Assassinat du duc de Guise

La dernière épidémie de peste européenne

 

II, 53

 

1670

 

La grande peste de cité maritime

Ne cessera que mort ne soit vengée

Du juste sang par pris damné sans crime :

De la grand dame par feincte n'outraigée.

 

La peste à Dieppe

 

Dieppe ville maritime au pays de Normandie (Bernard de Girard sieur Du Haillan, Histoire de France, Tome 2, 1585 - books.google.fr).

 

A l'automne de 1663 commence, après un répit de dix ans, la dernière épidémie de peste dont l'extension ait été à la mesure de l'Europe occidentale. Des vaisseaux hollandais, retour de Smyrne et des îles grecques, apportent le mal à Amsterdam, et, de là, il gagne toutes les Provinces-Unies. Malgré de précoces mesures de quarantaine, il passe en Angleterre en 1663-1664, et y fait rage jusqu'en 1667 ; Daniel Defoe en a gardé le souvenir. Pendant l'été 1664, la peste apparaît à Anvers, Bruxelles puis dans tous les Pays-Bas, et de gagne le Münsterland et la basse vallée du Rhin. Elle est enfin signalée à Calais et à Arques à la fin de 1665. Vient ensuite un long répit. La France du Nord-Ouest semble préservée par les mesures de contrôle décidées par les parlements, et le front épidémique paraît stabilisé. Quelques fausses alarmes à Rouen, d'avril à juin 1666, d'autres plus sérieuses à Amiens en juin de la même année, n'ont pas de suite. En revanche, derrière le front, la peste est installée endémiquement en Flandres, Dunkerque et Gravelines sont ravagées. A la fin de 1667, l'épidémie reprend sa progression vers le sud, de Courtrai vers Lille, de Bruxelles et Mons vers Valenciennes et Cambrai. L'hiver, assez rigoureux, la cantonne au nord d'une ligne Montreuil - Béthune - Douai - Cambrai - Valenciennes. Mais en avril, on signale que la peste est à Soissons et dans sa région, peut-être à Beauvais ; en mai à Amiens ; en juillet à Rouen ; en août à Laon et à Dieppe ; en septembre au Havre. L'épidémie atteint alors son extension la plus grande. Un reflux lent, coupé de retours irréguliers, de brusques flambées récurrentes, commence pour durer deux ans. A la fin de juillet, Soissons est déclarée « exempte de maladie ». et l'hiver 1668 voient un affaiblissement général de l'épidémie : non seulement les villes croient être sauves, mais à la campagne la peste a presque disparu. En février, Laon, en avril Rouen et les bourgs voisins sont définitivement sains, mais partout ailleurs de nouvelles flambées sont enregistrées. Alors que le flux de l'épidémie s'est fait selon un large front et des rythmes relativement coordonnés, le reflux semble bien plutôt être une désagrégation désordonnée de l'espace de la maladie. A Amiens, des alertes ponctuelles scandent le printemps 1669 : un individu, une famille, une maisonnée sont touchés ; l'été est calme, mais d'octobre au milieu de novembre, toute la ville est à nouveau menacée. A Dieppe, mêmes espoirs et mêmes alarmes ; mais lorsque la ville est définitivement assainie, en février 1670, il y a près de cinq mois que la peste a cessé à Amiens, près d'un an qu'elle a disparu de Rouen.

 

Cette dernière apparition de la peste en France - mis à part l'épisode en tous points anormal de Marseille en 1720 - est l'occasion d'une épidémie que l'on pourrait presque dire modale. Assez importante pour être bien enregistrée, elle n'atteint pas la violence de quelques cas trop fabuleux pour ne pas fausser notre appréciation ; c'est, si l'on veut, une épidémie exemplaire, comme tout homme pouvait en avoir connu plusieurs au cours d'une vie, au XVIIe siècle (Jacques Revel, Autour d'une épidémie ancienne : la peste de 1666-1670. In: Revue d’histoire moderne et contemporaine, tome 17 N°4, Octobre-décembre 1970 - https://www.persee.fr).

 

Lors de la peste de 1664-1670, Colbert n'hésite pas à envoyer des secours considérables : ainsi Dieppe, en sus des 1000 écus envoyés par le roi pour les pauvres, reçoit encore 3000 livres à deux reprises. Il n'est pas indifférent de indifférent de remarquer que la peste reste d'autant plus limitée, lors de cette épidémie comme de celle de 1720-1722, que l'importance des moyens financiers mis en jeu est plus grande (Jean Noël Biraben, Les hommes et la peste en France et dans les pays européens et méditerranéens, Civilisations et sociétés, 36, 1977 - books.google.fr).

 

"grand dame"

 

L'abbé Guiot, le savant auteur des Trois Siècles palinodiques, ou Hist. génér. des Palinods de Rouen, Dieppe, etc., et le regretté Eugène de Robillard de Beaurepaire, dans son remarquable travail sur les Puys de Palinod de Boum et de Caen, ont signalé les écrivains qui prirent une part active à ces sortes de concours et y recueillirent des lauriers. Nous y relevons, pour la premiere période, - la seule intéressante à notre avis, - des premières années du XVIe siècle jusqu'au milieu du XVIIe, les noms de Guillaume Crétin, Jean et Raoul Parmentier, Dupuys Nicolle, Jean et Clément Marot, Nicolle Ravenier, Dom Nicolle Lescarre, Hugues de Lozay, Messire Jehan Lis, etc. (Adolphe van Bever, Les poètes du terroir, 1918 - books.google.fr).

 

Jean Lis, prêtre à Dieppe, concourut au Palinod de cette ville au jour de l'Assomption. Le chant royal qui put l'y faire couronner se trouve dans le manuscrit de la Bibliothèque du roi, 6989, le quatrième du Recueil. Il est en dialogue :

 

MARIA AD CHRISTUM

 

L'ardent désir de vous voir face à face,

Mon cher Epoux, me rend d'amour si pleine

Que force m'est que mon regret je face

Seule à part moy en ceste basse plaine.

Trop fort languy, et si suis toute saine,

En souspirant je quiers ce que tant j'ame

Pour satisfaire au désir de mon âme.

Le cueur me rid, et si ploure des yeulx,

Vostre penser rafreschit ma mémoire :

Car avec vous je désire estre es cieulx,

Pour vivre en paix, en triumphe de gloire.

 

CHRISTUS AD MARIAM

 

Dame, il est vray qu'en ceste terre basse

Avez souffert labeur, et griefve peine,

Mais aujourd'hui tout votre ennuy se passe

Car vous laissez la terre sèche et vaine,

Et trouverez le conduit de la veine

De vif amour qui nos deux cueur enflamme,

Et régnerez comme la plus grand dame

Qui oncques fut ne sera sur les cieulx.

Mise à ma dextre au divin consistoire,

En gros triomphe et estât précieux

Pour vivre en paix, en triomphe de gloire. (Les Trois siècles palinodiques, ou, Histoire générale des palinods de Rouen, Dieppe, etc., 1898 - archive.org).

 

La vierge est donc présentée comme "grand dame" et ailleurs comme "grande dame" (Pedro Valderrama, Sermons sur toutes les festes de Nostre-Dame, composez en espagnol, traduit par F. A. Siméon, 1609 - books.google.fr).

 

La ville de Dieppe eut le malheur d'être affligée de la peste en 1630: elle s'y communiqua par une cargaison de souliers. La contagion y fit un grand ravage. Afin d'obtenir la cessation de ce fléau, les habitants firent un vœu à Notre-Dame-de-Liesse; & , pour s'en acquitter, dès que la peste fut cessée, ils députèrent quatre Echevins, qui, suivis d'un nombre de bourgeois, furent, conformément à leurs promesses, porter à cette Eglise, un navire d'argent, sur l'un des côtés duquel étoit écrit en lettres d'or; Vœu public de Dieppe (Jean-Antoine-Samson Desmarquets, Mémoires chronologiques pour servir à l'histoire de Dieppe, et à celle de la navigation françoise: avec un recueil abrégé des privileges de cette ville, Tome 1, 1785 - books.google.fr).

 

"feincte"

 

Le quatrain semble montrer un septicisme au sujet des circonstances menant à la délivrance de la peste.

 

Puisque des miracles sont contraires à l'expérience vécue, on les croie ou les dénie selon l'idéologie respective. Pour faire échec aux  contradicteurs, la stratégie de Hume selon nous est simple : les miracles sont rapportés, et par conséquent, leurs récits sont le fruit de l'erreur des historiens, de notre ignorance ou de la ruse des prêtres. C'est ici le scepticisme de Hume (Ching-Shui Li, Le miracle et l'ordre dans la première enquête de David Hume, 2007 - books.google.fr).

 

The Frauds of Romish Monks and Priests Set Forth in Eight Lettres (London, 1691) est attribué à au prêtre espagnol Antonio Gavin passé à l'anglicanisme (Edgar C. McKenzie, A Catalog of British Devotional and Religious Books in German Translation from the Reformation to 1750, Volume 2 , 1997 - books.google.fr, Histoire des tromperies des prestres et des moines de l'Eglise romaine: où l'on découvre les artifices dont ils se servent pour tenir les peuples dans l'erreur, et l'abus qu'ils font des choses de la religion, Tome I, 1693 - books.google.fr).

 

David Hume (7 mai 1711 - 25 août 1776) est un philosophe, économiste et historien écossais. Il est considéré comme un des plus importants penseurs des Lumières écossaises (avec Adam Smith et Thomas Reid) et est un des plus grands philosophes et écrivains de langue anglaise. Fondateur de l'empirisme moderne (avec Locke et Berkeley), l'un des plus radicaux par son scepticisme, il s'opposa tout particulièrement à Descartes et aux philosophies considérant l'esprit humain d'un point de vue théologico-métaphysique : il ouvrit ainsi la voie à l'application de la méthode expérimentale aux phénomènes mentaux (fr.wikipedia.org - David Hume).

 

Outrage

 

Le palinod était un concours de poésie ou l'on n'admettait que certains genres de pièces comme le chant royal, la ballade, le sonnet, on des vers latins construits sur un mètre choisi parmi les odes d'Horace ou les fables de Phèdre. Le palinod était originaire de Normandie. Il fut en honneur à Caen, Rouen et Dieppe. Il avait été institué dans un esprit de dévotion et d'expiation, pour opposer des chants pieux aux vers injurieux que quelques hérétiques publiaient contre la Vierge. L'éloge de la Vierge était exclusivement le sujet de toutes les pièces présentées au palinod. Ce mot, comme le mot palinodie, vient de deux mots grecs, et il est tiré de cette circonstance que dans le chant royal, genre de poésie qui y était très usité, le vers qui commence ou celui qui finit la première strophe doit être ramené à la fin de toutes les autres. Le nom de puy, qui est donné également à cette cérémonie, s'est formé du podion grec, ou du podium latin, parce que de même que chez les Romains le podium était un lieu élevé où se plaçaient les empereurs et les consuls, de même la place qu'occupaient pour le palinod les fondateurs des prix, les juges de l'université, les lecteurs de pièces et l'agonothète, ou président et distributeur des prix, étant une estrade élevée, on lui donna par analogie le nom de puy qui, par extension, devint celui de la cérémonie (Magasin pittoresque, 1835 - books.google.fr).

 

Le palinod de Rouen fut fondé en l'honneur de l'immaculée conception de la Vierge. Robert Wace rapporte l'établissement de cette fête au onzième siècle, à l'occasion d'une tempête qu'aurait essuyée un abbé du monastère de Ramsay dans un voyage en Danemark, entrepris par ordre de Guillaume le Roux, roi d'Angleterre, danger dont l'abbé aurait été préservé par l'intercession de la vierge Marie. D'autres fixent à 1486 la fondation du palinod ou puy palinod de la capitale de la Normandie. Ce palinod fut longtemps appelé la file aux Normands. Quelques villes de Normandie en établirent dans la suite, notamment Caen, en 1527 ; mais le palinod de Rouen resta le plus célèbre. Il y avait trois prix, qui consistaient dans les armes de l'université ou des bienfaiteurs du palinod, des anneaux d'or, des jetons d'argent et des branches de laurier. Les poésies furent d'abord des épigrammes latines, des chants royaux, des ballades et des sonnets. On y ajouta plus tard deux odes latines et une ode française. Dans les derniers temps, le premier prix était donné à une pièce de poésie de douze stances, et le second à une ode française. Tous ces ouvrages devaient être terminés par une stance en l'honneur de la Vierge. La révolution a détruit ces fêtes et ces concours. Par suite on a donné le nom de palinod, en littérature, à une pièce de poésie, sorte de chant royal ou de ballade, dans laquelle on devait amener la répétition du même vers à la fin de chaque strophe.

 

La palinodie (du grec "palin" de nouveau, et "ôdè" chant) qualifiait un poème, satire ou ode, dans lesquels le poète exprimait vivement une rétractation des sentiments ou des faits qu'il avait énoncés dans une ode, satire ou poème précédents. On doit au célèbre lyrique grec Stésichore la première palinodie. Ayant injurié Hélène dans l'un de ses poèmes, il fut frappé d'aveuglement par Castor et Pollux, les frères de cette princesse, qui étaient depuis quelque temps an rang des dieux. Cette affliction venue du ciel inspira au poète une rétractation, et il composa un poème où il certifiait que jamais navire n'avait porté Hélène sur la plage phrygienne. Il y louait la pudeur d'Hélène à l'égal de celle de Pénélope, sans oublier ses charmes incomparables; Ménélas n'y était point oublié : c'était le plus heureux des époux. Stésichore intitula ce poème palinodie, et il recouvra la vue. On comprend que l'aveuglement du poète et la lumière du jour que lui rendirent les Dioscorides ne sont qu'un mythe on une allégorie.

 

Dans la suite, saint Justin, saint Clément et Eusèbe, appelèrent une sainte palinodie un hymne qu'ils attribuaient à Orphée. Ce mystagogue, y reniant non moins que trois cents dieux, sortis pour la plupart de son cerveau, y aurait prodigué les images bibliques, seules convenables au dieu vivant.

 

Un charmant exemple de palinodie latine est l'ode d'Horace adressée à Tyndaris. Ce poète avait outragé dans ses vers la belle Gratidie, la mère de cette jeune fille : il en demande pardon à cette dernière; il la conjure de jeter ses trop rapides ïambes dans la mer, ou de les condamner au feu. "A cette heure, ajonte-t-il, je cherche à composer un miel qui adoucisse leur acreté." Pour prix de ses derniers vers, qu'il nomme recantati, il conjure Tyndaris, plus belle encore que sa mère, de devenir son amie et de lui accorder ses faveurs (William Duckett, Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné, Tome 14, 1868 - books.google.fr).

 

A la vie la plus régulière et la plus exempte de reproches, Jean Baptiste De Clieu, curé du Havre né à Dieppe en 1629, joignait une piété vraie et une tendre dévotion envers la Sainte-Vierge, qu'il appelle si souvent la Mère de Grâce, la patronne de la ville et du Temple; ce zèle et ce dévoûment à la Mère de Dieu, il les avait puisés aux jours de son enfance, à Dieppe, où le culte de Marie fut toujours en si grand honneur. Plus d'une fois il avait offert ses poésies au concours fameux du Puy des Palinods dieppois ; enfant il s'était joyeusement ébattu aux Mitouries de Saint-Jacques, et plus tard il renouvela la consécration du Havre à Marie, l'établit avec saint Charles Borromée, patronne de son séminaire, et ne composa jamais un ouvrage sans lui en offrir la dédicace. Il entreprit, vers 1685, d'écrire à la gloire de la Sainte-Vierge le livre de ses Opuscules, il le divisa en quatre tomes et l'intitula : Traité du culte pur de la bienheureuse Vierge Marie; il y vengeait l'honneur de la Mère de Dieu , méconnue et outragée par les hérétiques, il y proposait aux clercs et aux fidèles les meilleures règles de dévotion à suivre, tout y respirait la tendresse et l'amour, tout y décelait le talent et l'érudition. Malheureusement cet ouvrage, imprimé sans doute à un petit nombre d'exemplaires, n'a pu être retrouvé, et nous ne pouvons l'apprécier que par les extraits abrégés cités dans le Système du nouvel Univers de l'Apocalypse (Jean-Baptiste Lecomte, Messire de Clieu: les églises et le clergé de la ville du Havre-de-Grâce (1516-1851), 1851 - books.google.fr).

 

La famille de Clieu, originaire de la ville de Dieppe, y tenait un rang distingué dans la marine de ce port, dont le commerce était alors beaucoup plus considérable et plus étendu qu'aujourd'hui. Messire Jean-Baptiste de Clieu, curé du Havre en 1690, nous apprend dans son ouvrage intitulé : Système du nouvel univers de l'Apocalypse que son aïeul avait commandé les flottes royales, et que son oncle Mathieu, prêtre de la congrégation de l'Oratoire, avait, le premier, retranché l'x, lettre finale de leur nom de famille (Jean-Benoît-Désiré Cochet, Galerie Dieppoise: notices biographiques sur les hommes célèbres ou utiles de Dieppe et de l'arrondissement, 1862 - books.google.fr).

 

La municipalité de Laon vérifie d'ailleurs régulièrement, tout au long du XVIII siècle", le bon état de conservation de l'ex-voto de 1669 qui, contrairement à ceux des autres villes, n'a pas été envoyé à la fonte en 1690 pendant le Très tard, dans le peuple, on continue à croire à la vengeance d'un esprit offensé : ainsi, en 1638 à Quimper, les habitants croient que la peste est venue par la faute d'un ivrogne qui a cassé un bras de la statue de saint Corentin. D'ailleurs, la preuve en est faite deux ans plus tard, lorsque la peste s'arrête après que les autorités, enfin convaincues par la population, font, en réparation, à saint Corentin un vœu qui sera exécuté en 1643 (Jean Noël Biraben, Les hommes et la peste en France et dans les pays européens et méditerranéens, Civilisations et sociétés, 36, 1977 - books.google.fr).

 

"juste sang pris damné sans crime"

 

Le type du juste souffrant est le Christ (cf. psaume 21). Thomas Becket né à Londres le 21 décembre 1117, archevêque de Cantorbéry en 1162, est assassiné le 29 décembre 1170, 5 siècles avant la datation du quatrain. Dieu se venge du vol de l'arche d'alliance par les Philistins en envoyant la peste sur la ville d'Ashdod où elle était retenue.

 

Notons la mort de Socrate vengée par une épidémie de Peste à Athènes (François Charpentier, La Vie de Socrate, 1699 - books.google.fr).

 

De tous les griefs allégués contre Henri II par le primat d'Angleterre, l'un des plus graves était le sacre du jeune prince, héritier de la couronne, fait l'année précédente par ordre du roi, au préjudice des droits du Primat. J'ai dit qu'à l'entrevue de Fréteval, Thomas avait reproché au roi ce couronnement, et demandé la punition des évêques qui avaient osé le faire; que Henri II, reconnaissant sa faute, lui avait promis de ne plus se commettre entre lui et les évêques, et de le laisser libre à ce sujet. C'est pourquoi le premier acte de l'archevêque, de retour à Cantorbéry, fut d'écrire au jeune prince, en lui déclarant que l'onction qu'il avait reçue était contraire aux lois divines et sans aucune autorité. De plus, le jour de Noël, il monta en chaire et prononça publiquement l'excommunication de l'archevêque d'York et des évêques de Londres et de Salisbury, qui avaient sacré le jeune prince. Il prononça la même peine contre Richard de Broc, qui n'avait pas craint de s'emparer de ses domaines et de jeter en prison plusieurs de ses vassaux. Cette mesure frappa de stupeur ceux qu'elle atteignait. L'un d'eux cependant, Roger de Pont-l'Évêque, se révolta contre l'autorité de saint Thomas, et, bien loin d'imiter Gilbert Foliot et Josselin de Salisbury, qui voulaient aller lui demander grâce, il les engagea à passer la mer et à aller se plaindre au roi qui était alors en Normandie. Cédant à ce conseil, les trois évêques se rendirent auprès de Henri II, et lui portèrent le bref d'excommunication. A cette vue, le roi fut saisi d'un violent accès de colère; il frappa ses mains l'une contre l'autre, et se plaignit amèrement. Rentré dans sa chambre, il devint pâle de fureur, et s'écria qu'il n'avait nourri de son pain que de mauvais serviteurs. « Qu'a donc le roi à se lamenter si fort ? dirent entre eux les chevaliers qui l'entouraient. A-t-il perdu son fils ou sa femme ? le feu a-t-il pris à ses domaines ? Qu'il parle, nous sommes tous prêts à lui obéir, à renverser villes forteresses, à nous exposer pour lui corps et âme. C'est à tort « qu'il se plaint de nous, puisqu'il ne veut pas s'expliquer. «Un homme, disait le roi, qui a mangé mon pain, qui vint pauvre à ma cour et que j'ai enrichi, a levé son talon pour me frapper aux dents; il insulte toute ma famille, tout mon royaume; le deuil m'en vient au cœur, et personne ne m'a  vengé de lui ! » Cette scène avait lieu au Bourg-lez-Bayeux, où les rois anglo-normands avaient une maison de plaisance. C'est là que les trois évêques s'étaient présentés pour exposer leurs griefs. L'acte d'excommunication fut lu en présence de toute la cour. Alors les chevaliers du roi, animés d'une grande fureur, jurèrent la mort de l'archevêque : « Sa langue lui sera arrachée, « disaient-ils, ses yeux crevés dans sa tête. Ni l'église, ni l'autel, « ni quoi que ce soit ne pourra le garantir. » - «La Chambre du Bourg a une étrange destinée, dit ensuite le trouvère; c'est là que Harold fut déshérité par un serment, et la domination de l'Angleterre assurée au bâtard; c'est là que fut décidé et juré le meurtre de saint Thomas. Les plus grands de la cour n'ont pas reculé devant cette cruauté; mais je ne veux pas les nommer dans mon écrit, puisqu'ils se sont amendés et que Dieu leur a pardonné. Poussés par un méchant esprit, les plus grands de la cour, les plus hardis, les plus sages, Anglais ou Normands, sont allés aux ports, les uns à Dieppe ou à Winchelsea, les autres à Wissant ou Barfleur, afin d'empêcher qui que ce fût de passer en Angleterre pour prévenir l'archevêque.»

 

Cependant quatre des plus implacables avaient quitté la cour. Dieu les haïssait à cause de leur mauvaise vie : c'étaient Hugues de Moreville, Guillaume de Tracy, Benaud Fitz-Ours et Richard le Breton. Roger de Pont-l’Evêque les accompagna en les excitant à commettre le crime : «Un royaume est troublé par Thomas, leur disait-il; s'il était mort, tout serait apaisé. Quoi que vous fassiez, j'en prends sur moi la faute.» Avant de les quitter il les conduisit dans sa demeure, et il donna à chacun d'eux soixante marcs. Ainsi le sang du juste fut vendu et acheté (Ms. de la Bibl. roy., f" 85 r°. Imm. Bekker, p. 135. :  "fu li iustes sancs uenduz e achatez / as Gieus est Judas li coueitus alez") (M. Le Roux de Lincy, La vie et la mort de saint Thomas de Contorbéry par Garnier de Pont-Sainte-Maxence, Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, 1843 - books.google.fr, Immanuel Bekker, Leben des h. Thomas von Canterbury, altfranzösisch, 1838 - books.google.fr).

 

A cette même date où Notre-Dame de Fourvière entre définitivement dans l'histoire, se place le touchant épisode qui devait associer au culte de la sainte Vierge la mémoire du saint archevêque de Cantorbéry, Thomas Becket. Exilé par la tyrannie de son roi, il recevait l'hospitalité de son ami Guichard, abbé de Pontigny, devenu archevêque de Lyon. A ce moment, on travaillait à la construction d'une nouvelle nef à la chapelle de Fourvière. Un jour, d'après la tradition, l'exilé demanda à son ami à quel saint elle serait dédiée. L'archevêque répondit: «Au premier martyr qui versera son sang dans la chrétienté. » Quelques années après, Thomas Becket, de retour en Angleterre, était mis à mort pour avoir soutenu avec une inflexible constance les droits de son Église contre les prétentions d'Henri II. L'archevêque se souvint de sa promesse, et c'est ainsi que l'autel de la grande nef de Fourvière fut consacrée sous le vocable de saint Thomas, archevêque (J. Burnichon, La nouvelle basilique de Fourvière, Etudes religieuses, historiques et littéraires, 1896 - books.google.fr).

 

L'histoire de Thomas Becket fait naturellement présager l'apparition du futur protestantisme anglican. En 1538, Henri VIII fera détruire le tombeau de Thomas Becket et son squelette sera brûlé.

 

Paraîtra à Londres en 1666 sous ce patronage "The prophecie of Thomas Becket...Concerning the Wars between England, France and Holland ", une prophétie désignée sous le titre "The prophecy of the Lily, the Lion and the Son of Man" [“son of man” est une dénomination christique] (Jacques Halbronn, Le texte prophétique en France: formation et fortune, Tome 2, 1999 - books.google.fr).

 

One prophecy of this type, attributed to the twelfth-century martyr Thomas Becket and published in 1666 for 'the comfort of all his Majesties Loyal Subjects', told of the 'son of man', signifying the king of England, conquering the lily (representing (Holland), then proceeding to conquer the world. This allegorical tale ended with the world in peace and the son of man given 'a Wonderful Signe' and going into 'the Land of Promise'. Another version foretold the more biblically apocalyptic conclusion of the son of man entering the Holy Land.

 

Support for the restored government, and criticism of its opponents, was not limited to the writings of episcopal churchmen, and apocalyptic ideas continued to survive in the popular press during the Restoration.  In 1661 Edward Matthew combined his astronomical proof of the significance of the day Charles II was born, when the Pleiades constellation shone in the middle of the day, with an analogy from Revelation. Matthew interpreted the seven stars in Christ's hand in the first chapter of that book as a symbol for Charles II, represented by the seven stars of the constellation announcing his birth, who became 'a temporal Saviour... for saving these three sinking kingdomes'. Reacting to speculation on the apocalyptic significance of the year 1666, the parodic almanac Poor Robin returned to the identification of the 666 words of the Solemn League and Covenant as the number of the beast, and asserted 'we can resolve ye with more certainty, (for it is easier to prognosticate of things that are to come) and tell you that it is fallen', intimating that the Parliamentary cause in the 1640s was the apocalyptic beast. Richard Saunders's almanac for 1666 also revived the same 'Covenant' proof of the number of the beast, as well as finding a correspondence between the number of England's leaders who subscribed to the Covenant and the number of Israelites who rose up against Moses in Numbers 16 (Warren Johnston, Revelation Restored: The Apocalypse in Later Seventeenth-century England, 2011 - books.google.fr).

 

La peste et l'incendie de Londres marqueraient une vengeance divine pour Thomas Becket cf. quatrains II, 50 et II, 51 (où "playe antique" peut être une traduction de l'anglais "plague", la peste). Henri II a-t-il un rapport avec la Lettre à Henry roi de France second ?

 

Becket était vénéré à Hereford comme précurseur de l'évêque Cantilupe dont les reliques auraient été portées en procession pour prémunir la région de la peste déclarée en 1665.

 

The connection between these two sainted churchmen, Thomas Cantilupe and Thomas Becket, enhanced the significance of the pilgrimage to Hereford. Hereford Cathedral was the unquestionable original destination for the chasse of Becket that was commissioned by William de Vere, 1186-1198. Hereford was one of the few English sites that shared a close connection to the Plantagenets who were desirous of furthering the name of Becket by providing a number of English cathedrals with Limoges caskets containing relics of Becket. [...] Like the shrine of Thomas of Canterbury, that of Thomas of Hereford was destroyed in the reign of Henry VIII although the base remains. The bones, however, were apparently removed before its destruction and held in a clandestine location in Hereford. William Ely, a priest ordained during the Catholic restoration under Mary (1553-58) is noted in possession of the bones (Morris, 117-18). He went into exile under Elizabeth but later returned as a recusant priest and died in the Hereford jail in 1609. Subsequent Catholic custodians kept the bones and in 1665, according to some sources, Catholics engaged in a nocturnal procession carrying the relics in an effort to avert the plague (Morris, 114) (V.C. Ragin , N.R. Kline, Relics and the Two Thomases: Thomas of Canterbury and Thomas of Hereford as Bishop Martyr and Bishop Confessor, Catholic Collecting: Catholic Reflection 1538-1850, Tome 13, 2006 - books.google.fr).

 

In 1501, London was a late medieval commune of 35,000 souls, located on the cultural fringe of Northern Europe; its population stood just where it had in 1377, before the 1379 recurrence of the Black Death. By 1670, London was a rapidly changing metropolis of nearly half a million, the engine of an evolving early modern society, a capital and entrepot that would soon become the most populous in Europe (Lawrence Manley, Prof Lawrence Manley, Manley Lawrence, Literature and Culture in Early Modern London, 1995 - books.google.fr).

 

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