Montmorency et Joyeuse

Montmorency et Joyeuse

 

IX, 80

 

2162-2163

 

Le Duc voudra les siens exterminer,

Enuoyera les plus forts lieux estranges,

Par tyrannie Bize & Luc ruiner,

Puy les Barbares sans vin feront vendanges.

 

La Ligue

 

La scène se situerait pendant les guerres de la Ligue catholique reformée en 1585.

 

Un programme général de la Ligue, à partir de groupements picards, est alors établi en novembre 1576, comprenant douze articles, dans lesquels les ligueurs se veulent de bons et loyaux sujets du roi de France Henri III, du moment que ce dernier défend avec opiniâtreté l’Église catholique romaine. Les ligues et associations sont dissoutes après la paix de Bergerac du 14 septembre 1577, confirmée le 17 par l'Édit de Poitiers, qui accorde droit de culte aux réformés dans les faubourgs des villes, ainsi que huit places de sûreté. Après la mort du duc d'Alençon, frère du roi et héritier de la couronne, Henri de Guise réactive et prend le commandement d'une nouvelle Ligue, qui publie sa proclamation le 31 mars 1585 à Péronne, où elle déclare vouloir rétablir la religion unique, soustraire le roi à l'emprise de ses favoris, et l'obliger à faire appel régulièrement aux états généraux (fr.wikipedia.org - Ligue catholique (France)).

 

Le "Duc"

 

Henri Ier de Montmorency, duc de Montmorency, né le 15 juin 1534 à Chantilly et mort le 2 avril 1614 à Pézenas, est un noble français, deuxième fils du connétable Anne de Montmorency et de Madeleine de Savoie. Il est connétable de France et gouverneur du Languedoc pendant cinquante et un ans. Après le massacre de la Saint-Barthélemy et devant la mainmise du pouvoir par le parti ultra-catholique, il se rapproche politiquement, et conjointement avec ses frères, des protestants. Après l'arrestation de François de Montmorency le 5 mai 1574, il fait alliance avec les protestants du Languedoc. Il est protégé par sa garde albanaise. Lorsque le roi Henri III demande sa soumission, il refuse, et prend l’offensive : prise de Saint-Gilles, Aigues-Mortes (12 janvier 1574). En 1576, il rejoint le parti du roi, contre la promesse d’obtenir le marquisat de Saluces en Italie. Montpellier se soulève alors contre cette trahison, et il l’assiège en 1576-1577. À la mort de son frère François en 1579, il devient duc de Montmorency, comte de Dammartin et d'Alais, baron de Châteaubriant, seigneur de Chantilly et d'Écouen. Par méfiance du roi, il reste éloigné de la cour de France et continue de résider en Languedoc où il fait construire son château de la Grange-des-Prés à Pézenas.

 

Plus tard, il devient l'un des chefs du parti des Politiques, opposé à la Ligue et à l'influence espagnole. Il combat ainsi avec le protestant Henri de Navarre. Devenu roi sous le nom d'Henri IV, celui-ci le nomme connétable de France en 1593 (fr.wikipedia.org - Henri Ier de Montmorency).

 

"Bize" & "Luc" : guerres de la Ligue

 

On ne lira pas Pise et Lucques mais bien Bize et Luc, villes de la région de Narbonne, aujourd'hui dans le département de l'Aude. Luc-sur-Orbieu ou Luc-sur-Aude ?

 

La Ligue se reconstituait, après le traité de Joinville signé avec l'Espagne le 31 décembre 1584, pour faire appliquer «la loi fondamentale supérieure et antérieure à la loi salique». qui prétendait que le roi devait être nécessairement catholique. Narbonne qui jusque-là, même au plus fort des précédentes crises, n'avait jamais vraiment rompu les relations avec le duc, se prononça franchement à la suite du maréchal de Joyeuse pour la Ligue, durcit sa position et abandonna tout esprit de composition. […]

 

Les Ligueurs, forts du soutien de Philippe II et sûrs de pouvoir compter sur celui du nouveau pape Sixte Quint, accentuent leur pression. Le 7 juillet 1585, l'édit de Nemours portait que le catholicisme serait la seule religion admise dans le royaume. Le 9 septembre une bulle de Sixte Quint prononçait la déchéance du roi de Navarre au trône. Montmorency retombait une nouvelle fois en disgrâce, se voyait retirer tout pouvoir de commander en Languedoc et interdire l'entrée de Narbonne. Henri de Navarre et les protestants ne pouvaient accepter ce traité ainsi que les conséquences qui en découlaient. Damville annonça ouvertement ses intentions à la fin des États réunis à Béziers où il avait plaidé la fidélité au roi et le refus de soutenir la Ligue : «l'orage de la guerre va infailliblement tomber sur la province de Languedoc». […]

 

Le Narbonnais est seulement agité en 1562 par l'armée qu'assemble le vicomte de Joyeuse pour aller déloger Jacques de Crussol qui s'était avancé jusqu'à Lespignan. Les luttes entre catholiques et protestants qui se déroulent à Limoux et dans le diocèse d'Alet, dans la Montagne Noire, en Lauragais, ne s'étendent pas. Narbonne n'en subit que des gênes indirectes ; pour le transport des marchandises. Il faut attendre 1570, la chevauchée des troupes huguenotes conduites par l'amiral de Coligny et Montmorency à travers le Languedoc, pour que le Narbonnais connaisse les premières destructions. Elles sont légères car la troupe passe vite. Une expédition à la recherche du ravitaillement ici, comme dans les Corbières, une métairie isolée ou un moulin détruit là, comme celui de Saint-Nazaire qui appartenait à l'abbaye de Fontfroide ; le mal n'est pas trop grave. L'agitation et les combats se rapprochent en 1573. Le Narbonnais connaît les premiers engagements sérieux. Montlaur est prise, les religionnaires sont très présents dans les Corbières, s'emparent de Bize le 24 décembre 1573. Ils restent maîtres de la place de longs mois. Le baron de Fourquevaux échoue à les déloger. De là, ils multiplient les sorties, «courent près de Narbonne pour empêcher la récolte», parviennent même à pénétrer dans Cuxac et à s'y maintenir. Le danger est aux portes de Narbonne. Car début mars 1574 des compagnies de soldats traversent l'Aude, viennent s'établir à Coursan et Vinassan où ils tuent le bétail à laine et commettent mille exactions. L'inquiétude est réelle à Narbonne qui mobilise pour placer des garnisons dans les villages et prévenir l'avancée des ennemis ; sans grande efficacité car ceux qui tiennent Bize et Cuxac sortent à peu près comme ils l'entendent, perpètrent des «meurtres et massacres de gens catholiques». Narbonne vit quelques mois d'alarmes permanentes, dans la hantise d'une attaque par surprise ou d'une conquête par traîtrise. […]

 

Pendant une dizaine d'années, la chronique retient quelques faits d'armes. Mais le Narbonnais traverse sans trop de dommages la première phase des guerres de religion, jusqu'en 1585 où le duc de Montmorency est traité «d'ennemi juré de la ville». […]

 

Jusqu'en 1585, les blessures encore pas trop profondes sont donc limitées géographiquement et dans le temps. Les campagnes peuvent reprendre leur souffle. Le commerce terrestre subit quelques désagréments autour de Narbonne. Mais les bêtes de somme et les charrettes passent d'habitude sans encombre. […]

 

1585 marque un tournant. Le pays ne jouissait pas d'une paix parfaite dans les mois qui précèdent. […]

 

Ce n'est pas en Languedoc que se jouent les premiers rôles ni que se décide le sort de la guerre. L'action se déroule sur deux scènes : le cône largement ouvert au nord de Narbonne, la principale, et la mer, en contrepoint ; en deux phases d'opérations, 1585-86 et 1589-92, où le pays subit la soldatesque et les ravages, entrecoupées d'une période de relative accalmie. La guerre s'achève en Languedoc plus tôt qu'en d'autres régions voisines. Les coups du sort qui s'abattent sur la famille de Joyeuse précipitent leur défaite et la fin des hostilités. […]

 

Montmorency masse des troupes et prend l'offensive à la mi-décembre. Villespassans, Agel, Aigues-Vives, Bize, Mirepeisset, Saint-Marcel, Sallèles bientôt, ne tiennent pas longtemps face au canon. La résistance n'est pas acharnée. Les garnisons mises en place pour éviter la prise des villages sont de véritables fléaux. […]

 

Les péripéties de cette curieuse campagne mettent à nu les faiblesses de ces tigres de papier quasiment impotents que sont alors le duc de Montmorency et le maréchal de Joyeuse. Celui-ci, qui était à Narbonne au moment de l'avancée du duc, n'avait-il rien essayé de faire ? Encore fallut-il qu'il puisse. Non seulement les Narbonnais essayaient de négocier avec Montmorency et s'apprêtaient à payer cher pour qu'il arrête la destruction de la paissière de Sallèles, mais ils se 'mutinent' contre Joyeuse. Il ne faut pas prendre l'expression de Gaches, toujours prêt à insister sur les difficultés internes des catholiques, au pied de la lettre. La tension n'en fut pas moins réelle entre le maréchal qui désapprouvait les avances faites à son adversaire et la ville. […]

 

La récolte 1586 tint ses promesses et fut excellente, mettant fin à la segmentation du marché et à l'exaspération des situations locales. […]

 

Le début de l'été s'annonçait sous de meilleurs auspices. La guerre semblait devoir s'éloigner. Le maréchal de Joyeuse qui s'était porté au mois de mars sur les villages du nord de Narbonne occupés au début de l'hiver par Montmorency, lançait une offensive ensuite en direction du Biterrois. Il tint quelques semaines Cessenon. Montmorency avait mieux à faire ailleurs il est vrai. Il bataillait en mars-avril du côté d'Avignon. […]

 

Le début de l'année 1587 ramène Montmorency dans le nord du Narbonnais malgré les pluies diluviennes qui s'abattent en décembre et janvier. Le scénario déjà tant de fois répété se renouvelle : les villages excédés par les troupes mises par la Ligue ouvrent leurs portes. Mais le duc ne reste pas et repart vers le Languedoc oriental. Ces opérations étaient davantage destinées à impressionner l'adversaire et à l'obliger à immobiliser ses forces qu'à prendre un avantage. [...] Vaille que vaille, la trêve dura toute l'année 1588. […]

 

1589 ramène la guerre plus dure qu'elle n'a jamais été. L'avantage des forces a changé cependant. Le maréchal de Joyeuse apparaît en position beaucoup moins favorable par rapport à son adversaire que trois ans auparavant. […]

 

La non-reconduction de l'aide espagnole, la mort d'Antoine Scipion de Joyeuse à Villemur qui intervient quelques mois après la disparition du vieux maréchal son père, ont focalisé l'attention sur l'année 1592. Philippe II aux prises avec un soulèvement en Aragon refuse que de nouvelles troupes passent les Pyrénées, abandonnant ainsi Joyeuse et les catholiques du Languedoc à leur sort et précipitant leur défaite. Philippe II tirait les conséquences d'expéditions peu fructueuses. Joyeuse n'avait jamais su utiliser correctement ses troupes, réussir l'amalgame entre les contingents et ses hommes, saisir sa chance pour reprendre avantage (Gilbert Larguier, Chapitre VIII. Narbonne ligueuse les troubles de religion en Narbonnais In : Le drap et le grain en Languedoc : Narbonne et Narbonnais 1300-1789, 1999 - books.openedition.org).

 

"les siens exterminer"

 

Le duc manda à Beziers le 11. de Décembre 1586 dans le palais épiscopal, où il logeoit, les officiers du siége présidial de cette ville, à qui il fit jurer l'observation de l'édit de pacification de l'an 1577. et renoncer aux édits nouvellement publiés. La plûpart firent dabord difficulté: mais il leur parla avec tant de fermeté, qu'ils furent obligés d'obéir. Le lendemain il fit prendre les devans à son armée composée de huit mille arquebusiers et cinq cens chevaux, et l'envoya dans le diocèse de Narbonne, où il n'y avoit que les lieux de Quarante, de Cruzzi et d'Argeliers, qui fussent soumis à son autorité. ll suivit lui-même cinq jours après, et laissa à Beziers Jacques de Spondeillan pour y commander en qualité de gouverneur. Il dit, en montant à cheval, revêtu d'une casaque noire chargée d'une croix blanche semée de fleurs de lys dor, en présence de la duchesse sa femme :

 

Ceci sera la fin de la maison de Montmorenci, ou la victoire contre ses ennemis.

 

Il avoit dabord dessein d'aller assiéger Castelnaudarri et de s'aboucher ensuite avec le roi de Navarre, qui s'étoit rendu à Montauban le 20. de Décembre : mais il s'arrêta aux environs de l'Aude, et reçut à Quarante la soumission de plusieurs villages des environs : il alla ensuite à S. Nazaire, où il commença aussitôt à faire travailler pour détourner la robine, ou le bras de la riviere d'Aude qui passe à Narbonne. Le maréchal de Joyeuse, qui étoit renfermé dans cette ville, ct qui avoit eu la précaution de fortifier tous les villages voisins, de les garnir de troupes, et d'enlever tous les vivres, ne cessa de harceler l'armée du duc; en sorte qu'il se passa entr'eux plusieurs escarmouches fort vives. Le duc soumit néantmoins S. Marcel, Villes-passans, Montjoire, Agel, Maillac, Aigues-vives, Mirepeisset, Bize, et plusieurs autres lieux des diocèses de Narbonne et de saint Pons; après quoi il tourna vers le Minervois, dans l'espérance dy trouver plus aisément de quoi subsister. Il commença le 2. de Janvier de l'an 1586. le siége de Pepieux, qui se rendit par composition quatre jours après. ll prit aussi Peyriac, Trousse, et quelques autres lieux du païs : mais voyant que l'hyver étoit extrêmement rude, et que les vivres devenoient rares, par la précaution que les païsans avoient prise de les retirer dans les places fortes, il décampa, distribua son armée en différens quartiers, et se rendit le 8. de Janvier à Beziers, où le comte de Châtillon le joignit. Il laissa le régiment de Montbazen dans le Minervois, pour conserver ses conquêtes, et envoya ceux de Perraut et de Lecques vers Nismes, pour assurer cette ville contre les ligueurs qui avoient entrepris de la surprendre, par une intelligence qu'ils y avoient pratiquée et qui manqua. Il envoya aussi quelques troupes vers le Pont S. Esprit pour réprimer les courses des Corses qui y étoient en garnison (Histoire générale de Languedoc, avec des notes et les pièces justificatives, Tome 9, 1845 - books.google.fr).

 

En 1587, c'est encore Bize qui supporte le poids des hostilités. Joyeuse l'attaque ; un pétard force la porte ; des canons amenés de Narbonne battent la citadelle, qui, le 8 Mai, se rend à composition. En 1590, Joyeuse envahit la vallée de la Cesse avec une nombreuse armée : deux régiments d'infanterie, trois cents maitres et six mille lansquenets. Il prend sans désemparer Argeliers, Quarante, Cruzy, Montouliers, Agel, Aigues-Vives, Aigne, La Caunette, Siran, La Livinière, Beaufort et Olonzac qui se rendent toutes à composition, sans combattre. Bize, malgré l'importance de sa garnison, ne tint que quelques jours (Cahiers d'historie et d'archéologie, Numéros 29 à 39, 1935 - books.google.fr).

 

Luc sur Aude et Couiza

 

En 1231, lors de la croisade des Albigeois, le pays de Couiza est donné à Pierre de Voisins qui va construire son château à Arques. Il faut attendre le mariage en 1518 de la dernière héritière des Voisins, Françoise, avec Jean de Joyeuse (pair et chambrier nommé par François Ier, gouverneur de Narbonne et lieutenant général en Languedoc), pour qu’à son initiative fut entrepris, entre 1540 et 1550, la construction du château. Les travaux furent par la suite poursuivis par son fils, Guillaume de Joyeuse (1520-1592), lui-même évêque d’Alet, puis lieutenant général en 1561 (fr.wikipedia.org - Château des ducs de Joyeuse).

 

La commune de Couiza est juste au sud de Luc sur Aude (fr.wikipedia.org - Luc-sur-Aude).

 

"tyran" : Guillaume de Joyeuse

 

Guillaume II de Joyeuse (1520-1592), vicomte de Joyeuse, est un maréchal de France du XVIe siècle.

 

Pendant les guerres de religion, il exerce la fonction de lieutenant général du Languedoc et s'opposa à de nombreuses reprises contre son gouverneur Henri de Montmorency-Damville. Il est le père d'Anne de Joyeuse, principal favori du roi Henri III.  Il mourut fort âgé ayant vu mourir avant lui quatre de ses fils, en janvier 1592, au château de Couiza, d'après Pierre de Vaissière (Messieurs de Joyeuse) (fr.wikipedia.org - Guillaume de Joyeuse).

 

Henri de Joyeuse, fils du précédent, duc de Joyeuse, comte du Bouchage, né à Toulouse le 21 septembre 1563 et mort le 28 septembre 1608 à Rivoli en Italie, est un prêtre capucin français, nommé en religion Père Ange, mais aussi lieutenant général du Languedoc puis Maréchal de France en 1595 (fr.wikipedia.org - Henri de Joyeuse).

 

Il est l'un des "deux petits tyrans" de la Ligue selon la qualification de Louis Maimbourg (Louís Maimbourg, Histoire de la Ligue, 1683 - books.google.fr, Claude-Bernard Petitot, Collection complete des memoirs relatifs a l'histoire de France, depuis le regne de Philippe Auguste, Tome 46, 1825 - books.google.fr).

 

En octobre 1589, le maréchal Guillaume de Joyeuse aurait été accusé de vouloir livrer la ville de Toulouse au roi de Navarre par le Provincial des Minimes en chaire. Il l'aurait traité de "tiran" (Jean Raynal, Histoire de la ville de Toulouse, 1759 - books.google.fr, Histoire générale de Languedoc, avec des notes et les pièces justificatives: composée sur les auteurs et les titres originaux, et enrichie de divers monumens, Tome 9, 1845 - books.google.fr).

 

"Envoyera" : mariage d’un Hautefort et d’une Lestrange ?

 

Jésus disait en paraboles : Le Royaume des cieux est comparable à un roi qui célébrait les noces de son fils. Il envoya ses serviteurs pour appeler à la noce les invités, mais ceux-ci ne voulaient pas venir (Thomas Scott, Le saint Evangile de Notre Seigneur Jésus-Christ, selon Saint Matthieu, 1828 - books.google.fr).

 

Jean de Saint Chamond, frère cadet de Saint-Chamond, un des ennemis les plus féroces des Huguenots, occupait le siège archiépiscopal d'Aix depuis une dizaine d'années, lorsque, le jour de Noël 1567, étant monté en chaire dans sa cathédrale, il se mit à prêcher contre les abus de l’Eglise romaine, puis, son sermon terminé, il déposa sa crosse et sa mitre, se dépouilla de ses habits pontificaux en présence de son auditoire stupéfait, et sortant promptement d’Aix, il alla rejoindre Mouvans, avec lequel il tenta sur Lyon une entreprise qui échoua. Peu de temps après, l'ex-archevêque épousa Claude Du Fay, dame de SAINT-ROMAIN, terre noble dont il prit le nom. [...] Il rendit un service plus considérable encore à la Cause, en négociant, assisté de Clausonne, l'union des Protestants et des Catholiques politiques. L'alliance conclue, il vola au secours des Huguenots du Vivarais et fit surprendre Annonay par les capitaines Clavel, Le Bouchet, Cussonnel et Le Bascou, le 17 juill. 1574. Aucune insulte ne fut faite aux Catholiques, pas même aux prêtres; tous ceux qui ne voulurent point rester dans la ville, eurent la permission d'en sortir. [...] En 1575, il accompagna Damville dans les Cévennes et reçut à composition le château d'Alais, où s'était retirée la garnison catholique après la surprise de la ville par les capitaines Gueydan et Broise, le 12 fév. Bien que la paix ne se soit conclue qu'en 1576, on ne voit plus figurer parmi les chefs protestants Saint-Romain, qui, dès le mois de sept. 1574, avait été remplacé par Saint-Cosme dans le gouvernement de Nismes. Il ne reparait qu'en 1577, année où Damville le nomma gouverneur de Béziers; mais peu de temps après, c'est-à-dire lorsqu'il fut entré en négociations avec la Cour, il le destitua. Ne pouvant plus douter de la prochaine défection du maréchal, Saint-Romain, accompagné du capitaine Senglar et du ministre Béraud, se hâta de partir pour Montpellier, afin de mettre Châtillon sur ses gardes; puis, secondé par Gremian, il se saisit d’Aigues-Mortes, le 12 janv. 1577, et envoya le capitaine Banière dans les Cévennes, pour appeler aux armes les montagnards cévenols. De retour à Montpellier, il présida avec Châtillon l'assemblée qui s'y tint, le 17 mars, dans le but de discuter les propositions de Damville. Le maréchal, en effet, suspectant la bonne foi de Henri III, jugeait convenable à ses intérêts de se rapprocher des religionnaires. L'alliance fut renouvelée, mais elle dura peu. Dès que Damville eut obtenu ce qu'il désirait, il se tourna contre ses anciens confédérés, et fit attaquer Aigues-Mortes que Saint-Romain défendit avec succès, au mois de mai 1578. Selon les Pièces fugitives d'Aubaïs, cet homme célèbre, que Le Laboureur qualifie de savant et d'éloquent, dans ses Masures de l'ile Barbe, et qui joignait à l'éloquence et à la science des talents diplomatiques et militaires remarquables, mourut de maladie, vers le 25 juin 1578, à Montélimar (Eugène Haag, La France protestante, Tome 9, 1859 - books.google.fr).

 

A Privas, où le culte catholique n'était plus célébré depuis seize ans, une assemblée mixte peut faire diré une messe du Saint-Esprit (20 août). Le traité de Nérac accorde Baix et Saint-Agrève aux R.P.R. Vivarois. Le 22 février 1579, par le mariage du ligueur périgourdin René de Hautefort avec la protestante Marie de Lestrange, le puissant château de Boulogne devient une place anti-huguenote. Les ligues paysannes n'opèrent en armes qu'à partir de 1579. Catherine de Médicis leur est profondément hostile. En Vivarais, ce mouvement fut exclusivement rural (Positions des thèses soutenues par les élèves de la promotion pour obtenir le diplôme d'archiviste-paléographe, 1941 - books.google.fr).

 

Claude de l'Estrange, Antoine du Fay meurent, mais leurs veuves continuent à plaider avec acharnement ; chacune tâche en mariant ses enfants de leur créer de puissants protecteurs. Catherine de Chabanne donne sa fille Marie à René d'Hautefort (1579); Françoise de Labaume a marié, en 1575, son fils, Jean du Fay, avec Marie de Montmorency, fille naturelle d'Henri, duc de Damville (A. Bardon, Seigneurs de Vézenobre, Mémoires de l'Académie de Nîmes, 1896 - books.google.fr).

 

Claude, issu du mariage de Marie de Lestranges, seul rejeton alors de la souche primitive, et de René d'Hautefort, prit le titre de vicomte de Lestranges, se compromit dans l'affaire de Gaston d'Orléans ; et moins heureux qu'Anne Ier de Soudeilles qui eut la vie sauve et que le comte de Moret qui périt dans la mêlée, il mêlée, il fut décapite à Toulouse avec Henri II de Montmorency (1632) (Bulletin de la Société des lettres, sciences et arts de la Corrèze, 1902 - books.google.fr).

 

En 1620, un Faure était intendant de Montmorency, Henri II le fils de Damville qui combattait alors pour Louis XIII la rébellion protestante (Jacques Le Cointe, Histoire du regne de Louis XIII, Tome 4, 1716 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Henri II de Montmorency).

 

Comment la famille Fay aurait-elle refusé au frère du Roi, au Maréchal duc de Montmorency, fils du connétable, son concours dans une lutte qu'ils présentaient comme tendant uniquement au maintien des libertés financières de Languedoc, au retrait des édits du cardinal ? Que risquait-elle en appuyant l'opposition ? Tout le monde sait que les Montmorency se sont parfois révoltés contre le Roi; ces brouilles se sont terminées par de bons traités pour eux et leur clientèle. Les Fay ne voient pas, malheureusement pour eux, que le cardinal a inauguré un droit politique nouveau.Montmorency sera décapité ; Claude de Hautefort, décapité ; Henri de Fay, destitué; son oncle l'évêque d'Uzès, déposé et exilé à Avignon où il mourra quelque mois après Hemery avait inutilement offert à ce prélat 25000 écus pour trahir le parti des révoltés ! Henri de Fay ira se faire tuer à Leucate, à côté d'Annibal de Montmorency, heureux de verser ensemble leur sang pour la France, pardonnant même l'homme rouge devenu enfin «bon Français», c'est-à-dire ennemi de l'Espagne qui alors comme l'Angleterre d'aujourd'hui tendait à la domination du monde entier (A. Bardon, Seigneurs de Vézenobre, Mémoires de l'Académie de Nîmes, 1896 - books.google.fr).

 

Les Fay ont pour eux Damville qui les connaît tous ; c'est lui qui a négocié leurs mariages. Jean du Fay est son gendre ; Marie du Fay, soeur de Jean, a épousé son compagnon d'armes Fulerand de Roquefeuil, écuyer, baron de la Roquette, et à ces deux mariages où il a assisté, feu Antoine du Fay a pris le titre de baron de Vèzenobre. Les Fay ont servi le parti monarchique avec zèle depuis plus d'un siècle. Hector du Fay, seigneur de Péraut, était lieutenant du sénéchal de Nîmes et de Beaucaire en 1486. Jean du Fay, seigneur de Péraut et Joannas, chevalier, viguier de Beaucaire par lettre du 5 mai 1587, a été nommé sénéchal de Nîmes par Henri IV, le 19 avril 1590. Henri IV, sollicité par Montmorency, invite donc les juges à vider le plus tôt possible ce procès entre les l'Estrange et les Fay qui dure depuis un demi-siècle. Le 4 novembre 1602, arrêt qui ne contenta personne. Dix-huit mois s'écoulèrent ; enfin on transigea (1er juin 1604). La famille de l'Estrange-d'Hautefort renonçait à la baronnie de Vèzenobre, moyennant 18900 l. à payer à Marie de l'Estrange (A. Bardon, Seigneurs de Vézenobre, Mémoires de l'Académie de Nîmes, 1896 - books.google.fr).

 

Les états de Languedoc s'étaient réunis à Narbonne, en 1563, dans le réfectoire des Cordeliers, le samedi onze décembre. L'évêque Senectère, les seigneurs de Montlaur et de Lestrange, les consuls du Puy furent chargés par l'assemblée d'aller, avec quelques autres membres, au-devant de M. de Damville, récemment appelé au gouvernement de Languedoc (Jean-Baptiste-Louis de Vinols de Montfleury, Histoire des Guerres de religion dans le Velay pendant les règnes de Charles IX, Henri III et Henri IV, 1862 - books.google.fr).

 

Damville aurait-il eu un rôle dans le mariage de René de Hautefort avec Marie de Lestrange, comme il en eut un dans celui de Jean du Fay avec sa fille Marie de Montmorency ?

 

Claude de Lestrange, dont la fille épousa René de Hautefort, grand ligueur, aurait été un ami de Gaspard de Coligny et blessé à Moncontour en 1569. Son protestantisme et celui de sa fille paraissent douteux alors que son père Louis était antiprotestant (Collection universelle des mémoires particuliers relatifs à l'histoire de France. Tome 1, 1787 - books.google.fr, Michel Riou, Ardèche, terre de châteaux, 2002 - books.google.fr).

 

En Aquitaine

 

René de Hautefort était le neveu d'Edme de Hautefort (Victor Cousin, Madame de Hautefort : nouvelles études sur les femmes illustres et la société du XVIIe siècle, Tome 5, 1868 - books.google.fr).

 

Gilbert III de Lévis, mort en 1591 à La Voulte-sur-Rhône, est comte, puis premier duc de Ventadour et pair de France. Il épousa Catherine de Montmorency (fille d'Anne de Montmorency et de Madeleine de Savoie), dont il eut plusieurs enfants, entre lesquels Anne de Lévis (1569-1622). Gentilhomme de la chambre du roi depuis 1555, il devint gouverneur du Limousin. En 1575, durant les guerres de Religion, alors chef des protestants, il entre en conflit avec Louis de Pompadour, baron de Treignac et chef de la Ligue catholique (fr.wikipedia.org - Gilbert III de Lévis).

 

Henri III avait opté pour une politique de concessions envers Ventadour, très comparable à celle mise en œuvre par Catherine de Médicis auprès de Montmorency l'année passée, et qui avait contribué à éloigner le duc des protestants. Le roi espérait réitérer l'opération et détacher Ventadour de Turenne, mais l'accord entre les deux hommes s'avéra plus solide et plus paisible que l'alliance conclue entre le gouverneur de Languedoc et les huguenots. Le projet d'Henri III échoua. Le roi changea alors de registre et décida de riposter aux menées du gouverneur par l'envoi d'un lieutenant général hostile aux Malcontents. Le quatorze juin 1580  Henri III désigna Edme de Hautefort, lieutenant général en haut et bas Limousin, sans relever Ventadour. L'année suivante, Hautefort fut institué gouverneur et sénéchal de Limousin pour en jouir à la mort de Ventadour. Ce fils puîné de Jean de Hautefort et de Catherine de Chabannes était devenu l'héritier universel et le seul représentant du lignage après le décès de son frère aîné Gilbert, le 28 mai 1569. Seigneur de Thenon, chevalier de l'ordre de Saint-Michel, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, capitaine de cinquante hommes d'armes, Hautefort avait de solides états de carrière. Brantôme rapporte son accession au grade de maître de camp, "fort jeune enfant dans l'armée de Piedmont". En 1576, il commandait six compagnies de gens de pied dans ce régiment sous l'autorité de Gaspard de Saulx-Tavannes. L'homme était un homme de guerre, un capitaine, comme son Périgord natal et la Gascogne en secrétèrent tant. À peine installé, il passa l été 1580 à guerroyer en bas Limousin afin de se saisir des forts tenus par les protestants et leurs alliés (Michel Cassan, Le temps des guerres de religion: le cas du Limousin (vers 1530-vers 1630), 1996 - books.google.fr).

 

Henri III, entend effacer la mémoire des massacres d'août 1572. Avec l'Edit de Beaulieu (1576), il redonne aux chefs du parti protestant, Navarre et Condé, leurs gouvernements de Guyenne et de Picardie, et celui du Languedoc à leur allié Montmorency-Damville. Fort de ce pouvoir politique qui était celui de son père, Antoine de Bourbon, Henri de Navarre l'est aussi d'une autorité religieuse qui fait de lui après son abjuration du catholicisme en juin 1576, le protecteur de l'union des protestants du Midi (Anne-Marie Cocula, Montaigne et l'histoire immédiate, Montaigne et l'histoire: actes du colloque international de Bordeaux, 29 septembre-1er octobre 1988, 1991 - books.google.fr, Cinquième guerre de Religion (1574-1576) - www.museeprotestant.org).

 

Vendanges

 

Aux crises qui frappent au XIVe siècle le Languedoc en général - guerre de Cent ans, disettes, peste - les régions proches de la Méditerranée ajoutent d'autres malheurs : la piraterie, la guerre de course et les incursions barbaresques (André Castaldo, Le Roi, l'évêque et les pirates : Agde 1332. À l'origine de l'inaliénabilité du domaine public, Béziers et le Biterrois, Fédération historique du Languedoc méditerranéen et du Roussillon, 1971 - books.google.fr).

 

Assiégée par le vicomte de Joyeuse, Agde se défendit bien et le repoussa. En dépit de l'évêque, elle se donna à Damville (1575 et 1579). Mais elle n'osa résister à Louis XIII et fit sa soumission en 1632 : la citadelle et le fort de l'île Brescou furent rasés. Peu après les milices de l'Agadès, conduites par l'évêque s'opposèrent à une invasion espagnole (1637). En 1710, les Anglais, débarqués entre Sète et Agde, entrèrent dans cette dernière ville, mais sans y commettre de désordres. En 1733 une flotte napolitaine fut prise à l'embouchure de l'Hérault. Le rôle militaire d'Agde ne dépassa pas le XVIIe siècle. Bien que siège épiscopal Agde a joué un rôle essentiellement commercial, et elle le doit à son port. Au VIe siècle, la ville attirait Grecs et Syriens. Après Marseille, Narbonne et Arles elle était le seul port important de la Gaule sur la Méditerranée. On a vu que, au XIVe siècle, la royauté eut la singulière idée, un instant, de sacrifier son port à celui d'Aigues-Mortes. Au contraire, au XVIIe siècle, Richelieu voulut faire d'Agde un grand port. Il imposa (1631) aux États de Languedoc une contribution dans ce but. Il voulait relier le cap d'Agde à l'île Brescou à 800 mètres au large, de manière à constituer une grande rade. Malheureusement, la grande digue ou môle ne servit qu'à accumuler le sable sur le flanc ouest du môle et à le rattacher à la terre, et la partie centrale s'effrita en 1656. En dépit de cet insuccès, de la menace permanence des corsaires barbaresques, de la transformation en repaire du Fort Brescou par ses gouverneurs, Agde, débouché des foires de Pézenas, conservait de l'activité. Elle entretenait une flotte de 27 navires, dont 3 garde-côtes, jaugeant de 12 à 60 tonnes (Ferdinand Lot, Recherches sur la population et la superficie des cités remontant á la période gallo-romaine, Numéro 287, 1945 - books.google.fr).

 

Cf. quatrain VIII, 21.

 

On s'attendrait, avec "Bize" et "Luc", à des pirates en Méditerranées, mais il faudrait peut-être se tourner vers l'Atlantique.

 

A Bordeaux, les écumeurs de mer de toutes les nations, anglais, allemands, espagnols et jusqu'à des fourbans turcs, désolaient nos côtes et les rivages de la Gironde. Cleirac (p. 26) cite l'exemple de la barque de Gilles Esteben, marchand et bourgeois de Bordeaux, capitaine Fiton, chargée de vins à destination de Calais, qui fut prise par des pirates turcs à son entrée en pleine mer. Cette prise donna lieu à un curieux procès. Le capitaine Fiton fut emmené esclave en Barbarie et y passa quatre années et demie. Après avoir été racheté d'aumônes, le capitaine Fiton revint à Bordeaux en 1625 et réclama à la veuve de son armateur ses salaires pendant sa détention et le remboursement de sa rançon (Académie des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux: séance publique, 1884 - books.google.fr).

 

Le convoi de Bordeaux

 

Bien peu de Français, sans doute, pourraient aujourd'hui rendre compte du sens qu'avait jadis dans notre langue le mot convoi, tant l'usage que nous en faisons diffère de celui qu'en faisaient nos ancêtres. Ce n'est plus pour nous qu'une sorte de doublet, employé pour désigner un train de voitures ou de wagons, voire un train de bateaux. Il faut avoir acquis certaines notions de philologie pour prendre conscience qu'à l'origine convoyer signifiait accompagner, et qu'un convoi constituait l'élément de sécurité accompagnant un groupe de véhicules en déplacement, des navires le plus souvent. [...]

 

Anglais et Hollandais auraient été les premiers à faire convoyer leurs vaisseaux, à partir du XIVe siècle. En réalité l'usage a de plus anciens précédents. Il a été signalé dès le IXe siècle à Venise, et, par la suite, à l'imitation de Venise, dans différentes autres villes d'Italie, en particulier à Naples, où il y avait toujours lieu de redouter les pirates, Turcs ou Barbaresques. C'est un fait notoire, pareillement, que l'usage du convoi se rencontre de bonne heure en Angleterre. Le roi Édouard III, en 1359, donne l'ordre que les vaisseaux à destination de la Gascogne, ceux dont se compose la flotte annuelle du vin, soient réunis dans une rade proche de Southampton, le jour de la Nativité de la Vierge (8 septembre), et placés sous l'autorité de chefs désignés par le gouvernement, qui assureront leur sécurité au cours de leur voyage aller et retour. [...]

 

Dans les états du duc de Bretagne, au temps de l'indépendance, la pratique du convoi est courante. A vrai dire, ce dont nous parlent les documents du XVe siècle, c'est surtout d'un «droit de convoi», taxe perçue par le souverain parce qu'il se charge, en principe, d'assurer la garde des navires marchands à proximité des côtes du duché, en y employant des bâtiments de guerre. Ces mêmes navires sont d'ailleurs chargés de pourvoir à la sécurité des rivages. La plus ancienne ordonnance connue qui concerne le convoi de mer remonte à 1372. [...]

 

Le devoir de convoi, mentionné par les documents bretons, était une taxe variable, frappant certaines marchandises, à l'importation ou à l'exportation, et le plus généralement affermée. Les forces dont l'amiral de Bretagne disposait pour assurer le convoi étaient constituées par dix ou douze des plus puissantes unités de la marine ducale, montées par environ 800 hommes, un millier au maximum. Chacun de ces vaisseaux avait son capitaine, et l'ensemble obéissait à un capitaine-général. Il semble que cette organisation ait eu principalement un rôle à jouer à l'époque où les provinces françaises du Midi procédaient à la vendange : il fallait mettre à l'abri des surprises possibles les navires anglais prêts à passer la pointe du Raz pour aller chercher les produits du vignoble saintongeais ou gascon, et les rapporter de l'autre côté de la Manche. A cette époque, l'armement du convoi de mer ne paraît d'ailleurs pas s'être fait régulièrement chaque année, mais seulement lorsque les circonstances apparaissaient menaçantes, et lorsque le commerce breton, qui bénéficiait de la protection de la flotte, présentait requête au duc, tendant à ce que les mesures d'armement fussent renforcées. Aussi bien, les pirates qu'on avait à redouter à cette époque étaient-ils surtout d'origine anglaise. Or, durant la guerre de Cent Ans, il s'était créé une tradition d'amitié entre les gouvernements d'Angleterre et de Bretagne. [...]

 

A l'imitation des Anglais, dont les circonstances avaient fait pour eux des hôtes forcés, des hôtes permanents, les Bordelais avaient pris de bonne heure, au XVe siècle probablement, l'habitude de grouper, chaque année, en convoi protégé, ceux de leurs navires qui faisaient la liaison avec les îles britanniques. Les marchands intéressés, réunis au château de l'Ombrière, élisaient le capitaine de la flotte. Si le danger d'attaque devenait pressant, le roi, représenté par l'amiral de Guyenne, donnait lui-même un chef au convoi et lui assurait des émoluments ; ou bien, il confirmait le choix des intéressés, et conférait ces mêmes avantages à l'élu. Aussi bien, un droit de convoi était-il régulièrement perçu sur les commerçants, non par l'amiral, mais par le lieutenant-général de Guyenne, qui représentait à Bordeaux la personne même du roi. Ce droit était affermé : procédé appliqué, sous l'Ancien Régime, à la perception de la plupart des impôts indirects. Au reste nous ne sommes vraiment bien documentés à cet égard que pour le XVIIe siècle. Nous savons seulement qu'au XVIe les Anglais jouissaient de l'exemption du droit de convoi. [...]

 

Un important document a parfois été considéré à tort comme l'acte de naissance du convoi de Bordeaux. Ce sont des lettres royales, datées du 2 juin 1585, appartenant donc à l'époque de la Ligue, et qui ordonnent la levée d'un impôt appelé «convoi», destiné à pourvoir à l'entretien de deux galères qui seraient chargées de protéger le commerce sur les eaux de la Gironde, depuis Bordeaux jusqu'à l'embouchure. Or il s'agit seulement de la résurrection, ou, à tout le moins, d'un nouvel aménagement, d'un impôt ancien : car, au mois dé mai 1580 des lettres du maréchal de Gontaut-Biron, commandant pour le roi, commettaient déjà un marchand de la ville à la recette de certaine taxe qui venait d'être créée - ou recréée - «une dace sous le nom de convoy ès ports et hâvres de cette ville». Le convoi avait dû être supprimé pendant une assez longue période, puisque, lorsqu'il réapparut, les contemporains eurent l'impression d'une nouveauté. Il arrive parfois, désormais, que le nom de convoi de Bordeaux soit remplacé par celui de convoi de Guyenne. C'est le cas aux États-Généraux de 1614 : le cahier du Tiers nous apprend que le convoi de Guyenne consistait à cette époque en une taxe sur le sel, le vin, les prunes et le pastel descendant les rivières de Garonne et Dordogne (Gaston Zeller, Le «convoi» des vaisseaux marchands aux XVIe et XVIIe siècles. In: Revue d’histoire moderne et contemporaine, tome 3 N°1, Janvier-mars 1956 - www.persee.fr). [...]

 

Le 18 août 1353, le roi Édouard, à raison des Français et des pirates qui se tenaient sur mer, ordonnait que les navires voulant aller en Gascogne pour la saison des vendanges, se réunissent au port de Londres, pour en partir sous la de Robert de Ledredde. Les mêmes recommandations étaient faites par Richard II. Les mêmes recommandations étaient faites par Richard II en 1384 ; par Henri IV en 1404. Toutes indiquent que les navires partent ensemble dans le même but, «pro vinis quærendis», et à la même époque, celle des vendanges. Il y avait une autre époque de voyage, au printemps, qu'un ordre d'Édouard du 1er février 1354 appelle la saison de Reyk. Le roi, s'adressant au sénéchal et au connétable de Bordeaux, et statuant sur l'avis des prélats, comtes, barons, et des communes d'Angleterre, pour la vente et l'achat des vins en Gascogne, défend à tout marchand anglais et à son serviteur, de se rendre à Bordeaux pour acheter des vins avant le temps des vendanges ou la saison de Reyk, c'est-à-dire avant l'époque et la saison habituelle du passage pour les vins (Théophile Malvezin, Histoire du commerce de Bordeaux: depuis les origines jusqu'à nos jours, Tome 1, 1892 - books.google.fr).

 

En faisant un parallèle avec le quatrain précédent qui porterait sur la guerre de Cent ans, on rappelle que le Prince Noir, fils d'Edouard III d'Angleterre qui revendiquait la couronne de France, ravage la région de Narbonne depuis Bordeaux (Chevauchée).

 

De plus, Philippe VI, battu à la bataille de l'Ecluse, commence la dynastie des Valois en succédant aux Capétiens directs, tandis qu'Henri III la termine. Il est question de la loi salique, revendiquée par les Valois contre le roi d'Angleterre Edouard III, puis par les Bourbon contre le roi d'Espagne Philippe II.

 

Cabezac, sur la Cesse, au sud de Bize, était déjà, comme aujourd'hui encore, le passage du grand chemin direct de Béziers et Capestang à Narbonne Quant à Belvèze , c'était un important faubourg de Narbonne séparé de la ville par l'Aude, dont le canal de la Robine marque l'ancien lit. Belvèze fut complètement détruit par le Prince Noir en 1355 (G. Émile Aubert de la Faige, Le testament de Gilles Aycelin de Montaigu, 1898 - books.google.fr).

 

Typologie

 

Le report de 2163 sur la date pivot 1586 donne 1009, et 1590, 1017.

 

Bernard Guillaume (Bernat-Guilhem) (vers 975 - 1009), fils aîné de Guillaume Sanche et d’Urraca de Navarre, succéda à son père vers 996, en tant que duc de Gascogne et comte de Bordeaux. Il semble s’être surtout attaché à confirmer l’action de ce dernier, en particulier en faveur des monastères. Il devait décéder sans enfant le 25 décembre 1009, dans des circonstances assez suspectes. Selon le moine français Ademar de Chabannes, le duc a tenu romances avec des femmes différentes, raison pour laquelle il finit par abdiquer en faveur de son frère, Sanche Guillaume, dernier duc de la maison de Gascogne (fr.wikipedia.org - Bernard Guillaume de Gascogne).

 

Bernard, que l'on croit l'ainé des fils d'Oliba-Cabréta, lui succéda dans le Comté de Bésalu et ses dépendances. Nous avons vu qu'il fit un noble usage de sa puissance en protégeant le jeune Comte de Roussillon, Gauzfred II. Des exploits peu connus lui firent donner le nom de Taillefer; sa sagesse et sa bonté lui méritèrent celui de Père de la patrie. Marié avant 997 avec Adélaïde ou Tote, fille de Raymond Borel, Comte de Barcelone, il en eut cinq garçons et trois filles. L'aîné, Guillaume, lui succéda; Vuifred et Henri devaient embrasser l'état ecclésiastique; Hugues et Bérenger n'eurent que quelques aleus pour leur part; Garsinde, l'aînée des filles, avait épousé, en 1010, Bérenger (v. 995 - 1067), vicomte de Narbonne; Adélaïde fut religieuse; Constance eut seulement quelques domaines peu considérables. Il laissa pour douaire à sa femme, qui lui survécut, le Vallespir. Ce Comte était allé en Provence pour y négocier le mariage de son fils ainé. Au retour, le 29 novembre 1020, il se noya dans le Rhône, qu'il voulait traverser à cheval. Cette mort tragique causa des regrets universels (Jean de Gazanyola, Histoire du Roussillon, augmentée par Guirard de Saint Marsal, 1857 - books.google.fr).

 

La Septimanie ou le Languedoc n'était plus troublé que par les guerres des Seigneurs particuliers, lorsque tout-à-coup on vit reparaître dans ses champs une armée Arabe. En 1017, un corps de troupes parti des côtes de l'Andalousie vint aborder près de Narbonne. Les Sarrasins croyaient surprendre cette ville, et ils l'investirent de grand matin; mais ils furent trompés dans leur attente. Animés par une généreuse résolution, les habitans se prosternent aux pieds des autels, ils invoquent le Dieu des Chrétiens, et après avoir fait une communion générale, ils s'élancent sur les assiégeans. L'amour de la patrie double leurs forces et leur courage : les Sarrasins sont enfoncés de toutes parts ; ceux qui ne rendent pas leurs armes tombent sous le tranchant du glaive, et bientôt des trophées glorieux, appendus dans les Eglises de Narbonne, consacrent le souvenir de la défaite des Arabes, tandis que de nombreux esclaves vont expier dans toutes les parties de la Septimanie les maux que leurs ancêtres avaient causés dans ces fertiles régions. Les temps n'étaient pas éloignés où les Européens allaient à leur tour porter la guerre et l'effroi chez les disciples de l'Imposteur de Médine (Alexandre Louis C.A. Du Mège, Statistique générale des départemens pyrénéens, ou des provinces de Guienne et de Languedoc, Tome 2, 1829 - books.google.fr).

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