Desmarets

Desmarets

 

IX, 48

 

2138-2139

 

La grand cité d'Occean maritime,

Enuironnee de marets en cristal :

Dans le solstice hyemal & la prime,

Sera tentee de vent espouuantal.

 

Lexique

 

"espouvantal" : épouvantable

 

"cristal" : crystallus «glace; cristal de roche; objet en cristal» (gr. "krustallos" «glace, cristal»). 1690 : chimie «sels cristallisés à l'apparence de roches cristallines» (Furetière) (www.cnrtl.fr).

 

"prime" : printemps

 

"marets" : Desmarets

 

DESMARETS de S. Sorlin, cherchez MARETS (Le Grand dictionnaire historique Louis Moréri, Nouvelle édition, 1759 - books.google.fr).

 

Jean Desmarets, sieur de Saint-Sorlin, est né à Paris en 1595. Conseiller du roi, contrôleur général de l’extraordinaire des guerres, secrétaire général de la marine du Levant. Faret et Malleville l’introduisirent dans la Société des amis de Conrart où il lut l’Ariane. Il fut le premier chancelier de l’Académie, fonction qu’il conserva du 13 mars 1634 au 11 janvier 1638 ; l’Académie tint quelques séances chez lui. Il fut l’un des cinq collaborateurs de Richelieu pour Les Thuileries et l’Aveugle de Smyrne ; il collabora seul avec Richelieu pour La Grande Pastorale, Europe et Mirame. Il fut un des examinateurs du Cid et un des rédacteurs des statuts ; il fut délégué pour remercier les magistrats après l’arrêt de vérification et pour offrir le Protectorat à Richelieu, puis à Séguier. Il prononça le quinzième discours : De l’amour des Esprits. Son factum : Comparaison de la langue française avec la grecque et la latine (1670), fut une des causes initiales de la querelle entre les anciens et les modernes ; il appartenait à ces derniers. Il a écrit des romans et divers ouvrages en prose, des poésies, des prières en vers, Les Vertus chrétiennes, poème en huit chants, et six pièces de théâtre. À la fin de sa vie, il fut atteint d’une folie mystique ; il se croyait prophète et disait que Dieu lui dictait ses vers. «Son style de prose est pur, mais sans élévation ; en vers il est abaissé et élevé, selon qu’il le désire ; et, en l’un et l’autre genre ; il est inépuisable et rapide dans l’exécution, aimant mieux y laisser des taches et des négligences que de n’avoir pas bientôt fait.» (Chapelain). On lui doit surtout la comédie des Visionnaires et le poème de Clovis (www.academie-francaise.fr).

 

Jean Desmarets de Saint-Sorlin mourra le 28 octobre 1676, après avoir prolongé jusqu'à l'extrême vieillesse une carrière littéraire très chargée (H. Gaston Hall, Les visionnaires de Jean Desmarets de Saint-Sorlin, comédie : Texte de la première édition (1637), 1963 - books.google.fr).

 

Il mourut à Paris en 1676, chez le Duc de Richelieu , dont il étoit Intendant, à 81 ans. Les derniers jours de Desmarets tinrent beaucoup de la folie, mais de cette folie sombre & mélancolique, qui est la plus cruelle de toutes. Dans son Avis du Saint Esprit au Roi, il se vanta qu'il leveroit une armée de 144 mille combattans, dont une partie étoit déjà enrôlée pour faire la guerre aux impies & aux Jansénistes. Le nombre de ceux qui composeront ce sacré troupeau, doit être, selon la Prophétie de S. Jean, de 144 mille qui auront la marque du Dieu vivant sur le front. [...] Bien des gens auroient pu penser, que cette armée étoit une vision digne de Nostradamus, & c'étoit la première pensée qui devoir venir dans l'esprit du Roi en lisant le projet. [...] Cet extravagant ne borna pas là ses prophéties; il prédit à Louis XIV l'avantage de ruiner les mahométans (Dictionnaire historique et critique, Tome IV, 1781 - books.google.fr).

 

Il s'agissait ici des boyaux de la tête de Saint Sorlin.

 

On sait qu'après la mort en 1642 de Richelieu, son protecteur, Desmarets connut une période de retraite avant de publier des écrits spirituels, à commencer par une Promenade de Richelieu ou les vertus chrestiennes en 1653, une traduction du Combat spirituel de Scupoli et de l’Imitation de Jésus-Christ en 1654, puis des poèmes d’inspiration mystique comme La Vie et les œuvres de Sainte Catherine de Gênes en 1661, Marie-Madeleine en 1669 et Esther en 1670. Cette activité littéraire spirituelle, voire mystique, qui lui a valu une controverse avec les jansénistes et plus spécialement avec Pierre Nicole, ne l’a pas empêché de poursuivre sa réflexion de poète, pour laquelle on le connaît aussi, et par laquelle il s’est illustré dans la première partie de la Querelle des Anciens et des Modernes, portant sur la prééminence du merveilleux chrétien (Agnès Guiderdoni-Bruslé, Clavis mystica : de l'exégèse chrétienne à l'allégorie dans Les Délices de l'esprit de Desmarets de Saint-Sorlin (1658), Littératures classiques, Numéros 54 à 56, 2005 - books.google.fr).

 

De libertin devenu fanatique, Desmarets se signale, par sa haine contre les jansénistes, trahit et livra au supplice le malheureux Simon Morin qui avait été son ami un temps, qui n'était guère plus visionnaire que lui. Desmarets de Saint-Sorlin le dénonce comme ayant annoncé la mort prochaine du roi, et le tribunal du Châtelet le condamne au supplice du feu en 1663 (Ludovic Lalanne, Dictionnaire historique de la France, 1877 - books.google.fr).

 

Entre la Petite et la Grande Perpétuité, Pierre Nicole publia contre le poëte et romancier Desmarets un livre qui lui attira, comme on sait, les trop spirituelles irrévérences de Racine. Les Visionnaires sont huit lettres publiées l'une après l'autre comme les Provinciales (31 décembre 1665, 10 avril 1666), et dirigées contre le ridicule mysticisme de Desmarets. En attaquant Desmarets, Nicole avait condamné la poésie et le théâtre, et c'est ce que ne put supporter le brillant auteur d'Andromaque. Racine était alors dans toute la fougue de la jeunesse et dans le premier enivrement de son art ; les lettres si vives, si cruelles, qu'il adressa à ses anciens maîtres, contiennent des vérités qu'il ne convenait pas d'envenimer ainsi, et, certes, il répondait plus dignement à Nicole lorsqu'il composait Esther ou Athalie (Dictionnaire des sciences philosophiques, Tome 4, 1849 - books.google.fr).

 

C’est le désir d’humilité qui fit repousser à Armand Jean Le Bouthillier de Rancé, réformateur de l'abbaye de la Trappe surnommé l'"abbé Tempête", toute étude scientifique dans le monastère : il avait été un théologien brillant et admiré, il voulut épargner la tentation de l'orgueil intellectuel à ses moines, mais tomba du même coup dans un anti-intellectualisme qui lui sera reproché, notamment par le bénédictin Mabillon (fr.wikipedia.org - Armand Jean Le Bouthillier de Rancé).

 

Malgré les liens qui unissaient Port-Royal et la Trappe, Pierre Nicole fut très critique envers la prise de position de Rancé, et soutint Mabillon lors de la parution du Traité des études monastiques. On peut donc supposer que la conception des études et de leur statut défendue par le mauriste trouvait un écho favorable à Port-Royal (S. Icard, Humanisme et tradition monastique, Port-Royal et l'humanisme: actes du colloque organisé par la Société des Amis de Port-Royal, 2006 - books.google.fr).

 

Cf. quatrain IX, 59 - Nicolas avec "Nicol" ; Cf. X, 47 - La guirlande de Julie avec Bourze.

 

"grand cité"

 

Monsieur et mon frere Cameron, nous colligerons de cecy que nostre grand Roy par sa juste justice avoit osté la vie au Marquis d'Ancre, et consequement osté le pretexte à tous les Princes mal contens et à ceux de vostre reformation, et en l'assemblée qui se tenoit en la Rochelle, grande Cité de vostre refuge, feust composé vn petit livret, qui contenoit de grandes merveilles et exploits de vostre vaillance, si le marquis d'Ancre dominoit, et iceluy justement puny, tous les Princes et grans Seigneurs mal contens aussi tost rendus à l'obeyssance et service du Roy, armes ostées, soldats congediez, la paix introduicte, les choses toutes achevées, accordées, en bonne paix, voyla Blanquet pirate, larron, vil et infame par nature et par office, fort à troubler la paix et repos public avec insolences et temerité (Philippe Tamizey de Larroque, L'amiral Jaubert de Barrault et les pirates de La Rochelle: recueil de pièces rares ou inédites publié avec un avertissement et des notes, 1894 - books.google.fr).

 

A la mort de Guillaume X d'Aquitaine, les seigneurs de Châtel-Aillon tentèrent, mais bien en vain, de reprendre la Rochelle, qui resta partie intégrante du duché d'Aquitaine et passa de la couronne de France à celle d'Angleterre. On est vraiment frappé de la rapidité avec laquelle s'accrut l'importance de la nouvelle ville : il est vrai que constamment elle reçut des privilèges de toute espèce qui lui permirent d'étendre au loin son commerce. La ville avait une rare indépendance : elle était administrée par un corps de ville composé de 1 maire, de 24 échevins et de 75 pairs; ce corps de ville exerçait la police, votait et percevait des impôts. Les rôles d'Oleron, dans leurs plus anciennes copiés, mentionnent la Rochelle et Rordeaux comme ports où les navires se rendaient et se frétaient pour les pays étrangers (dès lors la Rochelle faisait concurrence à la grande cité bordelaise) (Le commerce et le port de La Rochelle, Revue de géographie, Volume 29, 1891 - books.google.fr).

 

Richelieu conduira le siège de La Rochelle en 1628, en novembre une tempête détruisit une partie de la digue, et le 18 Louis XIII ratifia la déclaration qui officialisait la reddition de la ville (Pierre Castagnos, Richelieu face à la mer, 1989 - books.google.fr).

 

Saint Sorlin

 

Après la mort du Cardinal-Duc, Desmarets est devenu "Intendant des affaires de feu M. le Cardinal de Richelieu" et en janvier 1643 Secrétaire-général de la Marine de Levant, charge considérable salariée à 3000, ensuite à 4000 livres, car le Général des galères, destiné à devenir le deuxième Duc de Richelieu, était mineur. Après avoir épousé Anne Poussait de Pons, fille veuve de Mme du Vigean, cousine issue de Germain de Desmarets, ce Général des galères mineur, petit-neveu et héritier principal du Cardinal-Duc, Gouverneur de Saintonge, etc., le nomma en 1651 "Intendant des maisons et affaires du Duc de Richelieu" et lui concéda avec quelques arpents de marais vers le village de Saint-Sorlin de Cosnac, à l'ouest de Mirambeau (Charente-Maritime), le titre de Sieur de Saint-Sorlin, titres confirmés en 1653 (Hugh Gaston Hall, Ariane à l'étranger, Œuvres & critiques, Volume 14, Numéros 2 à 15, 1989 - books.google.fr).

 

Saint-Sorlin-de-Conac est une commune du sud-ouest de la France située dans le département de la Charente-Maritime (région Nouvelle-Aquitaine), arrondissement de Jonzac, canton de Pons. Ses habitants sont appelés les Saint-Sorlinois et les Saint-Sorlinoises. L'église est vouée à saint Saturnin (fr.wikipedia.org - Saint-Sorlin-de-Conac).

 

Le cardinal de Richelieu ne se trompe pas sur les richesses que représentent les marais tout proches, et se porte acquéreur du comté (et d'un certain nombre de fiefs saintongeais : Saujon, Cozes...) en 1640 (fr.wikipedia.org - Comté de Cosnac).

 

Sel de Seignette

 

Elie Seignette (né en 1632 à La Rochelle, mort en 1698) était un chimiste et apothicaire français qui a inventé le Sel Seignette. Elie Seignette était comme son père apothicaire à La Rochelle. A la recherche d’un purgatif doux, il fit réagir du tartre et de la soude entre eux et trouva ainsi entre 1648 et 1660 le sel de Seignette. Il le produisait avec son frère Jehan (1623 - 1663) en grande quantité. La formule du Sel Seignette restera presque 60 ans dans la famille. Faussement l’invention est souvent attribuée à son fils Pierre Seignette, qui était également pharmacien et médecin.

Le sel de Seignette, ou sel de Rochelle, ou sel polychreste, est le nom commun du tartrate double de sodium et de potassium. Ce sel double est un additif alimentaire (numéro E337) utilisé comme antioxydant et régulateur de pH (fr.wikipedia.org - Elie Seignette).

 

Les Seignette, protestants comme le prénom Elie peut l'indiquer, auraient inventé ce sel en 1672 (Inventaire-sommaire des Archives départementales antérieures à 1790: Charente-Inférieure : Archives civiles et ecclésiastiques, Séries C, D, E, G et H, Tome deuxième, 1877 - books.google.fr, Apologie pour le Sel Polychreste de Monsieur Seignette par un Médecin desinteressé, 1675 - books.google.fr).

 

Elie Seignette parvient cependant à demeurer jusqu'à sa mort dans la foi réformée. En revanche, en 1699, le médecin Jean IV Seignette est exilé par le Roi en val de Loire ; il finira par abjurer peu avant de mourir. Après ses études à l'académie de Saumur puis à la faculté de Caen, Pierre Seignette (1660-1719), fils d'Elie, a pour sa part vraisemblablement abjuré de manière à être admis en 1686 dans le collège des médecins de La Rochelle.

 

Sans doute faut-il voir dans l'invention du fameux remède une œuvre collective, les deux fils Jean III et Elie s'appuyant sur les travaux de leur père qui, dès la première moitié du XVIIe siècle, étudie «les drogues et les plantes, pour en tirer de bons remèdes par le moyen de la chimie». Jean III, dès ses études de médecine à Montpellier, travaille avec lui à développer leurs connaissances, en se consacrant aux sels et aux eaux minérales. Elie, le futur apothicaire, rejoint l'officine paternelle comme apprenti à l'âge de 13 ans. Moyennant de nombreuses expérimentations, naît le «sel de Seignette», a priori vers 1650. Après le décès du  père en 1648, nous «prîmes chacun notre tâche, écrit Elie : (Jean) s'appliqua à l'étude et moi aux préparations des remèdes et à les administrer aux malades, à voyager et à faire tout ce qui était nécessaire pour acquérir de nouvelles lumières». Mais Jean III meurt prématurément, dès 1663, épuisé semble-t-il par un labeur intensif. [...]

 

Elie crée aussi un dépôt de son sel chez un chirurgien parisien dénommé Rousseau. Acquis lors d'un second voyage, en 1672, l'appui de l'apothicaire et chimiste Nicolas Lémery, auteur d'un Cours de chymie qui connaîtra plus de 30 éditions, contribuera aussi beaucoup à la vogue du produit : Elie travaille dans le laboratoire de ce co-religionnaire qui salue ses «belles découvertes sur les sels», son fils Pierre sera le correspondant de Lémery membre de l'académie des Sciences. [...]

 

A Paris en 1672, Elie bataille pour faire triompher la vérité et rétablir l'estime du public envers son remède. Il s'avère que le dépositaire parisien de son sel, le chirurgien Rousseau, est l'un des principaux contrefacteurs. [...] Tous ces efforts ne paraissent pas avoir abouti à la disparition de la contrefaçon, même si l'effet du produit original est incomparable, comme l'indique Lémery dans son Cours de chymie: «Monsieur Seignette, apotiquaire de la Rochelle, (...) a mis en usage un sel polychreste qui paroist d'abord estre semblable (...). Mais lorsqu'on l'a examiné, on reconnoist une notable difference, tant dans les crystallisations et lorsqu'on en jette dans le feu, que dans les effets : (...) celuy de Monsieur Seignette en même quantité purge  fort  benignement sans aucunes trenchées (...). Et c'est ce que j'ay reconnu aussi aprés en avoir fait user à beaucoup de personnes. La composition de ce sel n'est sçuë que de luy qui, l'ayant assez mis en reputation dans les principales villes de France, m'en a laissé pour distribuer et pour m'en servir à Paris.» [...]

 

C'est un sel polychreste, c'est-à-dire multi-usages : il est notamment purgatif, laxatif, apéritif et diurétique et soigne par conséquent diverses maladies. C'est «un médicament qui agit sans violence», bien accepté donc par le malade. Il est indiqué pour les problèmes digestifs et intestinaux, et de façon générale «pour toutes les maladies où il y a obstruction en quelque partie du corps qu'elle soit», «pour les rhumatismes, l'asthme, la goutte, la sciatique, l'hydropisie, la néphrétique, les rétentions des menstrues, les reflux de bile et les maladies des vaisseaux spermatiques» ; sans oublier «les vapeurs qui sont portées au cerveau», et donc «les douleurs de tête, vertiges, insomnies, convulsions, vapeurs mélancoliques et vapeurs hystériques». A quoi il faut encore ajouter les fièvres, les diverses pertes de sang etc. [...]

 

Par leurs recherches, l'apothicaire Jean II Seignette (1592-1648) et ses fils Jean III (1623-1663), médecin, et Elie (1632-1698), apothicaire, s'inscrivent dans la lignée du médecin rochelais Louis de Launay qui, dès les années 1560, promeut l'antimoine comme remède, dans la suite du courant alchimiste notamment illustré, dans la première moitié du XVIe siècle, par Paracelse. Cette mise en avant d'une médecine chimique par l'ouvrage de Launay, De la faculté  & vertu admirable de l'antimoine, paru à La Rochelle en 1564, déclenche la  «querelle de l'antimoine», laquelle se dénouera un siècle plus tard avec le succès des «paracelsiens». La faculté de médecine de Paris, plutôt partisane des remèdes végétaux et davantage conservatrice, et son doyen Gui Patin, doivent s'incliner face à l'innovation représentée par des praticiens souvent liés à, ou issus de, la faculté de Montpellier, comme Théophraste Renaudot ou encore Jean III Seignette et son fils Jean IV (1654-1701) (Olivier Caudron, Découverte scientifique et succès commercial sous l’Ancien Régime : le “sel de Seignette” ou “sel de LaRochelle”, 2017 - hal.archives-ouvertes.fr).

 

Le sel de Rochelle est un cristal compliqué et on a peu progressé dans la compréhension de son comportement (Charles Kittel, Introduction à la physique de l'état solide, traduit par Alain Honnart, 1970 - books.google.fr).

 

Il semble également avéré qu'une des sources d'inspiration de l'album d'Hergé Les Sept Boules de Cristal soit un ouvrage alchimique publié en 1677 à La Rochelle, le Mutus Liber, qui venait effectivement de connaître une réédition en 1942 (Yvon Tranvouez, La décomposition des chrétientés occidentales, 1950-2010, 2013 - books.google.fr, Bertrand Portevin, Le démon inconnu d'Hergé, ou, Le génie de Georges Rémi, 2004 - books.google.fr).

 

Vent de folie

 

AMIDOR

 

Rien ne me paraît plus que rochers caverneux,

J'entends de loin le bruit d'un vent tourbillonneux.

Sacrés hôtes des cieux, quelle horrible tempête,

Quel voile ténébreux encourtine ma tête ? (Jean Desmarets de Saint-Sorlin, Les Visionnaires, Acte I, Scène III)

 

ARTABAZE

Quoi ! Vous me menacez, frénétique caboche ?

[...]

Ô Dieux, à mon secours ! Sauvez-moi du sorcier. (Jean Desmarets de Saint-Sorlin, Les Visionnaires, Acte III, Scène III)

 

Des mots comme humeur, frénésie, manie et mélancolie, empruntés à la langue médicale, reviennent régulièrement dans les textes de cette période, tout comme les termes démon, diable, possession, sorcier, fureur et leurs dérivés, qui appartiennent, de leur côté, au lexique de la religion et du surnaturel. Cette diversité d’expressions illustre bien la double influence des sphères médicale et théologique dans la conception et le traitement de la folie au tournant du XVIIe siècle. D’un côté, les thérapeutiques utilisées par la médecine de l’époque, qui s’inspiraient en grande partie de textes antiques (de ceux du corpus hippocratique, notamment) et de pratiques anciennes, visaient la guérison du malade, généralement au moyen de substances ou de procédés employés dans le but d’entraîner l’expulsion ou la destruction de l’humeur mélancolique, considérée comme étant à l’origine de plusieurs types de folie et de maux de la tête. C’est le cas par exemple de méthodes purgatives comme la saignée ou comme l’administration d’ellébore, une plante médicinale associée dès l’Antiquité au traitement de la folie. Cette plante, qui est un irritant immédiat pouvant même s’avérer violemment toxique,  constitue, selon Jackie Pigeaud, «le plus drastique, le plus spectaculaire, et le plus dangereux des évacuants». Elle sera pourtant employée par les médecines arabe et européenne durant plusieurs siècles, se frayant un chemin jusqu’à l’époque d’André Du Laurens, premier médecin du roi Henri IV, qui prescrit toutefois une utilisation modérée de ce purgatif :

 

Tous les Médecins Grecs et Arabes ordonnent aux melancholies invétérées et opiniastres l’hellebore : il est vray qu’il y faut aller avec discretion, et ne le donner pas en substance, il le faut prendre en decoction ou en infusion, et faut qu’il soit du noir bien choisi, car les apothicaires vendent bien souvent de l’hellebore noir, qui est une espece d’aconit tres-pernicieuse; le blanc ne vaut rien ici; il faut aussi se garder de ne mesler rien avec l’hellebore, qui ait astriction, comme les mirabolans, de peur que cela ne le retienne trop long temps à l’estomach. Du Laurens, qui préférait utiliser fréquemment de petites quantités de médicaments «bénins» plutôt qu’une dose importante de substances violentes, préconisait un traitement de la folie comprenant des remèdes de chacune des trois catégories suivantes : des «évacuatifs» (auxquels se rattachent les saignées et les purgations de toutes sortes), des «alteratifs» (qui ont pour but de remédier à «l’intempérature», en «humectant» par exemple le corps soumis à la sécheresse de l’humeur mélancolique à l’aide de bains et d’infusions de plantes à boire) et des «confortatifs» (des remèdes «internes», comme des sirops, et «externes», comme des onguents appliqués directement sur le cerveau et sur le cœur, pour «fortifier» et «réjouir» le cerveau «sauvage et ténébreux» des mélancoliques) (Marie-Ève Cliche, Illusion et rhétorique de la folie comique entre 1630 et 1650 : le discours des mythomanes et des monomaniaques dans Le Menteur de Pierre Corneille, Les Visionnaires de Jean Desmarets de Saint-Sorlin et Polyandre de Charles Sorel, 2012 - studylibfr.com).

 

Une vieille croyance rapportée par François Villon rappelle en effet cette antique nature venteuse du loup: Sur le Noël, morte saison / Que les loups se vivent de vent. L'idée figure déjà dans certains bestiaires du XIIe siècle. Le folkloriste Claude Gaignebet a souligné l'importance et la longévité de cette association dans la tradition folklorique et plus particulièrement dans le folklore des enfants. Le vent n'est pas simplement ici un élément de la nature parmi d'autres ; il renvoie cosmogonie qui confère à l'âme (anima) une nature pneumatique (animus). Merlin le fou se présente alors comme une sorte d'esprit empli du souffle de la folie (le mot follis, étymologie du mot fou, désigne bien un ballon d'air). Merlin est un être de vent. Son association avec le loup s'explique par le lien traditionnel de cet animal avec les souffles venteux. Elle rejoint aussi le mythe de la naissance gémellaire (du type Romulus et Remus) où le loup qui est ici une louve joue un rôle essentiel. Il est clair que l'association de Merlin et de Blaise ne relève pas du simple hasard. Elle ne s'explique qu'après la qu'après la restitution autour du texte de Merlin d'un contexte mythologique celtique et indo-européen. L'analyse des deux noms montre la présence d'un important complexe mythique qui, pour être pleinement perçu, doit s'inscrire dans une perspective comparatiste (Philippe Walter, Merlin ou le savoir du monde, 2012 - books.google.fr).

 

La mystique celto-pythagoricienne énoncée par Claude Gaignebet et Jean-Dominique Lajoux expliquent que Merlin porterait les âmes défuntes dans son ventre sous forme de souffle, de pet et se purgerait lors de sa déshibernation. C’est aux enfers que Merlin ouvre l’orifice du haut par l’intermédiaire du rire, et se gonfle d’âmes qu’il libérera quarante jours plus tard à la Chandeleur ou à Pâques, « comme le Christ-cerf a libéré les Pères jalousement gardés depuis des siècles aux limbes. » (Le portrait médiéval de Merlin : origines et pouvoirs, 1. Les sources littéraires de Merlin, b. Le Merlin sylvestre).

 

On ne saurait alors oublier que le mot fou vient du latin follis qui désigne le soufflet ou un «ballon plein d’air». Le fou est un être rempli d’air, c'est-à-dire d’esprit (spiritus) qui circule dans son organisme après avoir été produit par la bile noire. Cette nature spéciale du mélancolique chez qui l’air se trouve en surabondance, favorise la montée de l’air au cerveau et produit la divagation mentale à l’origine de la prophétie. Cette physiologie médiévale du souffle mélancolique peut s’analyser dans toute une série de traités médicaux qui poursuivront leur carrière scientifique jusqu’au 17ème siècle. La nature venteuse du devin explique par ailleurs sa capacité à voler dans les airs. C’est le cas du personnage de Suibhne dans la littérature irlandaise mais aussi des innombrables sorciers et sorcières. [...] Génie mélancolique, Merlin rejoint ainsi les plus grandes figures mythiques de la tradition occidentale qui font coexister en elles la folie mélancolique et la connaissance des plus hauts secrets de l'univers (Philippe Walter, Merlin ou le savoir du monde, Paris, Imago, 2000) (Gaëlle Zussa, Merlin, rémanences contemporaines d'un personnage littéraire médiéval dans la production culturelle francophone (fin 20e siècle et début 21e siècle) : origines et pouvoirs, 2008 - hal.inria.fr) (www.nonagones.info - Partie IX - Synthèse   Chapitre LVIII - Autour de Rennes : Baphomet, loup et pneuma).

 

1. Parmi les vivipares et les quadrupèdes, les porcs-épics et les ours se retirent. On ne peut pas faire le moindre doute que les ours sauvages ne se retirent; mais on ne sait pas bien si c'est pour éviter le froid, ou pour toute autre cause. Durant ce temps, les mâles et les femelles engraissent excessivement, au point de ne plus pouvoir bouger qu'avec peine. 2. C'est aussi vers ce [601a] temps que la femelle met bas; et elle reste cachée jusqu'au moment où elle peut faire sortir ses petits oursons. C'est ce qu'elle fait au printemps, trois mois environ après le tropique. Sa retraite est d'au moins quarante jours. Sur ces quarante jours, on prétend qu'il y en a deux fois sept dans lesquels l'ours ne bouge pas du tout. Après ces quatorze jours, il reste dans sa retraite; mais il s'y meut, et il est éveillé. Personne n'a jamais pris une ourse qui fût pleine ; ou du moins, c'est là un fait extrêmement rare. 3. Durant tout ce temps, il est certain que les ours ne mangent pas du tout, puisqu'ils ne sortent pas; et quand alors on en prend, on leur trouve toujours l'estomac et les entrailles tout vides. On prétend même que, ne prenant aucune nourriture, les entrailles de l'ours se soudent presque entièrement; et de là vient que l'ours, à peine sorti de sa retraite, va manger de l'arum, pour séparer l'intestin et lui rendre sa largeur (Aristote, Histoire des Animaux, Livre VIII, chap. 19 - remacle.org).

 

Purgation et littérature

 

En postulant que le but de la poésie dramatique entendue comme illusion de présence est de «purger [le spectateur] de ses passions déréglées», Chapelain était certain d'apporter une garantie totale face aux périls de la contagion passionnelle (Georges Forestier, Passions tragiques et regles classiques, 2003 - books.google.fr).

 

Entre 1660 et 1668 Molière représente régulièrement la comédie Les Visionnaires, signée Desmarets de Saint-Sorlin, intendant de la duchesse de Richelieu et maître absolu de ses biens, de l'hôtel, de la personne de cette pieuse grande dame, dont certains font le modèle du Tartuffe.

 

"Plus, du vingt-quatrième, un petit clystère insinuatif, préparatif, et rémollient, pour amollir, humecter, et rafraîchir les entrailles de Monsieur. [...] Plus dudit jour, un bon clystère détersif, composé avec catholicon double, rhubarbe, miel rosat, et autres, suivant l'ordonnance, pour balayer, laver, et nettoyer le bas-ventre de Monsieur, [...] Plus du vingt-cinquième, une bonne médecine purgative et corroborative, composée de casse récente avec séné levantin, et autres, suivant l'ordonnance de Monsieur Purgon, pour expulser et évacuer la bile de Monsieur [...] Plus dudit jour, une potion anodine, et astringente, pour faire reposer Monsieur [...] Plus du vingt-sixième, un clystère carminatif, pour chasser les vents de Monsieur." (Molière, Le Malade imaginaire, I, 1)

 

Le Malade imaginaire est une comédie en cinq actes et en prose, de Molière, et sa dernière pièce, avec un prologue et trois intermèdes. Pendant la quatrième représentation, Molière fut pris de vomissements de sang, et il mourut, quelques instants après, dans sa maison, où il avait été transporté (www.cosmovisions.com).

 

Il y a trois sortes de Theologie : la Scolastique, qui traite les plus difficiles questions de la Religion ; la Positive, qui donne l'exposition des saintes Ecritures, & la Mystique, qui enseigne les choses de l'interieur pour la conversion & l'union des ames à Dieu, qui sont la vie purgative, la vie illuminative, & la vie unitive. La vie purgative nous enseigne à nous purger de tous peches & de tous vices; l'illuminative, à acquerir les vertus & à s'y fortifier; & Punitive, à parvenir à l'heureuse union avec Dieu (Jean Desmarets de Saint-Sorlin, Les Délices de l'esprit, dialogues dédiés aux beaux esprits du monde, 1687 - books.google.fr).

 

On prétend qu'un plaisant, lorsque Desmarets lui envoya son volume des Délices de l'esprit, mit à l'errata : DÉLICES, lisez DÉLIRES (Gabriel Peignot, Manuel du bibliophile ou traité du choix des livres: contenant des développemens sur la nature des ouvrages, Tome I, 1823 - books.google.fr).

 

Sel

 

Avant la Révolution de 1789, les "pays rédimés des gabelles" (ou plus simplement "rédimés", du latin redimere, racheter) sont des provinces de l'Ouest et du Sud-Ouest de la France qui ne paient plus l'impôt sur le sel depuis le milieu du XVIe siècle en échange du versement au roi d'une importante somme globale.

 

L'établissement des pays rédimés est une conséquence lointaine du rattachement définitif du duché d'Aquitaine à la France au début du XIIIe siècle. Sous la domination anglaise cette région est soumise, comme la France capétienne, à un impôt sur le sel, mais plus léger que la gabelle, et qui fut maintenu jusqu'au début du XVIe siècle. Cette disparité dans le poids de l'impôt et donc dans le prix du sel provoquait une importante contrebande. Pour y mettre fin, le pouvoir royal tenta d'uniformiser la gabelle par diverses mesures fiscales prises de 1537 à 1544. Cette augmentation de la fiscalité provoque en 1548 une insurrection dans les provinces littorales concernées : la Révolte des Pitauds. Après une sévère répression, un compromis est accepté par le roi Henri II. Les représentants du clergé, de la noblesse et du tiers état des "pays" de Poitou, Châtellerault, Saintonge, "ville et gouvernement de la Rochelle", Angoumois, Haut et Bas Limousin, Haute et Basse Marche, Périgord et "enclaves et anciens ressorts d'iceux" obtiennent en 1549 la suppression de la gabelle et des greniers à sel. En échange, ils s'engagent à payer en une seule fois la somme de 450000 livres. Les provinces concernées doivent cependant continuer à payer une taxe annuelle, qui est rachetée à son tour en 1553. Dès lors le Poitou, le Limousin et la Marche sont exonérés de tout impôt sur le sel.

 

L'existence des pays rédimés, où le sel n'était soumis à aucune taxe, donnait lieu à une contrebande intense (le "faux saunage"). Pour la combattre, le règlement général de juin 1660 établit des "dépôts de sel" à proximité immédiate des pays de grande gabelle, concernant les paroisses situées dans une zone de 5 lieues de largeur (20 kilomètres environ) bordant ces pays. Comme les greniers à sel, les dépôts ont chacun une circonscription bien délimitée. Les habitants concernés doivent obligatoirement y acheter leur sel, afin d'empêcher la constitution de surplus négociables frauduleusement. La consommation annuelle est règlementairement limitée à un minot (72 litres, réputés peser 48,90 kilogrammes) pour sept personnes âgées d'au moins huit ans, salaisons comprises. Dans les régions pourvues de dépôts de sel, on se plaint donc d'une pénurie organisée, quand la surconsommation de ce produit est dénoncée de l'autre côté de la "frontière"  (fr.wikipedia.org - Pays ré9dimés des gabelles).

 

Clovis : tempête et cristal

 

Clovis a inspiré trois poèmes épiques français (à Desmarets, 1657, Elzevir, in-12, à Limojon de SaintDidier, 1725, in-8°, et à Lejeune, 1763, 3 v. in-12); une tragédie à L'Héritier Nouvelon, 1638, une autre à M. Viennet, et la pièce italienne de Clodoveo trionfante, 1644, in-4° (Encyclopédie des gens du monde, Tome VI : Chri - Com, 1836 - books.google.fr).

 

Desmarets est surtout connu par son poème intitulé Clovis ou la France chrétienne, qui fut beaucoup loué par Chapelain, et que Boileau a livré au ridicule (Augustin Henry, Histoire de la poésie, 1856 - books.google.fr).

 

Dans le poème de Desmarets, par exemple, le magicien Aubéron, qu'une note du poète nous présente comme un très authentique roi de Neustrie, est suscité par Satan pour empêcher le mariage de Clovis et de Clotilde (Maurice Regard, Tradition et originalité dans "Les Martyrs". In: Cahiers de l'Association internationale des études francaises, 1968, n°20 - www.persee.fr).

 

Auberon soulève une tempête et oblige les deux jeunes gens de s'abriter en son palais (163-254). Désirant que Clovis s'éprenne d'Albione, une princesse qu'il a élevée en son palais, il entreprend de brouiller Clovis et Clotilde en leur faisant boire l'eau d'une fontaine ensorcelée (255-404). Désespoir de Clotilde, qui s'enfuit dans un bois voisin où elle s'évanouit (405-66) (Felix Raymond Freudmann, Hugh Gaston Hall, Clovis: ou, La France chrestienne : poeme heroique de Jean Desmarets de Saint-Sorlin, 1972 - books.google.fr).

 

Auberon est inspiré du nain magicien de Huon de Bordeaux (fr.wikipedia.org - Huon de Bordeaux).

 

Bordeaux rapproche de La Rochelle et de Saint Sorlin.

 

Desmarets de Saint-Sorlin déclare vouloir tirer «des ombres de l’oubli» et de l’«obscurité des temps» les «nombreux exploits de splendeur éclatants» de Clovis. [...] Si les illustrations des poèmes épiques représentent rarement les œuvres d’art décrites dans et par le texte, il leur arrive fréquemment de choisir pour sujet une scène de vision, en particulier lorsqu’il s’agit de visions miraculeuses. L’illustration donne alors la vision en spectacle et produit une interprétation de l’acte de voir. Au livre IV du Clovis de Desmarets, Clotilde est conduite par la Vierge Marie dans un temple de cristal, «le Temple de la Vérité», dans lequel elle contemple sa propre histoire et celle de ses descendants. Il s’agit d’une galerie historique semblable à celles déjà mentionnées, qui fait se succéder images du passé et images prophétiques. L’assimilation de la succession des images à un récit y est même plus explicite qu’ailleurs : Clotilde «voi[t] dans le cristal cent vérités écrites» et «lit [...] en lettres plus profondes» le baptême de Clovis. Vision et narration sont analogues, et le Temple est alors une image du poème : Clotilde y lit d’ailleurs ce que le lecteur lui-même vient de lire dans le livre, ou lira quelques pages plus loin. Pourtant, la gravure qui illustre ce quatrième livre du Clovis ignore entièrement la galerie, comme la dimension généalogique et prophétique de la vision, pour faire avant tout de cette dernière le moment d’une relation. En bas à gauche, Clotilde évanouie est relevée par des anges. À sa droite, Marie, debout sur un nuage, semble avancer vers elle et lui prend le bras. De son autre main, elle lui désigne le temple, qui brille au loin dans le coin supérieur droit de la gravure. Clotilde ne regarde pas le temple, mais Marie. L’enjeu de la vision n’est pas réductible à ce qui est vu et décrit par le récit (les images prophétiques) : c’est la vision comme acte qui est constituée en spectacle par l’illustration, et le spectacle en acte est celui de l’alliance nouée entre la monarchie française et Dieu (Marine Roussillon, Que voit-on dans les poèmes héroïques des années 1650 ?, 2017 - halshs.archives-ouvertes.fr).

 

Typologie

 

Rabattant 2139 sur la date pivot 1657 on obtient 1175.

 

Lors de la révolte des fils d’Henri II contre leur père, La Rochelle reste fidèle au roi d’Angleterre. En récompense, elle obtient en 1175 une charte de commune, qui confirme également les franchises de la ville. En mai 1199, Aliénor d’Aquitaine a confirmé la charte de commune, et concédé à la ville des exonérations de taxes, ainsi que des pouvoirs politiques et judiciaires étendus. Les habitants de La Rochelle élisent le premier maire dans l’histoire de France, en la personne de Guillaume de Montmirail. La mairie de La Rochelle est supprimée en 1629, la ville perd ses privilèges, et le Roi ordonne la destruction de toutes les fortifications, à l’exception des tours et remparts du front de mer, afin de protéger la ville d’éventuelles invasions maritimes (fr.wikipedia.org - Histoire de La Rochelle).

 

Charles Ernest de Fréville de Lorme (Mémoire sur le commerce maritime de Rouen, 1857) cite le fait d'une flotte de trente navires portant en Normandie les blés du Poitou, et détruite par une tempête en 1177, d'après la Chronique de Sigebert (Antoine-Elisabeth-Cléophas Dareste De La Chavanne, Histoire de France depuis les origines jusqu'à nos jours, Tome 2, 1865 - books.google.fr).

 

Robert de Thorigny note que l'hiver (« hyeme ») 1177 il y eut des inondations, à la Saint Jean (24 juin ?) des gens se noyèrent dans les rivières. Et au cours de cette année eut lieu le naufrage ou périt Geoffroy, prévôt de Béverley et coulèrent près de 30 navires (27 septembre) (Robert de Thorigny (Robert du Mont), Appendix ad Sigebertum, Recueil des historiens des Gaules et de la France. Tome 13, 1840-1904 - gallica.bnf.fr, Transactions, Volume 22, East Riding Antiquarian Society, 1919 - books.google.fr).

 

Le vers 3 suivrait la chronique de Robert de Thorigny hiver puis printemps qui se termine le 21 juin près de la Saint Jean.

 

Une flotte de vins de Gascogne venue de Bordeaux à destination de la Normandie est dispersée par la tempête en 1177 (lorsque Philippe Auguste poursuit en 1202-1204 la conquête de la Normandie sur Jean sans Terre, il interdit d'importer par navire dans cette province les vins de Gascogne, de Poitou et d'Anjou, preuve qu'ils y venaient normalement jusque-là) ; les vins de Poitou, voire de Gascogne, figurent peut-être parmi les vins de France mentionnés à Londres entre 1172 et 1179 ; les uns et les autres atteignent la Flandre où l'étape de Damme, l'avant-port de Bruges, leur est ouverte en 1180 (Transactions, Volume 22, East Riding Antiquarian Society, 1919 - books.google.fr).

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