De Néron à Commode en passant par Trajan

De Néron à Commode en passant par Trajan

 

IX, 17

 

2116

 

Le tiers premier pis que ne fit Néron,

Vuidez vaillant que sang humain respandre !

Rédifier fera le forneron 

Siècle d'or mort, nouveau Roy, grand esclandre !

 

"tiers premier"

 

Comment Grégoire de Tours, dans son introduction à l'Histoire des Francs, aurait-il cru qu'il n'y avait eu que six empereurs de Claude à Dèce, puisqu'il avait leurs noms sous les yeux, dans la Chronique d'Eusèbe qui en signale douze ? S'était-il proposé de donner la nomenclature des  empereurs, et de relater tous les faits importants qui s'étaient passés sous leur règne ? Non : il choisit seulement, comme Sulpice-Sévère, quelques évènements remarquables à travers les siècles; ce sont des jalons qu'il pose sur sa route; il a hâte, on le voit, d'arriver au terme de ce rapide exposé, tout préoccupé qu'il est de commencer l'histoire de son temps. C'est l'unique raison de ces lacunes considérables qui se trouvent dans sa chronologie. Mais ce qui est inadmissible, c'est l'opinion qu'on lui prête touchant l'époque même du règne de Dèce. Dans la Chronique d'Eusèbe et de saint Jérôme, les noms des empereurs sont désignés avec le numéro d'ordre de leur succession et la durée de leur règne. Saint Grégoire ne pouvait donc s'écarter de ses guides, à cet égard, au point de s'imaginer qu'un empereur du IIIe siècle avait régné au IIe. Les raisons qu'on allègue pour démontrer que telle était sa croyance, sont vraiment trop faibles pour être prises en considération. La première de ces raisons, c'est que dans son abrégé chronologique, il désigne Domitien comme le deuxième successeur de Néron, et Trajan, comme le troisième successeur... « Domitianus autem, secundus post Neronem... Tertius post Neronem, persecutionem in christianos Trajanus movete ». De sorte que, disent les censeurs de Grégoire, Dèce serait le septième successeur de Néron. Nous avons le regret de leur faire remarquer que leur argument repose sur une légère inadvertance. Les adjectifs numéraux secundus, tertius, ne peuvent être traduits ici par deuxième, troisième successeur, parce que d'abord il n'y a dans le texte aucune expression qui indique l'idée de succession au trône. Ce terme de successeur est donc ici le fait d'une interprétation arbitraire. De plus, si l'auteur avait eu la pensée de donner une nomenclature suivie des empereurs, il l'aurait commencée à Auguste, en se conformant aux Chroniques, et aurait assigné à chaque empereur son rang de succession. C'est ce qu'il fait pour Claude : sub imperatore Claudio, quarto ab Augusto , et c'est exact. Mais après avoir nommé Claude, le quatrième après Auguste, il interrompt cet ordre; il ne dit pas que Néron fut le cinquième, ni Vespasien le sixième, etc.; non, c'est au contraire Néron qui devient le point de départ d'une nouvelle série ; et Domitien qui , selon l'ordre adopté jusqu'à Claude, aurait dû être le septième depuis Auguste, se trouve le deuxième après Néron, et Trajan, le troisième (A. C. Hénault, Recherches historiques sur la fondation de l'Eglise de Chartres & des Eglises de Sens, de Troyes & d'Orléans, suivies d'un Appendice sur la Vierge Druidique, 1884 - books.google.fr).

 

"pis que Néron"

 

Mais ce ne sont pas seulement Néron et Domitien, c'est aussi Trajan que les légendes chrétiennes ont mis au nombre des persécuteurs de la foi (Polydore Hochart, Études au sujet de la persécution des chrétiens sous Néron, 1885 - books.google.fr).

 

La persécution de Trajan aurait duré de 97 à 116. Il parait que ce prince ne publia pas de nouveaux édits contre les chrétiens, car ni Tertullien, ni S. Méliton ne le mettent au nombre des persécuteurs. Il fit seulement connaître son aversion pour eux en diverses circonstances, et en particulier dans une réponse fort connue à Pline le Jeune, dans laquelle il approuve la conduite de ce proconsul de Bithynie, qui, tout en rendant hommage à l'innocence des fidèles, envoyait néanmoins au supplice ceux qui refusaient d'apostasier. Il n'en fallait pas davantage pour exciter contre eux la fureur des peuples et des magistrats. On pourrait encore voir une des causes de la persécution de Trajan dans l'aversion qu'il professait pour les corporations connues à Rome sous les noms de collegia, corpora, sodalitia. Il put envisager comme telles les assemblées des chrétiens, et les redouter d'autant plus qu'elles étaient secrètes. C'est sous Trajan que souffrirent S. Siméon de Jérusalem, S. Ignace d'Antioche, et probablement Ste Domitille, nièce de Flavius Cleniens. Cette persécution sévit particulièrement en Syrie et en Bithynie. Mais Eusèbe semble affirmer que bien qu'elle ait été fort violente en beaucoup d'endroits elle ne fut cependant pas universelle. Grotius pense néanmoins (Ap. Ittig. Hist. eccl. sec. n. p. 279) qu'elle fit couler plus de sang chrétien que celles de Néron et de Domitien, parce qu'elle fut plus générale. Un fait isolé prouve surtout la violence de cette persécution : c'est le rapport adressé à Trajan par Tiberianus, gouverneur de la Palestine, dans lequel il se plaignait de la triste besogne dont il était chargé, lassé d'envoyer les chrétiens à la mort, bien plus que ceux-ci ne l'étaient d'y courir (Joseph Alexandre Martigny, Dictionnaire des antiquités chrétiennes, 1865 - books.google.fr).

 

"Réédifier fera le forneron"

 

Forneron : Fourniron, garçon boulanger. Fornax, fornel, fournaise, four, fourneau, furnas, en bas breton, forn (Henri Torné-Chavigny, L'Histoire prédite et jugée par Nostradamus, 1860 - books.google.fr).

 

En ancien français, le forneron était synonyme de garçon boulanger. Le terme est dérivé du latin furnus, qui signifie «four (à pain)». Au Moyen Âge et en zone rurale, le fournier était l'agent seigneurial chargé d'effectuer la cuisson du pain, à une époque où l'organisation féodale s'attribuait le monopole de la construction des moulins et des fours banaux et obligeait les paysans à les utiliser moyennant une redevance. Outre la cuisson du pain, qu'il  réalisait devant ses clients, le fournier était également chargé d'entretenir le four, de disposer du combustible nécessaire et d'organiser l'ordre des fournées. Son domaine d'expertise consistait donc à garantir la meilleure cuisson possible aux produits apportés. Enfin, il devait assurer la gestion des redevances. À l'instar du meunier, l'exploitant du moulin à blé, le fournier était pour cette raison très impopulaire et véhiculait l'image d'un parasite qui, par ses prélèvements, privait les familles d'une part indispensable de leurs moyens de subsistance. La légitimité de sa fonction, coûteuse et mal vue, était régulièrement remise en cause par la communauté villageoise. En effet, la construction d'un four ne nécessitait pas, à la différence de celle du moulin, de lourds investissements ni d'une grande technicité, elle était à la portée de la plupart des villages. La fin du régime féodal n'a pas mis un terme à la présence du fournier dans les campagnes, celui-ci, ayant parfois racheté le four à son seigneur afin de l'exploiter à son compte. En ville, les fourniers étaient des vendeurs à la criée qui incitaient les particuliers à apporter leur pâte quand le four était chaud. Ils disparurent à la fin du XIIIe siècle, lorsque fut accordé aux talemeliers-boulangers le droit de construire leur propre four. Cependant, que ce soit en zone rurale ou en zone urbaine, la fonction de fournier est antérieure à celle de boulanger (Dictionnaire de l'artisanat et des métiers, 2012 - books.google.fr).

 

On retrouve l'intérêt de Nostradamus pour le blé et le pain dans le quatrain VIII, 71.

 

Entouré, au début du Ier siècle, d'un mépris qui éclate dans la manière dont Antoine dénigrait, aux dires de Suétone, l'ascendance maternelle d'Auguste, le métier de patron boulanger enrichissait cependant son homme. Le luxueux tombeau d'Eurysacès, daté de la fin de la période républicaine ou du début de l'Empire, qui dresse sur la via Casilina, près de la porte Majeure, sa masse imposante couronnée d'une frise sculptée glorifiant le métier, en est bien la preuve. Devenus plus nombreux, les boulangers s'organisèrent sous forme corporative et Trajan, afin sans doute d'encourager le métier, eut recours à une politique comparable à celle que Claude avait appliquée aux naviculaires. Ceux d'entre les boulangers de Rome qui pratiquaient le métier depuis trois ans et panifiaient au minimum 100 modii par jour obtinrent, s'ils étaient latins, le jus Quiriti. Trajan, soucieux selon Aurelius Victor de renforcer la corporation des boulangers, concéda également aux pistores de Rome, l'exemption de tutelle que, de leur côté, les boulangers d'Ostie réclamèrent en vain à l'époque de Septime Sévère et de Caracalla. Cet avantage ne devait s'appliquer qu'aux membres de la corporation exerçant eux-mêmes le métier - une condition semblable avait été mise par Anto- nin le pieux à la jouissance de Vimmunitas a muneribus publias par les naviculai- res73 - et ne concernait que les patrons des boulangeries panifiant au minimum 100 modii par jour. Seule donc une certaine catégorie de pistores se trouvait ainsi privilégiée et prenait, de ce fait, un caractère officiel. Les rapports qu'elle entretenait avec l'administration impériale la rapprochaient du groupe des navicularii qui annonam Urbis serviunt et des mercatores frumentarii qui annonam Urbis adjuvant. Les avantages concédés supposaient vraisemblablement comme contrepartie de la part des boulangers l'engagement de respecter une certaine qualité, un certain prix et de fournir à la Ville une quantité donnée de pain. La surveillance de l'exécution de ces contrats s'exerçait, semble-t-il, par l'entremise des contrascriptores pistorum, esclaves impériaux. C'est au préfet de l'annone Sulpicius Similis que Trajan avait fait savoir sa décision de privilégier certains boulangers et, à cette époque, comme plus tard au début du IIIe siècle, c'est le bureau de la préfecture de l'annone qui devait délivrer les documents certifiant que le boulanger remplissait bien les conditions nécessaires à la jouissance des avantages accordés. L'offîcium de l'annone possédait en effet les listes des boulangeries officielles et sans doute aussi l'état des quantités panifiées par chacune d'entre elles. Le préfet de l'annone exerçait une sorte de tutelle sur les boulangers officiels. Aussi, lorsqu'au milieu du IIe siècle le corpus pistorum de Rome décida de dresser une inscription en l'honneur d'Antonin le pieux, cette dédicace fut-elle érigée sous la responsabilité du préfet de l'annone, L. Valerius Proculus, qui apparaît comme l'intermédiaire obligé entre le corpus et le pouvoir impérial. D'étroits rapports s'instaurèrent entre les pistores et les autres corporations travaillant pour le compte de l'annone; il leur arriva parfois de se donner les mêmes patrons (Henriette Pavis d'Escurac, La préfecture de l'annone, service administratif impérial d'Auguste à Constantin. Rome : Ecole française de Rome, 1976 - www.persee.fr).

 

Sous le nom de Pistor Jupiter avait, dans le Capitale, un autel que l'on éleva après que Rome eut été délivrée des Gaulois. Jupiter, dans la légende rapportée par Ovide, est supplié par Mars, Vénus, Vesta et Quirinus, de sauver les Romains vivement pressés par les Gaulois. D'après les conseils du dieu, Vesta fait préparer des pains avec tout ce que l'on conservait de farine, et les Romains jetèrent ces pains dans le camp des Gaulois, qui, perdant l'espoir de prendre la place par famine, abandonnèrent le siège. C'est encore aux ides, dans le mois de juin, que l'autel de Pistor fut consacré. Aucun auteur ne parle de cette dédicace, mais les faits dont Ovide a composé sa légende trouvent leur confirmation ailleurs. Florus et Dion Cassius mentionnent le fait des pains lancés dans le camp gaulois. Servius atteste que les défenseurs de la citadelle élevèrent dans le Capitole un autel à Jupiter Soter en souvenir de leur détresse et de leur délivrance. Enfin une inscription trouvée à Rome devant l'église de San Lorenzo in Lucina permet de rattacher ensemble les deux récits de Servius et d'Ovide puisqu'elle contient un vœu formé en l'honneur de Jupiter Conservateur par la confrérie des boulangers (siliginiarii pistores) pour le rétablissement de la santé d'Auguste. Il n'y a plus à douter que Jupiter Sauveur, invoqué par les boulangers, n'ait pu avoir aussi le surnom de Pistor et un autel dans le Capitole, dont la consécration peut très-bien se rapporter au siège de Rome par les Gaulois (Louis Lacroix, Recherches sur la religion des Romains, d'après les Fastes d'Ovide, 1846 - books.google.fr).

 

Pistores chrétiens

 

Ainsi, dans Minucius Félix, le chrétien Octavius est appelé par Caecilius : Homo Plautinœ prosapiœ et pistorum prœcipuus (Octav. éd. Cellar. p. 12). Le pistor « garçon boulanger » était aussi déconsidéré chez les anciens que le savetier, cerdo, mot dont l'étymologie est le mot grec pour gain. Le comique Plaute s'était vu contraint par la misère à exercer le premier de ces deux métiers (A. Gell. Noct. att. III, 3). De là, la périphrase Plautinae prosapiœ, ajoutée ci-dessus à la qualité de pistor. Cette périphrase, appliquée aux chrétiens, ne se trouve pas seulement chez Minucius ; elle est aussi notée par saint Jérôme : Hunc dialecticum urbis vestrœ et Plaulinse familiae columen (Ep. L., 1, ad Domnionem). V. encore le même saint Jérôme [Ep. XLVIII, 17, ad Pammachium) (Amédée Fleury, Saint Paul et Sénèque, recherches sur les rapports du philosophe avec l'apôtre et sur l'infiltration du christianisme naissant à travers le paganisme, Tome 2, 1853 - books.google.fr).

 

Plaute, en latin Titus Maccius Plautus, né vers 254 av. J.-C. à Sarsina dans l'ancienne Ombrie, maintenant située en Émilie-Romagne est mort en 184 av. J.-C. à Rome.

 

Commode

 

"esclandre" apparaît chez Jean de Meung en 1265 et vient du latin "scandalum" (scandale).

 

Les empereurs romains sont parfois qualifiés de "rex romanorum", en particulier Commode (traduction de Suidas, Caesarum Vitae, par Hermann Witekind en 1557) (Cornelius Nepos, Vitae Virorum Illustrium, 1563 - books.google.fr).

 

Dans L'Histoire Auguste (Lampride, Comm. 19, 2), Commode est déclaré par le Sénat « plus cruel que Domitien, plus souillé que Néron », « saeuior Domitiano, impurior Nerone »

 

Lucius-AElius-Aurelius-Antoninus Commodus), empereur romain, fils de Marc-Aurèle, est, par sa mère Faustine, arrière-petit-fils de Trajan, né le 51 août 161. Dès son enfance, il annonça les inclinations les plus perverses. A peine âgé de 12 ans, il ordonna de jeter dans une fournaise ardente un esclave qui lui avait préparé un bain trop chaud ; son pédagogue pour lui faire croire que cet ordre barbare avait été exécuté, substitua à l'esclave une peau de mouton toute fraîche dont il prit l'odeur pour celle de sa victime. En mars 180, quelques jours après la mort de son père, il fut proclamé empereur ; alors il reproduisit Néron et presque pis que Néron, car il ne dissimula pas, comme lui, au commencement de son règne ; il sembla ne vivre que pour se montrer insatiable de sang et de voluptés ; ayant un jour rencontré un homme d'une corpulence extraordinaire, il le coupa en deux pour prouver sa force et son adresse, et pour jouir de l'atroce plaisir de voir ses entrailles tomber par terre ; il y avait en lui du Néron et du Caligula, c'est-à-dire cruauté et démence. Dans une de ses orgies, il fit servir sur un immense plat deux bossus engloutis sous la moutarde; il assommait de sa massue des hommes contrefaits qu'il se faisait amener; dans ses jeux contre les gladiateurs, il en tua plus de mille. Non moins lascif que cruel, il abusa de ses sœurs et destina à ses débauches trois cents jeunes filles et autant de garçons. Enfin Martia, une de ses concubines, sachant qu'il avait signé l'arrêt de sa mort pour un avis qu'elle lui avait donné, lui présenta un breuvage empoisonné au sortir du bain, et comme on le vit vomir après s'être assoupi et qu'on craignait que le poison ne fit pas son effet, on l'étrangla dans sa 51e année, l'an 192 de l'ère chrétienne  (Glossaire francais polyglotte, dictionnaire historique, etymologique, raisonne et usuel de la langue francaise et de ses noms propres, Tome 2, 1847 - books.google.fr).

 

Siècle d'or des Antonins

 

Les partisans enthousiastes de Néron vantaient son règne comme un retour à l'Âge d'or ; les monnaies de Commode ont pour légende « Âge d'or de Commode » (Paul Veyne, L'Empire gréco-romain, 2014 - books.google.fr).

 

Seul le régime instauré par Nerva et Trajan présente tous les signes concordants d'un véritable « siècle d'or » voulu par les destins. Tacite n'ayant pas fait l'histoire de ces règnes (il a exprimé l'intention de l'écrire un jour, mais est mort avant de pouvoir réaliser ce projet), il ne nous a pas donné le détail des signes qui manifestaient, à ses yeux, le caractère providentiel de l'avènement des Antonins. Il n'y a pas de doute, cependant, que, pour lui, la nouvelle dynastie était providentielle (nous connaissons quelques-uns de ces signes par Pline et Dion Cassius : Trajan est adopté par Nerva dans le temple de Jupiter à la faveur d'un prodige - une inspiration subite - et Trajan est appelé « optimus », ce qui est le nom du Jupiter du Capitole). Avec l'avènement des Antonins, en effet, les promesses du principat d'Auguste - telles qu'Auguste les exprime dans ses Res gesta, mais sans que cet être oblique ait pu ou voulu les tenir - semblent enfin se réaliser. « Aujourd'hui enfin nous revient la vie » (Vie d' Agricola, III, 1). Le régime inauguré par Nerva et Trajan a, le premier, « uni deux choses autrefois incompatibles, le principat et la liberté. » Les Antonins vont, comme Galba l'avait dit à Pison, « commander à des hommes qui ne peuvent souffrir ni une  ni une totale servitude ni une totale liberté » (Histoires, I, XVI, 9). Donc le Prince sera un rector qui chapeautera les institutions républicaines sans les supprimer (cf. le texte d'Annales, III, XXVIII, cité ci-dessus), comme si Tacite distinguait bien le problème du pouvoir au sein de l'appareil d'État - ce pouvoir doit être autocratique - et celui du pouvoir de l'État sur la société — ce pouvoir doit respecter les valeurs « civiques ». Dans le même discours qu'il prête à Galba lors de l'adoption de Pison - discours qui exprime sans doute, dans l'esprit de l'écrivain, la doctrine de Nerva adoptant Trajan (Histoires, I, XV-XVI) - Tacite affirme un point très important de l'idéologie du nouveau principat : la succession se fera par adoption, et non par hérédité au sein d'une gens (car c'est ce qui a perdu les Julio-Claudiens). « L'adoption découvrira chaque fois le meilleur. Car être engendré et né de parents princiers est dû au hasard, et l'on ne s'enquiert pas plus avant ; mais le jugement, pour adopter, est libre et, si l'on veut choisir, le choix est éclairé par l'accord de tous. » (Histoires, I, XVI) (Philippe Nemo, Histoire des idées politiques dans l'Antiquité et au Moyen Âge, 1998 - books.google.fr).

 

On peut remonter au siècle de Nostradamus pour trouver l'expression "siècle doré" pour qualifier le siècle de Marc Aurèle, père de Commode :

 

« de sorte qu'il fist, disent les historiens, de fort gens de bien de ceux qui ne valoient rien, & ceux qui estoint bons, il les fist encores meilleurs, chacun ne s'estudiant qu'à innocence de débonnaireté, pour rebastir un autre siecle doré : comme de faict ce siecle fut ainsi appelé, à raison de tant de vertus & hommes vertueux, qui s'y firent paroistre & remarquer à bon escient » (Lambert, L'horloge des princes (Marc Aurèle), 1583 - books.google.fr).

 

"pis que Néron" et pistor : Martial

 

Martial, VII, 34 : «Quid Nerone pejus ? Quid thermis melius Neronianis : «Rien de pis que Néron, mais rien de meilleur que ses Thermes.»

 

Martial était l'ami de Primus Antonius, général qui aida Vespasien à accéder à l'empire et à battre Vitellius dont un des généraux était Fabius Valens (le latin "valens" a donné le français "vaillant") (cf. IV, 92). Vitellius remplaçait Othon qui mit à mort Galba qui, lui-même, avait liquidé Néron (Année des quatre empereurs : juin 68 - décembre 69).

 

Sous la république, bien que, suivant Plaute, les avocats peu scrupuleux fussent déjà en assez grand nombre, le déclassement des positions sociales n'en était probablement pas encore arrivé à ce point que le premier venu pût prendre la toge et plaider. Particulièrement à l'époque où brillaient Cicéron, Hortensius et autres grands orateurs, une sorte de pudeur et de respect humain devait faire obstacle à l'intrusion des indignes. Mais par la suite cette barrière morale ne les arrêta plus. Ils la brisèrent ; on ne se fit plus admettre au barreau, on y fit irruption de toutes parts: «Nunc, refractis pudoris et reverentiae claustris, écrivait Pline le jeune, omnia patent omnibus; nec induit cuntur, sed irrumpunt.» On y voyait entrer jusqu'à des hommes que leur ancien métier semblait devoir en exclure à tout jamais. Ce scandale n'échappa point à l'attention de Martial, qui en fit le sujet de deux de ses épigrammes. L'une est adressée à un ex-boulanger qui s'était fait avocat. Elle débute ainsi : "Pistor qui fueras diu, Cipere, / Nunc causas agis" (VIII, 16) (Eugène Henriot, Moeurs juridiques et judiciaires de l'ancienne Rome: d'après les poëtes latins, Tome 3, 1865 - books.google.fr).

 

En 96 Domitien fut assassiné. La position de Martial, qui avait couvert de flatteries ce cruel empereur, devenait très difficile. Il tenta d'abord de se concilier la sympathie des nouveaux maîtres du monde, Nerva puis Trajan, un Espagnol, qui lui succéda dès janvier 1998. Il dédia donc à Nerva un florilège d'épigrammes extraites des livres X et XI (cf. XII, 4 et 11), et fit son éloge (X, 72). Mais un nouveau climat moral, plus austère, s'était installé. Martial était trop compromis. Il ne pouvait pas trouver bon accueil, et comprit du reste que le temps de l'adulation était terminé (X, 72, où il invite la Flatterie personnifiée à se rendre désormais chez les Parthes). Cette situation nouvelle accrut chez lui le dégoût de Rome et la nostalgie de sa patrie (X, 37 et 96; on a des traces de cette nostalgie auparavant, cf. I, 49 et IV, 55). Il décida en 98 de rentrer chez lui, et chargea un certain Flavus, qui partait pour Bilbilis, de lui trouver là-bas une maison à un prix modéré (X, 104; ses parents étaient morts depuis au moins 89, cf. V, 34). Il vendit sa propriété de Nomentum (X, 92), et Pline le Jeune lui paya les frais du voyage (Pline, Lettres III, 21), non sans doute que Martial ne pût les acquitter lui-même, mais à titre de cadeau. De retour dans sa patrie après trente-quatre ans d'absence (cf. X, 103 et 104), il eut cette fois de la chance : une riche veuve, Marcella, qui vraisemblablement admirait ses vers (rien n'indique qu'elle ait été sa maîtresse ou soit devenue sa femme), lui offrit une propriété (XII, 31). Il fut aussi aidé par son ami Terentius Priscus (XII, 3). Foin désormais des obligations du client (XII, 18) ! Cependant peu à peu s'insinua en lui une sorte de tristesse et d'ennui qu'évoque la préface au livre XII. Les avantages du repos et de la tranquillité ne compensaient pas les petitesses de la vie provinciale. Paradoxalement, la retraite idéalisée qui devait lui permettre d'écrire le stérilisa. En fait, il ne pouvait se déshabituer de Rome. Il vécut ainsi quatre ou cinq  apparemment sans beaucoup écrire. Peut-être envisagea-t-il de retourner à Rome. Sa mort est annoncée par Pline le Jeune dans une lettre datée d'environ 103 (Lettres III, 21). On associe toujours Martial à l'époque de Domitien : c'est partiellement une simplification. Il est né sous Caligula, est arrivé à Rome sous Néron, a adressé son Liber de spectaculis à Titus, a quitté la capitale sous Trajan. Il est vrai néanmoins que la partie principale de sa production date du règne de Domitien (Étienne Wolff, Martial ou l'apogée de l'épigramme, 2016 - books.google.fr).

 

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