La guerre de Dévolution
La guerre de Dévolution

 

II, 50

 

1667-1668

 

Quand ceux d’Ainault, de Gand & de Brucelles

Verront à Langres le siège devant mis,

Derrier leurs flancz seront guerres crueles :

La plaie antique fera pis qu’ennemis.

 

Lors de la guerre de DĂ©volution dĂ©clenchĂ©e par Louis XIV pour rĂ©cupĂ©rer l’hĂ©ritage de sa femme Marie-ThĂ©rèse, fille de Philippe IV d’Espagne, Turenne envahit une partie de la Flandre faisant partie des Pays-Bas espagnols (« Ainault Â» : Hainaut, « Brucelles Â» : Bruxelles). Le marĂ©chal de CrĂ©qui ira mĂŞme jusqu’à Gand oĂą il vaincra Marsin père.

 

La campagne de Flandre début en mai 1667 (prise de Charleroi en juin) et se termine le 13 septembre (prise de Lille en août) (fr.wikipedia.org - Guerre de Dévolution).

 

La régente espagnole se refusant à reconnaître le fait accompli, Louis XIV fait envahir la Franche-Comté dont Langres est proche de la frontière.

 

A l’arrière, par delĂ  les frontières du Nord, la Hollande soutiendra victorieusement une guerre navale, commencĂ©e en 1664 et qui se termine par le TraitĂ© de BrĂ©da en 1667, contre et provoquĂ©e par l’Angleterre, qui connut en 1665 une Ă©pidĂ©mie de peste, la « Grande Peste Â» (« plaie antique Â»).

 

Langres

 

Jusqu'à l'annexion de la Franche-Comté et de la Lorraine, c'est-à-dire tant que la ville occupa la frontière, Langres fut, grâce à son admirable situation stratégique, une forteresse très importante (Georges Monmarché, Magdelaine Parisot, Champagne, Ardenne, vallée de la Meuse, 1963 - books.google.fr).

 

Le Roy estant à la conqueste de Flandre l'an 1667. La Franche-Comté qui craignit d'estre attaquée pour les mémes raisons, & qui desesperoit d'être secourue en ce temps-là du Roy d'Espagne, tenta tous les moyens pour acheter à quelque prix que ce fust vne treue de quelques années. Mais la chose n'ayant pas reüssi, & les Bourguignons ne voyant point de lieu de se flatter de l'appuy d'vne Nation voisine, qui est inseparablement vnie à la France, ils jugerent bien qu'ils ne pouvoient éuiter de changer de maître, & se disposerent à tous les euenemens. Le 31. de Ianuier on apprit que les Troupes Françoises marchoient du costé de Langres, & que leur marche estoit si secrete, que chaque soir elles receuoient vn ordre pour la route qu'elles devaient tenir le lendemain. Et parce que l'on craignoit que les François ne voulussent surprendre Dole sous pretexte d'y aller acheter des cheuaux à la foire qu'on y tient le troisiéme de Feurier, elle fut defendue, & on se tint sur ses gardes (Samuel Chappuzeau, L'Europe vivante ou relation nouvelle, depuis l'année 1666 jusques au commencement de l'année 1669, 1669 - books.google.fr).

 

Langres informe la compagnie, le 15 juin 1667, que «le duc de Lorraine ayant vendu ses troupes Ă  l'empereur, la Chambre, dans la crainte d'une irruption en ce pays, rĂ©sout que les gardes extraordinaires de jour et de nuit seront restablies, les canons, poudres et portes mises en estat et que Mrs les Ă©chevins se dĂ©partiront pour faire ronde, chacune nuit sur les murailles et faire travailler aux ouvrages nĂ©cessaires». Le 15 juillet, ayant reçu une lettre du comte de Choiseul et sur l'avis que les Comtois arment puissamment, la chambre fait fermer la porte d'en haut de sous murs et l'une des portes Saint-Didier et du MarchĂ© alternativement. Le 21 juillet, le maire ordonne le rĂ©tablissement du guet Ă  chiens. Charles IV n'Ă©tant pas passĂ© Ă  l'offensive, les portes sont finalement rouvertes le 9 aoĂ»t. La «guerre-Ă©clair» menĂ©e par CondĂ© et le roi Ă  partir du 2 fĂ©vrier 1668 permet l'occupation entière de la Franche-ComtĂ© après seulement dix-sept jours de combats. CondĂ© s'empare de Besançon le 7 fĂ©vrier, Dole capitule le 14 et la forteresse de Gray tombe le 19 fĂ©vrier. Louis XIV passe très rapidement Ă  Langres et Ă  Chaumont le 20 fĂ©vrier. Le chanoine ThĂ©odecte Tabourot raconte ainsi la visite Ă©clair du roi Ă  Langres :

 

En ladite année 1668, le second de février nostre très puissant et invincible Roy de France Louis XIV sortit de Paris pour recouvrer et se saisir du Comté de Bourgongne, où estant arrivé, il n'employa sinon quinze jours à venir au bout de ses desseins, les villes de Dole et de Gray fortes et les principales dudit comté n'osèrent résister à sa force et tenir ferme contre luy. Lesquelles traisnèrent à leur exemple tout le reste du pays, d'où retournant il arriva en cette ville de Langres à l'impourveu le 20 jour de février de la susdite année. Il entra par la porte des moulins à vents et demanda d'abord où estoit la meilleure hostellerie; mais il fut conduit à l'hostel épiscopal avec messieurs les Princes et grands seigneurs qui l'accompagnoient avec sa cavalerie, il n'estoit comme les autres revestu qu'en soldat, lesquels estoient ceints d'escharpes blanches sur leurs casaques et baudriers [...]. Mais il ne fit que passer sans s'arrêter davantage par considération estant pressé pour son retour à Paris (Sylvain Skora, La reconstruction de la Champagne méridoniale après la guerre de Trente Ans (1635-1715), l'adieu aux misères de la guerre, 2019 - books.google.fr).

 

La réunion de cette province à la Couronne de France, en 1678, ramène enfin la tranquillité dans nos contrées si souvent exposées aux ravages de la guerre (A. Mathie, Abrégé chronologique de l'histoire des Évêques de Langres, 1844 - books.google.fr).

 

Déjà, en 1643, les Français avaient massé des troupes à Chalon et à Langres pour attaquer la France-Comté. Une diversion menée par les Espagnols sur les frontières des Pays-Bas se transforma en défaite à Rocroi. Les Français quittèrent la Bourgogne et le Bassigny au soulagement des Comtois (Gérard Louis, La guerre de Dix Ans, 1634-1644, 1998 - books.google.fr).

 

La peste

 

Après la dĂ©faite du comte de Marsin, plus rien de dĂ©cisif sur le plan militaire ne survint dans les Pays-Bas. En revanche, un flĂ©au les gagnait depuis 1666, donc bien avant le dĂ©clenchement de la guerre : la peste. L'Ă©pidĂ©mie prit une soudaine ampleur au point qu'il Ă©tait devenu impossible pendant l'Ă©tĂ© et l'automne 1667 de celer l'Ă©pouvantable rĂ©alitĂ© tant elle moissonnait les habitants. La Hollande avait Ă©tĂ© infectĂ©e dès 1663-1664, l'Angleterre de façon beaucoup plus dramatique en 1665, Hambourg, Cologne et la RhĂ©nanie en 1665-1666. Dans sa progression, la peste avait atteint en 1666 le nord du Brabant (surtout la rĂ©gion anversoise), une bonne partie de la Flandre (Gand, Ostende, Bruges, Audenarde), le Hainaut occidental (Lessines) et se trouvait aux portes de Bruxelles oĂą elle pĂ©nĂ©tra dans les premiers mois de 1667. On comprend mieux le peu d'empressement de Turenne Ă  pousser son avantage vers le Brabant pendant l'Ă©tĂ©. De son cĂ´tĂ©, Ă  peine Louis XIV avait-il quittĂ© Lille que son nouveau joyau fut terrassĂ© par l'Ă©pidĂ©mie qu'y avaient introduite des troupes au retour des Flandres : en trois mois, elle tua 1842 individus dans la ville et sa banlieue; pour la pĂ©riode d'octobre 1667 Ă  dĂ©cembre 1668, environ 4500 personnes pĂ©rirent. Ă€ Bruxelles, d'octobre 1667 Ă  novembre 1669, on dĂ©nombra au moins 4066 dĂ©cès de pestifĂ©rĂ©s, soit 5 % de la population. En ces temps troublĂ©s dans le Nord, le royaume de France, si l'on excepte Dunkerque – marginalement – prĂ©sentait une caractĂ©ristique qu'il partageait avec les États scandinaves : ils Ă©taient les seuls Ă  ne pas avoir Ă©tĂ© contaminĂ©s par la pandĂ©mie de 1663-1669 (HervĂ© Hasquin, Louis XIV face Ă  l'Europe du Nord : l'absolutisme vaincu par les libertĂ©s, 2005 - books.google.fr).

 

La peste mortelle enclose en nos mouelles

Causera plus de mal que les guerres cruelles (Montchrétien, La reine d'Ecosse, Acte III, 1604) (Antoine de Montchrétien, Les Tragédies, 1891 - books.google.fr).

 

"flancs"

 

Des projets de partage des Pays Bas espagnols ou de leur autonomisation étaient établis avec la Hollande ou l'Empire germanique.

 

Selon M. de Witt, Grand pensionnaire des Provinces Unies, «si l'affaire des députés ne réussissait pas, comme il y avait bien des difficultés tant que vivrait le roi d'Espagne, à qui il restait assez de force en Flandre pour châtier les auteurs d'une telle conspiration..., il ne serait pas mal à propos de songer dès à présent, en ménageant les esprits des villes de Flandre..., de disposer leurs affaires à former la République en ce temps-là, s'ils ne le peuvent maintenant... Et, comme il est raisonnable qu'on songe à ses affaires et à ce qui convient le mieux à chacun», de Witt proposait tout de suite à Louis XIV un double système d'annexions à opérer, en temps et lieu, par chacun des contractants sur les flancs des Pays-Bas. «Sa Majesté pourrait avoir Cambrai, Saint-Omer, Aire, tout l'Artois, Bergues Saint-Vinoc, Furnes et Nieuport, et MM. les États, Ostende, Bruges et ce qui est sur ce continent jusqu'à l'Écluse». Un post-scriptum ajouté par d'Estrades à son rapport mit sans retard le Roi au courant de cette grande nouvelle. Dans une lettre particulière adressée à Lionne, et de la même date, l'ambassadeur crut pouvoir garantir sans réserve la sincérité du Pensionnaire (D'Estrades au Roi, 12 avril 1663. - Hollande, tome LXIX, folios 42-48) (Arsène Legrelle, La diplomatie française et la succession d'Espagne: Le premier traité de partage (1659-1697), Tome 1, 1895 - books.google.fr).

 

Acrostiche : QVDL, Qudl.

 

AbrĂ©viation de Quedlindburg : "Qudl." (Jean Lulvès, Die summa cancellariae des Johann von Neumarkt. Handschriften untersuchung ĂĽber die FormularbĂĽcher aus der Kanzlei Kaiser Karl IV, 1891 - books.google.fr).

 

Parmi les dĂ©couvertes en Occident d’ossements gigantesque qui confortent le mythe de l’existence de la licorne, la plus cĂ©lèbre est celle de l’Einhornhöhle (grotte de la licorne) trouvĂ©e en 1663 dans une carrière de plâtre proche de Quedlinbourg dans le Hartz, en Allemagne. Cette dĂ©couverte est relatĂ©e pour la première fois en 1669 par le savant Lachmund : «Il y Ă  quelques annĂ©es on a dĂ©couvert près de Scharzfeld un crâne humain gĂ©ant, et près de Quedlinburg le squelette entier d’un animal sauvage de grande taille.» Ă€ propos des fossiles, assimilĂ©s Ă  cette Ă©poque Ă  des pierres, avant-gardiste, Lachmund souligne que l’on a dĂ©terrĂ©, sous le nom de licorne, des «dents d’élĂ©phants» des «cornes de cerfs» et des «os de baleines gĂ©ants». Mais c’est surtout le traitĂ©, en 1672, de Guericke, consacrĂ© Ă  la pompe Ă  vide dont il est l’inventeur, qui fait connaĂ®tre ces ossements enfouis dans la terre glaise qui remplissait les fissures du calcaire coquillier. Selon le physicien allemand, la corne de l’animal aurait Ă©tĂ© trouvĂ©e encore adhĂ©rente Ă  un morceau d’os et illes utilise pour reconstituer le squelette d’une «licorne fossile». Son dessin inspira probablement celui de l’unicornu fossile du mĂ©decine et naturaliste d’origine italienne Valentini paru en 1704, et la gravure reproduite dans l’introduction du Protogaea de Leibniz. Dans cet ouvrage, Ă©crit vers 1690–1691 mais publiĂ© après sa mort en 1749, Leibniz donne une description dĂ©taillĂ©e en cette licorne (Marylène Patou-Mathis, Histoires de mammouth, 2015) (Fritz Krafft, Einhorn - unicornu fossile, 2018 - www.academia.edu).

 

Cf. le quatrain suivant II, 51 pour un aperçu scientifique portant sur la gravité newtonienne.

 

nostradamus-centuries@laposte.net