Charles Ier de Mantoue et le Montferrat

Charles Ier de Mantoue et le Montferrat

 

IX, 22

 

2119-2120

 

Roi & sa cour au lieu de langue halbe.

Dedans temple vis à vis du palais.

Dans le jardin Duc de Mantor & d'Albe

Albe & Mantor poignard langue & palais.

 

"langue halbe"

 

Une partie du Montferrat (Alba et les Langhe) est acquise par le duc de Savoie, depuis le traité de Cherasco (1631). En échange des 15000 écus annuels que le duc de Mantoue ne lui versait pas (Nice historique, Volumes 94 à 95, 1991 - books.google.fr).

 

Souvent dans l'histoire politique, les fiefs de l'Alto Monferrato et des Langhe se trouvent confondus, même si les Langhe constituent déjà une entité géographique bien différente (Lucia Carle, L'identité cachée: paysans propriétaires dans l'Alta Langa aux XVIIe-XIXe siècles, 1989 - books.google.fr).

 

Les Langhe (français : Langhes) sont une région historique du Piémont, désormais à cheval sur les provinces de Coni et Asti et frontalières avec la Ligurie. L'étymologie du nom Langhe qui en piémontais est le pluriel de langa qui signifie colline est incertaine (fr.wikipedia.org - Langhe).

 

Les origines d'Alba datent d'avant la civilisation romaine, probablement liée à la présence des Celtes et des tribus ligures dans la région. La ville est sur le site de l'antique Alba Pompeia. Elle devient une possession de la maison de Gonzague. Charles-Emmanuel Ier de Savoie l'a conquise deux fois, tandis que plus tard la France et l'Espagne ont lutté pour sa possession. La guerre de Succession de Mantoue a attribué la ville définitivement à la Maison de Savoie (fr.wikipedia.org - Alba (Italie)).

 

Duc de Mantoue et duc de Monterrat

 

Certaines éditions ont "Mantou".

 

Frédéric II de Gonzague, est un noble italien de la Maison de Gonzague né le 17 mai 1500 à Mantoue et mort le 28 juin 1540 à Marmirolo. Il fut le cinquième marquis et 1er duc de Mantoue (région de Lombardie en Italie), titré Frédéric II, et marquis de Montferrat (région du Piémont), titré Frédéric Ier.

 

À force de sollicitations, sa mère réussit à obtenir de l'Empereur le titre de duc pour son fils. Le 8 avril 1530, Charles Quint vint à Mantoue lui décerner le titre. À cette occasion, Anne d'Alençon veuve du marquis de Montferrat, Guillaume IX Paléologue, proposa au nouveau duc la main de sa fille Marguerite. Après Jean Georges de Montferrat, son oncle, marquis régnant, elle était l'héritière du marquisat et Anne souhaitait, par ce mariage, renforcer Montferrat face aux visées du duc de Savoie soutenu par la France. Le mariage fut célébré en 1531 et, en 1533, à la mort de Jean Georges, Frédéric devint marquis de Montferrat.

 

Guillaume, fils pu√ģn√© de Fr√©d√©ric II de Mantoue et de Marguerite de Montferrat, n'a que 12 ans lorsqu'il succ√®de √† son fr√®re Fran√ßois III qui meurt en 1550. Ferdinand Ier, son beau-p√®re, devenu empereur germanique en 1556 le fait Chevalier de l‚ÄôOrdre de la Toison d'or en 1559 et c'est le fils de Ferdinand, Maximilien II, qui l'√©l√®ve, en 1574, √† la dignit√© de duc de Montferrat (fr.wikipedia.org - Fr√©d√©ric II de Mantoue, fr.wikipedia.org - Guillaume de Mantoue).

 

Le quatrain se situe après que les titres de ducs de Mantoue et de Montferrat ont été institués : 1530 et 1574. Ce qui est le cas en 1629.

 

Vincent Ier de Mantoue (de la Maison Gonzague), duc de Mantoue et de Montferrat, est un prince italien n√© le 21 septembre 1562 √† Mantoue et mort le 18 f√©vrier 1612 √† Mantoue. Il fut le quatri√®me duc de Mantoue (r√©gion de Lombardie en Italie) et deuxi√®me duc de Montferrat (r√©gion du Pi√©mont). En 1593, il sera √©lev√© au rang de Prince du Saint-Empire romain germanique. Vincent Ier, est d√©c√©d√© en 1612, √† l'√Ęge de 50 ans, l√©guant √† la post√©rit√© le souvenir d'un prince repr√©sentatif de l'√Ęge baroque (fr.wikipedia.org - Vincent Ier de Mantoue).

 

Guerre de Montferrat

 

Le 26 d√©cembre 1627, a lieu √† Mantoue le mariage du fils cadet de Charles de Gonzague-Nevers - fils du duc Louis de Nevers -, Charles (Fran√ßois, l'a√ģn√©, est mort en 1622) avec Marie, fille de Fran√ßois IV de Gonzague et ni√®ce du duc Vincent II. Le mariage a √©t√© pr√©vu et arrang√© par le duc r√©gnant, Vincent II qui, sans doute inquiet de la succession des duch√©s de Mantoue et Montferrat, voit l√† l'occasion de donner une suite √† son r√®gne. Son p√®re Vincent Ier et le p√®re du mari√© (Louis de Gonzague-Nevers) √©taient cousins, Marie est sa ni√®ce, la fille de son fr√®re l'ancien duc Fran√ßois IV. Mais, le jour m√™me de ce mariage, Vincent meurt, ouvrant ainsi la succession des duch√©s de Mantoue et Montferrat. D√®s lors vont se d√©cha√ģner tous les app√©tits : d'un c√īt√©, l'Empereur Ferdinand II souhaite installer sur ce tr√īne vacant Ferdinand II de Gonzague, duc de Guastalla, qui lui est fid√®le, et le duc de Savoie, Charles-Emmanuel Ier, alli√© √† l'Empereur, qui esp√®re annexer le Montferrat ; et d'un autre c√īt√©, Charles qui se consid√®re comme le plus proche parent dans les m√Ęles de Vincent II et veut assumer sa succession, soutenu par le roi Louis XIII qui d√©fend son fid√®le duc de Nevers. √Ä tout cela, se m√™le le pape Urbain VIII qui s'oppose √† l'Empereur et d√©fend Charles. Un nouvel √©pisode de la lutte des guelfes (partisans de la Papaut√©) contre les gibelins (partisans de l'Empereur) s'ouvre, sur fond de guerre de Trente Ans. D√®s 1628, les troupes imp√©riales s'emparent de Mantoue : commence la guerre de Succession de Mantoue. Le trait√© d√©finitif de Cherasco sera sign√© le 6 avril 1631 qui confirmera Charles Ier √† la t√™te des duch√©s de Mantoue et de Montferrat, tandis que la Savoie s'approprie une partie de ce dernier (fr.wikipedia.org - Charles Ier de Mantoue).

 

Apr√®s les conqu√™tes, en 1628, de Mantoue par les troupes imp√©riales et celle du Montferrat par les troupes savoyardes, Charles Gonzague se retrouve assi√©g√© dans la ville pi√©montaise de Casal (aujourd'hui Casale Monferrato). Louis XIII et Richelieu passent les Alpes avec l'arm√©e du si√®ge de la Rochelle dont fait partie Toiras. Ils prennent la ville de Suse le 6 mars 1629 et rompent le si√®ge de Casale le 18 mars. Une premi√®re tr√™ve dite ¬ęde Suse¬Ľ est sign√©e avec Charles-Emmanuel en pr√©sence de Mazarin, repr√©sentant le pape.Mais en juillet 1630, l'Empereur prend Mantoue, tandis que Toiras est enferm√© √† Casal, et doit d√©fendre la ville contre les Espagnols qui en font √† nouveau le si√®ge. L'intervention de l'arm√©e fran√ßaise, conduite par Louis XIII, rompt le si√®ge de Casal tandis que l'Empereur, occup√© par une intervention su√©doise en Allemagne, abandonne Mantoue pour un temps (fr.wikipedia.org - Jean de Saint-Bonnet de Toiras, Michel Baudier, Histoire Du Mareschal de Toiras, 1644 - books.google.fr).

 

Guillaume d'Hugues, archevêque d'Embrun, reçut dans son palais Louis XIII en mars 1629. Ce prince allait en Italie pour faire lever le siège de Casal à Gonzalve de Cordoue, gouverneur du Milanais. Comme Charles VIII, Louis XII et Henri II, il parut en habit de chanoine dans la salle d'honneur de la métropole. La réception du monarque dans la ville, se fit avec la décence et tout l'éclat qu'exigeait la dignité d'un roi de France. On a retrouvé un certificat de François de Bonne, neveu du connétable de Lesdiguières et gouverneur de l'Embrunois, duquel il résulte que trois clefs de la ville faites en argent furent solennellement offertes à Louis XIII. Cette même année 1629, le 8 septembre, jour de la Nativité de la Sainte Vierge, on vit arriver au sanctuaire de Notre-Dame d'Embrun, Charles-Salomon du Serre, Evéque de Gap, conduisant processionnellement les pénitents blancs de sa ville épiscopale, et revêtu lui-même du sac de la confrérie (Honoré Jean P. Fisquet, La France pontificale, Tome 1, 1864 - books.google.fr).

 

Le pénitent Henri III attendra un dauphin, comme Louis XIII jusqu'en 1638.

 

"poignard, langue & palais"

 

Les plaies de la langue, du palais et du voile par instruments tranchants sont assez rares. C'était autrefois un supplice assez répandu que l'amputation plus ou moins sommaire de la partie antérieure de la langue faite par le bourreau (H. Morin, Maladie de la bouche et du pharynx,  Traité de chirurgie clinique et opératoire, Volume 6, 1898 - books.google.fr).

 

Saint J√©r√īme assure qu'H√©rodiade, telle Fulvie, l'√©pouse de Marc Antoine se vengeant de Cic√©ron, aurait perc√© la langue du proph√®te d'un stylet [poignard √† lame fine] ou avec le poin√ßon de ses cheveux (Les vies des saints dont on fait l'office dans le cours de l'ann√©e, Tome 2, 1703 - books.google.fr).

 

Vn fresoir de Mantou√ę nouuellement inuent√©, qui sauonne, empese, lisse, dresse & goderonne tout √† la fois.

Les escarpins d'Erodias, pour apprendre à danser ceux qui ont manque de disposition (De Vaux (pseud. i.e. Adrien de Montluc, Comte de Cramail), Les Jeux de l'Inconnu. Augmenté de plusieurs pièces en ceste dernière édition., 1645 - books.google.fr).

 

¬ę escarpins d'Erodias ¬Ľ : Allusion √† l'histoire √©vang√©lique de Jean Baptiste. Toutefois, dans cette histoire-l√†, c'est la fille d'H√©rodias, Salom√©, qui se distingue par son habilet√© √† la danse. Quant √† H√©rodias, elle est surtout notoire par ses aventures √©rotiques, dont la critique co√Ľta la vie √† Jean Baptiste. Il faut croire que c'est ce dernier trait, ainsi que l'homophonie h√©ro-/√©ro-, qui font en sorte que l'auteur parle des escarpins d'H√©rodias, et non point de celles de Salom√©: on comprend de quelles danses il s'agit.

 

¬ę  fresoir de Mantoue ¬Ľ ¬ę...nouvellement invent√©¬Ľ. Il peut s'agir d'une fine allusion √† l'ouverture de la dispute de la succession de Mantoue, √† la suite du d√©c√®s de Vincent II duc de Mantoue (26. 12. 1627). Son h√©ritage, le duch√© de M. et le marquisat de Montferrat, permettaient de contr√īler la voie alpine strat√©gique, et le duc de Nevers √©tait le premier pr√©tendant. En janvier 1629, Richelieu recommande au roi d'intervenir aux affaires de Mantoue. Rep√®re chronologique possible (Michael Kramer, V√©ronique Garrigues, Ňíuvres: Ňíuvres versifi√©es ; Les pens√©es du solitaire ; Les jeux de l'inconnu ; Fable des amours du jour et de la nuit, 2007 - books.google.fr).

 

Adrien de Lasseran de Massencome de Monluc dit Adrien de Monluc (1571-1646), baron de Montesquiou et de Saint-Félix, prince de Chabanais, comte de Carmain/Cramail du chef de sa femme Jeanne de Foix, est un noble français, petit-fils de Blaise de Montluc. Deux recueils de prose lui sont attribués. Ils furent compilés et publiés par un certain sieur Devaux dos Caros (doas caras = occit. "deux visages"), dont on ne sait pas grand-chose : Les Pensées du solitaire, 1629-1630 ; Les Jeux de l'inconnu, 1630 (fr.wikipedia.org - Adrien de Monluc).

 

"dos caros" : cf. vers 2 "vis a vis".

 

Tir√©e de la seconde partie des Pens√©es du solitaire, De la F√©licit√© de cette vie est un petit ¬ętrait√©¬Ľ de philosophie morale en premi√®re personne, o√Ļ l‚Äôauteur √©tablit sa f√©licit√© dans ¬ęla tranquillit√© de l‚Äôesprit¬Ľ. La d√©marche est habile et prudente, et pourtant fort audacieuse. L‚Äôauteur quel qu‚Äôil soit (et rien n‚Äôinterdit d‚Äôy voir la plume de Monluc) a lu et longuement m√©dit√© la Sagesse de Charron, on peut en √™tre s√Ľr, et il en fait une appropriation qui correspond bien √† celle que les apolog√®tes d√©noncent comme ¬ęlibertinage¬Ľ. Cela devient particuli√®rement visible dans le passage suivant :

 

Ces philosophes qui se brusloient volontairement ; ceux qui se fo√ľettent encores, qui s‚Äôescorchent, et se mettent en pieces en Turquie, ou en la Chrestient√©, sentent-ils les coups qu‚Äôils se donnent ? Non : si cela est, ils n‚Äôont point de merite ; et s‚Äôils les sentent pouvons-nous dire que ce soit avecque contentement ?.

 

Ces ¬ęphilosophes¬Ľ, ¬ęen la chr√©tient√©¬Ľ, sont bien s√Ľr les religieux qui pratiquent les mac√©rations et les mortifications. Ceux qui cherchent leur f√©licit√© en Dieu en m√©prisant ce monde ne sauraient la trouver qu‚Äôen l‚Äôautre monde‚Ķ Il faut donc choisir : soit rechercher le bonheur en cette vie, ce qui ne peut se faire qu‚Äôen adoptant une conduite raisonnable visant √† la tranquillit√© de l‚Äôesprit, soit le rechercher en l‚Äôautre. Les deux d√©marches sont absolument inconciliables. √† y regarder de pr√®s, la seconde ne saurait d‚Äôailleurs √™tre sup√©rieure √† la premi√®re, parce que l‚Äôargumentation a soulign√© pr√©c√©demment, comme on l‚Äôa vu, l‚Äôhypocrisie et les fausses apparences que se donnent les hommes confits en religion, travaill√©s par les troubles passionnels et les appels de la chair - tout le raisonnement conduisant en fait √† consid√©rer les conduites de mac√©ration et d‚Äôasc√©tisme comme mues en profondeur par des d√©r√®glements passionnels plut√īt que par un d√©sir sinc√®re de plaire √† Dieu. Mais surtout, l‚Äôauteur en appelle √† l‚Äôimpossibilit√© radicale de disjoindre l‚Äô√Ęme du corps, ce qui rend la recherche de l‚Äôaffliction corporelle incompatible avec l‚Äôacquisition de la f√©licit√© de l‚Äôesprit (Jean-Pierre Cavaill√©, Adrien de Monluc, d√©vot ou libertin ?, Les Dossiers du Grihl, 2011 - journals.openedition.org).

 

Citons en passant la reproduction de miniatures italiennes du XVe si√®cle, Ňďuvre d'une sŇďur dominicaine de Mantoue, figurant les quatorze mani√®res d'oraisons usit√©es de saint Dominique; elles sont vraiment curieuses, et certaines rappellent les pratiques des fakirs indiens (Revue historique, Volumes 77 √† 78, 1965 - books.google.fr).

 

Cette dominicaine est Osanna Andreassi, né à Mantoue en 1447, et morte en 1505. Elle prophétisa la naissance de Frédéric II, premier duc de Mantoue, à sa mère Isabelle d'Este femme du Marquis François de Gonzague (Carolyn Muessig, The Stigmata in Medieval and Early Modern Europe, 2020 - books.google.fr).

 

Les P√®res de l'√Čglise n'auront sans doute pas tort enti√®rement, quand il leur arrivera de pr√©senter les grands ma√ģtres du proph√©tisme, √† c√īt√© de Jean Baptiste, comme les mod√®les et les guides des moines chr√©tiens. C'est bien, en effet, une sotte de vie monacale que semblent mener, par exemple, un √Člie ou un √Člis√©e et, m√™me, chez certains de ces proph√®tes, il y a du fakir hindou (Charles Guignebert, Le Monde juif vers le temps de J√©sus: Des proph√®tes √† J√©sus, 2015 - books.google.fr).

 

De ces ¬ęcroque-mitaines de l'asc√®se¬Ľ, comme disait Bremond, les biographes auront soin de nous montrer √† c√īt√© des je√Ľnes terrifiants et des prouesses de fakirs, l'amour pour la voie humble du Christ, la douceur √† l'imitation du Seigneur ¬ęqui s'est offert comme mod√®le √† ceux qui veulent l'imiter et qui a dit : Prenez exemple sur moi qui suis doux et humble de coeur¬Ľ (Revue thomiste: revue doctrinale de th√©ologie et de philosophie, Volume 66, 1966 - books.google.fr).

 

Fakirs

 

Le mot fakir est arabe, & signifie un pauvre, ou une personne qui est dans l'indigence; il vient du verbe fakara, qui signifie √©tre pauvre. Selon M. d'Herbelot, il y a aux Indes plus de huit cens mille fakirs mahom√©tans,& douze cens mille idol√Ętres.

 

On rapporte qu‚ÄôAlexandre eut, un jour, la curiosit√© d'entendre ces fakirs. Deux d‚Äôentr'eux lui firent un discours √©loquent, qui rouloit sur la patience & fur la mod√©ration ; &,¬† pour lui faire voir qu‚Äôils favoient pratiquer ce qu'ils pr√™choient, l'un des pr√©dicateurs se coucha par terre, en pr√©sence du roi, dans un endroit o√Ļ le soleil dardoit √† plomb ses rayons, & demeura, pendant tout le jour, dans cette situation. Son compagnon, tenant un pied en l'air, prit entre ses mains une grande piece de bois, qu'il √©leva au-dessus de sa t√™te, & resta fort longtems dans cette posture, n‚Äô√©tant appuy√© que sur un pied. Le plus c√©lebre de ces fakirs est ce Calanus dont il est parl√© dans l‚ÄôHistoire d'Alexandre, & qui se br√Ľla publiquement en pr√©fence de ce monarque (Encyclop√©die, ou dictionnaire universel raisonn√© des connoissances humaines. Tome XVIII, 1772 - books.google.fr).

 

Avec de longues aiguilles, un fakir se perce le nez, les l√®vres, le cou, les joues, les bras; un autre se couche le torse nu, sur la lame d'un sabre, ou se frappe les mollets √† coups de sabre; tel autre se passe une pelle rougie au feu sur la langue ou sur le corps, se br√Ľle la poitrine, les bras et les jambes avec une torche enflamm√©e (Prosper Ricard, Les merveilles de l'autre France: Alg√©rie, Tunisie, Maroc; le pays - les monuments - les habitants, 1924 - books.google.fr).

 

"jardin"

 

Un autre terme utilis√© par le vocabulaire m√©di√©val est le ¬ęcasal¬Ľ (ou ¬ęcasau¬Ľ, ¬ęchasal¬Ľ, ¬ęchesas¬Ľ, etc.). Comme le ¬ęmes¬Ľ et le ¬ęcourtil¬Ľ, le ¬ęcasal¬Ľ est un mot polys√©mique dont la particularit√© est d'appartenir essentiellement √† la r√©gion du sud-ouest de la France. Il s'utilise en fait essentiellement en Gascogne, abordant le pays Toulousain et celui de Foix. Au-del√†, il se fait beaucoup plus rare, mais se retrouve en Italie et sous la barri√®re pyr√©n√©enne. Le terme vient du bas-latin casalis qui d√©signe ce qui est propre √† la maison rurale mais, au fil des si√®cles, son champ s√©mantique s'est enrichi. Il a pu d√©signer la ferme ou la m√©tairie comme le propose l'Altfranz√∂sisches W√∂rterbuch de Tobler-Lommatzsch. Mais il est surtout rest√© proche du ¬ęmes¬Ľ et du ¬ęcourtil¬Ľ dans le sens large, celui de l'exploitation paysanne ou de l'unit√© seigneuriale (domaine, assiette fiscale). Comme le manse, il forme un complexe agraire et juridique : ‚ÄĒ ¬ęA 1269 fu un grant crole en Ermenie, qui fondi un chastiau et trois abbaies d'Ermins, et bien douze casiaus¬Ľ ; ‚Äď ¬ęEn chesas, en meis, en chans¬Ľ ; ‚Äď ¬ęLou cultil doudit chessal¬Ľ. En dehors de cette d√©finition, qui suppose la pr√©sence de cultures, le ¬ęcasal¬Ľ indique aussi parfois le bourg ou l'agglom√©ration villageoise, et m√™me le ch√Ęteau comme dans la Chanson d'Aspremont : A quinze lieues entor aus Ne remest villes ne casaus. Selon l'√©tude de B. Cursente, ces interpr√©tations sont principalement applicables jusqu'au milieu du XIIIe s. Le mot ¬ęcasal¬Ľ voit rapidement son sens s'√©tendre vers celui de jardin ‚Äď qu'il gardera dans le gascon moderne : fruta o ortalissa de casal √† Montoussin (1270), ortos seu casalia √† Polastron (1276), casalia ad facienda ortalicia √† Mour√®de (1286). L'auteur lie cette √©volution au ph√©nom√®ne de resserrement g√©n√©ral de l'habitat. On remarque en effet dans de nombreuses chartes et coutumes de bastides la faible dimension de cette pi√®ce de terre. Ainsi, lorsqu'une bastide √©tait construite au Moyen √āge, son terroir √©tait divis√© en trois cat√©gories de lots : les terrains √† b√Ętir, les jardins ou petites parcelles ferm√©es √† la p√©riph√©rie imm√©diate de l'agglom√©ration portant le nom de ¬ęcasal¬Ľ ou ¬ęcasal√®re¬Ľ, et les arpents de terre labourable ou de vigne : domos localia, et casalia, et arpenta terre (Elise Gesbert, Les jardins du Moyen √Āge du XIe au d√©but du XIVe si√®cle, Cahiers de civilisation m√©di√©vale n¬į 46, 2003 - books.google.fr).

 

Il est une ¬ęgloire de la Gascogne¬Ľ dont la vaillance est c√©l√©br√©e de son vivant. En 1610, Guillaume Ader, m√©decin et po√®te gimontois, fait publier en occitan une √©pop√©e - 2690 vers - retra√ßant les exploits d'un gentilhomme gascon anonyme derri√®re lequel on lit en transparence l'ascension glorieuse d'Henri IV. Le po√®te ins√®re √† titre d'exemple dans la galerie de protraits de gentilshommes gascons batailleurs Adrien de Monluc. Les vertus martiales du comte de Cramail occultent les autres caract√®res pr√™t√©s aux gascons au point d'en effacer les corollaires p√©joratifs n√©s au XVIIe si√®cle. Toutefois, il a lui-m√™me contribu√© √† renforcer les lieux communs v√©hicul√©s par la litt√©rature. Une partie de l'oeuvre d'Adrien de Monluc int√®gre les st√©r√©otypes hostiles aux gascons, install√©s dans le discours fran√ßais tout en parodiant les moeurs curiaux. Cinq textes issus des Jeux de l'inconnu dressent le portrait de courtisans ridicules, le plus souvent gascons et dont la quintessence se retrouve dans Le manteau d'escarlate. Le Dom Quixote Gascon transforme la folie du chevalier √† la Triste Figure en une d√©mence caricaturale (V√©ronique Garrigues, Adrien de Monluc (1571-1646): d'encre et de sang, 2006 - books.google.fr).

 

Adrien de Monluc

 

Ainsi, un des signes tangibles de l'id√©al religieux d'Adiren de Monluc est son adh√©sion en 1619 √† la Milice chr√©tienne. Cet ordre de chevalerie, cr√©√© √† l'instigation du duc de Nevers, a la pr√©tention de r√©unifier la Chr√©tient√©, revitalisant le vieil id√©al de croisade. La Milice doit rassembler les princes chr√©tiens dans une guerre contre le Turc. Pour la France, l'√©tude des listes de noms des ¬ęgrands croix¬Ľ commandeurs et ¬ęchevaliers¬Ľ montre que la plupart des courtisans souscrivent √† cette id√©e. Un membre de l'ordre a pour mission de recruter de nouveaux chevaliers dans le sud du royaume, en Dauphin√©, Auvergne, Provence, et Languedoc. Il est difficile de restituer une identit√© aux ch√Ętelains visit√©s par l'envoy√© du duc de Nevers. Les promesses d'enr√īlement sont consign√©s par des notaires entre le 24 d√©cembre 1618 et le 27 septembre 1620. Leurs registres n'ont pas encore √©t√© d√©couverts. Les postulants doivent exhiber leurs preuves de noblesse, et le registre des inscriptions √©num√®re leurs titres et leurs possessions. La prestation de serment requiert la pr√©sence de dignitaires de l'ordre. Pour le Languedoc, le jeune duc de Ventadour, Henri, et le comte de Cramait remplissent cette fonction. Si le nom de Monluc n'est pas consign√© dans les registres nationaux. il appara√ģt comme t√©moin dans les prestations de serments des nouveaux chevaliers de l'ordre en 1620 dans la province de Languedoc. Il doit donc en titre membre, bien que le statut des t√©moins ne soit pas indiqu√©. Quelques chevaliers sont des affid√©s de Monluc issus du comt√© de Caraman - visit√© en juillet 1620 (V√©ronique Garrigues, Adrien de Monluc (1571-1646): d'encre et de sang, 2006 - books.google.fr, 22 v‚Äôla l‚ÄôTarot - Kabbalisation du Tarot - Introduction 3 : Les Gonzague - nonagones.info).

 

A d√©faut de croisade contre le Turc, cette petite noblesse provinciale, recrut√©e sur les fronti√®res du catholicisme en Languedoc, dans l'imm√©diat se rassembler autour d'un autre projet, √† l'int√©rieur royaume, tourn√© contre les protestants du Midi. Il n'est pas impossible que cette entreprise, √† l'√©chelle languedocienne, se soit fondue dans le cadre d'une lutte contre les r√©form√©s du Bas-Languedoc. Gentilhomme au pass√© ligueur, p√©nitent bleu puis chevalier Milice chr√©tienne, les convictions religieuses du comte de Cramail sont au coeur de son engagement politique. Au service de Louis XIII, roi Chr√©tien, son √©p√©e est en accord avec sa spiritualit√©. Pendant le minist√® Richelieu, la loi divine est subordonn√©e √† l'action politique, les croyant l'un ne peuvent s'effacer devant les int√©r√™ts nationaux et les imp√©ratifs politiques de l'autre. Monluc est un homme de fid√©lit√©s : fid√©lit√© au roi et fid√©lit√© √† la foi catholique, mais la seconde supplante finalement la premi√®re. Il est une de ces figures nobles dont la foi ne semble avoir eu d'autre que celle de Dieu. La carri√®re d'Adrien de Monluc se d√©roule principalement sur les champs de bataille du royaume, o√Ļ ses talents guerriers et sa bravoure, traduisent son enti√®re adh√©sion √† l'id√©al nobiliaire. Sa vertu s'exprime pointe de l'√©p√©e, et est exalt√©e par le souvenir des actions de ses a√Įeux (V√©ronique Garrigues, Adrien de Monluc (1571-1646): d'encre et de sang, 2006 - books.google.fr).

 

Quatrain précédent

 

L'interprétation du quatrain précédent IX, 21 fait une part à la flagellation des pénitents européens, pratique qui n'est pas si éloignés de celle des fakirs, et de certains sportifs.

 

Bababec chez les fakirs (1750) se borne √† combattre les fakirs ; m√™me les fakirs de bonne foi ne sont que des ambitieux aspirant √† des places de distinction qu'ils esp√®rent obtenir en ¬ęenfon√ßant des clous dans leurs derri√®res !¬Ľ O√Ļ est-elle cette existence enfi√®vr√©e de travail, source de tout progr√®s, cet amour de la vie sonore, telle que le po√®te l'aimait ? ¬ęJe fais cent fois plus de cas d'un homme qui s√®me des l√©gumes, ou qui plante des arbres que de tous vos camarades, qui regardent le bout de leur nez, ou qui portent un b√Ęt par exc√®s de noblesse d'√Ęme (Katarina Elisabeth Bader-Molnar, L'id√©e d'humanit√© dans l'Ňďuvre de Voltaire jusqu'en 1750, 1983 - books.google.fr).

 

Th√©√Ętre mantouan en France

 

Marie de M√©dicis avait depuis longtemps subordonn√© toute sa conduite √† la r√©alisation des doubles noces espagnoles, son grand dessein diplomatique et dynastique pour lequel elle s'√©tait d√©sint√©ress√©e des revendications internes de la noblesse et du conflit qui opposait la Savoie et le Mantouan au sujet du Montferrat. √Ä plus forte raison s'√©tait-elle peu souci√©e de la qualit√© des repr√©sentations th√©√Ętrales de la compagnie de son neveu Ferdinand, non plus que des critiques d'intellectuels blas√©s comme Malherbe (Siro Ferrone, Arlequin: vie et aventures de Tristano Martinelli, acteur, 2008 - books.google.fr).

 

Les Fedeli √©taient √† Mantoue : c'√©tait la compagnie de Jean Baptiste Andreini (mort en 1654), le premier L√©lio, dont la femme √©tait Florinda. Les Fedeli se firent applaudirent √† Paris de 1613 √† 1625, appel√©s par la r√©gente Marie de M√©dicis (Xavier de Courville, Un artisan de la r√©novation th√©√Ętrale avant Goldoni: Luigi Riccoboni, dit L√©lio, chef de troupe en Italie (1676-1715), 1967 - books.google.fr, it.wikipedia.org - Giovan Battista Andreini).

 

Pour l'anecdote on peut ajouter que quatre soeurs d'Andreini √©taient religieuses √† Mantoue et que son fr√®re Pietro Paolo √©tait moine vallombrosien √† Pavie (Silvia Fabrizio-Costa, Les pleurs et la gr√Ęce : La Maddalena de G. Andreini, Th√©√Ętre en Toscane: la com√©die (XVIe, XVIIe et XVIIIe si√®cles), 1991¬† - books.google.fr).

 

Mantor

 

Mantor : coriarus (corroyeur) (Glossarium ad scriptores mediæ et infimæ latinitatis, auctore Carolo Dufresne, domino du Cange, Tome IV, 1739 - books.google.fr).

 

La confr√©rie des maitres baudoyeurs-corroyeurs se r√©unissait dans l'√©glise Saint-Merry, le 1er juillet; leur chapelle √©tait situ√©e dans le transept du c√īt√© du clo√ģtre, √† la place o√Ļ se trouve aujourd'hui la porte de sortie. Saint Thibaud de Provins mourut pr√™tre dans le voisinage de Vicence, apr√®s une vie presque √©r√©mitique, o√Ļ il cherchait l'oubli des hommes en diff√©rentes contr√©es. Comme Fran√ßais, et appartenant m√™me √† la maison des comtes de Champagne, on comprend qu'il fut honor√© √† Paris. Mais, quant √† la d√©votion des corroyeurs pour lui, ceux-ci doivent l'avoir confondu avec saint Thibaut d'Albe en Montferrat, mort en 1150, lequel exer√ßa l'√©tat de cordonnier. L√†, du moins, il y avait quelque voisinage de professions. L'homonymie aura suppl√©√© au d√©faut d'homotechnie (Arthur Forgeais, Numismatique des corporations parisiennes, m√©tiers, etc., 1874 - books.google.fr).

 

Mantoue dont la fondation pr√©c√®de de pr√®s de trois si√®cles celles de Rome, est la capitale d'un √©tat qui s'√©tend sur une longueur d'environ soixante-dix milles d'Italie, depuis les fronti√®res du Cr√©monais jusqu'√† Stellata, terre du pape, et sur une largeur d'environ quarante milles, mais quelquefois moindre, depuis Vidiano, jusqu'√† la fronti√®re du V√©ronais. Tout le circuit du Mantouan peut √™tre √©valu√© √† deux cents milles. Sous le r√®gne de ses souverains, Mantoue renfermait cinquante mille √Ęmes, et quarante monast√®res, dont les √©glises √©taient orn√©es des tableaux des plus grands maitres. Le palais du prince renfermait cinq cents chambres o√Ļ l'on voyait briller la magnificence et la richesse: Les principales rivi√®res qui arrosent le Mantouan, sont le P√ī, qui le traverse presque d'un bout √† l'autre, le Mincio, l'Oglio et la Secchia, qui vont toutes se perdre dans ce roi des fleuves de l'Italie. Depuis environ un si√®cle, Mantoue se gouvernait en forme de r√©publique, sous la protection des empereurs, lorsque Otton II la donna au marquis Th√©dalde, a√Įeul de la comtesse Mathilde, qui s'en mit en possession l'an 1114. Apr√®s la mort de cette princesse, il para√ģt que Mantoue f√Ľt du nombre des villes qui profit√®rent des divisions du sacerdoce et de l'empire pour se mettre en libert√©; mais elle ne fit que changer de ma√ģtres (L'art de v√©rifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monuments, depuis la naissance de Notre-Seigneur, Tome 17, 1819 - books.google.fr).

 

Certains auteurs appellent ce Thedald Thibaut, et l'empereur en question serait Otton Ier (M. de Saint-Marc, Abrégé chronologique de l'histoire générale de l'Italie, Tome 2, 1763 - books.google.fr).

 

"vis à vis"

 

"vis" pour "vit".

 

Dans L'Anel qui faisoit les vis grans et roides, l'ironie veut que l'évêque qui trouve au bord de la fontaine cet anneau étrangement merveilleux, souffre avec le gonflement de son membre toutes les douleurs satyriasiques (Brian Levy, Malades et maladies dans les fabliaux, Reinardus: Yearbook of the International Reynard Society, 1999 - books.google.fr).

 

On reste √† Embrun o√Ļ le culte de saint Foutin √©tait c√©l√©br√©.

 

Saint Foutin de Varailles √©tait en grande v√©n√©ration en Provence. On lui attribuait la vertu de rendre f√©condes les femmes st√©riles, de raviver les hommes nonchalans, et de gu√©rir leurs maladies secr√®tes. En cons√©quence, on √©tait en usage de lui offrir, comme on offrait autrefois au dieu Priape, des ex-voto en cire, qui repr√©sentaient les parties d√©biles ou afflig√©es. ¬ęOn offre √† ce saint, lit-on dans la Confession de Sanci, les parties honteuses de l'un et de l'autre sexe, form√©es en cire. Le plancher de la chapelle en est fort garni, et lorsque le vent les fait entrebattre, cela d√©bauche un peu les d√©votions en l'honneur de ce saint. Je fus fort scandalis√©, quand j'y passai, d'ou√Įr force hommes qui avaient nom Foutin. La fille de mon h√īte avait pour sa marraine une demoiselle appel√©e Foutine¬Ľ. Le m√™me saint √©tait pareillement honor√© √† Embrun. Lorsqu'en 1585 les protestans prirent cette ville, ils trouv√®rent, parmi les reliques de la principale √©glise, le Phallus de saint Foutin. Les d√©votes de cette ville, √† l'imitation des d√©votes du paganisme, faisaient des libations √† cette idole obsc√®ne. Elles versaient du vin sur l'extr√©mit√© du Phallus, qui en √©tait tout rougi. Ce vin, re√ßu dans un vase, s'y aigrissait : on le nommait alors le saint vinaigre. ¬ęEt les femmes, dit l'auteur qui me fournit ces d√©tails, l'employaient √† un usage assez √©trange.¬Ľ Il ne donne point d'autres √©claircissemens sur cet usage ; je le laisse √† deviner¬Ľ. A Orange, il existait un Phallus ; il faisait l'objet de la v√©n√©ration du peuple de cette ville. Plus grand que celui d'Embrun, il √©tait de bois, recouvert de cuir et muni de ses appendices. Lorsqu'en 1562, les protestans ruin√®rent l'√©glise de saint Eutrope, ils se saisirent de l'√©norme Phallus, et le firent br√Ľler dans la place publique (Jacques-Antoine Dulaure, Des divinit√©s g√©n√©ratrices, ou, Du culte du phallus chezles anciens et les modernes, 1805 - books.google.fr).

 

On se demande si à Embrun Louis XIII pria la sainte Vierge ou la sainte Verge de saint Foutin pour obtenir une descendance qui, en 1629, se faisait déjà attendre depuis 14 ans.

 

Typologie

 

Le report de 2120 sur la date pivot 1629 donne 1138.

 

Saint Guillaume d'Aquitaine fut un des saints dont le culte se d√©veloppa au XVIIe si√®cle comme cons√©quence de la d√©fense du sacrement de la p√©nitence par l'Eglise catholique. Fils des ducs d'Aquitaine et comtes de Poitiers, il eut une jeunesse dissip√©e; apr√®s avoir d√©fendu l'antipape Anaclet contre Innocent II, il trouva la v√©rit√© gr√Ęce √† saint Bernard de Clairvaux qui lui montra une hostie devant l ' √©glise de Parthenay. Repenti de ses p√©ch√©s, il d√©cida de devenir ermite et apr√®s √™tre all√© √† Rome implorer aupr√®s du Pape son pardon, il se rendit en Terre Sainte o√Ļ, comme saint J√©r√īme, il consacra sa vie √† la p√©nitence et √† la mortification de son corps, jusqu'√† sa mort en 1138. D'apr√®s la l√©gende, sa p√©nitence consistait entre autres √† porter une cotte de maille qu'il s'√©tait fait mettre avant de partir pour Rome et qu'il ne pouvait enlever. Suivant un des types iconographiques habituels de ce saint (il fut aussi repr√©sent√© imberbe ou comme ermite), le peintre espagnol Antonio de Pereda (1599 ‚Äď 1678) l'a repr√©sent√© sous les traits d'un chevalier, avec un casque (le heaume est un de ses attributs) et une armure compl√®te avec une ceinture √©carlate. Il est en pri√®re, les mains crois√©es sur la poitrine, √† genoux devant un crucifix et un livre ouvert avec une repr√©sentation de la Vierge √† l'Enfant. Dispos√©s sur une table de pierre, un autre livre ferm√© et une t√™te de mort forment une composition largement utilis√©e par Pereda dans ses ¬ęvanit√©s¬Ľ. On peut voir √† l'horizon, aux abords d'une ville, la rencontre de saint Guillaume avec saint Bernard, point de d√©part de sa r√©g√©neration et de sa vie de p√©nitence. Parmi les tableaux dat√©s par Pereda lui-m√™me, celui-ci est un des derniers et constitue donc une r√©f√©rence importante pour l'√©tude de sa derni√®re p√©riode. Angulo et P√©rez S√°nchez ont soulign√© la pr√©sence d'√©l√©ments qui allaient marquer les derni√®res √¶uvres de Pereda : la fluidit√© de la mati√®re picturale (√©vidente lorsque l'on compare le traitement de l'armure √† celui d'autres armures dans ses Ňďuvres ant√©rieures), la froideur de la gamme chromatique et l'inclination √† rendre le sentiment de pi√©t√© √† travers des expressions douces,¬† de concentration et de ravissement, qui t√©moignent d'une int√©riorisation de la pratique religieuse, plut√īt que de la recherche d'une communication directe avec la divinit√© (Cinq si√®cles d'art espagnol, Volume 1, 1987 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Guillaume de Gellone).

 

Guillaume de Gellone, (Saint Guilhem le D√©sert), serait bien Guillaume d'Orange. Son tombeau pr√©sente des similitudes avec un autre dans le D√īme de Mantoue (Isabelle Maillard-Rillet, Le roman du sarcophage dit de ¬ę Saint-Guilhem-Guillaume d'Orange¬Ľ, √† Saint-Guilhem-le-D√©sert (H√©rault). In: Revue arch√©ologique de Narbonnaise, tome 29, 1996 - www.persee.fr).

 

Croisades

 

Au moyen √Ęge, casal d√©signe un hameau ou village habit√© par des serfs cultivateurs. On rencontre de tels habitats au Moyen Orient chr√©tien pendant les croisades (Alan Tami, L‚Äôart de la guerre au temps des croisades (491/1098 -589/1193) : Du th√©ocentrisme irrationnel aux influencesmutuelles et adaptations pragmatiques dans le domaine militaire, 2012 - tel.archives-ouvertes.fr).

 

Tripoli, 1137

 

Raymond II de Tripoli (v. 1120 - 1152) est un comte de Tripoli de 1137 √† 1152 et fils de Pons, comte de Tripoli, et de C√©cile de France. En 1137, l‚Äôatabeg Zengi envahit la principaut√© d‚ÄôAntioche, puis le comt√© de Tripoli. Le comte Pons lui livre bataille √† Mont-P√®lerin, mais est captur√© et ex√©cut√©. Les Seldjoukides prennent ensuite la direction de J√©rusalem o√Ļ le roi Foulque rassemble ses troupes.

 

L'arm√©e chr√©tienne mal guid√©e passe par les monts Ansarieh. Zengi, inform√© de son approche la surprend dans des d√©fil√©s o√Ļ elle ne peut se d√©ployer. Selon Kamal ad Din, plus de 2.000 Francs sont tu√©s. Le comte Raymond est fait prisonnier. Zengui offre une capitulation honorable : contre reddition de la Place, les assi√©g√©s pourront se retirer sans ran√ßon et le comte de Tripoli sera d√©livr√©. Le roi accepte aussit√īt ces propositions inesp√©r√©es. La forteresse est √©vacu√©e entre le 10 et le 20 ao√Ľt. Non loin de Tripoli, √† Archas, les d√©fenseurs de Montferrand rencontrent l'arm√©e de secours et le roi remercie avec √©motion ceux qui ont fait preuve d'un tel loyalisme √† son √©gard (fr.wikipedia.org - Raymond II de Tripoli, www.templiers.net).

 

L’émir de Damas, inquiet de la puissance montante de Zengi s’allie au royaume de Jérusalem et les deux armées le défont et le repoussent. Ce n’est qu’en 1142 que Raymond II est libéré contre rançon. Pour éviter qu’une nouvelle invasion turque ne prenne le comté au dépourvu, il confie le krak des Chevaliers aux Hospitaliers. Ceux-ci conservent le krak pendant cent trente ans, jusqu’à sa prise par les Mamelouks en 1271 (fr.wikipedia.org - Raymond II de Tripoli).

 

Archas et Halba

 

Le village de Qouleiat, situ√© aupr√®s de ruines d'une petite forteresse des Crois√©s, est sur une colline basse. Son origine est inconnue ; elle appara√ģt pour la premi√®re fois, comme une possession des Hospitaliers. En 1207, le sultan Malek Adel Abou Bekr s'en empare en marchant sur Tripoli, puis Ba√Įbars en 1268. Avec Arga et Halba elle d√©fendait l'acc√®s de Tripoli par la trou√©e de Homs. Par son plan carr√© et la disposition r√©guli√®re de ses saillants, ce ch√Ęteau se rattache aux plus anciennes forteresses arabes et latines de Syrie (Moyen-Orient: Liban, Syrie, Jordanie, Iraq, Iran, Les guides bleus, 1965 - books.google.fr).

 

Ce qu'on conna√ģt surtout du sort d'Arcas au temps des Croisades, c'est le si√®ge que la premi√®re Croisade, √† l'instigation de Raymond de Saint-Gilles, infligea √† cette petite place-forte qui pouvait appara√ģtre comme la clef de Tripoli du fait de sa situation, au pied de la montagne libanaise et √† quelques kilom√®tres de la mer, sur le rebord m√©ridional de la plaine que parcourt le Nahr el K√©bir et qui d√©bouche sur la trou√©e de Homs. Raymond, qui para√ģt avoir esp√©r√© faire pression de la sorte sur le q√Ędi de Tripoli, l'assi√©gea en vain du 14 f√©vrier au 13 mai 1099, et fut contraint √† lever le si√®ge par l'impatience des crois√©s qui voulaient se porter sur J√©rusalem. Mais son successeur Guillaume Jourdain s'en empara en 1108 ou en 1109.

 

Arcas √©tait une ville d'une certaine importance ¬ęb√Ętie au pied d'une colline, avec une haute citadelle et un grand faubourg √©galement tr√®s peupl√©¬Ľ, si nous en croyons Idrisi, qui nous affirme √©galement qu'on y faisait beaucoup de commerce, que la citadelle √©tait forte et ¬ęles ressources abondantes¬Ľ. Aussi n'est-il pas surprenant que le comte de Tripoli l'ait conserv√©e dans son propre domaine. Le texte de 1151 nous apprend qu'elle √©tait administr√©e en son nom par un ch√Ętelain et par un vicomte, ce qui correspond au sch√©ma institutionnel habituel au comt√© de Tripoli comme au royaume de J√©rusalem : le vicomte pr√©sidant la cour de justice ¬ęgarnie¬Ľ de bourgeois latins et administrant le domaine seigneurial, le ch√Ętelain assumait la garde du ch√Ęteau.

 

Avant la conqu√™te musulmane, elle √©tait le si√®ge d'un √©v√™que. Les Latins ne l'ignoraient pas, car nous savons d'ailleurs qu'ils s'appuy√®rent sur les Notitiae episcopatuum byzantines pour reconstituer le cadre dioc√©sain dans les territoires qu'ils occupaient. Mais il ne leur parut pas n√©cessaire de relever le si√®ge d'Arcas : avec deux autres (Orthosias et Botrys), le dioc√®se d'Arcas fut r√©uni √† celui de Tripoli pour former un dioc√®se unique. C'est ainsi que l'√©v√™que de Tripoli, en 1125, put conc√©der aux Hospitaliers l'exemption des d√ģmes sur leurs possessions sises au dioc√®se d'Arcas tout en pr√©cisant qu'une d√©cision du patriarche d'Antioche serait n√©cessaire pour que cette concession f√Ľt d√©finitive, dans l'√©ventualit√© d'une s√©paration des dioc√®ses d'Arcas et de Tripoli.

 

L'H√īpital b√©n√©ficiait en 1128 d'une donation du comte Pons de Tripoli, qui lui c√©dait des maisons, un four, une vigne et un jardin √† Arcas. Nous savons d'autre part, par une lettre d'Alexandre III, que les Templiers y avaient eux aussi des biens qui jouxtaient les possessions de la cath√©drale Saint-Laurent de G√™nes. Arcas nous offre ainsi le tableau, que nous connaissons bien ailleurs, d'une cit√© fortifi√©e, o√Ļ les grands sanctuaires et les communaut√©s qui les desservaient poss√©daient leurs d√©pendances, et o√Ļ les G√©nois, bien qu'il ne s'ag√ģt pas d'un port maritime, avaient eux aussi re√ßu leur part, comme il √©tait souvent convenu dans les trait√©s que les ¬ęcommunes¬Ľ italiennes passaient avec les princes de l'Orient latin auxquels elles consentaient √† apporter leur aide.

 

Un acte de 1170 associe les Hospitaliers davantage au destin d'Arcas : le roi Amaury de J√©rusalem, qui administrait alors le comt√© de Tripoli pour le comte Raymond III prisonnier, fait allusion au tremblement d√©terre du 29 juin 1170, qui avait renvers√© les murs de la cit√© et du ch√Ęteau voisin de Gibelacar, et, pour √©viter que ces deux places ne tombent aux mains des Musulmans (ne christicolis amitterentur), il conc√®de aux Hospitaliers la seigneurie de ces deux places, √† charge pour l'Ordre de les restaurer, et il s'engage √† faire pression sur Raymond III, lorsque celui-ci sortirait de captivit√©, pour obtenir de lui la ratification de cette concession.

 

Le droit du roi √† disposer d'Arcas et de Gibelacar comme √©tant de son domaine est ici affirm√© sous une forme (qui-quid inibi mei erat dominii vel ante me fuerat c√†mitis) qui para√ģt assimiler le comt√© remis √† la garde royale (il est vrai qu'Amaury √©tait le plus proche parent de Raymond III, son cousin germain) au domaine royal. Ceci pouvait √™tre discut√© lors du retour du comte. En tout cas, il semble que ni Gibelacar ni Areas n'entr√®rent dans les possessions des Hospitaliers. Il se peut que le comte Raymond, revenu de captivit√© en 1174, ait refus√© de sanctionner les concessions territoriales du roi Amaury, tout en ratifiant l'abandon que celui-ci avait fait √† l'H√īpital, par le m√™me acte, de la ¬ępart de l'√©tendard¬Ľ (la portion du butin que les Hospitaliers devaient remettre au comte quand ils participaient √† une op√©ration dans son arm√©e). Il est aussi possible que les Hospitaliers eux-m√™mes n'aient pas donn√© suite √† cet acte. La ville, en effet, √©tait tomb√©e aux mains de N√Ľr al-Din en septembre 1171, et sa restauration n'avait pu qu'√™tre assez co√Ľteuse. D'autre part, on conna√ģt la r√©action qui se manifesta dans l'ordre contre la politique d'acquisition de ch√Ęteaux qui avait √©t√© celle de Gilbert d'Assailly, en 1171 : elle put inciter les chevaliers √† ne pas se pr√©valoir de l'acte du roi Amaury.

 

L'histoire d'Arcas s'estompe avec la fin du XIIe si√®cle. On ne saurait affirmer que la ville soit tomb√©e aux mains de Saladin, lorsque celui-ci passa sous Tripoli, en 1188. Elle demeura en la possession de la maison d'Antioche-Tripoli jusqu'aux campagnes de repr√©sailles lanc√©es par le sultan Baybars contre Boh√©mond VI, coupable de collusion avec les Mongols. Prise une premi√®re fois en 1261, elle avait √©t√© r√©occup√©e par les Francs ; mais, lorsque Baybars r√©apparut, en 1266, sa garnison l'√©vacua et le sultan n'eut plus qu'√† raser la forteresse qui avait jusque-l√† prot√©g√© un territoire dont Ibn al-F√Ľrat nous dit qu'il √©tait plant√© de cannes √† sucre et de champs cultiv√©s (Jean Richard, Le comt√© de Tripoli dans les chartes du fonds des Porcellet. In: Biblioth√®que de l'√©cole des chartes. 1972, tome 130 - www.persee.fr).

 

Temple et Palais

 

Arqa a jou√© un r√īle important d√®s la plus haute antiquit√© ph√©nicienne. Le nom d'Arga apparait dans les tablettes d'el Amarna et dans les textes assyriens. A l'√©poque romaine cette ville, devenue Arca Caesarea (C√©sar√©e du Liban) est le centre d'un culte important, celui de la V√©nus Architidis. Un autre temple √©tait d√©di√© √† l'Astart√© poliade. Alexandre S√©v√®re y naquit et s'y fit construire un palais. Lors des conqu√™tes de la premi√®re Croisade, les Francs trouv√®rent une ville forte au centre d'une contr√©e prosp√®re. L'eau y √©tait abondante, les hauteurs couvertes de for√™ts, les coteaux plant√©s d'oliviers et la plaine r√©partie entre des prairies et des champs cultiv√©s. Un aqueduc amenait l'eau d'Akkar. L√† o√Ļ il √©tait creus√© dans le roc, il sert encore de sentier, et lorsqu'il traversait une rivi√®re, comme √† Qantara, c'√©tait un ouvrage d'art. [...] On aper√ßoit encore, sur les pentes du tell et dans les enclos environnants, des f√Ľts de colonne en granit rose qui rappellent celles de Baalbeck. On gagne Halba, l'ancienne Albe des Crois√©s, qui y poss√©daient une forteresse aujourd'hui d√©truite (Moyen-Orient: Liban, Syrie, Jordanie, Iraq, Iran, Les guides bleus, 1965 - books.google.fr).

 

"langue"

 

La premi√®re croisade, celle que le Tasse a chant√©e dans un po√ęme immortel, donna naissance √† trois ordres de chevalerie. D√©j√† plusieurs guerriers nobles √©tablis aupr√®s du Saint-S√©pulcre formaient une confr√©rie qui soignait dans l'h√īpital de Saint-Jean les p√®lerins malades. Baudoin les cr√©a chevaliers de Saint-Jean (Johannites, Hospitaliers, ordre de Malte); G√©rard du Puy en fut le premier grand ma√ģtre (1121). Hugues de Payens, issu des comtes de Champagne, Godefroi d'Adh√©mar, et sept autres chevaliers fond√®rent l'ordre des Templiers (1118). L'ordre teutonique fut √©tabli plus tard (1190) par Henri Walpot. L'organisation int√©rieure de ces trois ordres √©tait la m√™me ; outre les veux ordinaires de chastet√©, de pauvret√© et d'ob√©issance, tous ceux qui y entraient faisaient un quatri√®me vŇďu, celui de combattre contre les ennemis de l'Eglise et de prot√©ger les p√®lerins.

 

Sous le second grand-ma√ģtre, Raymond du Puy, on commen√ßa √† classer l'ordre des Hospitaliers par langues, et suivant leur patrie; on distingua ces langues en Provence, Auvergne, France, Italie, Aragon, Allemagne et Angleterre. On cr√©a des bailliages, des commanderies dans chacune de ces langues; mais les commanderies furent indistinctement attribu√©es √† tous les chevaliers.Les Hospitaliers portaient un habit d'ordre noir avec une croix blanche √† huit pointes ; les Templiers, un habit blanc avec une croix de drap rouge, et les Teutons, un manteau blanc avec la croix noire lis√©r√©e d'argent.

 

Ces ordres √©taient sous la juridiction spirituelle des papes, qui les investirent de grands privil√©ges. Ils devinrent bient√īt extr√™mement riches, soit par des donations, soit par l'accession des biens qu'y apportaient les nouveaux membres (Emile Lefranc, Histoire du moyen √Ęge depuis la chute de l'empire d'occident, 476 jusqu'au grand schisme 1378, 1857 - books.google.fr).

 

Le "Roi" et la "cour"

 

A la diff√©rence des conflits qui avaient √©clat√© quelque vingt-cinq ans plus t√īt dans le royaume de J√©rusalem, les chevaliers tripolitains ne cherchent donc pas √† contraindre le prince √† leur faire justice ¬ępar esgart de court¬Ľ. Ce n'est pas l'arbitraire d'un seigneur refusant de soumettre ses d√©m√™l√©s avec des vassaux au jugement de sa cour qui est en cause ; c'est, semble-t-il, √† la cour elle-m√™me que les chevaliers en question marquent leur d√©fiance. Sans doute Boh√©mond V, qui avait, comme le roi de J√©rusalem, la possibilit√© de composer sa cour, l'avait-il d'ordinaire abondamment garnie de ces ¬ęRomains¬Ľ de l'entourage de Lucienne de Segni - et peut-√™tre de barons d'origine antioch√©nienne - dont les Tripolitains pr√©tendaient qu'il s'entourait de pr√©f√©rence. En tout cas, c'est √† une juridiction mixte, r√©unissant leurs propres repr√©sentants √† ceux de la cour comtale, qu'ils avaient obtenu de soumettre leurs litiges pendant une p√©riode qui devait durer cinq ans, √† compter du 1er mai 1259 ou 1260. Et l'¬ęesgart de court¬Ľ classique est remplac√© par l'intervention de la commission des Treize (Jean Richard, Le comt√© de Tripoli dans les chartes du fonds des Porcellet. In: Biblioth√®que de l'√©cole des chartes. 1972, tome 130 - www.persee.fr, fr.wikipedia.org - Boh√©mond VI d'Antioche).

 

Les comtes de Tripoli n'√©taient pas roi, mais on peut trouver la traduction fran√ßaise d'un texte de l'historien syrien Ibn Saddad (1217 - 1285) ou Boh√©mond est qualifi√© de "roi de Tripoli" : Description de la Syrie du Nord, traduit par Anne-Marie Edd√©-Terrasse (‚ÄėIzz Al-Din Ibn Saddad, Description de la Syrie du Nord, 2014 - books.google.fr).

 

Aussi on peut penser à Amaury Ier, roi de Jérusalem, avec la cour de Tripoli ou celle de Jérusalem, qui donne Arcas aux Hospitaliers ("langue").

 

Amaury Ier de Jérusalem (1136 - 1174) est le fils cadet de Foulques V d'Anjou et de Mélisende de Jérusalem, roi et reine de Jérusalem. Amaury est comte de Jaffa et d’Ascalon de 1157 à 1163, puis roi de Jérusalem de 1163 à 1174. Il est aussi appelé Amalric ou Almaric (fr.wikipedia.org - Amaury Ier de Jérusalem).

 

"poignard" : Ismaéliens de Syrie

 

M. Falconet avec plusieurs Historiens, trouve quelque affinit√© entre les Assassins & les Ess√©niens, Secte Juive. Ils ont aussi √©t√© appelles par corruption Assac√©ni, Assanitae, Arsacidas, Assassini, Heissessini, &c. M. Falconet adopte ici le sentiment de Thomas Hyde qui tire l'√©tymologie de ce mot de Hhasis, pluriel Hasisin ceux qui tuent, participe de Hhassa tuer. Ils ont encore √©t√© nomm√©s Cultelliferi, parce que le poignard √©toit leur arme principale. Ce poignard s'appelle en Arabe Sikkin, d'o√Ļ quelques S√ßavans ont pr√©tendu tirer le nom d'Assassins. As-Sikkini, celui qui a un poignard ou qui en fait usage, & en adoucissant le k de m√™me que le c devant l'i, comme dans Ma√ßin pour Makin, nom d'un Historien Arabe, on auroit form√© Af-sicini; & en effet Mathieu Paris les appelle Assassini, Assessini ou Assissini. Quoiqu'il en soit tous ces noms font inconnus aux Historiens Orientaux qui les appellent Isma√©liens, Bath√©niens, c'est-√†-dire, int√©rieurs, & Moulahedoun ou impies. Ils donnent √† leur Souverain le titre de Scheikh, c'est-√†-dire vieillard, & nos Historiens les ont appelles V√™tus, Vetulus, ou Senex de monte, & par contraction Sex montius dans Haiton (Journal des savants, 1752 - books.google.fr).

 

Dans le manuscrit de Leyde de la g√©ographie d'Aboulf√©da, ce passage, emprunt√© √† Ibn Sa'id, a √©t√© supprim√© : ¬ęMont Liban. La neige y est abondante et il est connu par ses saints personnages. Les monts neigeux s'y enchevetrent jusqu'aux environs d'√Čm√®se. Entre lui et la mer s'√©l√®ve le mont Kha√ģt, ou habitent des sectaires Ibahiyyah (c'est √†-dire qui se croient tout permis), qui vendent beaucoup de musulmans aux chr√©tiens d√®s qu'ils se rencontrent avec ces derniers. Tout pr√®s d'eux, du c√īt√© d'une vall√©e appel√©e vall√©e de Taim, s'√©tend le mont des Druzes, connu encore sous le nom de mont de Kosrow√Ęn. Ses habitants suivent la m√™me doctrine que les sectaires cit√©s plus haut. Puis vient le mont Sikk√ģn, quartier g√©n√©ral de la secte des Isma√©liens (ou Assassins), o√Ļ ils ont les citadelles de Masyal, de Kahf et de Khaw√Ęb√ģ. Les villes d'√Čm√®se et d'√Čpiphanie sont en face : elles forment avec Masyafun triangle¬† a dont l'angle est serait √Čpiphanie, l'angle nord-ouest Masy√Ęf, et l'angle sud-ouest √Čm√©se. Entre chacune de ces trois villes, il y a une distance d'environ une journ√©e de marche.¬Ľ (G√©ographie d'Aboulf√©da, Tome 2, traduit par Stanislas Guyard, 1848¬† - books.google.fr).

 

Epiphanie est l'ancien nom de Hamah. Et Emèse c'est Homs.

 

On a un autre triangle avec Halba, Arqa et Coliath.

 

Van Berchem observe que ces trois places formaient un triangle d√©fendant Tripoli contre une attaque venant de Homs ; leur chute √©tait le pr√©lude indispensable √† la prise de Tripoli (Paul Deschamps, Les ch√Ęteaux des crois√©s en Terre-Sainte, 1973 - books.google.fr).

 

Le nom d'Assassins donn√© aux Isma√©liens ou Bath√©niens est l'adjectif arabe hach√Ęchi ou hachichi, d√©riv√© de hach√ģch, boisson enivrante qui jouait un r√īle important dans la fanatisation de ces terribles sectaires (Kristoffer Nyrop, Grammaire historique de la langue fran√ßaise, Tome 1, 1914 - books.google.fr).

 

La Syrie est par excellence le pays o√Ļ les prouesses de la mortification sont pouss√©es au supr√™me degr√©. "On y trouvait jadis des solitaires qui vivaient comme des b√™tes sauvages, en pleine for√™t, sans provisions aucunes, ne se nourrissant que d'herbes crues : c'est ce qu'on appelait des bergers, appellation, honn√™te, car ils auraient √©t√© plus justement qualifi√©s de moutons. D'autres se faisaient attacher √† des cha√ģnes scell√©es dans le roc, portaient des poids √©normes, se livraient √† toutes les extravagances des fakirs indiens. Les √©v√™ques essayaient parfois de les mod√©rer; ils n'√©taient gu√®re √©cout√©s. En revanche, les Arabes du d√©sert et les paysans syriens avaient, pour ces √™tres extraordinaires, la plus grande consid√©ration. Ils √©taient populaires jusque dans les villes. En temps de crise le clerg√© ne se faisait pas faute de recourir √† leur prestige. C'est ainsi que, sous l'empereur Valens, on vit Aphraate et Julien Sabbas quitter leurs solitudes m√©sopotamiennes pour venir √† Antioche se ranger aupr√®s de Flavien et de Diodore et les assister dans leur lutte contre l'h√©r√©sie officielle. Des gens tr√®s cultiv√©s, comme J√©r√īme s'en d√©go√Ľta vite ; Chrysostome ne quitta le d√©sert que quand la maladie, suite naturelle de ses imprudences asc√©tiques, eut fini par triompher de son courage" (Louis Duchesne, Histoire ancienne de l'√©glise, Tome 2, 1911 - books.google.fr).

 

On trouve des fakirs au Moyen Orient et en Afrique du nord.

 

Et pendant les croisades, des fakirs sont mentionnés, qui pratiquaient une ascèse et des mortifications corporelles. Pas de perçage de langues trouvé. Mais sont signalés, à Damas en 1308, les fakirs ahmedis sous le règne du sultan Melik-Naser-Mohammed-Ben-Kalaoun, fils de Kalaoun successeur de Bainars

 

Les fakirs ahmedis entraient dans des feux allum√©s, mangeaient des serpents, portaient √† leurs cous des colliers de fer, se chargeaient les √©paules de cha√ģnes, pla√ßaient autour de leurs mains des bracelets du m√™me m√©tal, assemblaient leurs cheveux et en formaient une masse compacte (Ahmad ibn Ali al-Maqrizi, Histoire des Sultans Mamlouks de l'√Čgypte, Tome 2 1845 - books.google.fr).

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