La révolte de Messine

La révolte de Messine

 

II, 65

 

1678-1679

 

Le parc enclin grande calamité

Par l'Hesperie & Insubre fera :

Le feu en nef, peste & captivité,

Mercure en l'Arq. Saturne fenera.

 

Le 23 juillet se célébrait à Rome la fête de Neptune (Neptunalia) : Horace la célébrera joyeusement avec Lydé :

 

Ode XXVIII, Ad Lyden

 

Inclinare meridiem

Sentis ; ac, veluti stet volucris dies,

Parcis deripere horreo

Cessantem Bibuli Consulis amphoram ! (F. Dübner, Oeuvres d'Horace, 1860 - books.google.fr).

 

"calamité" pour "calamite" : Boussole ?

 

Pierre Brind'Amour propose pour "parc" : "p. arc." ou pôle arctique, qui marque en effet le nord géographique. (Pierre Brind'Amour, Les premières centuries, ou, Propheties de Nostradamus (édition Macé Bonhomme de 1555), 1996 - books.google.fr).

 

Il y a une différence essentielle entre utopie et Royaume de Dieu. L'utopie est uniquement un royaume terrestre, «la cité la plus totale possible,» selon l'expression d'Aristote (Politique, 1261 a), fondée par un César, un chef qui ne saurait être que de ce monde. Elle est l'Imperium Mundi, dont Campanella voyait l'avènement : (Moreana, 1985 - books.google.fr).

 

Et que dire des inventions étonnantes qu'on a faites : la boussole, l'imprimerie, les arquebuses, signes évidents de l'union du monde. Ces inventions Dieu les fit faire grâce à l'influence de la lune et de Mars qui, lorsqu'ils se trouvent dans ce signe, sont favorables aux nouvelles navigations, nouveaux royaumes et nouvelles armes, alors que l'apside de Mercure se trouvait en quatrième triplicité et que les grandes conjonctions se faisaient au Cancer. Mais il s'annonce une grande monarchie nouvelle, des réformes changeant lois et techniques, des prophètes, une rénovation pour le moment où l'apside de Saturne entrera au Capricorne, celui de Mercure au Sagittaire, celui de Mars en la Vierge et que les grandes conjonctions reviendront à la première triplicité après l'apparition de l'étoile nouvelle en Cassiopée. Ils prédisent que ces changements seront fort bénéfiques aux chrétiens. Mais d'abord il faut arracher et tailler, ensuite édifier et planter (Tommaso Campanella, La cité du soleil, traduit par Arnaud Tripet, 1972 - books.google.fr).

 

Les Chinois ont connu la boussole de temps immémorial ; ils s'en servaient plus de 2000 ans avant J -C. On a supposé que le Vénitien Marco Paolo nous avait apporté cette invention ; mais ce voyageur ne fut de retour en Europe qu'en 1295, et des 1180 il est parlé de la boussole (sous le nom de Marnière ou Amanière) dans des vers de Guyot de Provins; elle était aussi connue sous les noms de Marinette, Magnette; on la nommait Calamite dans la Méditerranée. Du reste, il paraît constant que l'usage de cet instrument ne fut un peu répandu en Europe que vers l'an 1300 : c'est Flavio Gioja, d'Amalfi, qui inventa à cette époque, non la boussole elle-même, mais le moyen de disposer l'aiguille aimantée de manière à satisfaire à tous les besoins de la marine (Marie Nicolas Bouillet, Dictionnaire universel des sciences, des lettres et des arts, 1862 - books.google.fr).

 

Calamita, italien ancien et moderne génois s. f. (Du lat. Calamus, lige de blé ou de roseau, parce que, dans la boussole à eau, qui précéda la boussole suspendue sur un pivot, l'aiguille aimantée flottait sur l'eau, enfermée en un chalumeau de paille ou de roseau, en un festu [V.], selon l'expression très-claire de Guiot de Provins, le plus ancien des auteurs connus qui aient parlé de l'aiguille aimantée fonctionnant comme moyen de direction des navires. Cette étymologie ne saurait être douteuse, et l'on s'étonne qu'elle ait échappé au P. Fournier; peut-être, cependant, le docte jésuite s'en avisa-t-il, mais crut-il devoir la rejeter parce qu'elle était trop simple. Il imagina que les marins français nommaient la boussole «Calamité, qui proprement en françois signifie une grenouille verte, parce qu'avant qu'on ait trouvé l'invention de suspendre et de balancer sur un pivot l'aiguille aimantée, nos ancêtres l'enfermaient dans une fiole de verre demi-remplie d'eau, et la faisoient flotter, par le moyen de deux petits fétus, sur l'eau comme une grenouille» (Hydrographie, 1643, liv. XI, chap. Ier.) Que vient faire ici la grenouille verte ? et pourquoi Fournier, lorsqu'il citait le Festu de Guiot de Provint, allait-il chercher dans Pline l'étymologie du mot Calamité ? Pline dit, liv. XXXII, chap. 4e, Hist. natur. : «Ea rana quam Graeci Calamitem vocant, quoniara inter arundines, fruticesque vivat, minima omnium est et viridissima.» Qu'a de commun ceci avec l'aiguille aimantée ? Rien, si ce n'est que la Calamis et la Calamité ont un nom analogue, et que ce nom de la rainette et de la boussole primitive est donné à l'instrument nautique comme à l'hôte du marais, à cause du roseau. On a peine à comprendre qu'un érudit aussi exercé que l'auteur de l'Hydrographie ait pu se fourvoyer dans une question si simple. [...]

 

«Les gens qui sont en Europe nagent-ils (naviguent-ils) à Tramontane devers septentrion, et les autres nagent-ils à celle du midi, et que ce soit la vérité, prenez une aiguille d'yamant ("adamas", aimant), ce est Calamité, vous trouverez qu'elle a deux faces, etc.» Brunetto Latini, Trésor (i-xGo environ). «Et dressé la Calamité de toutes les boussoles.» Rabelais, Pantagruel, liv. IV, chap. 1. «Voyez à la Calamité de vostre boussole.» id., chap. 18. Le mot Calamite, que nous voyons employé fort rarement dans les auteurs antérieurs au XIIe siècle, ne se lit ni dans le chapitre Marine des Merveilles de nature du P. René François (1621), ni dans le Dict. de Guillet (1678), ni dans ceux de Desroches (1687) et d'Aubin (1702). On le trouve, p. 10 des Explications des termes de marine, par Estienne Cleirac (1634): «...Et le reste des effets de la Calamité ou pierre d'aimant, Calamita en italien, Piedra iman en castillan...» (Augustin Jal, Glossaire nautique: Répertoire polyglotte de termes de marine anciens et modernes, Tome 1, 1848 - books.google.fr).

 

Boussole, instrument de marine (Livre I, ch. XXIII : adjustoit la boussole), de l'italien. bussola, id., terme d'origine sicilienne dont le sens primordial est petite boîte de buis. R. Belon, dans ses Observations (1555), se sert encore de la forme italienne bussola (Lazare Sainéan, La Langue De Rabelais, Tome 1, 1922 - books.google.fr).

 

Voyez à la calamite de voste boussole, de grâce, maistre Astrophile, dond. nous vient ce fortunal ? Par ma foy, j'ay belle peur.

 

On lit dans les éditions de 1552 et de 1553, calamité, ce qui est une faute évidente. (Livre IV, Chapitre XVIII) (Oeuvres de Rabelais, collationnées pour la première fois sur les éditions originales, accompagnées d'un commentaire nouveau par MM. Burgaud des Marets et Rathery, Volume 2, 1873 - books.google.fr).

 

Pour justifier les droits de Gioïa et d'Amalfi (dans la province de Salerne dans la région Campanie en Italie), on a aussi remarqué que dans les anciennes boussoles la pointe Nord est toujours marquée par une Croix de Malte (des armes d'Amalfi), ou encore par la fleur de Lys (empruntée aux armes de Philippe d'Anjou qui régnait en Sicile). Quelle que soit la part d'invention de Gioïa, il est certain qu'à la fin du XIIIe siècle les propriétés de la boussole étaient parfaitement connues dans le Sud de l'Italie. Un pèlerin Picard, des environs de Péronne, Pierre de Maricourt, qui avait assisté au siège de Lucera dans la Pouille en 1268, écrivit un traité de l'Aimant où toutes les propriétés de la boussole sont parfaitement décrites. Ce traité a même été l'objet d'une méprise singulière; il était adressé à Syger de Fauconcourt en Picardie et portait sur l'épitre: Pierre à Syger, d'où on a conclu que l'auteur devait se nommer Pierre Adsyger, bévue que Libri a rectifiée (Henri Emmanuel Wauwermans, Histoire de l'école cartographique belge et anversoise du XVIe siècle, Tome 1, 1895 - books.google.fr).

 

"Calamité" vient Du grec kalamos chaume, tuyau de paille. Les Grecs disaient calamos, par allusion à la grêle, qui est une calamité quand elle brise et abat les blés. Il signifie littéralement, la destruction des moissons d'une contrée entière, par la grêle, les orages, les tempêtes ou par quelque autre cause. On le dit par extension, de tout malheur qui afflige, qui ruine, un grand nombre de personnes, une grande étendue de pays, un royaume, une nation (Giuseppe Filippo Barberi, Gran dizionario italiano-francese e francese-italiano, 1854 - books.google.fr).

 

"fenera"

 

faner, faire les foins : tous les mots qui suivent sont issus du latin populaire fenàre, faner, dérivé du latin fènum, le foin.; l'ancien français (XII°) fener, de même origine, signifiait à la fois couper les foins et retourner les foins pour les faire sécher, c'est-à-drie faire les foins (Mario Rossi, Dictionnaire étymologique et ethnologique des parlers brionnais: Bourgogne du sud, 2004 - books.google.fr).

 

Ce mot de faulx vient du Latin falx. La faux qui sert à coupper les foins est quelquefois representée dans les Ecus emmanchée ; & alors il faut exprimer la couleur du manche en blasonnant, quand il est d'un autre émail; & quand elle n'a point de manche, on l'appelle ranchier. Faulx se dit figurément en choses morales. On peint la mort, le temps, & Saturne avec une faux, parce qu'ils semblent faucher les hommes, & generalement detruire toutes choses (Antoine Furetière, Dictionnaire universel, Tome 2, 1701 - books.google.fr).

 

On peut rapprocher le chaume (calamus) et le foin.

 

L'apôtre Paul "escrit aux Corinthiens (3,11) : «Si aucun bastit sur ce fondement, or, argent , pierres précieuses, bois, foin, chaume, oeuure d'vn chacun sera esprouuee par le feu ; si l'œuure d'aucun brusle, il fera perte, mais il sera sauué toutesfois ainsi comme parmi le feu» c'est à dire combien qu'on soit tourmenté au Purgatoire, ce neantmoins finalement on y eschappe:car il dit, comme parmy le feu" (Jean Crespin, Histoire Des Martyrs Persecutez Et Mis A mort pour la verité de l'Evangile, depuis le temps des Apostres jusques à l'an 1574, 1582 - books.google.fr).

 

Les Anciens avec leurs navires primitifs, ne connaissant pas la boussole et n'ayant que des notions astronomiques défectueuses, considéraient le tour du Péloponèse comme une route maritime difficile et dangereuse. Strabon (VIII, 2), citant Polybe, affirme que ce tour est long de 4000 stades, et même de 5600 stades si l'on côtoie tontes les sinuosités du littoral. Du reste, nombreux sont les témoignages prouvant que les Anciens n'osaient pas braver les orages des caps Taenaron et Maléa, et que même au début de l'ère chrétienne, la marine marchande chômait durant l'hiver. Ainsi, nous savons que lorsque l'apôtre St.-Paul se rendit en Italie, le capitaine du vaisseau sur lequel il s'était embarqué, avait eu l'intention de passer l'hiver en Crète, mais l'orage emporta le bâtiment jusqu'à l'île de Malte, où force fut d'attendre le printemps avant de faire voile pour l'Italie. On comprend donc que, pour éviter des dommages et des avaries, le commerce des colonies grecques d'Occident ait de très-bonne heure choisi la route traversant l'isthme. A cette époque, Corinthe marchait à la tête du mouvement de la colonisation grecque; ce furent des Corinthiens qui ouvrirent la Sicile et Corfou à la civilisation hellénique (Béla Gerster, L'Isthme de Corinthe et son percement, 1896 - books.google.fr).

 

Par Corcyre, les navires de Corinthe atteignirent le cap Japygis et de là en suivant les sinuosités du golfe de Tarente, ils arrivèrent jusqu'au détroit de Messine. Corinthe y établit vers 735 la colonie de Naxos et l'année suivante celle de Syracuse. Alors la Sicile devient !a grande Grèce, et les Grecs montent à l'ouest de l'Italie jusqu'à Cumes (Journal des économistes, 1926 - books.google.fr).

 

Ancône (du grec Ancon, coude) fut fondée en 392 par les Grecs de Syracuse qui fuyaient Denys le Tyran (Louis Carrez, Atlas de géographie ancienne, 1890 - books.google.fr).

 

Cf. quatrain I, 75 - Venise et la Guerre de Montferrat - 1612-1613.

 

Variation, déclinaison, inclinaison

 

"enclin" : du latin inclinatus, incliné, recourbé (Gaffiot).

 

"parc" : du latin parcus, peu, modéré (Gaffiot).

 

La variation est un mouvement inconstant de l'aiguille, qui en de certains parages décline du Nord au Nord-Est, & qui en d'autres se tourne du Nord au Nord-Oüest. Voici comment la plûpart des Pilotes justifient & determinent l'irrégularité ou variation de l'aiguille. Ils appliquent & bandent un filet sur le verre qui couvre la boussole, en sorte que le filet convient & s'accommode sur la ligne qui va du Nord au Sud, puis aïant pris exactement hauteur à midi,ils regardent si dans cet instant l'ombre du fils s'accorde précisément avec les deux pointes de l'aiguille & avec cette ligne, ou diamétre, qui va du Nord au Sud. Si cela se rencontre il n'y a point de variation dans le parage se fait cette observation. Mais si les deux pointes de l'aiguille s'écartent de cette ombre meridienne, il y a de la variation, ou déclinaison, & cette déclinaison est déterminée par l'arc de la boussole, compris entre l'aiguille & l'ombre du fil. Jamais un Pilote ne peut assurer ses estimes dans les voiages de long cours, qu'il ne soit assuré du sillage, ou chemin, que son vaisseau peut faire par jour, soit de bon vent frais, ou de vent foible, & qu'il ne sache qu'elle est la variation de l'aiguille en chaque parage (Georges Guillet de Saint Georges, Les arts de l'homme d'epee, Tome 3 : L'art de nauigation, 1678 - books.google.fr).

 

Le méridien magnétique est le plan qui passe par le centre de la terre et par la direction de l'aiguille horizontale, ou simplement la trace que ferait ce plan sur la surface de la terre. On sait que le méridien terrestre ou le méridien astronomique d'un lieu est le plan qui passe par ce lieu et par l'axe de la terre, et que la ligne méridienne, ou simplement la méridienne, est la trace de ce plan sur la surface terrestre. Le méridien magnétique et le méridien astronomique sont deux plans verticaux, puisqu'ils passent l'un et l'autre par la verticale du lieu pour lequel on les considère; mais ces deux plans verticaux peuvent faire entre eux un angle plus ou moins grand. [...]

 

Où se trouve le centre de cette action magnétique, si universellement répandue sur tous les points de la terre?C'est une question qui paraît difficile à résoudre, et qui fut autrefois un grand sujet de discussion parmi les physiciens.. Les uns mettaient, avec Cardan, le siége de cette force dans une petite étoile qui forme la queue de la grande Ourse; les autres le plaçaient au pôle du zodiaque; et même il y en eut qui, trouvant sans doute le ciel trop étroit , imaginaient par-delà les cieux et les étoiles un centre attractif d'où arrivait à la terre la force qui dirige les aimants. Mais Gilbert, le premier fondateur de la science du magnétisme et de l'électricité, mit un terme à toutes ces vaines hypothèses en démontrant, autant qu'on pouvait le faire à son époque, que le globe de la terre est magnétique, et que c'est son action qui dirige l'aiguille aimantée. Gilbert écrivait vers la fin du XVIe siècle, et son Traité de Magnete magneticisque corporibus, et magno magnete Tellure est un vrai modèle d'invention et de sagacité. [...]

 

La déclinaison de l'aiguille aimantée est dans chaque lieu l'angle que fait le méridien magnétique avec le méridien astronomique, ou, ce qui revient au même, l'angle que la direction de l'aiguille horizontale fait avec la méridienne. [...] On croyait, dans les premiers temps, que l'aiguille aimantée se tournait directement au nord dans tous les lieux de la terre; et l'on rapporte que Colomb fut très-étonné d'observer une déclinaison en 1492, lorsqu'il parcourait l'Océan pour aller découvrir le nouveau monde. Il paraît que Cabot, de Venise, qui devint grand pilote d'Angleterre, fit des observations amalogues vers l'an 1500. Le fait de la déclinaison une fois connu, il fallait découvrir les variations qu'elle éprouve lorsqu'on passe d'un lieu à l'autre. Les premières tables un peu précises qui constatent ce phénomène important furent dressées en 1599 par les navigateurs hollandais, d'après les ordres du prince de Nassau. Enfin, le changement de la déclinaison dans le même lieu fut découvert en 1622 par Gunter, professeur au collége de Gresham : il trouva à Londres une déclinaison orientale de 6° 13'; tandis qu'elle avait été trouvée de 11° 15', aussi à l'orient, en 1580, par Robert Norman, le même qui découvrit l'inclinaison en 1576. [...] Depuis 1580 (11° 30' est), la déclinaison a varié de plus de 30°. C'est en 1663 qu'elle a été nulle. En 1678 elle a été de 1°30 ouest. Sa marche a été sensiblement progressive vers l'ouest depuis les premières observations jusqu'en 1814. Depuis cette époque, elle semble éprouver un mouvement rétrograde vers l'orient. [...]

 

L'inclinaison est l'angle que fait avec l'horizon une aiguille qui peut se mouvoir librement autour de son centre de gravité dans le plan vertical du méridien magnétique. La découverte de l'inclinaison remonte à l'année 1576; elle est due à Robert Norman, ingénieur en instruments dans l'un des faubourgs de Londres : jusque-là on avait supposé que l'aiguille devait être horizontale, et, lorsqu'en Europe on voyait son pôle austral s'abaisser, on se contentait d'admettre que le centre de gravité était mal déterminé. Robert Norman, observateur plus ingénieux et plus précis qu'on ne l'était alors, mesura le contrepoids qu'il fallait ajouter, et fut conduit ainsi à l'une des plus importantes découvertes du magnétisme. L'inclinaison, à Paris, a toujours été en diminuant depuis 1671, et que la diminution a été sensiblement variable d'une année à l'autre. Cependant depuis 1835 elle paraît être régulièrement de 3' par an, ce qui donne à défaut d'observations directes, 67° 9 pour le 1er janvier 1841, et 66° 39' pour le 1er janvier 1851 (M. Pouillet, Eléments de physique expérimentale et de météorologie, Tome 1, 1856 - books.google.fr).

 

Nous apprenons par la fameuse lettre de Raphael au pape Léon X sur la conservation des monumens antiques, lettre qui paraît sortie de la plume de l'éloquent et spirituel Castiglione, qu'encore treize ans après la mort de Colomb on connaissait à peine l'emploi de la boussole pour des relèvemens faits à terre. Raphael décrit longuement (Opere di B. Castiglione, 1733, p. 162) «une nouvelle méthode, inconnue aux anciens, de mesurer un édifice (il aurait fallu dire, de lever le plan d'un édifice) au moyen de l'aiguille aimantée.» En 1522, Pigafetta, dans son mémorable Traité de navigation, enseigne comment il faut corriger les relèvemens par la déclinaison, ce qui fait dire confusément, en 1579, à Sarmiento, que les côtes étant tracées sur les cartes marines d'après de mauvaises boussoles (por agujas de marear que tienen trocados los azeros quasi una cuarta del punto de la flor de lys), on ne peut les trouver par de bonnes. (Viage al Estrecho de Magellanes por el capitan Piedro Sarmiento de Gamboa, 1668, p. 52.) M. Navarrete assure, dans son Discours sur les progrès de la navigation en Espagne, que les premières cartes de variation magnétique ont été tracées en 1539 par Alonzo de Santa Cruz, qui avait donné à l'empereur Charles V des leçons d'astronomie et de cosmographie; mais je pense qu'il y a lieu de croire que les cartes que Sébastien Cabot laissa à William Worthington, et qui malheureusement ont toutes disparu, offraient bien antérieurement de nombreuses indications de variation (Oeuvres d'Alexandre de Humboldt : Histoire de la géographie du nouveau continent et des progrès de l'astronomie nautique aux 15 et 16 siècles, Tomes 3, 4 et 5, Volume 10, 1870 - books.google.fr).

 

Pigafetta note dans son Primo viaggio, p. 46 : "La nostra Calamita volgeasi sempre al polo artico deviando perô alcun poco dal punto del settentrione" (Augustin Jal, Glossaire nautique: Répertoire polyglotte de termes de marine anciens et modernes, Tome 1, 1848 - books.google.fr).

 

Insubre : de Milan au liège

 

L'Hespérie désigne ce qui est à l 'ouest : l'Italie pour la Grèce, l'Espagne pour l'Italie (Gaffiot). Si on connaît le nord, on a l'ouest.

 

Certaines éditions on "in subre" au lieu d'Insubre (qui désigne un peuple de la Gaule Transpadane ; la Lombardie dont la capitale est Milan). "suber" désigne le liège en latin.

 

Au début du IVe siècle av. J.-C. se produit l'invasion celtique en Italie, demeurée célèbre en raison de la victoire remportée en -387 sur les Romains lors de la bataille de l'Allia et de l'épisode des oies du Capitole, suivi du célèbre Vae victis lancé par Brennus aux vaincus... Lingons, Sénons, Boïens et Cénomans s'établissent en force en Italie du Nord. En coalition avec les Insubres, ils constituent la Gaule cisalpine. Les Sénons s'allient avec le Tyran de Syracuse, en Sicile, Denys l'Ancien (fr.wikipedia.org - Insubres).

 

D’autres (Jean de Sarlat) pretendent, que si on aplatissoit une petite lame de fer toute rouge, en allongeant vers le Nords sa pointe, laquelle on auroit façonnée pour indiquer le Septentrion, que cette pointe acquereroit une proprieté de tourner vers le Nord, comme si on l'avoit touché & passé sur une pierre d'aimant, principalement si elle étoit posée sur un petit morceau de liége flottant dessus de l’eau ou suspenduë en l'air par le moyen d'un cheveu (Allain Manesson-Mallet, La Geometrie Pratique, Tome 2, 1702 - books.google.fr).

 

Jean de Sarlat doit être Jean Tarde, chanoine théologal de Salat qui publie Les Usages du Quadrant à l'Esgville aimantée en 1621 (E. de Maleville, Bibliographie du Périgord. XVIe siècle, 1861 - books.google.fr).

 

1522 - 1676

 

L'an 1522, le 22 avril, Les Français, commandés par le maréchal de Lautrec, perdent, en Italie, la bataille de la Bicoque, entre Milan et Monza. Cette défaite entraîna la perte du Milanez. On prétend que les Français, pendant l'action, furent abandonnés par les Suisses, leurs alliés.

 

L'an 1676, le 22 avril, Victoire navale de Duquesne sur Ruyter : Cette victoire navale est un des plus mémorables exploits du célèbre Duquesne. Il avoit en tête les flottes combinées d'Espagne et de Hollande, et le fameux Ruyter, un des plus grands hommes de mer du dix-septième siècle, et le plus célèbre qu'aient eu les Hollandais. Le combat se livra devant Augusta en Sicile; Ruyter disoit qu'il ne craignoit que Duquesne ; et en effet, il fut blessé mortellement d'un coup de canon parti du vaisseau de Duquesne. (Il mourut le 29 avril suivant.) Cette victoire, suivie d'une seconde, que la flotte française remporta le 2 juin de la même année, sur les flottes espagnole et hollandaise , donna l'empire de la mer à la France; empire qu'elle perdit au fatal combat de la Hogue, en 1692 (Ephémérides politiques, littéraires et religieuses, Volume 4, 1812 - books.google.fr).

 

En juillet 1674, les habitants de Messine, révoltés contre les occupants espagnols, faisaient appel à Louis XIV qui leur envoya en février 1675 une flotte sous le haut commandement de Louis Victor de Rochechouart, Duc de Mortemart et de Vivonne, frère aîné de Madame de Montespan, qui avait reçu à l'occasion le titre de vice roi de Sicile. Cette expédition à laquelle participèrent les chevaliers de Valbelle, de Tourville, commença par un combat naval le 11 février près de l'île Stromboli où Abraham Duquesne (70 ans), mettait en fuite avec 9 vaisseaux les 43 navires espagnols. Vivonne put ainsi débarquer à Messine avec des vivres pour les insurgés (vieillemarine.pagesperso-orange.fr).

 

"feu en nef"

 

Ce fut au lendemain même d'une disgrâce, que Vivonne attaqua vaillamment et battit, le 2 juin 1676, avec des forces numériquement inférieures, les flottes combinées d'Espagne et de Hollande, rangées devant Palerme. Ce fut un bel exemple de l'amour-propre sacrifié au devoir envers la patrie. Chaque nation fit dans ce combat des prodiges de valeur. Comme les Français se battaient rudement sous les yeux de Duquesne et portaient la destruction de toutes parts, deux brûlots s'accrochent à l'amiral d'Espagne et le mettent en feu ; plutôt que de survivre à la honte d'une défaite, l'équipage espagnol reste stoïquement à sa place au milieu du plus terrible incendie : onze cents hommes périssent victimes de l'honneur castillan. L'amiral hollandais épouvanté à la vue de tant de désastres, se laisse dériver, Vivonne commande à quatre brûlots de le livrer aux flammes. Ils s'avancent aussitôt favorisés par le vent, et exécutent l'ordre rigoureux de leur chef. Toute la ligne ennemie est désormais rompue et détruite, et la plus célèbre victoire inscrite dès lors dans nos fastes maritimes. Cette journée enleva à la Hollande et à l'Espagne l'élite de sa marine (Pierre-Damien Rainguet, Biographie saintongeaise, 1851 - books.google.fr).

 

La guerre de Messine laissa ainsi pour plusieurs années la suprématie navale en Méditerranée à la France, ce qui donna un avantage certain à Louis XIV lors de la conclusion de la guerre de Hollande à la paix de Nimègue du 10 août 1678. L'évacuation de Messine et de la Sicile par les troupes françaises fut ordonnée par Louis XIV en janvier 1678, laissant les Espagnols réprimer les Messinois.

 

Peste

 

Des différends au sujet de questions de police maritime contribuèrent peu à peu à altérer «l'excellente correspondance» entre le Pape et Louis XIV vantée par Cibo. Déjà en 1676, il y avait eu des difficultés à cause d'un corsaire messinois. La crainte de la peste avait d'ailleurs cette année-là fait interdire de bonne heure les ports de l'Italie méridionale aux navires venant de l'Orient, et par extension à ceux venant de Messine et de Naples, mais l'interdiction était levée depuis longtemps pour Naples quand elle continuait à être appliquée pour Messine. Au milieu de janvier 1677, le roi donna l'ordre de réclamer au Pape «la fin de cette vexation» (15 janvier; A. E., Rome, 250, 64), et Cibo promit d'agir de concert avec Florence et Gênes. Pomponne en avait parlé également aux résidents de ces États. Satisfaction semble avoir été enfin obtenue en mars (A. E., Rome, vol. 250, fol. 183 et 221.) Les ports rouverts, les corsaires messinois revinrent, ce qui facilitait leurs opérations et les rendait plus nuisibles (Émile Laloy, La révolte de Messine: l'expédition de Sicile et la politique française en Italie (1674-1678), Tome 3, 1931 - books.google.fr).

 

Progrès de la marine au XVIIème siècle

 

Alors commença l'une des luttes les plus mémorables dont l'Océan ait été le théâtre, car ce n'était plus avec des barques ramassées à la hâte, avec des marines d'emprunt ou des navires marchands transformés pour le besoin d'un jour en vaisseaux de guerre, que se livrèrent les combats dans lesquels Ruyter et Tromp, Rupert et Blake déployèrent leurs talents d'amiraux. Les grandes flottes militaires avaient pris naissance. Après avoir appris à diriger les navires par la boussole, on avait trouvé le moyen de les armer de canons, et l'art des constructions navales et de la voilure, s'élevant à la hauteur de ces inventions merveilleuses, avait fait peu à peu des vaisseaux de véritables citadelles flottantes, ayant en elles-mêmes leurs moyens de direction, de défense et d'attaque, pouvant se passer de rameurs et presque de soldats, si ce n'est de ceux que nécessite le service d'une formidable artillerie. Depuis ce moment, on avait mesuré la force des escadres moins par le nombre de bâtiments que par celui des bouches à feu dont leurs remparts de bois étaient garnis. Enfin, la tactique navale vint compléter cette révolution dans la guerre maritime : au lieu de se battre corps à corps, les vaisseaux munis de canons purent concourir, même de loin, à la défense ou à l'attaque en commun : on rangea les escadres en lignes sur la mer comme les corps d'armée sur le terrain, et la science de faire manœuvrer des flottes marcha désormais de pair avec celle de commander des armées. Le duc d'York (depuis Jacques II) inventa ces pavillons variés dont l'emploi a rendu possible et rapide la transmission des ordres de l'amiral à tous ses vaisseaux (Eugène François Cauchy, Le droit maritime international considéré dans ses origines et dans ses rapports avec les progrès de la civilisation, Tome 1, 1862 - books.google.fr).

 

Cf. quatrain II, 44 - Après Cromwell.

 

Pour la liaison d'une bataille navale, en l'occurence la bataille de Meloria de 1241, avec l'inovation scientifique cf. V, 62 - Le secret des secrets - 1897-1898, où le "Sol oriental, Saturne occidental" pourrait provenir du Caelestis physiognomonia, Naples, 1603 de Della Porta.

 

De magnete, paru en 1600, suscita l'enthousiasme de Campanella. Partant des travaux d'un marin anglais qui s'était consacré à la fabrication des boussoles, Gilbert découvrit l'aimantation par influence, signala l'inclinaison magnétique et eut le premier l'idée que la terre est un grand aimant. [...] Campanella fréquenta assidûment Della Porta à Naples en 1590-1592. Celui-ci mena des travaux d'optique non négligeables. D'autre part, il s'intéressa lui aussi au problème de l'aimantation, reprochant même à Gilbert de l'avoir plagié. Cette accusation semble inexacte ; mais il est vrai que dans le De magnete Gilbert cite souvent Della Porta, qui fut un auteur très lu en son temps. Sa Magia naturalis eut une première édition en quatre livres en 1558, puis une seconde en vingt livres en 1589. Cette dernière comportait tout un livre (le septième) consacré aux merveilleuses utilisations de l'aimant, que Gilbert cita effectivement dans son propre ouvrage. Cette querelle montre en tout cas que Della Porta fut à l'époque un auteur important (Jean Delumeau, Le mystère Campanella, 2008 - books.google.fr).

 

II, 71

 

1683-1684

 

Les exilés en Secile viendront

Pour delivrer de faim la gent estrange :

Au point du jour les Celtes luy faudront :

La vie demeure : à raison roy se range.

 

"gent estrange" : mercenaires

 

«Nous sommes purement grecs et sans mélanges de barbares... Nous sommes des Grecs authentiques, sans alliage de sang barbare, d'où la haine sans mélange pour la gent étrangère qui est infuse à notre cité». Ces propos que Platon prête à Aspasie dans le Ménéxène (245, 2), sont évidemment contredits par les réalités de la cité d'Athènes, où le commerce constant des citoyens, des métèques et des étrangers trouve un prolongement dans leur voisinage au cimetière du Céramique (Juliette de La Genière, Les Grecs et les autres. Quelques aspects de leurs relations en Italie du Sud à l'époque archaïque. In: Les Grecs et l'Occident. Actes du 2ème colloque de la Villa Kérylos à Beaulieu-sur-Mer de l'automne 1991. Paris : Académie des Inscriptions et Belles Lettres, 1995 - www.persee.fr).

 

La traduction latin (1696) porte "adversus genus alienum" en place de "pour la gent étrangère", ce qui est proche (Orationes duae funebres altera Platonis dicta Menexenus, Lysiae altera ; recensore Mich. Busteed, 1696 - books.google.fr).

 

C'est encore le bellicisme athénien qui est dénoncé dans le Ménexène, à la faveur toujours de l'exemple du Péloponnèse, et d'un résumé de l'expédition de Sicile d'un terrible cynisme : «notre cité acquit cette réputation qu'elle ne saurait jamais être défaite, même par le monde entier : réputation méritée, car ce sont nos propres divisions, non les armes d'autrui, qui triomphèrent de nous» (243d2-5) (Jean-François Pradeau, Le poème politique de Platon, Le Timée de Platon: contributions à l'histoire de sa réception, 2000 - books.google.fr).

 

Comme figure inquiétante de l’Antiquité, l’étranger, et en particulier certains peuples que les populations méditerranéennes qualifient de “barbares”, on doit placer au premier rang les Celtes. Il suffit de lire une formule lapidaire de Florus (I, 7), qui en une phrase présente les Gaulois Sénons auxquels on attribue, il est vrai, le sac de Rome, pour comprendre que les populations celtiques soufraient de certains a priori défavorables. 

 

Les tyrans du IVe siècle recourent également au mercenariat. Ainsi Plutarque, parlant de l'armée syracusaine, y dénombre 10.000 gardes du corps, 10.000 cavaliers et des hoplites en encore plus grand nombre. Comme il déclare un peu plus loin que Platon était haï par les mercenaires parce qu'il voulait convaincre Denys de vivre sans gardes du corps, il est évident que la garde du tyran était entièrement composée de mercenaires ; ceux-ci devaient former également une partie des effectifs des autres troupes, si bien que l'on peut estimer peu importante l'armée de terre proprement syracusaine (Jacqueline Christien, Mercenaires et partis politiques à Syracuse de 357 à 354. In: Revue des Études Anciennes. Tome 77, 1975 - www.persee.fr).

 

Martha Sordi a proposé d’interpréter ces épisodes de la façon suivante. Denys de Syracuse, dont Justin nous dit qu’il aurait passé une alliance avec les Gaulois responsables du sac de Rome, aurait établi ces derniers dans les colonies qu’il fonde, selon Diodore, sur la côte de la mer Ionienne. Depuis cette base apulienne, les Gaulois auraient accompli leurs raids sur l’Italie centrale, mais aussi envoyé plusieurs ambassades à Alexandre en 335 et en 324-323, comme le rapporte Arrien (Stéphane Bourdin, “Le rôdeur devant le seuil”, L’installation de garnisons étrangères sur le territoire des cités d’Italie républicaine (IVe-IIe s. a.C.), Pratiques et identités culturelles des armées hellénistiques du monde méditerranéen, 2011).

 

"point du jour"

 

Cette locution pourrait être un rappel permettant de situer le quatrain.

 

Le sac de Rome de 390 av. J.-C. selon la chronologie varronienne ou 387 av. J.-C. selon la chronologie grecque s'inscrit dans le cadre des invasions gauloises du Nord de l'Italie qui est donc à ce moment-là une zone de combats récurrents, où les migrants transalpins se heurtent aux Étrusques et aux Vénètes. Il est possible que ces mouvements d'invasion soient liés au plus vaste conflit qui oppose les Syracusains, Grecs de Sicile, au monde étrusque. Ainsi, les Gaulois intervenant en Italie, bousculant les Étrusques sur leurs terres, agissent dans l'intérêt du tyran syracusain Denys l'Ancien, ce dernier aurait donc pu les enrôler à dessein. Le nom du chef des Sennons, Brennus, qui n'apparaît qu'à partir de Tite-Live (il ne figure ni chez Polybe ni chez Diodore de Sicile), peut n'être qu'un titre. La succession de ces évènements est aujourd'hui considérée comme une invention de l'annalistique du Ier siècle (fr.wikipedia.org - Sac de Rome (390 av. J.-C.), fr.wikipedia.org - Marcus Furius Camillus).

 

Durant la nuit, Brennus les emmena tous et il quitta la cité; quand il fut à soixante stades de Rome, il établit son camp près de la via Gabina. 6. Au point du jour, il fut rejoint par Camille, revêtu d'armes brillantes et suivi de Romains désormais confiants. Après un combat long et acharné, Camille mit les Gaulois en déroute, leur infligeant de lourdes pertes, et s'empara de leur camp. Certains des fuyards furent rattrapés et aussitôt mis à mort ; quant à ceux, plus nombreux, qui s'étaient dispersés, ils furent assaillis et massacrés par les habitants des bourgs et des cités des environs. (Plutarque, Vies parallèles, traduit par Anne-Marie Ozanam, 2001 - books.google.fr).

 

"exilez"

 

Nous pouvons en tout cas être assurés que l'esprit de revanche qui animait beaucoup d'exilés les poussait naturellement, quand ils rentraient en force, à récupérer leurs biens par l'éviction pure et simple de leurs adversaires. C'est ce qu'illustre bien l'exemple des exilés syracusains rappelés en 406, à l'initiative de Denys : "Ils se préparaient", nous dit Diodore, "à voir avec satisfaction leurs ennemis massacrés, leurs biens confisqués  restitués". En dehors de cette récupération par la force, il était bien difficile, pour un exilé, de rentrer en possession de la totalité de ses propres biens. Certes la cité, pour s'acquitter d'une promesse faite aux exilés ou pour se conformer à l'accord qui avait mis fin à une siasis, pouvait décider la restitution intégrale par une procédure des plus réglementaire prise en toute légalité (loi ou décret) (R. Lonis, La réintégration des exilés politiques en Grece: le problème des biens, Hellenika Symmikta: histoire, archéologie, épigraphie, Volumes 7 à 9, 1991 - books.google.fr).

 

Denys le Jeune, tyran de Syracuse

 

On a plusieurs indices de l’utilisation de mercenaires osques par les Grecs de Naples. Ainsi, Diodore de Sicile mentionne le napolitain Nypsios, "strategos", qui pourvoit au ravitaillement de Denys II en 356-355. On a depuis longtemps remarqué que Nypsios était un nom osque et on s’accorde généralement à le considérer comme un chef d’une bande de mercenaires campaniens, dont Naples constitue le point de rassemblement et d’embarquement (Stéphane Bourdin, “Le rôdeur devant le seuil”, L’installation de garnisons étrangères sur le territoire des cités d’Italie républicaine (IVe-IIe s. a.C.), Pratiques et identités culturelles des armées hellénistiques du monde méditerranéen, 2011).

 

Nous pouvons saisir là, d'une manière privilégiée, le jeu politique et social qui se livrait dans les cités grecques ; Syracuse, en effet, met en présence les quatre éléments de ces luttes : le tyran, l'oligarchie, le parti démocratique et les mercenaires. Denys le Jeune, enfermé dans la citadelle, quitte Syracuse en 356 et est éliminé du jeu politique qui se livre donc entre les trois autres éléments. [...] Les partisans du tyran, amis et mercenaires, durent s'enfermer dans la citadelle, abandonnant la ville à Dion et aux Syracusains. Il faut alors songer à, donner une nouvelle forme au pouvoir. C'est alors que se précisent les divergences entre Dion et la grande masse des Syracusains  (Jacqueline Christien, Mercenaires et partis politiques à Syracuse de 357 à 354. In: Revue des Études Anciennes. Tome 77, 1975 - www.persee.fr).

 

Plutarque raconte cela en détail. Denys le Jeune, exilé, essaie de secourir la citadelle affamée tenue probablement en partie par des mercenaires qu'il a laissé à son fils Apollocrate et d'apporter armes et vivres (Plutarque, Les vies des hommes illustres, traduit par Dacier, 1721 - books.google.fr).

 

Voici ce qui se passe quand Dion arrive à l'emporter, par suite des aléas de la lutte contre le tyran. Durant l'été 356 en effet, Nypsios, général de Denys, après que Dion se fût retiré avec ses mercenaires à Léontinoi, fait une sortie dans la ville à. la tête des troupes de la citadelle et n'a aucun mal à battre les Syracusains surpris et désavantagés dans le combat terrestre. Héracléidès blessé, les Syracusains sont obligés de faire revenir Dion, et les démagogues, sûrs du sort qui leur était réservé, prennent la fuite (Jacqueline Christien, Mercenaires et partis politiques à Syracuse de 357 à 354. In: Revue des Études Anciennes. Tome 77, 1975 - www.persee.fr).

 

Face aux troubles que son armée suscita dans la cité, le démos rappela Dion, et après de durs combats, Nypsios se retira de l'île et la citadelle d'Ortygie se rendit à Dion (Sandra Péré-Noguès Sandra, Mercenaires et mercenariat d'Occident : réflexions sur le développement du mercenariat en Sicile. In: Pallas, 51/1999 - www.persee.fr).

 

Denys, de son côté, devient le tyran de Locres, puis rentre à Syracuse en 346 où il obtient le pouvoir, mais il est toujours aussi impopulaire auprès des habitants de la ville, qui le forcent rapidement à s'enfermer dans la citadelle. En 343, le Corinthien Timoléon obtient la reddition de Syracuse en échange de la fuite discrète de Denys vers Corinthe. Il vécut encore une année, enseignant selon la légende la rhétorique dans la misère la plus indigente (fr.wikipedia.org - Denys le Jeune).

 

Platon et Syracuse

 

Syracuse, maîtresse de toute la Sicile sous Denys l'Ancien, voulait étendre son empire sur les villes grecques d'Italie, qui avaient toujours à combattre les indigènes de l'Iapygie et de la Lucanie. Denys, quoique chef d'un Etat grec, ne se faisait aucun scrupule de s'allier avec les barbares. Quand Syracuse s'était révoltée contre son pouvoir, il avait pris à son service des mercenaires campaniens, qui s'étaient déjà vendus aux Carthaginois. Plus tard, il s'unit aux Lucaniens contre les Grecs. On dit même qu'il avait des intelligences avec les Gaulois qui ravageaient la campagne romaine (Victor Duruy, Italie ancienne. Avec planches, Tome 1, 1851 - books.google.fr).

 

En 388, Platon aborde en Sicile. Invité par Denys Ier dit l'Ancien, le tyran de Syracuse, il tente de convertir ce dernier à sa philosophie de l'Etat. Le résultat n'est pas encourageant : Denys donne l'ordre de l'expulser. Platon n'a pas tout perdu : il s'est fait un ami et bientôt un disciple en la personne de Dion, le beau-frère du monarque. Le retour à Athènes fut, dit-on, mouvementé : capturé à Egine, alors en guerre avec Athènes, voilà Platon vendu comme esclave ! Sans doute Denys était-il complice. Par chance, le philosophe est reconnu sur-le-champ. En 387, Platon est de retour à Athènes. Fort de ses expériences, il acquiert un domaine à l'extérieur de la ville et y fonde son école : l'Académie. Le programme des études mais aussi le fonctionnement de l'institution devaient beaucoup à l'esprit des confréries pythagoriciennes d'Italie. On y étudiait les mathématiques et la politique. C'est de ce temps que date une seconde tranche des Dialogues (dont la République). En compagnie de ces jeunes intelligences, Platon est à son affaire : on cherche, on discute, on met en commun intuitions et hypothèses. Le succès de de l'Ecole est encourageant : les élèves affluent, et plus d'une cité se dotera d'une Constitution inspirée des principes de l'Académie. L'occasion s'offrit d'ailleurs à Platon de vérifier sur le terrain le bien-fondé de ses théories. En dépit des vingt ans écoulés depuis la première aventure sicilienne, Dion pensait toujours à lui. En 367, il rappelle Platon à Syracuse : le vieux Denys vient de mourir, remplacé par son fils, deuxième du nom. Belle occasion de former un jeune roi dans les principes de l'Académie ! Le dossier est complexe : on peut se demander si Dion n'avait pas déjà des visées sur le trône, et si Platon, discernant finalement en lui de meilleures dispositions qu'en Denys II, ne l'aurait pas encouragé à renverser le souverain... Toujours est-il que Dion est banni et que Platon est d'abord mis en résidence surveillée, puis autorisé à partir, avec promesse de revenir. Il rentre alors à Athènes. C'est de ce temps que date une troisième tranche des Dialogues. Cinq ans plus tard, en 361, dans des conditions obscures, Denys II rappelle Platon en Sicile. Mais Platon est resté l'ami de Dion, que Denys II refuse d'amnistier. Assigné à résidence, menacé de mort, Platon ne devra le salut qu'à l'énergique intervention d'Archytas de Tarente. On peut difficilement parler de succès. Quatre ans plus tard, Dion, à la tête d'une petite troupe, réussit à débarquer en Sicile ; mais sa politique se heurte à une vive résistance populaire et il meurt assassiné en 354 par... un autre élève de Platon, Callipos. Denys II, quant à lui, s'installe à Corinthe en attendant de remonter sur le trône. Les travaux pratiques de Platon étaient achevés bien avant cet ultime gâchis (Lucien Jerphagnon, Connais-toi toi-même... et fais ce que tu aimes, 2012 - books.google.fr).

 

"La vie demeure"

 

La traduction latine de "la vie demeure" peut se tourner en "uita manet" (Guillaume Budé, Lexicon graeco-latinum, 1554 - books.google.fr).

 

Traduction d'une citation de Platon dans le Livre II de la République :

 

Glaucon : Ces deux hommes supposés tels que je viens de les dépeindre, il n'est pas malaisé, ce me semble, de dire [361e] le sort qui les attend l'un et l'autre. Je vais donc l'essayer, et s'il m'échappe quelques paroles trop dures, souviens-toi, Socrate, que ce n'est pas moi qui parle, mais ceux qui préfèrent l'injustice à la justice. A les entendre, le juste, tel que je l'ai représenté, sera fouetté, mis à la torture, chargé de fers; [362a] on lui brûlera les yeux; à la fin, après avoir souffert tous les maux, il sera mis en croix ; alors il faudra bien qu'il reconnaisse qu'il ne s'agit pas d'être juste, mais de le paraître. C'est à l'homme injuste qu'il eût beaucoup mieux valu appliquer les paroles d'Eschyle : car, diront-ils, c'est lui qui s'attache à quelque chose de réel au lieu de régler sa vie sur l'apparence, et qui veut non paraître injuste, mais l'être. [...] Comme il passe pour juste, il a toute autorité dans l'État; il se marie où il lui plaît lui et les siens, il forme des liaisons de plaisir ou d'affaires avec qui bon lui semble, et, outre cela, il tire avantage de tout, parce que l'injustice ne l'effraie pas. A quoi qu'il prétende, soit en public soit en particulier, il l'emporte sur tous ses rivaux et attire tout à lui : de cette manière il s'enrichit, fait du bien [362c] à ses amis, du mal à ses ennemis, offre aux dieux des sacrifices et des présents magnifiques et sait bien mieux que le juste se rendre favorables les dieux et les hommes auxquels il veut plaire : d'où l'on peut conclure, ce semble, qu'il est aussi plus chéri des dieux. C'est ainsi, Socrate, qu'ils soutiennent que la condition de l'homme injuste est plus heureuse que celle du juste, et par rapport aux hommes et par rapport aux dieux (remacle.org - République de Platon, Livre II en français par Victor Cousin, remacle.org - République de Platon, Livre II en grec).

 

La nature et les propres pratiques du Tyran l'ont fait : "ivrogne, amoureux et fou" (République ; 573c.). Il ne refuse aucun plaisir, aucune nourriture, ne répugne à s'unir à personne, et est capable de toutes les impudences pour satisfaire ses désirs. Il est encore "envieux, perfide, injuste, sans amis, impie, hôte et nourricier de tous les vices" (580a.). En d'autres termes, le tyran en est arrivé à être, à l'état de veille, ce que le démocrate, même gorgé de nourriture et de vin, n'était encore que durant son sommeil (571c) (Le Philosophe et le Tyran - le.parthenon.pagesperso-orange.fr).

 

Au livre II de la République, le jeune impie convaincu que l'injustice est avantageuse, réfute successivement les trois points que le Xe livre des Lois établira contre un de ses pareils. «Mais avec les dieux, lui objecte-t-on, ni la dissimulation ni la force ne rien». Eh bien ! s'ils n'existent pas ou s'ils n'ont cure des affaires humaines, pourquoi de notre côté nous soucier de leur échapper? Et s'ils existent et s'occupent de nous, nous ne les connaissons, vraiment, et n'avons entendu parler d'eux que par les traditions et par les généalogies poétiques ; or, les mêmes autorités nous apprennent qu'on peut, par des sacrifices, des prières flatteuses, des offrandes, séduire et fléchir les dieux ; il faut les croire sur les deux points ou ne les croire sur aucun. Que s'il faut les en croire, soyons criminels et faisons des sacrifices du fruit de nos crimes» (365 de) (Edouard des Places Edouard, Les dernières années de Platon. In: L'antiquité classique, Tome 7, fasc. 2, 1938 - www.persee.fr).

 

Typologie

 

La Sicile, depuis le temps des tyrans de Syracuse, sous lesquels au moins elle avait été comptée pour quelque chose dans le monde, a toujours été subjuguée par des etrangers; asservie successivement aux Romains, aux Vandales, aux Arabes, aux Normands, sous le vasselage des papes, aux Français, aux Allemands, aux Espagnols; haïssant presque toujours ses maîtres, se révoltant contre eux, sans faire de véritables efforts dignes de la liberté, et excitant continuellement des séditions pour changer de chaînes. Les magistrats de Messine venaient d'allumer une guerre civile contre leurs gouverneurs, et d'appeler la France à leur secours. Une flotte espagnole bloquait leur port. Ils étaient réduits aux extrémités de la famine (Oeuvres completes de Voltaire, Tome XVII : Le Siecle de Louis XIV, Tome 1er, 1819 - books.google.fr).

 

Le 16 mars 1678 au matin, tandis que les habitants de la côte orientale de la Sicile admiraient la puissante flotte française qui se dirigeait vers Augusta, «les pauvres Messinois fuyant leur patrie qui y étaient embarqués, dit Romano Colonna, l'un d'eux, avec des yeux encore chauds de pleurer, admiraient le pays que par un destin cruel ils étaient contraints d'abandonner» (Arenaprimo, Gli Esuli, p. 13.) [...] Si cette émigration au point de vue du nombre était moins considérable que les contemporains ne l'ont cru, en revanche il est certain qu'elle comprenait près des 3/5 des meilleures familles de Messine. On sait en particulier que le nombre des chevaliers de l'Étoile avait été réduit de 100 à 40. Plus de la moitié des exilés de la liste imprimée sont des nobles; quant aux bourgeois de la même liste, ils appartiennent en général aux familles riches qui monopolisaient en quelque sorte le droit de fournir des sénateurs et qui par suite prétendaient marcher de pair avec la noblesse. Tous ces réfugiés ne débarquèrent d'ailleurs pas en Provence : certains, ayant frété des navires en hâte, allèrent à Livourne, Venise et dans d'autres ports d'Italie. [...] Les émigrés qui allèrent directement en Italie furent très peu nombreux et l'on peut admettre que les 4/5 des exilés débarquèrent en France. [...]

 

Rentrer en Sicile et dans la possession de leurs biens était l'impérieux besoin des exilés. Comme il n'y avait nul espoir que les Espagnols y consentissent de bon gré, quelque désillusion que Louis XIV leur eût causée, ils se tournaient vers lui dès qu'une occasion leur semblait s'offrir pour lui de libérer leur patrie. En 1681, un ancien jurât de Messine, «fort zélé pour le service de V. M.», écrivait le duc d'Estrées à Louis XIV le 11 février, crut qu'une sédition qui eut lieu à Trapani, Mazzara et Castelvetrano à cause de l'augmentation des gabelles, était la conjoncture désirée. Les habitants de ces villes «ayant représenté à leurs gouvernements qu'ils ne refusaient pas d'obéir aux ordres de S. M. Catholique, mais qu'ils les priaient de permettre auparavant de représenter leurs raisons, celui de Mazzara n'avait pas voulu les écouter et s'était mis en devoir de les charger avec quelques troupes qu'il avait ramassées, mais les habitants les avaient taillées en pièces et obligé le gouverneur à se retirer». (A. E., Rome, 271, i38.) On disait aussi que les habitants de Trapani avaient tué leur gouverneur et le chef de la justice et envoyé demander du secours à Tunis où 200 de leurs compatriotes avaient fui en 1673. (A. E., Rome, 271, 92.) Le jurât messinois exprimait la crainte que celle dernière nouvelle fût vraie, mais l'estimait avantageuse pour l'Espagne, car si elle pouvait amener une petite diversion, utile momentanément à la France, elle permettrait en revanche à l'Espagne de faire une ligue avec les princes italiens et de consolider ainsi sa situation. «Il ne voulait pas rechercher qui était responsable du passé. Sans doute l'Italie ne désirait pas les Français, mais il en serait tout autrement si, [poursuivant la politique de Richelieu,] ils venaient pour établir un roi particulier à Naples et en Sicile.» Si pourtant le roi craignait de rompre la paix en envoyant lui-même des troupes, le jurât s'offrait à conduire 2000 h. en Sicile. (A. E., Sic, 3g3.)

 

Louis XIV «ne jugea point à propos d'entrer dans ces propositions» (A. E., Rome, 271, 99 ; 7 mars), et il est incontestable qu'il eut raison, car il était tenu en échec par le pacte hispano-anglais pour la garantie du traité de Nimègue et menacé par les inimitiés qu'entraînaient les opérations des Chambres de Réunion, alors à l'oeuvre. [...]

 

Un traître plus dangereux était le Pullicino qui avait voulu en février 1678 nous livrer Syracuse. Don Franc. Bern. de Quiros écrivit [de Rome?] le 14 mars 1683 : J'ai su par Salvador Policino, de Syracuse (qui a déjà fourni des renseignements très importants) que Onofrio Gabrielli, Messinois, a une lettre du P. D. Prospero Granata, Théatin, qui se trouve à Nice (Provence). Il doit la remettre à une personne de confiance. Granata y rend compte des négociations que D. Gius. Marchese a entamées avec le Turc à Constantinople où il est, afin que cet été celui-ci ayant réuni toutes ses forces maritimes vienne envahir la Sicile par Augusta. Le général de cette flotte serait le bey de Tunis et son guide Marchese. Il anime tous ceux de sa faction par ces espérances afin qu'ils aident tous à ce dessein auquel les Messinois établis à Rome et ailleurs prêteront aussi leur concours (Emile Laloy, La révolte de Messine ; L'expédition de Sicile et la politique française en Italie (1674-1678), Tome 3, 1931 - gallica.bnf.fr).

 

Les révoltes qui affectèrent Naples en 1647-1648 et Messine en 1674-1678 s'inscrivirent dans une conjoncture de régression agricole (mauvaises récoltes) et de disettes touchant une population encore nombreuse qui, affaiblie physiquement, était dans les provinces du nord et les États du centre de la péninsule la première victime de la peste (elle fit un retour fracassant dans les années 1630).

 

Les révoltes de Sicile concernèrent essentiellement les villes, le petit peuple et la bourgeoisie urbaine, et furent motivées par une fiscalité excessive sur fond de crise agricole sévissant dans une île dont les richesses et les potentialités avaient été avaient été exploitées sans retenue, dont la féodalité pesait d'un poids très lourd sur des paysans misérables et appauvris, en dépit de la renommée usurpée qui était encore la sienne à cette époque. La révolte d'août 1647 à Palerme devint une révolte de famine : sous la double action du vice-roi et de la noblesse, elle fut écrasée en un mois. Celle de Messine (1672-1678) s'enracina dans l'opposition entre cette cité dont la richesse était fondée sur les exportations de soie, et la capitale Palerme, mais aussi dans celle qui divisait les grandes familles du patriciat local, les Malvezzi et les Merli. Profitant de la guerre qui opposait alors la France à l'Espagne, les Malvezzi firent appel à Louis XIV. [...] Mais la Sicile tenait une place subalterne dans la stratégie française et lorsque le Roi Soleil rappela ses troupes (1678), des milliers de Siciliens qui avaient collaboré avec elles furent contraints à l'exil pour échapper à la répression espagnole (Philippe Gut, L'Italie de la renaissance à l'unité - Livre de l'élève - Edition 2001: XIXe - XXe siècle, 2001 - books.google.fr).

 

Le Vice-Roi Gonzague, d'après Strada, «donna des ordres pour refréner l'insolence des soldats, restaurer la ville et cesser de se vêtir à la française et d'employer nos monnaies. Par la douceur de son administration et le rétablissement [partiel!] de l'ancien style d'avant la rébellion, il fit toutes diligences pour faire oublier la France et se souvenir de l'Espagne. Il défendit [sous peine de dix ans de galères pour les gens du peuple et les bourgeois et d'une réclusion d'une durée égale pour les nobles] de blesser les Messinois par des proverbes et des injures, [de plus parler à l'avenir des affaires et accidents passés et d'employer les mots Merles et Malvizzis'], si bien que les Messinois commencèrent à espérer de nouveau de revenir à leur ancienne dignité et le laissèrent même voir, à la stupéfaction des fonctionnaires royaux». (Clemenza, p. 477 - Gallo, 111,453.) «De plus, dans la joie de la réduction de Messine», Gonzaga accorda leur grâce à tous les prisonniers messinois «[qui étaient (?)] gens de peu de conséquence».  Le 29 mars, Gonzaga promulgua encore un bando. «Considérant, disait-il, que malgré l'oppression du roi de France, le dévouement à S. M. était resté dans le coeur des Messinois, il les recevait en grâce tous, quoi qu'ils eussent fait, leur restituant leurs biens non vendus, ni aliénés, mais excluant du présent induit tous les contumaces et les absents.» (A. M., B' 8, 89; Sim., S. P. 1387, 16.)

 

Smorto était le gendre de Don Giuseppe Marchese', «le noir, tyran du bastion de l'Andria et bourreau des Merles», ce qui donne à penser que Gonzaga, dont plusieurs «ministres» étaient des Merles, y avait vu l'avantage de donner satisfaction à la fois à ceux-ci et aux Espagnols. Smorto, lors de l'évacuation, « tandis que ses parents se réfugiaient à Livourne, s'était retiré sur sa terre près du Fare et y vivait obscur et solitaire ». Vers juillet 1678, le bruit courut que son beau-père «s'étant fait Turc avec tous ses fils», avait reçu en don de la Sublime Porte des exemptions de droit d'entrée sur les vins dont le profit montait à plus de mille écus par an et «s'était engagé à aller avec une escadre de vaisseaux s'emparer de la Sicile et saccager la basse Calabre». Smorto, d'après Auria (VI, 157), fut accusé d'avoir reçu des lettres apportées de France par un matelot messinois. Un chroniqueur messinois donne un autre motif : des paysans auraient attesté qu'il avait employé des paroles de menace et de vengeance à l'égard de la restauration espagnole, destinée à durer peu, les Français ne devant pas tarder à revenir avec une flotte forte et nombreuse. Le 1er octobre, sous la protection d'un grand déploiement de troupes, 'il fut conduit au supplice, portant, en signe d'ignominie, une veste noire qui lui descendait jusqu'aux genoux'. Le vieux Don Cesare Marchese, père du tyran de l'Andria, fut emprisonné. On fit à D. Gius. Marchese son procès par contumace. (Gonzaga au Roi, 23 sept. ; Sim., S. P., 1287, 102.). L'exécution de Smorto semble avoir eu aussi pour but de frapper de terreur les Messinois qui entretiendraient des intelligences avec les ennemis de l'Espagne. Les exilés étaient considérés comme tels et 10 d'entre eux étant arrivés quelques jours après l'arrestation de Smorto, le vice roi les fit emprisonner aussitôt «dans des lieux secrets». Ils avaient dit venir de Rome, et Auria (VI, 157) conjecture que ce devait être faux et qu'ils devaient venir de France «pour faire quelque tentative dans Messine», car ils n'avaient pas de passeports. Mais en eussent-ils eu, qu'on ne les eût pas admis. Le Roi avait ordonné le 17 juin à Gonzague de ne pas laisser revenir les Messinois réfugiés à Rome ou ailleurs et de ne pas les comprendre dans le pardon (Emile Laloy, La révolte de Messine ; L'expédition de Sicile et la politique française en Italie (1674-1678), Tome 3, 1931 - gallica.bnf.fr).

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