Entre Casal-Maggiore et Casal

Entre Casal-Maggiore et Casal

 

II, 26

 

1650

 

Pour la faveur que la cité fera

Au grand qui tost perdra champ de bataille,

Fuis le rang, Po Thesin versera :

De sang feuz morts, noyés de coups de taille.

 

Campagne d'Italie

 

Le duc de Modène, soutenu par les Français, s'Ă©tait emparĂ© de Casal-Maggiore, d'oĂą il menaçait CrĂ©mone. Le nouveau gouverneur espagnol de Milan, le marquis de Caracène, qui venait d'ĂŞtre appelĂ© de Flandre pour diriger les opĂ©rations militaires dans le nord de l'Italie, voulut reprendre Casal-Maggiore et commença par occuper deux Ă®les du PĂ´ en face de cette ville. De lĂ  il menaçait la garnison française placĂ©e sous les ordres de Navailles et rĂ©duite Ă  un petit nombre d'hommes; mais le marĂ©chal du Plessis-Praslin, qui commandait un corps d’armĂ©e en PiĂ©mont, vint au secours de Navailles, et força le marquis de Caracène Ă  Ă©vacuer les Ă®les du PĂ´ et Ă  se replier vers CrĂ©mone. Les Français ne purent attaquer immĂ©diatement cette ville, parce que l'artillerie nĂ©cessaire pour le siège leur manquait. Le marquis de Caracène profita de ce rĂ©pit pour faire creuser un retranchement qui partait du PĂ´ près de CrĂ©mone et s'Ă©tendait jusqu'Ă  l'Oglio. Il se composait de deux larges fossĂ©s sĂ©parĂ©s par un canal rempli d'eau. Les Français n'arrivèrent que vers la fin de juin 1648 en face de ces retranchements dĂ©fendus par les Suisses du cĂ´tĂ© du PĂ´, par les Espagnols au centre, et par les Italiens près de l'Oglio. Le marĂ©chal rĂ©unit un conseil de guerre oĂą il fut dĂ©cidĂ© que trois corps, commandĂ©s par Boissac, Navailles et Laleu, attaqueraient les retranchements (Bataille de Trancheron). Boissac, qui dirigeait l'attaque vers l'Oglio, eut le principal honneur de la journĂ©e. Il Ă©tait marĂ©chal de camp depuis 1646, et s'Ă©tait distinguĂ© dans plusieurs campagnes. Sous lui servait le second fils du marĂ©chal du Plessis-Praslin, qui fut tuĂ© dans l'action. Le combat fut très vif. Boissac lui-mĂŞme en rendit compte Ă  Mazarin dans une lettre, qui fixe la date des Ă©vĂ©nements. Il Ă©crivait au cardinal le 1er juillet 1648: «Nous forçames hier ce grand retranchement des ennemis, qui devait empĂŞcher l'entrĂ©e de notre armĂ©e dans le Milanez. Ils se sont assez bien dĂ©fendus. Nous avons pris leurs canons, quelques enseignes et quelques cornettes, taillĂ© en pièces deux de leurs rĂ©giments, etc.» Les ennemis avaient perdu dans ce combat trois mille hommes, dont mille tuĂ©s et deux mille prisonniers. C'Ă©tait un heureux commencement de campagne et qui promettait des avantages plus dĂ©cisifs. Mazarin, après avoir fĂ©licitĂ© le marĂ©chal du Plessis-Praslin de ce succès, ajoutait : «Nous sommes ici en grande impatience de savoir quelle rĂ©solution vous aurez faite pour profiter de la victoire et de l'Ă©pouvante qu'elle avait causĂ©e dans tout le pays. L'arrivĂ©e de la cavalerie de PiĂ©mont et des rĂ©giments de Provence vous aura, je m'assure, donnĂ© lieu de le faire encore plus avantageusement.» Le marĂ©chal hĂ©sita, et, au lieu de marcher immĂ©diatement sur CrĂ©mone, il laissa aux ennemis le temps de fortifier cette place. Mazarin lui en tĂ©moignait son Ă©tonnement et son dĂ©plaisir : «Je voudrais, lui Ă©crivait-il, qu'après avoir forcĂ© si glorieusement les retranchements des ennemis, vous eussiez plutĂ´t regardĂ© Ă  l'Ă©tat oĂą votre action les avait mis qu'Ă  vos forces effectives; car il me semble que, dans la chaleur de la victoire et dans l'Ă©pouvante qu'elle avait sans doute causĂ©e par tout le pays, vous Ă©tiez plus capable de venir Ă  bout de ce qu'on avait voulu entreprendre, mĂŞme avec peu de troupes, qu'on ne le sera quand vous serez renforcĂ© au double et que les ennemis auront eu le loisir de se rassurer.» Ainsi, malgrĂ© un dĂ©but heureux, la campagne du Milanez n'avait pas eu de rĂ©sultat dĂ©cisif. Le siège de CrĂ©mone n'Ă©tait pas mĂŞme commencĂ© (Adolphe Cheruel, Histoire de France pendant la minorite de Louis XIV, 1879 - books.google.fr).

 

"noyez de coup de taille"

 

Intanto veduto i Francesi,che riusciffe loro di grauissimo pregiudicio la padronanza acquistata dagli Spagnuoli sull'Isoletta, tentarono nel medesimo giorno di ricuperarla per farui testa infino a che accorressero altre forze in loro foccorso. Accostatisi adunque all'Isoletta con due barconi d'Infanteria, vi furono lasciati smontare senza contrasto dal Quintana; ma prima che vi fermassero piede, furono con tanta risoluzione investiti, che ne rimasero per la maggior parte tagliati a pezzi, o affogati nel Po insieme con alcuni Comandanti di riguardo, e alcuni Gentilhuomini Francesi (Girolamo Brusoni, Della historia d'Italia: libri 38, 1671 - books.google.fr).

 

"sang feuz" : sanguine sufus (sang versĂ©) (Pierre Brind'Amour, Les premières centuries, ou, Propheties de Nostradamus (Ă©dition MacĂ© Bonhomme de 1555), 1996 - www.google.fr/books/edition).

 

"Grand"

 

Bussy-Rabutin traite Caracène de "grand capitaine". Il ne fut pas "grand d'Espagne" mais eut le droit de se couvrir lors du passage de la future épouse de Philippe IV à Milan, comme les autres grands qui l'accompagnaient (Adolphe Chéruel, Lettres du cardinal Mazarin pendant son ministère: Juillet 1655-juin 1657, 1893 - books.google.fr, Mémoires de Saint-Simon, Tome 2 : 1700-1703, 2015 - books.google.fr).

 

Luis Francisco de Benavides Carrillo de Toledo (Valencia, 20 de septiembre de 1608 – Madrid, 6 de enero de 1668), V marqués de Frómista, III marqués de Caracena y III conde de Pinto, general y político español (es.wikipedia.org - Luis de Benavides Carrillo).

 

Le Tessin

 

Le 18 juin 1648. Monsieur, Vous aurez appris par le voyage de M. le comte du Plessis la victoire que son père a remportĂ©e sur les ennemis, ce qu'il a fait depuis et ce qu'il dĂ©sire prĂ©sentement de nous ; mais, comme l'exĂ©cution dĂ©pend de beaucoup de choses que n'avons pas, nous avons dĂ©pĂŞchĂ© promptement Ă  M. l'Intendant pour nous les envoyer. La première, c'est le pont et ses voitures, la seconde ce sont les recrues et compagnies d'augmentation d'Auvergne qu'il a mises dans la citadelle de Turin et autres places que nous tenons, dans la peur qu'il a eue que Madame Royale de Savoie ne s'en saisĂ®t, et la dernière le reste de l'Ă©quipage de l'artillerie pour pouvoir mener quatre pièces et les munitions de guerre nĂ©cessaires pour un tel voyage. En attendant que nous ayons rĂ©ponse de toutes ces choses, M. le marquis Ville a Ă©crit Ă  M. le marĂ©chal du Plessis, pour l'avertir des difficultĂ©s qui se rencontrent en ce voyage, toutefois avec cette clause que nous hasarderions tout s'il lui mandoit de le faire, et que cependant nous nous porterons sur le Tessin, oĂą nous attendrions sa rĂ©ponse. La plus grande difficultĂ© qui se trouve en ce dessein c'est que nous n'avons que douze cents hommes de pied et deux mille deux cents chevaux suivant le calcul que je vous en ai fait par ma dernière ; les autres sont qu'entre le Tessin et l'Adda il y a une autre rivière qui s'appelle Lambro, et plusieurs navilles et roches qui rendent les chemins difficiles et sur lesquels les ennemis se peuvent poster si avantageusement qu'ils nous feroient pĂ©rir de faim, quand ils ne voudroient pas nous combattre, quoique ce fĂ»t un coup sĂ»r, le peu d'hommes que nous avons et le grand nombre qu'ils nous peuvent opposer avec les milices de Milan et de Pavie entre lesquelles nous passons. NĂ©anmoins je vous assure, Monsieur, que, s'il faut tout risquer pour rendre quelque service au Roi qui mĂ©rite que l'on hasarde ce corps ici, il n'y a personne qui ne s'y porte avec une chaleur très ardente. Pour moi, je le ferai avec joie, puisqu'il me sera plus glorieux de pĂ©rir par les armes que de misère, ce que je ne puis Ă©viter si vous ne me secourez. Je l'attends de votre bontĂ© et que vous me croyiez votre très humble et très obĂ©issant serviteur (Correspondance de RenĂ© Renaud de SĂ©vignĂ©, SociĂ©tĂ© de l'histoire de France, Volume 355, 1911 - www.google.fr/books/edition).

 

Cette bataille de Trancheron se donna entre le dernier de juin et le premier de juillet, un mois après le secours de Casal-Major. On pouvoit s'attendre avec raison Ă  une fort heureuse campagne, après un si beau commencement. Il avoit Ă©tĂ© nĂ©cessaire de se faire un passage au-delĂ  de ce Trancheron, pour s'ouvrir le chemin aux conquĂŞtes : et comme l'entreprise avoit rĂ©ussi avec tant de bonheur, l'armĂ©e qui dĂ©fendoit le Milanais ayant Ă©tĂ© battue, il sembloit qu'on ne pouvoit manquer de conquĂ©rir une bonne partie de ce pays cette mĂŞme annĂ©e.

 

Pour commencer, le marĂ©chal Du Plessis avoit deux pensĂ©es : l'une d'assiĂ©ger CrĂ©mone, et l'autre Pizzighitone. Ce qui s'Ă©toit sauvĂ© de l'armĂ©e ennemie dans CrĂ©mone lui Ă´ta le dessein d'entreprendre sur cette place; de sorte que tout se rĂ©duisoit Ă  Pizzighitone. Ce dessein Ă©toit bien plus raisonnable que l'autre, parce qu'il Ă©toit plus proportionnĂ© Ă  nos forces. Il en fit les propositions au duc de Modène, qui en demeura d'accord. Pizzighitone est situĂ© sur la rivière d'Adda, qu'il falloit passer pour en faire le siĂ©ge. On se poste pour cet effet sur le bord de ce fleuve, croyant que les ennemis n'y seroient point encore retranchĂ©s de l'autre part, ou que l'Ă©tant, ce ne seroit peut-ĂŞtre pas en tant d'endroits qu'on n'en pĂ»t trouver quelqu'un pour y faire le passage sans une trop vigoureuse opposition. Les choses ne se rencontrèrent pas nĂ©anmoins de cette manière. Les ennemis avoient laissĂ© dans CrĂ©mone, avec la milice du pays et les habitans armĂ©s, un assez bon corps de cavalerie et d'infanterie pour n'y pas apprĂ©hender une insulte; et le surplus de toutes leurs troupes se trouva au-delĂ  de l'Adda, toutes Ă  couvert, soit par leur travail, ou par les avantages du lieu : tellement que le marĂ©chal Du Plessis en ayant reconnu tous les bords, et trouvant le passage tout autrement qu'on ne lui avoit figurĂ©, jugea qu'il y auroit de grands obstacles, et qu'on ne pourroit passer qu'en chassant les ennemis qui s'y opposoient, ou en dĂ©robant le passage en quelque endroit oĂą ils ne fussent pas logĂ©s. L'un et l'autre Ă©toit malaisĂ©; l'on ne savoit oĂą l'on pourroit dĂ©rober ce passage, et il paroissoit impossible de forcer les ennemis en traversant en leur prĂ©sence une grande rivière, de l'autre cĂ´tĂ© de laquelle ils Ă©toient retranchĂ©s. On voulut nĂ©anmoins le tenter Ă  la faveur du canon; mais nous avions si peu de bateaux, qu'il n'y eut pas lieu de croire qu'on y rĂ©ussit.

 

On avoit fait entendre au cardinal Mazarini que tout ce qu'il falloit pour faire les ponts sur les grandes rivières étoit prêt à marcher. Il l'écrivit au maréchal Du Plessis avant qu'il partît de Piémont, sachant bien qu'on ne peut rien faire dans le Milanais sans cela; et le maréchal Du Plessis croyant la chose certaine, n'en fit point d'autre instance: mais en arrivant à Casal-Major il n'y trouva que douze bateaux à mettre sur des chariots, et il en falloit au moins trente-cinq pour faire un pont sur l'Adda; tellement que si les ennemis nous eussent laissé ce passage libre, il ne nous eût été d'aucun avantage, puisque nous n'avions pas moyen de nous en prévaloir par un pont.

 

On fut plusieurs jours sur le bord de cette rivière, cherchant quelque conjoncture favorable pour ce passage, avec le dessein que, si nous n'avions point de quoi faire un pont pour le siége de Pizzighitone, nous pourrions passer l'armée dans nos douze petits bateaux, et nous rendre sur le bord du Tésin, du côté de Milan; que de là nous ferions venir le corps d'armée qui étoit demeuré en Piémont sous le marquis Ville, qui, amenant avec lui tout ce qu'il y avoit de bateaux propres à faire un pont, nous donneroit moyen d'attaquer Pizzighitone, ou telle autre place que nous voudrions choisir, et que probablement nous ne pourrions manquer avec ces deux corps ensemble.

 

Le duc de Modène crut avoir trouvĂ© le moyen de faire ce passage entre Lodi et Pizzighitone, par quelque intelligence de gens qui demeuroient dans un village situĂ© oĂą je viens de dire, qui lui promettoient des bateaux, si bien qu'en se portant diligemment Ă  l'endroit qu'on les promettoit, et avant que les ennemis pussent ĂŞtre informes de notre marche, on seroit de l'autre cĂ´tĂ©, et retranchĂ©s : outre qu'il y avoit une Ă®le oĂą, Ă©tant postĂ©s, on auroit passĂ© la plus grande partie de la rivière ; et l'autre, qui Ă©toit guĂ©able mĂŞme gens de pied, ne se pouvoit empĂŞcher. Le marĂ©chal Du Plessis voulut aller avec le corps destinĂ© pour recevoir les bateaux; et comme la marche Ă©toit longue, il partit la nuit, et l'armĂ©e le suivit aussi vite qu'elle put. Il arrive au lieu marquĂ© pour y trouver les bateaux, et Ă  l'heure donnĂ©e; mais cela ne produisit autre chose que le regret d'avoir Ă©tĂ© trompĂ©. Il ne parut aucuns bateaux; et après avoir Ă©tĂ© quatre heures maĂ®tres du passage, il fallut se retirer, avec le dĂ©plaisir d'avoir laissĂ© Ă©chapper une si belle occasion, et que le peu de prĂ©voyance de ceux qui Ă©toient chargĂ©s des apprĂŞts militaires, avant que le marĂ©chal eĂ»t joint l'armĂ©e, eĂ»t fait perdre les avantages que devoit produire une victoire si considĂ©rable gagnĂ©e au commencement de cette campagne; parce qu'Ă©tant rĂ©duits entre le PĂ´, l'Adda et l'Oglio, nous Ă©tions forcĂ©s nĂ©cessairement d'entreprendre sur CrĂ©mone ou sur Sabionetta (MĂ©moires du marĂ©chal du Plessis-Praslin, Collection des mĂ©moires relatifs Ă  l'histoire de France, 1827 - books.google.fr).

 

"camp de bataille" : champ de bataille (Dictionnaire de l'armée de terre, ou Recherches historiques sur l'art et les usages militaires des anciens et des modernes par le Général Bardin, 1849 - www.google.fr/books/edition).

 

"Fuis le rang" : duc de Modène déserteur ou transfuge

 

Le dĂ©serteur abandonne son drapeau pour fuir la guerre ; le transfuge quitte les rangs pour passer Ă  l'ennemi (Revue gĂ©nerale de droit international public, Volume 14, 1907 - books.google.fr).

 

Le frère du duc de Modène, le cardinal d'Este, fut outragé par l'ambassadeur d'Espagne à Rome.

 

Le cardinal Mazarin profita de l’animosité que cet événement avait laissée dans le coeur du duc de Modène, pour lui proposer de quitter le parti d'une cour qui ne lui préparait que des dégoûts ; il lui donna l'espoir de conquérir, à l'aide de la France, le Crémonais, l'objet de son ambition. Le 1er septembre 1647, une alliance fut signée à Gênes, et François Ier eut le commandement d'une armée de 11,000 hommes, moitié Français, moitié Modénois; dans l'engagement qu'il contracta, il réserva cependant l'empereur, son suzerain, contre lequel il ne porterait jamais les armes. Nous avons vu que les dissensions entre lui et le maréchal du Plessis-Praslin furent cause que la campagne de 1648 n'offrit rien de décisif. Sans attendre le printemps, le marquis de Caracène, gouverneur du Milanais, parti de Crémone dans les premiers jours de février 1649, reprit Casal-maggiore que les alliés avaient occupé en 1647, et envahit le duché de Modène. Rainuce II, duc de Parme, s'étant chargé du rôle de médiateur, le 27 février le duc de Modène sortit de l'alliance de la France, et licencia les troupes de cette puissance. Le cardinal Renauld d'Este devait renoncer au protectorat de la nation française. Corregio reçut garnison espagnole (Max.Samson-Fréd Schoell, Cours d'histoire des états européens, depuis le bouleversement de l'Empire romain d'Occident jusqu'en 1789, Volume 17, 1832 - books.google.fr, Abrégé chronologique de l'histoire d'Espagne et de Portugal, divisé en huit périodes, 1765 - books.google.fr).

 

Plessis-Praslin

 

César de Choiseul, 1er duc de Choiseul, comte d'Hostel puis comte du Plessis-Praslin, vicomte de Saint-Jean, né le 12 février 1598 à Paris et mort le 23 décembre 1675 dans cette même ville, est un aristocrate et militaire français du XVIIe siècle. Il est maréchal de France. Loyal à la régence pendant la Fronde, il fait partie des troupes de Louis II de Bourbon-Condé, pendant le siège de Paris De 1636 à 1645, il sert dans le Piémont et commande plus d'une fois en chef l'armée française. En 1640, il est nommé gouverneur de Turin, et en 1642, il est promu lieutenant général des armées du Roi. Il conquiert toutes les places du pays et bat les Espagnols à plusieurs reprises. En 1645, il part assiéger, en Catalogne, la forteresse de Rosas, dont la prise lui vaut le bâton de maréchal. Il retourne ensuite en Italie, où, tour à tour général et négociateur, il prend l'Île d'Elbe, bat les troupes du pape Innocent X à Piombino et le contraint à négocier. En 1648, il remporte sur les Espagnols la victoire de Trancheron, qui lui assure la conquête du Milanais; mais manquant de tout et ayant dépensé 450 000 livres de sa fortune personnelle, il ne peut pousser son avantage. L'année suivante en 1649, il est nommé gouverneur de Monsieur, le duc d'Orléans (fr.wikipedia.org - César de Choiseul du Plessis-Praslin).

 

"versera"

 

Je me plaisais à remonter à la source de toutes ces rivières. Je voyais d'abord se précipiter des cimes rocheuses du mont Viso et rouler de cascades en cascades les eaux destinées à former le Pô. Puis c'est la Doria-Riparia qui sort du mont Thabor; le Petit-Saint-Bernard, lui, envoie la Doria-Baltea. Du mont Rosa descend la Sesia; le Tessin arrive des hauteurs du Saint-Gothard, traverse le lac Majeur et se verse dans le fleuve près de Pavie ; l’Adda emprunte ses eaux aux Alpes Tyroliennes; il est facile de reconnaitre ses deux branches dans le col de Stelvio, elle alimente le lac de Côme et vient s'unir au Pô près de Crémone. L'Oglio sort du mont Tonal, arrose la Valteline, passe par le lac d'Isco, reçoit lui-même plusieurs cours d'eau, dont il apporte le tribut près de Luzzara; restent enfin le Mincio et l'Adige : le premier jaillit des rochers du mont Braglio, enserre de sa fourche le lac de Garde, en sort près de Peschiera, arrose Mantoue, et consomme, à quelques lieues de là, son union; la seconde, elle, prend ses eaux dans le lac de Toblach, reçoit toutes les rivières du Tyrol, coule à travers une affreuse gorge, et, à son embouchure dans l'Adriatique, elle a bien mérité le nom de fleuve  (Jules Macquet, Les grandes villes de l'Italie et leurs écoles des beaux-arts, 1888 - books.google.fr).

 

Comme le Tessin est un affluent di PĂ´, il y verse ses eaux.

 

Pavie se trouve près du confluent. En 1525, y eut lieu la bataille où François Ier fut fait prisonnier.

 

Les chiffres rapportées par l'ambassadeur vénitien nous semblent les plus probables, c'est-à-dire 3500 morts français et 2000 noyés dans le Tessin, avec 2000 Suisses prisonniers. Ce dont on ne peut douter c'est que la bataille fut fatale pour les chefs français, car l'amiral Bonnivet et son fils, le maréchal La Palice, monseigneur de la Trémouille, monseigneur Boysi d'Amboise, le grand écuyer Galéas de de Saint Sévérin, monseigneur de Lorraine, le Duc de Suffolk, héritier du trône d'Angleterre, et plusieurs autres demeurèrent sur le camp (Luca Beltrami, La Chartreuse de Pavie, 1906 - books.google.fr).

 

En 1519, commence un conflit de quarante ans marqué par la grande défaite de François Ier à Pavie en mai 1525 et par la perte du Milanais. Non resignés, le roi et son fils Henri II dirigent sans relâche, mais sans résultat durable, des expéditions en Italie depuis la base arrière du Piémont, arrachée au duc de Savoie. La France semble vouée à guerroyer sans fin dans la péninsule jusqu'au traité de Cateau-Cambrésis, en 1559 (Ivan Cloulas, Charles VIII et le mirage italien, 2013 - books.google.fr).

 

100 ans plus tard, le traité des Pyrénées met fin à la guerre avec l'Espagne.

 

Dans toutes les guerres, les mêmes sites stratégiques revenaient au coeur des disputes. Les débouchés alpins et les forteresses clefs de la plaine padane fournissaient les lieux inévitables des affrontements. Ils se plaçaient, en effet, à l'intersection d'une autre route stratégique concurrente, l'axe de pénétration des Français. Après le revers diplomatique de Cateau-Cambrésis, que la tradition officielle persiste à présenter comme un succès, la France n'avait conservé au delà des Alpes que le point d'appui de Saluces, abandonné même en 1601. Il fallut attendre les ministériats de Richelieu et de Mazarin, pour que les ambitions françaises se manifestassent à nouveau. Les offensives françaises massives en mars 1629 et en mars 1630 aboutirent à la construction d'un nouvel axe français. Il était jalonné par la place de Pignerol au débouché du col du Mont Genèvre, puis par les relais de Cande, citadelle du Montferrat, domaine du duc de Mantoue, protégé du roi de France, et enfin de Man-toue, elle-même, énorme forteresse, carrefour incontournable à la rencontre des routes d'Autriche et de Lombardie. A partir de 1636, un an après l'entrée de la France en guerre ouverte contre les Habsbourg de Madrid et de Vienne, et jusqu'au traité des Pyrénées en 1659, des expéditions françaises suivaient cet axe chaque printemps à l'assaut des campagnes piémontaises et milanaises. Les principaux épisodes guerriers, ceux qui requéraient les plus gros efforts en hommes et en moyens étaient des sièges des places fortes le long du Pô, et de ses affluents. Il s'agit de Turin pris en septembre 1640 par le duc d'Harcourt, Asti et Tortona emportées au cours de l'été 1643 par le maréchal Du Plessis Praslin, et surtout Crémone, objet d'un siège long et sanglant, de l'hiver 1647 à l'automne 1648. Ce moment crucial est révélateur des chances de chacun des antagonistes, Français d'une part et Espagnols de l'autre. Les Français disposaient de l'alliance des ducs de Savoie, de Modène et de Mantoue et de la neutralité bienveillante des Génois. Les Espagnols pouvaient compter de leur côté sur le soutien passif de Parme et de Venise; ces territoires étaient assez proches et bien défendus pour imposer un blocus de disette aux assiégeants français. Et plus particulièrement les Milanais qui demeuraient farouchement fidèles à Madrid, levant leurs milices, tenant toutes leurs places en alerte, et maintenant en permanence la liberté de navigation sur le Pô, par où des secours nocturnes se jouaient des chaînes tendues en travers du fleuve et parvenaient jusqu'à Crémone. Les Français avaient cru pouvoir engager cette entreprise à la faveur des révoltes napolitaines; l'échec des révoltés au printemps 1648 et l'explosion des troubles de la Fronde en France les contraignirent à la retraite. Le duc de Modène, abandonné à lui-même, dut se résigner à traiter. La solidité de l'implantation espagnole en Italie du Nord fut ainsi affirmée de façon éclatante. Le 22 octobre 1652 la garnison française de Casal, coupée de sa métropole, réduite à survivre de razzias sur le plat pays, se résigna à capituler

 

Au cours de ce même mois d'octobre 1652, en Catalogne, la garnison française de Barcelone avait du se rendre. Il y eut pour lors trois jours de fêtes continues à Madrid. En Milanais, les succès avaient résulté de la forte participation des milices des cités et des communes du plat pays. Leur exploitation était l'œuvre d'un autre gouverneur du Milanais et non moins célèbre le marquis de Caracena, en charge de 1648 à 1656. Il fut accueilli triomphalement dans la ville et porta le surnom de Mars espagnol. Si l'on en juge par ces épisodes, l'ancrage espagnol en Italie du Nord était alors rien moins que condamné. Les généralisations habituelles sur la décadence espagnole ou les prédictions d'événements à survenir un demi-siècle plus tard paraissent bien mal fondées. De 1658 à 1690, le Milanais connut encore plus de trente ans de paix espagnole. Pour achever cet inventaire des zones dangereuses, il n'est pas indifférent de noter que la chute ultime du Milanais espagnol en 1706 dessina une fois encore les mêmes routes pluriséculaires: l'armée impériale du prince Eugène descendit du Brenner et de l'Adige et prit appui sur Brescia et Vérone. Quant à la seule voie de retraite laissée aux Franco-Espagnols vaincus, aux «Gallispans» comme on disait, ce fut la route de Pignerol et du Mont Genèvre (Y.M. Bercé, La guerre dans l'Italie du XVIIe siècle, La France et la Méditerranée, vingt-sept siècles d'interdépendance, 1990 - www.google.fr/books/edition)

 

Vers 1 et 2 : Casal

 

Le marquis de Caracène, après la prise de Trino, se rendit maĂ®tre du château de Mazin, et fit Ă©largir ses troupes dans le PiĂ©mont pour se rafraĂ®chir, depuis Saint-Ya jusqu'Ă  YvrĂ©e; et sur la fin de juin il investit Crescentin et ouvrit aussitĂ´t la tranchĂ©e, et pressa cette place Ă  un tel point qu'il en fut maĂ®tre le 3 de juillet Ă  discrĂ©tion. Il n'eut pas plus tĂ´t pris cette ville, qu'il forma de plus grands desseins, et ne voulut pas perdre l'occasion de la foiblesse des Français pour exĂ©cuter une entreprise Ă  laquelle il n'eĂ»t jamais osĂ© songer dans un autre temps. Ce fut sur Casal qu'il tourna sa pensĂ©e, qui Ă©toit l'objet des dĂ©sirs des Espagnols depuis si long-temps, et qu'ils avoient manquĂ© par trois diverses fois. Le duc de Mantoue favorisoit leur dessein ; car il Ă©toit parvenu si jeune au duchĂ©, qu'il n'avoit pas Ă©tĂ© nourri dans la reconnoissance que son grand-père devoit Ă  la France pour son Ă©tablissement dans cette souverainetĂ©; et se trouvant mariĂ© avec la sour de l'archiduc d'Inspruck, de la maison d'Autriche, dont l'Empereur avoit Ă©pousĂ© l'aĂ®nĂ©e, morte en couches depuis peu d'annĂ©es, il fut aisĂ©ment portĂ© par sa femme Ă  soutenir les intĂ©rĂŞts de sa maison ; outre que l'Empereur Ă©tant veuf de la soeur de la duchesse de Mantoue, avoit pris pour troisième femme la seur de ce duc, qui Ă©toit par lĂ  doublement son beau-frère. Les Espagnols lui promettoient de lui rendre Casal, dont il n'Ă©toit pas le maĂ®tre, les Français le gardant sous ombre de protection. Ainsi le marquis de Caracène, assurĂ© du duc de Mantoue, mit son armĂ©e rafraĂ®chir autour de Moncalvo, d'oĂą il empĂŞchoit que rien n'entr?t dans Casal ; et y ayant demeurĂ© le reste du mois de juillet et celui d'aoĂ»t, jusqu'au 25 septembre, pour faire provision de tout ce qui Ă©toit nĂ©cessaire Ă  un grand siège, il en partit pour investir cette place. Montpezat, qui en Ă©toit gouverneur, voyant le mauvais Ă©tat oĂą elle Ă©toit, s'en alla en France quelque temps devant, pour dire qu'il n'en pouvoit rĂ©pondre si on ne lui donnoit de quoi la pouvoir dĂ©fendre; et n'ayant pu rien obtenir, il refusa d'y retourner, de peur d'y recevoir un affront. Durant qu'il pressoit ce secours, les Espagnols l'assiĂ©gèrent; et Saint-Ange, qui en Ă©toit lieutenant de roi, n'ayant en tout que huit cents hommes pour dĂ©fendre la ville, le château et la citadelle, fut contraint d'abandonner la ville, dont les habitans prenoient dĂ©jĂ  les armes en faveur de leur duc; et ayant mis cent hommes dans le château, il s'enferma avec le reste dans la citadelle. Le duc de Mantoue fit entrer dans la ville deux mille hommes de ses sujets; et le marquis de Caracène ayant battu le château, le força de se rendre le 10 d'octobre : tellement que n'ayant plus que la citadelle Ă  prendre, il tourna toutes ses forces contre elle. Il l'attaqua par trois endroits, et fut bientĂ´t maĂ®tre des dehors, qui ne furent guère dĂ©fendus, Ă  cause du peu de monde qui Ă©toit dedans. Durant cette attaque, le marquis de Ville n'ayant pas assez de forces avec les troupes de Savoie pour secourir Casal, et ne les voulant pas laisser inutiles, attaqua Crescentin le 10 d'octobre, et le battit si vivement qu'il rĂ©duisit les Espagnols Ă  se rendre le 16, et Ă  se retirer Ă  Trino. Le marquis de Caracène pressoit fort cependant la citadelle de Casal; et ayant attachĂ© des mineurs aux bastions, les mines jouèrent le 21 d'octobre, et les assiĂ©geans se logèrent sur les brèches. Alors Saint-Ange ne voyant point de ressource, demanda composition, et remit la citadelle entre les mains de don Camillo Gonzague, au nom du duc de Mantoue, et fut conduit Ă  Turin avec deux pièces de canon. Ce duc arriva aussitĂ´t au camp des Espagnols, et fit son entrĂ©e dans Casal; puis il fit un traitĂ© avec le marquis de Caracène, par lequel le roi d'Espagne devoit payer la garnison de cette ville, dont le duc de Mantoue seroit le maĂ®tre. Ainsi les Français, par le malheur de leurs dĂ©sordres, perdirent cette importante place, qu'ils avoient gardĂ©e depuis 1628, et dĂ©fendue durant trois siĂ©ges : le premier, contre don Gonzales de Cordoue, l'an 1629; le second, contre le marquis de Spinola, l'an 1630; le troisième, contre le marquis de LĂ©ganès, l'an 1640; et enfin en 1652 ils succombèrent au quatrième, fait par le marquis de Caracène. La joie de cette conquĂŞte fut grande dans tous les Etats des Espagnols, comme aussi la douleur dans la cour de France, laquelle perdoit, cette annĂ©e, de tous cĂ´tĂ©s (MĂ©moires de Montglat, Collection des MĂ©moires relatifs Ă  l'histoire de France: depuis l'avènement de Henri IV jusqu'Ă  la paix de Paris conclue en 1763, Volume 50, 1826 - books.google.fr).

 

Les habitants de la ville de Casal de Montferrat prennent parti ("faveur") pour leur duc, duc de Mantoue, accompagné par le Marquis de Caracène qui prend la ville de vives forces, le général espagnol ayant perdu quelque temps auparavant ("tost") d'autres batailles (Trancheron en 1648, Casal Maggiore en 1647).

 

Canal de Pavie

 

Dès le commencement du XVII siècle, on s'occupait déjà de l'ouverture du canal de Pavie, dont les plans furent, depuis cette époque, repris, et abandonnés plusieurs fois. Sous le gouvernement espagnol, on avait décrété, en 1601, la vente des droits et redevances produits par les eaux de la Muzza, jusqu'à concurrence d'un capital de 25 mille écus, qui devaient être affectés à la construction du nouveau canal. Mais les circonstances s'opposèrent à la réalisation de l'entreprise. En 1646, l'ingénieur milanais Bigatti, ayant présenté un projet régulier des travaux, une compagnie s'offrit quelques années après pour les exécuter, mais à la condition que l'administration poursuivrait l'achèvement de la réformation des bouches du Grand-Canal, selon le module milanais ; opération qui est toujours restée incomplète. Après le traité d'Aix-la-Chapelle, la seconde moitié du XVIIe siècle vit luire des jours prospères pour la monarchie autrichienne. On s'occupa beaucoup alors, dans ce pays, d'améliorations intérieures, parmi lesquelles le canal de Pavie fut nécessairement compris. Les travaux avaient été commencés dans le siècle suivant, mais bientôt après il fallut les suspendre, par suite des événements de la révolution. En 1805, le gouvernement français institua une commission chargée spécialement d'assurer la reprise de ce travail, dont l'exécution était vivement désirée. On avait proposé de faire procéder à des jaugeages directs, sur le Tessin, pour se rendre compte du volume d'eau qu'il pouvait fournir au nouveau canal. Les ingénieurs du pays déclarèrent qu'il n'existait aucune méthode assez exacte pour qu’on pût tirer de ce moyen, appliqué à une rivière aussi importante, des indications suffisantes. On y renonça donc, et c'est à l'aide des bouches de distribution du Naviglio-Grande que l'on reconnut la possibilité d'y introduireaisément, en toute saison, la quantité d'eau nécessaire à l'alimentation du nouveau canal, même sans apporter de changement notable à sa section. Cette prévision se trouva complétement vérifiée, puisqu'en réalité un abaissement de 0,30 m à 0,35 m obtenu, en quelque sorte par un simple curage, suffit pour modifier, autant qu'il le fallait, la portée primitive du Grand-Canal alimentaire. Les travaux furent entrepris en 1807, et une partie du canal fut exécutée dans les années suivantes ; mais les vicissitudes politiques qui signalèrent le commencement de notre siècle, en amenèrent encore l'interruption. Le canal de Pavie ne fut donc définitivement repris et terminé que sous le gouvernement actuel. Ce fut le 17 septembre 1819, qu'eut lieu, avec grande solennité, l'inauguration de ce bel ouvrage qui, outre son utilité pour les irrigations, forme une des artères les plus intéressantes de la navigation intérieure de la Lombardie, par la jonction qu'il opère entre le cours supérieur du Tessin et celui du Pô, en passant par Milan (Benjamin-Henri Nadault de Buffon, Des canaux d'arrosage de l'Italie septentrionale dans leurs rapports avec ceux du Midi de la France, Tome 1, 1843 - books.google.fr).

 

Acrostiche : PAFD ou le Jansénisme

 

La troisième Lettre des Provinciales (1656), qui Ă©tait une rĂ©futation de la censure portĂ©e contre Arnauld par la Sorbonne, Ă©tait signĂ©e d'initiales Ă©nigmatiques : E.A.A.B.P.A.F.D.E.P. qui ont Ă©tĂ© ainsi dĂ©cryptĂ©es : "Et Ancien Ami Blaise Pascal Auvergnat Fils D'Etienne Pascal" (Edmond Lefebvre, Pascal, l'homme, l'oeuvre, l'influence: introduction Ă  la lecture des Provinciales et des PensĂ©es, 1925 - books.google.fr).

 

Renaud de Sévigné, (1607 - 1676), Chevalier et oncle de la marquise épistolière dont il n'avait pas le talent, on lui doit tout de même un intéressant échange de correspondance avec Madame Royale, duchesse de Savoie, qui lui permit de ne pas sombrer totalement dans l'oubli. Officier courageux, loyal et intelligent, il combattit en Italie et rencontra lors de ses campagnes la duchesse de Savoie, sœur de Louis XIII à laquelle il s'attacha. D'une physionomie sympathique, sincère en paroles et en actes, il était le portrait du parfait honnête homme. Il se remaria en 1650 avec la mère de Mme de Lafayette. Veuf, il termina ses jours à Port-Royal-des-Champs après des années de sévère pénitence et de recueillement spirituel. Inhumé dans le cloître qu'il avait fait bâtir à ses frais. Lors des exhumations, il est probable qu'il ait été transféré au cimetière de Saint-Lambert.

 

Monsieur de Boulogne, père d'Anne, la voyant se destiner à rentrer chez les Carmélites lui fit épouser François Le Charron de Saint-Ange, premier maître d'hôtel d'Anne d'Autriche. Vivant à la Cour entre vanité et richesse, elle découvrit Port-Royal par Robert Arnaud d'Andilly puis, désirant se convertir, elle se mit sous la conduite de Saint-Cyran. Devenue une parfaire pénitente, elle persuada plusieurs personnes de la suivre dans cette voie y compris son mari. Veuve en 1651, elle se retira aux Champs où l'on admirait sa simplicité et son humilité ainsi que son affection et sa charité envers les autres sœurs. Elle fit partie des religieuses qui furent transportées dans d'autres monastères en 1664 avant de revenir dix mois plus tard. Ayant refusé de signer le fameux Formulaire, à sa mort, les derniers sacrements lui furent refusé. Inhumée dans le chœur de l'église (www.tombes-sepultures.com).

 

François Le Charron, baron de Saint-Ange, était le frère de Colombe Le Charron, qui épousa le maréchal du Plessis, César de Choiseul (Fortunat Strowski, Biographie et Oeuvres scientifiques de Blaise Pascal, 1923 - books.google.fr).

 

Au début des années 1650, un autre salon était très recherché, celui d'Elisabeth de Choiseul, fille du maréchal du Plessis-Praslin et épouse de Henri de Guénégaud, marquis du Plessis, secrétaire d'Etat chargé de la Maison du roi (c'était le frère de Claude, trésorier de l'Epargne). Cette douce personne aux longs cheveux châtain cendré recevait les esprits distingués qui se piquaient de littérature, tantôt en son château de Fresnes-sur-marne, non loin de Meaux, chef-d'œuvre disparu de Mansart, tantôt en son hôtel de Nevers à Paris, près du Pont-Neuf. Y venaient Arme de Gonzague, Princesse Palatine, la marquise de Liancourt, le maréchal d'Albret, Antoine de Courtin, Arnauld d'Andilly, Arnauld de Pomponne, Gourville, Pellisson... Aux galanteries littéraires, héritées de l'hôtel de Rambouillet, se mêlaient de menues intrigues politico-mondaines. On frondait «le Mazarin» et on soutenait les jansénistes. C'est chez elle, par exemple, que l'on donna lecture des sixième et septième Lettres provinciales de Blaise Pascal et qu'un brillant élève de Port-Royal, Jean Racine, présenta son Alexandre (Jean-Christian Petitfils, Fouquet, 2021 - books.google.fr).

 

Cf. II, 27 ; II, 28 ; II, 36 ; II, 38 ; II, 39 pour le Jansénisme et II, 49 pour Alexandre le Grand.

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