L'Espérance de Lorraine

L'Espérance de Lorraine

 

II, 5

 

1634-1635

 

Que dans poisson fer & lettre enfermée,

Hors sortira, qui puis fera la guerre,

Aura par mer sa classe bien ramée,

Aparoissant près de Latine terre.

 

EXPLICATION. Cette Prophetie n√ę signifie autre chose, si ce n'est qu'√† l'avenir on fera mettre en prison un homme de distinction & de remarque, o√Ļ il sera gard√© d'une maniere qu'apparemment il n'aura point de communication avec personne qu'avec les Guichetiers ; cependant comme l'argent facilite toutes choses on ne laissera pas que de trouver l'invention de le faire sauver, & voici comment : c'est qu'on lui envoyera dans le ventre d'un poisson, comme on diroit par exemple un brochet, une lime de fer pour scier les grilles qui seront aux fen√™tres de la chambre, avec une lettre qui l'avertira de toutes choses, & de la conduite qu'il faudra tenir, soit pour faire une maniere de corde des couvertures & draps de son lit, soit autrement. Enfin, il se sauvera fans doute une belle nuit. C'est l'unique sens que ces paroles enferment en elles-m√™mes. Quand dans poisson fer & Lettre enferm√©e : Hors sortira ; c'est-√†-dire, des prisons. Le dernier Vers nous avertit en m√™me temps du chemin qu'il tiendra. Aura par mer sa classe bien ram√©e : apparoissant pr√©s de Latine terre. Il faut bien croire qu'au sortir de la prison, il trouvera des chevaux tout pr√™ts pour s'en aller bien v√ģte dans quelque port de mer o√Ļ il trouvera une galere, barque ou tartane toute pr√™te, avec laquelle il se sauvera en diligence √† force de rames du c√īt√© d'Italie. Et c'est aussi l√† qu'il commencera seulement de paro√ģtre & de se montrer, suivant ces paroles : Aura par mer sa classe bien r√•m√©e ; le mot de classe signifie veritablement une arm√©e navale, mais cela ne se doit prendre ici que pour un seul b√Ętiment de mer. Aparoissant pr√©s de Latine terre; c'est-√†-dire, qu'il paro√ģtra alors proche d'Italie, que Nostradamus nomme avec raison la terre Latine ; c'est-√†-dire, le Pa√Įs Latin, l'Italie; qui puis fera la guerre. Nostradamus ne veut dire autre chose si ce n'est que ce fugitif se mettra ensuite dans les troupes des ennemis, & qu'il servira. contre son Prince (Balthazar Guynaud, La Concordance des proph√©ties de Nostradamus avec l'histoire depuis Henry II. jusqu'√† Louis le Grand La vie et l'apologie de cet auteur, 1712 - books.google.fr).

 

Poisson d'avril

 

Son origine n'est pas bien connue. Louis XIII faisait garder √† vue dans le ch√Ęteau de Nancy un prince de Lorraine, dont le cardinal de Richelieu avait √† se plaindre. Le prisonnier trouva moyen de s'√©chapper en traversant la Meurthe √† la nage. Les Lorrains dirent en riant que c'√©tait un poisson qu'on avait donn√© √† garder aux Fran√ßais. Date de l'√©vasion : le premier avril 1634. Telle est l'origine la plus accr√©dit√©e du poisson d'avril, que l'abb√© Tuet, dans ses Proverbes fran√ßais, d√©finit ainsi : ¬ęD√©marche inutile que l'on fait faire √† quelqu'un pour se moquer de lui.¬Ľ Au XVIIe ¬†si√®cle, les poissons d'avril √©taient en vogue √† la cour. Au XVIIIe, la ville les adopta. Ils n'existent plus de nos jours qu'√† la campagne; encore le fond principal de cette plaisanterie n'a-t-il gu√®re vari√© depuis Louis XIV (Dieudonn√© Dergny, Le Pays de Bray. Communes et paroisses, histoire et arch√©ologie, topographie et statistique, Tome 1, 1870 - books.google.fr).

 

Nicolas-François de Vaudémont et le poisson

 

Nicolas-Fran√ßois de Vaud√©mont (6 d√©cembre 1609-25 janvier 1670) est cardinal et √©v√™que de Toul de 1624 √† 1634, puis duc de Lorraine et de Bar du 19 janvier au 1er avril 1634. Fils de Fran√ßois de Lorraine, comte de Vaud√©mont et de Christine de Salm, il nait le jour de la saint Nicolas, Saint Patron de la Lorraine dont il re√ßoit le pr√©nom. En tant que cadet d'une branche cadette, le jeune prince est d'abord destin√© √† une carri√®re eccl√©siastique. Il est nomm√© √©v√™que de Toul d√®s 1624, puis cardinal in pectore en 1626 par Urbain VIII, sans avoir √©t√© ordonn√© pr√™tre, ce qui est fr√©quent dans le monde des dirigeants de l'√©poque (comme au si√®cle suivant le cardinal Dubois, premier ministre Fran√ßais). Sa cr√©ation est r√©v√©l√©e le 30 ao√Ľt 1627 mais il ne re√ßoit jamais le chapeau ni le titre cardinalice. Son fr√®re Charles IV, duc de Lorraine et de Bar, devenu seul duc en 1625, s'allie √† l'Empereur Ferdinand II et soutient en France les opposants au premier ministre, le cardinal de Richelieu notamment en autorisant le mariage de leur sŇďur Marguerite avec Gaston d'Orl√©ans, fr√®re et h√©ritier du roi Louis XIII. C'est le pr√©texte qui permet au roi de France de faire envahir le Barrois et la Lorraine en septembre 1633. Nicolas-Fran√ßois √©tant plus appr√©ci√© des Fran√ßais que lui, Charles IV juge pr√©f√©rable d'abdiquer en faveur de son fr√®re le 19 janvier 1634. Nicolas-Fran√ßois s'accorde par provision une dispense pour un mariage avec sa cousine Claude-Fran√ßoise de Lorraine (1612-48), fille du d√©funt duc Henri II, envoie le lendemain au pape une lettre pour signaler les raisons pour lesquelles il renonce au cardinalat, se fait relever de ses vŇďux et √©pouse le 8 mars 1634 sa cousine, contrecarrant les projets du roi de France, pour que celle-ci ne soit pas mari√©e √† un prince √©tranger, la loi salique ne s'appliquant pas en Lorraine et Barrois. La population des duch√©s reste profond√©ment hostile √† l'occupant fran√ßais, √† l'image de Pierre Fourier, cur√© de Mattaincourt qui meurt en exil ou Jacques Callot, artiste graveur, qui, en r√©ponse √† la demande de Louis XIII de graver une plaque comm√©morative de la prise de Nancy, r√©pond qu'il pr√©f√©rait ¬ęperdre le bras¬Ľ. Cela, ainsi que le mariage inopin√© du ¬ęcardinal¬Ľ, incite les Fran√ßais √† mettre la famille ducale en r√©sidence surveill√©e.

 

Le 1er avril 1634, Nicolas-Fran√ßois et son √©pouse parviennent √† s'√©chapper. Respectivement d√©guis√©s en page et en valet, ils gagnent ainsi la Franche-Comt√©, terre espagnole. Ils se rendent par Besan√ßon, √† Florence tenu par le grand-duc de Toscane, Ferdinand II (1610 - 1621 - 1670), petit-fils de leur tante Christine de Lorraine (morte en 1637), puis chez leur oncle, le duc de Bavi√®re Maximilien Ier √† Munich en ao√Ľt 1636 et enfin √† Venise o√Ļ ils s√©journent dix-huit ans. La duchesse Claude meurt en couches en 1648 laissant cependant deux fils et une fille survivants qui assurent la continuit√© dynastique.

 

En 1654, apr√®s l'arrestation par les troupes du roi d'Espagne de l'intrigant Charles IV (qui a conserv√© ses titres malgr√© son abdication), il prend le commandement de l'arm√©e Lorraine. Devant le refus espagnol de lib√©rer le duc, il se rallie √† la France et s'illustre avec son fils Charles √† la bataille des Dunes le 14 juin 1658. Ses victoires permettent la lib√©ration de son fr√®re, et sa collaboration avec le royaume de France permet la restitution des duch√©s √† Charles IV (1661). Il meurt en janvier 1670 √† Nancy o√Ļ il a fait rapatrier le corps de son √©pouse.

 

Cependant, les intrigues de l'imprudent Charles IV entra√ģn√®rent une nouvelle occupation des duch√©s par les troupes fran√ßaises qui dure plus d'un quart de si√®cle (fr.wikipedia.org - Nicolas-Fran√ßois de Lorraine).

 

En 1615, Galil√©e lui adresse sa Lettre √† la grande-duchesse Christine, qui fait suite √† une discussion impromptue engag√©e par la duchesse Christine de Lorraine √† la table des M√©dicis, en d√©cembre 1613, concernant les rapports entre le syst√®me de Copernic et les Saintes √Čcritures. N'ayant pas assist√© √† la discussion, Galil√©e s'en √©tait fait donner un compte-rendu par son ancien √©l√®ve Benedetto Castelli ; Galil√©e saisit alors l'occasion de donner son opinion sur le sujet (fr.wikipedia.org - Christine de Lorraine).

 

Cf. quatrain précédent II, 4 - Urbain VIII et Galilée - 1633-1634. 

 

Guerre en Lorraine

 

C'est en vain que le 19 janvier 1634, Charles IV abdiqua en faveur de son fr√®re le cardinal Nicolas-Fran√ßois de Lorraine, √©v√™que de Toul, personnage qui √©tait mieux vu des Fran√ßais et qui paraissait devoir tout c√©der mais qui, en l'occurrence se r√©v√©la un habile politique. C'est en vain que le nouveau duc qui bien qu'√©v√™que et cardinal n'avait jamais encore √©t√© ordonn√© pr√™tre, se donnant √† lui-m√™me les dispenses n√©cessaires pour cause de parent√© et de bans, renon√ßa √† l'√©piscopat en m√™me temps qu'√† la dignit√© cardinalice et √©pousa sa cousine germaine Claude de Lorraine, fille du duc Henri II pour fortifier ses droits √† la possession du duch√© de Lorraine et pouvoir √™tre ainsi mieux en mesure de r√©sister √† Richelieu. Saisissant ou inventant des pr√©textes, mais en r√©alit√© en vertu du droit du plus fort et avec mille fourberies qui justifient toutes celles des ducs Charles IV et Nicolas Fran√ßois, Richelieu √©tait ma√ģtre de toute la Lorraine o√Ļ ne se o√Ļ ne se trouvait plus aucun membre de la famille ducale. Les Fran√ßais √©taient r√©ellement ma√ģtres du pays. Ils annon√ßaient leur intention de ne jamais rendre la Lorraine. Richelieu faisait composer de nombreux m√©moires o√Ļ par toutes sortes de subtilit√©s, il d√©montrait les droits de la France sur elle. Un gouverneur, le comte de Brassac, fut le 1er novembre 1634 nomm√© gouverneur de toute la Lorraine avec droit de remplacer le duc pour la nomination dans tous les duch√©s √† tous les b√©n√©fices, canonicats ou cures. Alors commen√ßa pour la Lorraine une premi√®re ¬ęoccupation¬Ľ fran√ßaise qui dura jusqu'en 1663 et qui progressivement habitua ce duch√© √† l'administration fran√ßaise, plus d'un si√®cle avant que celui-ci f√Ľt d√©finitivement incorpor√© √† la France (Paul Lesourd, La Lorraine, le Barrois, les Trois-√Čv√™ch√©s dans l'histoire de la France et, demain, de l'Europe, 1966 - www.google.fr/books/edition).

 

√Ä MADAME LA DUCHESSE DOUAIRI√ąRE DE TOSCANE, 30 janvier 1635, ¬ęMa tante¬Ľ... Le roi loue la compassion qu'elle a de l'estat o√Ļ le duc Charles est r√©duit, et de la part que le duc Nicolas Fran√ßois, son fr√®re, a dans sa disgr√Ęce; mais c'est un l√©gitime ch√Ętiment des mauvaises intentions qu'il ne cesse de manifester pour la France. ¬ęLa participation que le prince Nicolas Fran√ßois a prise √† sa derni√®re action m'a d'autant plus offens√© que j'avois tousjours eu pour luy une affection particuli√®re... Je ne puis faire autre response √† la lettre que vous m'avez escrite par M. Mazarini, nonce extraordinaire.¬Ľ S'il ne s'agissait pas d'une affaire d'√Čtat, le roi n'aurait rien √† refuser √† S. A. pour laquelle il a une grande affection (Denis Louis Martial Avenel, Collection de documents in√©dits sur l'histoire de France, Lettres, instructions diplomatiques et papiers d'etat du Cardinal de Richelieu, Tome Huitieme, 1877 - books.google.fr).

 

"classe bien ramée"

 

La Lorraine étant un Etat enclavé, cette flotte de galères (rames) est mystérieuse.

 

De Naples, le 1er Ianvier 1635 : Nostre soldatesque se plaint si grandement de ce que le Vice-Roy a converti la solde qui leur estoit deu√ę de 3. mois, en vn present qu'il a fait de quatre mille pistolles au Duc Nicolas Fran√ßois de Lorraine; auquel il a aussi promis des hommes & des vaisseaux pour ce Printemps, pour la lev√©e desquels il a nomm√© en la presence trois Mestres de Camp (La Gazette de France, Tome 4, 1636 - books.google.fr).

 

En 1635, on condamne aux gal√®res 1,400 soldats de l'arm√©e du duc de Lorraine tomb√©s entre nos mains ; il est vrai que l√†-dessus il en arriva √† peine 150 √† Marseille. Les autres s'√©taient √©chapp√©s, avaient gagn√© les gardiens, √©taient probablement morts en route par suite du mauvais traitement qu'ils subissaient, ou pendus car trop vieux pour servir aux gal√®res ; ¬ęce qui, disait une ordonnance royale, retarde notre service, parce que nous avons bien besoin de for√ßats¬Ľ. Le ¬ęcommissaire-conducteur des condamn√©s aux gal√®res¬Ľ formait √† Paris la cha√ģne qui se dirigeait √† pied vers Lyon, suivie de charrettes o√Ļ l'on mettait les malades; √† Lyon on embarquait le convoi sur le Rh√īne, ¬ędans des bateaux si humides que l'eau y p√©n√©trait souvent. Les malheureux √©taient jet√©s l√†, comme des pierres, du fer, ou toute marchandise non sujette √† se d√©t√©riorer, en vrac selon le terme des compagnies de chemin de fer; plus tard, en raison des pertes √©prouv√©es, on fit un plancher dans le fond du navire et un plafond de bois au-dessus pour pr√©server ces malheureux de la chaleur. Une fois rendus √† destination, il n'√©tait pas facile aux ¬ęgens de chiourme¬Ľ de reconqu√©rir leur libert√©, m√™me s'ils y avaient droit. Il leur fallait lutter contre la mauvaise volont√© des capitaines, qui, pour ne pas d√©sorganiser leurs √©quipages, s'effor√ßaient toujours de retarder les ordres d'√©largissement (Georges Avenel, Richelieu et la monarchie absolue, Tome 3, 1895 - books.google.fr, Ferdinand Des Robert, Campagnes de Charles IV, duc de Lorraine et de Bar, en Allemagne, en Lorraine et en Franche-Comt√©, 1634-1638, 1883 - books.google.fr).

 

91. IET DE LA CHAMBRE DES AYDES. √Čcusson aux armes pleines des ducs de Lorraine, telles que les portait Henri II, et dont nous avons d√©taill√© les quartiers au n¬į 90. Au-dessus la couronne ducale de Lorraine, surmont√©e elle-m√™me de deux rinceaux √©l√©gants, de ceux dont Briot se plaisait √† enjoliver ses ornementations. Rev. OPS . SINGVLORVM . SALVS . OMNIVM. Une gal√®re, sp√©cialis√©e par la croix, de Lorraine dont la poupe est surmont√©e. Le chef, marchant sur le pont, ordonne les manŇďuvres des nombreux rameurs qui occupent leurs bancs. Un pavillon de forme carr√©e, marqu√© d'une croix al√©s√©e, grav√©e en creux, est hiss√© au sommet du grand m√Ęt. A l'exergue, la date : 1612. Argent et laiton. Ce jeton est le premier que l'on connaisse de la Chambre des Aides de Lorraine. Il est tr√®s rare en argent. C'est d'apr√®s un exemplaire en ce m√©tal qu'a √©t√© fait notre dessin, o√Ļ l'on reconnait, sans la moindre h√©sitation, tous les caract√®res du travail de Briot; et il en est de m√™me pour un bon nombre des exemplaires en laiton. Sur certains de ces derniers il n'existe pas, au revers, de filet circulaire int√©rieur pour s√©parer du champ la l√©gende; et la date 1612, √† l'exergue, n'est pas plac√©e entre deux points. C'est une preuve que Briot a eu √† graver deux coins, au moins, pour le revers de la pi√®ce dont il s'agit. Il existe d'ailleurs, de cette m√™me pi√®ce, des imitations en laiton, dat√©es de 1612, dont la gravure est tellement inf√©rieure, pour ne pas dire grossi√®re, qu'elles ne paraissent avoir pu √™tre faites que par des ouvriers de la Monnaie de Nancy, dou√©s de pr√©tentions beaucoup plus fortes que ne l'√©tait leur habilet√© (J. Rouyer, L'oeuvre du m√©dailleur Nicolas Briot (les jetons), Revue belge de numismatique, 1894 - www.numisbel.be).

 

Nicolas-François de Lorraine est le neveu de Henri II.

 

Pour Nicolas Briot : cf. I, 80 - Les Condés en Bourgogne - 1616-1617.

 

Nicolas Briot est un médailleur français né en 1579 à Damblain (Lorraine) et mort en Angleterre en 1646. Parallèlement, avec son père qui a obtenu en fermage la frappe des monnaies du duc de Nevers, Charles de Gonzague, à Charleville, il grave les effigies de ce prince de 1608 à 1611, puis celles du duc de Bouillon à Sedan de 1612 à 1614. Il utilise alors des machines d'usage fréquent dans divers états de l'empire. Il est aussi graveur général du duc de Lorraine, qu'il équipe de presses à rouleaux venues de Nuremberg, tandis que son oncle François Briot les essaie à Montbéliard (fr.wikipedia.org - Nicolas Briot).

 

Apr√®s la mort de Charles Ier, qui monta sur l'√©chafaud le 9 f√©vrier 1649, le duc de Lorraine √©crivit au fils a√ģn√© de ce malheureux prince pour lui offrir ses services, et, l'ann√©e d'apr√®s, il s'aboucha avec le comte de Taafe, charg√© d'une mission par le duc d'Ormond, lord-lieutenant d'Irlande pour le roi Charles II. Dans une lettre, dat√©e du 25 avril 1650, les archev√™ques et √©v√™ques irlandais peignaient avec les plus sombres couleurs la triste situation de leur patrie et conjuraient Charles IV de les aider. Une entreprise aussi aventureuse lui plut extr√™mement. Il remit sur-le-champ au comte de Taafe une somme de cinq mille livres sterling, manda au Souverain-Pontife qu'il allait consacrer toutes ses forces et ses ressources √† la d√©livrance de l'Irlande, et d√©p√™cha dans ce pays √Čtienne de Hennin, coadjuteur de l'abb√© de Longeville, pour reconnaitre l'√©tat des choses et porter aux catholiques une grande quantit√© d'armes et de munitions. Il montra beaucoup de d√©sint√©ressement dans cette affaire, et offrit de se rendre lui-m√™me en Irlande, avec une petite arm√©e, et de fournir une partie de l'argent n√©cessaire aux frais de la guerre ; en retour, il exigea, √† la v√©rit√©, qu'on lui accord√Ęt le titre de protecteur royal, qu'il devait conserver jusqu'au moment o√Ļ Charles II pourrait rembourser int√©gralement les sommes que le duc aurait d√©pens√©es. La crainte de se donner un maitre, en cherchant un lib√©rateur, emp√™cha d'accepter imm√©diatement les propositions de Charles IV; il y eut √† ce sujet de longues d√©lib√©rations en Irlande et dans le Conseil du roi ; enfin, comme les progr√®s de l'arm√©e anglaise devenaient plus alarmants de jour en jour, on se d√©cida √† ne pas refuser au duc ce qu'il demandait, et il promit, de son c√īt√©, de s'embarquer le plust√īt possible. Le trait√© sign√©, Charles s'occupa des pr√©paratifs de l'exp√©dition, fit enr√īler des soldats, prit √† son service des officiers de marine et acheta un vaisseau de guerre, qu'il appela l'Esp√©rance de Lorraine, et dont il confia le commandement √† un anglais nomm√© William Monklon. Malheureusement pour l'Irlande, le duc rencontra des difficult√©s qu'il n'avait pu pr√©voir et renon√ßa √† l'entreprise, avant que les pr√©paratifs fussent compl√®tement termin√©s. Les calomnies dont il fut l'objet ne contribu√®rent pas peu √† lui faire abandonner son dessein. [...] Un autre obstacle qui emp√™cha le duc de Lorraine de s'embarquer pour l'Irlande fut la part qu'il jugea √† propos de prendre aux troubles de la France [la Fronde] (Auguste Digot, Histoire de Lorraine, Tome 5, 1880 - books.google.fr).

 

L'Espérance de Charles IV : recouvrer ses Etats

 

On sait que le cardinal Mazarin, en butte √† l'animosit√© des parlements et d'une foule de grands seigneurs, avait √©t√© forc√© de quitter Paris, avec le jeune roi et la Cour, au mois de janvier 1649; un accommodement, m√©nag√© par le prince de Cond√©, avait r√©tabli la paix momentan√©ment; mais les brouilleries se renouvel√®rent l'ann√©e suivante. La reine-m√®re et le cardinal firent arr√™ter et enfermer au Havre le prince de Cond√©, le prince de Conti et le duc de Longueville. Le duc de Bouillon, la duchesse de Longueville et le mar√©chal de Turenne s'√©chapp√®rent, et le dernier, s'√©tant retir√© √† Stenay, conclut un trait√© avec l'archiduc gouverneur des Pays-Bas, re√ßut le commandement d'une partie de l'arm√©e espagnole et commen√ßa les hostilit√©s du c√īt√© de la Picardie. Charles IV crut voir dans les troubles dont nous parlons un moyen facile d'obtenir de la France des conditions plus avantageuses, et, pour op√©rer une diversion favorable √† la cause des princes, il chargea le comte de Ligniville de rentrer en Lorraine, avec quatre mille hommes, d'enlever les villes mal d√©fendues et de harceler le marquis de la Fert√©. Philippe-Emmanuel de Ligniville, n√© dans le ch√Ęteau de Hou√©court, en 1611, √©tait alors l'homme de confiance de Charles, qui lui avait donn√© le titre de mar√©chal-de-camp-g√©n√©ral. [...] Cette campagne valut au marquis de la Fert√©, envoy√© par Mazarin, le b√Ęton de mar√©chal, et attira de nouvelles calamit√©s sur la Lorraine. Charles, qui avait esp√©r√© recouvrer ses √Čtats, reconnut, mais trop tard, la faute qu'il avait commise en divisant son arm√©e et en ne donnant que quatre mille hommes au comte de Ligniville. [...] Le mauvais succ√®s de la plupart des entreprises form√©es en 1650 ne d√©couragea pas le duc de Lorraine et ne le porta pas √† d√©serter la cause des princes. [...] La guerre languit sur les fronti√®res, et Charles resta presque inactif en Flandre; mais les hostilit√©s recommenc√®rent en Lorraine avant la fin de l'hiver (Auguste Digot, Histoire de Lorraine, Tome 5, 1880 - books.google.fr).

 

Acrostiche : OHAA

 

Ohaa ecclesia : Bas-Oha (C. B. de Ridder, Les dioc√®ses de Belgique avant 1559, Volumes 543-544, 1866 - www.google.fr/books/edition).

 

Territoire étendu et au relief varié : Bas-Oha et Java se situent dans le bassin de la Meuse, sur la rive gauche (face à Ben-Ahin) tandis qu'Oha se situe sur le versant. Bas-Oha signifie "Sur Le Taillis". Lors de la période Française les communes de Java, Lamalle, Oha et Bas-Oha sont fusionnées. L'histoire écrite de Bas-Oha débute en 1157. La localité fait partie du comté de Moha. Au XIXème siècle on y trouve une activité économique axée sur la houille, le fer, les fonderies et les carrières. Dominant la Meuse, elle est une paroisse depuis 1159 (bas-oha.be).

 

La M√©haigne, qui vient de la Hesbaie et qui, apr√®s avoir aliment√© un grand nombre d'usines, se jette dans la Meuse au faubourg de Statte, en face de la ville de Huy, parcourt une contr√©e tr√®s-pittoresque. Sur ses bords on voit les d√©bris du ch√Ęteau de Moha, b√Ęti sur un roc escarp√©, accessible seulement d'un c√īt√©; on trouve dans ses ruines un puits creus√© √† une telle profondeur, qu'il √©tait aliment√© par la rivi√®re. Moha a longtemps appartenu aux comtes de Dasbourg en Lorraine ; le comte Albert, apr√®s avoir perdu ses deux fils qui s'entretu√®rent en voulant imiter les courses des tournois, d√©clara en 1204 que ce ch√Ęteau passerait apr√®s lui √† l'√©glise de Li√©ge. Six ans apr√®s, sa femme lui donna une h√©riti√®re ; mais celle-ci √©tant morte en 1225 sans laisser de post√©rit√©, la donation sortit son plein effet. Moha fut surpris et ras√© en 1576 par les habitants de Huy. Un peu plus loin les ruines imposantes de Falais rappellent la gloire de la maison de Beaufort et le souvenir des dommages caus√©s au pays par les ordres de Louis XIV (Alphonse Wauters, Les d√©lices de la Belgique, ou Description historique, pittoresque et monumentale de ce royaume, 1844 - books.google.fr).

 

Il y a trois principaux systèmes sur l'origine de la maison de Lorraine.

 

Le syst√®me alsacien, le plus g√©n√©ralement admis, ne lui semble pas suffisamment prouv√©, tous ceux qui le pr√īnent ont peu de choses positives √† dire des ducs d'Alsace, des comtes de Nordgaw, etc. Ils font de ces riches seudataires une suite plus ou moins r√©guli√®re pour arriver jusqu'√† Etichon. La maison de Lorraine √©tablit de cette mani√®re son origine tudesque, dans ses r√©sistances contre la France et lors de son accession au tr√īne imp√©rial, par l'extinction de la maison de Hapsbourg. Quant au syst√®me de Bouillon, ou plut√īt de Boulogne, il tendait au contraire √† faire descendre les ducs de Lorraine, de Charlemagne, et servit les pr√©tentions de la maison de Guise. [...] Le syst√®me messin est de tous le plus probable et le plus rationnel, il est le plus ancien et les √©l√©ments de ses preuves sont nombreux.

 

Les comtes de Metz, Guillaume et Henry, comtes √©galement de Dagsbourg et de Moha, furent tu√©s, jeunes encore, √† la suite du tournoi d'Andennes, en 1201, sur les bords de la Meuse et pr√®s de la petite ville de Huy. Ceux-ci descendaient de la maison de Lun√©ville, qui re√ßut probablement le comt√© de Metz en fief lorsqu'Albert et G√©rard furent d√©clar√©s ducs h√©r√©ditaires de Lorraine. Le titre de comte de Metz sut repris par Thi√©baud de Lorraine, fr√®re de Mathieu II, √† cause de son mariage avec Gertrude, sŇďur des comtes Guillaume et Henry (L'Austrasie, revue de Metz et de Lorraine, Volume 2, 1854 - books.google.fr).

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