Robert le Fort

Robert le Fort

 

IX, 77

 

2160-2161

 

Le regne prins le Roy conviera,

La dame prinse à mort jurés a sort,

La vie Ă  Royne fils on desniera,

Et la pellix au fort de la consort.

 

Berthe, soeur de Charlemagne, roi de France

 

A l'aide de Li Reali di Francia et de l'Orlandino de Martin Coccaie, on essaie une interprétation de ce quatrain.

 

LI REALI DI FRANCIA. Ce sont les origines royales de France. Ce livre, écrit en italien, passe pour être la traduction d'un texte latin ou français que l'on n'a plus. Il a été attribué à Alcuin avec autant de raison à peu près que l'on a dit que l'archevêque Turpin a composé la chronique précédente.

 

Selon le roman, le dénouement se passe pendant que Charlemagne était à Rome pour se faire couronner empereur d'Occident, par le pape Léon III, en 801. (Etienne-Jean De-l'Ecluze, Roland ou la chevalerie: Roland, ou la Chevalerie, Tome 1, 1845 - books.google.fr).

 

Charlemagne n'Ă©tait donc que roi.

 

Orlandino di Limerno pitocco da Montova, &c. C'est-à-dire, Rolandin, ou, Le petit Roland du pauvre Limerno (Merlin Coccaie) de Mantoue; poëme bouffon & satyrique. Nouvelle édition, corrigée avec soin & enrichie de notes. In12. de 260 pag. Par M. Vefpafiano, de l'académie des arcades. A Londres, & fe trouve à Paris, chez Molini. 1773.

 

Merlin Coccaie est, comme on sçait, le nom de guerre de Théophile Folengo, moine bénédictin, inventeur de la poésie macaronique, & auteur des Macaronées qu'il publia sous ce nom burlesque. Comme le poëme d'Orlandino est peu connu parmi nous, l'extrait que nous en allons donner, demandera quelque étendue, & c'est encore une occasion de faire mieux connoitre le poëte d'après ce que nous en apprend l'éditeur. Théophile Folengo naquit à Mantoue, d'une famille noble & illustre, l'an 1493. Il fit ses études à Bologne sous le fameux Pomponace. Jérôme étoit fon nom dans le monde; mais en prenant l'habit de religieux, à l'âge de 16 ans, dans le couvent de Ste. Euphémie des bénédictins du Mont-Cassin établis à Brescia, on lui donna le nom de Théophile. Il mourut en 1544, parmi les moines de Ste. Juftine, dans fon prieuré de Ste. Croix de Campefe, pres de Baffano. Son tombeau fut décoré de plufieurs épitaphes, auxquelles, en 1609, on ajouta ce diftique de Laurent Signorea:

 

Gracia, quid latio vix unum obtendis Homerum :

Una duos numerat Mantua Maonides,

 

(Grece, vous n'avez qu'un feul homme Ă  opposer Ă  l'Italie, & Mantoue seule en compte deux).

 

C'Ă©toit passablement outrer l'Ă©loge du bĂ©nĂ©dictin, que de l'assimiler Ă  Virgile. ThĂ©ophile Folengo eut un frere, aussi bĂ©nĂ©dictin, son aĂ®nĂ©, nommĂ© Jean-Baptiste Chrysogone, auteur de quelques dialogues imprimĂ©s avec des poĂ©sies latines assez peu connues hors de l'Italie. Outre les MacaronĂ©es & l'Orlandino, on a encore de ThĂ©ophile un poĂ«me italien en octaves, intitulĂ©, l'HumanitĂ© du fils de dieu & le Chaos, ouvrage mĂŞlĂ© de prose & de vers : nous ne connoissons ni l'un ni l'autre ainsi nous n'en pouvons rien dire. L'Orlandino ne lui coĂ»ta que 3 mois de travail, si du moins l'on s'en rapporte Ă  ces vers mis Ă  la tĂŞte de la plus ancienne Ă©dition de ce poĂ«me, qui est celle de Venise, faite par Jean-Antoine Nicolini & les freres Fabbio, en 1526, in-8°. :

 

Mensibus istud epus tribus indignatio fecit.

Da medium capiti, notior auctor erit.

Orlandum canimns parvum, parvum undè volumen :

Si quid turpè sonat pagina, vita proba est.

 

Le dĂ©pit a fait cet ouvrage en trois mois : donnez-en la moitiĂ© au chef (Ă  Merlin Coccaie dont il porte le nom) l'auteur vous en fera plus connu. C'est le petit Roland que je chante : je ne pouvois faire qu'un petit ouvrage; si l'on y trouve quelque indĂ©cence, ma vie au moins justifie mes mĹ“urs. Il fit ce poĂ«me pour divertir son fouverain, FrĂ©deric Gonzague, marquis de Mantoue, le mĂŞme qui dans la suite en fut le premier duc, & dont il Ă©toit fort aimĂ©.

 

Le poëte, conformement à la chronique de Turpin, suppose que Berthe n'étoit que la sœur de Charlemagne; c'est elle-même qu'il choisit pour être mere de Roland. La princesse aime, en secret, le brave Milon, le plus célebre des paladins qui se trouvoient à la cour; & Milon atteint du même trait qui faisoit soupirer Berthe, combattoit vainement un amour que la vue de la princesse enflammoit fans cesse. L'empereur, à la priere de Berthe, fait publier un tournoi. Milon reste maître du champ de bataille, & remporte le prix du tournoi. (Journal encyclopédique, Volume 419, 1773 - books.google.fr).

 

"convie"

 

Charlemagne, pour achever la fĂŞte, donne un grand festin & un bal.

 

Que font Berthe & Milon pendant ce bal ? Trop amoureux pour prendre part Ă  des plaisirs si bruyans, ils ne cherchent que la solitude. Frosine, confidente de la princesse trouve le moyen de tirer Milon hors du bal, & de le conduire Ă  l'appartement de sa maĂ®tresse. Elle lui dĂ©couvre les tendres dispositions de Berthe pour lui, tandis que Rampallo, confident de Milon, instruit la princesse de l'ardente passion du paladin. On s'apperçoit bientĂ´t, dans ce bal, de l'Ă©clipse de Milon, & l'empereur le fait chercher. Le page, chargĂ© de l'amener, instruit par Frosine, rapporte que les fatigues du tournoi l'ont obligĂ© de se coucher. Berthe, accompagnĂ©e de Rampallo, regagne son appartement, oĂą Frosine a fait cacher Milon. Le chevalier dont le poste est Ă  la ruelle du lit, entend l'aveu qu'elle fait de sa flamme ou de sa foiblesse au ministre de ses amours, & le prĂ©sente tout-Ă -coup. La surprise de Berthe & de Rampallo fait une scene muette dont tout l'honneur revient Ă  Frosine; mais quand l'Ă©change des secrets est fait entre amans, la nĂ©gociation est bien avancĂ©e. Ceux-ci se donnent les assurances d'un amour qui ne finira jamais. Frosine & Rampallo jugeant leur prĂ©sence inutile, retournent au bal. Berthe, après toute la dĂ©fense requise pour obtenir les honneurs de la guerre, se rend au vainqueur, & cette premiere entrevue donne naissance au fameux Roland, le hĂ©ros du poĂ«me (Journal encyclopĂ©dique, Volume 419, 1773 - books.google.fr).

 

Berthe condamnée à mort

 

Au milieu de sa gloire, Charlemagne en était d'autant plus sévère pour sa famille, et dès qu'il sut la faute de sa sœur, il la fit enfermer dans une tour, et résolut de la faire mettre à mort ainsi que son amant. Vainement le duc Naisme essaya-t-il de faire usage de son crédit auprès de l'empereur, pour obtenir le pardon des deux jeunes gens. Trouvant toujours le souverain inflexible, Naisme prit le parti de délivrer Milon et Berthe de leurs prisons, et, après les avoir fait marier devant l'église et avec le témoignage d'un notaire, il leur donna la liberté. Charlemagne, furieux de cette évasion, met Milon au ban, s'empare de ses biens et fait excommunier les deux époux par le pape. Milon et Berthe se décident à aller à Rome. Mais privés d'argent et de toutes ressources, ils s'arrêtent aux environs de Sutri, s'établissent dans une caverne, où la malheureuse Berthe donna le jour à un fils (Etienne-Jean De-l'Ecluze, Roland ou la chevalerie: Roland, ou la Chevalerie, Tome 1, 1845 - books.google.fr).

 

"fort" : Robert le Fort

 

Selon Belleforest, Childebrand fut pére de Milon Comte d'Angers, qui de Berthe, sœur de Charlemagne, eut Roland & Théodoric pére de Robert le Fort (Gilbert Charles Le Gendre, Des antiquités de la maison de France, et des maisons mérovingienne et carlienne, 1739 - books.google.fr).

 

"Royne" et "pellix"

 

"pellix" : concubine (Théodore Bouys, Nouvelles considérations puisées dans la clairvoyance instinctive de l'homme: sur les oracles, les sibylles et les prophètes, et particulièrement sur Nostradamus, 1806 - books.google.fr).

 

REGINE ou Reine, nom propre ou honorifique d'une concubine de Charlemagne, qu'il aima beaucoup, & qui le fit pere de plusieurs enfans, entr'autres de Hugues, dit l'Abbé, chancelier de Louis le Débonnaire, & de Dreux, évêque de Metz, mort en 853 (Jean François de La Croix, Dictionnaire historique portatif des femmes célèbres, Tome 3, 1769 - books.google.fr).

 

"la consort"

 

Robert était frère d'Ingeltrude et beau-frère de Pepin I, roi d'Aquitaine. En effet, 1°. suivant l'auteur cité, de la Vie de saint Genoul, Pepin avait épousé la sœur de Robert : Regalis etiam stemmatis per sororem adeptus erat consortia: quam isdem Dominus Pippinus uxorem duxit; 2°. tous les historiens s'accordent à dire que Robert occupa les premières dignités à la cour de Pepin II, son neveu, contre le roi Charles le Chauve (Jean-Baptiste-Pierre Courcelles, Notices historiques et généalogiques sur les maisons souveraines de France, d'Espagne, 1828 - books.google.fr).

 

Chez Pline le Jeune (Epistulae 8, 18, 4) : "consors" dans le sens de "possédant en commun" "n'ayant pas encore partagé l'héritage paternel" (Gaffiot). "la consort" peut désigner la soeur de Robert, ce qui permet de l'identifier un peu plus.

 

Acrostiche : LLLE

 

LL vaut en numération romaine C (cent) d'où CLE pour LLLE.

 

Nous devons dire aussi que c'est probablement à la situation d'Angers aux portes de la Bretagne et de l'Aquitaine, et aux siéges que cette ville eut à soutenir contre les Normands et les Bretons, qu'elle dut son privilége d'être appelée une des clefs de la France, et plus tard celui de porter pour symbole dans son blason une clef d'argent sur l'écu de gueules (couleur rouge), le chef d'azur à deux fleurs-de-lys d'or (Victor Godard-Faultrier, L'Anjou et ses monuments, Tome 1, 1839 - books.google.fr).

 

Typologie

 

Le report de 2161 sur la date pivot 866 donne -429.

 

Artaxerxès Ier est le fils de Xerxès Ier et de la reine Amestris. Le livre d'Esdras et le livre de Néhémie, qui font partie de la Bible, évoquent un certain «Artaxerxès, roi de Perse». Certains historiens estiment qu'il s'agit d'Artaxerxès Ier, et d'autres d'Artaxerxès II.

 

Il est surnommé en latin Longimanus «Longue Main», d'après Plutarque parce que sa main droite était plus longue que sa gauche (fr.wikipedia.org - Artaxerxès Ier).

 

La mère de Charlemagne, appelée aussi Berthe, était surnommée "au grand pied".

 

Au fond, Cendrillon est la figure de Perrault qui se rapproche le mieux de l'insaisissable «Mère Oie». Et c'est sur son pied qu'il faut s'arrĂŞter. Ce pied Ă  la pantoufle perdue est essentiel pour rĂ©soudre l'Ă©nigme. François Villon savait parfaitement au XVe siècle que Berthe n'avait qu'un seul «grand pied» ou plutĂ´t un seul «plat pied», comme l'indiquent deux manuscrits de son Ĺ“uvre. Deux siècles plus tĂ´t, Adenet le roi adapta la lĂ©gende de la PĂ©dauque sur le mode courtois et attribua deux grands pieds Ă  Berthe, ce qui paradoxalement attĂ©nua l'Ă©trangetĂ© en la banalisant; le personnage devenait de ce fait moins inquiĂ©tant. Avoir deux grands pieds est, somme toute, assez normal, mais n'en avoir qu'un grand est bien plus troublant, la parfaite symĂ©trie des membres Ă©tant un critère de la beautĂ© humaine. Quant Ă  la difformitĂ© physique, elle Ă©tait souvent interprĂ©tĂ©e dans le code des valeurs courtoises comme une monstruositĂ© morale. Ce qui prouve l'effort dĂ©libĂ©rĂ© d'Adenet pour «normaliser» Berthe en lui attribuant deux grands pieds, c'est l'existence d'une version franco-italienne de la lĂ©gende, quasiment contemporaine d'Adenet et dĂ©rivĂ©e d'une source française perdue. Cette Ĺ“uvre n'attribue qu'un seul «grand pied» Ă  Berthe, comme l'indique son titre Berta de li gran piĂ© («Berthe au grand pied»). La stature mythique de la PĂ©dauque est donc mieux conservĂ©e dans la version franco-italienne qu'on peut croire ancienne. Ce trait mythique est susceptible d'une interprĂ©tation calendaire : la dissymĂ©trie anatomique, rĂ©elle ou simulĂ©e, renvoie Ă  divers rites et croyances en lien avec la pĂ©riode solsticiale. Berthe au grand pied n'a qu'un seul pied d'oie comme la PĂ©dauque, et Cendrillon ne perd qu'une seule de ses pantoufles de verre. Que faut-il en dĂ©duire ? Que Berthe et Cendrillon tirent leur origine de la mĂŞme figure mythique : la dĂ©esse-oiseau ou PĂ©dauque, alias la Mère Oie. Alors, le pied si particulier de Cendrillon qui ne retient pas bien son soulier ne serait-il pas son unique pied d'oie ? (Philippe Walter, Ma mère l'Oie: Mythologie et folklore dans les contes de fĂ©es, 2017 - books.google.fr).

 

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