La Roche du Maine Saint Quentin

La Roche du Maine - Saint Quentin

 

IX, 19

 

2117-2118

 

Dans le millieu de la forest Mayenne,

Sol au lyon, la fouldre tombera :

Le grand bastard yssu du grand du Maine,

Ce jour Fougeres pointe en sang entrera.

 

La Roche-du-Maine fut du nombre des capitaines poitevins qUi se distinguèrent sous le règne de François Ier et de Henri II. [...] Le capitaine la Roche-du-Maine était de la maison de Tiercelin, issue des anciens comtes de Toulouse, et alliée à la maison royale de France, par le mariage de Robert Tiercelin, qui épousa Yolande du Castel ou du Châtel, fille de Hugues de Castel ou de Chastel, et de la sixième fille de Robert II, comte de Dreux, issu de Louis-le-Gros, roi de France. Le grand la Roche-du-Maine mourut dans son château de Chitré, près Châtellerault, le 2 juin 1569, âgé de quatre-vingt-cinq ans; Anne Turpin de Crissé, son épouse, était morte, en 1561, en son château de la Châtaigneraie en Touraine (Antoine-René-Hyacinthe Thibaudeau, Histoire du Poitou, 1840 - books.google.fr).

 

Tiercelin tirait son surnom de la Roche-de-Maine, située sur les bords de la Mayenne, dans la paroisse de Fromentières près de Château-Gontier (Mayenne) (Martin Foucault, Seigneurs de Laval, 1875 - books.google.fr).

 

La chapelle située dans le hameau de Bourgneuf, sur la commune de Fromentières (Mayenne) date de l'époque romane, mais elle était déjà en ruines au XIX ème siècle. Les peintures datent de la fin du XIIIème siècle et sont à peine lisibles. Sur l'intrados de l'arc triomphal, on distingue encore des anges et une partie d'un calendrier des travaux des mois : la moisson avec une faucille et le battage du blé avec un fléau (Chapelle du Bourgneuf - danielpolice.essexchurches.info/).

 

Le calendrier de Fritz représentait, d'après les dessins, un Janus bifrons assis à table, tenant de la main gauche une coupe qu'il portait à l'une de ses bouches et de la main droite des clefs. Pour les autres mois il y a concordance exacte : Février : le paysan se chauffe ; Mars : il taille sa vigne; Mai : le chevalier part en promenade ; Juin : le paysan fauche son pré ; Juillet : il moissonne ; Août : il bat le blé ; Septembre : il vendange (Bulletin de la Commission historique et archéologique de la Mayenne, 1910 - books.google.fr).

 

Donc à Bourgneuf (Fromentières), ce qui reste du calendrier marque juillet-août soit le signe zodiacal du Lion.

 

De Prinçay (département de la Vienne entre Loudun et Châtellerault) (curieux souterrain), dépend le château de la Roche du Maine, en ruines, du XVIe s., flanqué de tours à mâchicoulis : au-dessus de la porte d'entrée, statue équestre de Charles Tiercelin, dit le "Grand La Roche-du-Maine" (Val de Loire; Maine, Orléanais, Touraine, Anjou, 1963 - books.google.fr).

 

En 1557, tandis que l'élite des armées françaises était en Italie avec le duc de Guise, Philibert-Emmanuel, duc de Savoie, qui, chassé de ses états par les Français, s’était fait le lieutenant du roi d‘Espagne, envahit le nord de la France à la tête de soixante mille Espagnols, Allemands, Anglais, Néerlandais, Wallons et Comtois. Après avoir emporté et brûlé Vervins, il passa devant Guise sans s‘y arrêter, et parut, le 2 août, en vue de Saint—Quentin. [...] On prétendit que des présages sinistres avaient annoncé aux Saint-Quentinois les calamités qui les menaçaient. On se rappela le clocher incendié par la foudre en 1547 (Aristide Guilbert, Histoire des villes de France avec une introduction generale pour chaque province, Volume 2, 1845 - books.google.fr).

 

En fait la foudre tomba en 1545.

 

Le 11 avril 1545, la foudre tomba sur le clocher qu'elle détruisit complètement, et le feu, se communiquant à la charpente, la consuma presqu'en entier. Pour réparer ces pertes, le roi Henri II accorda, entre autres secours, une somme de 500 livres pendant neuf ans; les seigneurs et gentilshommes du pays contribuèrent pareillement à cette réparation, soit par des sommes d'argent, soit en accordant à titre gratuit certaines quantités d'arbres à prendre dans leurs bois ; de telle sorte que, par les soins du Chapitre et les dons de plusieurs bienfaiteurs, au nombre desquels figuraient les chanoines, le tout fut rétabli environ six ans après l'événement. En témoignage de reconnaissance pour la libéralité du monarque, on mit à l'endroit le plus apparent de la voûte du chœur, c'est-à-dire vers la lampe, les armes de Henri II, avec les croissans et autres attributs qui accompagnent toujours l'écusson de ce prince (Auguste Desains, Notes sur l'église de Saint Quentin, Mémoires de la Société académique des sciences, arts, belles-lettres, argriculture & industrie de Saint-Quentin, 1858 - books.google.fr).

 

La bataille de Saint-Quentin (10 août 1557) est une victoire espagnole sur la France, sur les troupes du roi de France, Henri II, aux ordres du connétable de Montmorency. Saint-Quentin passe aux Espagnols, la route de Paris est ouverte (fr.wikipedia.org - Bataille de Saint-Quentin (1557)).

 

Sol en Lyon peut signifier le soleil dans le signe zodiacal du Lion soit entre le 22 juillet et le 22 août, ce qui est le cas du 10 août.

 

Dès le 28 juillet, le connétable de Montmorency était venu prendre le commandement de cette armée, accompagné de l'amiral Coligny, du duc de Montpensier, du maréchal Saint-André, du duc d'Enghein, du Reingrave, du baron de Curtou et du sieur de la Roche du Maine (Archives historiques et littéraire du Nord de la France, et de Midi de la Belgique, 1847 - books.google.fr).

 

Ce bon et grand Capitaine ne fit jamais que bien, ainsi qu'il fit à la bataille de Saint-Quentin, qui tout vieux qu'il estoit, ayant plus de soixante ans, combattit jusques à l'extrémité de ses forces faibles, son fils tué près de luy, s'efTorçant de de tout leur courage brave se secourir l'un l'autre : enfin le fils mort devant luy il fut pris prisonnier, et vesquit quelque temps après, sans avoir laissé grande lignée, dont c'est un très-grand dommage, car la race en estoit très-belle et bonne (Pierre de Bourdeille, Hommes illustres et grands capitaines français, Oeuvres complètes, Volume 1, présenté par Jean Alexandre C. Buchon, 1838 - books.google.fr).

 

Le tourangeau Christophe Plantin, né en 1514, émigré à Anvers où il devint imprimeur, est selon une légende fils de Charles de Tiercelin de La Roche du Maine, ou bien avec l'apothicaire Pierre Peret (ou Porret) frères naturels issus du grand capitaine (Christophe Plantin et le sectaire mystique Henrik Niclaes, 1868 - books.google.fr).

 

Porret, membre de la Famille de Charité, mentionne les La Roche du Maine dans une lettre à Jan Moretus, mais datée du 20 septembre 1591. Porret informe son correspondant des vaines recherches de l'"amy" La Guillotière quant au blason des armoiries de cette seigneurie (Frank Lestringant, Sous la leçon des vents: le monde d'André Thevet, cosmographe de la Renaissance, 2003 - books.google.fr).

 

Nous pouvons nous dispenser de faire ressortir la fausseté de cette généalogie : Plantin et Porret eux-mêmes se sont chargés de ce soin. Notons seulement que Charles de Tiercelin, comte de la Roche du Maine, un des plus illustres seigneurs français de son temps, eut six fils dont les noms et prénoms sont connus et ne correspondent, en aucune façon, à ceux de Plantin et de son ami. Néanmoins nous avons cru devoir citer ce document, parce que, à côté de ces inventions fantaisistes, il renferme des détails qui portent un tel cachet d'authenticité, qu'ils ne peuvent avoir été fournis à l'auteur que par des traditions conservées dans la famille Moretus. Telles sont les relations de Plantin avec Grapheus, son aventure avec les masques et son amitié fraternelle envers Porret. Tous ces faits sont constatés par les archives plantiniennes, mais n'avaient, au XVIIIe siècle, trouvé place dans aucun document imprimé (Max Rooses, Christophe Plantin imprimeur anversois, 1897 - books.google.fr).

 

Cette légende de filiation n'est pas précisément datée, aussi on peut se demander si elle avait cours du vivant de Nostradamus.

 

Plantin a édité ou vendu des ouvrages de Nostradamus.

 

A-t-il existé une édition Plantin des Centuries, imprimée en 1555 à Anvers ? Leon Voet signale des différences de prix importantes lors de la vente d'almanachs de Nostradamus par Christophe Plantin, imprimeur du Traité des Fardements et des Confitures en 1557 : un "Almanach de Nostradamus avec les présages" vendu 3 stuivers le 1er janvier 1556, 12 lots semblables vendus 1 florin 10 stuivers (= 30 stuivers) une semaine plus tard, et encore 5 lots vendus 12 ½ stuivers le 5 août, et 3 lots vendus 7 ½ stuivers le 12 août de la même année, soit en moyenne 2 ½ stuivers le lot (Archives Plantin 38, fol.2, Musée Plantin-Moretus, Anvers). En revanche, plus d'une année après, le 27 septembre 1557, Plantin vend à un libraire de Tournai 12 almanachs de Nostradamus (probablement des exemplaires de l'Almanach pour 1558, qui serait déjà sorti, et non de l'Almanach pour 1557) à raison de ½ stuiver l'exemplaire (Archives Plantin 38, fol.26, Musée Plantin-Moretus, Anvers). Voet conclut de la différence de prix, du simple au quintuple, que les livraisons de 1556 pourraient contenir les Prophéties désignées par le terme ambigü de "présages". Toutefois le faible nombre de lots vendus, comparativement à la vente et distribution de centaines d'exemplaires de l'Almanach pour l'an 1558 courant 1558 (cf. Voet, 1, p.45), semble exclure que Plantin ait lui-même imprimé cette édition ; il en aurait plutôt été le distributeur. Il s'agirait alors soit de l'édition "Denyse" (édition 2) qui aurait alors été imprimée au tout début de l'année 1556, ou même fin 1555, soit encore et plus vraisemblablement, du second tirage de l'édition Bonhomme (Patrice Guinard, Les premières éditions des Prophéties 1555-1563 (État actuel des recherches, repères bibliographiques, et conjectures) - cura.free.fr).

 

On peut relever que le grand bâtard est un type de papier en usage au XVIème siècle par les imprimeurs tel Plantin.

 

Plantin achetait une partie des papiers qu'il employait chez les papetiers anversois, dont les principaux étaient Govaert Nys, sa veuve Lucie Dumoulin et ses deux fils, Guillaume et Égide, Martin Jacobs, Corneille Van Oproode et Jacques de Lengaigne. Le plus souvent c'étaient des papetiers étrangers, spécialement des Français, qui lui fournissaient directement leurs produits. Ceux de Troyes : Jean Gouault, Jean Moreau, Jean, Jacques et Michel Muet, Jean Hennequin, Pierre Péricard, Alexandre Le Clercq et Guillaume Collysis, qui épousa la veuve de ce dernier, étaient les principaux; puis venaient Guillaume Nutz et François Lefort, de La Rochelle ; Adolphe et Jacques Van Lintzenich, d'Aix en Provence ; Gabriel Madurs et Jean de Coulenge, en Auvergne ; Nicolas Curiel, à Rouen ; Guillaume Grandrie, de St-Léonard dans le Nivernais ; Mathias Faes, de Zittaart, et Gilles Musenhole, de Francfort. Une seule fois une fourniture de papier lui fut faite par Daniel De Keyser, huissier au Conseil de Gand et papetier du moulin. Les fabricants de Troyes lui fournissaient du petit bâtard à 24 sous la rame, du petit bâtard fin à 35 s., du grand bâtard à 45 s., du fin grand bâtard à 57 s., du carré fin à 26 s., du grand carré à 28 s., du carillon gros bon au même prix, du grand réal, du grand carré fin double et du fin double aigle, tous trois à 72 s., et du double fin de Troyes à 78 sous (Max Rooses, Christophe Plantin imprimeur anversois, 1897 - books.google.fr).

 

Le croisement des termes Anvers, Saint Quentin, 1557 renvoit sur les banquiers Fugger, que Rabelais appelle Foucquers, qui par jeu de mot avec l'ancien transcription "fugere" peuvent donner "Fougères" (Dictionnaire Universel François Et Latin, Vulgairement Appelé Dictionnaire De Trévoux, Volume 4, 1771 - books.google.fr).

 

Le Thesaurus Euonymi Philiatri De remediis secretis, est un manuel de distillation de matières médicales, publié en latin en 1552 à Zurich puis à Lyon de 1554 à 1559, en latin et français, sous le nom de Trésor des remèdes secrets par Evonyme Philiastre. L'ouvrage écrit par le naturaliste et polygraphe Suisse, Conrad Gesner, est publié sous le pseudonyme de Evonyme Philiastre. C'est une revue de synthèse des travaux sur les techniques de distillation et de leurs applications thérapeutiques. La première traduction française est le fait de l'érudit Barthélemy Aneau [cf. Quatrain IV,31] qui appelle Anton Fugger "Antoine Fougger", nouveau Lucullus (Konrad Gesner, Tresor des remedes secretz: liure physic, medical, alchymic & dispensatif de toutes substantiales liqueurs, traduit par Barthélemy Aneau, Antoine Vincent (Lyon), 1557 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Thesaurus Euonymi Philiatri De remediis secretis).

 

L'ouvrage de Dominicus Custos (1550–1612 env.) et des enfants de sa femme, Lucas (1579–1637) et Wolfgang (1581–1662) Kilian, intitulé : Fuggerorum et Fuggerarum... ære expressæ imagines, publié en 1618, portant sur la généalogie des Fugger, avait été classé, à l'Arsenal, dans la botanique, par un bibliothécaire ignorant, qui, comme le dit Ameilhon (1730-1811), l'avait sans doute pris pour un traité des fougères mâles et femelles (Ulysse Robert, Voyage à Vienne, 1900 - books.google.fr).

 

Or ce volume contenait l'histoire généalogique de la famille Fugger, ces fameux négociants d'Augsbourg qui, ayant prêté à Charles-Quint des sommes considérables, l'en acquittèrent au milieu d'une fête, en jetant son obligation dans un feu allumé avec des fagots de cannelle (Paul Antoine Cap, La science et les savants au XVIe siècle: tableau historique, 1867 - books.google.fr).

 

Dans un état de tension du marché "s'ouvrit, en 1557, entre la France et l'Espagne la guerre dite de Saint-Quentin. Or la guerre, au XVIe siècle comme au xxe, se faisait avec du papier. Au lendemain de son avènement, Philippe II s'était trouvé en face d'une situation financière inextricable. Comme les questions financières, en ce temps, se mêlaient aux questions religieuses en vertu des lois canoniques sur le prêt à intérêt, Philippe consulta ses théologiens. Ils étaient d'avis que, les engagements pris par Philippe étant usuraires, il lui était licite, en conscience, de ne pas les tenir. Mais on se rendit compte qu'une révocation générale des dettes rendrait impossible tout recours ultérieur au crédit, et on proposa aux créanciers une sorte de funding : on les indemniserait [...] Comme ils résistaient, un décret leur donna jusqu'au 1er janvier 1557 pour accepter ces juros, ou tout perdre. La banqueroute prenait l'allure d'une consolidation forcée de la dette flottante. On offrit donc aux créanciers une conversion doublée d'une consolidation forcée, qui permit de faire la guerre de Saint-Quentin. Pendant l'été de 1557, le roi Philippe suspendit les remboursements de créances en Espagne et aux Pays-Bas, il confisqua en même temps deux envois d'argent d'Espagne (570.000 ducats) destinés aux Fugger en Flandre, provoquant la colère et l'inquiétude du vieil Anton Fugger. Le résultat, qu'on aurait pu prévoir à Valladolid, fut la chute des juros à 85, puis à 75 %. Les Fugger, atteints en outre par les obstacles mis à l'exportation des métaux précieux, se crurent assez forts pour résister. Ils durent céder plus tard, lorsque les juros ne valurent plus que 50 ou 40 %. Dans l'intervalle les Welser, les Schetz avaient capitulé, puis les autres à leur exemple. Le crédit français semblait meilleur, même après le désastre de Saint-Quentin." (Henri Hauser, Les origines historiques des problèmes économiques actuels, 1930 - books.google.fr, Richard Ehrenberg, Le siècle des Fugger, 1955 - books.google.fr).

 

Dés le début de 1557, à Anvers, les paiements en foire avaient été prorogés et la ville même avait eu recours à ce moratoire. Les Welser traversèrent à peu près la crise et ajournèrent la faillite de vingt-cinq ans. Les Fugger, depuis le milieu du siècle, voyaient baisser la productivité de leurs capitaux : au lieu des 15 pour 100 qu'ils recevaient en moyenne entre 1540 et 1546, ils avaient dû se contenter de 5, 5/8 pour 100 en 1547-1553, et dès lors ils entraient dans l'ère des pertes. Dans cette crise de 1557, Anton essaya de liquider sa position à Anvers, mais il fut obligé d'emprunter sur la place même à 8 ou 10 pour 100. Après la mort d'Anton, leur crédit s'effondra. En 1563 leur passif était de 5.600.000 florins pour un actif de 5.400.000, et leur bilan révèle la disparition des biens immobiliers, qui ont été partagés entre les diverses branches de la famille, la disparition aussi du trafic des marchandises, la faiblesse relative du capital social, la part prépondérante, presque exclusive et dangereuse, prise dans les opérations de la maison par les affaires espagnoles et anversoises. A cette décadence financière correspond la discorde, la sortie de la société d'un certain nombre de membres de la famille. C'est une grande force qui disparaît. D'ailleurs les faillites se multipliaient dans l'Allemagne du Sud, frappant durement les maisons engagées dans le « grand parti », les Tucher, les Zangmeister. Avant même les guerres civiles de France et les troubles des Pays-Bas, les places de Lyon et d'Anvers étaient menacées par des causes profondes de désorganisation. Viennent les désastres, leur situation malsaine apparaîtra à tous les yeux. Dès 1559-1560 l'extraordinaire essor du crédit qui, financièrement avait caractérisé la Renaissance, se trouve brusquement arrêté (Louis Halphen, Philippe Sagnac, Peuples et civilisations: histoire générale, Volume 8, 1946 - books.google.fr).

 

Pour ce qui est de la "pointe en sang entrera", cela ressemble à une saignée - Nostradamus était médecin - non d'hémoglobine mais du sang de la guerre : l'argent.

 

Maintenant ie te veux donner le moyen de bien faire la saignée. [...] Le chirurgien tiendra sa lancette du pouce et de l'index, non trop loing ny trop pres de la pointe, et de ses trois autres doigts s'appuyera contre la partie et d'abondant mettra les deux doigts susdits, desquels il tient la lancette, sus le pouce, pour auoir d'auantage sa main ferme et non tremblante : alors fera incision vn peu obliquement au corps du vaissean, qui soit moyenne, non trop grande ny trop petite, selon le corps du vaisseau, et le sang gros et subtil que l'on aura coniecturé y estre contenu. Et se faut garder de toucher l'artere qui est souuent couchée sous la basilique, et sous la mediane vn nerf, ou le tendon du biceps : et quant à la veine cephalique, il n'y a aucun danger (Ambroise Paré, Oeuvres complètes, Volume 2, présenté par Joseph F. Malgaigne, 1840 - books.google.fr).

 

En Espagne, il y eut la banqueroute de 1557, suivie par celle de 1575 et puis par toute une série de crises, en moyenne une tous les vingt ans. Les Fugger, grands créanciers de Philippe II, y perdirent la plus grosse part de leur fortune. Leurs successeurs, les banquiers génois, plus habiles ou moins scrupuleux, résistèrent mieux aux saignées périodiques, mais, eux aussi, ils finirent par sombrer. En attendant, ils mirent l'Espagne en coupe réglée (Revue belge de philologie et d'histoire, Volume 35, 1957 - books.google.fr).

 

Philippe II croyait viser les banques étrangères, surtout génoises. En fait, le contrecoup de la banqueroute espagnole dans toute l'Europe frappa et ruina les banques les plus faibles : ce n'étaient pas les Génois. Les Fugger, qu'on disait vouloir préserver, furent atteints par le gel de leurs créances sur Anvers où tous les paiements avaient été suspendus et ce fut pour eux le commencement de la fin. Les banquiers espagnols furent les plus touchés par cet effet de boomerang et, à Séville, les deux plus importantes banques, Espinoza et Morga, firent faillite au début de 1576. Conséquence imprévue, c'étaient ces banques de Séville qui préparaient et qui armaient la flota, c'est-à-dire la flotte annuelle des galions qui allaient chercher l'argent et l'or en Amérique. De sorte que la flotte de 1576 ne partit pas et que donc même l'argent-métal n'arriva plus en Espagne pendant près de deux ans. Devant cette situation, Philippe II réagit conformément à son caractère et s'entêta. Il fit agir ses service secrets : les agents de l'Espagne provoquèrent une insurrection très grave à Gênes, contre les Nobili Vec- chi, qui durent s'enfuir de leurs palais et dont, pour quelques-uns, la ruine fut consommée. Une nouvelle constitution fut promulguée à Gênes, le 17 mars 1576, au profit des Nobili Novi. Mais les plus puissants des Nobili Vecchi préservèrent leurs biens et avaient trop de relations pour que la riposte tardât beaucoup ; installés finalement dans toute l'Europe, ils pouvaient agir en dehors de Gênes, protégés de ses troubles tout en restant juridiquement les maîtres de leurs affaires de par le droit génois. Il n'est donc pas surprenant qu'en cette année 1576 tous les paiements à destination des troupes espagnoles des Flandres, qui luttaient contre l'insurrection des Pays-Bas, aient été suspendus. Les troupes mercenaires espagnoles n'étant pas payées se soulevèrent et mirent à sac la ville d'Anvers, sans doute à ce moment-là la place marchande la plus riche d'Europe (juillet 1576) qui, dès lors, déclina au bénéfice d'Amsterdam (Banque, Numéros 353 à 357, 1976 - books.google.fr).

 

Ainsi, lors de sa fameuse visite à la bibliothèque Saint-Victor, entre Le Pétarrades des Bullistes et l'Almanach perpétuel pour les Goûteux et Vérollez, Gargantua trouve un Poulemart des Marchans. Dans son dictionnaire de la langue française Cotgrave nous apprend que le poulemart est une arme blanche tranchante. A la fin du XVIe siècle l'expression «à fil de poulemart» indique par exemple une lame bien aiguisée. Rabelais joue ici sur une image courante à la Renaissance, celle du marchand égorgeur, prêt à saigner ses victimes de leur argent (Philippe Desan, Marchands et marchandises dans l'oeuvre de Rabelais, Rabelais pour le XXIe siècle: actes du colloque du Centre d'études supérieures de la Renaissance (Chinon-Tours, 1994), 1998 - books.google.fr).

 

Ici, ce sont les marchands Fugger qui sont saignés. On retrouve le poulemart dans les Centuries : "Leur chef pendu à fil de polemars" (II,48,4).

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