Le Valentinois et le mariage savoyard de Louis XI

Le Valentinois et le mariage savoyard de Louis XI

 

IX, 27

 

2123-2124

 

De bois la garde, vent clos rond pont sera,

Haut le reçu frappera le Dauphin,

Le vieux teccon bois unis passera,

Passant plus outre du Duc le droit confin.

 

"rond pont" : Rompon

 

Il y a un Rompont à Champlemy dans la Nièvre.

 

Les registres paroissiaux et des archives particuli√®res de Romponcelle (Belgique) mentionnent une famille Rompon, Rempont Rampont, Ronpon, etc., poss√©dant des biens pr√©cis√©ment au bande Romponcel au XVIe si√®cle, vu que la tradition a gard√© un vague souvenir de plusieurs petits hameaux disparus dans ces parages et qu'√† la limite m√©ridionale du territoire de Lacuisine - lequel faisait partie de la paroisse de Jamoigne - coule un ruisseau dit du Rondpont (lu rouch√© du Ranpan), nous croyons que Romponcel est le diminutif de Rompont ou Rampon, nom d'un hameau an√©anti depuis longtemps (s√Ľrement avant le XIIIe si√®cle) et duquel nom la famille Rompent ou Rampont a emprunt√© le sien (Annales, Tome 45, Institut arch√©ologique du Luxembourg, Arlon, Belgium, 1910 - archive.org, romponpon.be).

 

Cette petite commune du canton de La Voulte fut successivement d√©nomm√©e Rompone (en 898, Charta V√™tus et 976, Cartulaire De Cluny) puis Ronpons, Ronponis (1516) et Rampon-le-Vieulx (enqu√™te des paroisses, 1573). Au f√©odal Rompon √©tait une ancienne terre des comtes de Poitiers-Valentinois, qui d√©pendait au XVIIIe si√®cle des Rohan-Soubise. Les ruines de l'ancienne abbaye de Saint-Pierre-de-Rompon, fond√©e au X√®me si√®cle, qui d√©pendait directement de celle de Cluny, que tout le monde appelle affectueusement ¬ęl'abbaye aux ch√®vres¬Ľ, se dressent dans un lieu d√©sert, sur un promontoire dominant la vall√©e du Rh√īne, d'o√Ļ la vue porte jusqu'aux contreforts du Vercors. [...] Au point de vue religieux, l'√©glise d√©di√©e √† saint Pierre √©tait mentionn√©e comme un bien de l'√©glise de Viviers d√®s 898 dans un dipl√īme donn√© par Rudolphe III. Donation confirm√©e en 977, mais en faveur de l'abbaye de Cluny, stipulant deux √©glises sur la montagne de Rompon, les √©glises √©tant celles de Saint-Pierre et de Sainte-Marie. En 1112, l'√©v√™que de Viviers donnait au prieur de Rompon huit paroisses : Sainte-Marie Madeleine du Pouzin, Saint-√Čtienne du Lac et six paroisses du mandement de Saint-Alban. L'ancienne √©glise ruin√©e fut remplac√©e, en 1628, par une nouvelle (Michel Riou, Dans les pas de C√©vennes terre de lumi√®re, Volume 2, 2005 - books.google.fr).

 

Une autre puissante famille √©tablit encore un pont entre Vivarais et Royaume de Bourgogne de rive gauche : les Cl√©rieux. En effet, outre leurs domaines sis sur la rive gauche du Rh√īne, ils sont implant√©s en Vivarais dans la moyenne vall√©e de l'Eyrieux et sur la fa√ßade rhodanienne du Bas-Vivarais o√Ļ ils fondent dans les ann√©es 970 le prieur√© clunisien de Rompon (Le royaume de Bourgogne autour de l'an mil, 2008 - books.google.fr).

 

D√®s la fin du XIIe si√®cle, une conjoncture √©conomique difficile (les revenus baissent), la voracit√© de la puissante famille des Poitiers, comte de Valentinois (qui, par achats successifs est devenu le suzerain du monast√®re) et la mauvaise gestion des prieurs, am√®nent la d√©cadence mat√©rielle de Rompon. C'est au XVIe si√®cle, pendant les guerres de religion, que le prieur√© est d√©finitivement ruin√© et laiss√© √† l'abandon ; en effet √† cause de sa situation g√©ographique, dominant le Rh√īne √† l'est et Le Pouzin au sud (place forte huguenote de grande valeur strat√©gique), les b√Ętiments eurent beaucoup √† souffrir (Jean-Pierre Imbert, Histoire de Privas et de sa r√©gion, 1981 - books.google.fr).

 

La Garde est un lieu-dit de la commune. Reste "vent clos" ind√©termin√©. Peut √™tre pour "enclos", comme enclos monastique. On trouve encore Lagarde aux Fonts du Pouzin, juste au sud de Rompon, qui √©tait un lieu d'assembl√©es de huguenots au XVIII√®me si√®cle (Patrimoine Huguenot d'Ard√®che, n¬į 3, 2003 - vivelay.org).

 

La charte de fondation du couvent des chèvres en 977, qui se trouve aujourd'hui sur la commune du Pouzin, décrit les limites du territoire donné aux moines et l'exposition au vent d'une de ces limites :

 

Ces biens ont pour fronti√®res et pour limites : √† l'est, le fleuve appel√© Rh√īne ; √† l'ouest, la rivi√®re appel√©e Chambaud ; au nord, la rivi√®re appel√©e Montelier ; de l'autre c√īt√©, au vent, le cours d'eau dit Ouv√®ze. Tout ce qui se trouve inclus, √† l'int√©rieur de ces fronti√®res et qui m'appartient l√©galement, je le donne tout entier et int√©gralement √† cette maison de Dieu (C√©cile Perroud-Christophle, Consid√©rations sur les temps obscurs de la montagne, du village de Rompon le Vieulx et histoire du prieur√© Saint-Pierre de Rompon en Vivarais, 1980 - books.google.fr).

 

"Duc"

 

Le 19 février 1416, l'empereur Sigismond Ier érige le comté de Savoie en duché de Savoie, lui offrant une autonomie politique sans précédent (fr.wikipedia.org - Duché de Savoie).

 

Si le "Duc" est celui de Savoie, le quatrain se situerait après 1416.

 

Valentinois

 

C'est un pays de France (Valentinus ager), dans le Dauphin√©. Il est born√© au nord par le Viennois, au midi par le Tricastinois, au levant par le Diois, & au couchant par le Rh√īne, qui le s√©pare du Languedoc, comme l'Isere le s√©pare du Viennois. Les peuples du Valentinois sont nomm√©s par Pline Segovellauni, par Ptol√©m√©e Segalauni, & dans la notice de l'empire Segaulauni. On ignore les noms des premiers comtes de Valentinois ; on sait seulement que vers la fin du XIIe si√®cle, Raymond, comte de Toulouse, donna le Diois & le Valentinois √† Aymar de Poitiers. (www.encyclop√©die.eu).

 

Par un acte, sign√© √† Paris, le lundi 11 ao√Ľt 1404, par les √©v√™ques de Noyon et de Meaux, au nom du roi de France , Pierre de L'Isle et Pierre Chabert, √©cuyers, pour le comte, et Jean de Poitiers, √©v√™que de Valence et de Die, comme repr√©sentant de Charles de Poitiers, √©v√™que de Ch√Ęlons, Louis et Philippe de Poitiers, chevaliers, ses fr√®res, tous fils de Charles, seigneur de Saint-Vallier, oncle du comte de Valentinois et son comp√©titeur, √† la mort d'Aimar VI , Louis II donnait ou plut√īt vendait au Roi-Dauphin les comt√©s de Valentinois et Diois moyennant la somme une fois pay√©e de cent mille √©cus d'or, une rente annuelle de six cents florins et la jouissance viag√®re de la terre d'Upie pour sa femme C√©cile de Beaufort. Au sire de Saint-Vallier, son oncle, il r√©servait tous les ch√Ęteaux, terres et seigneuries d'au-del√† le Rh√īne, la baronnie de Cl√©rieu et la nu-propri√©t√© des terres de Ch√Ęteauneuf-de-Mazenc, L√®ne et Savasse, dont l'usufruit appartenait √† la comtesse douairi√®re Elips de Beaufort. A quoi le Roi-Dauphin ajoutait pour le prix de son acquiescement √† cette transaction vingt mille francs d'or. (Voy. dans DUCHESNE, p. 72 et suiv. des preuves, le texte complet de ce trait√©. - ANSELME, II, 196.)

 

Charles de Poitiers, seigneur de Saint-Vallier, oncle de Louis II, √©tait mort vers la fin de l'ann√©e 1409, satisfait, para√ģt-il, de la part qui lui avait √©t√© faite dans la succession de son neveu ; mais il n'en √©tait pas de m√™me de ses fils, qui, loin de se tenir pour li√©s par le trait√© de 1404, n'attendaient, au contraire, qu'une occasion favorable pour renouveler leurs pr√©tentions, auxquelles la mort de la comtesse de Valentinois donnait encore plus de prise. Ils attendirent ainsi quelques ann√©es, jusqu'√† ce que, d√©sesp√©rant d'arriver √† leurs fins par d'autres voies, ils r√©solurent de faire appel √† la violence. Pour cela, le 16 ao√Ľt 1416, ils prirent d'assaut le ch√Ęteau de Grane qu'habitait le vieux comte avec ses filles naturelles et quelques familiers, contraignirent celui-ci de souscrire un nouveau trait√© par lequel, √† d√©faut d'hoirs m√Ęles l√©gitimes, il instituait le seigneur de Saint-Vallier son h√©ritier universel, et, pour donner plus d'autorit√© √† cet acte, ils en firent demander la ratification aux notables assembl√©s √† Crest, le 24 du m√™me mois, ce que ces derniers refus√®rent.

 

D√©livr√© de ses cousins, le vieux comte, qui gardait un amer souvenir des violences exerc√©es sur sa personne, chercha par tous les moyens possibles √† les frustrer de sa succession, et d'abord il contracta un second mariage avec Guillemette de Gru√®res. Cette union ayant √©t√© st√©rile, il ali√©na bon nombre de terres, et finalement, par un testament du 22 juin 1419, il l√©gua ses √©tats au Dauphin Charles (VII) de France, lui imposant, entre autres conditions, celle de verser entre les mains de ses ex√©cuteurs testamentaires la somme de 50,000 √©cus d'or, pour l'acquit de ses dettes et legs, et surtout de ne jamais traiter avec le seigneur de Saint-Vallier, son cousin, sous peine de forclusion, substituant alors au Dauphin le comte de Savoie. Le 4 juillet suivant, Louis II mourut au ch√Ęteau de Bays, et le lendemain il fut enterr√© dans l'√©glise des Cordeliers de Crest. (Voy. CHoRIER, Hist. g√©n., II, 410. - DU CHESNE, 62. - GUY ALLARD, Dict., II , 725. - RocHAs, Biographie du Dauphin√©, II, 263-64. - Archives d√©partementales et communales.)

 

A peine Louis II reposait-il dans le caveau de ses anc√™tres, que le Dauphin Charles, son l√©gataire, incapable, par suite de la p√©nurie du tr√©sor royal, de satisfaire aux conditions de paiement √©nonc√©es dans le testament du comte de Valentinois, s'empressa, malgr√© la d√©fense qui lui en √©tait faite, de traiter avec Louis de Saint-Vallier, relativement √† ses pr√©tentions sur l'h√©ritage de son cousin (26 juillet 1419). Mais aussit√īt le duc de Savoie, se pr√©valant de la clause testamentaire qui le substituait au Dauphin, en cas d'inex√©cution de certaines conditions, dont les principales √©taient le paiement de 50,000 √©cus d'or et l'engagement de ne jamais traiter avec le seigneur de Saint-Vallier, d√©clara solennellement, le 22 ao√Ľt 1422, qu'il acceptait avec toutes ses charges l'h√©ritage des comtes de Valentinois, et incontinent fit prendre possession des comt√©s en litige par Humbert de Seyssel, qui confirma les droits et privil√©ges de plusieurs communaut√©s. Accabl√© par le nombre de ses ennemis, le Dauphin, qui ne disposait que de pr√©caires ressources, jugea prudent en cette circonstance de se d√©sister en faveur du seigneur de Saint-Vallier, qui lui pr√™ta quarante mille √©cus vieux. Ce dernier prit alors le titre de comte de Valentinois et Diois, se fit reconna√ģtre en divers lieux, mais, se ravisant peu apr√®s, f√ģt, conjointement avec son fr√®re Jean, √©v√™que de Valence , un nouveau trait√© (4 mai 1423), par lequel il r√©troc√©dait au Dauphin tous ses droits sur le Valentinois et le Diois, moyennant une rente annuelle de 7000 florins, outre les terres, ch√Ęteaux et seigneuries qui lui √©taient attribu√©s dans le trait√© du 11 ao√Ľt 1404. Quant au duc de Savoie, ayant fait alliance avec la prince d'Orange, il envahit le Dauphin√©, alors gouvern√© par Raoul de Gaucourt, qui illustra sa d√©fense par la prise du ch√Ęteau d'Anthon. Les choses train√®rent en longueur; enfin, par un dernier trait√© conclu √† Bayonne, le 3 avril 1445, Am√©d√©e VIII renon√ßa √† ses pr√©tentions sur le Valentinois, ainsi qu'√† une somme de 3000 ducats qui lui √©tait due, et le roi de France, en √©change, se d√©partit de l'hommage que lui devait le duc de Savoie, √† cause du Faucigny et des autres pays que lui avait c√©d√©s le Dauphin en 1354. (Voy. CHoRIER, Hist. g√©n., If, 419 et suiv., et Hist. abr√©g√©e, II, 40, 43, 48, 50, 51. - GUY ALLARD, Dict., II, 274, 722. - DUcHEsNE, 67 et suiv., Preuves, 75 et suiv) (Le Dauphin√© en 1698, suivant le m√©moire de l'intendant Bouchu sur la g√©n√©ralit√© de Grenoble, 1874 - books.google.fr).

 

Quelques années après, en 1499, Louis XII l'érigea en duché pour le donner à César Borgia, fils du pape Alexandre VI (Jules Rousset, Mémoire sur les monnaies du Valentinois, 1843 - books.google.fr).

 

On portait le titre de dauphin en France depuis le rattachement du Dauphiné en 1349, attribué au futur Charles V, fils de Jean II le Bon.

 

D√®s que le dauphin Louis eut fait avec le duc de Savoie le trait√© de 1446, il voulut se faire reconna√ģtre comme seigneur des fiefs situ√©s en Vivarais. Ses vassaux lui en rendirent hommage, comme il r√©sulte de nombreux actes des ann√©es 1446 √† 1454. Le changement survenu en 1422 pla√ßait les terres valentinoises de la rive droite du Rh√īne dans une situation assez bizarre. Comme fief delphinal, elles √©taient r√©gies par des officiers delphinaux et ressortissaient √† la Chambre des comptes et au Parlement de Grenoble; d‚Äôautre part, √† raison de la suzerainet√© du roi de France, elles √©taient justiciables en appel du s√©n√©chal de Beaucaire et du Parlement de Toulouse. Les deux parlements √©taient donc naturellement en litige, et l‚Äôautorit√© royale avait de la peine √† tenir la balance de fa√ßon √† ne m√©contenter personne. [...]¬†

 

Les hommages et les d√©nombrements se continuent √† la chambre des comptes de Grenoble pendant les deux si√®cles suivants. Le dernier hommage est de l‚Äėann√©e 1683 pour le prieur√© de St-Pierre-de-Rompon (Albin Mazon, Voyage autour de Crussol, 1888 - books.google.fr).

 

Si l'on rapproche la mention du r√®gne de Philippe Auguste dans un acte de donation en 1202 de la terre de Champ-Rond par Aimar II de Poitiers au prieur de Rompon Guillaume de l'hommage du seigneur de Tournon au m√™me Philippe-Auguste, il semble bien que toute la portion du Valentinois situ√©e sur la rive droite du Rh√īne ait √©t√© consid√©r√©e d√®s lors comme partie int√©grante de la monarchie cap√©tienne. On distinguera bient√īt le Valentinois √† la part de l'empire et le Valentinois √† la part du royaume (Jean R√©gn√©, Histoire du Vivarais, Tome 2 : Le d√©veloppement politique et administratif du pays, de 1039 √† 1500, 1921 - books.google.fr).

 

Le prieuré de Rompon dans la première moitié du XVème siècle

 

Vers 1380-1386 la d√©gradation se g√©n√©ralise, le si√®cle s'ach√®ve sur une impression de marasme et le suivant offre une grande uniformit√©, tout au plus note-t-on une br√®ve am√©lioration vers 1440-1460, moins sensible en Provence que dans le nord de la province. Partout les effectifs diminuent, Rompon fr√īle la catastrophe avec deux occupants en 1388 et six en 1443 (Denyse Riche, Pr√©sence clunisienne en Provence, Au clo√ģtre et dans le monde: femmes, hommes et soci√©t√©s (IXe-XVe si√®cle) : m√©langes en l'honneur de Paulette L'Hermite-Leclercq, 2000 - books.google.fr).

 

Dans le priorat de Rompon (1408), il y a cinq moines dont le service divin est parfait, exception faite pour le sacristain qui s'acquitte au plus mal de sa t√Ęche, ne demeurant pas sur place mais vagabonde de ci de l√† ; dans l'√©glise, il pleut en plusieurs en droits. [...] En 1410, il y a neuf moines. [...] En 1457, le prieur de Rompon est Antoine de Vissac (C√©cile Perroud-Christophle, Consid√©rations sur les temps obscurs de la montagne, du village de Rompon le Vieulx et histoire du prieur√© Saint-Pierre de Rompon en Vivarais, 1980 - books.google.fr).

 

"bois"

 

M. Jean Vallery-Radot fait une communication intitul√©e note sur deux mosa√Įques de payement romanes de l'√©glise de Cruas (Ard√®che) comm√©morant les cons√©crations de 1095 et 1098. ¬ęL'√©glise de Cruas date des XIe et XIIe si√®cles. De ses deux mosa√Įques de pavement, il ne reste que celle de l'abside. L'autre, qui se trouvait dans la crois√©e du transept, a √©t√© d√©truite au XVIIIe si√®cle, mais auparavant son inscription tronqu√©e avait √©t√© publi√©e par les auteurs du Voyage litt√©raire de deux religieux b√©n√©dictins (Paris, 1717, Ire partie, p. 297). Au milieu de la mosa√Įque de l'abside s'√©rigent deux arbres stylis√©s dont le tronc est figur√© par une suite de petits triangles superpos√©s. De part et d'autre de ces arbres d√©sign√©s par les mots ficus et lignum, se tiennent debout, de face, √† gauche, √Člie tenant un tau, √† droite √Čnoch tenant une fl√®che, identifi√©s par les inscriptions helias, henoc. Une main b√©nissante qui appara√ģt par deux fois - la main divine - touche leur front. Comme l'a montr√© M. Andr√© Grabar, ce n'est pas √Čnoch, petit-fils d'Adam qui figure sur cette mosa√Įque, mais l'autre Enoch qui fut le p√®re de Mathusalem. Comme √Člie, il fut enlev√© vivant au ciel. C'est en raison de ce commun destin qu'ils sont r√©unis l'un et l'autre sur la mosa√Įque de Cruas, dont la composition iconographique les associe en m√™me temps et tr√®s clairement au th√®me du p√©ch√© originel et de la r√©demption. En effet, le figuier (ficus) est l'arbre de la science du bien et du mal du paradis terrestre dont Adam et √ąve ont mang√© le fruit, cause du p√©ch√© originel, et c'est du bois (lignum) de cet arbre qu'aurait √©t√© faite la croix du Golgotha, instrument de la R√©demption. Il ne faut donc pas confondre, comme on pourrait √™tre tent√© de le faire, le r√īle tenu par √Člie et √Čnoch dans la mosa√Įque de Cruas avec celui que les illustrateurs de l'Apocalypse leur assignent parfois, notamment dans le Beatus de la cath√©drale de G√©rone, qui date de 975, o√Ļ ils sont les ¬ędeux t√©moins¬Ľ mentionn√©s dans le texte de saint Jean (Apoc. XI, 3-8) et reconnaissables aux attributs qui les accompagnent, les deux oliviers et les deux cand√©labres. La date de 1095 de la mosa√Įque d√©truite √©tait celle de la d√©dicace de l'√©glise par le pape Urbain II. L'inscription de la mosa√Įque de l'abside est tronqu√©e, mais on y lit la date de 1098 qui concernait vraisemblablement la cons√©cration d'un autel. Ces deux dates sont √† retenir pour fixer la chronologie de l'√©glise alors en construction et qui ne sera termin√©e qu'au XIIe si√®cle.¬Ľ (Jean Vallery-Radot, Note sur deux mosa√Įques de payement romanes de l'√©glise de Cruas (Ard√®che). In: Bulletin de la Soci√©t√© Nationale des Antiquaires de France, 1963, 1965 - www.persee.fr).

 

Cruas est au sud de Rompon à 25 km. L'abbaye de Rompon dépendait de celle de Cluny, Vagnas de Cruas.

 

Au bord du Rh√īne encore, √† Tournon mourait le dauphin fils de Fran√ßois Ier en 1536, apr√®s avoir bu un verre d'eau √† Lyon (√éle Barbe) suite √† une partie de paume.

 

Tecon

 

Le ¬ęt√©con¬Ľ est un fort coin de fer qui maintient solidement en place toutes les pi√®ces de la mortaise partie de l'araire (charrue pour labourer) de certaines r√©gions (Bulletin de la Soci√©t√© scientifique, historique et arch√©ologique de la Corr√®ze, Volumes 92 √† 95, 1970 - books.google.fr).

 

Le tecon est encore un saumon quand il est petit.

 

On appelait le mail, au quatorzi√®me si√®cle, ¬ętecon¬Ľ, nom donn√© √† la balle que l'on poussait √† l'aide de la crosse ou du maillet (Le Correspondant, Volume 157, 1889 - books.google.fr, Henri Torn√©-Chavigny, L'Histoire pr√©dite et jug√©e par Nostradamus, 1860 - books.google.fr).

 

Le jeu de billard, d'origine orientale, a été introduit en Europe vers l'époque des croisades; il se répandit en France surtout pendant le règne de Louis XI et devint tout a fait à la mode sous celui de Louis XIV (Henri Fouqueray, Histoire de la compagnie de Jésus en France des origines à la suppression: 1528 - 1762, Volumes 4 à 5, 1910 - books.google.fr).

 

En France, le jeu était pratiqué au début à même le sol, comme une variété de croquet avec des arceaux, pratiqué par la noblesse, la bourgeoisie et le peuple : le billard de terre. Le jeu se transforme sous Louis XI, fervent amateur de billard de terre, le roi qui mit fin à la Guerre de Cent Ans en signant le traité de Picquigny avec Edouard IV d'Angleterre en 1475.

 

Le monarque, sans doute fatigu√© par la guerre, a mal au dos et ne peut plus se baisser. Le premier mod√®le de table connu est attribu√© au ma√ģtre √©b√©niste Henri de Vigne qui l‚Äôaurait con√ßu et r√©alis√© en 1469 sur commande du roi Louis XI pour sa r√©sidence du ch√Ęteau de la Bastille. Ses dimensions √©taient de huit pieds de long et quatre de large, il pesait 618 livres. Quatre aulnes de drap d‚ÄôElbeuf recouvraient une dalle de pierre (france3-regions.francetvinfo.fr, lartdesmets.e-monsite.com, fr.wikipedia.org - Billard).

 

Billard de terre, aujourd'hui croquet, jeu déjà mentionné dans un texte de 1399 (Du Cange, billart) : "il avoit le dit jour joué aux billes." Ce jeu, très en faveur au XVIe s., s'est perpétué jusqu'à nos jours (Abel Lefranc, Oeuvres de François Rabelais, Tome 1, 1912 - books.google.fr).

 

La choule, chole variante de soule est √† la fois la boule et le jeu o√Ļ l'on pouvait utiliser une crosse, crosse √©tant encore le nom d'un autre jeu comparable (Dictionnaire historique de l'ancien langage fran√ßois: ou Glossaire de la langue fran√ßoise depuis son origine jusqu'au si√®cle de Louis XIV, Tome 3, 1877 - books.google.fr).

 

Ces "vieux" jeux sont à l'origine du croquet, du mail, du pale mail (palamaglio italien que Catherine de Médicis apporta en France). Il y a aussi la paume en vogue au XVIème siècle

 

Ainsi que l'a fort bien fait observer Sim√©on Luce dans ses Recherches sur la guerre de Cent ans, "la so√Ľle ou choule, le plus populaire des jeux de force ou d'exercice au moyen √Ęge, comme les d√©s √©taient le plus usuel des jeux de hasard, avait de vieille date de trop profondes racines dans presque toutes les parties du royaume, particuli√®rement dans les campagnes, pour que l'ordonnance de Charles V p√Ľt la d√©truire" (Eug√®ne de Robillard de Beaurepaire, Le journal du sire de Gouberville, M√©moires de la Soci√©t√© des antiquaires de Normandie, Volume 31, 1892 - books.google.fr).

 

Le 3 avril 1369, Charles V interdit presque tous les jeux d'exercice ou de hasard, en particulier les dés, les tables ou les dames, la paume, les quilles, le palet, les billes et la soule ; par contre il recommande de s'exercer au tir de l'arc et de l'arbalète.

 

On jouait √† la soule au pied ou √† la crosse en poussant une boule ou √©teuf (Jean Verdon, Les loisirs en France au Moyen √āge, 1980 - books.google.fr).

 

Merlin joue à la soule avec une crosse dans le Merlin en prose. Au cours du jeu, il est pris à partie par un concurrent qui le traite d'enfant sans père après que Merlin l'a frappé aux jambes avec sa crosse (Philippe Walter, Dictionnaire de mythologie arthurienne, 2015 - books.google.fr).

 

Le jeu de boules pourrait être une métaphore des intrigues de Louis XI (Mario Reading, The Complete Prophecies of Nostradamus, 2009 - books.google.fr).

 

"passera"

 

Passe, terme de l'ancien jeu de mail (jeu de boules). Petit fer rond en forme d'arc, sous lequel doit passer la boule. Le terme prend ici au figuré, le sens de situation avantageuse, position favorable (Maurice Bardon, Histoire de Gil Blas de Santillane de Alain René Le Sage, Tome 2, 1962 - books.google.fr).

 

Le mot passe (v. 1368) d√©signe √† l'origine un passage, et plus particuli√®rement le but dans l'ancien jeu de javelines (v. 1383), puis dans les anciens 47 jeux de mail et de billard, l'arceau par lequel la boule doit passer (v. 1606). D'o√Ļ √™tre en passe, en bonne passe, assez proche de la passe pour pouvoir mettre la bille dedans. Ce serait l√† l'origine de la locution √™tre en passe de + infinitif '√™tre en position favorable pour' (Jean-Claude Anscombre, Les indicateurs aspectuels de d√©roulement processif : En cours de, en passe de, en train de, en voie de, Cahiers de lexicologie, 2007 - books.google.fr).

 

Ces jeux, essentiellement campagnards, √©taient particuli√®rement violents au point que bon nombre de lettres de r√©mission du Moyen √āge et de la Renaissance signalent le d√©c√®s de joueurs des suites d'une partie de soule. √Ä partir du XVe jusqu'au XIXe si√®cle, les autorit√©s politiques et religieuses multipli√®rent les r√©glementations et les interdictions en sorte que ce jeu disparut √† la fin du si√®cle dernier. Quelques communes (Tricot dans la Somme, Charmes-sur-Rh√īne en Ard√®che) maintiennent de nos jours une soule ou une surle annuelle (Recherches & travaux, Num√©ros 54 √† 55, 1998 - books.google.fr).

 

Le tecon vers 1440

 

Une lettre de 1446 a trait a un divertissement peu connu : ¬ę Le premier dimanche de Karesme, ledit suppliant lors demourant au lieu desquines daze, ou comt√© de Comminges, jouoit audit lieu... o√Ļ estoit acoustum√© jouer au jeu appele le jeu de tecon contre feu Raymond Deliot... lequel Deliot commen√ßant ledit jeu, dist audit suppliant, par telz motz ou semblables : bernard, que tu ne passes le tecon parmy les passes en trois cops de l√† o√Ļ il est. A quoy ledit suppliant respondit que il feroit et furent d'accord entre eux de jouer pour certaine chose. Et lors ledit suppliant print le mail et le tecon pour commencer de jouer et failli √† passer de trois cops les deux √† passer par dedans les dictes passes, et le tiers y passa, et gaigna la cause ¬Ľ. Le partenaire fut m√©content d'avoir perdu et la partie s'acheva dans une bagarre √† coups de mail. Dans une autre lettre, un enfant de quatorze ans joue √† ce passe-temps, √† Montesquieu (Roger Vaultier, Le folklore pendant la guerre de Cent Ans: d'apr√®s les lettres de r√©mission du Tr√©sor des Chartes, 1965 - books.google.fr).

 

TOQUON, tou., tecon, s. m., jeu de mail, instrument avec lequel on pousse la boule : Le suppliant jouait avec Pierre le Sort au jeu e (cran, autrement dit bole. (1447, Lett. de remission, Duc., Tudalus.) Lesquelx compaignons se admonesterent le touquon lequel Gaillart... tenoit en sa main ung petit maillet de bois de quoy il frappoit la bille (1455) (Frédéric Godefroy, Dictionnaire de l'ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle, 1892 - books.google.fr).

 

Toutes les références de l'article "Tudatus" (qui signifie malleus, maillet) du Glossarium de Du Cange (1610-1688) augmenté par Pierre Carpentier, se rapportent au jeu de tacon, touquon, toquon, tecon, thencon ("ludus tudicularis") et sont datées de la période contemporaine de Louis XI (Charles Du Fresne Du Cange, Glossarium Mediae et Infimae Latinitatis: S-Z augmenté par Pierre Carpentier (1766), 1846 - books.google.fr, ducange.enc.sorbonne.fr).

 

"Tudes" : marteau, "tudito" : pousser, choquer (Gaffiot).

 

Le chuque est encore une autre variante pratiquée à Toulouse  (texte de 1416 produit par Du Cange) (Jean Jules Jusserand, Les sports et jeux d'exercise dans l'ancienne France, 1901 - books.google.fr).

 

Autre jeu, la boulle de chalendas.

 

Chaque jour des f√™tes de Chalandes (calendes) avaient √©galement ses jeux particuliers ; d'o√Ļ vient le nom de Lin-Jean ou Nin-Jean (Saint-Jean) donn√© par les enfants √† une esp√®ce de jeu aux amandes, usit√© seulement aux f√®tes de No√ęl. [...] On donne dans le Dauphin√©, les noms de chalandier, de chalenda, de chalandou, etc., suivant les divers dialectes vulgaires du pays, √† la b√Ľche mise au feu le jour de No√ęl, et qui doit √™tre le plus gros morceau de bois du b√Ľcher. Dans le Valentinois, on arrose cette b√Ľche d'un verre de vin avant d'y mettre le feu (Le Dauphin√©: courrier des eaux thermales de la r√©gion, N¬į 33, 25 d√©cembre 1864 - books.google.fr).

 

J'ai lu dans les chroniques de Monstrelet le récit d'un tournoi donné en Belgique lors d'une entrevue de Louis XI avec le duc de Bourgogne. Le chroniqueur y fait le récit d'un jeu qui avait bien des similitudes avec le polo moderne. Quatre chevaliers dans chaque camp luttaient d'adresse pour pousser avec leurs lances une boule dans le camp adverse (Jules de Cuverville, Armée, marine, colonies, Volume 2, 1904 - books.google.fr).

 

"frappera"

 

Toquon, ou tecon est à rapprocher de toquer (toucher) : frapper (bas latin et italien toccare : remarquer les deux "c" comme le "teccon" du quatrain).

 

Le but du jeu de la crosse (bazik kamm) est de conduire une boule de bois vers le trou de l'√©quipe adverse, √† grands coups de b√Ętons recourb√©s (= baz kamm). Attention √† ne pas recevoir de plein fouet cette boule projet√©e dans tous les sens ; ou un malencontreux coup de b√Ęton ! (Jean Le Tallec, La vie paysanne en Bretagne centrale sous l'Ancien R√©gime: d'apr√®s les archives de la seigneurie de Corlay, 1996 - books.google.fr).

 

Si c'est "Haut" qui reçoit, on peut penser que c'est le dauphin qui frappe dans une inversion des membres de la phrase.

 

Qui frappe la boule, la bille, la soule, la choule...

 

Selon Gaguin (1433-34 - 1501), le dauphin Louis aurait frappé Agnès Sorel ("Haut" ? haute dame), la favorite de son père Charles VII, ce qui l'aurait obligé de fuir en Dauphiné (Charles Duclos, Histoire de Louis XI, 1745 - books.google.fr).

 

"bois uni"

 

Le Dauphiné avait été démembré du royaume à la mort de Louis le Bègue par la révolte et l'usurpation de Boson (génitif latin Bosonis : "bois unis" ? très vieille histoire)

 

Le Vivarais o√Ļ se trouve Rompon, faisait partie du royaume de Bourgogne que s'√©tait taill√© ce Boson, beau-fr√®re de Charles le Chauve (C√©cile Perroud-Christophle, Consid√©rations sur les temps obscurs de la montagne, du village de Rompon le Vieulx et histoire du prieur√© Saint-Pierre de Rompon en Vivarais, 1980 - books.google.fr).

 

Il y a le bois de Boson près de l'abbaye de Mazan (Ardèche), que se serait approprié le roi de Bourgogne.

 

Frapper à tout rompre

 

Rompon viendrait du latin "rumpare" qui signifie rompre, fracasser, par allusion à la rivière Ouvèze qui vient se jeter sur le rocher sur lequel est situé le hameau principal "Les Fonts-du-Pouzin" (www.rompon.fr).

 

Soule en Savoie

 

En Savoie je trouve fix√©s √† l'apr√®s-midi de P√Ęques et surtout au lundi de P√Ęques plusieurs jeux dont la description d√©taill√©e nous entra√ģnerait trop loin. A Albertville, par exemple, on joue au conston ; il consiste √† lancer le plus loin possible un d√© √† six faces qui sert de but. Chaque joueur, muni d'un b√Ęton pointu des deux bouts, le jette aussi pr√®s que possible du but et celui qui en est le plus loin marque avec des entailles sur son b√Ęton autant de points qu'il y en a sur la face sup√©rieure du d√©. Parfois, c'est un petit b√Ęton fich√© en terre qui sert de but. Un jeu analogue nomm√© conichon, se joue dans le Haut-Faucigny. Mon ami Claudius Servettaz a bien voulu l'√©tudier pour moi, il y a une quinzaine d'ann√©es, de village en village. De nos jours, il ne se joue plus qu'√† Sallanches et au Fayet d'une part, √† Sixt de l'autre. Ici, le ¬ęd√©¬Ľ est un cube de bois appel√© dame. Au jeu de jet s'ajoute un jeu d'imitation. Ce qui nous int√©resse ici est qu'√† Sallanches et au Fayet on n'y jouait qu'une fois par an, le dimanche de P√Ęques, et que toute la population m√Ęle, sans exception aucune, sans distinction de situation sociale, de fortune ni d'√Ęge, mais les enfants exclus, devait y participer (Arnold van Gennep, La Savoie: vie quotidienne, f√™tes profanes & religieuses, contes & l√©gendes populaires, architecture & mobilier traditionnels, art populaire, 1991 - books.google.fr).

 

Soule en Ardèche : la surle

 

SŇďur de la so√Ľle bretonne et auvergnate, la surle √† Charmes se jouait primitivement avec une pierre plate, le leu (de l'occitan lec) et par la suite avec une boule en bois, ce qui entra√ģnait un jeu brutal. Aussi, on a remplac√© ce fardeau par une balle ovale en cuir, pesant moins d'un kilo, bourr√©e de chiffon, de sciure ou de son, dont la forme rappelle le soleil tant d√©sir√©. On a plant√©, la nuit pr√©c√©dente, au bas du village, deux arbres ¬ęsacr√©s¬Ľ mat√©rialis√©s par deux ch√™nes verts ou deux grosses branches, repr√©sentation de la vie qui n'en finit pas, et √† chacun d'eux, on a suspendu une balle. Le dimanche venu, la population va chercher le maire qui, ceint de son √©charpe, insigne de son autorit√©, offre le bras aux deux premi√®res nouvelles-mari√©es de l'ann√©e. Un des ch√™nes verts a quitt√© sa place et est solennellement port√© au pr√© au son d'un air martial jou√© par la fanfare locale. La balle est alors descendue par le maire qui la jette en criant ¬ęSurle¬Ľ, lancer qui sera renouvel√© par les jeunes novias. Il s'ensuit une m√™l√©e hom√©rique un peu comparable √† celle du rugby, o√Ļ le camp des maris, go√Ľtant pleinement √† la vie et ayant peur qu'elle leur √©chappe, court apr√®s la boule, image de cette vie, pour ne pas la perdre, et dispute la balle au camp adverse des c√©libataires, qui voudrait bien prendre la part de ce plaisir qu'il n'a pas encore savour√© et la ravir aux hommes mari√©s. Celui qui parvient le premier √† s'en saisir, court √† l'Embroye la ¬ęfaire boire¬Ľ et la rapporte triomphalement au maire, tandis que l'assistance reprend en chŇďur le chant de La Surle. Autant de n√īvis, autant d'engagements, de trempettes et de ¬ę canons ¬Ľ de vin. Le lendemain, la f√™te continue avec les maris ¬ęcornards¬Ľ conduits cette fois par le premier adjoint. Le second arbre va rejoindre l'autre au ¬ęPr√© de la Surle¬Ľ. Tout se passe pratiquement comme la veille et se termine le soir par un grand bal masqu√© populaire (Michel Carlat, Vivarais Ard√®che, 1991 - books.google.fr).

 

Un acte du notaire Avenet, de Valence (1503 √† 1511), dont nous devons la communication √† l‚Äôobligeance de M. Lacroix, le savant archiviste de la Dr√īme, nous fait conna√ģtre une transaction de 1440, d‚Äôo√Ļ il r√©sulte que les surles n‚Äô√©taient pas inconnues sur la rive gauche du Rh√īne. Il y a, dit l‚Äôacte, trois classes d‚Äôhabitants √† Valence, les bourgeois, les artisans et les manouvriers. La premi√®re a ses c√©r√©monies propres ind√©pendantes de celles des deux autres classes. Celles des artisans et des cultivateurs nous r√©v√®lent des violences et des actes repr√©hensibles qui accusent des mŇďurs barbares et peu de police. Des arbitres, nomm√©s par les artisans et les manouvriers des quartiers de la Rivi√®re (basse ville), de la porte Tourd√©on et de la porte St-F√©lix, prononc√®rent la sentence suivante : ¬ęLes classes des artisans et des manouvriers, comme celle des bourgeois, auront chacune leur surle et larnage ou charivari particulier, √† moins d‚Äôune invitation sp√©ciale contraire. Les conseillers de la ville conna√ģtront de la taxe √† imposer au nouveau mari√©. Il n‚Äôy aura plus de larnages honteux. On cessera aussi, pour les premi√®res noces, de pousser violemment les √©poux vers le Rh√īne, ou vers les maisons mal fam√©es, pour avoir une ran√ßon, car cette ran√ßon sera pay√©e librement en d√©termin√©e par les conseillers de la ville.¬Ľ [...] Il y avait alors, comme on le voit, deux usages distincts : le charivari (charivaricum) ou lainage (in larnacum), et la surle (surlam) tendant tous √† ran√ßonner des nouveaux mari√©s. Le charivari parait avoir √©t√© plus sp√©cialement affect√© aux secondes noces et la surle aux premi√®res (Albin Mazon, Voyage autour de Crussol, 1888 - books.google.fr).

 

Charmes est au nord de Rompon, à 25 km.

 

La symbolique des jeux de soule

 

Le champ s√©mantique dominant de la soule/choule en Picardie s'inscrit dans celui de la violence et de la puissance; choler c'est tourmenter, bousculer. [...] La choule telle qu'elle est encore jou√©e √† Tricot constitue un rituel de renouvellement de la vie. La communaut√© du village est rassembl√©e, non pas autour d'un chamane comme en Sib√©rie, mais autour d'acteurs que la population investit en quelque sorte de la fonction de procurer fertilit√©, f√©condit√©, convivialit√©, chance et de faire en sorte que l'avenir ne soit pas compromis. L'acc√®s des jeunes hommes √† l'√Ęge matrimonial s'y inscrit. [...] Le jeu rituel permet d'infl√©chir l'√©quilibre sociologique et la prosp√©rit√© √©conomique par un double jeu : la reproduction de la communaut√©, tant celle des hommes que celle de l'environnement nourricier d'un pays √† vocation agricole, et la restauration d'une forme de sociabilit√© homog√®ne par le jeu de tous. La choule ¬ęop√®re au niveau individuel comme au niveau collectif [en permettant de mettre] en sc√®ne pour chacun l'id√©al de virilit√© qui lui vaut d'√™tre int√©gr√© √† sa communaut√©, et constitue pour celle-ci le lien par excellence o√Ļ s'expriment son int√©grit√© et son identit√© collective¬Ľ (Hamayon, 1995, p. 81) (Fran√ßoise Forget-Decloquemont, La choule √† Tricot, Jeux rituels: d√©di√©s √† la m√©moire d'Eric de Dampierre et en hommage √† sa vision de la recherche, 2000 - books.google.fr).

 

"confin"

 

En latin classique, confinium poss√®de d√©j√† le sens de "limite commune √† des champs, √† des territoires". Celui-ci est conserv√© tout le long du Moyen Age, mais s'y ajoutent les sens de "territoire" au VI¬į s., "finage" au VIII¬į s., "r√©gion fronti√®re" au DX¬į s. En mfr., confins "partie d'un territoire limitrophe" (XV¬į s.) (P.-H. Billy, Les limites territoriales dans la toponymie de la France, Nouvelle revue d'onomastique, Num√©ros 29 √† 32, Soci√©t√© fran√ßaise d'onomastique, 1997 - books.google.fr).

 

Les √©tats limitrophes sont tenus de fixer en commun leurs fronti√®res, et de les indiquer aussi clairement que possible. L'obligation de r√©gulariser les fronti√®res r√©sulte du devoir qu'ont les √©tats de vivre en paix les uns √† c√īt√© des autres. Chacun d'eux a le droit de gouverner jusqu'√† sa fronti√®re, et chacun d'eux est tenu de ne pas empi√©ter sur le territoire voisin. Ils ont donc tous deux le droit et l'obligation de d√©terminer en commun la limite qui les s√©pare et leur est commune. On peut appliquer ici par analogie le judicium finium regundarum des Romains, en tenant compte de la diff√©rence qui existe entre la nature priv√©e de la propri√©t√© et la nature publique du territoire. Pour indiquer les fronti√®res, on pose des bornes ou des poteaux, creuse des foss√©s, b√Ętit des murs, place des bou√©es flottantes, etc. (Johann Caspar Bluntschli, Le droit international codifi√©, traduit par Charles Lardy, 1874 - books.google.fr).

 

Le recueil des Agrimensores ou ing√©nieurs romains charg√©s du cadastre, le Digeste, les codes Th√©odosien (pour le judicium finium regundarum, au livre II, tit. XXVI) et Justinien fournissent des mat√©riaux abondants qui, mis en Ňďuvre par une main habile, peuvent √©claircir plusieurs questions encore assez obscures sur le droit agraire, l‚Äôimp√īt territorial, l‚Äôimmunit√©, la r√©partition de la propri√©t√© fonci√®re, son √©valuation et sa limitation. Nous en ferons usage plus tard, et nous nous bornerons ici √† ce qui concerne le cadastre (Adolphe Dureau de La Malle, √Čconomie politique des Romains, 1811 - books.google.fr).

 

On peut se référer pour le code Théodosien au quatrain I, 80 - Les Condés en Bourgogne - 1616-1617, sachant que les Burgondes ont occupé la Savoie actuelle à partir du règne de Théodose II, dont le code en question porte le nom.

 

393. Lettres de Louis Dauphin qui ordonne au conseil delphinal et √† la chambre des comptes de commettre deux personnes notables pour r√©gler les limites d'entre le Dauphin√© et la Savoie, etc - C. D. A Chinon, le 3 avr. av. P√Ęq. 1445/6. (A. de Montannel, La topographie militaire de la fronti√®re des Alpes, Volumes 3 √† 6, 1869 - books.google.fr).

 

Le premier auteur qui ait essay√© de mettre un peu d'ordre dans les relations europ√©ennes, et de r√©duire la fr√©quence et les exc√®s de la comp√©tition militaire, et qui est, √† juste titre, consid√©r√© dans cette d√©marche comme le fondateur du droit international public moderne, d√©gageant le jus gentium du vieux jus naturelle, n√© de la ¬ęraison naturelle¬Ľ, profess√© par les jurisconsultes romains √† la suite du fameux Ga√Įus, puis fond√© sur le christianisme, depuis le XIIIe si√®cle, et saint Thomas d'Aquin, √† la partie de la Somme Th√©ologique consacr√©e aux lois, le premier donc, Hugo Grotius (Hugues Cornets de Groot), n√© √† Delft en 1583, mort en 1645 au service de la Su√®de, connu surtout par son c√©l√®bre De jure belli ac pacis paru en 1625, dont l'autorit√© a √©t√© immense, se tenant sur les sommets des grands principes de souverainet√© et d'√©galit√©, n'est jamais descendu au niveau du d√©tail concret, par la proposition de r√®gles convenables en pratique. Sur cette question de la fronti√®re, Hugo Grotius n'a donc rien apport√© de positif au sens que les juristes donnent √† cette √©pith√®te (Johann√®s Palli√®re, De la Savoie au Comt√© de Nice en 1760: les secrets de la nouvelle fronti√®re, 2000 - books.google.fr).

 

A la suite de toutes les r√©volutions qui ont agit√© l'Orient et l'Occident, au milieu du barbarisme et de l'ignorance du moyen-√Ęge, il n'est pas √©tonnant qu'on ait perdu le texte des commentaires de Gaius; tel a √©t√© le sort de la plupart des travaux des jurisconsultes romains, et si nous ne poss√©dions pas les Pandectes, nous pourrions bien dire que le droit romain nous serait √† peu pr√®s inconnu. Les manuscrits contenant les Institutes de Gaius ont √©t√© d√©truits ou perdus. Aussi n'a-t-on connu les Institutes de Gaius, jusqu'au commencement de ce si√®cle, que par l'abr√©g√© du br√©viaire d'Alaric. Ce r√©sum√© des Institutes de Gaius a √©t√© √©dit√© pour la premi√®re fois par Sichardus, ensuite par Almaricus Bouchardus (Lovean, 1570. in-12") ; en 1600, par Hieronimus Haloander, √† Venise, et plus tard, par Schulting dans sa Jurisprudentia antejustiniana. [...] On ne peut donc pas admettre que le texte original des Institutes de Gaius ait √©t√© connu √† la fin du moyen-√Ęge : c'est Niebuhr qui, le premier, √† d√©couvert, en 1816, un manuscrit des Institutes de Gaius (Ernest D√©sir√© Glasson, Etude sur Ga√Įus, 1867 - books.google.fr).

 

Trouvant ses terres d'√©lection dans la France septentrionale, de la Bretagne √† l'Artois, elle oppose deux communaut√©s, une paroisse contre une autre, les c√©libataires aux hommes mari√©s, et ¬ęappara√ģt comme le jeu collectif par excellence des campagnes¬Ľ (Mehl, op. cit.,p.75). Qu'elle soit faite de bois, de cuir, qu'il s'agisse d'une boule ou d'un ballon, la soule doit √™tre transport√©e √† un point convenu d'avance, l'espace de jeu √©tant circonscrit par le finage des villages engag√©s. Tous les moyens sont permis pour s'en emparer et la conserver; au contraire des exercices corporels nobles, le jeu n'est affect√© par aucune r√®gle l'inscrivant dans le processus de r√©duction de la violence. Les archives judiciaires indiquent d'ailleurs que blessures et m√™me d√©c√®s de participants ponctuent souvent des rencontres de soule qui mettent en en jeu l'honneur d'un groupe masculin ou font rejouer les conflits ayant oppos√© des communaut√©s villageoises (Merdrignac, 2002, p.227). Comme d'autres divertissements populaires, la soule offre donc l'occasion d'un d√©bordement pulsionnel dans lequel le joueur √©chappe aux limitations de l'usage de la violence impos√©es par l'√Čglise et le roi. Elle est un temps de bouleversement de l'ordre √©tabli et d'ivresse qui la rapproche des charivaris ou des r√©jouissances sans frein du carnaval que les institutions eccl√©siales et royales cherchent, depuis le XVIe si√®cle, √† policer voire √† supprimer¬† (Patrick Clastres, Paul Dietschy, Sport, Soci√©t√© et culture XIXe √† nos jours, 2006 - books.google.fr).

 

Le mariage savoyard du dauphin Louis

 

√Ä la fin de l'ann√©e 1446, ayant conspir√© contre Agn√®s Sorel et Pierre II de Br√©z√©, il fut chass√© de la cour et se r√©fugia dans son gouvernement, en Dauphin√©, d'abord √† Romans-sur-Is√®re, puis √† Grenoble o√Ļ il fit son entr√©e le 12 ao√Ľt 1447. C'est probablement √† cette √©poque qu'il rencontra un jeune noble dauphinois, Imbert de Batarnay, qu'il attacha √† son service et dont il allait faire, parvenu sur le tr√īne, l'un de ses chambellans et conseillers les plus √©cout√©s. Install√© √† Grenoble place Saint-Andr√© dans l'h√ītel de la Tr√©sorerie, sp√©cialement am√©nag√©, il fait son apprentissage de roi pendant neuf ans. Peu √† peu, sous son administration rigoureuse, le Dauphin√© devient un √Čtat nettement distinct de la France. Il r√©forme la fiscalit√©, attira √† Grenoble des artisans √©trangers et des banquiers juifs maltrait√©s par Humbert II et fonde en 1452 une universit√© √† Valence, confirm√©e par le pape Pie II en 1459. Il transforme en 1453 le vieux Conseil delphinal en Parlement du Dauphin√©, le troisi√®me du royaume apr√®s ceux de Paris et Toulouse, faisant passer la cit√© au statut de capitale provinciale. Louis charge m√™me son conseiller Mathieu Thomassin d'√©tablir les bases juridiques de sa souverainet√©, par un volumineux br√©viaire des anciens droits, honneurs et pr√©rogatives du Dauphin√©, intitul√© Registre delphinal, achev√© en 1456. Louis continua √† entretenir avec le roi son p√®re des relations apparemment excellentes en lui √©crivant des lettres pleines de respect. Malgr√© ce d√©vouement, le dauphin poursuivit une politique personnelle en nourrissant l'ambition de constituer un vaste fief sur les deux versants des Alpes. Dans ce but, il signa un trait√© d'assistance avec le duc Louis Ier de Savoie, et forma le projet d'√©pouser sa fille Charlotte de Savoie, √Ęg√©e de 6 ans seulement. Il en avertit son p√®re qui d√©p√™cha un √©missaire en Savoie afin d'exprimer au duc sa surprise et son courroux. Mais des envoy√©s du dauphin Louis intercept√®rent le cavalier et, sous pr√©texte de lui faire escorte, ralentirent sa marche autant qu'ils le purent. Enfin arriv√© √† destination le 8 mars 1451, ce fut pour voir les √©poux v√™tus de velours cramoisi, franchir le seuil de la chapelle du ch√Ęteau de Chamb√©ry. Le 9 mars 1451, Louis √©pousa Charlotte de Savoie, fille du duc Louis Ier de Savoie, somptueusement dot√©e de 200 000 √©cus, dont 12 000 comptant. N√©anmoins, Louis rencontra par la suite des difficult√©s pour entrer en possession de toute la dot. Parall√®lement au mariage, Louis et le duc de Savoie avaient sign√© une alliance exclusive (fr.wikipedia.org - Louis XI).

 

Il s'agit plut√īt d'obtenir, par un mariage, l'appui d'un puissant beau-p√®re. Le dauphin dirige ses regards du c√īt√© de la Savoie, dont il attend un bon voisinage et une aide financi√®re ; son souverain, le duc Louis, lui propose sa fille Charlotte. Elle n'est pas encore nubile, mais mieux vaut, selon l'usage du temps, en disposer sur-le-champ. D√®s 1449, le dauphin et le duc forment une alliance orale, √† la fois militaire et matrimoniale ; Charlotte doit apporter la dot fastueuse de quatre cent mille √©cus. Encore faut-il obtenir l'assentiment de Charles VII. Le dauphin lui adresse une ambassade pour la forme. Malgr√© les r√©ticences du roi, qui a d'autres ambitions pour son fils, Louis fait la sourde oreille, et √©pouse sa princesse¬† (Ivan Gobry, Louis XI: la force et la ruse, 2001 - books.google.fr).

 

Typologie

 

On obtient l'année 768 par report de 2124 depuis la date pivot de 1446.

 

Apr√®s la guerre d'Aquitaine dont l'issue favorable affermissait les droits de sa famille et donnait l'unit√© √† son royaume, P√©pin-le-Bref pouvait enfin mourir. Atteint d'une fi√®vre violente, au retour d'une exp√©dition, il se fil transporter pr√®s du tombeau de saint Martin de Tours, et de l√† dans l'abbaye de Saint-Denis. Comme il sentait sa fin prochaine, il appela aupr√®s de lui ses nobles, ainsi que les √©v√™ques et les simples pr√™tres, et apr√®s avoir, du consentement de l'assembl√©e, partag√© √©galement ses √Čtats entre ses deux fils, il mourut le 24 septembre 768. Selon la volont√© du dernier roi, confirm√©e par l'assentiment national, Charles devait partager avec son fr√®re Carloman l'h√©ritage des √Čtats paternels. Toutefois, dans une nouvelle assembl√©e de leudes, le partage fait au lit de mort de P√©pin se trouva modifi√©, et, par suite, Charles alla se faire couronner √† Noyon, comme roi de Neustrie et d'Aquitaine, tandis que Carloman recevait √† Soissons la couronn√© d‚ÄôAustrasie et de Bourgogne. La discorde, dont la division des √Čtats avait tant de fois donn√© le signal, ne tarda pas √† √©clater entre les deux fr√®res, surtout quand le soul√®vement de l'Aquitaine, dont ils s'√©taient partag√© les d√©pouilles, r√©clama leur mutuelle intervention. A la voix de Hunald, qui √©tait sorti de son couvent pour venger l'humiliation de son pays et le meurtre de son fils, les habitants de cette province venaient encore une fois de courir aux armes. Pour comprimer cette r√©volte, Charles se mit seul en marche vers le Midi, car son fr√®re Carloman refusa de l'accompagner. Bient√īt le vieux duc des Aquitains, √©cras√© par des forces sup√©rieures, fut contraint de se r√©fugier en Gascogne et del√† en Italie, o√Ļ sa haine, survivant √† l'√Ęge et aux malheurs, devait susciter de nouveaux obstacles aux Francs, ses ennemis. Cependant, la mort pr√©matur√©e de Carloman avait r√©uni tous les Etats de P√©pin sous la domination de Charles, dont l'ambition n'avait pas craint de d√©pouiller ses neveux de la succession paternelle (Alphonse Dantier, Histoire du Moyen Age, 1852 - books.google.fr).

 

Tout ce qui est compris aujourd'hui dans la province de Languedoc fut partagé entre ces deux princes, que la Septimanie & le Vivarais échurent a Carloman, & que Charles regna sur le Toulousain, l'Albigeois, le Gévaudan & le Velai (Claude Devic, Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives, 1730 - books.google.fr).

 

Pr√©cis√©ment ce partage est tel que Charles qui a un croissant septentrional, de la Bavi√®re aux Pyr√©n√©es, et Carloman qui a une sorte de boule centrale et m√©ridionale (avec Souabe, Metz, Reims et Paris et les routes du Rh√īne et d'Italie) ont chacun un morceau d'Aquitaine √† peine soumise : Charles a Tours et Poitiers, Carloman s'avance jusqu'√† Toulouse (L'Interm√©diaire des chercheurs et curieux, 1967 - books.google.fr).

 

Il est vrai qu'il existe des monuments fort anciens qui nous repr√©sentent le grand empereur ceint d'une couronne orn√©e de fleurons semblables √† ceux port√©s par les autres souverains de sa race, et qu'une sculpture √† Fulde nous offre l'image de son fr√®re Carloman, vers l'√Ęge de 14 ans, tenant dans la main droite le sceptre au c√©l√®bre fleuron et de la gauche un globe orn√©, au centre, de la croix grecque (Jean van Malderghem, Les fleurs de lis de l'ancienne monarchie fran√ßaise: leur origine, leur nature, leur symbolisme, 1894 - books.google.fr).

 

Les effets symboliques du jeu de la choule √† Tricot ne sont pas explicitement d√©termin√©s mais il est √©vident que nous sommes en pr√©sence d'un jeu doubl√© d'un rituel qui vise √† la protection de la communaut√© villageoise, √† la f√©condit√© et la fertilit√© des hommes et de la terre, avec un ph√©nom√®ne adjacent qui est un rite de passage pour les individus m√Ęles de la communaut√©. [...] Le jeu a lieu au moment o√Ļ la terre a besoin de se r√©veiller. C'est la fin de l'hiver, Mardi gras se situe entre le 7 f√©vrier et le 15 mars, les semailles d'automne ont besoin de soleil pour prendre vie. La terre doit √™tre pr√™te √† recevoir les semailles de printemps. Dans certains villages, on a dit que le jeu bien men√© donnerait une bonne r√©colte (Fran√ßoise Forget-Decloquemont, La choule √† Tricot, Jeux rituels: d√©di√©s √† la m√©moire d'Eric de Dampierre et en hommage √† sa vision de la recherche, 2000 - books.google.fr).

 

On r√©utilise fr√©quemment des sarcophages de marbre antiques pour y inhumer les souverains carolingiens. Le fait n'√©tait cependant pas enti√®rement nouveau ; on en conna√ģt de nombreux exemples √† l'√©poque m√©rovingienne, comme le sarcophage de marbre dans lequel l'√©v√™que Bernoin mit au IXe si√®cle les restes de saint And√©ol √† Bourg-Saint-And√©ol. Cependant l'originalit√© de l'√©poque carolingienne est d'avoir √©tendu cette mesure √† un grand nombre de souverains. Le premier exemple serait celui de Carloman, fr√®re de Charlemagne, qui fut enterr√© dans un sarcophage de marbre d√©cor√© d'une sc√®ne de combat de b√™tes f√©roces, qui a aujourd'hui disparu (Alain Erlande-Brandenburg, Le Roi est mort: √©tude sur les fun√©railles, les s√©pultures et les tombeaux des rois de France jusqu'√† la fin du XIII√®me si√®cle, 1975 - books.google.fr).

 

L'appartenance de Bourg-Saint-And√©ol au Tricastin est d'ailleurs un fait durable, dans la mesure o√Ļ, au Xe si√®cle, le lieu est encore localis√© in comitatu Tricastinense 14 alors m√™me que, depuis le IXe si√®cle, il rel√®ve de la parroechia de Viviers selon le Martyrologe d'Adon. Nous avons manifestement un exemple de coterritorialit√© dont on peut d√©terminer la chronologie relative: dans le cas pr√©sent, c'est le dioc√®se qui introduit une nouvelle territorialit√© et qui, d'une certaine mani√®re, perturbe une organisation plus ancienne de l'espace administratif. En outre, la r√©partition des sites fortifi√©s de hauteur d'initiative publique tend √† r√©v√©ler le m√™me effet limite que celui per√ßu dans la Dotatio sur la zone incrimin√©e. Ces ouvrages imposants, tous actifs pendant le Ve si√®cle, se situent tr√®s nettement √† la p√©riph√©rie du Vivarais haut-m√©di√©val, parfois m√™me dans ses ultimes avanc√©es. C'est le cas avec les sites fortifi√©s de Saint-Saturnin et Ch√Ęteau-Porcher mais aussi avec celui de Rompon qui est un des sites les plus importants de la moyenne vall√©e du Rh√īne, comparable par ses dimensions √† l'oppidum de Saint-Blaise. Leur r√©partition √©voque ind√©niablement un effet limite et, plus encore peut-√™tre, un effet fronti√®re. C'est le cas √† Rompon et l'analyse reste √† faire pour les sites plus m√©ridionaux. L'ensemble de ces √©l√©ments tendent par cons√©quent √† changer notre vision du Vivarais. D'une mani√®re g√©n√©rale, il semble que l'√©tendue du Vivarais haut-m√©di√©val, au nord et au sud, soit beaucoup moins g√©n√©reuse que celle du dioc√®se, m√™me si la Dotatio r√©v√®le aussi de possibles enclaves m√©ridionales pendant le haut Moyen √āge (Didier Boisseuil, √Čcritures de l‚Äôespace social: M√©langes d‚Äôhistoire m√©di√©vale offerts √† Monique Bourin, 2019 - books.google.fr).

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