Charles Clermont-Ganneau, Etudes d'archéologie orientale, Tome 1, 1880 - books.google.fr).

 

Maronites

 

Contesté par la frange autonomiste des Maronites, le rapprochement entre l'Église maronite et Rome n'en est pas moins effectif. Dès le début du XIIe siècle, les contacts entre le patriarcat maronite et la papauté s'établissent: en 1181, les Maronites des régions littorales signifient leur allégeance à l'Église latine entre les mains du patriarche latin d'Antioche et, en 1216, l'Union est scellée par la bulle Qui divinae sapientae accordée par le pape Innocent III au lendemain de la venue du patriarche Jérémie al-'Amshîtî au concile de Latran en 1215 (Laurent Fenoy, Le dialogue interecclésial entre Maronites et Latins en Chypre de 1192 à 1473, L'Église arménienne entre Grecs et Latins: fin XIe-milieu XVe siècle, 2009 - books.google.fr).

 

"Pointes feu"

 

En 1191, on se servit de feu grégeois à St. Jean d'Acre (Rodolphe Schmidt, Developpement des armes a feu et autres engins de guerre autres engins de guerre depuis l'invention de la poudre à tirer, traduit par E. Volmar, 1870 - books.google.fr).

 

Ce ne serait pas de ce feu dont il s'agit dans le quatrain, mais il s'agirait bien de la ville d'Acre dont parle Bohaeddin (Aboulmahassen - Youssouf Ibn-Scheddad), historien arabe, né à Moussoul en 1145 de J.-C., mort en 1232. Admis dans l'intimité du sultan, personne n'était mieux en état que Boha-Eddin de nous initier aux pensées et à la politique de cet homme extraordinaire; aussi, nulle part on ne trouve autant de traits de mœurs et d'anecdotes caractéristiques. L'ouvrage a été publié en arabe et en latin par Schultens, sous le titre de Vita etres gestæ sultani Saladini; Leyde, 1732, un volume in-folio (Nouvelle biographie générale depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, Tome 6 : Bic-Bou, 1855 - books.google.fr).

 

Les récits d'autres incendies de machines ne présentent rien qui puisse s'appliquer au feu grégeois comme on peut en juger par le passage suivant. «L'ennemi, dit Bohaeddin dans sa vie de Saladin, avait de nouveau approché de la ville des machines très-redoutables. Alors, le danger devenant imminent, on prit deux traits (missilia) du genre de ceux qui sont lancés par une grande baliste, on mit le feu à leurs pointes ["cuspides" dans la traduction de Schultens en 1732], de telle sorte qu'elles reluisaient comme des torches. Ce nouveau javelot lancé contre une machine s'y fixa heureusement. L'ennemi s'efforça en vain d'éteindre le feu, car un vent violent vient à souffler, etc.» Dans sa route de Chypre à Saint-Jean d'Acre, Richard rencontra un navire sarrasin qu'il coula à fond. Selon Gauthier, qui ne l'avait appris que par un bruit fort vague, le navire renfermait deux cents serpents et des vases pleins de feu grégeois (Ludovic Lalanne, Recherches sur le Feu Grégeois, et sur l'introduction de la poudre à canon en Europe, 1845 - books.google.fr).

 

Troie et Sidon

 

Voici les vers de l'Iliade (II, v. 280) : «Là, se trouvaient des voiles brodés, ouvrage des Sidoniennes, que le beau Pâris avait emmenées de Sidon, lorsqu'il revint à Troie avec l'illustre Hélène.» (Emile Pessonneaux, Histoire d'Herodote, 1870 - books.google.fr).

 

Frappée d'abord de l'aspect imprévu du héros, touchée ensuite de tant de malheurs, Didon, muette un moment, prend enfin la parole : «Fils d'une déesse, dit-elle, quel destin contraire vous poursuit à travers tant de périls ? quelle puissance ennemie vous a jeté sur ces côtes sauvages ? Êtes-vous cet Énée fils d'Anchise et que la belle Vénus mit au jour aux bords du Simoïs ? Jadis, je m'en souviens, Teucer, chassé de sa patrie, vint à Sidon, cherchant de nouveaux États avec le secours de Bélus, mon père. En ce temps Bélus ravageait l'île de Chypre qu'il avait soumise à ses armes. J'appris dès-lors les malheurs de Troie, votre nom et celui des rois de la Grèce. Bien qu'ennemi de Troie, Teucer lui-même exaltait la valeur des Troyens et se faisait gloire d'être issu de l'antique race de vos rois. Venez donc, ô jeunes guerriers, vous asseoir à nos foyers hospitaliers. Moi-même, longtemps poursuivie par une semblable fortune, Je n'ai pu qu'après de longues vicissitudes, me fixer sur cette erre : venez, mes malheurs m'ont appris à secourir les malheureux.» (Virgile, Enéide: expliqué littéralement, Tome 1, traduit par Auguste Desportes, 1869 - books.google.fr).

 

Cf. quatrain précédent II, 60 avec sa "foy punique".

 

Troie et Acre

 

Le siège de Ptolémaïs [Acre], qui dura près de deux ans (28 août 1189 - 13 juillet 1191), est comparé au siège de Troie dans les chroniques contemporaines. Le dernier effort de l'armée française se porta contre la tour maudite. La mine ayant ébranlé les fondements de cette tour, et le mur commençant à chanceler, Albéric Clément, maréchal du roi Philippe, s'écrie: «Je mourrai aujourd'hui, ou, avec la grâce de Dieu, j'entrerai dans Acre.» Saisissant une échelle, il s'élance au haut de la muraille, et abat de son épée plusieurs Sarrasins. Mais trop de guerriers l'ont suivi, et ils sont entraînés à terre avec l'échelle qui ne peut les porter. Les Sarrasins, en la voyant tomber, poussent un cri de joie : Albéric, seul sur le mur, y trouva une mort glorieuse (Gauthier ou Geoffroy Vinisauf, Iter Richardi, XIIIe s.) (Eudoxe Soulié, Notice du Musée Impérial de Versailles, Tome 1 : Rez-de-chaussée, 1859 - books.google.fr, Bibliothèque des croisades: ptie. Suite des Chroniques de France. Chroniques d'Italie et d'Angleterre, Tome 2, 1829 - books.google.fr).

 

Troie dans la littérature plantagenétienne

 

La "matière antique" était traitée par des poètes tous du domaine des Plantagenêts, Poitou pour le Roman de Thèbes, Normandie pour l'Eneas, Touraine pour le Roman de Troie. Ils ont accumulé les œuvres en dix ans à peine (de 1155 à 1165 environ). Puisant à pleines mains dans l'épopée antique, ils renversaient le fonctionnement de l'humanisme. Jusqu'à ce moment-là, on avait lu les textes dans leur forme originale conservée ou dans des épitomés, comme dans la seule langue concevable, le latin. Et si un auteur voulait s'approcher du style épique sur des sujets modernes, c'est en latin virgilien en en hexamètres dactyliques qu'il le faisait. Rosvita a célébré ainsi les empereurs saxons. Voici maintenant qu'on rhabille l'Antiquité en langue vulgaire et en distiques octosyllabiques. Dans l'opération, elle perd naturellement de la précision, les siècles se mêlent, le romanesque alexandrin se débride. Le monde gréco-latin devient un espace où rêver. Mais cela n'a duré que dix ans, au service d'Henri II. La période se clôture sur Benoît de Sainte-Maure. Ce clerc, sujet tourangeau du Plantagenêt, s'attaque vers 1165 au sujet des sujets, le Roman de Troie. Il ne remonte pourtant pas à l'Énéide elle-même, qu'il ne semble pas avoir lue, mais à deux prosateurs latins des IVe et Ve siècles, Dictys de Crète et Darès le Phrygien. Il les cite fréquemment. Ce poème est encore courtisan: il s'agit d'établir, mieux que venait de le faire Wace, l'origine troyenne de la dynastie normande. Ainsi Virgile avait fait remonter à Iule, fils d'Énée, la famille de César, et donc de son protecteur Auguste. Quant au renversement de la référence antique, il prend ici une allure bien didactique: l'auteur déclare dans son prologue qu'il veut ouvrir à ses contemporains le savoir antique. En fait de savoir, il s'agit surtout d'art: Benoît fait dans le fantastique. La chambre d'Hélène est meublée d'hallucinants automates. Fantastique est Troie, cité splendide, sans égale et parangon du bon gouvernement. Mais Benoît est pessimiste sur l'homme comme il l'est sur l'amour, jamais pur ni heureux à Troie. Troie elle-même tombe par la trahison d'Énée. Il semblerait que notre clerc ait dressé l'image de la Cité idéale pour la voir succomber à la méchanceté humaine. L'immense succès immédiat du Roman de Troie valut sans doute à Benoît de Sainte-Maure de supplanter Wace dans l'exaltation des gloires normandes. Il entreprit son histoire en 1170. Il ne l'avait pas achevée en mourant: il en avait écrit 43000 vers! Henri II, le grand commanditaire, était mort en 1189 (Robert Lafont, L'État et la langue, 2008  - books.google.fr).

 

Ambroise, qui accompagne Richard Cœur de Lion à la croisade, écrit L'Estoire de la Guerre sainte :

 

Seigneur, de la mort Alixandre,

De la cui mort fud grand esclandre,

Ne del message de Balan,

Ne des aventures Tristran,

Ne de Paris ne de Heleine

Qui por amor orent tel peine,

Ne des faiz Hartur de Bretaine

Ne de sa hardie com paine,

Ne de Charlon ne de Pepin,

De Agoland ne de Guiteclin,

Ne de vielles chançons de geste

Dont jugleur font si grant feste

Ne vos sai mentir ne veir dire

Ne afermer ne conlredire,

Ne jo ne trois qui le m'esponge

Si ço est veir o tot mençonge (L'Estoire de la Guerre sainte : histoire en vers de la troisième croisade (1190-1192) par Ambroise ; publ. et trad. d'après le manuscrit unique du Vatican par Gaston Paris, 1897  - gallica.bnf.fr, Revue historique, Volume 83, 1903 - books.google.fr).

 

L'Aquitaine en 1191

 

Le mariage d'Aliénor d'Aquitaine avec Henri II Plantagenêt en 1152 donne à celui-ci l'Aquitaine qui reste sous l'hommage du roi de France. Benoît de Sainte-Maure ne la nomme pas, mais fait son éloge dans son Roman de Troie, manière de dédicace ; de même, il chante les louanges du couple royal deux fois dans la Vie de saint Édouard (fr.wikipedia.org - Aliénor d'Aquitaine).

 

En 1189, Richard, roi d'Angleterre, confirme tous les dons et privilèges que Henri II son père et Aliénor sa mère avaient accordés aux templiers de la Rochelle (Tables des Manuscrits de D. Fonteneau, conservés à la Bibliothèque de Poitiers,  1839 - books.google.fr).

 

"Euge" et fornication

 

Les dictionnaires actuels distinguent pour ce mot deux sens en fonction des structures énonciatives qu'il intègre. Dans le sillage des glossaires antiques, les principaux ouvrages lexicographiques pour la langue grecque existant au XVIe siècle - en particulier le Thesaurus d'Henri Estienne qui en constitue la synthèse - les recensent déjà. Enfin ce terme, fait remarquable, est repris par Estienne comme référence pour la prononciation du phonème (cel en français, preuve s'il en est de sa diffusion dans le monde humaniste. D'origine grecque, euge est une interjection traduisant de la part du locuteur une approbation teintée d'une sincère admiration ('c'en bien !', 'parfait !', 'à merveille !') ou une marque d'encouragement ('bravo !'). Ce mot constitue aussi, par une mise à distance de cette approbation, un assentiment par anti-phrase ('mais bien sûr !', 'allons donc !'). Au vu de la fréquence des occurrences conservées, c'est ce second emploi qui en grec est le plus répandu. Les attestations indiquent son appartenance à la langue comique. L'ironie est parfois appuyée par la réduplication du terme deux voire trois fois. La comédie latine l'emprunte sous la forme d'un calque. Elle en reprend la forme mais aussi la double valeur. Les œuvres de Térence en font foi. La filiation n'a pas échappé à Henri Estienne. Ce calque connaît ensuite une progressive réduction de sens au profit d'une valeur toujours plus ironique. Ses emplois apparaissent dans des textes appartenant à d'autres genres que la comédie, mais non sans rapport avec la raillerie, puisqu'il s'agit de textes satiriques (Christophe Clavel et Tran Quoc T., Euge Sophos : Lecture syncrétique de la devise et de l'image, Le Cymbalum mundi: actes du colloque de Rome (3-6 novembre 2000), 2003 - books.google.fr).

 

Sans avoir la dangereuse faculté de donner corps à la fiction, la description réveille les vieux démons augustiniens toujours sensibles à ce que les fables ont de charnel. Entre autres morceaux de bravoure contre l'attraction sensuelle exercée par la fiction, il suffit de rappeler le polyptote autour de «fornicatio» (Confessions, I, XIII) mis en œuvre par Augustin pour disqualifier les larmes versées sur le sort de Didon, alors qu'il n'avait encore jamais pleuré sur sa propre vanité d'homme sans Dieu : «Non te amabam et fonicabar abs te et fornicanti sonbat undique : "Euge, euge". Amicita enim mundi huius fornicatio est abs te». Il n'est pas innocent que L'Énéide fasse l'objet des plus violentes récriminations d'Augustin sur la vanité des fables et des fictions poétiques quand on sait la place qu'y tient l'ekphrasis. A plusieurs reprises, Virgile donne littéralement à voir la geste de Rome, au point que Maurice Rat était convaincu que L'Enéide était la transposition d'œuvres plastiques. Si magistrale démonstration du pouvoir mystificateur de l'écriture ne pouvait qu'entraîner la révolte fascinée d'Augustin. Outre la prolepse que permet la description du bouclier d'Énée (preuve s'il en fallait que l'ekphrasis peut assumer une  fonction narrative), la description détaillée du temple élevé par Didon à la gloire de Junon (Livre I, vv. 441-493) a aussi inspiré à Bernard Silvestre un rapprochement entre les images et les biens temporels, en ce qu'ils sont également éloignés de la Vérité. Avec la condamnation de l'image, l'interdit est jeté sur le monde des sens. Ainsi est implicitement reconnu la puissance d'évocation presque érotique de l'écriture descriptive (Francis Gingras, Erotisme et merveilles dans le récit français des XIIe et XIIIe siècles, 2002 - books.google.fr).

 

The allusion to Virgil’s Dido in Canto 30 of the Purgatono (“conosco i segni de 1’antica fiamma” [Purg. 30.48]) is the most celebrated of a number of intriguing references to this classical figure in Dante’s works. [...] Dante’s reading of Virgil is closely informed by a medieval tradition of Christian allegorizers such as Bernard Silvestris, John of Salisbury, and Fulgentius who interpret the first half of the Aeneid in precisely these terms, with Books 4-6 demonstrating reason’s victory over passion. Indeed, these exegetes construe Dido as little more than a symbol of concupiscence and Lavinia as the virtue attained by following the road of toil (Tristan Kay, Dido, Aeneas, and the Evolution of Dante's Poetics, Dante Studies Num 129, 2011 - archive.org).

 

A l'arrière-plan des considérations de Jean de Salisbury (vers 1115 - 1180), évêque de Chartres, et de Bernard de Chartres (1130 - 1160) sur la lumière et le feu, on devine la présence de Bernard Silvestre (vers 1100 - vers 1165, ou vers 1075- vers 1126), autre platonicien du XIIe siècle, dont, nécessairement, Jean connaît bien les œuvres. C'est la Cosmographie qui, dans le contexte qui nous préoccupe ici, a dû profondément influencer Jean dans l'élaboration du Policraticus (Charles Brucker, Le Policratique de Jean de Salisbury, 1372, livre V, 2006 - books.google.fr).

 

On considère aujourd'hui que Bernardus Silvestris, dont on sait seulement qu'il a enseigné à Tours vers 1140, ne doit plus être confondu, comme il l'a longtemps été, avec son homonyme et contemporain Bernard de Chartres. Il est cependant établi qu'il fut lié, plus ou moins directement, à cette école de Chartres dont Bernard est un des principaux représentants avec Thierry de Chartres et Guillaume de Conches, et dont la renommée est indissociable de leur conception de l'allégorie poétique. Bernard Silvestre est d'abord connu pour être l'auteur d'un poème allégorique sur l'origine du monde et de l'homme (De mundi universitate, sive Cosmographia) dédié à Thierry de Chartres. On lui attribue aussi, outre le commentaire anonyme des Noces de Mercure et Philologie de Martianus Capella, un important commentaire de l'Énéide (antérieur, puisque l'autre y renvoie explicitement comme étant du même auteur) et un commentaire, perdu, du Timé de Platon. En ce XIIe siècle où Virgile est encore considéré comme l'autorité suprême en matière de sagesse poétique, commenter les poètes équivaut à une initiation intellectuelle et «morale», et c'est toujours Fulgence qui sert de guide pour en «dévoiler» la portée allégorique. Aussi l'interprétation de l'Éneide développée par Bernard Silvestre dans son commentaire s'inscrit-elle dans la continuité de l'Expositio Virgilianae continentiae, qu'elle complète et amplifie, en y ajoutant notamment l'étymologie du nom d'Énée, implicite mais non analysée chez Fulgence (dicitur Eneas quasi ennos demas id est habitator corporis, «le nom d'Énée revient à dire ennos damas, l'habitant du corps»), ainsi que la définition de l'allégorie poétique, nommée integumentum [dévoilement] au XIIe siècle (Étienne Wolff, Françoise Graziani, Virgile dévoilé de Fabius Planciades Fulgentius (Fulgence), 2009 - books.google.fr).

 

"euge, euge !" en bonne part dans la parabole des talents dans Mathieu 25,21 et Luc 19,17 et en mauvaise dans Ps 34,15 (Hippolyte-François Jaubert, Glossaire du centre de la France, 1864 - books.google.fr).

 

Lors du siège d'Acre, les musulmans assistèrent avec indignation pour les uns, envie pour les autres, au débarquement dans le camp ennemi de quelque trois cents prostituées franques : Elles étaient remarquables, ornées de leur jeunesse et parées de leur beauté, [...] elles s'étaient expatriées pour assister les exilés, [...] elles brûlaient de se livrer à la débauche et à la fornication (Imad al Din, Secrétaire de Saladin, Conquête de la Syrie et de la Palestine) (Anne-Marie Eddé, Saladin, 2010 - books.google.fr).

 

Typlogie

 

Le report de 1675 sur la date pivot 1191 (prise d'Acre) donne 707.

 

Le plus en vue des personnages qui portent le prénom de Mârun est le moine syrien Yuhanna Marun, (628-707). Souvent confondu dans les sources avec le solitaire éponyme des maronites, aurait vécu au VIIe siècle et est présenté par la tradition comme le fondateur de l'Église maronite et son premier patriarche. Considéré saint par les catholiques. il est célébré le 2 mars. Mais historiquement, le personnage est difficile à cerner. Selon le récit traditionnel, Yuhanna est né à Sarûm, au sud d'Antioche. Il étudie clans cette ville et à Constantinople. entre comme moine au monastère Saint-Mârûn, près de Hama, et prend le nom monastique de Marô ou Marun. Il s'y signale par son enseignement contre les deux grandes hérésies du moment le monophysisme et le nestorianisme. En 677, les mardaïtes chrétiens ayant soustrait la montagne libanaise è l'autorité des califes umayyàdes, Jean, évêque de Philadelphie en Arabie (l'actuelle Amman), institué par le pape Martin (v. 600-656) vicaire du Saint-Siège au Levant, l'aurait consacré évêque de Botrys (actuelle al-Batrûn). En 686, il serait devenu patriarche d'Antioche, reconnu par le pape Serge Ier (687-701). Il serait mort et enterré à Kafarhayy, près d'al-Batun, où un sanctuaire lui est consacré. Les historiens maronites traditionnels lient la carrière de Yuhanna Marun au mouvement des supplétifs mardaïtes, combattants chrétiens servant à la fois les Ummyades et les Byzantins, et plus spécialement à une dynastie de princes chrétiens de Byblos, fondée à l'époque de l'occupation perse (612-628) et qui aurait défendu l'indépendance du Liban chrétien orthodoxe. Sous le patriarcat de Yûhnna Marun, le monastère Saint-Mârûn sur l'Oronte aurait été détruit par les troupes byzantines, l'empereur Justinien II considérant les mardaïtes comme des rebelles. Ces récits se fondent sur des sources très tardives et ne peuvent titre totalement fiables. En effet, les exploits des princes chrétiens de Byblos viennent d'une chronique syriaque anonyme copiée en 1315, et aucune source plus ancienne ne parle de l'existence de cette dynastie. De plus, le vie de Yuhanna Marun, concordante avec cette chronique, a été révélée en arabe, en 1495, par le franciscain maronite Jubraïl al-Qilâi puis éditée en latin, en 1639, par le franciscain italien Francesco Quaresmio (1583-1656). Hélas, ces faits comportent plusieurs anachronismes ou impossibilités : Jean, évêque de Philadelphie. fut nommé vicaire du pape au concile de Latran (649) et il est peu probable qu'il ait été encore en fonction près de trente ans plus tard ; la liste des patriarches orthodoxes d'Antioche présente des titulaires jusqu'au début du VIIIe siècle, avant de présenter une vacance de quatre décennies (702-742), sans que le nom de Yuhanna Marun y apparaisse.

 

Dans l'historiographie conservée, la mention la plus ancienne d'un Marûn fondateur de l'Église maronite se trouve chez un adversaire de cette Église, accusée d'hérésie monothélite : le patriarche melkite d'Alexandrie Eutychius, autrement dit Sa'îd ibn al-Batriq (877-940), qui a laissé des Annales rédigées vers 930-940. On y lit : "Au temps de l'empereur Maurice vivait un moine nommé Maron, qui plaçait en Notre-Seigneur Jésus-Christ deux natures, une volonté, une opération et une personne, et corrompait ainsi la foi des hommes. Le plupart de ceux qui embrassèrent sa doctrine et se constituèrent ses disciples étaient originaires des villes de Hama, Qinnisrin et Al-Awasim. Il y avait aussi quelques Grecs. On les appela tous Maronites, du nom de leur fondateur. A la mort de Maron, les habitants de Hama bâtirent un monastère en son honneur, qu'ils nommèrent Dayr Maroun, et ils continuèrent à professer ses croyances." Il est clair que ce texte comporte une confusion entre Yuhanna Mârûn et l'ermite Marûn. De plus, un moine contemporain de l'empereur Maurice Ier (539-602) ne peut avoir vécu jusqu'en 707. L'historien al-Mas'ûdi, qui s'inspire du récit d'Ibn al-Batriq, situe l'ermite Marun au temps de l'empereur Maurice et lui attribue des positions monothélites, ce qui est un tissu d'anachronismes. Enfin, le doctrine du monoénergisme (formulation initiale du monothélisme), attribuée au moine, apparaît dans les annales de la théologie chrétienne vers 616 (Abdallah Naaman, Le Liban: Histoire d'une nation inachevée, 2016 - books.google.fr).

 

Eyalet de Sidon

 

Sidon connaît une nouvelle prospérité aux XVIe et XVIIe siècles. De 1660 à 1775, elle est la capitale d'une province ottomane, l'eyalet de Sidon, avant d'être supplantée par Acre puis par Beyrouth.

 

Après la conquête de la Syrie par les Ottomans en 1516, cette région est d'abord rattachée au pachalik de Damas (ou eyalet de Syrie). En 1585, les districts de Beyrouth, Sidon et Safed sont regroupés sous l'autorité de l'émir druze Fakhreddine II de la lignée des Maan (en) tout en restant, au point de vue politique et fiscal, dans la dépendance de Damas. Pendant l'exil de Fakhreddine en 1614-1615, la région est brièvement érigée en province de premier rang (eyalet). Fakhreddine recouvre ensuite son pouvoir mais, entré en conflit avec le pouvoir ottoman, il est capturé et décapité en 1635. Pour mettre fin à la guerre de succession druze (en) qui oppose les héritiers Maan, le pouvoir ottoman recréée l'eyalet de Sidon en 1660. Les Maan conservent cependant une place majeure dans la province jusqu'en 1697, date à laquelle ils sont supplantés par la famille des Chehab. Bien que cette période soit connue comme l'émirat du Mont-Liban, les pouvoirs des Maan, puis des Chehab se limitent le plus souvent à ceux de multazim (collecteurs de taxes) (fr.wikipedia.org - Eyalet de Sidon).

 

On parle de Fakhredddine, émir du Liban, au quatrain I, 50.

 

Maronites

 

L'évêque maronite de la ville de Sidon Jean souscrivit en 1676 au témoignage qu'Etienne, Patriarche des Maronites, rendit à la foi de l'Eglise catholique contre les erreurs des Calvinistes. L'évêque grec Jérémie du lieu fit de même en 1673 avec son patriarche Néophyte. L'église maronite de Sidon est vouée à Saint Elie, en dehors de la ville (Dictionnaire universel, dogmatique, canonique, historique, géographique et chronologique, des sciences ecclésiastiques, Tome V, 1762 - books.google.fr).

 

Antoine-Fauste Naironi, savant maronite et professeur en langue syriaque au collège de la Sapience à Rome, depuis 1666 jusqu'en 1694, neveu d’Abraham Ecchellensis, par sa mère, mort à Rome presque octogénaire, l'an 1711, est auteur de deux ouvrages intitulés, l'un : Evoplia fidei catholicœ ex Syrorum monumentis adversùs atvi nostri novatores, Rome, 1694, in-8; l'autre : Dissertatio de origine, nomine ac religions Maronitarum, ibid., 1679, in-8. Il s'efforce, dans ces deux ouvrages, de prouver que les Maronites ont conservé la foi depuis le temps des Apôtres, et que leur nom ne vient pas de Jean Maron, monothélite, mort en 707, maïs de saint Maron, célèbre anachorète, qui vivait à la fin du 4e siècle. Ses raisons n'ont pas paru péremptoires à tous les savants; mais elles l'ont honneur à son érudition, et sont appuyées d'une réflexion très-simple, mais solide, savoir, que si le nom de Maronites était un nom de secte, ces peuples l'eussent quitté au moment qu'ils sont revenus a la vérité, et qu'ils se sont attachés a l'Eglise romaine, à laquelle ils sont fermement unis, au moins depuis 1182 (François-Xavier Feller, Biographie universelle des hommes qui se sont fait un nom, Tome VI, 1860 - books.google.fr).

 

La Dissertatio de origine, nomine ac religions Maronitarum, était très attendu au sein des milieux Orientalistes de la République des Lettres : les savants maronites profitaient de leur connaissance de l'arabe et du syriaque, ainsi que de leur présence dans les bibliothèques romaines pour promettre aux Orientalistes des trouvailles inédites qui prouveraient de manière éclatante leur perpétuelle orthodoxie. Richard Simon, dans son commentaire au voyage de Dandini au Mont Liban (1675), révélait sa sceptique impatience à l'égard de cet ouvrage. Dédicacé à Cosme III de Médicis, l'ouvrage s'ouvre sur un anagramme qui en résume l'esprit: MARO ROMA / MARON NORMA. Après avoir évoqué les détracteurs des maronites, Fauste commence l'histoire de la communauté par la vie de son fondateur, l'Abbé S. Maron. Pour écrire la vie du saint, le savant maronite bénéficia de l'Histoire Philotée de Théodoret de Cyr (traduite en latin et imprimée en 1555) et surtout du Martyrologe de Baronius: c'est avec la notice sur S. Malchus que l'on fit le lien entre le bienheureux Maron de l'Histoire Philotée, le couvent chalcédonien du même nom en Syrie II, et les maronites du Mont Liban. Sur le plan maronite, ce schéma apparut pour la première fois dans l'introduction ajoutée en 1608 au Missel chaldéen imprimé à Rome. Dès ce moment, sous la plume de Fauste, le monastère de saint Maron apparaissait comme le bastion par excellence du catholicisme en Orient face à la multiplication des hérésies. De ce monastère fut issu un second Maron, prénommé Jean ; il devint patriarche d'Antioche à l'issue du concile de Constantinople III : Fauste démontre sa fidélité au Saint-Siège et sa parfaite orthodoxie dyothélite. L'A. associe ensuite la figure des mardaïtes à celle des maronites: ils se révélèrent l'ultime et efficace rempart contre l'attaque des arabes musulmans, mais ils furent trahis par l'empereur byzantin lui-même. Ainsi, apparaît clairement le thème de l'alliance des hérétiques (les jacobites) ou futurs schismatiques (les grecs) avec les musulmans, contre les maronites (Revue Mabillon, 2008 - books.google.fr).

 

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