Les flagellants

Les flagellants

 

IX, 21

 

2119

 

Au temple haut de Bloys sacre Salonne,

Nuit pont de Loyre, prelat, Roy pernicant,

Cuiseur victoire aux marests de la Lone

D'oĂą prelature de blancs abormeant.

 

Saint Solenne

 

Disciple de saint Phalier, dont le sarcophage est conservé dans la crypte de l'église de Chabris, Dié fut aussi le contemporain de saint Eusice, fondateur de l'abbaye de Selles-sur-Cher, de saint Viâtre, dont le lieu de résidence, Tremblevy, devait, au XIXe siècle, hériter du nom de son saint patron, de saint Solenne, évêque de Chartres, dont le corps trouva refuge à Blois dans l'église qui prit son vocable avant de devenir la cathédrale Saint-Louis. Saint Dié avait lui-même un compagnon, saint Baumer, patron de l'église voisine de Bauzy ; l'un et l'autre furent inhumés dans celle de Saint-Dyé-sur-Loire, où leurs restes étaient vénérés et furent reconnus à diverses reprises, sans souci archéologique hélas. [...]

 

A Blois, la crypte retrouvée par le Dr Lesueur sous la cathédrale n'est autre que l'ancienne église haute transformée lors d'un remblaiement du sol (Jean Martin-Demézil, L'église carolingienne et la confession de Saint-Dyé-sur-Loire, Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques et scientifiques, Volumes 5 à 6, 1969 - books.google.fr, The Prophecies of Nostradamus (In English and French Languages), 1981 - books.google.fr).

 

M. A. Dupré, membre de la Société des sciences et lettres de Loir-et-Cher, bibliothécaire de la ville de Blois, a donné lecture d'une Notice sur l'église Saint-Louis de Blois. C'est une monographie faite avec autant de talent que de conscience; mais l'auteur, par sa louable franchise , s'est exposé à faire fuir les lecteurs, car, dès les premières lignes, il convient qu'elle est consacrée à un monument médiocre. Les lecteurs auraient tort cependant de ne pas suivre M. Dupré. «En matière d'art, dit-il, les défauts eux-mêmes ont leur enseignement; et d'ailleurs, ajoute-t-il, l'amour des choses du pays pourra faire pardonner le choix malheureux du sujet.». Le sujet n'était pas aussi malheureux que le dit M. Dupré par une précaution oratoire trop modeste, ou du moins il a su en tirer de si utiles leçons d'histoire, qu'on lui saura gré de l'avoir choisi. On y verra, par exemple, qu'il fait bon à une église d'avoir été le théâtre du baptême de la femme d'un ministre puissant. Avant d'être l'église cathédrale de Saint-Louis de Blois, ville qui ne fut épiscopale qu'en 1698, l'édifice décrit par M. Dupré était une pauvre paroisse sous le vocable de saint Solenne, le pieux évêque de Chartres qui catéchisa Clovis avec saint Remi et saint Vaast. Un ouragan terrible, survenu dans la nuit du 5 au 6 juin 1678, la renversa ; mais Mme Colbert, Jeanne Charron, fille de Jacques Charron, qui y avait été baptisée, s'entremit pour la faire rebâtir, et vingt ans plus tard, lorsqu'on enleva le Blésois au diocèse de Chartres pour ériger Blois en évêché, Saint-Solenne changea son vénérable vocable pour prendre celui de Saint-Louis. On ne peut reprocher aux Blésois d'avoir mal choisi le nouveau patron de leur église : ils avaient d'ailleurs pour agir ainsi d'excellents motifs; mais M. Dupré regrette avec raison la disparition du nom qui pendant tant de siècles avait été vénéré à Blois. Quel est le lecteur qui, lisant les lettres de La Fontaine, reconnaîtrait le Saint-Louis d'aujourd'hui dans cette église de Saint-Solenne, qui, dit-il, répond tout à fait bien au logis du "prince" (Lettre à sa femme, datée de Richelieu, le 3 septembre 1663. Dans quelques éditions, on lit Sainte-Solenne au lieu de Saint-Solenne) (Revue des societes savantes ; de la France et de l'etranger, publiee sous les auspices du ministre de l'instruction publique et des cultes, Volume 24, 1868 - books.google.fr).

 

"blancs" : PĂ©nitents blancs

 

Que dire de ces «vaines mascarades» :

 

Les ordres inventez, les chants, les hurlemens

Des fols capuchonnez, les nouveaux regimens

Qui en processions sottement desguisées

Aux villes & aux champs vont semer des risees.

L'austerité des væux & des fraternitez,

Tout cela n'a caché nos rudes veritez (Les Tragiques, vv. 965-970)

 

Ce sont les fameuses processions des PĂ©nitents blancs, oĂą le Roi et ses favoris paraissaient au premier rang , pour la mortification de leurs pĂ©chĂ©s, sous l'oeil amusĂ© des badauds. Mais il y a pires raffinements, tout un accessoire de prĂ©cautions bĂ©nites pour accompagner et sanctifier les voluptĂ©s damnables : chapelets, eau lustrale, cierges, messes rĂ©paratrices, reliques de saint François. Ici nous n'avons plus la mais celle de la Confession de Sancy - qui a moins d'autoritĂ© et l'analogie de ce dernier couplet avec le chapitre de Sancy (le 7e de la 1re partie intitulĂ© : Des Reliques et dĂ©votions du feu Roy), dont il semble ĂŞtre un rĂ©sumĂ©, peut faire croire qu'ils ont Ă©tĂ© Ă©crits en mĂŞme temps, c'est-Ă -dire comme nous verrons, après l'Édit de Nantes. Sans doute est-elle aussi assez tardive la prĂ©tendue prĂ©diction du meurtre d'Henri III par la main d'un cafard comme lui :

 

Aigle né dans le haut des plus superbes aires. etc 

 

que d'Aubigné déclare, dans l'Avis de l'Imprimeur être une véritable prophétie. Mais elle n'est vraisemblablement qu'une «apophétie» comme il appelle lui-même spirituellement les fausses, introduites après coup dans son poème. Après les princes, les princesses, et leur lubricité de Messalines, leurs prostitutions éhontées, leurs avortements. Ici une allusion à un fait précis, l'accouchement clandestin de la Reine Marguerite, qui aurait eu lieu à la fin de son séjour en Cour (du 28 avril 1582 au 8 août 1583) et qui serait à l'origine du Scandale (Armand Garnier, Agrippa d'Aubigné et le parti protestant, Tome 2, 1928 - books.google.fr).

 

L'autorité royale, déjà fort ébranlée par l'attitude des assemblées politiques, l'est bien plus encore quand on voit la ridicule et frivole dévotion du roi de France Henri III qui ne craint pas de se faire recevoir à Avignon dans la confrérie des pénitents blancs dit battus. Sans doute le cardinal de Lorraine lui avait donné ce conseil, puisqu'il entra lui-même dans la confrérie des pénitents noirs ou de la reine mère (Encyclopédie des sciences religieuses, Tome 5, 1878 - books.google.fr).

 

Sacre

 

A la fin du XIe siècle, il n'y avait que l'abbaye de Sainr Lomer à Blois, son abbé était appelé l'abbé de Blois et elle abbatia Blesensis.

 

Et que nous dénotte la croix de Sainct-Lomer en toutes les assemblées, qui va tousjours au milieu, sinon que le premier rang leur appartient ? Ils ont mieux aimé n'assister à la procession du Sainct Sacrement qui se faict, le jour du sacre (Fête-Dieu), dans la ville, que de perdre leur rang. Et que l'on ne me dise pas que les religieux de Sainct-Lomer n'ont jamais porté le Sacre dans Blois mesme ; nous avons encor les actes comme, l'an 1553, le 11 juin, le vénérable frère Jacques Boyvin, sous-prieur de Sainct-Lomer, porta le Sainct Sacrement solennellement, depuis l'église de Sainct-Lomer jusque en Vienne, & le raporta ; & depuis, dans les derniers estats de Blois, faicts l'an 1588, avec combien de pompes & magnificences les religieux de Sainct-Lomer le portèrent-ils ! (Noël Mars, Histoire du royal monastère de Sainct-Lomer de Blois de l'Ordre de Sainct-Benoist, 1869 - books.google.fr).

 

Cf. quatrain VI, 85 - Actualité de Séville - 1988 : "sacre Urbain".

 

Le Roi Henri III commença les Etats de Blois, où l'on traita des choses les plus importante à l'Eglise & au Royaume de France, par une Procession solemnelle du saint Sacrement, à laquelle il assista & toute sa Cour, avec beaucoup de piété, le Dimanche 12. jour d'Octobre 1588 ainsi qu'il est rapporté dans le Recueil général des Etats tenus en France sous les Rois Charles VIII, Charles IX, Henri III, Louis XIII en ces termes : Ce Prince très-religieux voulant commencer cette assemblée par une publique invocation du nom de Dieu, commanda une Procession solemnelle depuis l'Eglise saint Sauveur at la grand cour du château de Blois jusqu'à celle de notre Dame des Aydes aux Fauxbourgs de Vienne. C'étoit comme un général étallement de pompes & de magnificences Françoises, & surtout de la beauté de la Cour du Roi. L'Ordre étoit tel. Les Communautés des Eglises marchaient en tête, après elles les Deputés du peuple quatre à quatre, ceux de la Noblesse les suivoient, & ceux-ci étoient suivis des Ecclésiastiques, & après eux marchoient les Abbés, les Evêques, les Archevêques & les Cardinaux, quatre Chevaliers de l'Ordre du saint Esprit portoient le poile, sous lequel l'Archevêque d’Aix portoit le saint Sacrement. Sa Majesté suivant à pied avec les Reines, les Princes & Princesses. Monsieur de Saintes Evêque d'Evreux fit le Sermon, l'Archevêque de Bourges dit la Messe en l'Eglise Nôtre-Dame, toute tendue des plus riches tapisseries du Roi. Sa Majesté étoit élevée au milieu du Chœur sur un haut dais couvert de velours.

 

Louis XIII fit aussi faire une semblable Procession du saint Sacrement le Dimanche 26. jour d'Octobre aux Etats généraux de France, tenus à Paris en 1614 (Jean-Baptiste Thiers, Traité de l'exposition du Saint Sacrement de l'autel, 1777 - books.google.fr).

 

C'est dans l'église Saint-Sauveur de Blois qu'Henri III, roi de France, et Henri de Lorraine, duc de Guise, se partagèrent une hostie consacrée, prenant le ciel à témoin d'une étroite alliance qui n'était qu'une réciproque perfidie : deux mois s'étaient à péine écoulés, et Guise, dont les prétentions menaçaient la couronne, périssait assassiné par les ordres du roi, le 23 décembre 1588. La scène où se passa cette horrible catastrophe n'est pas loin : vis-à-vis l'église, au château de Blois (M. André, Monuments de Blois, Congrès scientifique de France, Quatrieme session, tenue a Blois, en septembre 1836, 1837 - books.google.fr).

 

"Pont de Loyre"

 

Vers le 26 septembre 1588, le roi de Navarre se rapproche de nouveau des Ponts-de-Cé. On fit comme douze ans auparavant : on renforça la garnison de «cent bons soldats» des milices bourgeoises d'Angers et la démonstration n'eut de suite. Les Ponts-de-Cé proposés comme place de sûreté à Henri de Béarn. Quelques mois après, au commencement de 1589, Henri III négocie avec le roi de Navarre une alliance. La cession d'une place forte sur la Loire en formait la première condition, pour la sûreté et le passage des troupes protestantes. Henri de Valois offrit et Henri de Béarn accepta les Ponts-de-Cé. Mais, quand les troupes de ce prince se présentèrent pour occuper la ville, le gouverneur, nommé Cosseins, refusa de livrer la place à ce roi hérétique, et son refus, en empêchant la jonction des nouveaux alliés, était capable d'entraîner le triomphe de la Ligue. La conscience moins rigide du gouverneur de Saumur consentit, moyennant compensation, à livrer la ville et le passage, 17 avril 1589. C'est ainsi que l'armée huguenote put rejoindre les troupes royales à Tours et remonter avec elles vers Paris. On sait le reste. Après les protestants, les gouverneurs avaient à tenir tête aux ligueurs. Les Ponts-de-Cé virent maintes fois défiler les colonnes royalistes marchant à l'assaut des places voisines, Brissac, Rochefort et autres, tenues par les ligueurs. Ils furent menacés à leur tour par ces derniers, tantôt par le duc de Mercœur, en 1591 et 1592, tantôt par le sieur de Goulaines qui, le 5 septembre 1590 et le 9 janvier 1592, avec ses troupes et «sa gendarmerie, parut, pour le saint-parti de l'Union des catholiques, aux portes du Pont-de-Cé et y jeta l'alarme» (Registre de Saint-Maurille). Mais ces démonstrations ne produisirent jamais que des alertes sans effet. Somme toute, petits événements, mais preuve certaine de l'agitation des esprits aux Pontsde-Cé et de l'état de guerre général aux alentours (Athanase Augustin Bretaudeau, Histoire des Ponts-de-Cé, 1901 - books.google.fr).

 

Cf. quatrain I, 42 - Rencontre d’Henri III et d’Henri de Navarre - 1588-1589.

 

"pernicant" : Henri III, roi perniceux

 

Ce n'est pas le pape, après tout, mais la Sorbonne qui, le 7 janvier 1589, abolit formellement le devoir d'obéissance des Français au très pernicieux Henri III, et justifie ainsi la révolte de la Ligue et l'assassinat perpétré par Jacques Clément la même année (Dale K. Van Kley, Les origines religieuses de la Révolution française: 1560-1791, 2006 - books.google.fr).

 

Au-dessous d'une image satirique, datant de 1589, Pierre de l'Estoile, dans son recueil, a tracĂ© les observations suivantes : «Les Ligueurs voulans rendre le Roy odieux Ă  tous ses peuples, firent de luy ce portrait infamant, par lequel ils ont prĂ©tendu reprĂ©senter sa vie honteuse, et ses inclinations criminelles. Ils luy ont fait la teste d'un lion furieux couverte d'une grande perruque relevĂ©e par derrière, pour montrer qu'il joint au luxe, et Ă  l'amour propre, l'audace et l'arrogance du lion, et qu'estant d'un naturel fĂ©roce, ainsi que cet animal cruel, il ne respire que sang et que carnage La chaisne d'or qui lui entoure le col signifie son cordon de l'ordre. Les mamelles de femme qui sont au - dessous marquent que ce prince effĂ©minĂ© a confondu la nature mĂŞme Ă©tant pour ainsi dire hermaphrodite dans ses excès. Ils ont aussi voulu faire entendre par ce prodige qu'il grossit ses mamelles du sang de son peuple pour nourrir des sangsues, c'est-Ă -dire qu'il remplit ses coffres de l'argent de ses sujets pour entretenir d'indignes favoris qui le sucent continuellement, et l'engagent aux plus folles dĂ©penses. Le petit portrait qu'il tient de la main droite est celuy du perfide Machiavel sur lequel il s'est rĂ©glĂ© depuis qu'il est sur le throsne oĂą il a pratiquĂ© toutes ses pernicieuses maximes pour tyranniser ses peuples Â» (John Grand-Carteret, L'histoire - la vie - les mĹ“urs et la curiositĂ© par l'image, le pamphlet et le document (1450-1900), Tome 1, 1927 - books.google.fr).

 

"Cuiseur", "Lone" : Cuiseaux et Saint Jean de Losne

 

Lône, losne, laune, lausne, s. f., bras d'une rivière, ancien lit d'un fleuve où l'eau, cessant d'affluer, forme un golfe, un lac, «la Losne... ce petit golfe pittoresque perdu au travers des arbres, dans le terrain nommé : la Tête-d'Or» (M. P. Saint-Olive, Rev. du Lyonn., XX, 67, 2° serie), par ext., étang, marais, tout endroit où l'eau séjourne, s'est formé du bas latin lato, lalho, ledo, usité dans ces diverses significat. «Lutona in finibus Lingonum» Losne et Saint-Jean-de-Losne séparés par un bras de l'Arar (Givault, Mém. de l'Acad. celt., IV, 187) (A. Péan, Origines de Lugdunum, Revue du Lyonnais, 1866 - books.google.fr).

 

Dans la phase suivante, lorsque se reconstitue la Ligue, les Bourguignons se divisent. Certaines villes, certains nobles adhérent au mouvement (Tournus, Beaune, Seurre, Auxonne, Chalon, Mâcon, Cuiseaux) ; d'autres ne le font pas (St-Jean-de-Losne, Verdun-sur-le-Doubs, Louhans). Cette division, cependant, provoque peu de troubles jusqu'en 1587. A cette date, au contraire, par suite de l'accession du duc de Mayenne, l'un des principaux ligueurs, au gouvernement de la Bourgogne et à ses prises de position de plus en plus catégoriques, plus encore après la mort d'Henri III (1589) et l'avènement d'Henri IV, la lutte devient très rude. On se regroupe et on se renforce de part et d'autre. En 1589, le duc de Nemours, lieutenant de Mayenne, agit en Bresse et en chasse, sans grands dommages pour le pays, les quelques soldats de Tavannes qui est resté fidèle au roi. En 1591, toutefois, il rencontre des difficultés, ce qui facilite l'intervention des troupes royales du maréchal  d'Aumont. Dans les mois suivants et jusqu'en 1593, voire 1595, le pays souffre et est durement ravagé, comme le sont alors le Tonnerrois et le Chalonnais. Cependant, dès 1593, les populations réagissent contre les excès des gens de guerre quels qu'ils soient, ce qui favorise les ralliements à Henri IV. Mâcon ouvre ses portes aux royalistes en 1594, Beaune, Autun et Auxerre font de même ; Dijon cède en Mai 1595. Mayenne lui-même se rallie l'année suivante. Dès lors, la paix est rétablie, que renforce en 1598 l'édit de Nantes qui reconnait des droits aux protestants. L'épreuve, néanmoins, a été rude pour la Bresse, pour la Bourgogne et pour la France, les Ligueurs ayant obtenu le soutien des espagnols qui attaquèrent à partir de Gray, mais furent battus à Fontaine-Française, près de Dijon (1595) (Marcel Pacaut, Louhans, des origines à nos jours: la ville et le Louhannais dans leur histoire, 1984 - books.google.fr).

 

Charles de Lorraine, duc de Mayenne, fut nommé gouverneur de Bourgogne en 1573, ses deux frères aînés, Henri de Guise dit le Balafré et Louis de Lorraine, furent assassinés sur ordre d'Henri III en décembre 1588 (Yvette Quenot, Deux voyages de course en Méditerranée sur la galère du commandeur de La Romagne (1588): extrait d'un manuscrit inédit, Annales de Bourgogne, 2009 - books.google.fr).

 

En 1590, Tavannes rentra de nouveau en campagne, par suite de la mort d'un de ses amis et compagnons d'armes, le seigneur d'Espeville, gouverneur pour le roi de la ville de Saint-Jean-de-Losne. Ce seigneur venait de se faire tuer en voulant surprendre la ville de La Seurre. Quelques soldats de la garnison, qu'il croyait avoir gagnés à prix d'argent, avaient promis de lui en ouvrir les portes mais comme il arrivait par le pont avec ses gens, croyant n'avoir qu'à entrer, il fut renversé,  mort d'un coup d'arquebuse tiré du rempart. Aussitôt Tavannes accourut pour empêcher que l'ennemi ne s'emparât de Saint-Jean-de-Losne (Laurent Aguesse, Histoire de l'établissement du protestantisme en France, Tome IV : 1589-1599, 1886 - books.google.fr).

 

"abormeant"

 

ABORMEANT (IX, 21), latin : aboriri, avorter (Les oracles de Michel de Nostredame: astrologue, médecin et conseiller ordinaire des rois Henri II, François II et Charles IX, Tome 2, 1867 - books.google.fr).

 

Le mot rare "abormia" employé par Hieronymus David Gaubius (ou Jérôme Gaub, 1705 - 1780) semble avoir un rapport avec "abortum" (fr.wikipedia.org - Hieronymus David Gaubius, Hieronymus-David Gaub, Commentaria in Institutiones pathologiae medicinalis, digesta a Ferdinando Dejean, Tome 1, 1792 - books.google.fr, Odon de Magdebourg (Macer Floridus), Medici Antiqui Omnes, 1547 - books.google.fr, Macer Floridus, Des vertus des plantes, traduit par Louis Baudet, 1845 - books.google.fr).

 

En 1588, Sixte Quint tente de revenir sur la thĂ©orie d'Aristote, en refusant de distinguer entre foetus animĂ© ou non, et en rĂ©servant la peine de mort aux coupables d'avortement, mais il est dĂ©savouĂ© par son successeur GrĂ©goire XIV qui, en 1591, en revient Ă  la tradition de l'animation tardive ; elle va cependant s'Ă©roder lentement. C'est Ă©galement Ă  partir du XVIe siècle que la rĂ©pression change progressivement de nature : la condamnation pour avortement, qui Ă©tait jusque-lĂ  le fait des tribunaux ecclĂ©siastiques, devient peu Ă  peu un domaine relevant de la justice royale. Le renforcement de cette dernière, aux dĂ©pens de la justice seigneuriale et de celle de l'Église, est Ă©videmment consĂ©cutif au renforcement du pouvoir royal et de l'État central. L'Ă©dit d'Henri II de fĂ©vrier 1556, punissant de mort l'infanticide et la dissimulation de la grossesse, en est un exemple. Pourtant, mĂŞme s'il a souvent Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© comme rĂ©primant l'avortement, l'Ă©dit en question vise spĂ©cifiquement l'infanticide et ce n'est que par une large interprĂ©tation qu'il a pu ĂŞtre considĂ©rĂ© comme dirigĂ© Ă©galement contre les manĹ“uvres abortives. Au demeurant, les condamnations sont très rares car il est difficile de faire la preuve de l'avortement criminel. Les mĂ©thodes employĂ©es pour mettre fin Ă  la grossesse, et plus particulièrement les diffĂ©rents breuvages abortifs hĂ©ritĂ©s de l'AntiquitĂ©, se distinguent peu des remèdes contraceptifs ou destinĂ©s Ă  guĂ©rir ce que l'on nomme «les maladies des femmes». En fonction de la souveraine thĂ©orie des humeurs, le sang est pensĂ© comme un rĂ©gulateur ; aussi l'amĂ©norrhĂ©e est-elle avant tout le signe d'un trouble du corps, et pas seulement la preuve de la grossesse. Remèdes et potions ont donc pour objectif de faire revenir les sangs afin de rĂ©tablir l'Ă©quilibre de l'organisme, une thĂ©orie mĂ©dicale qui limite aussi le diagnostic de l'avortement, et par lĂ  sa rĂ©pression. Le traitement de l'avortement rĂ©pond ainsi Ă  un Ă©tonnant paradoxe : dĂ©noncĂ© comme un homicide et puni de mort, il est presque invisible aux contemporains, aussi peu condamnĂ© qu'il est peu recherchĂ©. Le juriste Muyart de Vouglans reconnaĂ®t, en 1780, la faillite de la lĂ©gislation rĂ©pressive : «Ces crimes, quoique très frĂ©quents, ne sont point poursuivis ni punis publiquement parmi nous Ă  cause de la difficultĂ© qu'il y a d'en convaincre les coupables, la grossesse des femmes pouvant n'ĂŞtre qu'apparente, et son interruption provenir de diffĂ©rents accidents aussi bien que de la nature.» (Jean-Yves Le Naour, Catherine Valenti, Histoire de l'avortement (XIXe-XXe siècle), 2015 - books.google.fr).

 

Viennent ensuite quelques lignes d'un ton neutre sur Henri III, mais elles s'achèvent ainsi : «on peut voir dans les mémoires de l'Estoile l'effet que produisaient ces dévotions». Voltaire, comme il se doit, ménage encore moins les pénitents. Il les a rencontrés souvent ; d'abord dans la Henriade, où il discrédite indirectement l'institution en associant sa venue à Paris au souvenir du roi Henri III et de ses débauches ; ensuite dans sa Correspondance, à propos de l'affaire Calas, où il associe les pénitents blancs de Toulouse à l'iniquité commise par le Parlement : «Il sera bien doux de gagner ce procès contre les pénitents blancs. Est-il possible qu'il y ait encore de pareils masques en France ? Ces mémoires (pour les Calas) ne sont faits que pour préparer les esprits pour acquérir des protecteurs, et pour avoir le plaisir de rendre un Parlement et des pénitents blancs exécrables et ridicules.» Mais la synthèse de l'opinion voltairienne sur ces confréries est fournie dans la Lettre d'un ecclésiastique sur le prétendu rétablissement des Jésuites dans Paris (1774). «Comptez, Monsieur, que notre gouvernement ne laissera pas renaître ces abus indignes. Il est déjà assez las de ces confréries établies autrefois dans des temps de trouble, et qui en ont tant suscité ; de ces troupes en masques qui font peur aux petits enfants, et qui font avorter les femmes ; de ces Gilles en jaquette qui, dans nos contrées méridionales, courent les rues pour la gloire de Dieu. Il est temps de nous défaire de ces momeries qui nous rendent si ridicule» (Maurice Agulhon, Pénitents et francs-maçons de l'ancienne Provence, 1968 - books.google.fr).

 

Typologie

 

Le report de 2119 sur la date pivot 1588 donne 1057.

 

Pierre Damien (1007-1072), né à Ravenne, ancien gardien de pourceaux, étudia grâce à la protection d'un de ses frères. Il fut maitre à Faenza jusqu'à l'âge de vingt-huit ans, puis il se fit moine et devint abbé de Fonte-Avellana de 1043 à sa mort (1072); cardinal-évêque d'Ostie de 1057 à 1061. Ses prédications sur le jugement suscitaient, dit-on, une «atmosphère de fin des temps». Passe pour avoir introduit la flagellation dans les monastères, mais le fait est contesté (Dieux d'hommes: Dictionnaire des messianismes et millénarismes de l’ère chrétienne, 2018 - books.google.fr).

 

La remarquable Histoire des flagellants de l'abbé Boileau, frère du poète, montre que ces pratiques étaient nouvelles et son analyse est confirmée pour l'essentiel par l'étude plus récente de Gougaud. La flagellation était certes utilisée depuis longtemps dans les couvents pour punir les moines désobéissants, mais on ne se l'imposait pas à soi-même auparavant, ce qui explique l'insistance de Pierre Damien à donner des modèles. Les pratiques prêtées à saint Dominique l'Encuirassé, disciple de saint Romuald donne le ton (Jean Wirth, L'image à l'époque romane, 1999 - books.google.fr, Claude Louis-Combet, Histoire des flagellants: le bon et le mauvais usage de la flagellation parmi les chrétiens de Jacques Boileau, 1986 - books.google.fr).

 

Mais qu'est-ce que cet Ă©rĂ©mitisme dont Pierre Damien fait tant de cas ? Dans la règle des ermites (opuscule XV), texte composĂ© en 1065 qui reprend et dĂ©veloppe la règle de Fonte Avellana de 1057 (opuscule XIV), le cardinal s'exprime très clairement Ă  ce sujet : il y avait jadis, nous dit-il, deux sortes d'ermites : ceux qui vivaient dans le dĂ©sert, sans domicile fixe et pratiquant la mobilitĂ©, qu'on appelait les anachorètes, mais ces derniers ont presque disparu. Il ne subsiste donc que l'autre catĂ©gorie, celle des pĂ©nitents vivant (deux par deux, semble-t-il) dans des cellules, aidĂ©s par des serviteurs ou convers qui exploitent les modestes propriĂ©tĂ©s devant assurer leur entretien. Au centre de ces cellules se trouvait une Ă©glise et quelques bâtiments conventuels, parmi lesquels figure une bibliothèque oĂą les moines pouvaient se procurer les textes des principaux maĂ®tres spirituels de l'Ă©poque qui pouvaient leur servir de guides sur la voie de la contemplation. L'Ă©rĂ©mitisme dont Pierre Damien fait ici l'Ă©loge n'a donc pas grand-chose Ă  voir avec celui des Pères du dĂ©sert Il consiste plutĂ´t en un cĂ©nobitisme assez libre - que les historiens dĂ©signent parfois sous le nom de monachisme semiĂ©rĂ©mitique -, mode de vie associant au sein de communautĂ©s restreintes (une vingtaine de moines et cinq convers) certains aspects du programme bĂ©nĂ©dictin traditionnel Ă  une vie religieuse dans le cadre de la cellule, ce «lieu oĂą Dieu s'entretient avec les hommes». Ce courant fait une large place aux macĂ©rations et autres expĂ©riences ascĂ©tiques, du genre de celles dont Pierre Damien fit l'Ă©loge dans sa Vie de saint Dominique l'encuirassĂ© qui semble avoir mis en valeur les flagellations corporelles qui feront Ă©cole dans de nombreux ordres sous la forme de la discipline (Adalbert-G. Hamman, Du dĂ©sert Ă  l'action, traduit par Louis-Albert Lassus, 1992 - books.google.fr).

 

Henri III

 

La citĂ© pontificale d'Avignon hĂ©bergeait une lĂ©gion de moines. L'atmosphère d'intense dĂ©votion qui y rĂ©gnait s'accordait au mysticisme d'Henri. Le père Auger l'avait convaincu que le Saint-Esprit Ă©tait son seul recours, et non l'incertaine fortune des armes. L'âme douloureuse du roi se tourna vers le ciel. Il eut soudain conscience de sa mission de Roi Très ChrĂ©tien et voulut montrer l'exemple. Il existait â Avignon une très ancienne tradition selon laquelle, pendant l'Avent, les fidèles groupĂ©s en confrĂ©ries processionnaient en se flagellant les uns les autres pour expier leurs pĂ©chĂ©s. Le roi se mit en tĂŞte de participer Ă  ces processions. Il y entraĂ®na les courtisans. La mode fut au mysticisme. Dignitaires, grands officiers, prĂ©lats de cour, seigneurs et dames coiffèrent la cagoule et, torche Ă  la main, s'en furent par les mes d'Avignon ! L'Estoile : « La reine mère, comme bonne pĂ©nitente, en voulut ĂŞtre aussi, et son gendre le roi de Navarre, que le roi disait en tant n'ĂŞtre guère propre Ă  cela. Il y en avait de trois sortes audit Avignon : de blancs, qui Ă©taient ceux du Roi ; de noirs, qui Ă©taient ceux de la reine mère ; et de bleus, qui Ă©taient ceux du cardinal d'Armagnac. Â» Les nuits Ă©taient froides. Le roi ne se portait pas bien. Les mĂ©decins lui prescrivirent de boire un peu de vin. Plusieurs flagellants tombèrent malades. Le cardinal de Lorraine attrapa une congestion pulmonaire, dont il trĂ©passa le jour de NoĂ«l 1574. Le jour de sa mort, une tornade se dĂ©chaĂ®na sur toute la France. Les catholiques dirent que cet orage Ă©tait le signe de la colère de Dieu par le royaume, colère qui le privait d'un si grand prĂ©lat. Les huguenots, que c'Ă©tait le sabbat des diables venus chercher son âme corrompue (Georges Bordonove, Henri III: Roi de France et de Pologne (1988), 2014 - books.google.fr).

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