Charles Ier de Mantoue et le Montferrat

Charles Ier de Mantoue et le Montferrat

 

IX, 22

 

2119-2120

 

Roi & sa cour au lieu de langue halbe.

Dedans temple vis à vis du palais.

Dans le jardin Duc de Mantor & d'Albe

Albe & Mantor poignard langue & palais.

 

"langue halbe"

 

Une partie du Montferrat (Alba et les Langhe) est acquise par le duc de Savoie, depuis le traité de Cherasco (1631). En échange des 15000 écus annuels que le duc de Mantoue ne lui versait pas (Nice historique, Volumes 94 à 95, 1991 - books.google.fr).

 

Souvent dans l'histoire politique, les fiefs de l'Alto Monferrato et des Langhe se trouvent confondus, même si les Langhe constituent déjà une entité géographique bien différente (Lucia Carle, L'identité cachée: paysans propriétaires dans l'Alta Langa aux XVIIe-XIXe siècles, 1989 - books.google.fr).

 

Les Langhe (français : Langhes) sont une région historique du Piémont, désormais à cheval sur les provinces de Coni et Asti et frontalières avec la Ligurie. L'étymologie du nom Langhe qui en piémontais est le pluriel de langa qui signifie colline est incertaine (fr.wikipedia.org - Langhe).

 

Les origines d'Alba datent d'avant la civilisation romaine, probablement liée à la présence des Celtes et des tribus ligures dans la région. La ville est sur le site de l'antique Alba Pompeia. Elle devient une possession de la maison de Gonzague. Charles-Emmanuel Ier de Savoie l'a conquise deux fois, tandis que plus tard la France et l'Espagne ont lutté pour sa possession. La guerre de Succession de Mantoue a attribué la ville définitivement à la Maison de Savoie (fr.wikipedia.org - Alba (Italie)).

 

Duc de Mantoue et duc de Monterrat

 

Certaines éditions ont "Mantou".

 

Frédéric II de Gonzague, est un noble italien de la Maison de Gonzague né le 17 mai 1500 à Mantoue et mort le 28 juin 1540 à Marmirolo. Il fut le cinquième marquis et 1er duc de Mantoue (région de Lombardie en Italie), titré Frédéric II, et marquis de Montferrat (région du Piémont), titré Frédéric Ier.

 

À force de sollicitations, sa mère réussit à obtenir de l'Empereur le titre de duc pour son fils. Le 8 avril 1530, Charles Quint vint à Mantoue lui décerner le titre. À cette occasion, Anne d'Alençon veuve du marquis de Montferrat, Guillaume IX Paléologue, proposa au nouveau duc la main de sa fille Marguerite. Après Jean Georges de Montferrat, son oncle, marquis régnant, elle était l'héritière du marquisat et Anne souhaitait, par ce mariage, renforcer Montferrat face aux visées du duc de Savoie soutenu par la France. Le mariage fut célébré en 1531 et, en 1533, à la mort de Jean Georges, Frédéric devint marquis de Montferrat.

 

Guillaume, fils puîné de Frédéric II de Mantoue et de Marguerite de Montferrat, n'a que 12 ans lorsqu'il succède à son frère François III qui meurt en 1550. Ferdinand Ier, son beau-père, devenu empereur germanique en 1556 le fait Chevalier de l’Ordre de la Toison d'or en 1559 et c'est le fils de Ferdinand, Maximilien II, qui l'élève, en 1574, à la dignité de duc de Montferrat (fr.wikipedia.org - Frédéric II de Mantoue, fr.wikipedia.org - Guillaume de Mantoue).

 

Le quatrain se situe après que les titres de ducs de Mantoue et de Montferrat ont été institués : 1530 et 1574. Ce qui est le cas en 1629.

 

Vincent Ier de Mantoue (de la Maison Gonzague), duc de Mantoue et de Montferrat, est un prince italien né le 21 septembre 1562 à Mantoue et mort le 18 février 1612 à Mantoue. Il fut le quatrième duc de Mantoue (région de Lombardie en Italie) et deuxième duc de Montferrat (région du Piémont). En 1593, il sera élevé au rang de Prince du Saint-Empire romain germanique. Vincent Ier, est décédé en 1612, à l'âge de 50 ans, léguant à la postérité le souvenir d'un prince représentatif de l'âge baroque (fr.wikipedia.org - Vincent Ier de Mantoue).

 

Guerre de Montferrat

 

Le 26 décembre 1627, a lieu à Mantoue le mariage du fils cadet de Charles de Gonzague-Nevers - fils du duc Louis de Nevers -, Charles (François, l'aîné, est mort en 1622) avec Marie, fille de François IV de Gonzague et nièce du duc Vincent II. Le mariage a été prévu et arrangé par le duc régnant, Vincent II qui, sans doute inquiet de la succession des duchés de Mantoue et Montferrat, voit là l'occasion de donner une suite à son règne. Son père Vincent Ier et le père du marié (Louis de Gonzague-Nevers) étaient cousins, Marie est sa nièce, la fille de son frère l'ancien duc François IV. Mais, le jour même de ce mariage, Vincent meurt, ouvrant ainsi la succession des duchés de Mantoue et Montferrat. Dès lors vont se déchaîner tous les appétits : d'un côté, l'Empereur Ferdinand II souhaite installer sur ce trône vacant Ferdinand II de Gonzague, duc de Guastalla, qui lui est fidèle, et le duc de Savoie, Charles-Emmanuel Ier, allié à l'Empereur, qui espère annexer le Montferrat ; et d'un autre côté, Charles qui se considère comme le plus proche parent dans les mâles de Vincent II et veut assumer sa succession, soutenu par le roi Louis XIII qui défend son fidèle duc de Nevers. À tout cela, se mêle le pape Urbain VIII qui s'oppose à l'Empereur et défend Charles. Un nouvel épisode de la lutte des guelfes (partisans de la Papauté) contre les gibelins (partisans de l'Empereur) s'ouvre, sur fond de guerre de Trente Ans. Dès 1628, les troupes impériales s'emparent de Mantoue : commence la guerre de Succession de Mantoue. Le traité définitif de Cherasco sera signé le 6 avril 1631 qui confirmera Charles Ier à la tête des duchés de Mantoue et de Montferrat, tandis que la Savoie s'approprie une partie de ce dernier (fr.wikipedia.org - Charles Ier de Mantoue).

 

Après les conquêtes, en 1628, de Mantoue par les troupes impériales et celle du Montferrat par les troupes savoyardes, Charles Gonzague se retrouve assiégé dans la ville piémontaise de Casal (aujourd'hui Casale Monferrato). Louis XIII et Richelieu passent les Alpes avec l'armée du siège de la Rochelle dont fait partie Toiras. Ils prennent la ville de Suse le 6 mars 1629 et rompent le siège de Casale le 18 mars. Une première trêve dite «de Suse» est signée avec Charles-Emmanuel en présence de Mazarin, représentant le pape.Mais en juillet 1630, l'Empereur prend Mantoue, tandis que Toiras est enfermé à Casal, et doit défendre la ville contre les Espagnols qui en font à nouveau le siège. L'intervention de l'armée française, conduite par Louis XIII, rompt le siège de Casal tandis que l'Empereur, occupé par une intervention suédoise en Allemagne, abandonne Mantoue pour un temps (fr.wikipedia.org - Jean de Saint-Bonnet de Toiras, Michel Baudier, Histoire Du Mareschal de Toiras, 1644 - books.google.fr).

 

Guillaume d'Hugues, archevêque d'Embrun, reçut dans son palais Louis XIII en mars 1629. Ce prince allait en Italie pour faire lever le siège de Casal à Gonzalve de Cordoue, gouverneur du Milanais. Comme Charles VIII, Louis XII et Henri II, il parut en habit de chanoine dans la salle d'honneur de la métropole. La réception du monarque dans la ville, se fit avec la décence et tout l'éclat qu'exigeait la dignité d'un roi de France. On a retrouvé un certificat de François de Bonne, neveu du connétable de Lesdiguières et gouverneur de l'Embrunois, duquel il résulte que trois clefs de la ville faites en argent furent solennellement offertes à Louis XIII. Cette même année 1629, le 8 septembre, jour de la Nativité de la Sainte Vierge, on vit arriver au sanctuaire de Notre-Dame d'Embrun, Charles-Salomon du Serre, Evéque de Gap, conduisant processionnellement les pénitents blancs de sa ville épiscopale, et revêtu lui-même du sac de la confrérie (Honoré Jean P. Fisquet, La France pontificale, Tome 1, 1864 - books.google.fr).

 

Le pénitent Henri III attendra un dauphin, comme Louis XIII jusqu'en 1638.

 

"poignard, langue & palais"

 

Les plaies de la langue, du palais et du voile par instruments tranchants sont assez rares. C'était autrefois un supplice assez répandu que l'amputation plus ou moins sommaire de la partie antérieure de la langue faite par le bourreau (H. Morin, Maladie de la bouche et du pharynx,  Traité de chirurgie clinique et opératoire, Volume 6, 1898 - books.google.fr).

 

Saint Jérôme assure qu'Hérodiade, telle Fulvie, l'épouse de Marc Antoine se vengeant de Cicéron, aurait percé la langue du prophète d'un stylet [poignard à lame fine] ou avec le poinçon de ses cheveux (Les vies des saints dont on fait l'office dans le cours de l'année, Tome 2, 1703 - books.google.fr).

 

Vn fresoir de Mantouë nouuellement inuenté, qui sauonne, empese, lisse, dresse & goderonne tout à la fois.

Les escarpins d'Erodias, pour apprendre à danser ceux qui ont manque de disposition (De Vaux (pseud. i.e. Adrien de Montluc, Comte de Cramail), Les Jeux de l'Inconnu. Augmenté de plusieurs pièces en ceste dernière édition., 1645 - books.google.fr).

 

« escarpins d'Erodias » : Allusion à l'histoire évangélique de Jean Baptiste. Toutefois, dans cette histoire-là, c'est la fille d'Hérodias, Salomé, qui se distingue par son habileté à la danse. Quant à Hérodias, elle est surtout notoire par ses aventures érotiques, dont la critique coûta la vie à Jean Baptiste. Il faut croire que c'est ce dernier trait, ainsi que l'homophonie héro-/éro-, qui font en sorte que l'auteur parle des escarpins d'Hérodias, et non point de celles de Salomé: on comprend de quelles danses il s'agit.

 

«  fresoir de Mantoue » «...nouvellement inventé». Il peut s'agir d'une fine allusion à l'ouverture de la dispute de la succession de Mantoue, à la suite du décès de Vincent II duc de Mantoue (26. 12. 1627). Son héritage, le duché de M. et le marquisat de Montferrat, permettaient de contrôler la voie alpine stratégique, et le duc de Nevers était le premier prétendant. En janvier 1629, Richelieu recommande au roi d'intervenir aux affaires de Mantoue. Repère chronologique possible (Michael Kramer, Véronique Garrigues, Œuvres: Œuvres versifiées ; Les pensées du solitaire ; Les jeux de l'inconnu ; Fable des amours du jour et de la nuit, 2007 - books.google.fr).

 

Adrien de Lasseran de Massencome de Monluc dit Adrien de Monluc (1571-1646), baron de Montesquiou et de Saint-Félix, prince de Chabanais, comte de Carmain/Cramail du chef de sa femme Jeanne de Foix, est un noble français, petit-fils de Blaise de Montluc. Deux recueils de prose lui sont attribués. Ils furent compilés et publiés par un certain sieur Devaux dos Caros (doas caras = occit. "deux visages"), dont on ne sait pas grand-chose : Les Pensées du solitaire, 1629-1630 ; Les Jeux de l'inconnu, 1630 (fr.wikipedia.org - Adrien de Monluc).

 

"dos caros" : cf. vers 2 "vis a vis".

 

Tirée de la seconde partie des Pensées du solitaire, De la Félicité de cette vie est un petit «traité» de philosophie morale en première personne, où l’auteur établit sa félicité dans «la tranquillité de l’esprit». La démarche est habile et prudente, et pourtant fort audacieuse. L’auteur quel qu’il soit (et rien n’interdit d’y voir la plume de Monluc) a lu et longuement médité la Sagesse de Charron, on peut en être sûr, et il en fait une appropriation qui correspond bien à celle que les apologètes dénoncent comme «libertinage». Cela devient particulièrement visible dans le passage suivant :

 

Ces philosophes qui se brusloient volontairement ; ceux qui se foüettent encores, qui s’escorchent, et se mettent en pieces en Turquie, ou en la Chrestienté, sentent-ils les coups qu’ils se donnent ? Non : si cela est, ils n’ont point de merite ; et s’ils les sentent pouvons-nous dire que ce soit avecque contentement ?.

 

Ces «philosophes», «en la chrétienté», sont bien sûr les religieux qui pratiquent les macérations et les mortifications. Ceux qui cherchent leur félicité en Dieu en méprisant ce monde ne sauraient la trouver qu’en l’autre monde… Il faut donc choisir : soit rechercher le bonheur en cette vie, ce qui ne peut se faire qu’en adoptant une conduite raisonnable visant à la tranquillité de l’esprit, soit le rechercher en l’autre. Les deux démarches sont absolument inconciliables. à y regarder de près, la seconde ne saurait d’ailleurs être supérieure à la première, parce que l’argumentation a souligné précédemment, comme on l’a vu, l’hypocrisie et les fausses apparences que se donnent les hommes confits en religion, travaillés par les troubles passionnels et les appels de la chair - tout le raisonnement conduisant en fait à considérer les conduites de macération et d’ascétisme comme mues en profondeur par des dérèglements passionnels plutôt que par un désir sincère de plaire à Dieu. Mais surtout, l’auteur en appelle à l’impossibilité radicale de disjoindre l’âme du corps, ce qui rend la recherche de l’affliction corporelle incompatible avec l’acquisition de la félicité de l’esprit (Jean-Pierre Cavaillé, Adrien de Monluc, dévot ou libertin ?, Les Dossiers du Grihl, 2011 - journals.openedition.org).

 

Citons en passant la reproduction de miniatures italiennes du XVe siècle, œuvre d'une sœur dominicaine de Mantoue, figurant les quatorze manières d'oraisons usitées de saint Dominique; elles sont vraiment curieuses, et certaines rappellent les pratiques des fakirs indiens (Revue historique, Volumes 77 à 78, 1965 - books.google.fr).

 

Cette dominicaine est Osanna Andreassi, né à Mantoue en 1447, et morte en 1505. Elle prophétisa la naissance de Frédéric II, premier duc de Mantoue, à sa mère Isabelle d'Este femme du Marquis François de Gonzague (Carolyn Muessig, The Stigmata in Medieval and Early Modern Europe, 2020 - books.google.fr).

 

Les Pères de l'Église n'auront sans doute pas tort entièrement, quand il leur arrivera de présenter les grands maîtres du prophétisme, à côté de Jean Baptiste, comme les modèles et les guides des moines chrétiens. C'est bien, en effet, une sotte de vie monacale que semblent mener, par exemple, un Élie ou un Élisée et, même, chez certains de ces prophètes, il y a du fakir hindou (Charles Guignebert, Le Monde juif vers le temps de Jésus: Des prophètes à Jésus, 2015 - books.google.fr).

 

De ces «croque-mitaines de l'ascèse», comme disait Bremond, les biographes auront soin de nous montrer à côté des jeûnes terrifiants et des prouesses de fakirs, l'amour pour la voie humble du Christ, la douceur à l'imitation du Seigneur «qui s'est offert comme modèle à ceux qui veulent l'imiter et qui a dit : Prenez exemple sur moi qui suis doux et humble de coeur» (Revue thomiste: revue doctrinale de théologie et de philosophie, Volume 66, 1966 - books.google.fr).

 

Fakirs

 

Le mot fakir est arabe, & signifie un pauvre, ou une personne qui est dans l'indigence; il vient du verbe fakara, qui signifie étre pauvre. Selon M. d'Herbelot, il y a aux Indes plus de huit cens mille fakirs mahométans,& douze cens mille idolâtres.

 

On rapporte qu’Alexandre eut, un jour, la curiosité d'entendre ces fakirs. Deux d’entr'eux lui firent un discours éloquent, qui rouloit sur la patience & fur la modération ; &,  pour lui faire voir qu’ils favoient pratiquer ce qu'ils prêchoient, l'un des prédicateurs se coucha par terre, en présence du roi, dans un endroit où le soleil dardoit à plomb ses rayons, & demeura, pendant tout le jour, dans cette situation. Son compagnon, tenant un pied en l'air, prit entre ses mains une grande piece de bois, qu'il éleva au-dessus de sa tête, & resta fort longtems dans cette posture, n’étant appuyé que sur un pied. Le plus célebre de ces fakirs est ce Calanus dont il est parlé dans l’Histoire d'Alexandre, & qui se brûla publiquement en préfence de ce monarque (Encyclopédie, ou dictionnaire universel raisonné des connoissances humaines. Tome XVIII, 1772 - books.google.fr).

 

Avec de longues aiguilles, un fakir se perce le nez, les lèvres, le cou, les joues, les bras; un autre se couche le torse nu, sur la lame d'un sabre, ou se frappe les mollets à coups de sabre; tel autre se passe une pelle rougie au feu sur la langue ou sur le corps, se brûle la poitrine, les bras et les jambes avec une torche enflammée (Prosper Ricard, Les merveilles de l'autre France: Algérie, Tunisie, Maroc; le pays - les monuments - les habitants, 1924 - books.google.fr).

 

"jardin"

 

Un autre terme utilisé par le vocabulaire médiéval est le «casal» (ou «casau», «chasal», «chesas», etc.). Comme le «mes» et le «courtil», le «casal» est un mot polysémique dont la particularité est d'appartenir essentiellement à la région du sud-ouest de la France. Il s'utilise en fait essentiellement en Gascogne, abordant le pays Toulousain et celui de Foix. Au-delà, il se fait beaucoup plus rare, mais se retrouve en Italie et sous la barrière pyrénéenne. Le terme vient du bas-latin casalis qui désigne ce qui est propre à la maison rurale mais, au fil des siècles, son champ sémantique s'est enrichi. Il a pu désigner la ferme ou la métairie comme le propose l'Altfranzösisches Wörterbuch de Tobler-Lommatzsch. Mais il est surtout resté proche du «mes» et du «courtil» dans le sens large, celui de l'exploitation paysanne ou de l'unité seigneuriale (domaine, assiette fiscale). Comme le manse, il forme un complexe agraire et juridique : — «A 1269 fu un grant crole en Ermenie, qui fondi un chastiau et trois abbaies d'Ermins, et bien douze casiaus» ; – «En chesas, en meis, en chans» ; – «Lou cultil doudit chessal». En dehors de cette définition, qui suppose la présence de cultures, le «casal» indique aussi parfois le bourg ou l'agglomération villageoise, et même le château comme dans la Chanson d'Aspremont : A quinze lieues entor aus Ne remest villes ne casaus. Selon l'étude de B. Cursente, ces interprétations sont principalement applicables jusqu'au milieu du XIIIe s. Le mot «casal» voit rapidement son sens s'étendre vers celui de jardin – qu'il gardera dans le gascon moderne : fruta o ortalissa de casal à Montoussin (1270), ortos seu casalia à Polastron (1276), casalia ad facienda ortalicia à Mourède (1286). L'auteur lie cette évolution au phénomène de resserrement général de l'habitat. On remarque en effet dans de nombreuses chartes et coutumes de bastides la faible dimension de cette pièce de terre. Ainsi, lorsqu'une bastide était construite au Moyen Âge, son terroir était divisé en trois catégories de lots : les terrains à bâtir, les jardins ou petites parcelles fermées à la périphérie immédiate de l'agglomération portant le nom de «casal» ou «casalère», et les arpents de terre labourable ou de vigne : domos localia, et casalia, et arpenta terre (Elise Gesbert, Les jardins du Moyen Áge du XIe au début du XIVe siècle, Cahiers de civilisation médiévale n° 46, 2003 - books.google.fr).

 

Il est une «gloire de la Gascogne» dont la vaillance est célébrée de son vivant. En 1610, Guillaume Ader, médecin et poète gimontois, fait publier en occitan une épopée - 2690 vers - retraçant les exploits d'un gentilhomme gascon anonyme derrière lequel on lit en transparence l'ascension glorieuse d'Henri IV. Le poète insère à titre d'exemple dans la galerie de protraits de gentilshommes gascons batailleurs Adrien de Monluc. Les vertus martiales du comte de Cramail occultent les autres caractères prêtés aux gascons au point d'en effacer les corollaires péjoratifs nés au XVIIe siècle. Toutefois, il a lui-même contribué à renforcer les lieux communs véhiculés par la littérature. Une partie de l'oeuvre d'Adrien de Monluc intègre les stéréotypes hostiles aux gascons, installés dans le discours français tout en parodiant les moeurs curiaux. Cinq textes issus des Jeux de l'inconnu dressent le portrait de courtisans ridicules, le plus souvent gascons et dont la quintessence se retrouve dans Le manteau d'escarlate. Le Dom Quixote Gascon transforme la folie du chevalier à la Triste Figure en une démence caricaturale (Véronique Garrigues, Adrien de Monluc (1571-1646): d'encre et de sang, 2006 - books.google.fr).

 

Adrien de Monluc

 

Ainsi, un des signes tangibles de l'idéal religieux d'Adiren de Monluc est son adhésion en 1619 à la Milice chrétienne. Cet ordre de chevalerie, créé à l'instigation du duc de Nevers, a la prétention de réunifier la Chrétienté, revitalisant le vieil idéal de croisade. La Milice doit rassembler les princes chrétiens dans une guerre contre le Turc. Pour la France, l'étude des listes de noms des «grands croix» commandeurs et «chevaliers» montre que la plupart des courtisans souscrivent à cette idée. Un membre de l'ordre a pour mission de recruter de nouveaux chevaliers dans le sud du royaume, en Dauphiné, Auvergne, Provence, et Languedoc. Il est difficile de restituer une identité aux châtelains visités par l'envoyé du duc de Nevers. Les promesses d'enrôlement sont consignés par des notaires entre le 24 décembre 1618 et le 27 septembre 1620. Leurs registres n'ont pas encore été découverts. Les postulants doivent exhiber leurs preuves de noblesse, et le registre des inscriptions énumère leurs titres et leurs possessions. La prestation de serment requiert la présence de dignitaires de l'ordre. Pour le Languedoc, le jeune duc de Ventadour, Henri, et le comte de Cramait remplissent cette fonction. Si le nom de Monluc n'est pas consigné dans les registres nationaux. il apparaît comme témoin dans les prestations de serments des nouveaux chevaliers de l'ordre en 1620 dans la province de Languedoc. Il doit donc en titre membre, bien que le statut des témoins ne soit pas indiqué. Quelques chevaliers sont des affidés de Monluc issus du comté de Caraman - visité en juillet 1620 (Véronique Garrigues, Adrien de Monluc (1571-1646): d'encre et de sang, 2006 - books.google.fr, 22 v’la l’Tarot - Kabbalisation du Tarot - Introduction 3 : Les Gonzague - www.nonagones.info).

 

A défaut de croisade contre le Turc, cette petite noblesse provinciale, recrutée sur les frontières du catholicisme en Languedoc, dans l'immédiat se rassembler autour d'un autre projet, à l'intérieur royaume, tourné contre les protestants du Midi. Il n'est pas impossible que cette entreprise, à l'échelle languedocienne, se soit fondue dans le cadre d'une lutte contre les réformés du Bas-Languedoc. Gentilhomme au passé ligueur, pénitent bleu puis chevalier Milice chrétienne, les convictions religieuses du comte de Cramail sont au coeur de son engagement politique. Au service de Louis XIII, roi Chrétien, son épée est en accord avec sa spiritualité. Pendant le ministè Richelieu, la loi divine est subordonnée à l'action politique, les croyant l'un ne peuvent s'effacer devant les intérêts nationaux et les impératifs politiques de l'autre. Monluc est un homme de fidélités : fidélité au roi et fidélité à la foi catholique, mais la seconde supplante finalement la première. Il est une de ces figures nobles dont la foi ne semble avoir eu d'autre que celle de Dieu. La carrière d'Adrien de Monluc se déroule principalement sur les champs de bataille du royaume, où ses talents guerriers et sa bravoure, traduisent son entière adhésion à l'idéal nobiliaire. Sa vertu s'exprime pointe de l'épée, et est exaltée par le souvenir des actions de ses aïeux (Véronique Garrigues, Adrien de Monluc (1571-1646): d'encre et de sang, 2006 - books.google.fr).

 

Quatrain précédent

 

L'interprétation du quatrain précédent IX, 21 fait une part à la flagellation des pénitents européens, pratique qui n'est pas si éloignés de celle des fakirs, et de certains sportifs.

 

Bababec chez les fakirs (1750) se borne à combattre les fakirs ; même les fakirs de bonne foi ne sont que des ambitieux aspirant à des places de distinction qu'ils espèrent obtenir en «enfonçant des clous dans leurs derrières !» Où est-elle cette existence enfièvrée de travail, source de tout progrès, cet amour de la vie sonore, telle que le poète l'aimait ? «Je fais cent fois plus de cas d'un homme qui sème des légumes, ou qui plante des arbres que de tous vos camarades, qui regardent le bout de leur nez, ou qui portent un bât par excès de noblesse d'âme (Katarina Elisabeth Bader-Molnar, L'idée d'humanité dans l'œuvre de Voltaire jusqu'en 1750, 1983 - books.google.fr).

 

Théâtre mantouan en France

 

Marie de Médicis avait depuis longtemps subordonné toute sa conduite à la réalisation des doubles noces espagnoles, son grand dessein diplomatique et dynastique pour lequel elle s'était désintéressée des revendications internes de la noblesse et du conflit qui opposait la Savoie et le Mantouan au sujet du Montferrat. À plus forte raison s'était-elle peu souciée de la qualité des représentations théâtrales de la compagnie de son neveu Ferdinand, non plus que des critiques d'intellectuels blasés comme Malherbe (Siro Ferrone, Arlequin: vie et aventures de Tristano Martinelli, acteur, 2008 - books.google.fr).

 

Les Fedeli étaient à Mantoue : c'était la compagnie de Jean Baptiste Andreini (mort en 1654), le premier Lélio, dont la femme était Florinda. Les Fedeli se firent applaudirent à Paris de 1613 à 1625, appelés par la régente Marie de Médicis (Xavier de Courville, Un artisan de la rénovation théâtrale avant Goldoni: Luigi Riccoboni, dit Lélio, chef de troupe en Italie (1676-1715), 1967 - books.google.fr, it.wikipedia.org - Giovan Battista Andreini).

 

Pour l'anecdote on peut ajouter que quatre soeurs d'Andreini étaient religieuses à Mantoue et que son frère Pietro Paolo était moine vallombrosien à Pavie (Silvia Fabrizio-Costa, Les pleurs et la grâce : La Maddalena de G. Andreini, Théâtre en Toscane: la comédie (XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles), 1991  - books.google.fr).

 

Mantor

 

Mantor : coriarus (corroyeur) (Glossarium ad scriptores mediæ et infimæ latinitatis, auctore Carolo Dufresne, domino du Cange, Tome IV, 1739 - books.google.fr).

 

La confrérie des maitres baudoyeurs-corroyeurs se réunissait dans l'église Saint-Merry, le 1er juillet; leur chapelle était située dans le transept du côté du cloître, à la place où se trouve aujourd'hui la porte de sortie. Saint Thibaud de Provins mourut prêtre dans le voisinage de Vicence, après une vie presque érémitique, où il cherchait l'oubli des hommes en différentes contrées. Comme Français, et appartenant même à la maison des comtes de Champagne, on comprend qu'il fut honoré à Paris. Mais, quant à la dévotion des corroyeurs pour lui, ceux-ci doivent l'avoir confondu avec saint Thibaut d'Albe en Montferrat, mort en 1150, lequel exerça l'état de cordonnier. Là, du moins, il y avait quelque voisinage de professions. L'homonymie aura suppléé au défaut d'homotechnie (Arthur Forgeais, Numismatique des corporations parisiennes, métiers, etc., 1874 - books.google.fr).

 

Mantoue dont la fondation précède de près de trois siècles celles de Rome, est la capitale d'un état qui s'étend sur une longueur d'environ soixante-dix milles d'Italie, depuis les frontières du Crémonais jusqu'à Stellata, terre du pape, et sur une largeur d'environ quarante milles, mais quelquefois moindre, depuis Vidiano, jusqu'à la frontière du Véronais. Tout le circuit du Mantouan peut être évalué à deux cents milles. Sous le règne de ses souverains, Mantoue renfermait cinquante mille âmes, et quarante monastères, dont les églises étaient ornées des tableaux des plus grands maitres. Le palais du prince renfermait cinq cents chambres où l'on voyait briller la magnificence et la richesse: Les principales rivières qui arrosent le Mantouan, sont le Pô, qui le traverse presque d'un bout à l'autre, le Mincio, l'Oglio et la Secchia, qui vont toutes se perdre dans ce roi des fleuves de l'Italie. Depuis environ un siècle, Mantoue se gouvernait en forme de république, sous la protection des empereurs, lorsque Otton II la donna au marquis Thédalde, aïeul de la comtesse Mathilde, qui s'en mit en possession l'an 1114. Après la mort de cette princesse, il paraît que Mantoue fût du nombre des villes qui profitèrent des divisions du sacerdoce et de l'empire pour se mettre en liberté; mais elle ne fit que changer de maîtres (L'art de vérifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monuments, depuis la naissance de Notre-Seigneur, Tome 17, 1819 - books.google.fr).

 

Certains auteurs appellent ce Thedald Thibaut, et l'empereur en question serait Otton Ier (M. de Saint-Marc, Abrégé chronologique de l'histoire générale de l'Italie, Tome 2, 1763 - books.google.fr).

 

"vis à vis"

 

"vis" pour "vit".

 

Dans L'Anel qui faisoit les vis grans et roides, l'ironie veut que l'évêque qui trouve au bord de la fontaine cet anneau étrangement merveilleux, souffre avec le gonflement de son membre toutes les douleurs satyriasiques (Brian Levy, Malades et maladies dans les fabliaux, Reinardus: Yearbook of the International Reynard Society, 1999 - books.google.fr).

 

On reste à Embrun où le culte de saint Foutin était célébré.

 

Saint Foutin de Varailles était en grande vénération en Provence. On lui attribuait la vertu de rendre fécondes les femmes stériles, de raviver les hommes nonchalans, et de guérir leurs maladies secrètes. En conséquence, on était en usage de lui offrir, comme on offrait autrefois au dieu Priape, des ex-voto en cire, qui représentaient les parties débiles ou affligées. «On offre à ce saint, lit-on dans la Confession de Sanci, les parties honteuses de l'un et de l'autre sexe, formées en cire. Le plancher de la chapelle en est fort garni, et lorsque le vent les fait entrebattre, cela débauche un peu les dévotions en l'honneur de ce saint. Je fus fort scandalisé, quand j'y passai, d'ouïr force hommes qui avaient nom Foutin. La fille de mon hôte avait pour sa marraine une demoiselle appelée Foutine». Le même saint était pareillement honoré à Embrun. Lorsqu'en 1585 les protestans prirent cette ville, ils trouvèrent, parmi les reliques de la principale église, le Phallus de saint Foutin. Les dévotes de cette ville, à l'imitation des dévotes du paganisme, faisaient des libations à cette idole obscène. Elles versaient du vin sur l'extrémité du Phallus, qui en était tout rougi. Ce vin, reçu dans un vase, s'y aigrissait : on le nommait alors le saint vinaigre. «Et les femmes, dit l'auteur qui me fournit ces détails, l'employaient à un usage assez étrange.» Il ne donne point d'autres éclaircissemens sur cet usage ; je le laisse à deviner». A Orange, il existait un Phallus ; il faisait l'objet de la vénération du peuple de cette ville. Plus grand que celui d'Embrun, il était de bois, recouvert de cuir et muni de ses appendices. Lorsqu'en 1562, les protestans ruinèrent l'église de saint Eutrope, ils se saisirent de l'énorme Phallus, et le firent brûler dans la place publique (Jacques-Antoine Dulaure, Des divinités génératrices, ou, Du culte du phallus chezles anciens et les modernes, 1805 - books.google.fr).

 

On se demande si à Embrun Louis XIII pria la sainte Vierge ou la sainte Verge de saint Foutin pour obtenir une descendance qui, en 1629, se faisait déjà attendre depuis 14 ans.

 

Typologie

 

Le report de 2120 sur la date pivot 1629 donne 1138.

 

Saint Guillaume d'Aquitaine fut un des saints dont le culte se développa au XVIIe siècle comme conséquence de la défense du sacrement de la pénitence par l'Eglise catholique. Fils des ducs d'Aquitaine et comtes de Poitiers, il eut une jeunesse dissipée; après avoir défendu l'antipape Anaclet contre Innocent II, il trouva la vérité grâce à saint Bernard de Clairvaux qui lui montra une hostie devant l ' église de Parthenay. Repenti de ses péchés, il décida de devenir ermite et après être allé à Rome implorer auprès du Pape son pardon, il se rendit en Terre Sainte où, comme saint Jérôme, il consacra sa vie à la pénitence et à la mortification de son corps, jusqu'à sa mort en 1138. D'après la légende, sa pénitence consistait entre autres à porter une cotte de maille qu'il s'était fait mettre avant de partir pour Rome et qu'il ne pouvait enlever. Suivant un des types iconographiques habituels de ce saint (il fut aussi représenté imberbe ou comme ermite), le peintre espagnol Antonio de Pereda (1599 – 1678) l'a représenté sous les traits d'un chevalier, avec un casque (le heaume est un de ses attributs) et une armure complète avec une ceinture écarlate. Il est en prière, les mains croisées sur la poitrine, à genoux devant un crucifix et un livre ouvert avec une représentation de la Vierge à l'Enfant. Disposés sur une table de pierre, un autre livre fermé et une tête de mort forment une composition largement utilisée par Pereda dans ses «vanités». On peut voir à l'horizon, aux abords d'une ville, la rencontre de saint Guillaume avec saint Bernard, point de départ de sa régéneration et de sa vie de pénitence. Parmi les tableaux datés par Pereda lui-même, celui-ci est un des derniers et constitue donc une référence importante pour l'étude de sa dernière période. Angulo et Pérez Sánchez ont souligné la présence d'éléments qui allaient marquer les dernières æuvres de Pereda : la fluidité de la matière picturale (évidente lorsque l'on compare le traitement de l'armure à celui d'autres armures dans ses œuvres antérieures), la froideur de la gamme chromatique et l'inclination à rendre le sentiment de piété à travers des expressions douces,  de concentration et de ravissement, qui témoignent d'une intériorisation de la pratique religieuse, plutôt que de la recherche d'une communication directe avec la divinité (Cinq siècles d'art espagnol, Volume 1, 1987 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Guillaume de Gellone).

 

Guillaume de Gellone, (Saint Guilhem le Désert), serait bien Guillaume d'Orange. Son tombeau présente des similitudes avec un autre dans le Dôme de Mantoue (Isabelle Maillard-Rillet, Le roman du sarcophage dit de « Saint-Guilhem-Guillaume d'Orange», à Saint-Guilhem-le-Désert (Hérault). In: Revue archéologique de Narbonnaise, tome 29, 1996 - www.persee.fr).

 

Croisades

 

Au moyen âge, casal désigne un hameau ou village habité par des serfs cultivateurs. On rencontre de tels habitats au Moyen Orient chrétien pendant les croisades (Alan Tami, L’art de la guerre au temps des croisades (491/1098 -589/1193) : Du théocentrisme irrationnel aux influencesmutuelles et adaptations pragmatiques dans le domaine militaire, 2012 - tel.archives-ouvertes.fr).

 

Tripoli, 1137

 

Raymond II de Tripoli (v. 1120 - 1152) est un comte de Tripoli de 1137 à 1152 et fils de Pons, comte de Tripoli, et de Cécile de France. En 1137, l’atabeg Zengi envahit la principauté d’Antioche, puis le comté de Tripoli. Le comte Pons lui livre bataille à Mont-Pèlerin, mais est capturé et exécuté. Les Seldjoukides prennent ensuite la direction de Jérusalem où le roi Foulque rassemble ses troupes.

 

L'armée chrétienne mal guidée passe par les monts Ansarieh. Zengi, informé de son approche la surprend dans des défilés où elle ne peut se déployer. Selon Kamal ad Din, plus de 2.000 Francs sont tués. Le comte Raymond est fait prisonnier. Zengui offre une capitulation honorable : contre reddition de la Place, les assiégés pourront se retirer sans rançon et le comte de Tripoli sera délivré. Le roi accepte aussitôt ces propositions inespérées. La forteresse est évacuée entre le 10 et le 20 août. Non loin de Tripoli, à Archas, les défenseurs de Montferrand rencontrent l'armée de secours et le roi remercie avec émotion ceux qui ont fait preuve d'un tel loyalisme à son égard (fr.wikipedia.org - Raymond II de Tripoli, www.templiers.net).

 

L’émir de Damas, inquiet de la puissance montante de Zengi s’allie au royaume de Jérusalem et les deux armées le défont et le repoussent. Ce n’est qu’en 1142 que Raymond II est libéré contre rançon. Pour éviter qu’une nouvelle invasion turque ne prenne le comté au dépourvu, il confie le krak des Chevaliers aux Hospitaliers. Ceux-ci conservent le krak pendant cent trente ans, jusqu’à sa prise par les Mamelouks en 1271 (fr.wikipedia.org - Raymond II de Tripoli).

 

Archas et Halba

 

Le village de Qouleiat, situé auprès de ruines d'une petite forteresse des Croisés, est sur une colline basse. Son origine est inconnue ; elle apparaît pour la première fois, comme une possession des Hospitaliers. En 1207, le sultan Malek Adel Abou Bekr s'en empare en marchant sur Tripoli, puis Baïbars en 1268. Avec Arga et Halba elle défendait l'accès de Tripoli par la trouée de Homs. Par son plan carré et la disposition régulière de ses saillants, ce château se rattache aux plus anciennes forteresses arabes et latines de Syrie (Moyen-Orient: Liban, Syrie, Jordanie, Iraq, Iran, Les guides bleus, 1965 - books.google.fr).

 

Ce qu'on connaît surtout du sort d'Arcas au temps des Croisades, c'est le siège que la première Croisade, à l'instigation de Raymond de Saint-Gilles, infligea à cette petite place-forte qui pouvait apparaître comme la clef de Tripoli du fait de sa situation, au pied de la montagne libanaise et à quelques kilomètres de la mer, sur le rebord méridional de la plaine que parcourt le Nahr el Kébir et qui débouche sur la trouée de Homs. Raymond, qui paraît avoir espéré faire pression de la sorte sur le qâdi de Tripoli, l'assiégea en vain du 14 février au 13 mai 1099, et fut contraint à lever le siège par l'impatience des croisés qui voulaient se porter sur Jérusalem. Mais son successeur Guillaume Jourdain s'en empara en 1108 ou en 1109.

 

Arcas était une ville d'une certaine importance «bâtie au pied d'une colline, avec une haute citadelle et un grand faubourg également très peuplé», si nous en croyons Idrisi, qui nous affirme également qu'on y faisait beaucoup de commerce, que la citadelle était forte et «les ressources abondantes». Aussi n'est-il pas surprenant que le comte de Tripoli l'ait conservée dans son propre domaine. Le texte de 1151 nous apprend qu'elle était administrée en son nom par un châtelain et par un vicomte, ce qui correspond au schéma institutionnel habituel au comté de Tripoli comme au royaume de Jérusalem : le vicomte présidant la cour de justice «garnie» de bourgeois latins et administrant le domaine seigneurial, le châtelain assumait la garde du château.

 

Avant la conquête musulmane, elle était le siège d'un évêque. Les Latins ne l'ignoraient pas, car nous savons d'ailleurs qu'ils s'appuyèrent sur les Notitiae episcopatuum byzantines pour reconstituer le cadre diocésain dans les territoires qu'ils occupaient. Mais il ne leur parut pas nécessaire de relever le siège d'Arcas : avec deux autres (Orthosias et Botrys), le diocèse d'Arcas fut réuni à celui de Tripoli pour former un diocèse unique. C'est ainsi que l'évêque de Tripoli, en 1125, put concéder aux Hospitaliers l'exemption des dîmes sur leurs possessions sises au diocèse d'Arcas tout en précisant qu'une décision du patriarche d'Antioche serait nécessaire pour que cette concession fût définitive, dans l'éventualité d'une séparation des diocèses d'Arcas et de Tripoli.

 

L'Hôpital bénéficiait en 1128 d'une donation du comte Pons de Tripoli, qui lui cédait des maisons, un four, une vigne et un jardin à Arcas. Nous savons d'autre part, par une lettre d'Alexandre III, que les Templiers y avaient eux aussi des biens qui jouxtaient les possessions de la cathédrale Saint-Laurent de Gênes. Arcas nous offre ainsi le tableau, que nous connaissons bien ailleurs, d'une cité fortifiée, où les grands sanctuaires et les communautés qui les desservaient possédaient leurs dépendances, et où les Génois, bien qu'il ne s'agît pas d'un port maritime, avaient eux aussi reçu leur part, comme il était souvent convenu dans les traités que les «communes» italiennes passaient avec les princes de l'Orient latin auxquels elles consentaient à apporter leur aide.

 

Un acte de 1170 associe les Hospitaliers davantage au destin d'Arcas : le roi Amaury de Jérusalem, qui administrait alors le comté de Tripoli pour le comte Raymond III prisonnier, fait allusion au tremblement déterre du 29 juin 1170, qui avait renversé les murs de la cité et du château voisin de Gibelacar, et, pour éviter que ces deux places ne tombent aux mains des Musulmans (ne christicolis amitterentur), il concède aux Hospitaliers la seigneurie de ces deux places, à charge pour l'Ordre de les restaurer, et il s'engage à faire pression sur Raymond III, lorsque celui-ci sortirait de captivité, pour obtenir de lui la ratification de cette concession.

 

Le droit du roi à disposer d'Arcas et de Gibelacar comme étant de son domaine est ici affirmé sous une forme (qui-quid inibi mei erat dominii vel ante me fuerat càmitis) qui paraît assimiler le comté remis à la garde royale (il est vrai qu'Amaury était le plus proche parent de Raymond III, son cousin germain) au domaine royal. Ceci pouvait être discuté lors du retour du comte. En tout cas, il semble que ni Gibelacar ni Areas n'entrèrent dans les possessions des Hospitaliers. Il se peut que le comte Raymond, revenu de captivité en 1174, ait refusé de sanctionner les concessions territoriales du roi Amaury, tout en ratifiant l'abandon que celui-ci avait fait à l'Hôpital, par le même acte, de la «part de l'étendard» (la portion du butin que les Hospitaliers devaient remettre au comte quand ils participaient à une opération dans son armée). Il est aussi possible que les Hospitaliers eux-mêmes n'aient pas donné suite à cet acte. La ville, en effet, était tombée aux mains de Nûr al-Din en septembre 1171, et sa restauration n'avait pu qu'être assez coûteuse. D'autre part, on connaît la réaction qui se manifesta dans l'ordre contre la politique d'acquisition de châteaux qui avait été celle de Gilbert d'Assailly, en 1171 : elle put inciter les chevaliers à ne pas se prévaloir de l'acte du roi Amaury.

 

L'histoire d'Arcas s'estompe avec la fin du XIIe siècle. On ne saurait affirmer que la ville soit tombée aux mains de Saladin, lorsque celui-ci passa sous Tripoli, en 1188. Elle demeura en la possession de la maison d'Antioche-Tripoli jusqu'aux campagnes de représailles lancées par le sultan Baybars contre Bohémond VI, coupable de collusion avec les Mongols. Prise une première fois en 1261, elle avait été réoccupée par les Francs ; mais, lorsque Baybars réapparut, en 1266, sa garnison l'évacua et le sultan n'eut plus qu'à raser la forteresse qui avait jusque-là protégé un territoire dont Ibn al-Fûrat nous dit qu'il était planté de cannes à sucre et de champs cultivés (Jean Richard, Le comté de Tripoli dans les chartes du fonds des Porcellet. In: Bibliothèque de l'école des chartes. 1972, tome 130 - www.persee.fr).

 

Temple et Palais

 

Arqa a joué un rôle important dès la plus haute antiquité phénicienne. Le nom d'Arga apparait dans les tablettes d'el Amarna et dans les textes assyriens. A l'époque romaine cette ville, devenue Arca Caesarea (Césarée du Liban) est le centre d'un culte important, celui de la Vénus Architidis. Un autre temple était dédié à l'Astarté poliade. Alexandre Sévère y naquit et s'y fit construire un palais. Lors des conquêtes de la première Croisade, les Francs trouvèrent une ville forte au centre d'une contrée prospère. L'eau y était abondante, les hauteurs couvertes de forêts, les coteaux plantés d'oliviers et la plaine répartie entre des prairies et des champs cultivés. Un aqueduc amenait l'eau d'Akkar. Là où il était creusé dans le roc, il sert encore de sentier, et lorsqu'il traversait une rivière, comme à Qantara, c'était un ouvrage d'art. [...] On aperçoit encore, sur les pentes du tell et dans les enclos environnants, des fûts de colonne en granit rose qui rappellent celles de Baalbeck. On gagne Halba, l'ancienne Albe des Croisés, qui y possédaient une forteresse aujourd'hui détruite (Moyen-Orient: Liban, Syrie, Jordanie, Iraq, Iran, Les guides bleus, 1965 - books.google.fr).

 

"langue"

 

La première croisade, celle que le Tasse a chantée dans un poëme immortel, donna naissance à trois ordres de chevalerie. Déjà plusieurs guerriers nobles établis auprès du Saint-Sépulcre formaient une confrérie qui soignait dans l'hôpital de Saint-Jean les pèlerins malades. Baudoin les créa chevaliers de Saint-Jean (Johannites, Hospitaliers, ordre de Malte); Gérard du Puy en fut le premier grand maître (1121). Hugues de Payens, issu des comtes de Champagne, Godefroi d'Adhémar, et sept autres chevaliers fondèrent l'ordre des Templiers (1118). L'ordre teutonique fut établi plus tard (1190) par Henri Walpot. L'organisation intérieure de ces trois ordres était la même ; outre les veux ordinaires de chasteté, de pauvreté et d'obéissance, tous ceux qui y entraient faisaient un quatrième vœu, celui de combattre contre les ennemis de l'Eglise et de protéger les pèlerins.

 

Sous le second grand-maître, Raymond du Puy, on commença à classer l'ordre des Hospitaliers par langues, et suivant leur patrie; on distingua ces langues en Provence, Auvergne, France, Italie, Aragon, Allemagne et Angleterre. On créa des bailliages, des commanderies dans chacune de ces langues; mais les commanderies furent indistinctement attribuées à tous les chevaliers.Les Hospitaliers portaient un habit d'ordre noir avec une croix blanche à huit pointes ; les Templiers, un habit blanc avec une croix de drap rouge, et les Teutons, un manteau blanc avec la croix noire lisérée d'argent.

 

Ces ordres étaient sous la juridiction spirituelle des papes, qui les investirent de grands priviléges. Ils devinrent bientôt extrêmement riches, soit par des donations, soit par l'accession des biens qu'y apportaient les nouveaux membres (Emile Lefranc, Histoire du moyen âge depuis la chute de l'empire d'occident, 476 jusqu'au grand schisme 1378, 1857 - books.google.fr).

 

Le "Roi" et la "cour"

 

A la différence des conflits qui avaient éclaté quelque vingt-cinq ans plus tôt dans le royaume de Jérusalem, les chevaliers tripolitains ne cherchent donc pas à contraindre le prince à leur faire justice «par esgart de court». Ce n'est pas l'arbitraire d'un seigneur refusant de soumettre ses démêlés avec des vassaux au jugement de sa cour qui est en cause ; c'est, semble-t-il, à la cour elle-même que les chevaliers en question marquent leur défiance. Sans doute Bohémond V, qui avait, comme le roi de Jérusalem, la possibilité de composer sa cour, l'avait-il d'ordinaire abondamment garnie de ces «Romains» de l'entourage de Lucienne de Segni - et peut-être de barons d'origine antiochénienne - dont les Tripolitains prétendaient qu'il s'entourait de préférence. En tout cas, c'est à une juridiction mixte, réunissant leurs propres représentants à ceux de la cour comtale, qu'ils avaient obtenu de soumettre leurs litiges pendant une période qui devait durer cinq ans, à compter du 1er mai 1259 ou 1260. Et l'«esgart de court» classique est remplacé par l'intervention de la commission des Treize (Jean Richard, Le comté de Tripoli dans les chartes du fonds des Porcellet. In: Bibliothèque de l'école des chartes. 1972, tome 130 - www.persee.fr, fr.wikipedia.org - Bohémond VI d'Antioche).

 

Les comtes de Tripoli n'étaient pas roi, mais on peut trouver la traduction française d'un texte de l'historien syrien Ibn Saddad (1217 - 1285) ou Bohémond est qualifié de "roi de Tripoli" : Description de la Syrie du Nord, traduit par Anne-Marie Eddé-Terrasse (‘Izz Al-Din Ibn Saddad, Description de la Syrie du Nord, 2014 - books.google.fr).

 

Aussi on peut penser à Amaury Ier, roi de Jérusalem, avec la cour de Tripoli ou celle de Jérusalem, qui donne Arcas aux Hospitaliers ("langue").

 

Amaury Ier de Jérusalem (1136 - 1174) est le fils cadet de Foulques V d'Anjou et de Mélisende de Jérusalem, roi et reine de Jérusalem. Amaury est comte de Jaffa et d’Ascalon de 1157 à 1163, puis roi de Jérusalem de 1163 à 1174. Il est aussi appelé Amalric ou Almaric (fr.wikipedia.org - Amaury Ier de Jérusalem).

 

"poignard" : Ismaéliens de Syrie

 

M. Falconet avec plusieurs Historiens, trouve quelque affinité entre les Assassins & les Esséniens, Secte Juive. Ils ont aussi été appelles par corruption Assacéni, Assanitae, Arsacidas, Assassini, Heissessini, &c. M. Falconet adopte ici le sentiment de Thomas Hyde qui tire l'étymologie de ce mot de Hhasis, pluriel Hasisin ceux qui tuent, participe de Hhassa tuer. Ils ont encore été nommés Cultelliferi, parce que le poignard étoit leur arme principale. Ce poignard s'appelle en Arabe Sikkin, d'où quelques Sçavans ont prétendu tirer le nom d'Assassins. As-Sikkini, celui qui a un poignard ou qui en fait usage, & en adoucissant le k de même que le c devant l'i, comme dans Maçin pour Makin, nom d'un Historien Arabe, on auroit formé Af-sicini; & en effet Mathieu Paris les appelle Assassini, Assessini ou Assissini. Quoiqu'il en soit tous ces noms font inconnus aux Historiens Orientaux qui les appellent Ismaéliens, Bathéniens, c'est-à-dire, intérieurs, & Moulahedoun ou impies. Ils donnent à leur Souverain le titre de Scheikh, c'est-à-dire vieillard, & nos Historiens les ont appelles Vêtus, Vetulus, ou Senex de monte, & par contraction Sex montius dans Haiton (Journal des savants, 1752 - books.google.fr).

 

Dans le manuscrit de Leyde de la géographie d'Aboulféda, ce passage, emprunté à Ibn Sa'id, a été supprimé : «Mont Liban. La neige y est abondante et il est connu par ses saints personnages. Les monts neigeux s'y enchevetrent jusqu'aux environs d'Émèse. Entre lui et la mer s'élève le mont Khaît, ou habitent des sectaires Ibahiyyah (c'est à-dire qui se croient tout permis), qui vendent beaucoup de musulmans aux chrétiens dès qu'ils se rencontrent avec ces derniers. Tout près d'eux, du côté d'une vallée appelée vallée de Taim, s'étend le mont des Druzes, connu encore sous le nom de mont de Kosrowân. Ses habitants suivent la même doctrine que les sectaires cités plus haut. Puis vient le mont Sikkîn, quartier général de la secte des Ismaéliens (ou Assassins), où ils ont les citadelles de Masyal, de Kahf et de Khawâbî. Les villes d'Émèse et d'Épiphanie sont en face : elles forment avec Masyafun triangle  a dont l'angle est serait Épiphanie, l'angle nord-ouest Masyâf, et l'angle sud-ouest Émése. Entre chacune de ces trois villes, il y a une distance d'environ une journée de marche.» (Géographie d'Aboulféda, Tome 2, traduit par Stanislas Guyard, 1848  - books.google.fr).

 

Epiphanie est l'ancien nom de Hamah. Et Emèse c'est Homs.

 

On a un autre triangle avec Halba, Arqa et Coliath.

 

Van Berchem observe que ces trois places formaient un triangle défendant Tripoli contre une attaque venant de Homs ; leur chute était le prélude indispensable à la prise de Tripoli (Paul Deschamps, Les châteaux des croisés en Terre-Sainte, 1973 - books.google.fr).

 

Le nom d'Assassins donné aux Ismaéliens ou Bathéniens est l'adjectif arabe hachâchi ou hachichi, dérivé de hachîch, boisson enivrante qui jouait un rôle important dans la fanatisation de ces terribles sectaires (Kristoffer Nyrop, Grammaire historique de la langue française, Tome 1, 1914 - books.google.fr).

 

La Syrie est par excellence le pays où les prouesses de la mortification sont poussées au suprême degré. "On y trouvait jadis des solitaires qui vivaient comme des bêtes sauvages, en pleine forêt, sans provisions aucunes, ne se nourrissant que d'herbes crues : c'est ce qu'on appelait des bergers, appellation, honnête, car ils auraient été plus justement qualifiés de moutons. D'autres se faisaient attacher à des chaînes scellées dans le roc, portaient des poids énormes, se livraient à toutes les extravagances des fakirs indiens. Les évêques essayaient parfois de les modérer; ils n'étaient guère écoutés. En revanche, les Arabes du désert et les paysans syriens avaient, pour ces êtres extraordinaires, la plus grande considération. Ils étaient populaires jusque dans les villes. En temps de crise le clergé ne se faisait pas faute de recourir à leur prestige. C'est ainsi que, sous l'empereur Valens, on vit Aphraate et Julien Sabbas quitter leurs solitudes mésopotamiennes pour venir à Antioche se ranger auprès de Flavien et de Diodore et les assister dans leur lutte contre l'hérésie officielle. Des gens très cultivés, comme Jérôme s'en dégoûta vite ; Chrysostome ne quitta le désert que quand la maladie, suite naturelle de ses imprudences ascétiques, eut fini par triompher de son courage" (Louis Duchesne, Histoire ancienne de l'église, Tome 2, 1911 - books.google.fr).

 

On trouve des fakirs au Moyen Orient et en Afrique du nord.

 

Et pendant les croisades, des fakirs sont mentionnés, qui pratiquaient une ascèse et des mortifications corporelles. Pas de perçage de langues trouvé. Mais sont signalés, à Damas en 1308, les fakirs ahmedis sous le règne du sultan Melik-Naser-Mohammed-Ben-Kalaoun, fils de Kalaoun successeur de Bainars

 

Les fakirs ahmedis entraient dans des feux allumés, mangeaient des serpents, portaient à leurs cous des colliers de fer, se chargeaient les épaules de chaînes, plaçaient autour de leurs mains des bracelets du même métal, assemblaient leurs cheveux et en formaient une masse compacte (Ahmad ibn Ali al-Maqrizi, Histoire des Sultans Mamlouks de l'Égypte, Tome 2 1845 - books.google.fr).

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