La guerre de Hollande
La guerre de Hollande

 

II, 57

 

1672-1673

 

Avant conflit le grand mur tumbera :

Le grand Ă  mort, mort trop subite & plainte :

Nay imparfaict : la plus part nagera :

Auprès du fleuve de sang terre tainte.

 

La guerre de Hollande (1672-1678) fait suite Ă  la guerre de DĂ©volution terminĂ©e par la paix d’Aix-la-Chapelle. Louis XIV mĂ©content de la mĂ©diation menaçante exercĂ©e par la Hollande dans la prĂ©cĂ©dente guerre, et voulant contrer une puissance concurrente, envoie ses armĂ©es commandĂ©es par Turenne par delĂ  le Rhin, le 12 juin 1672. Les Hollandais ouvrent les Ă©cluses de Muyden et dĂ©truisent des digues pour inonder leur province (« la plus part nagera Â») et empĂŞcher l’avancĂ©e des Français. Jean de Witt (« grand Ă  mort Â»), grand pensionnaire, sous le gouvernement duquel « les Provinces-Unies avaient atteint l’apogĂ©e de leur puissance [1] », est reconnu responsable du dĂ©sastre et assassinĂ© le 20 juin. Lui succède Guillaume d’Orange qui rĂ©ussit Ă  rĂ©unir une coalition transformant la guerre en conflit europĂ©en (« Avant conflit Â»).

 

"grand mur" : digue

 

On conçoit maintenant tout le parti que la Hollande, en temps de guerre, peut tirer pour sa dĂ©fense de sa constitution physique : elle peut, en rompant la digue d'un fleuve, en fermant ou ouvrant une Ă©cluse, en faisant une brèche aux murs de mer, inonder telle portion du pays qui lui convient et arrĂŞter l'ennemi. C'est ce que Guillaume III fit en 1672, lorsque la Hollande Ă©tait envahie par Louis XIV (Conrad Malte-Brun, ThĂ©ophile LavallĂ©e, GĂ©ographie universelle, Tome 1, 1868 - books.google.fr).

 

L'influence des ingĂ©nieurs hollandais se dessinent dès le dĂ©but du XVIIe siècle Ă  Venise dans la conception des digues : moulins Ă  vent, vis d'Archimède, pompes (Salvatore Ciriacono, Introduction, Lire les sciences sociales, 2013 - books.google.fr).

 

A Foggia (Royaume de Naples) une digue qui protège une saline est appelée "muraglione" (grand mur). Elle est améliorée au XVIIIe siècle grâce à Louis Vanvitelli, originaire des Pays Bas, et les voyageurs comparent le paysage avec la Hollande (Saverio Russo, L'assainissement comme conflit, Lire les sciences sociales, 2013 - books.google.fr).

 

"Nay my parfaict" : Pégase et le passage du Rhin

 

On donne au cheval Pégase le nom de sacer ou d'hieros (Aratus, v. 215), de pélor ou grand (v. 205), de endios, d'habitant du palais de Jupiter (Theon, p. 129), d'hemitelès (p. 128), parce qu'il est à demi figuré. Aussi appelle-t-on la partie qui est tracée aux cieux hippicé, cephalé (Aratus, v. 600) ou tête de cheval, protomé hippou (Proclus, c. 16), cheval à demi parfait (Théon, p. 129), ou d'hemiphanès, Libys hippos (Nonnus) (Charles-François Dupuis, Origine de tous les cultes: ou, Religion universelle, Tome 6, 1822 - books.google.fr).

 

«PĂ©gase lui-mĂŞme n'est Ă  sa naissance qu'Ă  demi-parfait» (Gubernatis, 1, p. 312). Ce sujet du cheval imparfait Ă  l'origine est en rapport, sans doute, avec l'imperfection initiale du hĂ©ros lui-mĂŞme. C'est une sorte de similitude du cheval et du cavalier, un prĂ©sage de leur prochaine liaison. Mais, une fois ensemble, ils deviennent tous deux ce qu'il y a de plus parfait comme coursier et hĂ©ros. Un seul homme pourra dompter tel cheval merveilleux : c'est le hĂ©ros, son futur maĂ®tre. Car ce cheval lui a Ă©tĂ© donnĂ© par le sort, il lui est prĂ©destinĂ© (Ion Muslea, Le cheval merveilleux dans l'Ă©popĂ©e populaire, MĂ©langes, École roumaine en France, 1923 - books.google.fr).

 

Leontius Aratus (Solensis) wrote a poetic description of the constellations in his Phenomena (3rd century B. C.). A commentary on Aratus'Phenomena was attributed in antiquity to Theon, quite a common name among the ancient Greeks. Which particular Theon wrote this commentary was a question that arose later. A Byzantine conjecture assigned the Aratus commentary to Theon of Alexandria, an astronomer and mathematician who flourished in the 4th century A. C. (after Christ). This choice may have been based on the presence of Alexandrian references in the commentary. Moreover, the great Hipparchus himself had written a commentary on Aratus (Jerzy Dobrzycki, On the Revolutions de Nicholas Copernicus, Tome 2, 1978 - books.google.fr).

 

Louis XIV déclara la guerre aux Hollandais le 7 avril 1672, et partit pour prendre lui-même le commandement de son armée. L'un des épisodes de la campagne fut le passage du Rhin, que Boileau jugea des plus propres à la poésie. Il le traita dans le mois de juillet, et publia son épître dans le mois d'août. Dès le début, il plaisante sur la dureté des noms allemands et hollandais, bien propres à effaroucher Pégase. Son zèle l'emporte sur la difficulté, il invoque les Muses; puis, entrant en matière, il feint que le dieu du Rhin, dormant à sa source, est réveillé par les cris de ses naïades éplorées. Elles lui peignent la marche rapide de Louis à la tête de ses troupes. Le dieu frémit, et se détermine à marcher contre le roi. In prend les traits d'un vieux guerrier, et harangue éloquemment ses défenseurs, qui font des efforts inutiles pour s'opposer au passage du fleuve par les Français. Ceux-ci le traversent à la nage sous le feu des ennemis, et le dieu lui-même est entraîné dans la fuite des siens. L'épouvante va gagner jusque dans son camp le général des Hollandais, Wurts... A la dureté de ce mot, le poëte s'effraye; il regrette les doux noms de la Grèce asiatique; il espère, du reste, qu'avant deux ans le roi sera maître de ces contrées lointaines. - Année de la composition, 1672; âge de Boileau, 36 ans.

 

En vain pour te louer ma muse toujours prĂŞte

Vingt fois de la Hollande a tentĂ© la conquĂŞte :

Ce pays, où cent murs n'ont pu te résister,

Grand Roi, n'est pas en vers si facile Ă  dompter. [...]

 

Pégase s'effarouche et recule en arrière;

Mon Apollon s'étonne; et Nimègue est à toi,

Que ma muse est encore au camp devant Orsoi.

Aujourd'hui toutefois mon zèle m'encourage:

Il faut au moins du Rhin tenter l'heureux passage. (Julien Travers, Oeuvres poétiques de Nicolas Boileau Despréaux, 1899 - books.google.fr).

 

Acrostiche : ALNA

 

Le nom d'Aulnay (alnetum) vient de alna, aulne, arbre que produit ce territoire (M. Quicherat, p. 43) (Abbé Patron, Recherches historiques sur l'Orléanais, Tome 2, 1871 - books.google.fr).

 

On voit, par le vers 63 de l'Églogue VI, que Virgile n'est pas d'accord avec lui-même sur le nom de l'arbre, en qui l'on suppose que furent changées les sœurs de Phaéton. Virgile désigne ici l'aulne; mais dans l'Énéide, livre X, vers 190, il indique, comme Ovide, le peuplier (Antoine Laurent Apollinaire Fée, Flore de Virgile, composée pour la collection des classiques latin, 1823 - books.google.fr).

 

Dans un poème latin intitulĂ© Sol Gallicus Nec Pluribus Impar (vers 1702), la double allusion Ă  la symbolique solaire et Ă  la devise de Louis XIV fonde l'allusion Ă  l'orgueil du roi; l'analogie avec PhaĂ©ton met en Ă©vidence l'Ă©tendue de ses crimes. Un Ă©lĂ©ment, implicite dans le mythe de PhaĂ©ton, est fortement dĂ©veloppĂ© ici : PhaĂ©ton et Louis XIV sont des orgueilleux, incapables de maĂ®triser les consĂ©quences de leurs actes, mais ce sont aussi des blasphĂ©mateurs qui, en s'Ă©levant jusqu'aux cieux, veulent surpasser la puissance de Jupiter. Ces prĂ©tentions, censĂ©ment Ă©mises par Louis XIV, semblent d'autant plus intolĂ©rables que le roi, qui veut s'Ă©lever au-dessus des dieux, n'est qu'un individu soumis aux prĂŞtres et aux courtisanes (Jean Schillinger, Les pamphlĂ©taires allemands et la France de Louis XIV, 1999 - books.google.fr, Programm : womit zugleich zu den abzuhaltenden öffentlichen Turn-PrĂĽfungen und Schluss-Akt Eltern und Schulfreunde ergebenst einladet, Schuljahr 1877/78, 1878 - books.google.fr).

 

Terret ambustus Phaeton avaras Spes;

et exemplum grave præbet ales Pegasus,

terrenum equitem gravatus

Bellerophontem (Horace Livre IV, Ode XI, Ă  Phyllis)

 

A l'essor de tes vĹ“ux mets un frein salutaire :

Vois dans les cieux la foudre écrasant Phaéton,

Et Pégase indigné rejetant sur la terre

L'ambitieux Bellérophon (Melchior Potier, Odes d'Horace, 1867 - books.google.fr).

 

Phyllis, comme la plupart de ses pareilles, élevées du rang d'esclave à celui d'affranchie, par l'amour d'un maître riche, avait payé ce bienfait par quelques années de fidélité et de complaisance, et elle était devenue une courtisane aimable et recherché (Charles-Athanase baron Walckenaer, Histoire de la vie et des poésies d'Horace: accompagnée d'un portrait et d'une carte, Tome 2, 1840 - books.google.fr).

 



[1] A. Malet et J. Isaac, « XVIIème & XVIIIème siècles Â», Hachette, 1923, p. 160

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