Les cadeaux des Rois Mages

Les cadeaux des Rois Mages

 

II, 96

 

1701-1702

 

Flambeau ardent au ciel soir sera veu

Pres de la fin et principe du Rosne :

Famine, glaive: tard le secours pourveu,

La Perse tourne envahir Macedoine.

 

493 avant notre ère

 

Au cours de la première guerre médique, en 493 av. J.-C., Darius Ier, fils du grand Cyrus, envoie son gendre Mardonios en Asie Mineure, d'où il intègre la Macédoine à l'empire, ainsi que les Bryges et Thasos (fr.wikipedia.org - Darius Ier).

 

Le poète Eschyle, vivant vers 500 ans avant J.C., parlait des Ligures au sujet de leur combat contre Hercule qui les vainquit à coups de cailloux qui formèrent la plaine de la Crau. Le récit en est conservé dans un passage de son Prométhée délivré cité par Strabon (Géographie, VI, 7) (Léon Ménard, Histoire civile, ecclésiastique et littéraire de la ville de Nismes, Tome I, 1750 - books.google.fr, Fernand Benoit Fernand, La légende d'Héraclès et la colonisation grecque dans le delta du Rhône. In: Lettres d'humanité, n°8, décembre 1949 - www.persee.fr).

 

Zeus plaça parmi les étoiles une image d'Héraclès combattant des Liguriens, c'est la constellation d'Engonasis (agenouillé) selon Strabon (Jean-Dominique Luccioni, Hommes de la Crau: des coussouls aux alpages, 2000 - books.google.fr, Encyclopédie moderne: dictionnaire abrégé des sciences, lettres, arts, Tome XI, 1862 - books.google.fr).

 

L'Agenouillé (sc. Hercule) : Pour d'autres constellations, on hésite à leur choisir une personnalité précise. Tel est le cas par exemple pour celle que l'on appelle l'Homme à genoux : «Personne n'est capable de le nommer clairement, ni de dire pour quel travail il est suspendu au ciel; on l'appelle simplement l'Agenouillé» déclare Aratos (v. 64-66). Ce nom lui reste attaché d'Eudoxe à Ptolémée, en passant par Hipparque et Géminos. Aviénus, traduisant (ou interprétant) en latin les Phénomènes d'Aratos, fait remonter à l'oncle d'Hérodote, le poète Panyassis, l'identification avec Héraklès, vainqueur du dragon qui gardait les pommes d'or des Hespérides, Hercule a prévalu sur l'Agenouillé. Un de ses pieds écrase la tête du Dragon (le pied droit chez Aratos, v. 70; le pied gauche pour Hipparque, I, 2, 6) (Germaine Aujac, Sphère céleste et constellation chez Eudoxe, Aratos, Hipparque, Ptolémée, Les astres: Les astres et les mythes. La description du ciel, Tome 1, 1996 - books.google.fr).

 

Panyasis (ou Panyassis) d'Halicarnasse était un poète grec de l'antiquité, ayant vécu au Ve siècle av J-C et faisant partie des poètes épiques du canon alexandrin. Bien que Douris de Samos affirme que Panyasis, fils de Diocle, est né à Samos, les historiens sont plus enclins à suivre la Souda, selon lequel il est né à Halicarnasse au début du Ve siècle av. J.-C. et est le cousin ou peut-être l'oncle d'Hérodote. En effet, le père de Panyasis, Polyarque, serait le frère d'un des parents du grand historien. Ces assertions sont confirmés par Pausanias le Périégète et par Clément d'Alexandrie. Les deux cousins étaient opposés au tyran d'Halicarnasse, Lygdamis II, et Panyasis, accusé d'avoir pris part à une conjuration aristocratique visant à éliminer le tyran, fut exécuté, peut-être en 457 av. J.-C. Hérodote, quant à lui réussit à s'enfuir à Samos avec sa famille, cité partie prenante de la ligue de Délos, opposée à l'empire perse dont Halicarnasse est une cité vassale (fr.wikipedia.org - Panyasis).

 

On reste dans cette époque du Vème siècle, siècle du -493.

 

La confusion géographique est ancienne ; et l'on en retrouve l'écho dans les fables rapportées en ses Argonautiques par Apollonius de Rhodes, qui unit le Pô, le Rhône et le Rhin, les grandes voies commerciales qui pénétraient dans les pays hyperboréens. Si Phérécyde, au VIe siècle, avant notre ère, identifiait déjà l'Éridan au Pô des Ligures, la même appellation n'en continuait pas moins de désigner le Rhône : Euripide croyait qu'ils débouchaient tous deux sur le rivage de l'Adriatique et Eschyle, qui avait localisé en Crau le combat d'Héraclès, «situait l'Eridan en Ibérie et lui donnait, nous dit Pline, le nom de Rhône» (N. H., XXXVII, 11, 3). La même confusion apparaît chez Denys le Périégète (IIème siècle), qui sous le nom d'Eridan, place les sources du Rhône dans les Pyrénées.

 

Le culte d'Hercule sera très important, à l'époque romaine, dans cette région qui s'étend de la vallée de l'Aude au versant septentrional des Pyrénées : c'est là qu'avait été fondée la cité légendaire de Pyrène, qu'Hérodote (II, 33) dit s'élever aux sources de l'Ister, le grand fleuve de l'Occident qui sépare l'Europe en deux (par lequel il désigne non seulement le Danube et le Pô, mais le Rhône et la Garonne). Festus Avienus, en citant l'opulente cité, mentionne ses relations incessantes avec les négociants marseillais qui trafiquaient sur la côte de la Narbonnaise (v. 559-561). N'est-ce point la marque de ce culte, dans une région étroitement liée à Marseille, que recouvre la fable, contée par le poète espagnol Silius Italicus, de l'Union de Pyrène, fille du roi Bébryx, avec Hercule, à son retour des Hespérides (III, 420-427) ? (Fernand Benoit, La légende d'Héraclès et la colonisation grecque dans le delta du Rhône. In: Bulletin de l'Association Guillaume Budé, n°8, décembre 1949 - www.persee.fr).

 

Tant que Tarquin avait été vivant, la crainte de voir la plèbe appeler à son secours l'ancien monarque avait freiné la volonté de puissance du patriciat. Tarquin mort, celui-ci, cyniquement, ne fait plus mystère de ses intentions. Le résultat sera, un an après, la réaction désespérée de la plèbe, qui fera sécession sur le mont Sacré (Liv, II, 31, 7 sq.) Pour plus de deux siècles, l'État romain sera coupé en deux. Dans cette cassure, dont il faillit périr, l'annonce de la mort de Tarquin le Superbe à Cumes joua un rôle indubitable de «détonateur». Nous entendons une dernière fois parler des relations entre Aristodème et Tarquin en 492 (490, selon Denys, VII, 12), lors d'une famine à Rome - laquelle pourrait bien être liée, malgré le maquillage de l'annalistique, à l'épisode du siège de la Ville par Coriolan ou, du moins, à la «guerre frumentaire» menée par le patriciat contre la plèbe romaine. Voici le texte de Tite- Live (II, 34, 24) : «... S'ensuivit une famine, comme dans une ville assiégée. On en serait arrivé à déplorer des victimes, surtout chez les esclaves et dans la plèbe, si les consuls n'avaient pris préventivement la décision de faire chercher du blé n'importe où, non seulement en Etrurie le long des côtes à droite d'Ostie, et, à gauche, en voguant au-delà des Volsques jusqu'à Cumes, mais même en Sicile : tant l'hostilité des voisins contraignait à chercher des secours au loin ! A Cumes, alors que le blé avait été acheté, l'embargo fut mis sur les navires par le tyran Aristodème, en compensation des biens des Tarquins, dont il était l'héritier Par bonheur, les envoyés des consuls plébéiens eurent plus de chance en  Étrurie, peut-être à Caere, jadis hostile aux Tarquins, mais favorable à la jeune République romaine, et en Sicile, où les cités grecques hostiles à la mainmise de Cumes sur le détroit de Messine - à commencer par Gela, dirigée par Gélon, tyran ennemi d'Aristodème - se firent un plaisir d'aider Rome. Mais on voit que Tarquin, mort sans descendant, pour remercier Aristodème de son hospitalité, l'avait institué légataire universel de ses biens... à recouvrer. Faute de pouvoir le faire à Rome, le tyran de Cumes profita de l'occasion pour se payer cette compensation. Quelques temps après, à peu près à l'époque où était tué à Rome Sp. Cassius, accusé d'aspirer au pouvoir personnel, Aristodème finit tragiquement, victime de sa tyrannie (Paul M. Martin, La Campanie antique, des origines à l'éruption du Vésuve, 1984 - books.google.fr).

 

A deux reprises, dans la pièce de Shakespeare, le nom d'Hercule est associé plus au moins directement à Coriolan. A l'acte IV sc. I, son bannissement de Rome est pour le héros une épreuve comparable à l'un des travaux d'Hercule. Il exhorte sa mère à retrouver le courage qui autrefois l'incitait à dire «que si elle avait été la femme d'Hercule, elle aurait accompli six de ses travaux pour alléger la besogne de son époux» (IV.I.16-19). Plus tard, la nouvelle du retour de de Coriolan en marche contre la ville à la tête des Volsques, suscite des remarques inquiétantes de Cominius et de Menenius : Il fera tomber Rome sur vos têtes comme Hercule faisait tomber les fruits mûrs (IV.VI.99- 100). Dans les conflits entre Coriolan et Rome, c'est-à-dire entre l'individu et la cité, ce guerrier qui inspire à la fois admiration et crainte revêt des dimensions herculéennes; et l'image qu'il emploie (IV.LI.1-2) pour signifier sa lutte avec la plèbe, «la bête aux mille têtes», évoque avec quelque ironie les combats d'Hercule contre les monstres (Marie Thérèse Jones-Davies, Shakespeare: le théâtre du monde, 1987 - books.google.fr).

 

Le culte d'Hercule à Rome et en Italie se rattache, d'après les écrivains romains, à l'expédition du héros pour chercher les bœufs magnifiques du roi d'Espagne, Géryon, un monstre à trois têtes ou à trois corps unis ensemble, au-delà du détroit de Gibraltar, appelé, pour cette raison dans l'antiquité, les colonnes d'Hercule. Ils prétendaient qu'Hercule à son retour visita l'Italie, où il abolit les sacrifices humains chez les Sabins, établit le culte du feu et tua le brigand Cacus qui lui avait dérobé ses bœufs. Les Latins, en particulier leur célèbre roi, Evandre, honoraient donc Hercule d'un culte divin. En retour, Hercule leur apprit la manière dont il devait être adoré et confia le soin de son culte à deux familles aristocratiques de Rome, les Potitii et les Pinarii. A Rome, le culte d'Hercule était rattaché à celui des Muses, de là son surnom de Musagète, et on le représentait avec une lyre, ce qui est contraire aux pratiques de la Grèce qui, elle, associait les Muses à Apollon. L'héroïsation d'Hercule a été racontée par Ovide dans Les Métamorphoses. Ce fils de Jupiter et d'Alcmène, épouse d'Amphytrion, souffrant atrocement après avoir enfilé la fameuse tunique empoisonnée de Nessus, monta sur le Mont Œta, éleva une pile de bois sur laquelle il se plaça et ordonna qu'on y mît le feu (William Smith, Dictionnaire de biographie, mythologie et géographie anciennes, traduit par Napoléon Theil, 1865 - books.google.fr).

 

Les Pinarii sont les membres d'une gens romaine patricienne, dont les seuls membres connus vivent aux débuts de la République romaine, au Ve siècle av. J.-C., et ont pour cognomen principal Mamercinus (Rufus). D'après la tradition rapportée, entre autres, par Virgile, Tite-Live, Macrobe et Festusa, les Pinarii se sont consacrés au culte d'Hercule. La gens Pinaria est l'une des plus anciennes familles patriciennes de Rome, dont les origines remontent à une période antérieure à la fondation de la ville. En 488, Publius Pinarius Mamercinus Rufus fait partie des consulaires envoyés comme ambassadeurs chez les Volsques, auprès de Coriolan (fr.wikipedia.org - Pinarii).

 

En 1646, Mascaron fait comparer par sa mère Veturie Coriolan à un flambeau, et écrit qu'il fit mieux à Corioles contre des hommes faits que ce que fit Hercule contre des Pygmées (Pierre-Antoine Mascaron, Rome délivrée ou La retraite de Gaius Martius Coriolanus avec son Apologie, 1646 - books.google.fr).

 

La culture de La Tène, ou second Âge du fer, est une culture archéologique qui se développe en Europe entre environ 450 et 25 av. J.-C. Considérée comme l'apogée de la culture celtique, elle succède à la culture de Hallstatt (1300 à 400 av. J.-C.) et s'achève avec la conquête romaine de la Gaule et avec les migrations germaniques vers le sud de l'Allemagne actuelle. Son nom provient du site archéologique de La Tène découvert en 1857 à Marin-Epagnier, sur les bords du lac de Neuchâtel en Suisse. Il a livré une importante quantité d'objets et plusieurs habitats protohistoriques. Il a donné son nom au second âge du fer en 1872, lorsque l'archéologue suédois B. E. Hildebrand élabora une chronologie de la Protohistoire européenne, tandis que l'âge du fer ancien était nommé culture de Hallstatt (fr.wikipedia.org - La Tène).

 

Typologie

 

Avec la date pivot de -493, le report de 1701/1702 donne -2688/-2687, proche de 2690.

 

Epoque de Phaleg, signifiant en hébreu partage, division, fils d'Héber, éponyme des Hébreux, et cinquième génération depuis Noé, où fut construite la tour de Babel, près de Bagdad en Iraq, Après le Déluge, nous dit la Bible, «toute la terre avait une seule langue et des mots identiques», mais l'orgueil conduisit les hommes à vouloir construire une Tour qui montât jusqu'au Ciel. Pour les punir et de sorte qu'ils ne se comprennent plus, Dieu introduisit la diversité des langues et dispersa les hommes sur toute la surface de la terre (L'Univers, histoire et description de tous les peuples, Chaldée, 1852 - books.google.fr, www.lexpress.fr).

 

On peut trouver ce 2690 à partir de la datation samaritaine (Cf. quatrain X, 91 - Paul VI et Jean-Baptiste Janssens - 2244) qui fixe le règne de Nemrod en 2640 (Nicolas Lenglet Du Fresnoy, Méthode pour étudier l'histoire avec un catalogue des principaux historiens, 1772 - books.google.fr).

 

Nicolas Lenglet Du Fresnoy, né le 5 octobre 1674 à Beauvais et mort le 16 janvier 1755 à Paris, est un érudit français, historien, géographe, philosophe et bibliographe de l’alchimie (fr.wikipedia.org - Nicolas Lenglet Du Fresnoy).

 

Le quatrain précédent II, 95 porte au deuxième vers "Pour champs avoir grande division".

 

En considérant le nom et l'histoire des Pélasges, les érudits sont très-embarrassés de décider si ce peuple est originaire de la Grèce ou étranger. Saumaise, Fourmont, Mazzocchi, Martorelli et beaucoup d'autres, les ont crus Philistins, Chananéens, Phéniciens, par des raisons étymologiques, en supposant que leur nom signifiât dispersion, ou qu'il fût l'équivalent de fils ou descendants de Phaleg (Giuseppe Micali, L'Italie avant la domination des Romains, Tome 1, 1824 - books.google.fr, Histoire des juifs écrite par Flavius Joseph sous le titre antiquitez judaïques, traduit par Arnauld d'Andilly (1676) et complété, 1744 - books.google.fr).

 

Ce sont les Pélasges que la fable symbolisa sous le nom d’Hercule, car c’est à eux que la Grèce dut les grands travaux d’appropriation du sol, le dessèchement des marais pestilentiels, le refoulement des bêtes féroces, la régularisation des cours d’eau, le déboisement des plaines fertiles, la construction des murailles de défense et des acropoles. La postérité les divinisa presque, comme des géants, des êtres surhumains, de prodigieux bâtisseurs, que leurs descendants, plus débiles, n’eussent pu imiter : on s’imagina qu’une force supérieure les avait animés quand ils construisirent ces murs qui se dressent encore, çà et là, en mainte partie de la Grèce (Elisée Reclus, L'Homme et la Terre, tome II, Librairie universelle, 1905 - fr.wikisource.org).

 

Le Rhône

 

Le Rhône prend aujourd’hui sa source près du col de la Furka (fourche) au glacier du Rhône. Brigue, commune du Valais, dans le Haut-Valais, se trouve sur le Rhône, au pied du col du Simplon, à trente kilomètres des sources du Rhône, à cinquante kilomètres des sources du Rhin, ces deux fleuves séparés seulement par le massif du Saint-Gothard.

 

La route du Simplon est dès le moyen âge complémentaire de celle du Saint Gothard. Route terrestre, elle relie Milan à la Franche Comté en longeant le Rhône après le col du Simplon. Marseille, avec Aigues-Mortes, est un débouché de la route maritime venant d'Italie (Gênes) et début de la voie rhodanienne qui remonte vers le nord  (Pierre Racine, Le col du Saint-Gothard, maillon du grand commerce international (1260-1320). In: Actes des congrès de la Société des historiens médiévistes de l'enseignement supérieur public, 34e congrès, Chambéry, 2003 - www.persee.fr).

 

Gaspard Jodoc Stockalper (en allemand Kaspar Jodok Stockalper vom Thurm) (né le 12 avril 1609 à Brigue, mort le 29 avril 1691) était un marchand, banquier, politicien, militaire et entrepreneur suisse. Surnommé le «Roi du Simplon» ou le «Grand Stockalper», il érigea un empire commercial à l'époque de la guerre de Trente Ans en profitant du col du Simplon pour importer exporter des marchandises. Basé initialement à Brigue, il étendit son empire et prit en charge la formation de troupes mercenaires. Stockalper possédait des entreprises en France, en Espagne et nouait des liens économiques avec les grandes Cours royales. Il a également exploité les ressources minières du Valais : or, plomb, cuivre et fer ; Louis XIV lui enviait d'ailleurs sa fortune. Il règne également sur le transport de la soie entre Lyon et Milan et sur la poste entre Genève et la Lombardie (fr.wikipedia.org - Gaspard Jodoc Stockalper).

 

Comme toute voie qui se respecte, comme le Gothard notamment, la route du Simplon a commencé par être romaine. Mais elle ne suivit pas le trajet de la chaussée actuelle, et voie militaire avant tout, elle servit aux seules légions qui voulaient aller de l'Italie dans la vallée du Rhône. Plus tard, les Barbares y passèrent et repassèrent aussi, notamment les Burgondes et les Lombards, qui trouvaient bonne à piller la dite vallée, riche en vignes et en fruits. Au Moyen âge, le va et vient se fit plus pacifique, sans cesser pour cela d'être moins actif. Les pèlerins et marchands gravissent en foule la montagne, et les Valaisans, souvent affamés par les guerres et les disettes, la franchissent volontiers pour chercher vivres ou liquides en Italie. Enfin, entre les cités italiennes et les foires de Champagne, un trafic important s'établit, qui donne à «la route de Brigue», comme on l'appelle, une importance jusqu'alors inconnue. Sous le même Rodolphe de Habsbourg, qui avait favorisé le développement de la route à mulets franchissant le Gothard, on vit en 1291 le comte-évêque de Sion investi de la surveillance et de l'entretien du Simplon, besogne extraordinaire, semble-t-il, pour un ecclésiastique. L'évêque s'engageait, en effet, à protéger le voyageur en cours de route, à le préserver des attaques à main armée, à le munir d'une escorte en cas de danger. En revanche, pour subvenir à ses frais, ainsi qu'à l'entretien des ponts, gués ou chemins, l'évêque était autorisé à percevoir des péages en divers endroits. Pareille opération devait être assez onéreuse pour le voyageur, puisque on cite un légat du pape suivi de 40 chevaux, qui, par devant le chapitre de Sion, protesta énergiquement contre le péage établi sur le col! Puis une période d'obscurité s'étend sur le passage du Simplon. Des luttes intestines entre montagnards en rendent le trajet moins sûr jusqu'au moment où, dans la ville de Brigue, au pied de la montagne, un grand seigneur du XVIIe siècle, Gaspard de Stockalper, dit «le roi du Simplon», inaugure, par le moyen de la route, des échanges commerciaux qui font de lui l'un des plus fastueux «baillis» de son temps. Mais l'ère nouvelle du Simplon ne s'ouvre vraiment qu'avec le XIXe siècle (Th. Geisendorff, Le Simplon, Bulletin de géographie d'Aix-Marseille, Volumes 31 à 32, 1907 - books.google.fr).

 

Les Trois Rois mages

 

Le château de Stockalper se trouve à Brigue dans le canton du Valais en Suisse. Sa construction a débuté en 1658 sous le règne de Kaspar Jodok von Stockalper et les travaux ont duré jusqu'en 1678 bien que l'ouvrage ait été en grande partie achevé en 1666. Von Stockalper, «le roi du Simplon», était un riche homme d'affaires qui avait décidé de bâtir un château pour stocker les marchandises issues de son commerce. La bâtisse rectangulaire de quatre étages comporte une grande cour intérieure avec des arches inspirées de l'art italien de la Renaissance. L'ensemble est hétéroclite et mélange plusieurs styles : bâtiments gothiques, jardins rappelant les manoirs français ainsi que trois tours orientales couronnées de gros bulbes métalliques. Les tours de Stockalper sont un hommage à la légende des Rois mages. Kaspar von Stockalper a dédié la plus grande tour à Gaspard, le roi dont il portait le nom. Le nom latin du château rappelle par ailleurs les origines des tours : Domus Trium Regnum (la demeure des trois rois) (fr.wikipedia.org - Château de Stockalper).

 

La Perse aide à entrevoir une allusion avec ces rois mages qui en étaient originaires. Ils virent dans les évangiles un flambeau au ciel qui leur annonçait la naissance d'un dieu.

 

Près de Marseille, aux Baux de Provence, il y aurait Balthazar, un de ces rois, qui donna son blason à la cité : une étoile à seize rais.

 

Les noms Melchior, Gaspar ou Caspar et Balthasar, qui apparaissent au VIIIe ou IXe siècle en Occident, et qui désignent les Rois-Mages jusqu'à nos jours, semblent d'origine orientale. Ils sont cités dans l'Évangile de l'Enfance arménien : ce sont trois frères, Melqon le roi de Perse, Balthasar, le roi de l'Inde, et Gaspar, le roi d'Arabie (Georges Drobot, Icône de la Nativité: un corollaire et un moyen de formulation du dogme de l'Incarnation, 1993 - books.google.fr).

 

Ainsi au a bien trois rois : Gaspard (Stockalper) aux sources du Rhône, Balthazar (Baux) dans les bouches du Rhône, et Melchior en Perse.

 

Au Vème siècle, le Pape St Léon, fixe à trois Mages le nombre des rois. lls étaient auparavant 2 et 4 (Catacombes de Domitille) ou 12 (Syrie, Arménie). Selon les Traditions Orientales (Salomon évêque de Bassorah vers 1212), on relève 12 noms (comme le zodiaque) surtout iraniens (Alfred Weysen, L'île des Veilleurs: le message exceptionnel d'une civilisation supérieure à la nôtre anéantie il y a des milliers d'années, 1972 - books.google.fr).

 

Les Grammont, famille française, tire son nom d'un château fort situé entre Vesoul et Montbéliard, lequel a été ruiné par Louis XI. Essentiellement distincte de la maison de Gramont, elle est une branche de la maison de Granges, du haut baronnage de l'antique chevalerie de Bourgogne. Cette famille possède des titres historiques curieux, dont l'origine paraît remonter au onzième siècle. Saint Théodule, évêque de Sion sous Charlemagne, était de la maison de Grammont. Guy, sire de Granges, chevalier en 1105, reçut, en 1162, à leur passage dans son pays, les fameuses reliques des trois rois mages, que l'empereur Frédéric Barberousse envoyait de Milan à Cologne, où elles sont encore. Il fut préposé à leur garde, et obtint d'écarteler ses armes d'azur à trois têtes de rois couronnés d'or. De là aussi l'origine de la devise de cette maison : Dieu aide au gardien des rois. Les Grammont ont été élevés aux premières dignités de l'Église, de l'État et de l'armée, tant sous la monarchie espagnole que sous la souveraineté des rois de France après la conquête de la Franche-Comté. Philippe IV, roi d'Espagne, érigea la terre de Grammont en comté, en 1656. La terre de Villersexel, touchant à celle de Grammont, devenue le séjour du chef de la famille, fut érigée en marquisat, en 1718. De cette famille est Antoine-Pierre Ier de Grammont, prélat français, archevêque de Besançon, né en 1615, mort le 1er mai 1698. Son neveu, François-Joseph, sera son coadjuteur en 1686 et portera le titre d'évêque de Philadelphie [une des sept églises de l'Apocalypse de Jean] (Nouvelle biographie générale depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, Tome 21, 1858 - books.google.fr).

 

La tradition des "rois mages" dont la fête est célébrée le 6 janvier, lors de l'Epiphanie, résulte à l'origine de l'intégration au récit évangélique d'une tradition mazdéenne, c'est-à-dire iranienne. Le thème semble avoir été répandu dans toute l'Asie mineure. La légende royale des Parthes a conservé le thème de "mages" astronomes (ou astrologues) guettant l'"étoile salvatrice". Chaque année, rapporte Hérodote, les mages des Perses montent sur une montagne sacrée pour y allumer de grands feux et scrutent le ciel dans l'espoir d'y découvrir l'étoile annonçant la naissance d'un Sauveur (Saushyant). Ce Sauveur est censé naître dans une grotte et provenir du sein d'une Vierge-Mère (cf. P. du Breuil, Le zoroastrisme, Payot, 1978, p. 305). De tels mages sont également mentionnés dans quantité d'apocryphes et d'ouvrages anciens : les évangéliaires arméniens d'Edjmiadzin (VIème siècle), les Evangiles de l'enfance, le Livre de Seth (rédigé, dans la version d'Edesse, vers le IIIème siècle), le livre syriaque de la Caverne au trésor, l'Apocalypse d'Adam, le Traité astronomique pseudo-Denys, etc.  Les "mages" ne sont mentionnés, parmi les canoniques, que par l'évangile attribué à Matthieu. Celui-ci ne les décrit nullement comme des rois - qualité qui, semble-t-il, ne leur sera attribué pour la première fois que par Tertullien, au IIIème siècle (cf. André Varagnac et Marthe Chollot-Varagnac, Les traditions populaires, PUF, 1978, p. 41). Par contre, dans les apocryphes, les magi persans sont l'objet de légendes aussi riches que nombreuses : descendants d'un "collège" de Douze Mages, ils garderaient au flanc d'une montagne (appelée "Mont des Splendeurs" ou encore "Mont des Illustres") de l'or, de la myrrhe et de l'encens, qui auraient été enfouis là par Adam avant sa mort !

 

Une synthèse de toutes les légendes sur les rois mages a été composée vers le milieu du XIVe siècle par le carme Jean de Hildesheim, docteur en théologie, prieur de Cassel et de Marienau. D'après celui-ci, les mages, retour de Jérusalem, se seraient retirés dans la «Montagne des Vaux» - et le titre de «Prêtre Jean» (allusion au célèbre «royaume du Prêtre Jean», en bordure de la mer Noire, où auraient vécu des cynocéphales chrétiens), aurait été dévolu à leurs descendants.

 

A cette date, les "reliques" des Rois ont été transférées, après le sac de Milan par Barberousse, en 1162, de Milan à Cologne, sur l'ordre de Reinaud de Dassel, chancelier de Frédéric Barberousse, archevêque de Cologne, mais aussi prévôt de Hildesheim. C'est en 1164 qu'elles seraient arrivées dans la grande ville allemande, après être passées à travers la Bourgogne et le Jura, ce dont témoignent diverses traditions. L'abbaye cistercienne de Lieucroissant, proche de Besançon, a pris le nom d'Abbaye des Trois Rois - et les armes des Guidon de Granges de Grammont, seigneurs de la Franche-Comté, portent "d'Aszur à trois têtes couronnées d'or", avec la devise "Dieu ayde au gardien des Rois").

 

L'allusion faite par Jean de Hildesheim à la "Montagne de Vaux" mérite un commentaire. Il y aurait eu en effet, alentour l'an 1200, une famille de nobles dits de Vaux, installée à Saint-Jean d'Acre et qui aurait reçu en héritage les terres des Rois Mages, sous réserve de perpétuer le nom de ces illustres ascendants. Telle serait l'origine de la famille des Baux-de-Provence. La famille de Baux n'a d'ailleurs pas contesté cette "filiation", puisqu'elle porte dans ses armes "De gueule à une comète de seize raies d'argent" (= l'"étoile" de Bethléem) (Alain de Benoist, Les Traditions d'Europe, 1982 - books.google.fr).

 

On rappelle que la route de Milan à la Franche Comté passait par le Simplon.

 

En cette année 1162, l'Europe subissait une grave famine, comme, dans le XIIe siècle, en 1124-1126, 1141-1146-1152 et en 1196-1197 (Joëlle Ducos, Le temps qu'il fait au Moyen âge: phénomènes atmosphériques dans la littérature, la pensée scientifique et religieuse, 1998 - books.google.fr).

 

Très tôt, l'Église s'était préoccupée d'affirmer sa prééminence par rapport aux divers souverains. A ce titre, l'hommage rendu par les Rois Mages constituait un précédent de grande valeur. De plus, leur générosité pouvait servir de stimulant pour les oblations des fidèles et leur réunion autour du Verbe Incarné et de la Theotokos symbolisait le rassemblement des peuples autour du Christ et de l'Église. Aussi l'Épiphanie était-elle vite devenue une des grandes fêtes de la liturgie chrétienne. Les sermons de saint Léon, pape de 440 à 461, sur cette célébration et ses enseignements fournissent en cette matière un commentaire précieux (Albert P. de Mirimonde, Le langage secret de certains tableaux du Musée du Louvre, 1984 - books.google.fr).

 

Saint Léon le Grand est le premier pape dont il nous reste un corps d'ouvrages. Nous avons de lui 96 sermons, 141 lettres et quelques traités, parmi lesquels plusieurs savants placent les livres de la Vocation des Gentils et l'Epitre à Démétriade. Ses ouvrages n'annoncent pas une science bien profonde, mais ils sont écrits d'un style élégant, quoique souvent affecté. Toutes Ses périodes ont une certaine cadence qui surprend sans déplaire; et les épithètes, qu'il y sème à pleines mains, sont quelquefois très-heureuses. La 1re édition de ses œuvres est celle de Quesnel (Paris, 1675, 2 vol. in-4°; réimprimée à Lyon, 1700, 2 vol. in-fol.; puis, avec des additions, à Venise, 1755-1757, 5 vol. in-fol.; mais on regarde comme la meilleure celle de Rome (Propag), 1755-1755,5 vol.in-fol., qui a été revue et corrigée sur les manuscrits du Vatican, par Cacciari. Les sermons de saint Léon ont été traduits en français; sur l'édition latine du R. P. Quesnel prêtre de l'Oratoire, par l'abbé Jean-Baptiste Morvan de Bellegarde (1648 - 1734), Paris, Pralard 1698 et Florentin 1701 (Nouveau dictionnaire de la conversation, Tome XV, 1843 - books.google.fr).

 

Julius Schiller (1580 - 1627) proposa en 1627 un ciel étoilé chrétien à la place des constellations antiques où Hercule est remplacé par les Rois mages : le Coelum Stellarum Chrisitianum, inspiré par la Contre-réforme catholique issue du concile de Trente (Patrick Darcheville, Bestiaire de l'art sacré, 2011 - books.google.fr).

 

Flambeau

 

Ce que nous pouvons dire de plus assuré, est que la vue de l'étoile fit connoistre aux Rois Mages la naissance du Sauveur du monde; mais de sçavoir de quelle façon, c'est un secret que Dieu seul connoist. Il faut bien croire qu'en mesme temps que cette lumière sensible éclairoit leurs yeux corporels, une autre lumière intérieure éclairoit les yeux de leur ame. C'estoit le précurseur du Messie au respect des Gentils, comme S. Jean Baptiste le fut depuis au respect des Juifs; & on peut dire de lui comme de l'autre, que c'estoit un flambeau ardent et luisant (Joa., V, 35) (Louis François d'Argentan, Conferences theologiques et spirituelles du Chrestien interieur sur les grandeurs de Jesus-Christ Dieu-Home, 1686 - books.google.fr, saintebible.com).

 

Louis François est né à Argentan (Orne) Jean Yver, le 25 avril 1615 et mort à Rouen (Seine-maritime) le 8 juillet 1680. Il fut capucin, Provincial de son ordre en 1665, et professeur de théologie à Rouen (data.bnf.fr).

 

Pierre Brind'Amour parle de la météorite tombée à Salon, Nostradamus en ayant été témoin en 1554. Mais quid cette année-là du Valais  ? (Pierre Brind'Amour, Les premières centuries, ou Propheties de Nostradamus (édition Macé Bonhomme de 1555), 1996 - books.google.fr).

 

Etoiles

 

On sait que la révolution de 1628 eut pour effet d'abaisser le pouvoir épiscopal au profit des dixains qui en usèrent en battant monnaie. Ces pièces portent pour la première fois les armes de la république vallaisanne qui se blasonnent ainsi : parti d'argent et de gueules, chargé de sept étoiles dont six rangées en deux pals, celles de l'un des partis dans l'autre, accostant la septième de l'un à l'autre, sur le trait du parti au lieu d'honneur. A partir de 1640, sous l'épiscopat d'Adrien III de Riedmatten, le monnayage fut décrété en diète, assemblée des sept dixains présidée par l'évèque, auquel il était accordé de battre monnaie. Depuis lors, et jusqu'en 1710, apparaissent sur les monnaies, d'un côté les armes de l'évèque (saint Théodule), de l'autre celles de la République, sans que jamais avant cette date les émaux de ces armes soient représentés. En 1710, et pour la première fois sur une pièces de 20 kreuzers de François-Joseph Supersaxo, portant gueules à dextre et argent à sénestre. Sous l'épiscopat de François-Frédéric Ambuel, successeur de  François-Joseph Supersaxo, toutes les monnaies portent l'écusson de la République, sur lequel les émaux sont représentés, mais l'argent est à dextre et le gueules à sénestre (Bulletin de la Société suisse de numismatique, 1890 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - République des Sept-Dizains).

 

Le parti épiscopal exaspéré, ourdit une conspiration. Son chef, Antoine de Stockalper, ancien gouverneur de Saint-Maurice et officier au service du Piémont, réunit à Brigue une troupe armée pour marcher sur Sion. Mais arrêté et livré à Maguéran, il est jeté dans les cachots du château de Louèche. Mis à la torture à plusieurs reprises,  il avoue au milieu des tourments qu'il a enrôlé 300 Valtelins pour tuer les chefs des francs-patriotes, Jean Roten, à Rarogne, Maguéran, à Louèche, Preux, à Sierre, et Ambuel, à Sion. Il fut condamné comme traître au pays, conduit à l'échafaud la corde au cou, et décapité le 4 décembre 1627. Ses biens furent confisqués au profit des VII dizains ; le mobilier échut au bailli Jean Roten. Le tribunal déclara ensuite que toute personne qui s'aviserait de venger le supplicié, subirait les mêmes peines. Le chanoine Theiler, curé de Sion, complice de Stockalper, subit une détention de huit mois. L'évêque, épouvanté, s'enfuit à Lucerne, puis à Rome, abandonnant la direction du diocèse à un vicaire-général qui vint habiter la Majorie. Le baillif et le vice-baillif s'installèrent également dans le palais épiscopal et commencèrent à faire acte de souveraineté. On frappa des batz à un nouveau coin ; ils portaient, au lieu des armes de l'évêque, celles de la «République du Vallais» (janvier 1628) (Hilaire Gay, Histoire du Vallais depuis les temps les plus anciens jusqu'à nos jours, 1888 - books.google.fr).

 

De 1529 à 1701, six de Riedmatten détiennent presque constamment les pouvoirs spirituel et temporel en Valais, en qualité d'évêques de Sion (Émile Biollay, Le Valais en 1813-1814 et sa politique d'indépendance, 1970 - books.google.fr, Louis de Charrière, Le prieuré et la commune de Baulmes, 1853 - books.google.fr).

 

Macédoine... d'Asie ?

 

Il n'existe, à ma connaissance, qu'une seule colonie où Alexandre ait voulu installer durablement un nombre élevé de ses compatriotes : Alexandrie de Characène. fondée sur le Golfe Persique en 323, qui reçoit un millier de vétérans dans un quartier nommé Pella : première ébauche d'une Macédoine d'Asie. Il est possible, à mon avis, que cette initiative d'Alexandre cherche à concilier l'attachement de certains vétérans à la personne du roi et l'urgence d'une présence macédonienne sur le Golfe Persique à la veille de l'expédition arabique (P. Goukowsky, L'administration d'Alexandre dans les hautes satrapies, La Géographie administrative et politique d'Alexandre à Mahomet: actes, 1979 - books.google.fr).

 

La Kharacène, c’est la partie de la Mésène et de la Susiane qui avoisine la mer, auprès des bouches du Tigre, et qui, formée d’alluvions, s’élève ou s’abaisse, suivant la direction des courants. Le nom de Mésène est une dénomination indigène; il désigne une province, et ne doit pas être confondu avec le village de Meschan, situé au nord de Bassora et renommé pour ses plantations de palmiers. Pour le nom de la Kharacène, c’est probablement une dérivation du grec "kharakos", et signifiant pieu et pilotis : en effet le sol de la Kharacène est si peu stable, que souvent il est bouleversé par les eaux et qu’il serait imprudent d’y bâtir autrement que sur pilotis (M. Renaud, Le commencement et la fin du royaume de la Mésène et de la Kharacène, Recueil De Memoires, 1861 - archive.org).

 

Le Characène (ou Kharacène ou Caracene ou Charakene ou Mésène ou Meshun, en Judéo-araméen : "le pays de la mer") est un ancien royaume Hellénistique indépendant (ou semi-indépendant), situé dans l'extrême Sud de la région fertile qui se trouve à l'embouchure du Tigre et de l'Euphrate, sur le golfe Arabo-persique. En fait on ne connait pas vraiment ses frontières. Elles sont différentes en fonction des auteurs classiques ou des géographes, mais sont traditionnellement associées à la région du Sud de la Babylonie, dans l'actuel Irak, l'Iran et Koweït. En gros, le royaume devait avoir comme limites à l'Ouest, le désert d'Arabie, au Nord, les marais Chaldéens et au Sud le golfe Persique. Plusieurs îles dans le golfe Persique, notamment Bahreïn, appartenaient également au royaume de Characène. Il fut créé à la fin du IIe siècle av.J.C et fut vassal de l'Empire Parthe. Il est très probable que la langue officielle du royaume fut le Grec koinè, la langue parlée dans les pays Hellénistiques ou Hellénisé, mais il n'y a pas de certitude encore aujourd'hui à ce sujet (antikforever.com).

 

Selon Pline l’Ancien, c’est à Alexandre que l’on doit la fondation de la cité, qui s’appelait alors Alexandrie de Characène (Pline, VI, 31). A l’époque séleucide, Antiochos III le Grand refonda une colonie, baptisée Antioche de Characène, qui fut ultérieurement détruite par une inondation. En 129 av. J.-C., Hyspaosinès, satrape des provinces parthes de Mésène et de Characène, se proclama roi et rebaptisa à son tour la cité du nom de Spasinou Charax, ce qui signifie le «fort d’Hyspaosinès». Vers 122/121, Mithradate II mit fin à cette indépendance. La ville était située sur une élévation artificielle à la confluence du Tigre et du Choaspe. C’était un port très actif du golfe Persique, tête de pont du commerce maritime avec la côte de Malabar en Inde. De Spasinou Charax partait une piste caravanière remontant vers Babylone puis Palmyre. Du temps de Pline, vers 60 de J.-C., Charax était, par suite des alluvions, beaucoup plus éloignée de la mer que lors de sa fondation. Isidore de Charax, célèbre géographe de l’époque d’Auguste, était originaire de la ville (www.cliolamuse.com, www.cosmovisions.com).

 

Mar Mari (c'est-à-dire en syriaque saint Mari) est selon la tradition de l'Église de l'Orient le premier missionnaire chrétien qui pénétra dans le territoire du royaume des Parthes, le premier qui prêcha à Séleucie-Ctésiphon, et à ce titre le fondateur de cette Église1. Il y est fêté le 4 août. Les Actes de Mar Mari sont en fait un texte tardif, composé après la conquête musulmane (au VIIe ou au VIIIe siècle), sans doute par un moine du monastère Dayr Qunni, près de Séleucie-Ctésiphon, où les reliques du saint étaient conservées. En trente-quatre paragraphes est relaté le voyage missionnaire de Mari le long du Tigre, jusqu'à Kaskar, et plus à l'est jusqu'au Fars. Mari est présenté comme l'un des soixante-dix disciples dont parle l'Évangile de Luc (X, 1-24), de même qu'Addaï, l'«apôtre» d'Édesse, qui dirige au début la mission au nom de Judas Thomas, et qui envoie Mari vers l'est, au pays de Babylone.

 

Il s'oppose aux adeptes du mazdéisme et rencontre des membres de minorités religieuses : au § 27, en Mésène (Characène), il a affaire à un certain Dusthi, représentant d'un mouvement «baptiste» (proche des Mandéens ?), qui est évoqué dans une notice de Théodore Bar Koni (« l'hérésie des dosthéens qu'enseigna Ado le mendiant »). Le texte s'achève par une célébration commémorative sur le tombeau du saint.

 

Les Actes de Mar Mari se font l’écho des inquiétudes de l’Eglise dite «nestorienne» face à l’étendue du succès du manichéisme : par bien des indices, Mari apparaît, en effet, comme la figure antithétique de Mani (fr.wikipedia.org - Mar Mari, Simon C. Mimouni, Compte-rendu sur "Les Actes de Mar Mari. L’apôtre de la Mésopotamie. Turnhout, 2001, (Apocryphes. Collection de poche de l’AELAC)" de Christelle Jullien et Florence Jullien, 2003 - journals.openedition.org).

 

Dans le sud de la Mésopotamie sous domination parthe, dans le Khouzistan iranien actuel, la principauté de Mésène (Characène) a développé une variante araméenne locale qui évoluera ultérieurement dans l'écriture des Mandéens, secte religieuse combinant des traditions babyloniennes, perses, juives et chrétiennes, avec de nombreux textes magiques et une littérature particulière (André Lemaire, Les Araméens, un peuple, une langue, une écriture, au-delà des empires, 2004 - www.clio.fr).

 

Le moine Pethion et son oncle Yazdïn, ancien mage, qui parcoururent le Bëth-Madâyë, le Mâsabadân, le Mihragân-kadag, le Bëth-Darâyë, la Mésène (Characène), bâtissaient des églises que Pethion venait visiter chaque année (Christelle Jullien, Actes des martyrs Perses, Des Indo-Grecs aux Sassanides: données pour l'histoire et la géographie historique, 2007 - books.google.fr).

 

Ptolémée plaçait à l'extrémité sud-est de la Mésopotamie, sur les bords occidentaux du Tigre, une ville nommée Apamée; et il en indique la position par 79° 50' de longitude et 34° 20' de latitude, c'est-à-dire sous le même parallèle que les Autels d'Hercule, avec une différence seulement de 10' en longitude, ce qui est fort peu de chose. Cette ville était donc bien près de l'angle sud-est de la Mésopotamie. Ptolémée indique encore qu'au-dessous d'Apamée, l'Euphrate se joignait avec le Tigre, sans doute auprès des Autels d'Hercule. [...]

 

Quant aux rapports qui résultent de la comparaison des médailles d'Antiochus le Dieu et d'Euthydème avec celles des rois de la Characène, nous ferons encore remarquer que la similitude n'est pas parfaite; car les premières nous offrent Hercule assis sur un rocher, tenant sa massue droite devant lui, appuyée sur la terre ou sur un fragment de roc, tandis que les dernières, sans exception, nous présentent le même dieu dans une position à peu près pareille, mais avec sa massue appuyée sur la cuisse droite; différence légère, mais qui peut cependant avoir son importance. Si malgré cela on veut persister à croire qu'il y a identité entre ces deux types, on peut conjecturer que celui d'Hercule en repos" était particulier à la ville grecque nommée successivement Alexandrie, Antioche et Spasini-Charax, qui l'aura conservé sous ses rois particuliers. [...] Cet Hercule en repos ne pourrait-il pas avoir été l'emblème de toutes les villes macédoniennes fondées par Alexandre ? (Jean Saint-Martin, Recherches sur l'Histoire et la Géographie de la Mésène, et de la Characène, 1838 - books.google.fr).

 

On sait qu'une statue en bronze d'Héraklès, dont l'échelle est à peu près à moitié de la grandeur nature, a été mise au jour fortuitement à Séleucie du Tigre en 1984. La publication officielle du bronze par Wathiq ibn al-Salihi, parue dans la revue Sumer, vol. 43, et dans l'annuaire Mesopotamia, vol. 22 l, fut suivie d'autres publications qui comportent une analyse de l'inscription bilingue gréco-parthe gravée sur les deux cuisses de la statue. Ce texte nous apprend qu'un souverain parthe, le roi des rois Vologèse IV, après avoir vaincu le le roi de Mésène Mithradate en 150/151 de notre ère, avait emporté la statue du dieu de la Mésène pour l'ériger dans le temple d'Apollon. De toute évidence, ce temple est à situer dans la ville de Séleucie où la statue a été retrouvée (E. Lipinski, L'inscription de la statue de Verethragna, Medioiranica, Colloquium Organized by the Katholieke Universiteit Leuven 1990, 1993 - books.google.fr).

 

"tourne envahir"

 

Il semble que le premier verbe contredit le second.

 

Torner : on distinguera d'un côté les sens concrets de «(se) déplacer suivant un mouvement circulaire (ou analogue)», d'où «changer de position de direction, (se) tourner, détourner, retourner» (s'en torner signifiant «partir») ; de l'autre, le sens abstrait de «changer (complètement) d'état, transformer de telle manière» (d'où «traduire», sens aujourd'hui disparu) (Bertrand, Vocabulaire d'ancien français, 2016 - books.google.fr).

 

La guerre ottomano-persane (1623-1639) empêche les Ottomans d'y rétablir leur autorité ; elle n'est reprise qu'en 1668, puis repasse quelques années plus tard sous la tutelle perse avant de redevenir ottomane en 1701. C'est probablement à cause de ces guerres que la tribu irakienne des 'Usub quitte le bas Irak pour la rive sud du golfe Persique (Koweït, Qatar et Bahreïn) (fr.wikipedia.org - Eyalet de Bassora).

 

"Famine, glaive"

 

L'agneau de dieu (Christ, Noël et rois mages), qui est son flambeau (Apocalypse XXI, 23) ouvre les sceaux et libère les quatre cavaliers (de l'Apocalypse VI, 1-8) montés sur un cheval blanc (conquête : arc), un cheval roux (guerre : glaive), un cheval noir (famine : balance) et un cheval pâle (peste : mort) (Régis Burnet, Paroles de la Bible, 2011 - books.google.fr).

 

1701-1702 se placent dans la guerre de Succession d'Espagne. Durant la campagne d'Italie, le duc de Savoie faisait des levées de troupes en Suisse qui passaient par le Valais (Mémoires militaires relatifs a la succession d'Espagne sous Louis XIV: extraits de la correspondance de la cour et des généraux, 1841 - books.google.fr).

 

La famine peut avoir eu lieu dans la région moyenne orientale plutôt qu'en Europe qui connaît alors le petit âge glaciaire et souffre en 1692-1693 d'une crise des semences du fait d'un automne pluvieux. Il semble qu'il y ait eu une famine en Iraq en 1700.

 

En 1694, «les trois fléaux de Dieu régnèrent, sçavoir : la guerre, la peste et la famine. Le sieur de la Cour, curé de ce lieu, fut obligé de bénir un nouveau cimetière à l'entrée de la plaine des Eshaux pour y enterrer, celui de l'église n'étant pas suffisant. Il mourut la moitié des peuples ; c'étoit une chose épouvantable, on ne pouvoit subvenir à payer les subsides du roy, tout estant ruiné. Taxes sur la fondation, taxes sur les marguilliers, taxes sur les registres de baptême, mortuaires et mariages. Enfin taxes partout. L'on estoit prest à abandonner et on l'auroit fait si l'on avoit su où aller.» Famine de 1694 à Dompierre. «Fin de l'année 1694 qui a esté extrêmement fascheuse pour les pauvres à cause de la chareté et rareté du bled qui a valu depuis le mois d'avril jusqu'à la mi-juillet quarante-cinq et cinquante sols le boisseau de bled, mesure Moulins, et le froment 3 livres, 3 I. 5 sols le boisseau depuis le mois d'aoust jusqu'à présent (febvrier 1695). Le bled a diminué de moitié à cause qu'il est mort près d'un cart des personnes dans le royaume.» Fort heureusement, les années 1695, 1697, 1698 et 1700 virent de bonnes récoltes et une période de paix qui, hélas, fut de courte durée. Mais à partir de 1701, et sauf 1704, les registres paroissiaux s'accordent pour déplorer la période de «vaches maigres» qui s'étendra jusqu'à 1710. Dans tout le Bourbonnais, des gelées printanières désastreuses et de violents orages à grêle causent en 1701 des ravages dans les cultures et les vignes. «Le dernier jour d'avril 1701, il fit une gelée qui perdit la moitié des vignes, tous les fruicts et surtout les noïers. Le 2 aoust nous fusmes grêlés et les vignes presque perdues, le vent rompit et arracha plusieurs arbres. Le 3 septembre la gresle acheva de ruiner la paroisse de Moulinet» (registre de Molinet), 1702 vit de même des gelées printanières encore plus désastreuses. [...] En 1705, il y aura des gelées tardives suivies de sécheresse désastreuse (Auguste Bramard, La dernière famine: l'hiver et la famine de 1709 en France, en Bourbonnais, 1932 - books.google.fr).

 

L'hiver de 1709, appelé Grand hiver de 1709, fut un épisode de froid intense en Europe, qui marqua durablement les esprits car il provoqua une crise de subsistance qui entraîna une famine. Cet épisode commença brutalement le jour de l'Épiphanie 1709, par une soudaine vague de froid qui frappa l'Europe entière. Les régions du sud et de l'ouest de la France furent sévèrement touchées avec la destruction quasi complète des oliveraies et de très gros dégâts dans les vergers. De plus, l'événement prit la forme de vagues de froid successives entrecoupées de redoux significatifs. Ainsi, en février, un redoux de deux semaines fut suivi d'un froid assez vif qui détruisit les blés et provoqua une crise frumentaire. La mortalité fut aggravée par la situation économique précaire engendrée par la guerre de succession d'Espagne qui a commencé en 1701 (fr.wikipedia.org - Grand hiver de 1709).

 

La famine de 1709 est réputée la dernière grande qui ait sévi en France.

 

Pour dégager la responsabilité de l'administration, Machault souhaitait un changement de régime, car lorsqu’on ne dénonçait pas de malversations, on accusait les intendants de ne pourvoir aux disettes que par des marchés tardifs, onéreux, mal conçus, de telle sorte que le secours n'arrivait jamais que quand le fort de la crise était passé. Ce qui n'avait rien d'extraordinaire (Léon Biollay, Études économiques sur le XVIIIe siècle. Le Pacte de famine. L'administration du commerce, 1885 - books.google.fr).

 

L'amplitude de ces variations était accrue par les arrêts, règlements, ordonnances qui, par leurs prohibitions, augmentaient la terreur des foules. Or la hausse exagérée des prix du blé résultait de l'action du facteur psychologique. [...] Lorsqu'il y a déficit dans les récoltes de céréales les variations du prix ne sont nullement proportionnelles aux quantités existantes. L'histoire de la spéculation lors des famines de 1693 et 1709 nous permet d'affirmer que dans la fixation des prix d'objets de demande très générale, l'opinion de la masse joue un rôle plus important peut-être que les facteurs économiques (Bulletin, Comité des travaux historiques et scientifiques. Section des sciences économiques et sociales, 1908 - books.google.fr).

 

In previous centuries Iraq had suffered from the Turco-Iranian wars on its territory but, after the Ottoman reconquest of 1831, there were no major military operations. Haider lists the following local or general famines: 1689, 1690, 1700, 1719, 1733, 1756, 1786, 1801, 1827, and 1831. After that, partly perhaps because of improved transport, there do not seem to have been any major famines except in 1878 (Charles Issawi, The Fertile Crescent, 1800-1914: A Documentary Economic History, 1988 - books.google.fr).

 

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