Le siège d'Anvers

Le siège d'Anvers

 

IX, 82

 

2163-2164

 

Par le deluge & pestilence forte,

La cité grande de long-temps assiegée,

La sentinelle & garde de main morte,

Subite prinse, mais de nul outragée.

 

"main morte"

 

1. 1252 f√©od. mainmorte ¬ędroit qu'avaient les seigneurs sur la propri√©t√© de leurs serfs¬Ľ (Doc. relatifs au comt√© de Champagne et de Brie, √©d. A. Longnon, t. 3, p. 11, D); 1457 homme de main morte ¬ępersonne priv√©e de la facult√© de disposer de ses biens¬Ľ (Arch. Nord B, 1687, fo29 vo); 2. 1506 gens de main-morte ¬ęcorps et communaut√©s consid√©r√©s comme perp√©tuels et dont les biens sont soustraits aux r√®gles ordinaires de la mutation des propri√©t√©s par d√©c√®s du propri√©taire¬Ľ (Coutumes de Sens, XXII ds Nouv. Cout. g√©n., √©d. Ch.-A. Bourdot de Richebourg, t. 3, p. 486b). Compos√© de main* et du f√©m. de l'adj. mort*; l'a. fr. mortes meins est attest√© au sens 1 au XIIIe s. (1213 Fet des Romains, √©d. L.-F. Flutre et K. Sneyders de Vogel, p. 340, 33); cf. le lat. m√©di√©v. mortua manus (1070 ds Nierm., s.v. manus) et manus mortua (1881, ibid.) (www.cnrtl.fr).

 

Mainmorte : c'est-à-dire, puissance morte. Il y a des hommes de main-morte en tous biens meubles & héritages ; d'autres en meubles seulement, & d'autres en héritages. Ce droit n'est pas uniforme dans toutes les coutumes. Le nom de main-morte vient de ce qu'après la mort d'un chef de famille sujet à ce droit, le seigneur venoit prendre le plus beau meuble qui étoit dans sa maison ; ou s'il n'y en avoit point, on lui offroit la main droite du mort pour marquer qu'il ne le serviroit plus, comme on voit dans les chroniques de Flandres. On appelle aussi gens de main-morte tous les Corps & Communautés qui ne meurent point, quoique ceux qui les composent meurent : la subrogation des personnes qui succédent les uns aux autres rendent le Corps de la Communauté immortel. C'est toujours le même corps (Antoine Sabatier de Castres, Dictionnaire des origines, découvertes, inventions et établissemens, Tome 2, 1777 - books.google.fr).

 

Acrostiche : PLLS, Pallas ?

 

Toutesfois les gens de Mainmorte de nostre temps ne sont point en tout & par tout rendus esgaux aux affranchis des Romains, mais plutost aux libertins Latins, & qui estoient dans les colonies. Lesquels par la loy Iunia, estoient mis en liberté, horsmis qu'à l'article de la mort ils ne pouuoient disposer par testament de ce qui leur appartenoit. [...]

 

Que si d'autre coté la Mainmorte est reelle & attachee à la chose & aux biens, & non point à la personne, alors l'affranchissement ne s'estend point aux biens qui sont hors du territoire, dedans lequel il a esté fait remarque par Decius en la response 150. Ce qui est de grande consequence, à cause des grands moyens de certains serfs & Mainmortables, la succession desquels est recueillie par les seigneurs & patrons. Car Plutarque escrit, que Demetrius affranchi de Pompee laissa vn reuenu de la valeur de trois mille talents. Et Tacite tesmoigne au liure 12. de ses Annales, que Pallas affranchi de l'Empereur Claudius possedoit la valeur de 300. mille grands sesterces, reuenant à 13. millions 125. mille liures tournois (Renatus Chopin, Trois livres du domaine de la couronne de France, 1634 - books.google.fr).

 

René Choppin, latinisé en Renatus Choppinus, sieur d'Arnouville, né en mai 1537 à Le Bailleul et mort le 2 février 1606 à Paris, est un jurisconsulte français, avocat à la Cour au parlement de Paris, érudit et poète. Il prend le parti de la Ligue et s'emploie, avec son épouse, au service du duc Charles II de Mayenne4. En 1591, il prend la défense d'un bref de Grégoire XIV contre Henri IV. En 1592, Jean Hotman lui adresse une satire sanglante : Anti-Chopinus que le conseil fait condamner au bucher. En 1594, à l'entrée d'Henri IV dans Paris, Choppin est exilé. Mais le roi ne tarde pas à le rappeler et, la même année, Choppin fait son panégyrique (fr.wikipedia.org - René Choppin).

 

"Sentinelle"

 

1540 centinelle ¬ęsoldat plac√© en faction pour faire le guet¬Ľ (La Grise, trad. Guevara, III, 49 ds Hug.); 1546 sentinelle (Rabelais, Tiers Livre, √©d. M. A. Screech, Prol., p. 10); 2. 1558 p. ext. faire la centinelle ¬ęfaire le guet¬Ľ (J. Gr√©vin, La Tr√©sori√®re, IV, 5, √©d. E. Lapeyre, p. 73); 3. 1640 pop. (Oudin Curiositez: poser une Sentinelle . i.e. descharger son ventre en quelque lieu descouvert). Empr. √† l'ital.sentinella, att. au sens 1 dep. 1518-25 (Firenzuola ds Tomm.-Bell.), d√©r. de sentire ¬ę sentir, entendre, √©couter ¬Ľ (sentir*; v. A. Prati ds R. Ling. rom. t. 19, pp. 210-211 et FEW t. 11, p. 471b et 472b) (www.cnrtl.fr).

 

Inondations et peste

 

Disons aussi que les troubles et les guerres religieuses de ces temps, amen√®rent plusieurs inondations qualifi√©es de n√©cessit√©s de la d√©fense des places, comme en 1574 autour de Leyde, en 1584 dans les poldres de Flandre, vis-√†-vis d'Anvers, et en 1585 au nord de la m√™me ville, depuis Merxem jusqu'√† Lillo : plusieurs de ces inondations furent maintenues pendant cinquante √† soixante ans, et occasionn√®rent aux propri√©taires des terres inond√©es des pertes plus consid√©rables que celles qu'une violente irruption de l'Oc√©an aurait pu produire.

 

Une ordonnance du Magistrat d'Anvers, de l'an 1580, nous donne la certitude que les charlatans continuaient √† se m√™ler de la gu√©rison des pestif√©r√©s, et que leurs rem√®des extravagants avaient souvent pour effet de propager le mal au lieu de l'√©teindre. Afin de r√©primer ce funeste abus , on ne trouva rien de plus simple que d'enjoindre √† ces industriels de se faire inscrire √† la police, pour que l'on p√Ľt avoir l'ail sur leurs proc√©d√©s. Ceux qui ne se seraient pas conform√©s √† cette formalit√©, devaient √™tre fouettes et bannis.

 

Durant les vingt années qui s'écoulèrent ensuite avant la fin du XVIe siècle, il y eut encore diverses localités de la Belgique visitées par la peste ou des contagions pestilentes. Mais comme il deviendrait fastidieux et difficile de suivre la marche capricieuse du fléau, nous nous bornerons à dire que l'on en rencontre les dernières traces en 1599 (Lodewyk Torfs, Fastes des calamités publiques survenues dans les Pays-Bas et particulièrement en Belgique: Epidémies, famines, inondations, Tome 1, 1859 - books.google.fr).

 

Une autre maladie, beaucoup plus terrible celle-l√†, devant laquelle on √©tait sans rem√®de, √©tait la peste. De cette maladie, on ne savait avec certitude que deux choses : qu'elle √©tait contagieuse et qu'elle √©tait rapidement mortelle. Dans tous les trait√©s de pestilence publi√©s chez Plantin (une demi-douzaine), on ne trouve pratiquement rien de sens√© ni en ce qui concerne l'√©tiologie de l'affection, ni en ce qui concerne son traitement. Je rappelle √† ce sujet la description du tout premier livre √©dit√© chez Plantin. D√®s 1530, les trait√©s de pestilence imprim√©s dans les Pays-Bas m√©ridionaux se caract√©riseraient par leur propre cachet : les auteurs √©taient souvent de la r√©gion et les trait√©s r√©dig√©s en n√©erlandais √† l'attention des m√©decins, chirurgiens et aussi des patients. Plantin n'a publi√© qu'un seul livre de ce genre : celui du chirurgien d√©j√† cit√© Van Mauden : ¬ęExamen der Peste¬Ľ paru en 1584 (Jean-Pierre Tricot, Les √©ditions m√©dicales plantiniennes, Actes Du XXXII Congres International D'Histoire de la Medecine Anvers, 3-7 Septembre 1990, 1991 - books.google.fr).

 

Le long siège d’Anvers

 

Anvers est la plus grande ville des Pays-Bas : son rayonnement commercial, financier et culturel en fait le centre des Dix-Sept Provinces, et une m√©tropole du nord-ouest de l'Europe. Toutefois, dix ans plus t√īt, √† la suite d'un retard dans le paiement de la solde des mercenaires espagnols, la ville a √©t√© pill√©e (4 novembre 1576), √©pisode connu sous le nom de Furie d'Anvers : des milliers de citadins y ont laiss√© la vie et la ville a √©t√© en partie incendi√©e. C'est pourquoi Anvers a rejoint l'Union d'Utrecht, devenant naturellement la capitale des provinces rebelles, malgr√© sa position expos√©e au sud. Cependant, le rappel des √©trangers par les √Čtats et l'arriv√©e de cinq mille Espagnols et de quatre mille Italiens que le roi Philippe II d'Espagne ne tarde pas √† envoyer √† Alexandre Farn√®se, duc de Parme, permet √† celui-ci de poursuivre ses succ√®s, aid√© par l'imp√©tueuse valeur de Robert de Melun, marquis de Roubaix. Le duc d'Alen√ßon, nagu√®re proclam√© comte de Flandre, retourne en France. Le prince d'Orange se retire dans les provinces du Nord et y meurt assassin√©. Gand, Bruxelles, Malines rentrent sous l'ob√©issance du roi d'Espagne ; Anvers r√©siste, on en fait le si√®ge (1584-1585).

 

Le 17 ao√Ľt 1585, la ville, affam√©e, dut se rendre. Les protestants eurent dix jours pour quitter la ville, puis l'arm√©e espagnole d√©fila en triomphe. L'essentiel de la population √©migra vers les provinces du nord. Sur les 80 000 habitants que comptait Anvers avant le si√®ge, il n'en resta plus que 40 000 : l'√Ęge d'or d'Anvers avait pris fin. L'√Ęge d'or n√©erlandais pouvait commencer (fr.wikipedia.org - Si√®ge d'Anvers (1585), Bulletin, Volume 4, Commission de l'Histoire des √Čglises Wallonnes, 1890 - books.google.fr).

 

Le 27 ao√Ľt, le prince de Parme lui-m√™me fit son entr√©e triomphale dans la ville reconquise. Pour se concilier la faveur populaire, et selon le d√©sir exprim√© pendant les n√©gociations, il laissa hors des murs les troupes espagnoles et italiennes. Il n'avait avec lui que des Wallons et des Allemands. Il s'√©tait aussi entour√© des seigneurs nationaux, et parmi ceux-ci on distinguait les Chimay, les Egmont et d'autres qui, apr√®s avoir d'abord combattu pour la libert√© de leur patrie, avaient h√Ęt√©, par leur d√©fection, le triomphe auquel ils assistaient. Les bourgmestres d'Anvers, les √©chevins et les autres r√©gents de la commune √©taient all√©s au-devant du prince de Parme.Une jeune et belle pucelle lui pr√©senta, de leur part, les clefs de la ville, l'une de fin or, l'autre de fer. Le g√©n√©ral victorieux les prit ; puis, au lieu de les rendre aux bourgmestres , il les suspendit √† son collier, √† c√īt√© des insignes de la Toison d'or (Th√©odore Juste, Vie de Marnix de Saint-Aldegonde (1538-1598), 1869 - books.google.fr).

 

Mainmorte et servitude

 

L'ind√©pendante √©galit√© dont jouissaient les membres de la bande guerri√®re germanique, ne se maintint pas longtemps. La classe des hommes libres, propri√©taires de terres allodiales, disparut rapidement, gr√Ęce √† l'envahissante extension de la f√©odalit√©. Au bout d'un certain temps, les propri√©t√©s et les hommes relev√®rent tous graduellement les uns des autres comme les anneaux d'une chaine dont le sommet √©tait tenu par le souverain. Nulle terre n'√©tait sans seigneur; √† la mort du tenancier, √† chaque mutation du fief, elle √©tait cens√©e revenir √† la table et au domaine du suzerain; et ce n'√©tait qu'au prix d'un droit de relief ou de saisine que le successeur du vassal pouvait recouvrer l'h√©ritage. Parfois cependant, le titre d'investiture autorisait le fondataire √† op√©rer la transmission testamentaire, et cet usage se g√©n√©ralisa lorsque les fiefs, de viagers devinrent patrimoniaux et h√©r√©ditaires.

 

Un spectacle plus p√©nible s'offre √† nous, si nous portons les regards plus bas que cette brillante aristocratie du moyen √Ęge, tant√īt d√©shonor√©e par les exc√®s de la lubricit√© et de la cruaut√© la plus sauvage, tant√īt illustr√©e par les prodiges de l'esprit chevaleresque et par toutes les nobles inspirations dont il avait le pouvoir de p√©n√©trer les √Ęmes. Au-dessous de la longue hi√©rarchie des rois, des ducs, des marquis, des comtes, des barons, des vavasseurs, gisait, dans une obscurit√© triste et d√©daign√©e, toute la partie productive et laborieuse de la population. Les lites, cultivateurs des terres qui appartenaient aux guerriers germaniques, se fondirent avec les restes de l'esclavage, l√©gu√© par le monde gr√©co-romain. De cette agr√©gation naquit la classe des serfs riv√©s √† la gl√®be, charg√©s de corv√©es, de tailles, de redevances, de prestations vexatoires, livr√©s sans contr√īle √† l'avilissant despotisme de quelque petit ch√Ętelain, contre lequel l'influence des croyances religieuses et la vigilance de l'√Čglise ne r√©ussissaient que rarement √† les d√©fendre. Quand la mort venait frapper le serf, le b√©n√©fice ou l'exploitation qui lui √©tait viag√®rement conf√©r√©, retournait au seigneur. Le droit des enfants √©tait prim√© et annihil√© par celui du maitre. La main du serf √©tait morte, selon la saisissante expression du moyen √Ęge : le signe de la puissance √©tait paralys√© en lui et ne pouvait lui servir √† acqu√©rir ou √• transmettre. Toutefois ce r√©gime rigoureux subit plus tard quelques att√©nuations. D'une part, l'√Čglise travailla incessamment √† faire attribuer aux serfs le droit de pourvoir au salut de leur √Ęme par des fondations pieuses, si fr√©quentes pendant cette p√©riode : de l'autre, le besoin de ne pas laisser se dissoudre, √† la mort des chefs, le bien des familles serviles, amena l'usage de laisser aux enfants r√©unis en communaut√© tacite sous le nom de passonniers la jouissance des biens qu'avait occup√©s le p√®re. Plus tard, par une transition assez lente pourtant, cet usage donna naissance au droit d'op√©rer la d√©volution civile et l√©gale par succession ou par testament, dans des limites suffisamment restreintes pour ne pas d√©ranger le syst√®me g√©n√©ral de l'association. Mais ces exceptions laissaient debout le principe de la suj√©tion absolue des serfs. Avant de voir le terme de cette d√©solante √©poque, il faut attendre jusqu'aux onzi√®me et douzi√®me si√®cles, berceau des franchises civiles, date m√©morable √† l'√©mancipation des serfs et des communes fait rayonner une premi√®re lueur d'√©galit√© et de libert√© sur les t√©n√®bres de l'histoire. Ces essais encore faibles et incertains n'en √©taient pas moins les lointains avant-coureurs du grand r√©veil du dix-huiti√®me si√®cle, les pronostics de cette commotion formidable qui, √† travers un d√©luge de sang et de forfaits, inaugura le r√®gne de l'√©quit√© moderne, et en posa les v√©ritables assises. Il est curieux de retrouver en germe dans les chartes octroy√©es ou conquises, en France, en Belgique surtout, la d√©finition encore mal accus√©e de ces droits qui ne devaient que plus tard recevoir leur cons√©cration d√©finitive. Les campagnes surtout ne suivirent que d'une mani√®re lente et incompl√®te l'impulsion donn√©e par nos communes, de si bonne heure libres, et, presqu'aussit√īt, prosp√®res et opulentes.

 

Au seizi√®me si√®cle, le droit de tester √©tait √† peu pr√®s reconnu partout. La mainmorte perdait journellement du terrain. La coutume d'Anvers proclame, en termes expr√®s, qu'en dehors de la r√©serve des descendants, le droit du testateur est illimit√©. Mais dans la plupart des contr√©es, en France surtout, les biens propres, gr√Ęce √† l'esprit de famille et de conservation, √©taient soustraits en tout ou pour une quote-part, au transfert par acte de derni√®re volont√©. Ainsi √† Gand, et dans le reste de la Flandre, en dehors de la l√©gitime des enfants, la r√©serve coutumi√®re assurait deus tiers de la succession aux h√©ritiers du sang. A Lille, il √©tait interdit de disposer de ses biens matrimoniaux, c'est-√†-dire √©chu par succession (J. Jacobs, Du droit de tester, Revue belge et √©trang√®re, Volume 2, 1856 - books.google.fr).

 

La coutume d'Anvers de 1582 affirme que dans l'√©tendue de la franchise, tous les hommes sont libres et non esclaves , et que tout esclave se trouvant dans la franchise devient libre ipso facto et hors du pouvoir de son ma√ģtre (Philippe Godding, Le droit priv√© dans les Pays-Bas m√©ridionaux du 12e au 18e si√®cle, 1987 - books.google.fr).

 

En ce qui concerne les gens de mainmorte, ¬ę l'introduction de l'ordre des J√©suites en Belgique date de 1584 : √©dit de mai de Philippe II qui les autorise √† poss√©der des biens, c'est-√†-dire √† constituer une mainmorte, jusqu'√† concurrence d'un certain revenu ¬Ľ (Maurice Heins, Les √©tapes de l'histoire sociale des quatre grandes villes de Belgique, Revue de belgique, 1895¬† - books.google.fr).

 

Les serfs et le guet

 

Malgr√© la sagesse et la puissance de ses institutions, Charlemagne ne parvint pas √† triompher enti√®rement de la barbarie de ses peuples, ni de cet instinct germanique pour le brigandage, que des habitudes de tant de si√®cles avaient fortifi√©. Tout ce qui n'√©tait plac√© que sous la sauvegarde des lois et des mŇďurs √©tait prot√©g√© tr√®s - imparfaitement. Pour suppl√©er √† l'insuffisance de la protection publique, il fallait avoir recours √† l'emploi de la force priv√©e, et chacun avait toujours √† d√©fendre directement soi-m√™me sa personne et ses biens. Aussi devait-on faire la garde non-seulement pour les villes et les fronti√®res, contre les ennemis de l'empire, mais encore pour les propri√©t√©s contre les malfaiteurs du dedans. En g√©n√©ral, les hommes libres √©taient charg√©s du premier service, et les serfs du second. L'une et l'autre garde s'appelait wacta, de l'allemand wacht, en fran√ßais guet. Les gardes de nuit contre les voleurs √©taient d√©j√† en usage du roi Clotaire ; et m√™me elles ne suffisaient pas pour la d√©fense de la propri√©t√©, puisque ce fut dans la vue de r√©primer les vols avec plus de succ√®s, que ce roi institua les centaines, en les rendant responsables des d√©lits commis dans leur sein. Mais alors il ne para√ģt pas que ces gardes fussent impos√©es aux serfs (Benjamin Duprat, Polyptyque d'Irminon ou denombrement des manses, serfs et des revenues de l'abbaye de Saint Germain des Pr√©s: Prol√©gom√®nes, Commentaires, Tome 1, 1844 - books.google.fr).

 

Aussi de tr√®s bonne heure voyons-nous des serfs de Viry (Viry-Ch√Ętillon, Seine-et-Oise, canton de Longjumeau) protester contre les droits qui les frappent : en 1067, les hommes de corps du chapitre de Notre-Dame de Paris pr√©tendent non seulement ne plus avoir √† faire le guet pendant la nuit, mais encore pouvoir se marier sans l'autorisation du chapitre, bien que leurs anc√™tres aient √©t√© soumis √† ces obligations (Henri S√©e, Les classes rurales et le r√©gime domanial en France au moyen √Ęge, 1904 - books.google.fr).

 

Typologie

 

Le report de 2164 sur la date pivot 1585 donne 1006.

 

Le pays d'Anvers, qui existait dans l'ancien pagus de Ryen, √©tait born√© √† l'ouest par l'Escaut, et, comme il formait de ce c√īt√© la limite de l'Empire, ses comtes recurent le nom de marquis (markgraven). L'empereur Othon le Grand en fit don √† sa tante Gerberge, veuve de Louis d'Outremer, roi de France, et Charles, fils de Gerberge, devint marquis du saint-empire. Apr√®s la mort de Charles, la seigneurie passa sous la domination de Lambert, comte de Louvain. D√®s lors, ses destin√©es se confondirent avec celles du Brabant dont il continua √† faire partie. Quelques faits sont √† noter sp√©cialement : Fr√©d√©ric de Luxembourg (mort en 1065) succ√©da √† Gothelon l'Indolent (mort en 1046) dans le duch√© de Lothier et dans le marquisat d'Anvers, par donation de l'empereur Henri III. Godefroid de Bouillon lui succ√©da dans le marquisat seulement; ce n'est qu'en 1089 qu'il obtint le duch√© de Lothier. Henri de Limbourg r√©unit, comme Godefroid, le duch√© de Lothier au marquisat d'Anvers dont il fut d√©poss√©d√© par Henri IV. Godefroid le Barbu, qui en fut alors investi, se le vit √† son tour enlever par l'empereur Lothaire et restituer par l'empereur Conrad. Godefroid transmit √† son successeur le duch√© avec le marquisat qui resta depuis annex√© au Brabant. Longtemps apr√®s, en 1416, on voit Jean de Bourgogne demander au roi Sigismond l'investiture du marquisat d'Anvers, et, en 1430, celui-ci passa avec le Brabant, apr√®s la mort de Philippe de St-Pol, qui d√©c√©da sans enfants, √† Philippe le Bon, son cousin [duc Valois de Bourgogne : cf. quatrain IX, 80...]

 

Apr√®s la mort de Zwentibold, le royaume de Lotharingie, on l'a vu, fut converti en duch√©. On a de cette √©poque deux monnaies dont la lecture n'est pas douteuse quant au nom, mais qui sont attribu√©es par les uns √† Henri l'Oiseleur et par d'autres √† Henri II. En faveur de la seconde opinion, on fait valoir les arguments suivants : Henri l'Oiseleur fut √©lu par l'influence de Gislebert auquel il donna sa fille en mariage. Il envoya en Belgique un comte palatin, lequel relourna presque imm√©diatement en Allemagne. Son pouvoir n'y avait √©t√© qu'√©ph√©m√®re et il n'est pas probable que Gislebert, dont on conna√ģt l'ambition, ait battu des monnaies au nom de l'Empereur. D'ailleurs, le poids de ces monnaies est trop l√©ger pour √™tre de cette √©poque; le type s'√©loigne d√©j√† trop de celui des monnaies carolingiennes; enfin elles ont le m√™me caract√®re que les monnaies que l'on attribue √† Henri II. Outre cet argument fourni par la numismatique, il y en a un qui est historique. Saint Henri, deuxi√®me du nom, arriva en Belgique en 1006; en 1007, il fut oblig√©, √† la suite d'une guerre malheureuse, de c√©der la Flandre imp√©riale au comte Baudouin, et, en 1008, on trouve la premi√®re mention de Gothelon, marquis d'Anvers. On en conclut que saint Henri a cr√©√© un marquisat des fronti√®res, esp√®ce de barri√®re nouvelle, puisque la Flandre imp√©riale lui √©chappait de fait. La circonstance que les monnaies dont il s'agit furent frapp√©es √† Anvers semble confirmer cette hypoth√®se. En faveur de l'opinion inverse, le principal argument que l'on invoque est que ces monnaies furent frapp√©es pendant le s√©jour du comte palatin en Belgique (Emile de Borchgrave, Histoire des rapports de droit public qui exist√®rent entre les provinces belges et l'empire d'Allemagne, M√©moires, Volume 36, Acad√©mie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, 1871 - books.google.fr).

nostradamus-centuries@laposte.net