Assassinat du duc de Guise

La dernière épidémie de peste européenne

 

II, 53

 

1670

 

La grande peste de cité maritime

Ne cessera que mort ne soit vengée

Du juste sang par pris damné sans crime :

De la grand dame par feincte n'outraigée.

 

La peste à Dieppe

 

Dieppe ville maritime au pays de Normandie (Bernard de Girard sieur Du Haillan, Histoire de France, Tome 2, 1585 - books.google.fr).

 

A l'automne de 1663 commence, apr√®s un r√©pit de dix ans, la derni√®re √©pid√©mie de peste dont l'extension ait √©t√© √† la mesure de l'Europe occidentale. Des vaisseaux hollandais, retour de Smyrne et des √ģles grecques, apportent le mal √† Amsterdam, et, de l√†, il gagne toutes les Provinces-Unies. Malgr√© de pr√©coces mesures de quarantaine, il passe en Angleterre en 1663-1664, et y fait rage jusqu'en 1667 ; Daniel Defoe en a gard√© le souvenir. Pendant l'√©t√© 1664, la peste appara√ģt √† Anvers, Bruxelles puis dans tous les Pays-Bas, et de l√† gagne le M√ľnsterland et la basse vall√©e du Rhin. Elle est enfin signal√©e √† Calais et √† Arques √† la fin de 1665. Vient ensuite un long r√©pit. La France du Nord-Ouest semble pr√©serv√©e par les mesures de contr√īle d√©cid√©es par les parlements, et le front √©pid√©mique para√ģt stabilis√©. Quelques fausses alarmes √† Rouen, d'avril √† juin 1666, d'autres plus s√©rieuses √† Amiens en juin de la m√™me ann√©e, n'ont pas de suite. En revanche, derri√®re le front, la peste est install√©e end√©miquement en Flandres, Dunkerque et Gravelines sont ravag√©es. A la fin de 1667, l'√©pid√©mie reprend sa progression vers le sud, de Courtrai vers Lille, de Bruxelles et Mons vers Valenciennes et Cambrai. L'hiver, assez rigoureux, la cantonne au nord d'une ligne Montreuil - B√©thune - Douai - Cambrai - Valenciennes. Mais en avril, on signale que la peste est √† Soissons et dans sa r√©gion, peut-√™tre √† Beauvais ; en mai √† Amiens ; en juillet √† Rouen ; en ao√Ľt √† Laon et √† Dieppe ; en septembre au Havre. L'√©pid√©mie atteint alors son extension la plus grande. Un reflux lent, coup√© de retours irr√©guliers, de brusques flamb√©es r√©currentes, commence pour durer deux ans. A la fin de juillet, Soissons est d√©clar√©e ¬ę exempte de maladie ¬Ľ. et l'hiver 1668 voient un affaiblissement g√©n√©ral de l'√©pid√©mie : non seulement les villes croient √™tre sauves, mais √† la campagne la peste a presque disparu. En f√©vrier, Laon, en avril Rouen et les bourgs voisins sont d√©finitivement sains, mais partout ailleurs de nouvelles flamb√©es sont enregistr√©es. Alors que le flux de l'√©pid√©mie s'est fait selon un large front et des rythmes relativement coordonn√©s, le reflux semble bien plut√īt √™tre une d√©sagr√©gation d√©sordonn√©e de l'espace de la maladie. A Amiens, des alertes ponctuelles scandent le printemps 1669 : un individu, une famille, une maisonn√©e sont touch√©s ; l'√©t√© est calme, mais d'octobre au milieu de novembre, toute la ville est √† nouveau menac√©e. A Dieppe, m√™mes espoirs et m√™mes alarmes ; mais lorsque la ville est d√©finitivement assainie, en f√©vrier 1670, il y a pr√®s de cinq mois que la peste a cess√© √† Amiens, pr√®s d'un an qu'elle a disparu de Rouen.

 

Cette derni√®re apparition de la peste en France - mis √† part l'√©pisode en tous points anormal de Marseille en 1720 - est l'occasion d'une √©pid√©mie que l'on pourrait presque dire modale. Assez importante pour √™tre bien enregistr√©e, elle n'atteint pas la violence de quelques cas trop fabuleux pour ne pas fausser notre appr√©ciation ; c'est, si l'on veut, une √©pid√©mie exemplaire, comme tout homme pouvait en avoir connu plusieurs au cours d'une vie, au XVIIe si√®cle (Jacques Revel, Autour d'une √©pid√©mie ancienne : la peste de 1666-1670. In: Revue d‚Äôhistoire moderne et contemporaine, tome 17 N¬į4, Octobre-d√©cembre 1970 - https://www.persee.fr).

 

Lors de la peste de 1664-1670, Colbert n'h√©site pas √† envoyer des secours consid√©rables : ainsi Dieppe, en sus des 1000 √©cus envoy√©s par le roi pour les pauvres, re√ßoit encore 3000 livres √† deux reprises. Il n'est pas indiff√©rent de indiff√©rent de remarquer que la peste reste d'autant plus limit√©e, lors de cette √©pid√©mie comme de celle de 1720-1722, que l'importance des moyens financiers mis en jeu est plus grande (Jean No√ęl Biraben, Les hommes et la peste en France et dans les pays europ√©ens et m√©diterran√©ens, Civilisations et soci√©t√©s, 36, 1977 - books.google.fr).

 

"grand dame"

 

L'abbé Guiot, le savant auteur des Trois Siècles palinodiques, ou Hist. génér. des Palinods de Rouen, Dieppe, etc., et le regretté Eugène de Robillard de Beaurepaire, dans son remarquable travail sur les Puys de Palinod de Boum et de Caen, ont signalé les écrivains qui prirent une part active à ces sortes de concours et y recueillirent des lauriers. Nous y relevons, pour la premiere période, - la seule intéressante à notre avis, - des premières années du XVIe siècle jusqu'au milieu du XVIIe, les noms de Guillaume Crétin, Jean et Raoul Parmentier, Dupuys Nicolle, Jean et Clément Marot, Nicolle Ravenier, Dom Nicolle Lescarre, Hugues de Lozay, Messire Jehan Lis, etc. (Adolphe van Bever, Les poètes du terroir, 1918 - books.google.fr).

 

Jean Lis, prêtre à Dieppe, concourut au Palinod de cette ville au jour de l'Assomption. Le chant royal qui put l'y faire couronner se trouve dans le manuscrit de la Bibliothèque du roi, 6989, le quatrième du Recueil. Il est en dialogue :

 

MARIA AD CHRISTUM

 

L'ardent désir de vous voir face à face,

Mon cher Epoux, me rend d'amour si pleine

Que force m'est que mon regret je face

Seule à part moy en ceste basse plaine.

Trop fort languy, et si suis toute saine,

En souspirant je quiers ce que tant j'ame

Pour satisfaire au d√©sir de mon √Ęme.

Le cueur me rid, et si ploure des yeulx,

Vostre penser rafreschit ma mémoire :

Car avec vous je désire estre es cieulx,

Pour vivre en paix, en triumphe de gloire.

 

CHRISTUS AD MARIAM

 

Dame, il est vray qu'en ceste terre basse

Avez souffert labeur, et griefve peine,

Mais aujourd'hui tout votre ennuy se passe

Car vous laissez la terre sèche et vaine,

Et trouverez le conduit de la veine

De vif amour qui nos deux cueur enflamme,

Et régnerez comme la plus grand dame

Qui oncques fut ne sera sur les cieulx.

Mise à ma dextre au divin consistoire,

En gros triomphe et est√Ęt pr√©cieux

Pour vivre en paix, en triomphe de gloire. (Les Trois siècles palinodiques, ou, Histoire générale des palinods de Rouen, Dieppe, etc., 1898 - archive.org).

 

La vierge est donc présentée comme "grand dame" et ailleurs comme "grande dame" (Pedro Valderrama, Sermons sur toutes les festes de Nostre-Dame, composez en espagnol, traduit par F. A. Siméon, 1609 - books.google.fr).

 

La ville de Dieppe eut le malheur d'√™tre afflig√©e de la peste en 1630: elle s'y communiqua par une cargaison de souliers. La contagion y fit un grand ravage. Afin d'obtenir la cessation de ce fl√©au, les habitants firent un vŇďu √† Notre-Dame-de-Liesse; & , pour s'en acquitter, d√®s que la peste fut cess√©e, ils d√©put√®rent quatre Echevins, qui, suivis d'un nombre de bourgeois, furent, conform√©ment √† leurs promesses, porter √† cette Eglise, un navire d'argent, sur l'un des c√īt√©s duquel √©toit √©crit en lettres d'or; VŇďu public de Dieppe (Jean-Antoine-Samson Desmarquets, M√©moires chronologiques pour servir √† l'histoire de Dieppe, et √† celle de la navigation fran√ßoise: avec un recueil abr√©g√© des privileges de cette ville, Tome 1, 1785 - books.google.fr).

 

"feincte"

 

Le quatrain semble montrer un septicisme au sujet des circonstances menant à la délivrance de la peste.

 

Puisque des miracles sont contraires à l'expérience vécue, on les croie ou les dénie selon l'idéologie respective. Pour faire échec aux  contradicteurs, la stratégie de Hume selon nous est simple : les miracles sont rapportés, et par conséquent, leurs récits sont le fruit de l'erreur des historiens, de notre ignorance ou de la ruse des prêtres. C'est ici le scepticisme de Hume (Ching-Shui Li, Le miracle et l'ordre dans la première enquête de David Hume, 2007 - books.google.fr).

 

The Frauds of Romish Monks and Priests Set Forth in Eight Lettres (London, 1691) est attribu√© √† au pr√™tre espagnol Antonio Gavin pass√© √† l'anglicanisme (Edgar C. McKenzie, A Catalog of British Devotional and Religious Books in German Translation from the Reformation to 1750, Volume 2 , 1997 - books.google.fr, Histoire des tromperies des prestres et des moines de l'Eglise romaine: o√Ļ l'on d√©couvre les artifices dont ils se servent pour tenir les peuples dans l'erreur, et l'abus qu'ils font des choses de la religion, Tome I, 1693 - books.google.fr).

 

David Hume (7 mai 1711 - 25 ao√Ľt 1776) est un philosophe, √©conomiste et historien √©cossais. Il est consid√©r√© comme un des plus importants penseurs des Lumi√®res √©cossaises (avec Adam Smith et Thomas Reid) et est un des plus grands philosophes et √©crivains de langue anglaise. Fondateur de l'empirisme moderne (avec Locke et Berkeley), l'un des plus radicaux par son scepticisme, il s'opposa tout particuli√®rement √† Descartes et aux philosophies consid√©rant l'esprit humain d'un point de vue th√©ologico-m√©taphysique : il ouvrit ainsi la voie √† l'application de la m√©thode exp√©rimentale aux ph√©nom√®nes mentaux (fr.wikipedia.org - David Hume).

 

Outrage

 

Le palinod √©tait un concours de po√©sie ou l'on n'admettait que certains genres de pi√®ces comme le chant royal, la ballade, le sonnet, on des vers latins construits sur un m√®tre choisi parmi les odes d'Horace ou les fables de Ph√®dre. Le palinod √©tait originaire de Normandie. Il fut en honneur √† Caen, Rouen et Dieppe. Il avait √©t√© institu√© dans un esprit de d√©votion et d'expiation, pour opposer des chants pieux aux vers injurieux que quelques h√©r√©tiques publiaient contre la Vierge. L'√©loge de la Vierge √©tait exclusivement le sujet de toutes les pi√®ces pr√©sent√©es au palinod. Ce mot, comme le mot palinodie, vient de deux mots grecs, et il est tir√© de cette circonstance que dans le chant royal, genre de po√©sie qui y √©tait tr√®s usit√©, le vers qui commence ou celui qui finit la premi√®re strophe doit √™tre ramen√© √† la fin de toutes les autres. Le nom de puy, qui est donn√© √©galement √† cette c√©r√©monie, s'est form√© du podion grec, ou du podium latin, parce que de m√™me que chez les Romains le podium √©tait un lieu √©lev√© o√Ļ se pla√ßaient les empereurs et les consuls, de m√™me la place qu'occupaient pour le palinod les fondateurs des prix, les juges de l'universit√©, les lecteurs de pi√®ces et l'agonoth√®te, ou pr√©sident et distributeur des prix, √©tant une estrade √©lev√©e, on lui donna par analogie le nom de puy qui, par extension, devint celui de la c√©r√©monie (Magasin pittoresque, 1835 - books.google.fr).

 

Le palinod de Rouen fut fondé en l'honneur de l'immaculée conception de la Vierge. Robert Wace rapporte l'établissement de cette fête au onzième siècle, à l'occasion d'une tempête qu'aurait essuyée un abbé du monastère de Ramsay dans un voyage en Danemark, entrepris par ordre de Guillaume le Roux, roi d'Angleterre, danger dont l'abbé aurait été préservé par l'intercession de la vierge Marie. D'autres fixent à 1486 la fondation du palinod ou puy palinod de la capitale de la Normandie. Ce palinod fut longtemps appelé la file aux Normands. Quelques villes de Normandie en établirent dans la suite, notamment Caen, en 1527 ; mais le palinod de Rouen resta le plus célèbre. Il y avait trois prix, qui consistaient dans les armes de l'université ou des bienfaiteurs du palinod, des anneaux d'or, des jetons d'argent et des branches de laurier. Les poésies furent d'abord des épigrammes latines, des chants royaux, des ballades et des sonnets. On y ajouta plus tard deux odes latines et une ode française. Dans les derniers temps, le premier prix était donné à une pièce de poésie de douze stances, et le second à une ode française. Tous ces ouvrages devaient être terminés par une stance en l'honneur de la Vierge. La révolution a détruit ces fêtes et ces concours. Par suite on a donné le nom de palinod, en littérature, à une pièce de poésie, sorte de chant royal ou de ballade, dans laquelle on devait amener la répétition du même vers à la fin de chaque strophe.

 

La palinodie (du grec "palin" de nouveau, et "√īd√®" chant) qualifiait un po√®me, satire ou ode, dans lesquels le po√®te exprimait vivement une r√©tractation des sentiments ou des faits qu'il avait √©nonc√©s dans une ode, satire ou po√®me pr√©c√©dents. On doit au c√©l√®bre lyrique grec St√©sichore la premi√®re palinodie. Ayant injuri√© H√©l√®ne dans l'un de ses po√®mes, il fut frapp√© d'aveuglement par Castor et Pollux, les fr√®res de cette princesse, qui √©taient depuis quelque temps an rang des dieux. Cette affliction venue du ciel inspira au po√®te une r√©tractation, et il composa un po√®me o√Ļ il certifiait que jamais navire n'avait port√© H√©l√®ne sur la plage phrygienne. Il y louait la pudeur d'H√©l√®ne √† l'√©gal de celle de P√©n√©lope, sans oublier ses charmes incomparables; M√©n√©las n'y √©tait point oubli√© : c'√©tait le plus heureux des √©poux. St√©sichore intitula ce po√®me palinodie, et il recouvra la vue. On comprend que l'aveuglement du po√®te et la lumi√®re du jour que lui rendirent les Dioscorides ne sont qu'un mythe on une all√©gorie.

 

Dans la suite, saint Justin, saint Clément et Eusèbe, appelèrent une sainte palinodie un hymne qu'ils attribuaient à Orphée. Ce mystagogue, y reniant non moins que trois cents dieux, sortis pour la plupart de son cerveau, y aurait prodigué les images bibliques, seules convenables au dieu vivant.

 

Un charmant exemple de palinodie latine est l'ode d'Horace adress√©e √† Tyndaris. Ce po√®te avait outrag√© dans ses vers la belle Gratidie, la m√®re de cette jeune fille : il en demande pardon √† cette derni√®re; il la conjure de jeter ses trop rapides √Įambes dans la mer, ou de les condamner au feu. "A cette heure, ajonte-t-il, je cherche √† composer un miel qui adoucisse leur acret√©." Pour prix de ses derniers vers, qu'il nomme recantati, il conjure Tyndaris, plus belle encore que sa m√®re, de devenir son amie et de lui accorder ses faveurs (William Duckett, Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonn√©, Tome 14, 1868 - books.google.fr).

 

A la vie la plus r√©guli√®re et la plus exempte de reproches, Jean Baptiste De Clieu, cur√© du Havre n√© √† Dieppe en 1629, joignait une pi√©t√© vraie et une tendre d√©votion envers la Sainte-Vierge, qu'il appelle si souvent la M√®re de Gr√Ęce, la patronne de la ville et du Temple; ce z√®le et ce d√©vo√Ľment √† la M√®re de Dieu, il les avait puis√©s aux jours de son enfance, √† Dieppe, o√Ļ le culte de Marie fut toujours en si grand honneur. Plus d'une fois il avait offert ses po√©sies au concours fameux du Puy des Palinods dieppois ; enfant il s'√©tait joyeusement √©battu aux Mitouries de Saint-Jacques, et plus tard il renouvela la cons√©cration du Havre √† Marie, l'√©tablit avec saint Charles Borrom√©e, patronne de son s√©minaire, et ne composa jamais un ouvrage sans lui en offrir la d√©dicace. Il entreprit, vers 1685, d'√©crire √† la gloire de la Sainte-Vierge le livre de ses Opuscules, il le divisa en quatre tomes et l'intitula : Trait√© du culte pur de la bienheureuse Vierge Marie; il y vengeait l'honneur de la M√®re de Dieu , m√©connue et outrag√©e par les h√©r√©tiques, il y proposait aux clercs et aux fid√®les les meilleures r√®gles de d√©votion √† suivre, tout y respirait la tendresse et l'amour, tout y d√©celait le talent et l'√©rudition. Malheureusement cet ouvrage, imprim√© sans doute √† un petit nombre d'exemplaires, n'a pu √™tre retrouv√©, et nous ne pouvons l'appr√©cier que par les extraits abr√©g√©s cit√©s dans le Syst√®me du nouvel Univers de l'Apocalypse (Jean-Baptiste Lecomte, Messire de Clieu: les √©glises et le clerg√© de la ville du Havre-de-Gr√Ęce (1516-1851), 1851 - books.google.fr).

 

La famille de Clieu, originaire de la ville de Dieppe, y tenait un rang distingu√© dans la marine de ce port, dont le commerce √©tait alors beaucoup plus consid√©rable et plus √©tendu qu'aujourd'hui. Messire Jean-Baptiste de Clieu, cur√© du Havre en 1690, nous apprend dans son ouvrage intitul√© : Syst√®me du nouvel univers de l'Apocalypse que son a√Įeul avait command√© les flottes royales, et que son oncle Mathieu, pr√™tre de la congr√©gation de l'Oratoire, avait, le premier, retranch√© l'x, lettre finale de leur nom de famille (Jean-Beno√ģt-D√©sir√© Cochet, Galerie Dieppoise: notices biographiques sur les hommes c√©l√®bres ou utiles de Dieppe et de l'arrondissement, 1862 - books.google.fr).

 

La municipalit√© de Laon v√©rifie d'ailleurs r√©guli√®rement, tout au long du XVIII si√®cle", le bon √©tat de conservation de l'ex-voto de 1669 qui, contrairement √† ceux des autres villes, n'a pas √©t√© envoy√© √† la fonte en 1690 pendant le Tr√®s tard, dans le peuple, on continue √† croire √† la vengeance d'un esprit offens√© : ainsi, en 1638 √† Quimper, les habitants croient que la peste est venue par la faute d'un ivrogne qui a cass√© un bras de la statue de saint Corentin. D'ailleurs, la preuve en est faite deux ans plus tard, lorsque la peste s'arr√™te apr√®s que les autorit√©s, enfin convaincues par la population, font, en r√©paration, √† saint Corentin un vŇďu qui sera ex√©cut√© en 1643 (Jean No√ęl Biraben, Les hommes et la peste en France et dans les pays europ√©ens et m√©diterran√©ens, Civilisations et soci√©t√©s, 36, 1977 - books.google.fr).

 

"juste sang pris damné sans crime"

 

Le type du juste souffrant est le Christ (cf. psaume 21). Thomas Becket n√© √† Londres le 21 d√©cembre 1117, archev√™que de Cantorb√©ry en 1162, est assassin√© le 29 d√©cembre 1170, 5 si√®cles avant la datation du quatrain. Dieu se venge du vol de l'arche d'alliance par les Philistins en envoyant la peste sur la ville d'Ashdod o√Ļ elle √©tait retenue.

 

Notons la mort de Socrate vengée par une épidémie de Peste à Athènes (François Charpentier, La Vie de Socrate, 1699 - books.google.fr).

 

De tous les griefs all√©gu√©s contre Henri II par le primat d'Angleterre, l'un des plus graves √©tait le sacre du jeune prince, h√©ritier de la couronne, fait l'ann√©e pr√©c√©dente par ordre du roi, au pr√©judice des droits du Primat. J'ai dit qu'√† l'entrevue de Fr√©teval, Thomas avait reproch√© au roi ce couronnement, et demand√© la punition des √©v√™ques qui avaient os√© le faire; que Henri II, reconnaissant sa faute, lui avait promis de ne plus se commettre entre lui et les √©v√™ques, et de le laisser libre √† ce sujet. C'est pourquoi le premier acte de l'archev√™que, de retour √† Cantorb√©ry, fut d'√©crire au jeune prince, en lui d√©clarant que l'onction qu'il avait re√ßue √©tait contraire aux lois divines et sans aucune autorit√©. De plus, le jour de No√ęl, il monta en chaire et pronon√ßa publiquement l'excommunication de l'archev√™que d'York et des √©v√™ques de Londres et de Salisbury, qui avaient sacr√© le jeune prince. Il pronon√ßa la m√™me peine contre Richard de Broc, qui n'avait pas craint de s'emparer de ses domaines et de jeter en prison plusieurs de ses vassaux. Cette mesure frappa de stupeur ceux qu'elle atteignait. L'un d'eux cependant, Roger de Pont-l'√Čv√™que, se r√©volta contre l'autorit√© de saint Thomas, et, bien loin d'imiter Gilbert Foliot et Josselin de Salisbury, qui voulaient aller lui demander gr√Ęce, il les engagea √† passer la mer et √† aller se plaindre au roi qui √©tait alors en Normandie. C√©dant √† ce conseil, les trois √©v√™ques se rendirent aupr√®s de Henri II, et lui port√®rent le bref d'excommunication. A cette vue, le roi fut saisi d'un violent acc√®s de col√®re; il frappa ses mains l'une contre l'autre, et se plaignit am√®rement. Rentr√© dans sa chambre, il devint p√Ęle de fureur, et s'√©cria qu'il n'avait nourri de son pain que de mauvais serviteurs. ¬ę Qu'a donc le roi √† se lamenter si fort ? dirent entre eux les chevaliers qui l'entouraient. A-t-il perdu son fils ou sa femme ? le feu a-t-il pris √† ses domaines ? Qu'il parle, nous sommes tous pr√™ts √† lui ob√©ir, √† renverser villes forteresses, √† nous exposer pour lui corps et √Ęme. C'est √† tort ¬ę qu'il se plaint de nous, puisqu'il ne veut pas s'expliquer. ¬ęUn homme, disait le roi, qui a mang√© mon pain, qui vint pauvre √† ma cour et que j'ai enrichi, a lev√© son talon pour me frapper aux dents; il insulte toute ma famille, tout mon royaume; le deuil m'en vient au cŇďur, et personne ne m'a ¬†veng√© de lui ! ¬Ľ Cette sc√®ne avait lieu au Bourg-lez-Bayeux, o√Ļ les rois anglo-normands avaient une maison de plaisance. C'est l√† que les trois √©v√™ques s'√©taient pr√©sent√©s pour exposer leurs griefs. L'acte d'excommunication fut lu en pr√©sence de toute la cour. Alors les chevaliers du roi, anim√©s d'une grande fureur, jur√®rent la mort de l'archev√™que : ¬ę Sa langue lui sera arrach√©e, ¬ę disaient-ils, ses yeux crev√©s dans sa t√™te. Ni l'√©glise, ni l'autel, ¬ę ni quoi que ce soit ne pourra le garantir. ¬Ľ - ¬ęLa Chambre du Bourg a une √©trange destin√©e, dit ensuite le trouv√®re; c'est l√† que Harold fut d√©sh√©rit√© par un serment, et la domination de l'Angleterre assur√©e au b√Ętard; c'est l√† que fut d√©cid√© et jur√© le meurtre de saint Thomas. Les plus grands de la cour n'ont pas recul√© devant cette cruaut√©; mais je ne veux pas les nommer dans mon √©crit, puisqu'ils se sont amend√©s et que Dieu leur a pardonn√©. Pouss√©s par un m√©chant esprit, les plus grands de la cour, les plus hardis, les plus sages, Anglais ou Normands, sont all√©s aux ports, les uns √† Dieppe ou √† Winchelsea, les autres √† Wissant ou Barfleur, afin d'emp√™cher qui que ce f√Ľt de passer en Angleterre pour pr√©venir l'archev√™que.¬Ľ

 

Cependant quatre des plus implacables avaient quitt√© la cour. Dieu les ha√Įssait √† cause de leur mauvaise vie : c'√©taient Hugues de Moreville, Guillaume de Tracy, Benaud Fitz-Ours et Richard le Breton. Roger de Pont-l‚ÄôEv√™que les accompagna en les excitant √† commettre le crime : ¬ęUn royaume est troubl√© par Thomas, leur disait-il; s'il √©tait mort, tout serait apais√©. Quoi que vous fassiez, j'en prends sur moi la faute.¬Ľ Avant de les quitter il les conduisit dans sa demeure, et il donna √† chacun d'eux soixante marcs. Ainsi le sang du juste fut vendu et achet√© (Ms. de la Bibl. roy., f" 85 r¬į. Imm. Bekker, p. 135. :¬† "l√† fu li iustes sancs uenduz e achatez / as Gieus est Judas li coueitus alez") (M. Le Roux de Lincy, La vie et la mort de saint Thomas de Contorb√©ry par Garnier de Pont-Sainte-Maxence, Biblioth√®que de l'Ecole des Chartes, 1843 - books.google.fr, Immanuel Bekker, Leben des h. Thomas von Canterbury, altfranz√∂sisch, 1838 - books.google.fr).

 

A cette m√™me date o√Ļ Notre-Dame de Fourvi√®re entre d√©finitivement dans l'histoire, se place le touchant √©pisode qui devait associer au culte de la sainte Vierge la m√©moire du saint archev√™que de Cantorb√©ry, Thomas Becket. Exil√© par la tyrannie de son roi, il recevait l'hospitalit√© de son ami Guichard, abb√© de Pontigny, devenu archev√™que de Lyon. A ce moment, on travaillait √† la construction d'une nouvelle nef √† la chapelle de Fourvi√®re. Un jour, d'apr√®s la tradition, l'exil√© demanda √† son ami √† quel saint elle serait d√©di√©e. L'archev√™que r√©pondit: ¬ęAu premier martyr qui versera son sang dans la chr√©tient√©. ¬Ľ Quelques ann√©es apr√®s, Thomas Becket, de retour en Angleterre, √©tait mis √† mort pour avoir soutenu avec une inflexible constance les droits de son √Čglise contre les pr√©tentions d'Henri II. L'archev√™que se souvint de sa promesse, et c'est ainsi que l'autel de la grande nef de Fourvi√®re fut consacr√©e sous le vocable de saint Thomas, archev√™que (J. Burnichon, La nouvelle basilique de Fourvi√®re, Etudes religieuses, historiques et litt√©raires, 1896 - books.google.fr).

 

L'histoire de Thomas Becket fait naturellement pr√©sager l'apparition du futur protestantisme anglican. En 1538, Henri VIII fera d√©truire le tombeau de Thomas Becket et son squelette sera br√Ľl√©.

 

Para√ģtra √† Londres en 1666 sous ce patronage "The prophecie of Thomas Becket...Concerning the Wars between England, France and Holland ", une proph√©tie d√©sign√©e sous le titre "The prophecy of the Lily, the Lion and the Son of Man" [‚Äúson of man‚ÄĚ est une d√©nomination christique] (Jacques Halbronn, Le texte proph√©tique en France: formation et fortune, Tome 2, 1999 - books.google.fr).

 

One prophecy of this type, attributed to the twelfth-century martyr Thomas Becket and published in 1666 for 'the comfort of all his Majesties Loyal Subjects', told of the 'son of man', signifying the king of England, conquering the lily (representing (Holland), then proceeding to conquer the world. This allegorical tale ended with the world in peace and the son of man given 'a Wonderful Signe' and going into 'the Land of Promise'. Another version foretold the more biblically apocalyptic conclusion of the son of man entering the Holy Land.

 

Support for the restored government, and criticism of its opponents, was not limited to the writings of episcopal churchmen, and apocalyptic ideas continued to survive in the popular press during the Restoration.  In 1661 Edward Matthew combined his astronomical proof of the significance of the day Charles II was born, when the Pleiades constellation shone in the middle of the day, with an analogy from Revelation. Matthew interpreted the seven stars in Christ's hand in the first chapter of that book as a symbol for Charles II, represented by the seven stars of the constellation announcing his birth, who became 'a temporal Saviour... for saving these three sinking kingdomes'. Reacting to speculation on the apocalyptic significance of the year 1666, the parodic almanac Poor Robin returned to the identification of the 666 words of the Solemn League and Covenant as the number of the beast, and asserted 'we can resolve ye with more certainty, (for it is easier to prognosticate of things that are to come) and tell you that it is fallen', intimating that the Parliamentary cause in the 1640s was the apocalyptic beast. Richard Saunders's almanac for 1666 also revived the same 'Covenant' proof of the number of the beast, as well as finding a correspondence between the number of England's leaders who subscribed to the Covenant and the number of Israelites who rose up against Moses in Numbers 16 (Warren Johnston, Revelation Restored: The Apocalypse in Later Seventeenth-century England, 2011 - books.google.fr).

 

La peste et l'incendie de Londres marqueraient une vengeance divine pour Thomas Becket cf. quatrains II, 50 et II, 51 (o√Ļ "playe antique" peut √™tre une traduction de l'anglais "plague", la peste). Henri II a-t-il un rapport avec la Lettre √† Henry roi de France second ?

 

Becket était vénéré à Hereford comme précurseur de l'évêque Cantilupe dont les reliques auraient été portées en procession pour prémunir la région de la peste déclarée en 1665.

 

The connection between these two sainted churchmen, Thomas Cantilupe and Thomas Becket, enhanced the significance of the pilgrimage to Hereford. Hereford Cathedral was the unquestionable original destination for the chasse of Becket that was commissioned by William de Vere, 1186-1198. Hereford was one of the few English sites that shared a close connection to the Plantagenets who were desirous of furthering the name of Becket by providing a number of English cathedrals with Limoges caskets containing relics of Becket. [...] Like the shrine of Thomas of Canterbury, that of Thomas of Hereford was destroyed in the reign of Henry VIII although the base remains. The bones, however, were apparently removed before its destruction and held in a clandestine location in Hereford. William Ely, a priest ordained during the Catholic restoration under Mary (1553-58) is noted in possession of the bones (Morris, 117-18). He went into exile under Elizabeth but later returned as a recusant priest and died in the Hereford jail in 1609. Subsequent Catholic custodians kept the bones and in 1665, according to some sources, Catholics engaged in a nocturnal procession carrying the relics in an effort to avert the plague (Morris, 114) (V.C. Ragin , N.R. Kline, Relics and the Two Thomases: Thomas of Canterbury and Thomas of Hereford as Bishop Martyr and Bishop Confessor, Catholic Collecting: Catholic Reflection 1538-1850, Tome 13, 2006 - books.google.fr).

 

In 1501, London was a late medieval commune of 35,000 souls, located on the cultural fringe of Northern Europe; its population stood just where it had in 1377, before the 1379 recurrence of the Black Death. By 1670, London was a rapidly changing metropolis of nearly half a million, the engine of an evolving early modern society, a capital and entrepot that would soon become the most populous in Europe (Lawrence Manley, Prof Lawrence Manley, Manley Lawrence, Literature and Culture in Early Modern London, 1995 - books.google.fr).

 

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