Rebellions dans les Balkans contre le joug turc
Rebellions dans les Balkans contre le joug turc

 

II, 32

 

1654-1655

 

Laict, sang, grenouilles escoudre en Dalmatie,

Conflit donné, peste pres de Balenne,

Cry sera grand par toute Esclavonie,

Lors naistra monstre pres & dedans Ravenne.

 

"Esclavonie"

 

On désignait autrefois sous le nom de Sclavonie ou Esclavonie toute la région qui comprend la Dalmatie, la Bosnie, la Servie, la Bulgarie, la Moravie, la Silèsie, la Croatie et même la Russie. (V. l'Itinerarium d'Adorne, mss. n° 187 de la Bibl. de Lille, p. 150.) (Édouard Hautcoeur, Documents liturgiques et nécrologiques de l'église collégiale de Saint-Pierre de Lille, 1895 - books.google.fr).

 

Le mot Schiavonia n'Ă©tait pas ethnographique ; il Ă©tait gĂ©ographique. Il est certain, en effet, que jadis on employait de façon très arbitraire des mots qu'aujourd'hui nous prenons Ă  la lettre. De mĂŞme qu'on appelait Bulgarie des pays serbes, de mĂŞme Schiavonia peut recouvrir une Slavie de mauvais aloi. Pourtant, on a peine Ă  comprendre pourquoi les Italiens, qui disposaient de Dalmazia, lui auraient substituĂ© Schiavonia, si ce changement de mot n'avait correspondu Ă  quelque changement de fait. On comprend encore moins comment les Dalmates, qui renseignaient Giustiniani, auraient pris du roman pour du slave, alors qu'ils connaissaient fort bien le slave authentique des campagnes. VoilĂ  Zara, oĂą justement Giustiniani oppose le slave au «franc»; les Ă©dits y sont proclamĂ©s more solito, in lingua latina et in lingua slava devant les citadins et les campagnards (villici); comment croire qu'Ă  ces campagnards on s'adressât en roman ? Et comment, si la Dalmatie n'avait pas Ă©tĂ© slave, Giovanni Doglioni, dans son Amfiteatro d'Europa, aurait-il assimilĂ© cette «Schiavonia» vĂ©nitienne aux autres «slavonies», Carniole, Bosnie, Serbie, etc. ? Comment, dans ses Relazione universali, Giovanni Botero aurait-il spĂ©cifiĂ© que la langue slave allait de l'Adriatique au pĂ´le ? Comment admettre que tant de gens dont la tâche, du crieur public au gĂ©ographe, Ă©tait d'informer autrui, auraient pu se mĂ©prendre Ă  ce point sur les mots et les choses ? (Emile Haumant, Un problème ethnographique, 1917 - books.google.fr).

 

"escoudre"

 

Escoudre (latin excutire) = faire sortir, dĂ©gager en secouant, bien traduit par l'anglais to shake out (Gdf Ă  escoudre, Hug. Ă  escourre [n ° 1] et TL Ă  escorre) : la pluie de lait, de sang et de grenouilles est en quelque sorte secouĂ©e du ciel; Balenne demeure inexpliquĂ© : l'ItinĂ©raire des provinces d'Antoninus Augustus connaĂ®t une Ă©tape, Costa Ballene («CĂ´te de baleine»), sur la Voie AurĂ©lienne, Ă  32 milles du sommet des Alpes, mais on songe aussi Ă  Ljubljana en SlovĂ©nie.

 

Paraphrase : Du lait , du sang , des grenouilles de pleuvoir Ă  verse en Dalmatie ; une bataille aura lieu , il y aura peste près de Balenne ; le cri de dĂ©tresse sera grand Ă  travers toute la Slavonie ; alors naĂ®tra un monstre près et dedans Ravenne.

 

Commentaire : Au quatrième vers, Nostradamus se rĂ©fère au cĂ©lèbre "monstre de Ravenne". «Feust trouvĂ© audit Ravennes un enfant monstre le plus horrible qu'on vit jamais,» Ă©crit Robert de la Mark, seigneur de Fleurange, en racontant le pillage qui suivit la prise de la ville par les troupes françaises en 1513 (Pierre Brind'Amour, Les premières centuries, ou, Propheties de Nostradamus (Ă©dition MacĂ© Bonhomme de 1555), 1996 - books.google.fr).

 

Battre les gerbes avec le fléau, pour en faire sortir le grain (Nicolas Béronie, Dictionnaire du patois du Bas-Limousin (Corrèze) et plus particulièrement des environs de Tulle, 1824 - books.google.fr).

 

battre, attaquer :

 

Mes adonc assaillir ne voudrent

La mestre tour, qu'aucuns escoudrent. (Guiart, v. 1068.)

 

De lĂ , on disoit adverbialement: Ă  l'escoudre (Ibid. v. 19075) (Jean-Baptiste de La Curne de Sainte-Palaye, Dictionnaire historique de l'ancien langage françois, Tome 6 : Esci - Guy, 1879, 1879 - books.google.fr).

 

Guillaume Guiart écrit la Branche des royaux lignages qui se déroule sous le roi Louis IX (Guillaume Guiart, Branche des royaux lignages, chronique métrique, Volume 8, 1828 - books.google.fr).

 

On bat le lait pour faire du beurre.

On bat le sang pour faire du boudin.

On bat les grenouilles pour les faire taire.

 

Le lait des Morlaques

 

Le lait est un des aliments les plus ordinaires de ces peuples pasteurs. Les Morlaques, après avoir battu le beurre, conservent le petit-lait pour en faire leur boisson. Le fromage frit dans du beurre est un de leurs mets favoris. Ils font rarement usage de pain; ils mangent plus gĂ©nĂ©ralement des galettes de farine de millet, d'orge, de maĂŻs, de doura et de froment, qu'ils font cuire sur la pierre de leur foyer (M. Chopin, Bosnie, Servie…, L'Univers : histoire et description de tous les peuples, 1856 - books.google.fr).

 

Les femmes morlaques ont la coutume d'oindre leurs cheveux avec du beurre, qui, devenu rance, exhale même de loin une odeur détestable: joignez à cela qu'elles sont d'une malpropreté excessive. Quand elles sont filles, elles ont quelque soin de leur personne; quand elles sont mariées, elles se livrent à leur penchant naturel; c'est peut-être la cause de la manière humiliante avec laquelle elles sont traitées par leurs maris et leurs parents. Elles ont néanmoins le mérite d'être beaucoup plus sobres que les hommes (François Laurent Levasseur, La Dalmatie ancienne et moderne, 1861 - books.google.fr).

 

Les Ă©tymologistes s'accordent Ă  reconnaĂ®tre dans le nom de Morlaque l'italien Morlacco, forme contractĂ©e du grec Mavrovlachos, d'après Mavros noir, et Vlachos Vlah, Valaque. Les documents latins mentionnent les Morlaques sous le terme de Nigri Latini, nom par lequel on dĂ©signait les pâtres d'origine romaine ou romanisĂ©s qui, après la colonisation slave au VIe siècle, s'Ă©taient maintenus dans les rĂ©gions montagneuses des Balkans. Dans les documents du XIIIe siècle, les Morlaques (Valaques) sont mentionnĂ©s comme habitant sur les cĂ´tes de la Dalmatie. Mais le nom de Morlaque n'a pas toujours eu une signification prĂ©cise ; il a Ă©tĂ© employĂ© pour dĂ©signer, tantĂ´t des Slaves de la cĂ´te, tantĂ´t des pâtres roumains de caractĂ©ristiques linguistiques et somatiques particulières qui, fuyant l'invasion turque, s'Ă©taient abritĂ©s dans les montagnes entre le lac de Skadar (Scutari) et le Velebit. La forme italienne Morlacco apparaĂ®t aux XVe-XVIe siècles pour dĂ©signer les gens du pays installĂ©s dans les montagnes, depuis Kotor jusqu'au Kvarner (Liljana Todorova, Les Slaves du sud au XIXe siècle vus par Xavier Marmier, 1980 - books.google.fr).

 

"Balennes" : La Valona

 

Valona : Valonne (Comynes) (Paul Durrieu, Valona, base d'une expĂ©dition française contre les Turcs projetĂ©e par le roi Charles VIII (1494-1495), Comptes rendus des sĂ©ances de l'AcadĂ©mie des Inscriptions et Belles-Lettres, 59° annĂ©e, N. 2, 1915 - www.persee.fr).

 

Ba(m)balona devient La Valona (Matica hrvatska, Hrvatska revija, Tome 11, 1961 - books.google.fr).

 

Otrante, Brindisi, Bari sur la rive occidentale du canal d'Otrante en face de Valona (Venise et l'Orient, 828-1797, 2006 - books.google.fr).

 

Vallena, Baleine, grand poisson de mer, Balena, gran pesce di mare. Vallenato, petit de la Baleine, il balenetto della balena. (César Oudin, Jean Nicot, la Crusca, Le thrésor des trois langues: espagnole, françoise et italienne, Tomes 1 à 3, 1617 - books.google.fr).

 

"peste"

 

En 1043, le roi de Hongrie fut obligé de reconnaître la suzeraineté de l'empiré d'Allemagne, et de céder au margrave d'Autriche tout le pays entre le mont Calenberg et la Leitha. Cette perte fut compensée par les conquêtes de Ladislas, qui enleva (v. 1080) à l'empire grec Sirmium ou Sirmich, et la partie inférieure de l'Esclavonie, une partie de la Dalmatie, l'Esclavonie supérieure et presque toute la Croatie, érigée depuis 994 en royaume. La Hongrie eut alors pour bornes au N. les monts Krapacks, à l'E. l'Aluta ou Alt, au S. le Danube, la Save et le Verbas, et à l'O. l'empire romain germanique (Alfred Magin, Charles Barberet, Précis de géographie historique universelle, Tome 2, 1841 - books.google.fr).

 

Guillaume de Pouille conclut le récit de la prise de Bari par Robert Guiscard avec la pêche par ce dernier d'un monstre marin qui lui sert à nourrir la population (Huguette Taviani-Carozzi, La Terreur du monde - Robert Guiscard et la conquête normande en Italie, 2014 - books.google.fr).

 

Après la conquête de la Pouille et de la Calabre, devenu maître d'un état puissant, Robert Guiscard éleva ses vues en proportion de ses forces. Il osa méditer la conquête de l'empire d'Orient. Une armée de trente mille hommes, dont treize cents chevaliers étaient la fleur, fut rassemblée à cet effet, et cent cinquante galères, fournies par la république de Raguse, les transportèrent en Épire. Son fils, Bohémond, si célèbre dans les guerres d'Orient, lui soumit l'île de Corfou; (Petit de Baroncourt, Histoire resumee du moyen age a l'usage des colleges et des autres etablissements d'instruction publique, 1843 - books.google.fr).

 

Dans la seconde moitié de mai 1081, Robert Guiscard s'embarqua à Otrante avec le gros de son armée, et un vent favorable le transporta, en quelques heures, à Valona sur les côtes de l'Épire, tandis qu'une partie de la flotte se rangeait dans le port d'Oricus (Odon-Jean-Marie Delarc, Saint Grégoire VII et la réforme de l'Eglise au XIe siècle, Tome 3, 1889 - books.google.fr).

 

Après quoi Robert attaqua Durazzo, la clef occidentale de l'empire. La persévérance et l'intrépidité de ce prince furent mises, pendant le siége, à une rude épreuve. Un ouragan engloutit une partie de sa flotte; le reste fut dispersé et jeté sur les côtes d'Italie par les Vénitiens; dix mille hommes dans son camp furent enlevés par la peste; enfin, une de ses tours mobiles, qui renfermait cinq cents soldats, fut consumée par le feu grégeois. D'un autre côté, le général grec, Alexis, fondateur de la dynastie des Comnènes, marchait contre lui à la tête d'une armée de mercenaires étrangers, turcs, scandinaves, anglais et warangiens. Robert l'attendit sans s'émouvoir, avec les débris de ses troupes, le défit complétement sous les murs de Durazzo, et emporta la ville dans un assaut de nuit (1082). Il se jeta ensuite à travers l'Épire. L'épouvante était dans Constantinople, mais il fut rappelé en Italie par une révolte des barons de la Pouille. Il laissa son armée à Bohémond. Celui-ci, après deux victoires, échoua au siège de Larisse, par la trahison de ses soldats, et rejoignit son père au moment où l'empereur Henri IV, à l'instigation des Grecs, descendait en Italie. Grégoire VII, assiégé dans le château de Saint-Ange, implora Robert, qu'il avait naguère frappé d'anathème. Le Normand accourut à la hâte, et les impériaux se retirèrent à son approche. La ville de Rome fut pillée et à moitié incendiée par ses libérateurs, qui emmenèrent le pape à Salerne, où il mourut (1085). La même année, l'infatigable Robert passa en Épire, à travers l'escadre combinée des Grecs et des Vénitiens. Vainqueur dans un dernier combat naval, il prit ou coula à fond les galères de Venise, et mit en fuite les brigantins grecs; mais il n'y survécut guère. Une maladie épidémique se déclara parmi ses troupes, et ce grand homme y succomba, à Céphalonie, âgé de soixante-dix ans (1085) (Petit de Baroncourt, Histoire resumee du moyen age a l'usage des colleges et des autres etablissements d'instruction publique, 1843 - books.google.fr).

 

Battre le sang : Boudin, Bodin/Bodino

 

Mihailo de Voislav tient l'ancien titre princier de Prince de Rascie jusqu'en 1077, où il reçoit le titre de Roi des Slaves et une couronne du pape Grégoire VII. Pour marquer son couronnement, le pape élève l'évêché de Bar en un archevêché en 1080. Son royaume est connu sous le nom de royaume du Monténégro, et Mihailo porte le titre de Souverain des Tribaux et des Monténégrins. Durant l'expansion de la Dioclée en Croatie, où les forces diocléennes font une incursion aussi loin que Knin, le titre souverain intégral devient roi de Dioclée et de Dalmatie. Il envoie son fils avec une armée aider l'insurrection de George Voiteh en 1072 durant la rébellion slave en Macédoine ancienne. Constantin Bodin est accepté en tant que Petar III, Tsar des Bulgares (voir Liste des souverains de Bulgarie), mais il est capturé par les forces byzantines.

 

En 1078, les Vénitiens délivrèrent Constantin Bodin et le rendirent à son père Michel I de Zeta. Peu après, en 1081, Michel mourut et Constantin Bodin succéda à son père en tant que roi.

 

VeniseVers 1085, lui et ses frères réprimèrent la révolte de leurs cousins, les fils du frère de Michel Radoslav dans la zupa de Zeta, et Constantin Bodin régna désormais sans contestation. En dépit de son antérieure opposition à l'Empire byzantin, Constantin Bodin soutint d'abord les Byzantins contre l'attaque de Robert Guiscard et ses Normands à Durazzo en 1081, mais ensuite resta inactif, laissant les Normands prendre la ville (fr.wikipedia.org - Constantin Bodin).

 

Argyritzos, lorsqu'il livra Bari à Guiscard, lui envoya une fille en otage. Sa fille Jaquinta épousa Constantin Bodin, roi de Serbie de 1082 à 1101, lorsqu'il était prince héritier (Bodino autem regi nati sunt filii quatuor de Jaquinta, filia Archiriz de civitate Barensi) (Marguerite Mathieu, La geste de Robert Guiscard de Guillaume de Pouille, 1961 - books.google.fr).

 

Les sources d'informations concernant le nouveau souverain se limitent principalement Ă  deux textes : l'Alexiade d'Anne Comnène et la Chronique du PrĂŞtre de DioclĂ©e. Ce dernier document est peu fiable, car il rĂ©sulte, semble-t-il, non d'une chronique du XIIe siècle, mais d'une compilation plus tardive, sans doute opĂ©rĂ©e au XVIe siècle, par un montage assez habile de textes alors disponibles sur la cĂ´te dalmate ; aussi ne peut - on considĂ©rer cette Chronique comme une source autonome (Jean-Claude Cheynet, La place de la Serbie dans la diplomatie byzantine Ă  la fin du XIe siècle, Recueil des travaux de l'Institut d'Ă©tudes byzantines, Tome 45, 2008 - books.google.fr).

 

The Morlachs were not, as has been sometimes supposed, "dwellers on the sea" (in Serb Morjaci), but Mavpóblachou", or Black Vlachs, an etymology borne out by the early Dalmatian chronicler, the Presbyter of Dioclea, who, after identifying them with the descendants of the Roman Provincials, translates their name into Nigri Latini (Sir Arthur Evans, Anitquarian Researches in Illyricum, 1883 - books.google.fr, Solange Bujan, La Chronique du prêtre de Dioclée. Un faux document historique. In: Revue des études byzantines, tome 66, 2008 - www.persee.fr).

 

"grenouilles" : Venise

 

"Rane", ("rana" : grenouille en latin) pourrait dĂ©signer la ville amphibie de Venise dans d'autres quatrains (V, 3; IX, 60).

 

Venise est allĂ©gorisĂ©e en grenouille par Ulrich von Hutten (1488 - 1523) dans son poème intitulĂ© Marcus (Brigitte Gauvin, L'allĂ©gorie et ses fonctions dans l'Ĺ“uvre d'Ulrich von Hutten, Le Sens cachĂ© : Usages de l’allĂ©gorie du Moyen Ă‚ge au XVIIe siècle, 2020 - books.google.fr).

 

S'ils avaient ainsi contractĂ© des alliances commerciales et signĂ© des traitĂ©s nombreux, les VĂ©nitiens, enfermĂ©s dans leur lagune, possesseurs de quelques lieues de terre ferme, Ă©prouvaient la plus grande difficultĂ© pour se procurer du bois de construction; ils profitèrent de l'arrivĂ©e des Normands dans l'Adriatique (1080) pour s'engager dans une entreprise qui devait les amener Ă  la libre possession de l'Istrie, de la Dalmatie et de l'ancienne Albanie fertiles alors en forĂŞts et cruellement dĂ©pouillĂ©es aujourd'hui de toute vĂ©gĂ©tation. L'empereur grec avait vu Durazzo assiĂ©gĂ©e par les Normands et Ă©tait impuissant Ă  se dĂ©fendre; Venise vint Ă  son secours et sauva Alexis Comnène, qui ne mit plus aucune borne Ă  leurs franchises et les autorisa mĂŞme Ă  fonder des comptoirs et des fondaks Ă  Durazzo; il stipula une redevance annuelle de l'empire grec pour l'Ă©glise de Venise et obligea mĂŞme les habitants d'Amalfi, qui avaient Ă©tĂ© les alliĂ©s des pirates normands, Ă  payer Ă  la basilique de Saint-Marc une rente annuelle Ă©norme. Mais ce n'Ă©tait pas assez, les VĂ©nitiens avaient un but plus considĂ©rable: les empereurs d'Orient avaient affichĂ© des prĂ©tentions sur la Dalmatie; les VĂ©nitiens, qui venaient de s'en emparer, n'en jouissaient pas sans conteste; ils demandèrent l'abandon des droits de l'empire par une ambassade solennelle envoyĂ©e par le doge Vital Faliero. DĂ©jĂ  l'empire d'Orient Ă©tait en proie aux discussions et aux usurpations; Alexis Comnène se souvenait avec reconnaissance du secours donnĂ© devant Bari, il leur cĂ©da ses droits sur l'Istrie et la Dalmatie (1084) : c'Ă©tait leur ouvrir la libre exploitation des forĂŞts et leur donner la possibilitĂ© de construire ces grandes flottes qui, mises en Ĺ“uvre grâce Ă  la richesse commerciale qu'ils s'Ă©taient acquise, allaient rendre les VĂ©nitiens les maĂ®tres de l'Adriatique (Charles Yriarte, Venise: histoire, art, industrie, la ville, la vie, 1878 - books.google.fr).

 

Naissance d'un monstre

 

Britannicus est une tragédie en cinq actes et en vers (1768 alexandrins) de Jean Racine, représentée pour la première fois le 13 décembre 1669 à Paris, à l’Hôtel de Bourgogne (fr.wikipedia.org - Britannicus (Racine)).

 

L'action de la pièce de Racine se situe en 55 ; NĂ©ron, âgĂ© de 18 ans, est empereur depuis un an ; c'est Ă  la fin de la pièce qu'il commet son premier meurtre, celui de Britannicus. Aussi Racine, rĂ©pondant par sa première prĂ©face Ă  ceux qui lui reprochent d'avoir «fait NĂ©ron trop bon», Ă©crit-il ceci : «Je l'ai toujours regardĂ© comme un monstre. Mais c'est ici un monstre naissant. Il n'a pas encore mis le feu Ă  Rome. Il n'a pas tuĂ© sa mère, sa femme, ses gouverneurs Ă€ cela près, il me semble qu'il lui Ă©chappe assez de cruautĂ©s pour empĂŞcher que personne ne le mĂ©connaisse» (klubprepa.fr).

 

L'impie et ambitieux Guibert de Ravenne, bien qu'il ne fĂ»t pas encore formellement proclamĂ© antipape, comme il devait l'ĂŞtre quelques annĂ©es plus tard au conciliabule de Bressanone, se montrait si ouvertement hostile au saint Pontife GrĂ©goire et briguait si ardemment la PapautĂ©, qu'il Ă©tait considĂ©rĂ© de tous comme antipape de fait, et quiconque n'Ă©tait pas pour GrĂ©goire se dĂ©clarait Ă  haute voix pour Guibert. Or, Ă  la suite du concile romain, qui souleva tant de colères chez l'empereur et parmi le clergĂ© rebelle, par l'abolition des investitures et les canons lancĂ©s contre l'incontinence, Guibert Ă©tait restĂ© Ă  Rome pour organiser sous main ses trahisons, contre l'inflexible GrĂ©goire ; celui-ci travaillait de tous ses efforts Ă  affranchir l'Eglise de la tyrannie sĂ©culière et Ă  l'Ă©purer des vices de ceux qui eussent dĂ» surpasser en puretĂ© la lumière du soleil. Ce monstre, pour se concilier la faveur d'Henri et pour se frayer la route au Pontificat, conçut l'infâme dessein d'assassiner GrĂ©goire: il s'aboucha Ă  cet effet avec Cencio, le plus scĂ©lĂ©rat et le plus dĂ©loyal des barons romains, exĂ©crĂ© de tous les honnĂŞtes gens: Ă  force d'or et de promesses il le dĂ©termina Ă  consommer l'horrible attentat: il fut dĂ©cidĂ© que le vicaire de JĂ©sus-Christ serait Ă©gorgĂ©, en officiant Ă  la messe de NoĂ«l, cĂ©lĂ©brĂ©e Ă  minuit Ă  la crèche du Sauveur. Cencio recruta clandestinement en Lucanie, dans la Pouille et Ă  Rome, des bandits aussi exĂ©crables que lui-mĂŞme, qui ne manquèrent pas de se trouver Ă  leur poste Ă  l'heure convenue. Au moment oĂą le pontife venait de distribuer la communion aux fidèles et oĂą tout le peuple Ă©tait plongĂ© dans un silence solennel, les sicaires font irruption dans la basilique, massacrent les assistants, arrachent avec de terribles vocifĂ©rations la grille de la chapelle papale, Ă©gorgent plusieurs prĂ©lats, se ruent comme des tigres sur le Pontife, le traĂ®nent par les cheveux sur les degrĂ©s de l'autel, le frappent des pieds et des mains, tandis que l'affreux Cencio lui porte au front un coup d'Ă©pĂ©e: ils lui arrachent ensuite ses ornements sacrĂ©s, le chargent de fers et l'entraĂ®nent au donjon de Cencio pour le livrer vivant Ă  Henri. Le bruit de cet attentat eut bientĂ´t rempli toute la ville : les Romains outrĂ©s d'indignation, sonnent le tocsin, s'arment de torches et parcourent les quartiers en criant: Mort aux ennemis de Dieu et de Rome : Ă©largissez le Pontife ! Vive GrĂ©goire ! Le peuple envahit la demeure des amis les plus connus de Cencio, la saccage et y met le feu; on pĂ©nètre dans les tours pensant y trouver GrĂ©goire; mais une voix s'Ă©lève de la foule GrĂ©goire est au donjon des Cenci ! Le matin venu ils se portent au palais, dont ils enfoncent les portes Ă  coups de bĂ©lier: ils appuient des Ă©chelles aux fenĂŞtres, dĂ©molissent la tour, et ouvrent une large brèche par oĂą ils se prĂ©cipitent pour sauver GrĂ©goire. Cependant le perfide Cencio se voyant Ă  l'extrĂ©mitĂ© et ne pouvant Ă©chapper au supplice, s'Ă©lance sur les pas du Pontife, tombe Ă  ses pieds, embrasse ses genoux, en le supplĂ­ant avec larmes de lui pardonner son crime et de le protĂ©ger contre la fureur du peuple. GrĂ©goire l'accueille dans ses bras, lui pardonne avec une charitĂ© toute paternelle, se fait conduire aux fenĂŞtres du palais, d'oĂą il exhorte le peuple Ă  se calmer et Ă  rentrer dans les maisons; mais la foule monte dans les salles et emporte GrĂ©goire en triomphe, d'abord au Capitole, puis Ă  la basilique pour y cĂ©lĂ©brer les saints mystères. Cencio qui devait la vie Ă  l'hĂ©roĂŻque et magnanime charitĂ© du Pape, reçut pour pĂ©nitence d'aller en pĂ©lerinage Ă  JĂ©rusalem: le traĂ®tre ingrat se rĂ©fugie au contraire Ă  la cour d'Henri pour machiner de nouvelles perfidies contre son sauveur. Guibert, aussi pervers et aussi cruel que lui, voyant le coup manquĂ©, se sauve en Lombardie oĂą, secondĂ© par ThĂ©obald de Milan et quelques autres seigneurs dissolus, il fomente des troubles et soulève contre l'Eglise des sĂ©ditions pleines d'horreur et d'atrocitĂ©s (Antonio Bresciani (S.J.), La comtesse Mathilde de Canossa et Yolande de Groningue, 1859 - books.google.fr).

 

Cf. les interprétations des quatrains I, 57 - 1599 avec l'exécution de Béatrice Cenci; et I, 58 - avec son monstre à deux têtes accouché par césarienne.

 

Acrostiche : LCCL, L'eCCeLino

 

On connaît depuis 1080 un certain Eccelino (1080 - 1108), qui fut nommé évêque de Vicence par l'antipape Guibert de Ravenne (Tommaso Riccardi, Storia dei vescovi vicentini dedicata a sua eccellenza reverendissima monsig. Marco Zaguri nel suo ingresso a questa sede di Vicenza, 1786 - books.google.fr).

 

Au Moyen âge, Vicence est administrĂ©e par des Ă©vĂŞques-comtes de Aicardus (ou Sicardus) (872-882) Ă  Aribertus (1164-1179) puis par des Podestats Ă  partir Ezzelino Ier da Romano. Elle devint au XIIe siècle une des rĂ©publiques de la Haute-Italie, et prit part aux deux ligues lombardes : FrĂ©dĂ©ric II la saccagea en 1236. Elle eut ensuite Ă  subir la tyrannie des Romano, obĂ©it quelque temps aux Della Scala avant de devenir, ainsi que tout le Vicentin, province vĂ©nitienne en 1404 (fr.wikipedia.org - Vicence).

 

Typologie

 

Le report de 1654 sur la date pivot 1080 donne 506.

 

Les Ă©crits du pape GĂ©lase (492-496) marquent une Ă©tape dans la constitution de la doctrine pontificale et dans les relations avec la Dalmatie. Il s'inquiète de la "peste" pĂ©lagienne auprès de l'Ă©vĂŞque de Salone et obtient la tenue d'un concile en Dardanie voisine pour s'y opposer. Sous le pape Hormisdas (511 - 523), les relations au dĂ©but du VIe siècle sont apaisĂ©es avec la Dalmatie qui tient cependant Ă  son autonomie comme le montrera l'affaire des Trois chapitres. La partie orientale de l'Adriatique fait partie de l'aire d'influence de Rome (StĂ©phane Gioanni, Gouverner le monde par l’écrit : L’autoritĂ© pontificale en Dalmatie de l’AntiquitĂ© tardive Ă  la rĂ©forme «grĂ©gorienne», 2022 - books.google.fr).

 

Guerre et rebellions en Adriatique

 

La pĂ©riode de recul de l’Empire ottoman favorise les rebellions dans ses possessions europĂ©ennes. Des sujets du sultan quittent la Bosnie ou le MontĂ©nĂ©gro pour se rĂ©fugier dans l’arrière-pays dalmate dès le dĂ©but de la guerre de Crète (1645-1669). Ils forment des bandes d’irrĂ©guliers au service de Venise (« grenouilles Â» peuvent symboliser Venise, ville amphibie). En 1645, les MontĂ©nĂ©grins « participent Ă  une incursion vĂ©nitienne qui atteint Cetinje, et en 1657 soutiennent Kotor contre une attaque ottomane [1]».

 

De Venise ledit, jour 25 Avril 1655... Le Général Zéno qui commandé en Dalmatie, fait aussi de son costé tout ce qu'il juge à propos pour incommoder les Turcs: 200 desquels ayant n'aguéres fait vne course dans le voisinage de Zara, 100 soldats de la garnison Vénitienne qui est dans la place, sortirent sur eux avec tant de bonheur, qu'ils en tüérent quelques vns, leurs prirent quantité de Chevaux, & firent esclaves 12 de ces Infidelles, lesquels furent aussi tost mis à la chaisne, par l'ordre de ce Général : qui donna aux soldats 300 piéces de 8 réales, à raison de 25 pour chacun de ces esclaves, afin d'encourager les autres à se porter avec affection pour tout ce qui regardera le service de la République (Gazette (Lyon), Impr. P. Valfray, 1655 - books.google.fr).

 



[1] Histoire de l’empire ottoman, sous la direction de R. Mantran, Fayard, 1989, p. 315-316

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