La Roche du Maine Saint Quentin

La Roche du Maine - Saint Quentin

 

IX, 19

 

2117-2118

 

Dans le millieu de la forest Mayenne,

Sol au lyon, la fouldre tombera :

Le grand bastard yssu du grand du Maine,

Ce jour Fougeres pointe en sang entrera.

 

La Roche-du-Maine fut du nombre des capitaines poitevins qUi se distingu√®rent sous le r√®gne de Fran√ßois Ier et de Henri II. [...] Le capitaine la Roche-du-Maine √©tait de la maison de Tiercelin, issue des anciens comtes de Toulouse, et alli√©e √† la maison royale de France, par le mariage de Robert Tiercelin, qui √©pousa Yolande du Castel ou du Ch√Ętel, fille de Hugues de Castel ou de Chastel, et de la sixi√®me fille de Robert II, comte de Dreux, issu de Louis-le-Gros, roi de France. Le grand la Roche-du-Maine mourut dans son ch√Ęteau de Chitr√©, pr√®s Ch√Ętellerault, le 2 juin 1569, √Ęg√© de quatre-vingt-cinq ans; Anne Turpin de Criss√©, son √©pouse, √©tait morte, en 1561, en son ch√Ęteau de la Ch√Ętaigneraie en Touraine (Antoine-Ren√©-Hyacinthe Thibaudeau, Histoire du Poitou, 1840 - books.google.fr).

 

Tiercelin tirait son surnom de la Roche-de-Maine, situ√©e sur les bords de la Mayenne, dans la paroisse de Fromenti√®res pr√®s de Ch√Ęteau-Gontier (Mayenne) (Martin Foucault, Seigneurs de Laval, 1875 - books.google.fr).

 

La chapelle située dans le hameau de Bourgneuf, sur la commune de Fromentières (Mayenne) date de l'époque romane, mais elle était déjà en ruines au XIX ème siècle. Les peintures datent de la fin du XIIIème siècle et sont à peine lisibles. Sur l'intrados de l'arc triomphal, on distingue encore des anges et une partie d'un calendrier des travaux des mois : la moisson avec une faucille et le battage du blé avec un fléau (Chapelle du Bourgneuf - danielpolice.essexchurches.info/).

 

Le calendrier de Fritz repr√©sentait, d'apr√®s les dessins, un Janus bifrons assis √† table, tenant de la main gauche une coupe qu'il portait √† l'une de ses bouches et de la main droite des clefs. Pour les autres mois il y a concordance exacte : F√©vrier : le paysan se chauffe ; Mars : il taille sa vigne; Mai : le chevalier part en promenade ; Juin : le paysan fauche son pr√© ; Juillet : il moissonne ; Ao√Ľt : il bat le bl√© ; Septembre : il vendange (Bulletin de la Commission historique et arch√©ologique de la Mayenne, 1910 - books.google.fr).

 

Donc √† Bourgneuf (Fromenti√®res), ce qui reste du calendrier marque juillet-ao√Ľt soit le signe zodiacal du Lion.

 

De Prin√ßay (d√©partement de la Vienne entre Loudun et Ch√Ętellerault) (curieux souterrain), d√©pend le ch√Ęteau de la Roche du Maine, en ruines, du XVIe s., flanqu√© de tours √† m√Ęchicoulis : au-dessus de la porte d'entr√©e, statue √©questre de Charles Tiercelin, dit le "Grand La Roche-du-Maine" (Val de Loire; Maine, Orl√©anais, Touraine, Anjou, 1963 - books.google.fr).

 

En 1557, tandis que l'√©lite des arm√©es fran√ßaises √©tait en Italie avec le duc de Guise, Philibert-Emmanuel, duc de Savoie, qui, chass√© de ses √©tats par les Fran√ßais, s‚Äô√©tait fait le lieutenant du roi d‚ÄėEspagne, envahit le nord de la France √† la t√™te de soixante mille Espagnols, Allemands, Anglais, N√©erlandais, Wallons et Comtois. Apr√®s avoir emport√© et br√Ľl√© Vervins, il passa devant Guise sans s‚Äėy arr√™ter, et parut, le 2 ao√Ľt, en vue de Saint‚ÄĒQuentin. [...] On pr√©tendit que des pr√©sages sinistres avaient annonc√© aux Saint-Quentinois les calamit√©s qui les mena√ßaient. On se rappela le clocher incendi√© par la foudre en 1547 (Aristide Guilbert, Histoire des villes de France avec une introduction generale pour chaque province, Volume 2, 1845 - books.google.fr).

 

En fait la foudre tomba en 1545.

 

Le 11 avril 1545, la foudre tomba sur le clocher qu'elle d√©truisit compl√®tement, et le feu, se communiquant √† la charpente, la consuma presqu'en entier. Pour r√©parer ces pertes, le roi Henri II accorda, entre autres secours, une somme de 500 livres pendant neuf ans; les seigneurs et gentilshommes du pays contribu√®rent pareillement √† cette r√©paration, soit par des sommes d'argent, soit en accordant √† titre gratuit certaines quantit√©s d'arbres √† prendre dans leurs bois ; de telle sorte que, par les soins du Chapitre et les dons de plusieurs bienfaiteurs, au nombre desquels figuraient les chanoines, le tout fut r√©tabli environ six ans apr√®s l'√©v√©nement. En t√©moignage de reconnaissance pour la lib√©ralit√© du monarque, on mit √† l'endroit le plus apparent de la vo√Ľte du chŇďur, c'est-√†-dire vers la lampe, les armes de Henri II, avec les croissans et autres attributs qui accompagnent toujours l'√©cusson de ce prince (Auguste Desains, Notes sur l'√©glise de Saint Quentin, M√©moires de la Soci√©t√© acad√©mique des sciences, arts, belles-lettres, argriculture & industrie de Saint-Quentin, 1858 - books.google.fr).

 

La bataille de Saint-Quentin (10 ao√Ľt 1557) est une victoire espagnole sur la France, sur les troupes du roi de France, Henri II, aux ordres du conn√©table de Montmorency. Saint-Quentin passe aux Espagnols, la route de Paris est ouverte (fr.wikipedia.org - Bataille de Saint-Quentin (1557)).

 

Sol en Lyon peut signifier le soleil dans le signe zodiacal du Lion soit entre le 22 juillet et le 22 ao√Ľt, ce qui est le cas du 10 ao√Ľt.

 

Dès le 28 juillet, le connétable de Montmorency était venu prendre le commandement de cette armée, accompagné de l'amiral Coligny, du duc de Montpensier, du maréchal Saint-André, du duc d'Enghein, du Reingrave, du baron de Curtou et du sieur de la Roche du Maine (Archives historiques et littéraire du Nord de la France, et de Midi de la Belgique, 1847 - books.google.fr).

 

Ce bon et grand Capitaine ne fit jamais que bien, ainsi qu'il fit à la bataille de Saint-Quentin, qui tout vieux qu'il estoit, ayant plus de soixante ans, combattit jusques à l'extrémité de ses forces faibles, son fils tué près de luy, s'efTorçant de de tout leur courage brave se secourir l'un l'autre : enfin le fils mort devant luy il fut pris prisonnier, et vesquit quelque temps après, sans avoir laissé grande lignée, dont c'est un très-grand dommage, car la race en estoit très-belle et bonne (Pierre de Bourdeille, Hommes illustres et grands capitaines français, Oeuvres complètes, Volume 1, présenté par Jean Alexandre C. Buchon, 1838 - books.google.fr).

 

Le tourangeau Christophe Plantin, n√© en 1514, √©migr√© √† Anvers o√Ļ il devint imprimeur, est selon une l√©gende fils de Charles de Tiercelin de La Roche du Maine, ou bien avec l'apothicaire Pierre Peret (ou Porret) fr√®res naturels issus du grand capitaine (Christophe Plantin et le sectaire mystique Henrik Niclaes, 1868 - books.google.fr).

 

Porret, membre de la Famille de Charité, mentionne les La Roche du Maine dans une lettre à Jan Moretus, mais datée du 20 septembre 1591. Porret informe son correspondant des vaines recherches de l'"amy" La Guillotière quant au blason des armoiries de cette seigneurie (Frank Lestringant, Sous la leçon des vents: le monde d'André Thevet, cosmographe de la Renaissance, 2003 - books.google.fr).

 

Nous pouvons nous dispenser de faire ressortir la fausset√© de cette g√©n√©alogie : Plantin et Porret eux-m√™mes se sont charg√©s de ce soin. Notons seulement que Charles de Tiercelin, comte de la Roche du Maine, un des plus illustres seigneurs fran√ßais de son temps, eut six fils dont les noms et pr√©noms sont connus et ne correspondent, en aucune fa√ßon, √† ceux de Plantin et de son ami. N√©anmoins nous avons cru devoir citer ce document, parce que, √† c√īt√© de ces inventions fantaisistes, il renferme des d√©tails qui portent un tel cachet d'authenticit√©, qu'ils ne peuvent avoir √©t√© fournis √† l'auteur que par des traditions conserv√©es dans la famille Moretus. Telles sont les relations de Plantin avec Grapheus, son aventure avec les masques et son amiti√© fraternelle envers Porret. Tous ces faits sont constat√©s par les archives plantiniennes, mais n'avaient, au XVIIIe si√®cle, trouv√© place dans aucun document imprim√© (Max Rooses, Christophe Plantin imprimeur anversois, 1897 - books.google.fr).

 

Cette légende de filiation n'est pas précisément datée, aussi on peut se demander si elle avait cours du vivant de Nostradamus.

 

Plantin a édité ou vendu des ouvrages de Nostradamus.

 

A-t-il exist√© une √©dition Plantin des Centuries, imprim√©e en 1555 √† Anvers ? Leon Voet signale des diff√©rences de prix importantes lors de la vente d'almanachs de Nostradamus par Christophe Plantin, imprimeur du Trait√© des Fardements et des Confitures en 1557 : un "Almanach de Nostradamus avec les pr√©sages" vendu 3 stuivers le 1er janvier 1556, 12 lots semblables vendus 1 florin 10 stuivers (= 30 stuivers) une semaine plus tard, et encore 5 lots vendus 12 ¬Ĺ stuivers le 5 ao√Ľt, et 3 lots vendus 7 ¬Ĺ stuivers le 12 ao√Ľt de la m√™me ann√©e, soit en moyenne 2 ¬Ĺ stuivers le lot (Archives Plantin 38, fol.2, Mus√©e Plantin-Moretus, Anvers). En revanche, plus d'une ann√©e apr√®s, le 27 septembre 1557, Plantin vend √† un libraire de Tournai 12 almanachs de Nostradamus (probablement des exemplaires de l'Almanach pour 1558, qui serait d√©j√† sorti, et non de l'Almanach pour 1557) √† raison de ¬Ĺ stuiver l'exemplaire (Archives Plantin 38, fol.26, Mus√©e Plantin-Moretus, Anvers). Voet conclut de la diff√©rence de prix, du simple au quintuple, que les livraisons de 1556 pourraient contenir les Proph√©ties d√©sign√©es par le terme ambig√ľ de "pr√©sages". Toutefois le faible nombre de lots vendus, comparativement √† la vente et distribution de centaines d'exemplaires de l'Almanach pour l'an 1558 courant 1558 (cf. Voet, 1, p.45), semble exclure que Plantin ait lui-m√™me imprim√© cette √©dition ; il en aurait plut√īt √©t√© le distributeur. Il s'agirait alors soit de l'√©dition "Denyse" (√©dition 2) qui aurait alors √©t√© imprim√©e au tout d√©but de l'ann√©e 1556, ou m√™me fin 1555, soit encore et plus vraisemblablement, du second tirage de l'√©dition Bonhomme (Patrice Guinard, Les premi√®res √©ditions des Proph√©ties 1555-1563 (√Čtat actuel des recherches, rep√®res bibliographiques, et conjectures) - cura.free.fr).

 

On peut relever que le grand b√Ętard est un type de papier en usage au XVI√®me si√®cle par les imprimeurs tel Plantin.

 

Plantin achetait une partie des papiers qu'il employait chez les papetiers anversois, dont les principaux √©taient Govaert Nys, sa veuve Lucie Dumoulin et ses deux fils, Guillaume et √Čgide, Martin Jacobs, Corneille Van Oproode et Jacques de Lengaigne. Le plus souvent c'√©taient des papetiers √©trangers, sp√©cialement des Fran√ßais, qui lui fournissaient directement leurs produits. Ceux de Troyes : Jean Gouault, Jean Moreau, Jean, Jacques et Michel Muet, Jean Hennequin, Pierre P√©ricard, Alexandre Le Clercq et Guillaume Collysis, qui √©pousa la veuve de ce dernier, √©taient les principaux; puis venaient Guillaume Nutz et Fran√ßois Lefort, de La Rochelle ; Adolphe et Jacques Van Lintzenich, d'Aix en Provence ; Gabriel Madurs et Jean de Coulenge, en Auvergne ; Nicolas Curiel, √† Rouen ; Guillaume Grandrie, de St-L√©onard dans le Nivernais ; Mathias Faes, de Zittaart, et Gilles Musenhole, de Francfort. Une seule fois une fourniture de papier lui fut faite par Daniel De Keyser, huissier au Conseil de Gand et papetier du moulin. Les fabricants de Troyes lui fournissaient du petit b√Ętard √† 24 sous la rame, du petit b√Ętard fin √† 35 s., du grand b√Ętard √† 45 s., du fin grand b√Ętard √† 57 s., du carr√© fin √† 26 s., du grand carr√© √† 28 s., du carillon gros bon au m√™me prix, du grand r√©al, du grand carr√© fin double et du fin double aigle, tous trois √† 72 s., et du double fin de Troyes √† 78 sous (Max Rooses, Christophe Plantin imprimeur anversois, 1897 - books.google.fr).

 

Le croisement des termes Anvers, Saint Quentin, 1557 renvoit sur les banquiers Fugger, que Rabelais appelle Foucquers, qui par jeu de mot avec l'ancien transcription "fugere" peuvent donner "Fougères" (Dictionnaire Universel François Et Latin, Vulgairement Appelé Dictionnaire De Trévoux, Volume 4, 1771 - books.google.fr).

 

Le Thesaurus Euonymi Philiatri De remediis secretis, est un manuel de distillation de matières médicales, publié en latin en 1552 à Zurich puis à Lyon de 1554 à 1559, en latin et français, sous le nom de Trésor des remèdes secrets par Evonyme Philiastre. L'ouvrage écrit par le naturaliste et polygraphe Suisse, Conrad Gesner, est publié sous le pseudonyme de Evonyme Philiastre. C'est une revue de synthèse des travaux sur les techniques de distillation et de leurs applications thérapeutiques. La première traduction française est le fait de l'érudit Barthélemy Aneau [cf. Quatrain IV,31] qui appelle Anton Fugger "Antoine Fougger", nouveau Lucullus (Konrad Gesner, Tresor des remedes secretz: liure physic, medical, alchymic & dispensatif de toutes substantiales liqueurs, traduit par Barthélemy Aneau, Antoine Vincent (Lyon), 1557 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Thesaurus Euonymi Philiatri De remediis secretis).

 

L'ouvrage de Dominicus Custos (1550‚Äď1612 env.) et des enfants de sa femme, Lucas (1579‚Äď1637) et Wolfgang (1581‚Äď1662) Kilian, intitul√© : Fuggerorum et Fuggerarum... √¶re express√¶ imagines, publi√© en 1618, portant sur la g√©n√©alogie des Fugger, avait √©t√© class√©, √† l'Arsenal, dans la botanique, par un biblioth√©caire ignorant, qui, comme le dit Ameilhon (1730-1811), l'avait sans doute pris pour un trait√© des foug√®res m√Ęles et femelles (Ulysse Robert, Voyage √† Vienne, 1900 - books.google.fr).

 

Or ce volume contenait l'histoire généalogique de la famille Fugger, ces fameux négociants d'Augsbourg qui, ayant prêté à Charles-Quint des sommes considérables, l'en acquittèrent au milieu d'une fête, en jetant son obligation dans un feu allumé avec des fagots de cannelle (Paul Antoine Cap, La science et les savants au XVIe siècle: tableau historique, 1867 - books.google.fr).

 

Dans un état de tension du marché "s'ouvrit, en 1557, entre la France et l'Espagne la guerre dite de Saint-Quentin. Or la guerre, au XVIe siècle comme au xxe, se faisait avec du papier. Au lendemain de son avènement, Philippe II s'était trouvé en face d'une situation financière inextricable. Comme les questions financières, en ce temps, se mêlaient aux questions religieuses en vertu des lois canoniques sur le prêt à intérêt, Philippe consulta ses théologiens. Ils étaient d'avis que, les engagements pris par Philippe étant usuraires, il lui était licite, en conscience, de ne pas les tenir. Mais on se rendit compte qu'une révocation générale des dettes rendrait impossible tout recours ultérieur au crédit, et on proposa aux créanciers une sorte de funding : on les indemniserait [...] Comme ils résistaient, un décret leur donna jusqu'au 1er janvier 1557 pour accepter ces juros, ou tout perdre. La banqueroute prenait l'allure d'une consolidation forcée de la dette flottante. On offrit donc aux créanciers une conversion doublée d'une consolidation forcée, qui permit de faire la guerre de Saint-Quentin. Pendant l'été de 1557, le roi Philippe suspendit les remboursements de créances en Espagne et aux Pays-Bas, il confisqua en même temps deux envois d'argent d'Espagne (570.000 ducats) destinés aux Fugger en Flandre, provoquant la colère et l'inquiétude du vieil Anton Fugger. Le résultat, qu'on aurait pu prévoir à Valladolid, fut la chute des juros à 85, puis à 75 %. Les Fugger, atteints en outre par les obstacles mis à l'exportation des métaux précieux, se crurent assez forts pour résister. Ils durent céder plus tard, lorsque les juros ne valurent plus que 50 ou 40 %. Dans l'intervalle les Welser, les Schetz avaient capitulé, puis les autres à leur exemple. Le crédit français semblait meilleur, même après le désastre de Saint-Quentin." (Henri Hauser, Les origines historiques des problèmes économiques actuels, 1930 - books.google.fr, Richard Ehrenberg, Le siècle des Fugger, 1955 - books.google.fr).

 

D√©s le d√©but de 1557, √† Anvers, les paiements en foire avaient √©t√© prorog√©s et la ville m√™me avait eu recours √† ce moratoire. Les Welser travers√®rent √† peu pr√®s la crise et ajourn√®rent la faillite de vingt-cinq ans. Les Fugger, depuis le milieu du si√®cle, voyaient baisser la productivit√© de leurs capitaux : au lieu des 15 pour 100 qu'ils recevaient en moyenne entre 1540 et 1546, ils avaient d√Ľ se contenter de 5, 5/8 pour 100 en 1547-1553, et d√®s lors ils entraient dans l'√®re des pertes. Dans cette crise de 1557, Anton essaya de liquider sa position √† Anvers, mais il fut oblig√© d'emprunter sur la place m√™me √† 8 ou 10 pour 100. Apr√®s la mort d'Anton, leur cr√©dit s'effondra. En 1563 leur passif √©tait de 5.600.000 florins pour un actif de 5.400.000, et leur bilan r√©v√®le la disparition des biens immobiliers, qui ont √©t√© partag√©s entre les diverses branches de la famille, la disparition aussi du trafic des marchandises, la faiblesse relative du capital social, la part pr√©pond√©rante, presque exclusive et dangereuse, prise dans les op√©rations de la maison par les affaires espagnoles et anversoises. A cette d√©cadence financi√®re correspond la discorde, la sortie de la soci√©t√© d'un certain nombre de membres de la famille. C'est une grande force qui dispara√ģt. D'ailleurs les faillites se multipliaient dans l'Allemagne du Sud, frappant durement les maisons engag√©es dans le ¬ę grand parti ¬Ľ, les Tucher, les Zangmeister. Avant m√™me les guerres civiles de France et les troubles des Pays-Bas, les places de Lyon et d'Anvers √©taient menac√©es par des causes profondes de d√©sorganisation. Viennent les d√©sastres, leur situation malsaine appara√ģtra √† tous les yeux. D√®s 1559-1560 l'extraordinaire essor du cr√©dit qui, financi√®rement avait caract√©ris√© la Renaissance, se trouve brusquement arr√™t√© (Louis Halphen, Philippe Sagnac, Peuples et civilisations: histoire g√©n√©rale, Volume 8, 1946 - books.google.fr).

 

Pour ce qui est de la "pointe en sang entrera", cela ressemble à une saignée - Nostradamus était médecin - non d'hémoglobine mais du sang de la guerre : l'argent.

 

Maintenant ie te veux donner le moyen de bien faire la saignée. [...] Le chirurgien tiendra sa lancette du pouce et de l'index, non trop loing ny trop pres de la pointe, et de ses trois autres doigts s'appuyera contre la partie et d'abondant mettra les deux doigts susdits, desquels il tient la lancette, sus le pouce, pour auoir d'auantage sa main ferme et non tremblante : alors fera incision vn peu obliquement au corps du vaissean, qui soit moyenne, non trop grande ny trop petite, selon le corps du vaisseau, et le sang gros et subtil que l'on aura coniecturé y estre contenu. Et se faut garder de toucher l'artere qui est souuent couchée sous la basilique, et sous la mediane vn nerf, ou le tendon du biceps : et quant à la veine cephalique, il n'y a aucun danger (Ambroise Paré, Oeuvres complètes, Volume 2, présenté par Joseph F. Malgaigne, 1840 - books.google.fr).

 

En Espagne, il y eut la banqueroute de 1557, suivie par celle de 1575 et puis par toute une série de crises, en moyenne une tous les vingt ans. Les Fugger, grands créanciers de Philippe II, y perdirent la plus grosse part de leur fortune. Leurs successeurs, les banquiers génois, plus habiles ou moins scrupuleux, résistèrent mieux aux saignées périodiques, mais, eux aussi, ils finirent par sombrer. En attendant, ils mirent l'Espagne en coupe réglée (Revue belge de philologie et d'histoire, Volume 35, 1957 - books.google.fr).

 

Philippe II croyait viser les banques √©trang√®res, surtout g√©noises. En fait, le contrecoup de la banqueroute espagnole dans toute l'Europe frappa et ruina les banques les plus faibles : ce n'√©taient pas les G√©nois. Les Fugger, qu'on disait vouloir pr√©server, furent atteints par le gel de leurs cr√©ances sur Anvers o√Ļ tous les paiements avaient √©t√© suspendus et ce fut pour eux le commencement de la fin. Les banquiers espagnols furent les plus touch√©s par cet effet de boomerang et, √† S√©ville, les deux plus importantes banques, Espinoza et Morga, firent faillite au d√©but de 1576. Cons√©quence impr√©vue, c'√©taient ces banques de S√©ville qui pr√©paraient et qui armaient la flota, c'est-√†-dire la flotte annuelle des galions qui allaient chercher l'argent et l'or en Am√©rique. De sorte que la flotte de 1576 ne partit pas et que donc m√™me l'argent-m√©tal n'arriva plus en Espagne pendant pr√®s de deux ans. Devant cette situation, Philippe II r√©agit conform√©ment √† son caract√®re et s'ent√™ta. Il fit agir ses service secrets : les agents de l'Espagne provoqu√®rent une insurrection tr√®s grave √† G√™nes, contre les Nobili Vec- chi, qui durent s'enfuir de leurs palais et dont, pour quelques-uns, la ruine fut consomm√©e. Une nouvelle constitution fut promulgu√©e √† G√™nes, le 17 mars 1576, au profit des Nobili Novi. Mais les plus puissants des Nobili Vecchi pr√©serv√®rent leurs biens et avaient trop de relations pour que la riposte tard√Ęt beaucoup ; install√©s finalement dans toute l'Europe, ils pouvaient agir en dehors de G√™nes, prot√©g√©s de ses troubles tout en restant juridiquement les ma√ģtres de leurs affaires de par le droit g√©nois. Il n'est donc pas surprenant qu'en cette ann√©e 1576 tous les paiements √† destination des troupes espagnoles des Flandres, qui luttaient contre l'insurrection des Pays-Bas, aient √©t√© suspendus. Les troupes mercenaires espagnoles n'√©tant pas pay√©es se soulev√®rent et mirent √† sac la ville d'Anvers, sans doute √† ce moment-l√† la place marchande la plus riche d'Europe (juillet 1576) qui, d√®s lors, d√©clina au b√©n√©fice d'Amsterdam (Banque, Num√©ros 353 √† 357, 1976 - books.google.fr).

 

Ainsi, lors de sa fameuse visite √† la biblioth√®que Saint-Victor, entre Le P√©tarrades des Bullistes et l'Almanach perp√©tuel pour les Go√Ľteux et V√©rollez, Gargantua trouve un Poulemart des Marchans. Dans son dictionnaire de la langue fran√ßaise Cotgrave nous apprend que le poulemart est une arme blanche tranchante. A la fin du XVIe si√®cle l'expression ¬ę√† fil de poulemart¬Ľ indique par exemple une lame bien aiguis√©e. Rabelais joue ici sur une image courante √† la Renaissance, celle du marchand √©gorgeur, pr√™t √† saigner ses victimes de leur argent (Philippe Desan, Marchands et marchandises dans l'oeuvre de Rabelais, Rabelais pour le XXIe si√®cle: actes du colloque du Centre d'√©tudes sup√©rieures de la Renaissance (Chinon-Tours, 1994), 1998 - books.google.fr).

 

Ici, ce sont les marchands Fugger qui sont saignés. On retrouve le poulemart dans les Centuries : "Leur chef pendu à fil de polemars" (II,48,4).

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