Le maréchal de Belle-Isle

Le maréchal de Belle-Isle

 

IX, 71

 

2155-2156

 

Au lieux sacrez animaux veu a trixe,

Avec celuy qui n'osera le iour:

A Carcassonne pour disgrace propice,

Sera pose pour plus ample seiour.

 

"trixe"

 

Trie-Château, Trie-la Ville, Oise, deux com. voisines; Treia, 1195, apud Triam castrum, 1128, Tria castellum, 1193, de Trie, 1207, Treia villa, 1218, Trie la ville, 1327 (DT) ; = oïl trie, fém. trexe, treixe «terrain inculte» (FEW, XVII. 400 b) (Ernest Nègre, Toponymie générale de la France, Volume 2, 1996 - books.google.fr).

 

Le Grand Trixhe appelé aussi Grand-Trixhe est un hameau de la commune belge de Ferrières en province de Liège. Un trieux, ainsi que les variantes tri, triche, trixhe ou try, est un mot wallon, provenant du moyen-néerlandais "driesch" signifiant : friche. Au cours du temps cette signification a évolué de façon à désigner spécifiquement la prairie commune qu'on retrouvait dans les villages du sud des anciens Pays-Bas (fr.wikipedia.org - Le Grand-Trixhe).

 

Trie-Château est un bourg du Vexin français au confluent de la Troesne et de l'Aunette, dans le département de l'Oise. Trie-Château est située à 1 km de Gisors (fr.wikipedia.org - Trie-Château).

 

Un Fouquet

 

Charles Louis Auguste Fouquet de Belle-Isle naît à Villefranche de Rouergue le 22 septembre 1684, fils de Louis Fouquet de Belle-Isle et de Catherine Agnès de Lévis. Il est le petit-fils du surintendant des finances Fouquet. Il est baptisé le 24 septembre 1684 à Villefranche-de-Rouergue. Charles Louis Auguste Fouquet échange ses terres de Belle-Isle contre les comtés de Gisors, Les Andelys et Vernon. Il entre ainsi en possession du château de Bizy en 1721. Mais dans l'échange furent compris la vicomté de Villemur, les seigneuries de Penne, de Castelnau de Montmirail, de Puylaurens, de Castenau de Brassac, de Roquecourbe, de La Caune, d'Arifat et d'autres encores, pour représenter sa valeur.

 

Il épouse à Saint Sulpice à Paris le 20 ou 21 mai 1721 Henriette-Françoise de Durfort de Civrac (1678-1723). Charles Louis Auguste Fouquet de Belle-Isle est très lié à Claude Le Blanc, le trésorier de l'Extraordinaire des guerres. En 1723, Gérard Michel de La Jonchère, un proche collaborateur de Claude le Blanc, fait banqueroute. Il est accusé de concussion par les frères Paris, en particulier par Antoine Paris. Louis IV Henri de Bourbon-Condé suscite une cabale et accuse Claude Le Blanc d'avoir détourné les fonds du ministère de la guerre. Ce dernier n'est pas soutenu par le Guillaume Dubois, le premier ministre, et doit démissionner le 1er juillet 1723. Claude Le Blanc est emprisonné à la Bastille. François-Victor Le Tonnelier de Breteuil remplace Claude Le Blanc, pendant sa détention comme secrétaire d'État du département de la guerre du 1er juillet 1723. En butte à l'hostilité de Louis IV Henri de Bourbon-Condé, Charles Louis Auguste Fouquet de Belle-Isle est aussi accusé d'avoir diverti une partie des fonds de la caisse et d'y avoir substitué des billets de banque dans le temps de leur discrédit. Il est arrêté en 1724 et embastillé en compagnie de son frère. Après une année d'emprisonnement à la Bastille, il est exilé. La lettre de cachet stipule qu'il doit résider à plusieurs dizaines de lieues de Paris. Fouquet avait ordre de se retirer à Carcassonne, mais il parvient à négocier le choix de Nevers, plutôt que le Languedoc où le roi avait tout d'abord pensé le consigner. Il visite des connaissances bourbonnaises au cours de la période du 5 mai 1725 au 7 juin 1726. Son oncle était le duc de Lévis, frère de sa mère, dont le château était à Lurcy-Lévis. Le chevalier de Belle-Isle, son frère, accompagne Charles Louis Auguste Fouquet tout au long de la durée de son exil. Charles Louis Auguste Fouquet de Belle-Isle revient en grâce vers au milieu de 1727, nommé Gouverneur des Trois Evêchés le 6 septembre 1727, résidant à Metz pendant plus de 30 ans. Veuf, il épouse à Paris le 15 octobre 1729 Marie-Casimire-Thérèse-Geneviève-Emmanuelle de Béthune (1709-1755) (www.histoireeurope.fr, Jules Lair, Nicolas Foucquet, procureur général, surintendant des finances, ministre d'état de Louis XIV, Tome 1, 1890 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Charles Louis Auguste Fouquet de Belle-Isle, Claude de Vic, Joseph Vaissete, Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives, Tome 13, 1877 - books.google.fr).

 

Animaux

 

Il existe non loin de Beauvais, dans le Vexin tout proche, un portail remarquable par son décor dont la filiation beauvaisine est évidente: il s'agit du portail de l'église de Trie-Château, près de Gisors, dont la voussure à triple rouleau en plein cintre a été assez bien restaurée au XIXe siècle (Annie Henwood-Reverdot, L'Église Saint-Étienne de Beauvais: histoire et architecture, 1982 - books.google.fr).

 

La curieuse petite église de Trie-Château a un pignon décoré d'un appareil réticulé, comme à Saint-Etienne de Beauvais, une grande rose centrale et surtout un portail en roman fleuri qui peut être considéré comme le prototype du portail du portail nord de Saint-Etienne de Beauvais. On y voit des animaux entrelacés dans des rinceaux, motifs évidemment empruntés à des étoffes. Sur le portail, il y a un petit gable plein, origine des beaux gables ajourés. Selon toute probabilité, il devait primitivement y avoir là un narthex, car des deux côtés du portail existent des fenêtres géminées qui sont inusitées comme étant si basses, on peut en conclure qu'elles donnaient primitivement dans un porche ou narthex, surmonté d'une tribune ; le tout fut remanié plus tard et le porche fut englobé dans l'église (Annales de l'Académie royale d'archéologie de Belgique, Volume 58, 1906 - books.google.fr).

 

"celuy qui n'osera le jour" : Blaiseau l'Ardent

 

A Trie-Château, le Menhir de Trie-Château ou de la Garenne est considéré comme l'un des repaires de Blaisot, personnage sans tête habitué à errer la nuit (BSMF 1970, Gosselin et Millon). Ce personnage sans tête, la nuit, pousse des cris et égare les voyageurs. De quelqu’un en retard, on dit : il a rencontré Blaisot. Ce peut être la résurgence d'un dieu chthonien gargantuesque, maître des animaux, de la pluie et de la fécondité (Pierres à légendes de Haute-Normandie - universitedesmegalithes.files.wordpress.com).

 

Blaisot (personnage sans tête qui fréquente les mégalithes et court la campagne la nuit, en égarant les voyageurs et en poussant des cris) [var. Blaiseau, cf. Blaisot dit l'Ardent au-dessus de Gisors, en relation avec un mégalithe orienté] (Mythologie française: bulletin de la Société de mythologie française, Numéros 211 à 216, 2003 - books.google.fr).

 

Blaiseau est feu puisqu'il est Ardent et fou puisqu'il n'a pas de tête. Comme lui, les feux follets se montrent dans les marais et passent pour égarer les voyageurs. Jadis on les appelait du reste les Ardents. Voltaire écrit : "Je les voyais comme deux Ardents qui marchaient toujours devant moi et m'éclairaient en me perdant". Mais seuls des gens fort savants en latin purent appeler le feu follet Blaiseau, c'est-à-dire à la fois feu (blaserius : incendiaire) et fou (blesus, de bvlatere : dire des sottises). Il ne s'agit donc pas à l'origine d'une légende populaire, amis d'une légende composée par des clercs, d'une légende "à clef" (Gérard de Sède, Les Templiers sont parmi nous, J'ai lu, 1962, p. 244).

 

Diodore de Sicile rapporte que le navire Argo étant battu par la tempête, on vit dans les cheveux de Castor et Pollux apparaître des flammes, signe de la protection des dieux, après quoi l'orage s'apaisa. Il est de fait qu'au cours des orages des feux follets, produits de l'électricité statique, apparaissent souvent aux mâts des vaisseaux. Les marins les nomment Castor et Pollux. Ils les nomment aussi Feux de saint Elme (Gérard de Sède, Les Templiers sont parmi nous, J'ai lu, 1962, p. 244).

 

Dans cette même région inférieure de l'air se produisent les feux follets; parce qu'ils se voyaient autour de la tête et de la chevelure des hommes, on les nommait autrefois ignés lambentes, feux caressants: l'un d'eux orna quelques instants la tête de Scipion l'Africain, parlant au peuple; un autre, celle de Martius, soldat romain, pendant qu'il exhortait ses compagnons; ce fut pour Servius Tullius le présage de la dignité royale; enfin Virgile parle ainsi d'une apparition de ce genre sur le jeune Ascagne (Enéide, liv. II, vers 682) :

 

Ecce levis summo de vertice visus luli

Fundere lumen apex, iactuque innoxia molli

Lambere flamma comas, et circum lempora pasci.

 

Une flamme légère autour du front d'Iule,

Caressant ses cheveux, sans les brûler circule (Antoine Goudin, Philosophie suivant les principes de Saint Thomas, Tome 3, traduit par Thomas Bourard, 1864 - books.google.fr).

 

Les feux follets apparaissent le soir, sous la forme de flammes légères, dans les marais, les fondrières, les cimetières et souvent sur les anciens champs de bataille. Ces esprits fuient quand on les approche, poursuivent ceux qui les fuient, et brillent moins de près qu'à une certaine distance. Ces lutins ont causé de tout temps une grande frayeur aux habitants des campagnes, qui les rangent constamment dans la classe des génies malfaisants. Beaucoup de gens pensent que ce sont les âmes des excommuniés et des criminels qui errent dans ce monde jusqu'au jour du dernier jugement. Ils habitent les bois, les lieux humides, et se plaisent à tromper les voyageurs par une lueur mensongère qui les conduit souvent dans des abîmes profonds, ou dans des marais fangeux, tandis que le follet fait entendre des ris moqueurs au moment où la victime de sa perfidie se débat en vain dans les angoisses de la mort. Quelquefois encore, il prend le malin plaisir de se montrer sous la forme d'un coursier docile, et il disparaît ensuite tout à coup d'entre les jambes de son cavalier.

 

Les Anglais ont donné à ce lutin un nom peut-être plus signfiicatif que celui de follet; ils le nomment généralement Will of the wisp, quelquefois aussi Jack with the lanern et plus communément encore wisp. Les Irlandais appellent les follets miscaim marry.

 

On donne dans le Meckelnburg une assez singulière origine aux feux follets qui, la nuit, errent sur les bords des eaux et sur la lisière des champs. On pense qu'ils doivent avoir été jadis des arpenteurs sans bonne foi qui, dans le mesurage des terres et la fixation des limites, abusèrent de la confiance des propriétaires. C'est pourquoi ils ont été condamnés à errer après leur mort et à garder les limites.

 

Nous pensons que l'on doit ranger dans la même classe que les wisps et les follets ces autres esprits inférieurs de la sphère de feu que Ton voit voltiger, sous l'apparence de petites flammes bleuâtres, au-dessus des tombeaux qui recèlent des trésors; ceux qui allument le feu de la tombe, que les Anglais appellent "the grave fire", et qui sont la cause de ces lueurs effrayantes qui apparaissent dans les cimetières, que l'on nomme la lune de la tomber "the moon of the grave" (Lambert Élisabeth de Résie, Histoire et traité des sciences occultes, 1857 - archive.org).

 

Saint Blaise

 

En rappelant que le 3 février, jour de saint Blaise, est la date de naissance de son géant Gargantua, Rabelais inscrit délibérément le mythe gargantuesque dans la tradition et la religion carnavalesques. À la fois lieu de la parole, lieu d'absorption des aliments, lieu de circulation du souffle vital (en allemand blasen signifie «souffler»), la gorge de Blaise (ou de Gargantua) renvoie à celle du loup divin, l'homme-loup (ou l'homme-ours) qui gouverne les cycles du Temps mais aussi les liturgies de Carnaval : la musique sur des instruments à vent, le grand manger, la sortie de l'ours (ou du loup-garou) prédateur, autant de rites qui renvoient à un temps originel cherchant à établir les principes d'un ordre par rapport auquel l'homme devra se définir (Philippe Walter, Mythologie chrétienne, 2011 - books.google.fr).

 

Le 3 février 1653, Mazarin revient triomphalement de son second exil à Paris. Le 8, le roi nomme, avec Servien, Nicolas Fouquet, qui avait bien servi le cardinal, surintendant des Finances, et qui sera chassé du pouvoir en 1661 (Jean Mayet, 365 jours ou Les Éphémérides allant du XVIe au XXe siècle, 2013 - books.google.fr).

 

Ecureuil

 

Un fouquet est un écureuil, qui apparaît dans le blason de la famille des Fouquet.

 

Si le mâle partage le nid un jour ou deux avec la femelle, il l'abandonne totalement pour l'élevage des jeunes à naître. La gestation durant environ 38 jours, la femelle met bas en mars si l'accouplement a eu lieu à la fin de janvier. Les femelles connaissent une seconde période de chaleur en mai. La portée conçue alors naît en juillet. Les jeunes s'émancipent en septembre, époque où les ressources sont plus abondantes. Cette génération a un taux de survie plus important que la première.

 

Quel que soit le motif qu'ils aient pu invoquer, les Européens ont fait preuve, depuis longtemps, de bienveillance à l'égard de l'écureuil. Ainsi les dames romaines de l'Antiquité avaient-elles pour animaux de compagnie des écureuils apprivoisés. Présent dans de nombreuses légendes populaires et dans les contes de fées, l'écureuil occupe une place importante dans les mythes indiens et germaniques. Dans la légende allemande, le dieu Donar considérait l'écureuil roux comme sacré à cause de sa couleur flamboyante. Dans un conte indien, on raconte qu'un écureuil assèche l'Océan avec sa queue. Les Germains et les Anglo-Saxons le sacrifiaient jadis lors de la célébration des solstices d'été et d'hiver (www.larousse.fr).

 

Il est encore un rongeur qui a fait l'objet d'une chasse intensive pendant tout le Moyen Âge, non pas pour la qualité gastronomique de sa chair, bien qu'on en mangeât dans les Alpes, ou pour la beauté de sa chasse, loin s'en faut, mais pour sa fourrure : l'écureuil. Le charmant et agile habitant de nos bois fut victime d'un engouement pour les fourrures mi parties, c'est-à-dire où l'alternance des parties abdominales (blanches) et des parties dorsales (brunes, rousses ou grises) créait, une fois montées, un fort bel effet. En fait, le véritable vair était fait à partir de peaux de petitgris, c'est-à-dire d'écureuil de Russie. Mais une ordonnance royale de 1293 ayant interdit le port du petit-gris et de l'hermine aux bourgeois, ceux-ci se rabattirent sur l'écureuil d'Europe (Sciurus vulgaris) dont le principal marché se tenait alors à Embrun. On peut imaginer le véritable massacre d'écureuils, gris ou roux, lorsque l'on sait que, pour trois mois de la seule année comptable 1316-1317, les livres de Mahaut d'Artois mentionnent l'achat de 2.505 peaux de petit-gris destinées à la comtesse et à sa proche parentèle. Mais peut-on encore parler ici de chasse ? Il s'agit bien plus d'exploitation commerciale de la faune sauvage (Lucien-Jean Bord, Jean-Pierre Mugg, La chasse au Moyen Âge: Occident latin, VIe-XVe siècle, 2008 - books.google.fr).

 

Cf. le grec "trichos" : poil, cheveu, toison (De Fontbrune, Nostradamus, historien et prophète, Tome I, p. 487).

 

Chandeleur

 

Sont présentés comme les amis de Renard : l'écureuil, la marmotte, la taupe, le rat, le lièvre, le loir, la martre, le castor, le hérisson, la belette, le furet, tous ces animaux ont un caractère renardien évident. Ils partagent avec le goupil tantôt la rousse (comme l'écureuil Rousiaus), tantôt la puanteur (Renaît est défini dès la première branche comme un "roux puant"), mais c'est surtout leur tendance à voler le bien d'autrui qui leur confère cet air de famille. Les coutumes qui concernent Renart et certains de ces animaux visent surtout à neutraliser leur puissance maléfique de rapt. Ainsi L. Marquet rappelle les coutumes de la chasse au loup, au renard, au putois ou à la martre qui ont lieu selon les régions, à Noël, à l'Epiphanie ou à la Pentecôte. C'est à ces périodes privilégiées où le temps bascule qu'il faut maîtriser le mal en expulsant l'hiver. En Alsace, près de Wissembourg, une quête était organisée par les enfants pauvres à la Pentecôte. L'un d'eux appelé Mardel (la martre) avait la figure noircie et on lui passait une corde au cou. Il portait les victuailles. Ses compagnons soufflaient dans une trompe et s'adressaient aux habitants: "Donnez-nous des œufs ou bien nous enverrons la martre dans le poulailler !". Pendant l'hiver en effet, le putois (ou le renard) s'attaquent aux poules et dévorent les œufs [les écureuils aussi] ; l'avare est menacé du putois car il ne mérite pas le printemps. Dans le canton de Niederbronn à Larbach, on trouve un renard au lieu d'une martre ; il a également la figure noircie. C. Seignolle signale une quête semblable avec un renard en Provence. Tous ces animaux parents de Renart sont chassés  à des moments bien précis de l'année qui correspondent à des lunaisons: l'Epiphanie, la Chandeleur ou l'Ascension-Pentecôte, c'est-à-dire à des moments qui apparaissent plus ou moins comme des transitions entre les saisons: l'Epiphanie correspond à la période solsticiale qui voit se rallonger les journées, la Chandeleur est dominée par la croyance célèbre selon laquelle à ce moment "l'hiver prend fin ou prend rigueur", l'Ascension-Pentecôte correspond à l'éclosion du printemps encore menacé par les dernières gelées et la lune rousse. Dans l'Antiquité, on brûlait des animaux roux au moment des Robigalia qui correspondent aux Rogations médiévales (trois jours avant l'Ascension) (Philippe Walter, La mémoire du temps: fêtes et calendriers de Chrétien de Troyes à La mort Artu, 1989 - books.google.fr).

 

La Chandeleur c'est le 2 février, veille de la Saint Blaise. La flamme de la chandelle répond au feu follet.

 

Quelques superstitions ont découlé des coutumes de la Chandeleur. En Bretagne, les feux follets étaient soi- disant portés par les esprits des filles, punies pour avoir fait un mauvais usage des cierges bénits pendant la fête (Marcel Laperruque, Fêtes païennes et fêtes chrétiennes: la liturgie universelle, 1996 - books.google.fr).

 

La rousseur de l'écureuil se rapproche de la couleur du feu.

 

Là-bas, des écureuils sautaient de branche en branche comme des feux follets roux, bondissaient, volaient, s'envolaient (Adeline Aragon, Outremer, Sang indien et autres nouvelles, 1989 - books.google.fr).

 

"ample sejour" : Champs Elysées

 

De là, l'on nous envoye en cet ample sejour

Des Champs Elysiens, où peu voyent le jour,

Pour joüit de la paix dans ces lieux de delices,

D'où n'approchent jamais les funestes malices.

En suitte, quand le temps à tous nos jours compris,

Il efface la tache emprainte en nos Esprits,

N'y laissant que le Sens qui prend son origine,

Avec sa pureté d'une source divine,

Joint au feu qui s'allume ainsi qu'un doux éclair,

Dans l'ample profondeur où se dilatte l'air (Enéide, Livre VI) (Les Oeuvres de Virgile trad. par Michel de Marolles, 1673 - books.google.fr).

 

Le chant IV de l'Enéide est celui des échecs futurs de Rome, comme le chant VI est celui de son épanouissement glorieux. Il est remarquable que l'un et l'autre baignent dans une atmosphère surnaturelle, le premier dans l'ombre de la magie infernale, le second dans la lumière douce des Champs-Élysées. Ainsi, pour Virgile, le destin des hommes se prépare et se joue, se gagne ou se perd dans l'au-delà, dans le monde des dieux et des morts. Or les plaintes et les cris de colère d'une femme abandonnée, même appuyés par un suicide, n'avaient pas un pouvoir de contrainte suffisant pour assurer la vengeance contre Rome; seule une malédiction magique, scellée par le sang d'une victime royale, pouvaient expliquer et, en même temps, justifier les cruelles et humiliantes défaites de la deuxième guerre punique. Mais, si l'on a bien compris la signification religieuse attachée au suicide de la reine tyrienne,  on ne peut plus imputer ces désastres ni au manque de courage des soldats, ni à l'imprévoyance des généraux, ni à la supériorité du chef ennemi. Les Romains de 217, les vaincus de Trasimène et de Cannes, ont été victimes d'une action  magique, seule force capable, en s'opposant aux dieux et aux destins, de mettre Rome si près de sa perte. Le véritable miracle de sa vertu et la principale preuve de sa mission sont justement qu'elle ait pu surmonter un tel péril. [...]

 

L'Erèbe, fils du Chaos et frère de la Nuit, est d'abord la personnification des ténèbres infernales, puis du monde souterrain lui-même et du royaume des morts. Servius le considère comme le séjour de ceux qui, promis aux Champs-Élysées, doivent cependant subir un temps d'épreuves pour se purifier avant d'y entrer ; il renferme donc des âmes souffrantes. Le Chaos, première forme du monde inorganisé, représente à la fois l'espace, la matière originelle et les ténèbres, formant un tout. C'est lui, qui, parmi d'autres entités, engendre l'Erèbe et la Nuit. Le nom en est venu à désigner l'Hadès, le séjour des morts. L'Erèbe et le Chaos sont donc, l'un et l'autre, soit une partie, soit la totalité du monde infernal. En les invoquant, les magiciennes, nommant le contenant pour le contenu, sollicitent toutes les âmes qu'ils renferment, toutes les puissances inconnues du monde souterrain, dont on peut estimer ainsi qu'aucune n'est oubliée. En les citant, les auteurs évitent encore des énumérations sans poésie, tout en respectant le souci des magiciens de mobiliser le plus grand nombre possible de forces surnaturelles. Cependant, pour en obtenir le concours, il faut se concilier d'abord la faveur de leurs maîtres, sans l'ordre desquels ces nekudaimones ne pourraient quitter leur domaine pour exécuter la volonté de ceux qui les appellent. On invoque donc les souverains des Enfers, Pluton, nommé aussi Dis Pater, ou Jupiter Stygien, et son épouse, Proserpine ou Perséphone, l'Hennéenne, non pas pour les faire apparaître, mais pour les rendre propices (Anne Marie Tupet, La Magie dans la poésie latine, Tome 1, 1976 - books.google.fr).

 

Le "posé" du vers 4 peut vouloir dire "étendu sur un lit funèbre" le verbe "pono" ayant se sens dans l'absolu en poésie latine (Gaffiot). Ce qui confirmerait une allusion aux Champs Elysées siège des morts vertueux. Sans que le personnage en question ne soit vraiment mort.

 

nekydaimones

 

Il faut également prendre en compte la relation que l'on pouvait établir entre le culte centré sur le Christ et les honneurs accordés aux martyrs et l'instrumentalisation par les magiciens de l'esprit de personnes victimes de mort violente ou disparues prématurément. Le Christ et les martyrs semblaient remplir le rôle des nekydaimones et des biothanati. Ces esprits errants avaient la réputation de facilement coopérer avec les sorciers parce que la frustration que leur inspirait leur vie inachevée les dotait d'une puissance malfaisante. Le gouverneur Maximus, en évoquant la mort violente du malfaiteur qu'Andronicus présentait comme son auxiliaire dans la torture, semble ranger Jésus dans la catégorie des nekydaimones. Les pratiques cultuelles articulées autour de personnages dont l'histoire personnelle était marquée par une brutale disparition faisaient rentrer le christianisme dans le domaine de la nécromancie (Xavier Levieils, Contra Christianos: La critique sociale et religieuse du christianisme des origines au concile de Nicée (45-325), 2012 - books.google.fr).

 

Ardent est un certain météore ou feu folet, formé de quelques exhalaisons grasses, qui s'élevent & s'enflamment dans les lieux marécageux. Les païsans disent que ce sont des enfans morts-nez, ou des faux monnoyeurs, & en conçoivent des terreurs paniques & ridicules. On les appelle en divers lieux, Fuyrolles, Flammeroles, Flambarts, ou Follets. Les Anciens, quand ils en  voyoient deux ensemble, les appelloient Castor & Pollux, & ils les tenoient pour un heureux presage. Quand il n'en paroissoit qu'un, ils le nommoient Helene, & le presage en étoit funeste, selon le témoignage de Pline (Antoine Furetière, Dictionaire universel, Tome 3, 1690 - books.google.fr).

 

La croyance aux démons ou esprits était l'objet de vives polémiques au XVIe siècle alimentées par de nombreux ouvrages, dont la traduction par Marsile Ficin de Jamblique (De mysteriis), de Proclus (De sacrificio et magia; De animis et daemonibus), de Psellos (De daemonibus) et de Porphyre (De occasionibus; Desacrifiis, et diis atque daemonibus), souvent rééditée (Roland Guillot, Les oeuvres poétiques de Clovis Hesteau de Nuisement, 1996 - books.google.fr).

 

Devant le caractère universel de ces croyances et de ces pratiques, on s'interroge sur la conception qui les fonde, et les buts qu'elles visent. Les poètes nous renseignent fort peu sur ce point, qu'il n'est possible d'élucider partiellement qu'en recourant à divers rapprochements avec d'autres témoignages anciens ou modernes. Ces croyances, semble-t-il, reposent avant tout sur l'idée que l'âme d'un mort reste en relation étroite avec le corps qu'elle a animé, et que, d'autre part, après s'en être détachée, elle mène une existence propre, dont elle a conscience. Selon Jamblique, cette âme, séparée du corps mortel, devient un nekudaimon, ou démon des morts, qu'il considère comme la catégorie inférieure des démons. D'après Porphyre, la possibilité d'action que conserve l'âme après la mort est appelée ousia, car, surtout si elle a été violemment ou prématurément chassée du corps qu'elle habitait, elle ne s'écarte pas complètement de lui, mais demeure en rapport avec le cadavre (Anne Marie Tupet, La Magie dans la poésie latine, Tome 1, 1976 - books.google.fr).

 

Cf. quatrain I, 42 :

 

Le dix Kalendes d'Apvril le faict Gotique

Resuscité encor par gens malins :

Le feu estainct, assemblée diabolique

Cherchant les os d'Amant & Pselyn.

 

Champs Elysées, Paris

 

Les conquêtes du début du règne de Louis XIV ayant repoussé les frontières du royaume, le roi, se souvenant de la résistance de la Ville lors de la Fronde et voulant embellir et étendre la capitale, adopte la proposition de Colbert de raser ses fortifications et de percer des grandes avenues. Par un décret du 24 août 1667, le roi décide l'ouverture d'un chemin pour faciliter le passage des voitures de ses courtisans se rendant au domaine royal de Saint-Germain-en-Laye et au château de Versailles en construction. On l'appelle le « Grand-Cours » pour le distinguer du cours la Reine, ou encore la « grande allée du Roule », l’« avenue de la Grille Royale » (1678), l’« avenue du Palais des Tuileries » (1680) et les « Champs-Élysées », nom qui apparaît en 1694 mais qui n'est définitivement fixé qu'en 1709 comme en attestent les comptes royaux. Ce nom est choisi d'après le terme mythologique probablement en opposition à la partie basse marécageuse et malsaine où officiaient des femmes de petite vertu (fr.wikipedia.org - Avenue des Champs-Elysées).

 

Louis-Henri de La Tour d'Auvergne, comte d'Évreux, gendre d'Antoine Crozat, première fortune de France, vend alors au célèbre banquier John Law son comté de Tancarville, en Normandie, pour 732 000 livres (alors qu'il l'avait acheté dix ans auparavant à la duchesse de Nemours pour 350 000 livres) et rachète le marais des Gourdes deux terrains ayant appartenu à André Le Nôtre d'une trentaine d'arpents (une dizaine d'hectares) pour 77 000 livres, situé entre l'actuelle rue du Faubourg-Saint-Honoré, alors simple chaussée bordée de masures au toit de chaume menant au village du Roule, et le Grand Cours (Champs-Élysées), lieu de promenade créé par Colbert dans l'axe des Tuileries (les lieux sont alors bien moins chers qu'à Paris même). Édifié entre 1718 et 1720 et décoré entre 1720 et 1722, l'hôtel d'Évreux, demeure imposante au milieu des modestes échoppes du faubourg Saint-Honoré, est aménagé selon les principes d'architecture en vogue à l'époque L'hôtel est vendu à Louis XV qui le donne à la marquise de Pompadour. Neuf ans après le décès de la marquise, en 1773, l'hôtel devient la propriété du banquier Nicolas Beaujon pour 600 000 livres. La dernière occupante de l'hôtel avant la Révolution est Louise-Marie-Bathilde d'Orléans, duchesse de Bourbon, qui s'y installe en 1787. L'hôtel Beaujon est rebaptisé «l'hôtel de l'Élysée» en raison de son jardin dont les ifs se mêlent à ceux du carré de l'Élysée, jardin de l'avenue des Champs-Élysées (selon d'autres sources, aussi l'«Élysée Bourbon», en raison du nom de sa propriétaire) (fr.wikipedia.org - Palais de l'Elysée).

 

En 1720, le comte Charles Fouquet de Belle-Isle (1684-1761), petit-fils du surintendant Nicolas Fouquet, confie la construction de son hôtel à François Bruant, dans le Faubourg Saint Germain. Aujourd'hui, la Caisse des Dépôts et Consignations occupe plusieurs hôtels particuliers, à proximité du musée d’Orsay. Son siège se situe au n° 56 rue de Lille dans l’hôtel de Belle-Isle (www.paris-promeneurs.com).

 

Cet hôtel, considérable par la quantité des appartements qu'il contient, tant du côté de la rue de Lille, où il a sa principale entrée, que du coté de la rivière, jouit de points de vue charmants sur le château des Tuileries, les Champs-Elysées, Chaillot, Passy, etc. (Girault de Saint-Fargeau, Les quarante-huit quartiers de Paris: biographie historique et anecdotique des rues, des palais, des hotels et des maisons de Paris, 1846 - books.google.fr).

 

Dans le domaine de l'architecture et de l'urbanisme, les villes de province avaient pris les devants. Rennes, Bordeaux, Reims, Nancy avaient édifié des places qui encadraient la statue de Louis XV (Danielle Gallet, Madame de Pompadour : ou le pouvoir féminin, 2014 - books.google.fr).

 

Cf. quatrains III, 46 et III, 56.

 

Paris attendait à son tour les initiatives du gouvernement. Alors ont été projetés la place de Louis XV, aujourd'hui place de la Concorde, l'église Sainte Geneviève, devenue le Panthéon, l'Ecole Militaire, le dégagement et la restauration du Louvre, où l'administration des Bâtiments allait préparer de longue main la présentation au peuple des collections royales. Mme de Pompadour fut au centre de l'intrigue et de la spéculation foncière qui précédèrent la construction de la place de Louis XV (Danielle Gallet, Madame de Pompadour : ou le pouvoir féminin, 2014 - books.google.fr).

 

Autre protecteur aussi puissant, le maréchal de Belle-Isle, secrétaire d'État, était un homme énergique, qui prit en main un peu tard la réorganisation de l'armée à la fin de la guerre de Sept Ans. Avec le financier Montmartel, son lointain allié par les Béthune, Belle-Isle avait trempé dans une spéculation foncière et immobilière, la liquidation des biens ayant appartenu à John Law à l'emplacement où allait être ouverte la rue Royale. C'est ainsi que le projet de Contant pour la nouvelle église de la Madeleine de la Ville-l'Évêque, fut présenté à Louis XV en 1761 et agréé par lettres patentes en 1763. La décision eut évidemment le soutien d'une amie de Belle-Isle, Mme de Pompadour. Devenue dévote sur le tard, elle reçut l'extrême-onction de l'abbé Cathelin, curé de la Madeleine, alors qu'il venait de poser avec Louis XV la première pierre (Michel Gallet, Architectes parisiens du dix-huitième siècle, 1995 - books.google.fr).

 

Pour le système Law, cf. le quatrain III, 21.

 

Dans les années 1750, plus de la moitié nord de l'actuelle place de la Concorde était recouverte par le Dépôt des Marbres du roi. Au-delà, le secteur rejoignant le faubourg, un moment la propriété de Law, était retourné à la couronne après la faillite du financier. C'est ce territoire que se partagèrent, après adjudication par arrêt de la Cour des Aides en 1755, le maréchal de Belle-Isle, Auguste Fouquet, duc de Gisors, et un secrétaire du roi connu pour ses spéculations immobilières, Pierre-Gabriel Peilhon (Yvan Christ, Jean-François Barrielle, Champs-Élysées, Faubourg Saint-Honoré, plaine Monceau, 1982 - books.google.fr).

 

En 1899, Louis Fouquet achète le bistrot de cochers qui fait l'angle de l'avenue George-V sur les Champs Elysées au 99. Cédant à l'anglomanie qui sévit à l'époque, il ajoute à sa raison sociale « American Drinks Cocktails ». De quoi écœurer plus d'un automédon, mais séduire les élégants cavaliers de l'avenue du Bois. Après la rénovation des murs et l'installation d'un bar, Fouquet accueille ses premiers clients. Quand une fièvre typhoïde l'emporte en 1905, le café-bar a déjà une réputation que Léopold Mourier, cuisinier réputé à Paris, va exploiter à son tour. Le petit monde des courses : turfistes, entraîneurs, jockeys, propriétaires, a désormais pris l'habitude de s'y retrouver à l'issue des réunions hippiques de Longchamp. Mourier accentue le style anglais de l'établissement en ajoutant l'apostrophe «s» à Fouquet, inaugure un grill-room tapissé d'acajou et un bar digne d'un club britannique où, comme en Grande-Bretagne, les femmes ne sont admises qu'accompagnées (Jean-Paul Caracalla, Champs-Élysées. Une histoire, 2012 - books.google.fr).

 

Magie

 

La France et la Prusse sont alliées dans la guerre de Sept ans (1740-1747) (cf. quatrains III, 50 et III, 53). Le roi Frédéric écrit au maréchal de Belle-Isle depuis le camp de Strehlen le 30 juillet 1741 :

 

«...Je vous ai mille obligations en particulier des peines et des soins que vous avez pris dans cette affaire qui ne pourra que vous faire une réputation immortelle... En un mot, je suis inébranlable dans la résolution de remplir en tout et partout mes engagements à la rigueur et de ne manquer jamais aux devoirs d'un bon et fidèle allié du roi votre maître. Il n'y a rien à désirer au plan que vous vous êtes proposé...»

 

Et pour mettre le comble à la satisfaction du maréchal, dont il commit bien le caractère et la vanité, il ajoute encore en post-scriptum : «Je félicite le roi de France de ce qu'il a déclaré le maréchal de Belle-Isle généralissime de ses armées en Allemagne.»

 

Le 24 juillet 1741, vers 3 heures du soir, le Maréchal quittait Versailles, s'arrêtait un instant à son hôtel, à Paris, pour y embrasser son fils, travaillait jusqu'à 3 heures du matin avec M. de Séchelles et reprenait, dans la journée du 23 juillet, le chemin de Francfort. lorsqu'il s'était éloigné de cette ville au début de juillet, les partisans de l'Autriche avaient annoncé bruyamment sa disgrâce et son rappel. Grande fut leur surprise de le voir revenir en triomphateur, environné des foudres de la guerre. Ils purent croire détenteur d'un pouvoir magique l'homme qui faisait ainsi, par enchantement, tout céder à ses lois l'homme qui faisait ainsi, par enchantement, tout céder à ses lois. Les échos étaient parvenus jusqu'à eux de la popularité grandissante du Maréchal, devenu l'idole de tous les Français (Politische Correspondenz Friedrich's des Großen, 1879 - friedrich.uni-trier.de, De la guerre de Succession d'Autriche, Revue d'histoire, Volume 23, France. État-major de l'armée, 1906 - books.google.fr).

 

Courant décembre, le comte de Saint-Germain renonça définitivement à séjourner à Chambord et s'installa à Versailles chez le maréchal de Belle-Isle. Celui-ci avait mis à sa disposition une partie de son hôtel particulier et un de ses appartements du faubourg Saint-Antoine, où ils se livraient ensemble à des opérations de magie. De toutes leurs expériences, le Couteulx de Canteleu a retenu celle des apparitions à l'aide de miroirs catoptriques qui demeurent un problème pour la science et qui firent en partie la réputation de Saint-Germain comme celle de Nostradamus, quelques siècles plus tôt. Auprès de son ami, le maréchal de Belle-Isle découvrit alors l'univers infernal de la haute magie, les plaques d'acier polies et concaves, le parfum du safran oriental qui convient à Anaël et les invocations consacrées à Jéhovah, Élohim, Mitraton et Adonay, durant les nuits de nouvelle lune (Pierre Ceria, François Ethuin, L'énigmatique comte de Saint-Germain, 1970 - books.google.fr, Biographie universelle, ancienne et moderne, ouvrage rédigé par une société de gens de lettres, Tome 23, 1843 - books.google.fr).

 

Typologie

 

L'an 2155 rapporté sur la date pivot 1725 donne 1295.

 

Bernard VI d'Armagnac, fils et successeur de Géraud V, lui succéda en bas âge sous la tutelle de Gaston VII, vicomte de Béarn, son aïeul maternel. L'an 1286, il fit hommage des comtés d'Armagnac et de Fezenzac à Edouard Ier, roi d'Angleterre. L'acte ou il est fait mention de cet hommage est daté du 3 novembre de cette année, et signé d'un grand nombre de seigneurs. Bernard y prend le titre de damoiseau ; ce qui annonce qu'il était encore mineur. Mais il ne le prend plus dans un acte du 7 avril 1289, par lequel il remet au roi d'Angleterre, Edouard Ier, les arrérages d'une rente de cent marcs d’argent, que Henri III avait constituée à Géraud V pour l'attacher a son service. Deux jours auparavant, Edouard, dans la même vue, en avait assigné à Bernard une autre de cent livres monnaie de Morlas, à prendre sur les revenus de Bordeaux. (Mémoires de M. de Brequigni) L'an 1290, il s'allume une guerre, qui fut longue et vive, entre Bernard et Roger-Bernard, comte de Foix, au sujet de la succession de Gaston VII, vicomte de Béarn, décédé cette année. Roger-Bernard avait en sa faveur le testament de Gaston, qui léguait sa vicomté à Marguerite, sa fille, femme de ce comte. Mais Bernard soutenait que ce testament était supposé. Le roi Philippe le Bel évoqua l'affaire à son conseil ; elle n'y fut point terminée, et les hostilités continuèrent entre les deux comtes. Cette guerre particulière fut suspendue, l'an 1295, par la guerre publique contre les Anglais. Mais, après la conclusion de la paix, les querelles des deux maisons d'Armagnac et de Foix recommencèrent avec la plus grande animosité. Le roi, pour en arrêter les suites, se rendit a Toulouse, où, par arrêt du parlement, rendu le jeudi après la Saint-Vincent (23 janvier) 1303, (v. st.) la vicomté de Gavardun et le château de Gavaret, furent adjugés au comte d'Armagnac. Gaston, nouveau comte de Foix, refusa de se soumettre à ce jugement. Les deux contendants reprirent les armes.

 

L'an 1309, nouvel arrêt du parlement, qui n'eut pas plus d'effet que le précédent. Le roi mande, l'an 1313, au sénéchal de Carcassonne, par lettre du 18 août, de mettre sous sa main la vicomté de Gavardun avec le château de Gavaret ; et, le 6 juin 1317, il donne ordre de les délivrer à la comtesse Mathe, mère du comte d'Armagnac. Mais cet ordre fut apparemment mal exécuté, ou bien ne satisfit pas à toutes les prétentions de Mathe, puisque le pape Jean XXII écrivait encore, le 15 juillet 1318, à Gaston, vicomte de Fézenzaguet, fils de Mathe, pour l'engager à disposer sa mère à faire la paix avec le comte Foix (L'art de vérifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques, et autres anciens monuments, depuis la naissance de Jésus-Christ, Volume III, 1818 - books.google.fr).

 

Il est important d'en sçauoir l'origine, & premierement celle du Bearn & du Comté de Foix, la Souueraineté de Bearn est ainsi appellée du nom de la ville Benearnum, qui est ou Lascar, ou Ortez. Louys le Debonnaire ayant chassé Loup Centulle Duc des Gascons pour rebellion inuestit vn des fils de ce Prince des terres de Bearn sous le tiltre de Vicomte l'an 820. Pour la Comté de Foix, ce n'estoit pas anciennement quelque pays ainsi nommé, mais de plusieurs terres assemblées, qui furent baillées en partage à Bernard I. fils de Roger II. Vicomte de Carcassonne surnómé de Moncade, maison tresnoble & tres-illustre, il en fut fait vne piece à laquelle ce Bernard donna le nom de Comté vers la fin du regne de Hugues Capet en 994 ou 95. [...] Elles furent vnies ensemble par vn tel mariage. Gaston de Moncade septiesme du nom Seigneur de Bearn eut quatre filles; l'aisnée nômée Constance mariée au Roy d'Arragon, la seconde nommée Marguerite à Roger-Bernard Comte de Foix, Mate la troisième à Geraud Comte d'Armagnac, & Guillelme la quatrième a l'Infant Pierre fils du Roy Pierre d'Arragon. Leur pere institua Constance son héritière universelle ; & à son defaut il luy substitua Marguerite. Constance estant donc morte sans enfans avant le decez de son pere, le Bearn venoit à Marguerite & il luy fut derechef par luy confirmé. Mate & son mary vouloient en avoir leur part. Ils en vinrent aux armes, & le Roy les ayant appellez par devant luy à Gisors pour connoistre de leur différend, le Comte d'Armagnac soutint en pleine Cour l'an 1295 que Roger-Bernard avait falsifié le testament du feu Comte Gaston. Sur cette accusation le Parlement ne pût pas refuser le duel au Comte de Foix offensé. Mais comme les parties furent entrées dans le champ en la ville de Gisors, le Roy qui estoit-là present voulant épargner le sang de ces deux illustres Seigneurs les en fit sortir par force & contre leur gré, les exempta de se battre en duel, & en prit les paroles sur soy sans préjudicier à leur droit pour l'hérédité, & il leur fit expédier Lettres qui justifioient comme ces deux Seigneurs s'estoient portez en cette occasion, qu'ils avoient esté mis hors de la lice par son commandement. Cette guerre particulière fut surcise à cause de la guerre contre les Anglois, laquelle le Comte de Foix nous servit fort bien, comme vous l'avez veu. La France s'en fut aisément démellée, si elle n'eust pas esté attaquée l'an 1296. par le Comte de Flandres, lequel se croyant libre de la fidélité qu'il avoit jurée, puisque sa fille qui en estoit le gage avoit finy ses jours, renouvella alliance avec l'Anglois, & luy promit son autre fille Isabeau pour son fils sous les mesmes conditions du premier contract ; au moyen de quoy ils se jurèrent amitié, intelligence & assistance envers & contre tous, spécialement contre le Roy de France, avec lequel ils s'engagerent de ne faire jamais ny paix ny trêve sans le consentement l'un de l'autre (François Eudes de Mézeray, Histoire de France depuis Faramond, Tome II (1643), 1685 - books.google.fr).

 

Templiers

 

Quand il est question de Gisors, on ne peut éviter depuis les années 1960 la légende des Templiers qui lui a été associée (cf; Gérard de Sède, Les Templiers sont parmi nous, 1962).

 

On a parfois écrit que Saint Louis, mécontent de l'attitude du Temple à propos de Damas en 1240 (avant sa croisade donc), aurait retiré son Trésor du Temple. Matthieu Paris se trouve (comme par hasard !) être le seul à mentionner ce fait. Ce que l'on sait des relations de Saint Louis avec le Temple va à l'encontre de cette assertion. Mais en 1295, le roi Philippe le Bel réalise effectivement le tranfert du Trésor, du Temple vers le château royal du Louvre. On y a vu une décision prémonitoire, une preuve de la méfiance, voire de l'hostilité, manifestée par le roi envers les templiers. Les raisons de ce transfert sont ailleurs. Dans le cadre d'une politique de renforcement du pouvoir monarchique, il est normal que le roi confie ses finances à ses propres agents. le règne de Philippe de le Bel voit développement, à côté des ressources du Domaine, dites ressources ordinaires, de la fiscalité (les ressources extraordinaires) et des emprunts. Les templiers n'ont été que les gestionnaires de l'ordinaire. Pour la gestion de l'impôt et des emprunts, Philippe, comme Edouard Ier d'Angleterre du reste, préfère avoir recours aux banquiers italiens. En 1295, il croit le moment venu d'opérer une vaste réorganisation des finances royales qui consistent à rassembler en de mêmes mains, celles des fameux Biche et Mouche, financiers italiens, l'ensemble des revenus de la couronne. Cette tentative prématurée ne donna pas les résusltats escomptés, et, en 1303, le Trésor réintégra le Temple. [...]

 

Le vaste quartier du Temple à Paris a été bien mis en valeur : le montant des cens passe de quatre cent cinquante-trois livres parisis en 1253 à mille ceux cents, mille six cents, en 1307. Pour en être les seuls maîtres, les templiers se sont montrés durs et impitoyables envers les habitants déjà établis, comme par exemple les "Serfs de la Vierge" installés aux Blancs Manteaux (Alain demurger, Vie et mort de l'ordre du Temple, Seuil, 1989, pp. 257, 259).

 

Charles Gothelf Baron de Hund avait étudié à Leipzig, à Strasbourg et à Paris (1741-42). Initié maçon à Francfort, lors du couronnement de l'empereur Charles VII de Lorraine, par l'entourage du maréchal de Belle-Isle, il avait fréquenté assidûment les loges de Paris et de Versailles, où les jacobites lords Kilmarnock et Clifford avaient complété son initiation et, passant par la Hollande à l'aller et au retour, en 1743, il s'était longuement enquis de la légende templière auprès des nombreux Rose-Croix du pays. Rentré dans ses terres en 1751, il s'était empressé de fonder une loge, les Trois Colonnes et il avait mis au point en 1755 un livre rouge de statuts, empruntés à l'«Histoire Templière» - une de plus - publiée par Goertler en 1703 (histoirerevisitee.over-blog.com).

 

L'ordre maçonnique allemand de la Stricte Observance Templière est une franc-maçonnerie occultiste, fondée par le baron de Hund dans les années 1750, qui n'avait d'autre ambition que le rétablissement de l'ordre des Templiers. Elle propageait aussi la légende selon laquelle il y aurait de mystérieux personnages qui dirigeraient la franc-maçonnerie dans l'ombre, les «Supérieurs Inconnus» (Luc Nefontaine, La franc-maçonnerie, 1990 - books.google.fr).

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