Relocalisation beaujolaise

Relocalisation beaujolaise

 

IX, 20

 

2118

 

De nuict viendra par la forest de Reines

Deux pars voltorte Herne la pierre blanche,

Le moyne noir en gris dedans Varennes,

Esleu cap. cause tempeste feu sang tranche.

 

Roger Prévost a accompli un travail de bénédictin. S'est penché sur La guilde des chemins de France, de C. Estienne, parue en 1552-1553 (notez la date). Et y a découvert, sur un trajet qui allait de Mayenne à Vitré, dans l'ouest de la France, les lieux suivants : Vautorte (voltorte), Ernée (Herne: l'élision est fréquente à l'époque), le lieu-dit de la « pierre blanche » et la forêt de Rennes-en-Grenouille (autrefois orthographiée Raines - pour Reines) ! En 1562, à l'époque où Nostradamus rédigeait ses quatrains, cette région était « le théâtre d'une guerre cruelle entre catholiques et protestants ». Le seigneur de Vautorte avait rejoint le camp des Réformés, tandis qu'Ernée était sous contrôle catholique. Inutile d'épiloguer sur les atrocités qui se commettaient lors de cet affrontement! Ne seraient-ce point nos « deux parts» auxquelles fait allusion Nostradamus ? Cette traduction semble être justifiée puisqu'en descendant vers le sud, Prévost a débusqué un Varennes, situé entre la Loire et le Cher, près de Tours. Toujours en 1562, cette ville fut mise à sac « pour l'exemple » («tempeste feu sang tranche ») par Antoine du Plessis de Richelieu, nommé par François II capitaine (« eslu cap. ») d'une compagnie d'arquebusiers. Petit nom du sanglant capitaine : « le moine ». Richelieu était ainsi surnommé, car il avait quitté cinq années plus tôt l'habit des bénédictins. Couleur de cet habit monacal ? Le noir (« moine noir ») ! (www.zetetique.ldh.org - Nostradamus).

 

Celui-ci est un véritable bandit. Dans son enfance, son oncle, Jacques le Roy, avait décidé qu'il en ferait un moine « pour avoir des bénéfices ». Antoine fut donc placé comme profès à l'abbaye bénédictine de Saint-Florent de Saumur; il avait dix ans. Mais sa nature turbulente résistait déjà aux volontés de ses parents. Il disait « qu'il voulait aller à la guerre comme ses frères ». Le grand-oncle « le recommanda », et comme la vocation ne venait pas, « il le fit fesser ». Privations, coups, prison, rien n'y fit. L'enfant en revenait toujours à son refrain « qu'il n'étudierait point,. qu'il ne serait point religieux, qu'il voulait aller à la guerre ». Il s'enfuit plusieurs fois; on le ramena à diverses reprises; enfin, il jeta le froc, gagna les camps et servit près de son frère, en Italie. Mais ce fut surtout dans les guerres civiles qu'il donna carrière à ses fougueuses vertus. Il était l'âme damnée des Guise. [...] On a le procès-verbal de l'enquête faite par le cardinal Caraffa, en 1556-1557, pour relever Antoine du Plessis de ses vœux monastiques (Gabriel Hanotaux, Auguste de Caumont de La Force, Histoire du cardinal de Richelieu, Volume 1, 1947 - books.google.fr).

 

On a prétendu que le cardinal avait fait condamner à mort le fils de l'historien De Thou, parce que ce dernier avait maltraité son grand-oncle Antoine de Richelieu dans son histoire (Joseph Fr. Michaud, Jean Joseph François Poujoulat, Nouvelle collection des mémoires relatifs a l'histoire de France despuis le XIIIe siècle jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, Volume 14, 1857 - books.google.fr).

 

Il est mort le 19 janvier 1576 (Paris, rue des Lavandières) capitaine d’une compagnie d’Arquebusiers de la Garde du Roi François II, chevalier de Son Ordre, Gouverneur de Tours (1562), blessé au siège de Bourges, défend Blois en 1568, défend Poitiers en 1569 contre les Huguenots, assiste Louis de Bourbon, duc de Montpensier, dans la prise de nombreuses places en Poitou (1574, 1575) (racineshistoire.free.fr - Du Plessis-Richelieu).

 

Reste "moine noir en gris"

 

Survint la Réforme et avec elle un goût nouveau pour la couleur, beaucoup plus modéré. [...] Seuls paraissent encore acceptés le blanc, le gris et le noir comme s'il y avait eu saturation de couleur. Dans les années qui suivent la Réforme, l'intérieur des édifices religieux devenus protestants est peint en blanc, pour les voûtes et les parois, tandis que les structures architecturales, piliers, colonnes, arcs, embrasures et autres, le sont en gris foncé jointoyé de blanc. Ce traitement se retrouve parfaitement bien illustré dans les trois édifices religieux déjà mentionnés, Saint-Pierre et Saint-Gervais à Genève, Saint-François à Lausanne. Ces décors illusionnistes de gris et de blanc, relèvent évidemment de choix esthétiques qui sont ceux de la Renaissance et seront aussi adoptés dans les églises catholiques ; ils se limitent à habiller suivant le goût de l'époque des édifices construits en style roman ou gothique. Ils seront pour la plupart régulièrement renouvelés, en général une à deux fois par siècle, jusqu'au XVIIIe siècle (Théo-Antoine Hermanes, Goût et dégoût de la couleur : remarques sur la polychromie monumentale en Suisse occidentale, 1994 - books.google.fr).

 

Richelieu, ancien bénédictins, ne devint pas pourtant calviniste et resta catholique.

 

Chartreux, camaldules, moines de Vallombreuse et cisterciens renonceront alors au noir par souci d'humilité. Ces moines blancs — qualifiés de monachi grisei, « moines gris », par opposition aux monachi nigri, « moines noirs », car le blanc naturel, même séché sur le pré, vire au gris et à l'écru — deviendront progressivement emblématiques d'une pureté originelle retrouvée qu'accentuera la querelle qui opposa Pierre le Vénérable à saint Bernard, en 1124, le premier reprochant au second de se vêtir du blanc couleur de la gloire et de la Résurrection du Christ (Nathalie Nabert, Le Jardin des sens, 2011 - books.google.fr).

 

Les Franciscains sont appelés aussi Frères gris et saint Français "Saint Gris" (Michel Pastoureau, L'Eglise et la couleur, Actualité de l'histoire à l'Ecole des chartes: études réunies à l'occasion du cent cinquantiéme anniversaire de la Bibliothéque de l'Ecole des chartes, 1989 - books.google.fr).

 

L'abbaye cistercienne ("gris") de Varennes dans la commune française de Fougerolles (Indre), fut créée au XIIe siècle, sur l'emplacement d'une installation antérieure (VIème siècle) de bénédictins ("noirs") (fr.wikipedia.org - Abbaye de Varennes).

 

M. de Momordy, le premier, dit qu'il rencontrait quelques difficultés. Il avait consulté le répertoire des communes de France et avait constaté que Varennes est un toponyme très courant (Georges Dumézil, "Le...Moyne noir en gris dedans Varennes" / Divertissement sur les dernières paroles de Socrate, 1984 - books.google.fr).

 

Même si les noms de ce quatrain et du précédent (IX,19) semblent reproduirent des itinéraires de la Guide des chemins de France de Charles Estienne (1552) dans l'ancienne province du Maine, à part Varennes (dont le plus proche est dans le Maine-et-Loir : prieuré bénédictin ("moines noirs") de Saint Rémy la Varenne) (Chantal Liaroutzos, Les prophéties de Nostradamus : suivez la guide. In: Bulletin de l'Association d'étude sur l'humanisme, la réforme et la renaissance, n°23, 1986 - www.persee.fr).

 

Autre "vaultorte", autre "Varennes"...

 

On lit dans un mémoire non signé, conservé à la bibliothèque impériale, fonds Lamarre, n° 9476-4, page 57, et que M. Auguste Bernard croit écrit vers 1560 par Guillaume Paradin :

 

« La mine de Vaultorte, en la paroisse de Claveyzolles, à demi-lieue de Beaujeu, tient force vitriol et aussi argent, plomb, cuivre et soufre; on a recommencé à y traie vailler puis huit huit ou dix ans. Il y a environ de quatre-vingts à cent ans et plus que les ducs de Bourbonnais y prenaient certain droit comme barons du pays, et lors y faisaient travailler aucuns doyen et autres de Beaujeu, dont j'ay certains enseignements ». [...] Il lui était certes bien facile de le savoir, car ce brave chanoine fut lui-même élu, le 29 novembre 1554, doyen du chapitre de Beaujeu, où il mourut le 18 janvier 1590. — Voir Etudes sur les historiens du Lyonnais, par M. Collombet, tome I, p. 35, 1845. Le frère du doyen de Beaujeu, Claude Paradin, de qui il tenait probablement ces enseignements, en a fait autant à propos d'autres mines du Beaujolais qui furent positivement exploitées par Jacques Cœur, et qui pourraient bien être finalement celles qu'il avait payées 2,000 écus d'or. [...] Valtorte ou Vautorte de la commune de Claveisolle (Rhône). Cassini indique d'ailleurs une mine de cuivre au nord de Voltorte. C'est le Valloste de l'état-major, le Valsorte de Rembielinski et le Vauteste de Hellot (M. Poyet, Documents pour servir à l'histoire des mines des environs de Lyon, Mémoires de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon, 1861 - books.google.fr).

 

Claveisolles signifierait plutôt "enclos" (cf. Clavière ou Clavioz en Savoie) que "clés du soleil" (www.jeantosti.com).

 

Du quatrain II, 35 : Dans deux logis de nuict le feu prendra, / Plusieurs dedans ostouffez et rostis : / Pres de deux fleuves pour seul il adviendra : / Sol l'Arq, et Caper tous seront amortis, il fait d'une réminiscence un présage. Nostradamus aurait lu Guillaume Paradin. Il y aurait trouvé le récit de l'incendie d'une auberge, à l'enseigne de la Tête d'Argent, où périrent des marchands de passage à Lyon. Et, les deux fleuves, Rhône et Saône ? L'incendie de jadis en préfigure-t-il un autre, celui de la ville entière, entre novembre et janvier, période où le Soleil se promène dans l'Arc ou Sagittaire, puis dans le Capricorne ? (Michel Claude Touchard, Nostradamus, 1972 - books.google.fr).

 

La Pierre blanche est un lieu dit au Perréon, au sud de Claveysolles (géoportail.fr). On s'intéresse à cette région, marquée d'une supposée présence de Nostradamus.

 

La route de la Saône et Loire part de Belleville, traverse le Beaujolais viticole, passe à Beaujeu, célèbre par ses sires, contourne le Tourvéon, la montagne aux légendes de Ganelon et Nostradamus, s'incline vers le Saint-Rigaud, franchit le col des Écharmeaux, puis s'enfonce dans le Brionnais pour atteindre, par Chauffailles, Semur et enfin Marcigny (M. Desvignes, La Route de la Saône a la Loire, Annales de l'Académie de Mâcon, 1957 - books.google.fr).

 

On rapporte que Michel Nostradamus habita long temps la commune de Saint-Didier-sur-Beaujeu. De là, le célèbre astronome allait souvent sur la montagne de Tourvéon, contempler les astres et préparer ses prophéties. Louvet dit ironiquement à ce propos: "Comme celui qui se vantait que le roi, lui avait parlé en lui disant : Ote-toi de là, coquin ; l'habitant de Saint-Didier dit que Nostradamus a demeuré dans sa maison, comme si cet événement devait l'avoir anoblie, vu qu'il dit qu'il y vivait en coquin et qu'il n'avait pas de quoi pouvoir payer sa dépense ; et cependant on sait en Provence comme quoi cet illustre personnange a vécu, qui avait si bien de quoi se passer d'autrui qu'il prodiguait le sien et a laissé un très bel héritage à ses enfants qui ont leur domicile à Salon-de-la-Craux ;on peut avoir pris renard pour martre et quelque vendeur de baume pour Nostradamus" On n'a. pas oublié que c'est à Saint-Didier-sur-Beaujeu, sur l'emplacement même de l'église actuelle, construite en mémoire de cet événement, que vint s'arrêter, roulant de la montagne, le tonneau hérissé de clous dans lequel avait été enfermé et lancé du Tourvéon, par l'ordre de Louis le Débonnaire, le fameux Ganelon (Pierre Virès, De Villefranche à Monsols, 1904 - books.google.fr).

 

On reste à l'époque d'Antoine du Plessis et des guerres de Religions.

 

En 1562 en effet le Haut-Beaujolais, qui encore une fois n'opprimait en rien les huguenots, avait été saccagé et trempé dans un bain de sang par un sinistre chef de bande calviniste, le baron des Adrets, et son non moins sinistre acolyte Poncenat, seigneur de Changy. Ceux qui, un peu plus tard et non loin de là, à Montbrison, contraindront leurs prisonniers catholiques à sauter du haut d'une tour sur les piques de leurs soldats. Coligny, chef suprême huguenot, traitera Adrets de «bête furieuse», mais le mal sera fait (Jean Dumont, L'Eglise au risque de l'histoire, 1981 - books.google.fr).

 

La forêt de Reines pourrait être la forêt de Reins.

 

Après les deux rivières de la Loire et de la Saône, les deux plus considérables qui parcourent le Beaujolais sont le Reins et l'Azergues qui sortent presque du même endroit au—dessous de Poule. La première coule à l'occident et la dernière à l'orient. Le Reins passe à Ranchal, à Saint-Vincent, à Cublise, à Amplepuis, Reigné et Perreux, d'où il se jette dans la Loire. Cette rivière, fertile en truites, a un pont entretenu aux dépens d'un particulier qui, pour ce, est exempt de tailles. Son privilège est bien établi par nombre d'arrêts des cours souveraines. L'Azergues passe dans l'étang de Poule et va de là à Saint-Nizier d'Azergues, à Lamure, à la Folletière, en Allière, à Chamelet, à Létra, à Châtillon d'Azergues, à Chazay d'où elle se jette dans la Saône, un peu au-dessous d'Anse (J.G. Trolieur de la Vaupierre, Histoire du Beaujolais, 1920 - books.google.fr).

 

Le Reins ou Rhins est un ancien Renus fluvius (879), Reno (1882), fluviolus Renus (994) (Ernest Nègre, Toponymie générale de la France, 1990 - books.google.fr).

 

Au sujet de "Herne", dans le patois du Beaujolais "erner" voudrait dire "éreinter" de "rein" organe (du latin renes «reins», pluriel de ren, inusité), ce qui relirait à la rivière Reins.

 

erner (ernô). v. tr. Ereinter en Bresse: — éreinter a remplacé érener, erner, composé avec la particule é et rein. — Furetière, 1690 : «Esrener... quelques-uns disent esreinter». Admis par l'Académie en 1702. ernire (arnire). s. f. Lumbago, douleur dans la région lombaire, méd. — Molard, Dict. : «eureinières» — cf. fr. hernie, hargnieux (Bulletin, Volumes 8 à 9, Société des sciences et arts du Beaujolais, 1907 - books.google.fr).

 

Au sud de Roanne, dans la partie qu'arrose le Reins ou Rhin, devait exister une forêt assez vaste qui n'est plus représentée que par le bois de Fêchier. Son nom est rappelé par celui de Lay que portait une ancienne chàlellenie et qu'emprunta le village de Saint-Symphorien. [...] Les sires de Beaujeu devaient aller chasser dans cette antique forêt, maintenant effacée de la carte, car ils avaient encore au XIIIe siècle une maison de chasse à Pesselay, autre fief de Lay. Tout donne donc à croire que la forêt s'étendait du Reins à un autre petit cours d'eau appelé le Gand (Louis Ferdinand Alfred Maury, Les forêts de la Gaule et de l'ancienne France apercu sur leur histoire, leur topographie et la législation qui les a régies, 1867 - books.google.fr).

 

Le prieuré de Saint-Nizier-Lestra, dans la commune de Quincié où se trouve un château de Varenne, était sous la protection du prieur bénédictin de Charlieu depuis 1428. De sept religieux qui s'y trouvaient habituellement, il n'y avait plus que le sacristain (Revue du Lyonnais, 1898 - books.google.fr).

 

On ne sait rien du reste sur l'époque de sa destruction, qui aurait eu lieu par le feu à en croire le nom actuel de Saint-Nizier-le-Brûlé. Peut-être cette destruction se produisit-elle au cours des guerres qui désolèrent le Beaujolais au XVIe siècle. Quelques-uns même affirment que cette destruction fut commise par les bandes protestantes du baron des Adrets (Revue du Lyonnaise, 1895 - books.google.fr, Adolphe Vachet, Pierre-Hector Coullié, Les paroisses du diocèse de Lyon: archives et antiquités, 1899 - books.google.fr).

 

En l'année 1395 Edouard II de Beaujeu, voulant récompenser les services du sieur de Nagu, son écuyer, lui donna la terre de Varennes à Quincié pour lui et ses descendants. Charles de Bourbon, connétable de France et baron de Beaujolais, fit don le 20 avril 1526 à Hugues de Nagu, écuyer, sieur de Varennes, de la justice haute, moyenne et basse des paroisses de Quincié et de Marchampt, pour l'indemniser des démolitions de ses maisons et châteaux, dommages et intérêts par lui et les siens soufferts, et aussi en considération des services à lui faits. La confiscation des biens du connétable ne permit pas à Hugues de Nagu de jouir de cette donation. Le roi ayant pris possession du Beaujolais, le cardinal de Tournon, son commissaire, vendit la justice haute, moyenne et basse de Quincié, avec clause de rachat, à noble Guillaume Barjot, conseiller, maître d'hôtel de Sa Majesté et sieur de la Pallud [1543]. Mais il en fut privé en 1550 par suite de l'arrestation d'un chanoine, opérée par un des officiers de la prévôté, et la seigneurie fut adjugée au chapitre, à titre de réparation. Néanmoins la transaction de 1560 ayant rétabli les héritiers du connétable en possession de la baronnie du Beaujolais, Louis de Montpensier racheta de Philibert Barjot, maître des requêtes au conseil et fils de Guillaume, la justice haute de Quincié et lui céda la moyenne et la basse, à l'exception du ténement de Varennes, en échange de quelques rentes situées sur les paroisses de Claveysoles, les Sauvages, Corcelles, etc. L'acte en fut passé le 24 novembre 1572 (Ferdinand de La Roche La Carelle, Histoire du Beaujolais et des sires de Beaujeu, 1853 - books.google.fr).

 

Mais le rachat fut fait par M. le duc de Montpensier, dès le 30 juin 1564, des prévôtés et seigneuries de Beaujeu et Varennes, pour les réunir à son domaine de Beaujolais, la revente desquelles seigneuries lui avait été faite par M. Philibert Barjot, seigneur de La Palu, procureur du roi au bailliage de Maçonnais (Mémoires de Louvet: histoire du Beaujolais, manuscrits inédits des XVIIe et XVIIIe siècles, Volume 1, 1903 - books.google.fr).

 

Philibert Barjot, seigneur de Varennes et de Beaujeu (biens qui lui furent légués par son père), y joignit les terres de la Salle et d'Avenas et tous les biens ayant appartenus à Humbert Chapelet et à Jeanne Barjot, son épouse, à charge de à charge de s'appeler Barjot de Chapelet et d'écarteler ses armes de celles des Chapelet. Il était en 1580 lieutenant-général au bailliage de Mâcon et, en 1588, fut désigné comme député du Mâconnais aux Etats de Blois. L'un des plus zélés partisans de Henri IV en Bourgogne, il fut banni par le duc de Mayenne en 1592 et ne recouvra sa charge qu'en 1594 (Hugues A. Desgranges, Nobiliaire du Berry, Tome 2, 1973 - books.google.fr).

 

Philibert Barjot passa au protestantisme et ce fut lui qui conduisit des exilés protestants devant lers portes de Mâcon pour demander leur réintégration le 8 juin 1563 (Lucien Bély, Les affrontements religieux en Europe, 1500-1650, 2009 - books.google.fr).

 

Saint Philibert fut le bénédictin fondateur de l'abbaye de Jumièges et évangélisateur de la région de Saint-Martin de Boscherville.

 

Les Barjot avaient des intérêts dans la mine de Valtorte, ce qui permet de la relier à Varennes (R.-H. Bautier, La mine de Valtorte à Claveisolles, Actes du 98e Congrès national des sociétés savantes: Saint-Étienne, 1973, 1975 - books.google.fr).

 

En 1502, des Allemands, Nicolas Garlschoff, Louis Schindler et un Hollandais, Nicolas van der Sal, découvrirent les gisements de cuivre de Valtorte à Claveizolles, qui furent mis en exploitation, en 1504, par Antoine Gastaud et Claude Barjot de Beaujeu (André Steyert, Nouvelle histoire de Lyon et des provinces de Lyonnais, Forez, Beaujolais, Franc-Lyonnais et Dombes, Tome 2, 1899 - books.google.fr).

 

Pendant les guerres de la Ligue, 20 ans après la mort de Nostradamus, le château de Fougères [cf. quatrain IX,19 si ce ne sont pas les banquiers Fugger] à Poule fut pris à Jean de Chandieu, du parti du roi, et saccagé par François de Nagu partisan de la Ligue (Ferdinand de La Roche La Carelle, Histoire du Beaujolais et des sires de Beaujeu, 1853 - books.google.fr).

 

Fougères, ainsi nommé de la famille des vicomtes d'Oingt du nom de Fougères, que l'on croit issue des Fougères de Poule, maison éteinte en celle de Chandieu. La famille de Chandieu (Dauphiné) était passée au protestantisme et est illustrée par Antoine, ministre et théologien protestant, qui fut un proche du roi Henri IV et un écrivain très connu au XVIe siècle (Ferdinand de La Roche La Carelle, Histoire du Beaujolais et des sires de Beaujeu, Tome II, 1853 - pjpmartin.free.fr).

 

La mine de Valtorte

 

Le duc Jean II de bourbon obtient de Louis XI le droit d’exploiter les mines de vitriol en terre beaujolaise : en fait, c’est la mine de Valtorte en la paroisse et prévotte de Claveisolles qui était visée. L’intérêt de disposer d’une mine de vitriol n’était pas mince car il n’y en avait point d’autre en France. Or cette substance, était indispensable pour faire mordre la teinture sur certains tissus, soieries notamment, dont le roi essayait de développer la fabrication, comme aussi sur les cuirs. On l’utilisait aussi pour la préparation des encres. Elle était généralement importée d’orient ou d’Italie. Le développement de la mine nationale de Valtorte servait donc les intérêts de la politique économique de Louis XI. La propriété du sol de la zone de Valtorte, en pleine montagne entre lamure et Beaujeu, formée de bois, prés et bruyères, appartenait en indivis à un groupe de pairs et consorts. Elle est rachetée par la famille de Malleval. Il se fabriquait alors à claveisolles deux types de vitriol : la couperose ; le rouge-brun. En outre on y tirait l'argent, le cuivre, le plomb et le soufre (http://www.claveisolles.net/historique/historiquemine.htm).

 

L'intérêt de disposer d une mine de vitriol n'était pas mince, car il n'y en avait point d'autre en France ; un document de 1505 le dit expressément : «ladicte mine de victriol... est unique en ce royaume...». [...] Double était le débouché du vitriol : une partie était dirigée sur Roanne, d'où elle pouvait prendre la voie fluviale par la Loire, puisque le compte signale qu'un chargement, porté à Roanne, est destiné à un marchand de Tours - ville de soieries -. La plus grande partie allait vers Lyon en prenant la route jusqu'au port de Belleville, puis en descendant la Saône, et ce rôle de Belleville comme lieu d'expédition des marchandises pondéreuses vers Lyon est pour cette époque incontestablement à souligner ; de Belleville, d'autre part, il pouvait arriver qu'un chargement gagnait Chalon, comme en juin 1512. Exceptionnellement aussi, un envoi se fait sur Lyon en septembre-octobre 1512, via Chessy où la marchandise fut entreposée chez un certain Quanquan. Un envoi enfin est fait sur Villefranche et destiné au marchand Jean de Viry (à un moment où le contrôleur se nomme Jacques de Viry). A partir de 1510, on mentionne régulièrement que les envois sur Lyon sont destinés aux foires en général ou plus précisément aux foires des Rois, de Pâques, d'août ou de Toussaint ou encore qu'il s'agit des envois de Carême ou de l'Ascension. La marchandise était entreposée en l'hôtel de Philibert Chivrot. Le transport par terre et par eau, de Claveisolles à Lyon, revenait, tout compris à 5 sous le quintal. Le coût du transport était donc d'un douzième de la valeur ou environ 8 %. Il nous semble donc évident que l'exploitation des mines de vitriol de Claveisolles et son développement sur une nouvelle base au début du XVIe siècle est à mettre en relation avec le rôle croissant de Lyon et de ses foires (R.-H. Bautier, La mine de Valtorte à Claveisolles, Actes du 98e Congrès national des sociétés savantes: Saint-Étienne, 1973, 1975 - books.google.fr).

 

Les mineurs enfermés dans des galeries poussiéreuses, sèches, mal aérées, meurent étouffés, tuberculeux, les poumons engorgés et rongés par les particules de silice en suspension. Leurs collègues des mines de vitriol, fournisseurs de sulfate de cuivre, employé comme mordant en teinturerie, ou des mines de plomb argentifère sont également constamment menacés (L'Information historique: pour l'enseignement, Volumes 43 à 44, 1981 - books.google.fr).

 

La route directe de Claveisolles à Roanne passe par Saint Vincent de Reins et traverse le Reins et sa supposée forêt. La route directe de Claveisolles à Belleville sur Saône passe par Quincié (Varenne).

 

Le vitriol bleu ou vitriol de Chypre ou pierre bleue est le sulfate de cuivre, par opposition au sulfate de fer ou vitriol de Mars ou vitriol vert.

 

En ancien français (XVIème siècle), herné avec harnois, hernoy, hernois (nom m.) désigne un véhicule attelé (Étienne Hamon, Un chantier flamboyant et son rayonnement: Gisors et les églises du Vexin français, 2008 - books.google.fr).

 

Arner (éreinter, casser les reins) existait dans le vieux français et Ronsard a pu encore dire : « S'ils portent le harnais, Une heure sur le dos, ils ont l'eschine arnée, Et en lieu d'un roussin prennent la haquenée » (Jean-Baptiste Jouancoux, Études pour sevir à un glossaire étymologique du patois Picard, Volume 1, 1880 - books.google.fr).

 

Les transporteurs [du vitriol de Claveisolles] semblent être tous du pays, car les mêmes noms se rencontrent plusieurs fois : Corcelles de Claveisolles, Benoit des Ygaux et les Terriers d'Orval (les Igaux et Orval étant des hameaux voisins), Jean et Martin Martorey, Laurent Châtillon, Guillaume Girson, etc. Normalement un baril constituait la charge d'un cheval, car le 16 avril 1512 il est précisé que 4 barils sont chargés sur 4 juments qui appartiennent chacune à un transporteur Chacun d'eux ne possède d'ailleurs qu'un nombre limité de bêtes, et pour les expéditions importantes on a recours simultanément à plusieurs voituriers qui fournissent chacun de 1 à 4 bêtes. On peut également noter l'emploi de chars à bœufs : le 3 novembre 1511, 10 barils sont transportés en deux masses, les chars étant attelés chacun de deux paires de bœufs. Le char porte donc environ 750 livres de marchandises, ce qui avec les bois représente environ- 500 kg. Il est vraisemblable que quelques envois groupés de 5 à 10 barils ou de plusieurs caques, dont chacune excédait le changement d'une bête, étaient acheminés par ce mode de transport (R.-H. Bautier, La mine de Valtorte à Claveisolles, Actes du 98e Congrès national des sociétés savantes: Saint-Étienne, 1973, 1975 - books.google.fr).

 

La pierre blanche dont parle Maïmonide dans son glossaire Le Livre de l'explication des noms des drogues à l'entrée "zabad al bahr" (écume de mer, traduction de "halkyonion", chez Dioscoride, qui désignait un mélange d'épongés, d'algues et de polypiers rejetés par la mer) est la pierre ponce, que l'on trouve sur le volcan de Sicile, qaïsûr, transcription arabe du grec "kisèris" une des deux espèces de "briques du pieds" (Egypte) avec la noire. "Racloir" (al hakkaka) au Maghreb (Mémoires, Volumes 40 à 42, Institut d'Égypte, Le Caire, 1939 - books.google.fr).

 

pierre ponce : roche d'origine volcanique (lave) composée d'un alumino-silicate double de potassium et de sodium de phase vitreuse ; employée pulvérisée, poudre amorphe utilisée comme matière de charge des peintures et comme poudre abrasive en poudre très fine, la pierre ponce mêlée de graisses (stéarine ou suif) forme une pâte à polir pour les métaux appelée "composition blanche". Synonymes : (Théophraste) kiseris, pierre de Thera (Santorin), (Laguna) pierre éponge, (Avicenne) alazarasfengi, lapis spongiae, (Baytar) fînek, quîchour, (Agricola) spongia, lapis espongie, (Du Pinet) pumex, (Bomare, Thomson) pumex, (Angl.) pumice, pumice stone, (Thomson) lapis vulcani, (Min.) pumicite (Bernard Guineau, Glossaire des matériaux de la couleur et des termes techniques employés dans les: recettes de couleur, 2005 - books.google.fr).

 

La pierre ponce servait à frelater le vert-de-gris, principalement celui de Rhodes. On faisait de même avec l'atramentum sutorium (Histoire naturelle de Pline traduite en françois, Tome Premier, 1778 - books.google.fr).

 

On donne plusieurs compositions pour l'atramentum sutorium.

 

atramentum sutorium : noir des cordonniers, couleur utilisée pour la teinture des cuirs et composé de noir de fumée et d'un mélange d'alun et d'un extrait tannant (sumac) (Bernard Guineau, Glossaire des matériaux de la couleur et des termes techniques employés dans les: recettes de couleur, 2005 - books.google.fr).

 

Le sulfate de fer (le vitriol vert) ou sulfate de cuivre (vitriol bleu) était appelé par les Romains atramentum sutorium ou noir de cordonnier. Les Grecs connaissaient le vitriol bleu, le chalcanthon, littéralement fleur de cuivre. Ces deux produits permettaient de noircir les cuirs, la couleur noire s'obtient par une réaction chimique entre les sulfates et le tanin du cuir; elle est d'autant que la concentration de tanin dans le cuir est élevée. Les sulfates minéraux servaient également à la fabrication des lettres à l'encre sympathique : on rédigeait des textes sur parchemin ou sur feutre à l'aide de solutions tanniques de brou de noix ou de noix de galle délayée. L'écriture s'effaçait en séchant et devenait illisible, il suffisait ensuite de tremper une éponge dans une solution de fleur de cuivre (sulfate de cuivre) et d'en badigeonner le parchemin pour faire apparaître le texte (Martine Leguilloux, Le cuir et la pelleterie à l'époque romaine, 2004 - books.google.fr).

 

Pour les premiers envois, le baril a été estimé grossièrement à 150 livres pesant; par la suite, on a procédé à un pesage et on constate que, net de tare, le poids d'un baril oscille entre 144 et 166 livres, avec une valeur moyenne de 160 livres, celui d'une caque de 290 à 300 livres, le petit « vessiau » étant de 190 livres (ce qui pourrait signifier qu'aux expéditions sans pesage préalable, mais estimées 150 lb, répond une légère fraude sur la déclaration). On peut être également étonné qu'un envoi de 8 barils le 20 juin 1508 ne représente que 7 quintaux et demi, au lieu des 12 et demi attendus ; sans doute est-ce une faute d'écriture : VII au lieu de XII, mais de telles erreurs sont toujours en faveur de l'entrepreneur. Les comptes étaient rendus à l'auditeur à Villefranche, à intervalles inégaux, et l'étaient de façon fort sommaire et non sans erreurs de calculs. Au surplus, le contrôleur de la mine était Jacques de Viry, fils de l'ancien associé du fermier; et, autre hasard, celui qui achète le dixième du droit ducal à un prix qui nous semble bien faible était frère de l'autre associé. La comptabilité devient progressivement plus détaillée, indiquant souvent les noms des transporteurs, les modes de transport et la destination, quelquefois aussi les noms des personnes qui avaient assisté au pesage: cette opération se déroulait en présence du contrôleur ducal, d'un des associés et de deux ou trois autres notables, parfois d'un notaire (R.-H. Bautier, La mine de Valtorte à Claveisolles, Actes du 98e Congrès national des sociétés savantes: Saint-Étienne, 1973, 1975 - books.google.fr).

 

Il existe une autre Pierre Blanche à Chasselay, près de Lyon, ainsi qu'un Varenne dans une commune à côté, au nord, Quincieux. Chasselay et Quincieux sont au bord de la Saône entre Villefranche et Lyon sur la route fluviale du vitriol bleu de la mine de Valtorte.

 

"Esleu cap. ou le capitaine Poncenat

 

Parmi les lieutenants du baron des Adrets, on compte le capitaine Poncenat.

 

François de Boucé, seigneur de Poncenat (vers 1523-1568) a été confondu, à tort, avec Jean Borel, seigneur de Ponçonas. Il est fils de Nicolas de Boucé et de Catherine Leclerc de la Forest, fille de Pierre Leclerc, baron de la Forest-le-Roy et de Claude de Pisseleu tante d'Anne maîtresse de François Ier, duchesse d'Etampes et épouse de Jean de Brosse dit de Bretagne issu des barons d'Huriel. Catherine Le Clerc avait épousé en premières noces Antoine de l'Espinasse et avait eu Martin frère utérin des Boucé. Celui-ci donné sa terre de Lespinasse à Anne de Pisseleu, puis entra dans les ordres et devint abbé du Mont Saint Rigaud dans le Haut-Beaujolais, près de Claveisolles, Poule, à Monsols. François de Boucé se maria le 13 juin 1556 avec Françoise du Mayne du Bourg, fille de Jean du Mayne, baron du Bourg, et de Marguerite de Montceaux. Il embrassa la religion calviniste, comme son frère cadet Charles, prieur d'Ambierle. Les Poncenat, du nom d'une terre de Montaigu-le-Blin, descendaient des Châtel-Montagne eux-mêmes issus avec les seigneurs de Châtelperron des Centabern de Saône-et-Loire. Fort de ses convictions religieuses, il se mit au service de Louis Ier de Bourbon, prince de Condé et se distingua au siège de Lyon en avril 1562 et en Forez devant Feurs, Montbrison, Paray-le-Monial. Il devint ainsi gouverneur de Mâcon et, jusqu'à la paix d'Amboise signée en 1563, se livra à maints pillages et meurtres dans cette région. Il effectuait des pauses dans son château de Changy près de La Pacaudière (Ferdinand de La Roche La Carelle, Histoire du Beaujolais et des sires de Beaujeu, 1853 - books.google.fr).

 

Haut et puissant seigneur François de Boucé, écuyer, seigneur de Changy, Poncenat et baron de Lespinasse en Bourbonnais, appartenait à cette légion de gentilshommes qui versèrent dans le protestantisme, à la suite de Condé, vers 1560. L'on ne sait rien sur les motifs de cette conversion, et c'est une hypothèse en désaccord avec les faits que présente à ce sujet M. Morand. D'après lui, François de Boucé et son frère Charles, prieur d'Ambierle, auraient l'un et l'autre changé de religion sur les instances d'Anne de Pisseleu, leur cousine, et pour obtenir d'elle la terre de Changy, que lui avait jadis reconnue le baron Marc de Lespinasse, leur frère utérin. Nous serions ainsi en présence de gens convertis par l'appât de biens matériels ? Peut-être : ils allaient spolier tant d'églises ! Mais si les de Boucé recouvrèrent une partie des biens que Lespinasse avait dû céder à la duchesse d'Étampes en 1529, ce fut des années après leur évolution religieuse et à la suite d'un procès, qui n'était pas encore terminé au mois de juillet 1565 (Victor Carrière, Gabriel Morand, Le capitaine Poncenat. Épisodes des guerres de Religion en Bourbonnais, de 1562 à 1568. In: Revue d'histoire de l'Église de France, tome 5, n°25, 1914 - www.persee.fr).

 

Boucé veut dire bois, forêt, bosquet (Recueil de voyages et de memoires, publié par la Société de Géographie, Volume 1, 1824 - books.google.fr).

 

Varennes sur Allier est contiguë à Montaigut le Blin et à Boucé. Ces communes avec La Pacaudière se trouvent sur la Nationale 7.

 

L'abbaye bénédictine d'Ambierle est abaissée au rang de prieuré en 1101 par Saint-Hugues (sixième abbé de Cluny) comme l'abbaye de Charlieu l'avait été. L'établissement est ainsi dirigé, à partir du XVIe siècle, par des prieurs commendataires de moins en moins résidents, et des sous-prieurs ou prieurs claustraux. En 1538 c'est Charles de Boucé qui est nommé prieur (fr.geneawiki.com - Ambierle).

 

Charles de Boucé, prieur de Saint-Martin d'Ambierle, est accusé d'avoir profané les autels de son monastère, vendu les vases sacrés, fait prêcher des ministres à Ambierle, Changy et Roanne (Gabriel Morand, Le capitaine Poncenat: Épisodes des guerres de religion en Bourbonnais de 1562 à 1568, 1912 - books.google.fr).

 

Le baron des Adrets se faisait nommer "colonel des légions du Dauphiné, Provence, Lyonnais et Auvergne, élu général en chef des compagnies assemblées pour le service de Dieu, la delivrance du Roi et de la Reine sa mere, etc." (Théodore Bèze, Correspondance. Tome IV, 1562-1563, 1965 - books.google.fr).

 

A l'occasion de la mort du maréchal de saint André en 1562 à la bataille de Dreux Estienne du Tronchet envoie une lettre de condoléance à monsieur de Montrond, neveu du premier, où il compare les temps de guerre de l'époque aux tempêtes. Le baron des Adrets sera comparé à une tempête par Brantôme (vers 1540-1614) (Vies des hommes illustres, posthume) qui trouva une de ses sources chez Guillaume Paradin, qui parle déjà de la tempête comme métaphore des guerres civiles (Mémoires de l'histoire de Lyon, 1573), par Joseph de la Pise, historiographe protestant du prince d'Orange (1639) (Estienne Du Tronchet, Lettres missiues et familieres d'Estienne Du Tronchet, secretaire de la royne mere du roy, 1569 - books.google.fr).

 

"De nuit par la forest..." ne porterait pas sur la mine de Valtorte - un trafic de nuit - mais sur les troupes du baron des Adrets qui faisaient des coups de mains la nuit, en particulier la prise de Lyon. Le 1er mars 1562 à Wassy (Haute-Marne) des protestants sont massacrés. Le parti protestant lyonnais fait appel aux troupes armées dauphinoises de François de Beaumont, Baron des Adrets (1512-1587), récemment converti au protestantisme, pour assurer le contrôle de la cité. Dans la nuit du 29 au 30 avril 1562, l’Hôtel de ville est pris d’assaut, et sont occupées la place du Change et la rue Saint-Jean ; le lieutenant-général du Roi doit s’enfuir ainsi que plusieurs seigneurs catholiques et les chanoines (les comtes) de Saint-Jean de Lyon (Joseph-Etienne Minjollat de la Porte, Histoire de l'Aubépin en Jarez (Forez) aujourd'hui paroisse de l'Aubépin, diocèse de Lyon, 1874 - books.google.fr, museedudiocesedelyon.com).

 

Conversion du "moine noir" ou travestissement ?

 

Voici une autre proposition qui a l'avantage de se situer dans la même région.

 

Dès une haute antiquité, en qualité de premier suffragant, l'évêque d'Autun avait le privilège d'administrer au spirituel et au temporel l'église métropolitaine de Lyon pendant la vacance. L'archevêque jouissait des mêmes avantages sur le diocèse d'Autun, sede vacante, à l'exception du temporel dont les revenus, depuis une ordonnance de Philippe-le-Long, de 1320, devaient retourner au domaine royal (Hippolyte Abord, Histoire de la Réforme et de la Ligue dans la ville d'Autun, Volume 1, 1855 - books.google.fr).

 

L'évêque d'Autun, "qui était alors Pierre de Marcilly, envoyait des émissaires à Lyon à cette fin. Mais huit jours après le décès de Tournon, le 30 avril 1562, les bandes au service des réformés s'emparaient de Lyon, pillaient les églises, détruisaient les maisons du cloître Saint Jean et chassaient tout le Clergé de la ville. Pendant près de deux ans se joua entre le chapitre de Lyon, qui avait pris l'administration de l'Archevêché, mais avait fui son cloître, l'évêque d'Autun qui prétendait à la régale et dont l'un des émissaires était obligé de se déguiser en soldat de la Réforme pour pénétrer dans la ville, le général des finances qui avait saisi les revenus de l'Archevêché, et le délégué du Cardinal de Ferrare qui ne se décida à venir à Lyon qu'en 1564, une vaste comédie. Comme les Protestants occupaient la ville, les péripéties de l'aventure se déroulent un peu partout : A Vaugneray, puis Montbrison et Saint-Rambert-sur-Loire, où s'était réfugié le Chapitre ; à Ouroux, Varennes, Quincié et Villefranche où les gens de l'évêque d'Autun attendaient de pouvoir pénétrer à Lyon et couraient après quelques chanoines dispersés ; à Trévoux où l'on avait transféré le siège de l'Archevêché ; et à Lyon enfin où certains ecclésiastiques n'avaient pas craint de rester et où étaient demeurés la plupart des officiers laïcs de l'Archevêché" (Revue des études italiennes, Volume 5, Union intellectuelle franco-italienne, 1958 - books.google.fr).

 

Pierre De Marcilly était fils de Blaise de Marcilly de Cipierre et d'Alix de Saint-Amour, et frère de Philippe de Cipierre, gouverneur du duc d'Orléans, plus tard Charles IX. Prieur de Saint-Symphorien-lez-Autun, abbé de Mortemer, chanoine et chantre de la cathédrale d'Autun, il succéda à Philibert d'Ugny sur le siège de cette ville et en prit possession par procureur le 28 juin 1558. Il mourut le 16 août 1572 en son château de Lucenay-l'Evêque (Revue héraldique, historique et nobiliaire, Volume 5, 1867 - books.google.fr).

 

Jacques Charvot partit le 5 mai, avant-veille de la célébration de la Cène, accompagné de Philibert Deschasaulx, bailli de l'évêque, de Simon Barbotte, son greffier, et de Jean Serrurier. Arrivé le lendemain à Saint-Antoine-d'Ouroux, village situé à environ douze lieues de Lyon, il fut averti, comme il le dit dans un procès-verbal, que la ville avait été surprise par les partisans de la nouvelle religion. [...] Il apprit également que le sieur de Nagu-Varennes, l'un de ces chanoines, était arrivé à Varennes près Beaujeu. Le 7 mai, Charvot se rendit auprès de lui avec Deschasaulx et Barbotte, et lui fit part de sa mission, en le priant de lui indiquer en quel lieu il pourrait trouver ses confrères afin de leur faire semblable communication. Le chanoine répondit qu'il serait difficile d'en réunir un certain nombre à Lyon ou au dehors, « à cause des grands troubles, ruines, calamités et malheureux actes advenus pour le fait de la Religion; que les chanoines de Saint-Jean avoient été ruinés, pillés, saccagés, mis en fuite et dispersés de tous côtés. » Il ajouta que quant à Charvot, il lui serait impossible d'entrer dans la ville, « vu sa qualité et son état, et qu'il ne feroit pas sagement de passer outre, pour le danger qui lui en pouvoit advenir. » Le vicaire-général se prévalant de la nécessité d'exécuter sa commission, Nagu lui dit qu'il ne trouvait nullement cette démarche étrange; « qu'il étoit bien joyeux de ce qui arrivoit à l'évêque d'Autun, et qu'il étoit seulement marri que les choses ne lui succédassent point comme il le désiroit. » Les députés de Marcilly se rendirent alors à Villefranche, où ils connurent avec plus de détails la situation de la ville et l'impossibilité d'en approcher. Cependant, le 8 mai, Serrurier, afin de s'assurer par lui-même de l'état des choses, trouva le moyen d'y pénétrer habillé en soldat et feignant d'être de la religion nouvelle. Il revint dans la soirée, affirmant qu'on n'avait rien exagéré. Charvot prit le parti de déléguer Serrurier pour poursuivre l'affaire par les moyens dont il pourrait disposer (Hippolyte Abord, Histoire de la Réforme et de la Ligue dans la ville d'Autun, Volume 1, 1855 - books.google.fr).

 

Jean Serrurier, argentier ou trésorier de l'évêque de Marcilly, qui prit une part active à cette affaire de la régale, ne nous est connu que par sa correspondance, conservée aux archives de l'évêché; tout ce qu'on sait de lui, c'est qu'il succéda, le 13 septembre 1566, au chanoine Adam Chiquet, dans la cure de Saint-Quentin (Hippolyte Abord, Histoire de la Réforme et de la Ligue dans la ville d'Autun, Volume 1, 1855 - books.google.fr).

 

Cependant on ne sait si l'émissaire de l'évêque d'Autun était bénédictin (moine noir). Pour relier Jean Serrurier aux bénédictins, on s'attardera sur son nom.

 

Je crois que St-Symphorien à Paris était bien l'ancienne prison romaine, et que St-Denis-de-la-Châtre a dû son surnom à sa proximité du carcer Glaucini : une fois dénommée « de la Châtre », cette église St-Denis devait être tenue à la longue pour le local où le Saint avait été incarcéré. Avant d'être consacré à s. Symphorien, l'édifice carré romain dont il s'agit l'avait été à ste Catherine (Berty, dans Rev. arch., 1860, II, 384) : ste Catherine, comme s. Denis, avait été jetée en prison et comme à s. Denis, le Christ lui était apparu, pour la conforter, dans son cachot. Les serruriers au XVe s. se réunissaient à St-Symphorien (Berty, op. l., p. 386), parce que, travaillant pour les geôles, ils n'avaient pas cru trouver une église plus convenable pour leurs réunions que celle-là, qui était une ancienne prison. — St-Symphorien-en-la-Cité dura jusqu'en 1698, où cette petite paroisse fut réunie à l'église toute proche de la Madeleine-en-l'Ile (Sauval., I, 344 ; LC, II, 503 ; Bournon, p. 170 ; Rochegude, p. 40 ; Brév. de Ph. le B., p. 95). Une chapelle de s. Symphorien avait été construite, à l'abbaye St-Vincent-Ste-Croix (plus tard St-Germain-des-Prés), contre le flanc méridional de l'abbatiale, par s. Droctovée, premier abbé de ce monastère, et l'év. de Paris, s. Germain, avait voulu y être enterré. Germain avait fait venir Droctovée d'Autun, où celui-ci était abbé de St-Symphorien. Le dévotion du Saint d'Autun a donc été introduite à Paris par un Autunois (LC, III, 9 ; Bournon, p. 237 ; Rég. du bourg St-G., p. 100 et 113 ; Rochegude, p. 543) (Paul Perdrizet, Le Calendrier parisien a la fin du Moyen age d'apres le Breviaire et les livres d'heures, 1933 - books.google.fr).

 

L'union introduite à Saint-Jean-de-Latran par Grégoire le Grand servit de modèle à Syagrius et à Brunehilde dans l'organisation de l'église d'Autun. Les Bénédictins de Saint-Martin étaient unis aux clercs réguliers de Saint-Symphorien, chargés du service de la Cathédrale; la liturgie des deux abbayes était commune. Un missel servant à toutes deux au VIIe siècle, dit que saint Martin était le père des moines de Saint-Symphorien. [...] Dans un concile tenu à Autun, vers 663, saint Léger astreignit les clercs réguliers de Saint-Symphorien à une clôture plus sévère et les éloigna du service de la Cathédrale dont ils avaient été chargés jusque-là (Jacques G. Bulliot, Essai historique sur l'Abbaye de Saint-Martin d'Autun de l'ordre de Saint-Benoit: Par J.-Gabriel Bulliot, Volume 1, 1849 - books.google.fr).

 

"serrurier" est le nom donné en Provence (sarralhier) et en Côte-d'Or (Châtillonnais) à la mésange charbonnière, ailleurs elle peut s'appeler petit-moine, moinoton, nonnette.

 

La charbonnière a sur la tête une espèce de capuchon d'un noir brillant et lustré qui, devant et derrière, descend à moitié du cou, et a, de chaque côté, une grande tache blanche presque triangulaire ; du bas de ce capuchon, pardevant, sort une bande poire, longue et étroite, qui parcourt le milieu de la poitrine et du ventre, et s'étend jusqu'à l'extrémité des couvertures inférieures de la queue; celles-ci sont blanches, ainsi que le bas ventre ; le reste du dessous du corps, jusqu'au noir de la gorge, est d'un jaune tendre. [...] Le chant ordinaire du mâle, celui qu'il conserve toute l'année , et qu'il fait entendre sur-tout la veille des jours de pluie, ressemble au grincement d'une lime ou d'un verrou, et lui a valu, dit-on , le nom de serrurier; mais au printems il prend une autre modulation, et devient si agréable et si varié, qu'on ne croiroit pas qu'il vint du même oiseau (Georges-Louis Leclerc de Buffon, Histoire naturelle, Volume 23, 1787 - books.google.fr, S. J. Honnorat, Dictionnaire Provençal-Français, ou Dictionnaire de la Langue d'Oc, ancienne et moderne, suivi d'un vocabulaire Français-Provençal, Volume 2, 1847 - books.google.fr).

 

En rapport aux oiseaux, "voltore" en ancien français désigne le vautour dont Dom Pernéty gratifie d'une pierre blanche (article "Quandros") dans la tête, ayant la propriété de faire venir le lait aux femmes (Antoine Joseph Pernety, Dictionnaire mytho-hermétique, 1758 - books.google.fr).

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