Charles III de Savoie

Charles III de Savoie

 

IX, 34

 

2128-2129

 

Le part soluz mari sera mitré,

Retour conflict passera sur le thuille,

Par cinq cens un trahy sera tiltré,

Narbon et Saulce par contaux avons d'huille.

 

"soluz" : veuvage

 

Il est vrai que Narbon Ă©tait le vĂ©ritable nom du ministre de Louis XVI qui se faisait appeler M. de Narbonne, il est encore vrai que le sieur, Sauce, dans la maison duquel l'infortunĂ© monarque fut arrĂȘtĂ© Ă  Varennes, Ă©tait marchand Ă©picier, et ainsi vendait des huiles; mais que font lĂ  les couteaux ? Quels sont ces cinq cent un par qui Louis XVI sera accusĂ© de trahison ? Que veulent dire ces paroles, le part soluz mary sera mittrĂ© ? Elles signifient, dit-on, que Louis XVI devait seul se coiffer du bonnet rouge, et non la reine. Cela serait assez apparent en effet, si soluz Ă©crit de la sorte ne venait pas de solutus et non de solus; or Louis XVI n'Ă©tait pas veuf. Nous nous en tenons Ă  ces exemples, qui ne sont pas les plus singuliers dans l'espĂšce ; car les exĂ©gĂštes ont donnĂ© Ă  d'autres passages des centuries des explications beaucoup plus Ă©tranges et plus forcĂ©es que celles-ci. Il en est des prophĂ©ties de Nostradamus comme des nuages, dans lesquels, avec un peu d'attention et d'imagination, l'on trouve tout ce qu'on veut, c'est-Ă -dire ce qui n'y est pas (AbbĂ© Lecanu, Dictionnaire des Proheties et des Miracles, Tome 2, 1855 - books.google.fr).

 

Mais Charles III de Savoie le fut en 1538. La mitre d'infamie (coiffe de papier) Ă©tait une punition infligĂ©e aux criminels. En 1528, des reprĂ©sentants du peuple de GenĂšve furent ainsi traitĂ©s pour avoir contestĂ© l'Ă©vĂȘque de la ville (lui-mĂȘme portant la mitre Ă©piscopale) dont le duc dĂ©fendait les prĂ©rogatives (Henri Naef, Les Origines de la Reforme a Geneve, Tome 2, 1968 - books.google.fr).

 

"thuille"

 

La Thuile est une localitĂ© de Savoie dont la famille de Sales fut possessionnĂ©e, cf. saint François de Sales (1567 - 1622, Ă©vĂȘque de GenĂšve en 1602).

 

En 1560, Ă  la suite du dĂ©cĂšs de Louis de Sionnaz, sans postĂ©ritĂ©, sa sƓur, Françoise (1522-1611) hĂ©rite de la seigneurie. Elle est l'Ă©pouse de François de Sales, baron de Thorens, et auront pour fils le futur saint François de Sales. La demeure devient la rĂ©sidence habituelle de la famille Ă  partir de 1590. Le chĂąteau passe ainsi Ă  la famille de Sales qui reste propriĂ©taire du chĂąteau jusqu'Ă  la RĂ©volution française (fr.wikipedia.org - Lathuile).

 

Il y a encore la Vallée de la Thuile dans le Val d'Aoste, possession des ducs de Savoie. On parle encore des Vaudois, les Pauvres de Lyon (cf. tolérance piémontaise au quatrains III, 99 et persécution de François Ier - l'Antéchrist trois du quatrain VIII, 77 - au quatrain VIII, 70).

 

Le premier Synode vaudois de Chanforan (1532) laissa des mĂ©contents, parmi lesquels Daniel de Valence et Jean de Molines, qui allĂšrent en BohĂšme consulter les responsables de l'UnitĂ© des FrĂšres. PrĂ©occupĂ©s de cette opposition, les pasteurs favorables aux conclusions de Chanforan envoyĂšrent de nouveau Gonin et Guido en Suisse pour demander de nouveaux renforts en hommes et en idĂ©es. A cette deuxiĂšme mission aux VallĂ©es Vaudoises participĂšrent Saunier et OlivĂ©tan, accompagnĂ©s de Gonin et Guido. C'est le seul voyage dont on conserve une description tant soit peu dĂ©taillĂ©e, faite par Saunier lui-mĂȘme Ă  Farel dans la lettre latine qu'il Ă©crivit des VallĂ©es le 5 novembre 1532. La comitive, partie d'Yvonand sur le lac de NeuchĂątel, gagna Vevey sur le lac LĂ©man, remonta la vallĂ©e du RhĂŽne en passant par Aigle et Bex, d'oĂč elle dut rebrousser chemin jusqu'Ă  Ollon Ă  cause d'une indisposition de Gonin. Les voyageurs, repartis d'Ollon, allĂšrent jusqu'Ă  Martigny d'oĂč ils passĂšrent les Alpes par le vallon et le col Ferret. Jusqu'ici l'itinĂ©raire est clair et prĂ©cis. Puis la lettre nomme Turin et rappelle l'accueil reçu aux VallĂ©es. Le texte suggĂšre Ă  premiĂšre vue que nos voyageurs, aprĂšs ĂȘtre descendus dans la vallĂ©e d'Aoste, ont gagnĂ© tout d'abord Turin et puis les VallĂ©es. Mais on ne comprend guĂšre pourquoi, suivant cet itinĂ©raire, ils sont passĂ©s par le col Ferret et non par la route plus courte du Grand St.-Bernard. On peut cependant l'expliquer en rappelant que l'itinĂ©raire passant par Aoste Ă©tait plutĂŽt dangereux. DĂšs 1523, l'Ă©vĂȘque de celte ville avait exhortĂ© ses diocĂ©sains Ă  rejeter la « doctrine de Luther » condamnĂ©e officiellement. En outre la vallĂ©e d'Aoste Ă©tait bien gardĂ©e par les nombreux et forts chĂąteaux des seigneurs de Chaillant, toujours trĂšs fidĂšles Ă  la Maison de Savoie, dont le duc Charles III (1504-1553), contrairement aux espoirs des rĂ©formateurs, s'Ă©tait opposĂ© aux nouvelles idĂ©es, soit en luttant contre Berne, qui menaçait Ă  la fois l'intĂ©gritĂ© de ses Etats au nord et l'unitĂ© religieuse du duchĂ©, soit en dĂ©fendant la vente et la lecture des livres retenus hĂ©rĂ©tiques. Il est donc plausible de conjecturer que nos voyageurs, ayant passĂ© le col Ferret, soient descendus le long du vallon homonyme jusqu'Ă  EntrĂšves, et puis, par Courmayeur, PrĂ© St. Didier et St. Pierre sur la Doire Ripaire, aient remontĂ© le Val Savaranche jusqu'au col Nivolet, qui relie lis vallĂ©es d'Aoste et de l'Orco et conduit directement Ă  Turin par les bourgs de Ceresole Reale et CuorgnĂ©. Ce n'est qu'une hypothĂšse, qui cependant s'ao;orde assez bien avec le texte de la lettre de Saunier qui, aprĂšs Ferret, mentionne Turin. On pourrait aussi conjecturer que, aprĂšs EntrĂšves, ils aient gagnĂ© la vallĂ©e de l'IsĂšre soit en remontant le Val Veni par le col de la Seigne, soit la vallĂ©e de la Thuile par le Petit St-Bernard, mais cette opinion, quoique plausible, n'irait bien que si la lettre de Saunier avait mentionnĂ© les VallĂ©es avant Turin (Bulletin historique et littĂ©raire de la SociĂ©tĂ© de l'histoire du protestantisme français, Volume 99, 1956 - books.google.fr).

 

"contaux"

 

« Les contaux [...] sont des pieces principalles de bois de chesne posés par dessus la perceinte tout autour de la galere par dehors. Ils ont 36 pieds de longueur ou environ et 13 poulces et demy de large sur 3 poulces d'epesseur» (D'OrtiÚres contaut ca 1680) (Jan Fennis, Trésor du langage des galÚres, 1995 - books.google.fr).

 

Savonner la planche

 

Savonner la planche Ă  quelqu'un, s'efforcer de provoquer son Ă©chec par des manƓuvres sournoises (Dictionnaire de l'AcadĂ©mie française, Volume 3, 2011 - books.google.fr).

 

Il faut probablement lire « avons d'huille Â» par « savons d’huile Â».

 

Les Romains, eux, n'utilisent pas de savon, mais des poudres trĂšs fines (pierre ponce et argile) ; elles exercent une dĂ©licate action abrasive sur la peau qui, ensuite, est enduite d'huile. Pline cite un produit trĂšs proche du savon actuel : il le nomme cepo galliarum car il arrive de Gaule, (probablement de Marseille) ; ce produit est employĂ© comme teinture rouge pour les cheveux. On dispose Ă©galement des informations sur les barils de savon liquide distribuĂ©s aux galĂšres avant la bataille. Les marins dĂ©versent du savon sur le pont ; en cas d'abordage, l'ennemi glisse et tombe sur le pont... L'Ă©quipage de la galĂšre, Ă©videmment informĂ© de la ruse, profite ainsi de l'effet de surprise.

 

Le vrai savon vient du monde arabe ; vers la fin du premier millénaire, la production de savons fins se diffuse à Alep et dans le bassin méditerranéen, qui dispose d'une importante production d'huile d'olive et de soude. Le savon d'Alep est préparé avec de l'huile d'olive de trÚs bonne qualité à laquelle on ajoute de l'eau et de la soude, et que l'on fait bouillir dans des chaudrons de cuivre, avant d'y ajouter des cendres de laurier qui lui confÚrent une couleur ambrée.

 

Une lĂ©gende affirme que la technique de fabrication du savon de Savone (Ă  l'ouest de GĂȘnes), a Ă©tĂ© dĂ©couverte par pur hasard (encore un cas de sĂ©rendipitĂ© !) par l'Ă©pouse d'un pĂȘcheur qui faisait bouillir de l'huile avec de la soude. Cette histoire peut ĂȘtre vraie ou fausse, mais l'industrie du savon de Savone et GĂȘnes a Ă©tĂ© trĂšs prospĂšre, ainsi que celle du Sud de l'Espagne, surtout Ă  SĂ©ville dont le savon est vendu par les apothicaires (Alessandro Giraudo, Nouvelles histoires extraordinaires des matiĂšres premiĂšres, 2017 - books.google.fr).

 

Le traitĂ© de Cambrai est loin de modifier les intentions sur le Milanais de François Ier qui dĂ©veloppe une politique de rapprochement avec les Turcs afin d'entraver les desseins de Charles Quint sur l'Italie. Si les Turcs envahissent l'Italie, le roi français « trĂšs chrĂ©tien » peut agir de mĂȘme en Espagne sous prĂ©texte de rĂ©tablir la chrĂ©tientĂ©. En mars 1532, il tente vainement d'influencer la stratĂ©gie de Soliman II le Magnifique qui choisit d'attaquer la Hongrie au lieu de l'Italie. Soliman II le Magnifique bat en retraite et, le 23 septembre 1532, Charles Quint fait une entrĂ©e triomphale Ă  Vienne. En rĂ©alitĂ©, Soliman II le Magnifique, qui combat dĂ©jĂ  les Perses, ne peut mener deux guerres en mĂȘme temps et compte sur Barberousse pour s'attaquer aux Habsbourg. Celui-ci rĂ©ussit, en aoĂ»t 1534, Ă  chasser temporairement les alliĂ©s de Charles Quint de Tunis. François Ier ne contrecarre pas les actions des Turcs en MĂ©diterranĂ©e mĂȘme s'il a rencontrĂ© Ă  Boulogne Henri VIII, le 20 octobre 1532, pour envisager une croisade contre les InfidĂšles. Dix ans plus tard, en fĂ©vrier 1542, il reçoit d'ailleurs l'aide de Soliman II le Magnifique pour les campagnes du printemps de cette mĂȘme annĂ©e. Mais, en 1534, le dĂ©cĂšs du pape ClĂ©ment VII, le 25 septembre, et l'Ă©lection de Paul III, franchement dĂ©favorable Ă  l'invasion turque, vont changer la donne. Le 14 juillet 1535, Charles Quint gagne la forteresse qui garde l'accĂšs Ă  la baie de Tunis : La Goulette. AprĂšs la dĂ©faite de Barberousse Ă  Tunis, le roi d'Espagne arrive en Sicile le 22 aoĂ»t 1535 pour traverser toute la pĂ©ninsule italienne. Mais François Ier dĂ©sire toujours possĂ©der le Milanais et, pour faciliter cette tĂąche, il envahit la Savoie le 1er fĂ©vrier 1536. Charles III perd Bourg-en-Bresse le 24 fĂ©vrier 1536 et ChambĂ©ry le 1er mars de la mĂȘme annĂ©e. La conquĂȘte de la Savoie s'achĂšve en mars 1536 avec la prise de Turin, mais le roi de France n'empiĂšte pas sur le Milanais afin de ne pas ĂȘtre l'instigateur de la guerre avec Charles Quint. Celui-ci lui propose alors Ă  nouveau la Bourgogne contre le Milanais, mais voyant que leurs positions respectives demeurent inchangĂ©es depuis plusieurs annĂ©es, Charles Quint dĂ©cide d'envahir la Provence le 13 juillet 1536 en traversant Nice. Antibes tombe le 17 juillet 1536. Pour contrecarrer l'offensive, François Ier se poste en Avignon le 25 juillet 1536. Charles Quint, en rĂ©alitĂ©, reprend le plan du duc de Bourbon de 1524 qui ne se contentait pas d'envahir la Provence, mais lançait aussi une offensive dans le Nord afin que les armĂ©es du roi de France soient divisĂ©es. De Provence, Charles Quint laisse Henri de Nassau maĂźtre des opĂ©rations dans le Nord. Nassau Ă©choue Ă  Saint-Quentin et Charles Quint est immobilisĂ© aprĂšs la prise d'Aix le 13 aoĂ»t 1536. Il y reste jusqu'au 11 septembre 1536 avant de se retirer sur FrĂ©jus pour regagner l'Espagne par GĂȘnes au moment oĂč Nassau lĂšve le siĂšge de PĂ©ronne. En fait, si le roi de France n'intervient pas rapidement, c'est qu'il lui manque des fonds et des hommes pour se dĂ©fendre sur deux fronts Ă©loignĂ©s. En outre, en 1537, François Ier ne peut pas profiter de l'aide des Turcs pour mener une offensive contre les Espagnols en Italie car Charles Quint a envahi le Nord de la France. Pour les deux rois, c'est une façon d'empĂȘcher leur ennemi de gagner du pouvoir. Ils signent une trĂȘve Ă  Monzon le 16 novembre 1537 et entament des pourparlers de paix Ă  Leucate. Cette situation ressemble fort Ă  une partie nulle : Charles Quint a conquis des territoires au nord, ravagĂ© la Provence sans la soumettre et n'est pas parvenu Ă  s'imposer en Italie. Les annĂ©es 1538 Ă  1541 sont une mascarade de rĂ©conciliation car, aprĂšs la signature de la trĂȘve de Nice, le 18 juin 1538, qui prĂ©voit l'arrĂȘt des conflits dans cette rĂ©gion pendant dix ans et aprĂšs l'Ă©chec de Charles Quint au siĂšge d'Alger en novembre 1541, les hostilitĂ©s reprennent sur les mĂȘmes fronts : le Nord de la France avec l'invasion de la Champagne, de la Picardie et du Luxembourg, le Nord de l'Espagne avec les siĂšges de Perpignan et de Fontarabie, l'Italie. Mais, cette fois-ci Charles Quint en sort gagnant, grĂące Ă  une nouvelle alliance avec Henri VIII, le 11 fĂ©vrier 1543. Devant cette nouvelle distribution des rĂŽles, François Ier essaie de contrebalancer le pouvoir du roi d'Espagne en signant en Provence, le 5 juillet 1543, un accord de collaboration avec les Turcs qui prennent Nice aux ImpĂ©riaux et hivernent Ă  Toulon du 29 septembre 1543 jusqu'au mois de mars 1544. François Ier a en effet l'intention de faire accompagner les Turcs sur les cĂŽtes espagnoles. Le 6 janvier 1544, ils y brĂ»lent CadaquĂ©s, Ampurias, Palamos, Rosas et Villajoyosa. Le 23 mai 1544, Barberousse investit les Ăźles d'HyĂšres et en profite pour parcourir les cĂŽtes d'Italie. Devant ce danger non nĂ©gligeable, Charles Quint, mĂȘme s'il s'est profondĂ©ment avancĂ© en Champagne, prĂ©fĂšre signer avec François Ier la paix de CrĂ©py les 15 et 16 septembre 1544. Ils se restituent ainsi les territoires conquis depuis la trĂȘve de Nice de 1538.

 

Le fort de Plus précisément VaissÚte (Histoire générale du Languedoc, Tome V) parle des Cabanes de Fitou aux environs de Leucate qui est en face de la forteresse de Salses, et ferme l'accÚs de Narbonne aux Espagnols. François Ier y poursuit les travaux de remise en état, mais c'est Henri II qui les achÚve en 1552 (Marie-Véronique Martinez, La lutte pour l'hégémonie, Charles Quint et la monarchie universelle, 2001 - books.google.fr).

 

L'Histoire universelle appelle Salses "Saluces". On retrouve l'étang salé de Leucate et la Savoie au quatrain III, 92, daté de 1772.

 

Marguerite, SƓur du Roi François Ier, la Reine ElĂ©onore son Ă©pouse, & Marie, Reine de Hongrie, sƓur de Charles V, assemblĂ©es sur la frontiĂšre de Flandres, arrĂȘtĂšrent entre l'Empereur & François Ier une trĂȘve de trois mois, qui fut publiĂ©e en PiĂ©mont, oĂč les hostilitĂ©s restĂšrent suspendues, & les choses laissĂ©es dans l'Ă©tat oĂč elles Ă©toient. François Ier se rendit en Piemont, & reçut, sans s'engager Ă  rien, l'Ambassadeur de Charles III, qui se flattoit que cette trĂȘve seroit bientĂŽt suivie d'une paix gĂ©nĂ©rale : & en effet, il y eut un congrĂšs composĂ© des Ministres plĂ©nipotentiaires de l'Empereur, du Roi de France & du Duc de Savoie, entre Saluces & Narbonne. Mais cette confĂ©rence, qui donnoit de si brillantes espĂ©rances, n'opĂ©ra qu'une prolongation de trĂȘve de trois mois. Charles III en fut d'autant plus affligĂ©, qu'Ă  la douleur de voir ses Ă©tats dĂ©vastĂ©s, usurpĂ©s par ses amis Ă©t par ses ennemis, se joignit le chagrin dĂ©vorant que lui causa la mort de BĂ©atrix de Portugal son Ă©pouse, qui mourut Ă  Nice, au moment oĂč il s'attendoit le moins, Ă  ce triste Ă©vĂ©nement.

 

Les disgrĂąces que Charles III Ă©prouvoit, se succĂ©doient si rapidement, qu'elles lui laissoient Ă  peine le tems de respirer. Il donnoit des larmes amĂšres Ă  la perte de son Ă©pouse, lorsqu'il fut averti d'une confĂ©rence indiquĂ©e, Ă  Nice, entre le Pape, l'Empereur & le Roi de France. Il espĂ©ra d'abord que la paix seroit le fruit de cette entrevue, & que son rĂ©tablissement seroit l'une des principales conditions de la paix ; mais Ă  cette flatteuse espĂ©rance succĂ©dĂšrent de cruelles allarmes, lorsque le Pape Paul III lui envoya, demander le chĂąteau de Nice, pour la sĂ»retĂ©, disoit-il, de Sa SaintetĂ©. ClĂ©ment VII avoit fait la mĂȘme demande, & Charles III avoit sçu que ce Pontife ne l'avoit faite que pour François Ier. Il Ă©toit donc trĂšs-vraisemblable que Paul III n'agissoit que d'aprĂšs les sollicitations du mĂȘme Monarque ; &, quoique l'Empereur eut promis de ne signer aucun traitĂ© de paix que le Duc ne fut rĂ©tabli dans ses Ă©tats & remis en possession de tous les pays dĂ©pendans de la Couronne de Savoie, l'expĂ©rience ne l'avoit cependant que trop instruit du peu de fond qu'il y avoit Ă  faire sur ces sortes de promesses. D'ailleurs, Nice & sa citadelle Ă©toient les seules places oĂč le Duc fut en sĂ»retĂ©.

 

Alors que Paul III Ă©toit Ă  Savonne, il dĂ©clara qu'il ne lui convenoit point, comme Chef de la ChrĂ©tientĂ©, de loger dans une place, oĂč tout autre que Sa SaintetĂ© commanderai. Cette prĂ©tention absurde, couvrait un projet concertĂ© entre l'Empereur & Paul III: car, Charles-Quint arrivĂ© au port de Villefranche, envoya demander au Duc de Savoie le ChĂąteau de Nice pour quarante jours seulement, promettant de le lui rendre Ă  l'expiration de ce terme. Charles III consentit Ă  cette demande; mais les galĂšres de l'Empereur Ă©tant allĂ©es Ă  Savonne, pour y prendre le Souverain - Pontife & l'amener Ă  Nice, ie Duc de Savoie protesta que c'Ă©toit Ă  Charles V seul, & exclusivement, qu'il avoit toujours dit vouloir confier le ChĂąteau (Histoire universelle, depuis le commencement du monde jusqu'Ă  prĂ©sent, Volume 38, 1776 - books.google.fr).

 

AprÚs Nice, Charles Quint et François Ier ont une entrevue à Aigues Morte en juillet 1538 et se déplacent avec leurs flottes composées en partie de galÚres. L'empereur reçoit le roi sur la sienne "et lui donna la main pour monter" (Histoire générale du Languedoc, Tome V).

 

"un trahy sera tiltré"

 

Dans le LodĂ©vois, il se dĂ©signe couramment par l'expression : faire titrer les draps. Un arrĂȘt du Parlement de Toulouse du 26 mai 1719 parle aussi « de faire titrer ou tisser » les draps. Ernest Martin, Cartulaire de LodĂšve, document CCLIII, p. 390 (Émile Appolis, Un pays languedocien au milieu du XVIIIe siĂšcle: Le diocĂšse civil de LodĂšve : Ă©tude administrative et Ă©conomique, 1951 - books.google.fr).

 

«Pour le travail des draps, dit un contemporain, pour filer la laine et la tisser, nous sommes les esclaves des esclaves du Roi». Par un amer jeu de mots qu'autorise l'homonymie hĂ©braĂŻque (beghed, signifie Ă  la fois vĂȘtement et trahison), la fourniture des draps devient la trahison des traĂźtres, le "beghed boghedim" (Joseph Nehama, Histoire des IsraĂ©lites de Salonique: PĂ©riode de stagnation. La tourmente sabbatĂ©enne, 1593-1669, 1959 - books.google.fr, Claudine Korall, MĂ©thodologie et cas d'Ă©tude dans la QuĂȘte du Saint-Graal, Le rĂȘve mĂ©diĂ©val, 2007 - books.google.fr, Jocelyne Tarneaud, La Bible pas Ă  pas: Joseph et l'Egypte, 2017 - books.google.fr, Pierre Pellet, Actions de graces au sujet du rĂ©tablissement des Vaudois: sermon prononcĂ© Ă  Wesop sur Ps. 103/1-2 ; Autres actions de graces pour la grande victoire remportĂ©e en Hirlande, 1690 - books.google.fr).

 

La tradition reprĂ©sentĂ©e par Etienne de Bourbon, inquisiteur dominicain du XIIIĂšme siĂšcle,  insiste sur la prĂ©somption des vaudois Ă  se proclamer les imitateurs et les successeurs des apĂŽtres « par une fausse profession de pauvretĂ© et sous l'image dĂ©guisĂ©e de la saintetĂ© » : faussetĂ©, dĂ©guisement, voilĂ  les mots d'ordre de tous les polĂ©mistes, qui se rĂ©pĂštent d'une source Ă  l'autre. En particulier Etienne ne s'arrĂȘte pas seulement sur les dĂ©guisements extĂ©rieurs des prĂ©dicants vaudois en pĂšlerins, pĂ©nitents, cordonniers, barbiers ou moissonneurs, mais il accuse tous ces gens-lĂ  de se prĂ©senter partout « sous les dehors et de la foi sans cependant possĂ©der la vĂ©ritĂ© » (Giovanni Gonnet, Le cheminement des Vaudois vers le schisme et l'hĂ©rĂ©sie (1174-1218), Cahiers de civilisation mĂ©diĂ©vale, 1976 - books.google.fr).

 

Le vaudois Antonio Blasi fut traduit en procÚs pour hérésie en 1486. Il était natif d'Angrogna et tisserand (Marina Benedetti, Le procÚs d'Antonio Blasi, L'hérétique au village: les minorités religieuses dans l'Europe médiévale et moderne : actes des XXXIe Journées internationales d'histoire de l'Abbaye de Flaran, 9 et 10 octobre 2009, 2011 - books.google.fr).

 

Au XIIIĂšme siĂšcle, les vaudois gagnent les retraites des Alpes par les vallĂ©es qui dĂ©bouchent sur la Durance, oĂč le roi d’Aragon, souverain du comtĂ© de Provence, leur fait donner la chasse dĂšs le commencement de la croisade. [...] Cet exode, comparable Ă  celui que la France a vu aprĂšs la rĂ©vocation de l’édit de Nantes, entraĂźna la population laborieuse du midi, car si les parfaits du catharisme ne travaillaient pas de leurs mains, il n’en fut pas de mĂȘme de la masse des croyans et des disciples vaudois. Ce ne fut pas uniquement par un sentiment chevaleresque que les barons du midi refusĂšrent de tirer le glaive de la persĂ©cution contre eux, ce fut aussi par un intĂ©rĂȘt bien entendu. Actifs et Ă©conomes par zĂšle religieux, les sectaires s’étaient emparĂ©s de l’industrie des laines et des soies, dĂ©jĂ  florissante Ă  cette Ă©poque dans le midi ; ils avaient fondĂ© en plusieurs villes des fabriques de tissage dont tous les ouvriers Ă©taient engagĂ©s dans le mouvement religieux, et qui Ă©taient autant de centres de propagande. De lĂ  le nom de tixerands donnĂ© aux hĂ©rĂ©tiques du midi et des Flandres, dont la signification primitive a embarrassĂ© beaucoup d’historiens. L’hĂ©rĂ©sie s’était confondue avec l’industrie du tissage, et il suffisait aux yeux de l’inquisition d’exercer l’une pour ĂȘtre accusĂ© d’appartenir Ă  l’autre. Dans tous les autres travaux, les croyans se distinguaient par leur activitĂ© (M. Hudry-Menos, L’IsraĂ«l des Alpes ou les Vaudois du PiĂ©mont, Revue des Deux Mondes, DeuxiĂšme pĂ©riode, tome 74, 1868 - fr.wikisource.org).

 

Pour les tissus, il y avait les foires des villages au dĂ©bouchĂ© des vallĂ©es, au printemps et en automne. En outre, dans le Val Germanasca, Ă  la fin du siĂšcle dernier, passaient pĂ©riodiquement dans chaque commune des colporteurs qui venaient du Val Soana, lĂź marsie (les merciers), appelĂ©s aussi lĂź sucriaire (les marchands de sucre) parce qu'au dĂ©but ils portaient aussi une certaine quantitĂ© de sucre pour vendre Ă  leurs clients. Leur passage se faisait Ă  la fin de l'automne, quand les montagnards Ă©taient descendus de leurs sĂ©jours d'Ă©tĂ©. Le chanvre que l'on cultivait un peu partout dans les VallĂ©es, Ă©tait mis Ă  rouir dans les nai (routoirs), trous amĂ©nagĂ©s prĂšs des maisons, lĂ  oĂč jaillissait une source. Quand la plante avait bien macĂ©rĂ©, on l'Ă©crasait pour sĂ©parer la fibre textile de la partie ligneuse. Ensuite aprĂšs avoir Ă©tĂ© cardĂ© sur de grosses cardes en fer le chanvre Ă©tait filĂ© et tissĂ©. Pour la laine, chaque famille se suffisait Ă  elle-mĂȘme, parce que chacune avait quelques brebis. TrĂšs apprĂ©ciĂ©s Ă©taient les ovins Ă  laine noire, ce qui permettait de modifier la couleur de certains vĂȘtements. Pour colorer la laine en marron on employait le brou de noix, que l'on faisait longuement bouillir avec la laine ; on rinçait ensuite abondamment Ă  l'eau froide. L'industrie locale de la toile, encore vivante au siĂšcle dernier a, de nos jours complĂštement disparu, en mĂȘme temps que les rudimentaires mĂ©tiers Ă  tisser que possĂ©daient de nombreuses familles pour la confection de la toile de chanvre, solide, rude, mais nĂ©cessaire Ă  tous les usages familiaux : vĂȘtements, chemises, draps, nappes, etc. Les plus pauvres se confectionnaient des pantalons en peau de brebis ou de chĂšvre, plus ou moins bien tannĂ©e. [...]

 

Parmi les usages autrefois trĂšs en honneur, il y avait celui de la marco : on se servait en guise de signal d'un drap de lit ou d'une Ă©toffe blanche, placĂ© en un endroit convenu, pour avertir celui qui Ă©tait loin de la maison d'un Ă©vĂ©nement heureux ou malheureux. A Angrogne, jusqu'Ă  la fin du siĂšcle dernier, quand le ministre du culte se rendait aux alpages de l'Infernet, de la Cella, de Cella Vecchia ou de Souiran, pour y tenir une assemblĂ©e religieuse, on Ă©tendait lĂ  oĂč devait avoir lieu la rĂ©union, en un lieu bien visible, un drap blanc afin de prĂ©venir les bergers des diffĂ©rents alpages que le pasteur Ă©tait arrivĂ© et que la cĂ©rĂ©monie allait commencer. Dans d'autres localitĂ©s, Ă  Rodoretto par exemple, le drap Ă©tait appelĂ© linsĂŽl (linceul, drap de lit). On l'employait aussi pour signaler aux contrebandiers de sel, de tabac ou de sucre, l'arrivĂ©e des douaniers (bĂ«rlandot), ou Ă  ceux qui se livraient Ă  des coupes de bois interdites l'apparition des gardes forestiers (gardobĂŽc) (Teofilo G. Pons, Victor Bettega, Christian Abry, Charles Joisten, La vie traditionnelle dans les VallĂ©es Vaudoises du PiĂ©mont. Traduit et adaptĂ© de l'italien par V. Bettega, C. Abry, C. Joisten. In: Le Monde alpin et rhodanien. Revue rĂ©gionale d'ethnologie, n°3-4/1978 - www.persee.fr).

 

Le duc de Savoie avait, en effet, chargĂ© en 1534 PantalĂ©on Bersour, seigneur de Miradolo, dont les fiefs touchaient au val d'Angrogne, de rechercher les hĂ©rĂ©tiques dans ses Etats. En Provence, le Parlement d'Aix et l'inquisiteur Jean de Roma sĂ©vissaient contre les Vaudois. Bersour recueillit auprĂšs du Parlement d'Aix les noms de nombreux sujets du duc, noms qui avaient Ă©tĂ© arrachĂ©s par la torture aux malheureux prisonniers de Jean de Roma. Bersour dressa une liste des PiĂ©montais suspects d'hĂ©rĂ©sie et des Ă©trangers qui les avaient assistĂ©s, et il fut autorisĂ© par lettres patentes de Charles III (28 aoĂ»t 1535) Ă  se saisir de leurs personnes. Avec cinq cents soudards, Bersour se jeta sur les frontiĂšres d'Angrogne, vers Rocheplate, et y surprit quelques hommes qui faisaient la garde. Il y avait parmi eux un certain Jeanet Peiret d'Angrogne, qui rapporta qu'Ă  Chanforan se trouvait M. Farel (c'Ă©tait Gauchier) et deux autres en sa compagnie (Saunier et OlivĂ©tan). Bersour, continuant ses exploits, prit un si grand nombre d'inculpĂ©s qu'il en remplit son chĂąteau de Miradol, les prisons et couvents de Pignerol et l'Inquisition de Turin, oĂč BenoĂźt de Solariis, vicaire de l'inquisiteur, faisait leur procĂšs. C'est ainsi que Saunier et un sien compagnon furent arrĂȘtĂ©s et emprisonnĂ©s Ă  Pignerol, puis livrĂ©s Ă  l'Inquisition de Turin. Ils n'Ă©chappĂšrent au supplice que grĂące aux dĂ©marches tenaces et Ă©nergiques et aux menaces de reprĂ©sailles du gouvernement bernois. Saunier fut libĂ©rĂ© en avril 1536, l'annĂ©e mĂȘme oĂč le Barbe Martin Gonin, l'intermĂ©diaire le plus zĂ©lĂ© entre son peuple et les rĂ©formateurs, scellait de son sang, Ă  Grenoble, sa fidĂ©litĂ© Ă  l'Evangile. Cependant, en cette mĂȘme annĂ©e 1536, la roue allait tourner et la puissance du duc de Savoie s'effondrer sous les coups de la France et de Berne. François Ier s'empara d'une grande partie du PiĂ©mont, et spĂ©cialement des contrĂ©es alpestres, Ă  part la vallĂ©e d'Aoste (Guillaume Farel - 1489-1565- Biographie Nouvelle, 1930 - books.google.fr).

 

Le représentant de François Ier auprÚs des princes allemands, le protestant Guillaume de Furstemberg, protÚge les réformés dans son gouvernement des Vallées vaudoises. Lorsqu'il accompagne le roi à l'entrevue de Nice, Gauchier Farel le remplace. Il ne rentre pas d'un voyage pour GenÚve et Strasbourg en 1538 et les vallées sont envahies par René de Montejean, un protégé de Montmorency. Il saccage les villages et emprisonne les ministres dans le chùteau de La Tour. Furstemberg revient et les libÚre, punissant les crimes de la soldatesque. Mais, en but aux intrigues de Montmorency, il quitte le service du roi.

 

La trĂȘve de Nice (18 juin 1538) unit au contraire François Ier et Charles-Quint dans la lutte contre l'hĂ©rĂ©sie, et elle garantit pour dix ans l'occupation du PiĂ©mont par les Français. Le roi, poussĂ© par son entourage hostile Ă  la RĂ©forme, institua aussi Ă  Turin un Parlement qui siĂ©gea dĂšs le 10 octobre 1539 et qui, appliquant les Ă©dits royaux, procĂ©da contre les rĂ©formĂ©s avec la mĂȘme rigueur que les autres Parlements du royaume (Guillaume Farel - 1489-1565- Biographie Nouvelle, 1930 - books.google.fr).

 

Un bout de tissu

 

Le vendredi saint 1537, la population de Nice fut appelée à se recueillir devant un dais de velours pourpre dressé sur la plate-forme de la tour du MÎle de Saint-Elme. Sous le dais : le Saint-Suaire, appartenant à la Maison de Savoie. Béatrix de Savoie, ses enfants, les archives ducales et le Saint-Suaire étaient à Nice depuis plusieurs mois, les états de Charles III ayant été envahis par les troupes de François Ier. La précieuse relique fut plus tard transférée à Turin qui devint capitale du duché. Bétarix, elle, mourut à Nice en 1538 et fut inhumée dans la cathédrale du chùteau (Louis Segnat, En visite à... Nice, 1995 - books.google.fr).

 

Si l'on prend la date de 1536, quand Charles III fuit à Nice, comme repÚre, alors de 1536 à 2128 il y a 592 ans. Par symétrie, on obtient la date de 944.

 

Par sa documentation historique, Ian Wilson visait Ă  combler le vide documentaire de treize siĂšcles qui sĂ©pare la premiĂšre attestation historique du Suaire de son origine supposĂ©e Ă©vangĂ©lique. A cet effet, il opĂ©ra une sĂ©rie de rapprochements et d'identifications. Sa reconstruction historique, il le dit expressĂ©ment, est « fondĂ©e sur la thĂ©orie que le Suaire est le mĂȘme objet que le « Mandylion » ou « image d'Edesse ». Une critique fine et nuancĂ©e lui vint d'un confrĂšre, Jean-Maurice Fiey, dominicain de Beyrouth. Celui-ci, sur la base des documents syriaques et arabes, dĂ©montra que l'image du Christ, portĂ©e d'Edesse Ă  Constantinople en 944, n'Ă©tait pas et ne pouvait ĂȘtre le Suaire : « Les textes arabes et syriaques, Ă©crit-il, aussi bien que les textes byzantins de l'Ă©poque, sont clairs. On ne parle toujours que d'un mandil (disons : une serviette) et d'un visage. MĂȘme l'examen de la relique dans le rĂ©cit du pseudo-SymĂ©on ne va pas au delĂ  » (Victor Saxer, Le Suaire de Turin aux prises avec l'histoire. In: Revue d'histoire de l'Église de France, tome 76, n°196, 1990 - www.persee.fr).

 

Evagre le Scolastique, qui Ă©crit vers 592, parle le premier dans son Histoire ecclĂ©siastique d'un effet miraculeux de la relique acheiropoiĂšte, appelĂ©e plus tard Mandylion dont l'Ă©tymologie semble ĂȘtre persane ("grand manteau), qui enflamme les machines de guerres des Perses qui assiĂšgent la ville d'Edesse en 544 (Michel Kaplan, Pourquoi Byzance ? Un empire de onze siĂšcles, 2016 - books.google.fr).

 

Par diverses autres sources, notamment le Pseudo-Constantin et un court rĂ©cit qui a Ă©tĂ© reproduit par plusieurs chroniqueurs, nous savons que l'image apportĂ©e d'Édesse arriva Ă  Constantinople le 15 aoĂ»t 944 ; c'Ă©tait la fĂȘte de la la Dormition de la MĂšre de Dieu (l'Assomption en Occident). La relique fut dĂ©posĂ©e dans l'Ă©glise des Blachernes, tout au nord de la ville, et y fut vĂ©nĂ©rĂ©e par les empereurs, c'est-Ă -dire Romain LĂ©capĂšne, ses deux jeunes fils et son gendre, Constantin PorphyrogĂ©nĂšte, associĂ©s nominalement Ă  la dignitĂ© impĂ©riale. [...]

 

GrĂ©goire le RĂ©ferendaire ne peut faire erreur sur l'objet dont il parle dans son homĂ©lie pour la rĂ©ception de l'image d'Edesse, c'est bien l'image cĂ©lĂšbre d'Edesse et non pas une Ă©toffe autre qu'on aurait donnĂ©e par ruse Ă  sa place. Elle est plus grande que le petit linge dont une tradition courante se contentait. L'homĂ©lie mĂ©rite plus de crĂ©ance que le rĂ©cit tardif dont on a voulu tirer une prĂ©cision sur la dimension trĂšs restreinte du «mindil» : un voleur s'emparant de l'image et la dissimulant dans la poche formĂ©e par son vĂȘtement. [...]

 

GrĂ©goire a observĂ© sur le tissu deux traces distinctes de la Passion, que nous pouvons aujourd'hui constater sur la relique de Turin. Ce n'est pas une invention de sa part. Il est, en effet, d'une grande sobriĂ©tĂ© dans les dĂ©tails merveilleux, bien loin de les multiplier comme le font des rĂ©cits parallĂšles, le Pseudo-Constantin et d'autres. De plus, la tradition antĂ©cĂ©dente sur l'image d'Édesse ne l'invitait pas Ă  parler de sang et encore moins du cĂŽtĂ© transpercĂ©. Elle ne connaissait qu'une empreinte du visage humectĂ© d'eau pendant le ministĂšre de prĂ©dication. Enfin, GrĂ©goire proclame l'Ă©galitĂ© de deux rĂ©alitĂ©s (§ 26) l'empreinte du visage et le cĂŽtĂ© avec le sang et l'eau : elles sont ici et lĂ  : sur le linge Ă©videmment et non pas l'une sur le linge et l'autre dans le texte de l'Evangile (Jean 19, 34). Toutes deux ont le mĂȘme auteur et toutes deux contribuent Ă  nous donner un exemple de la maniĂšre qui convient pour former en nous l'image de Dieu : par des sueurs venant de nous et non pas par des colorants artificiels, apportĂ©s de l'extĂ©rieur (§ 27) (AndrĂ©-Marie Dubarle, L'homĂ©lie de GrĂ©goire le RĂ©fĂ©rendaire pour la rĂ©ception de l'image d'Édesse. In: Revue des Ă©tudes byzantines, tome 55, 1997 - www.persee.fr).

 

Selon Izz al-Din Ibn Saddad (1217 - 1288), le suaire (mandil) conservé dans l'église d'al-Ruha, fut l'objet d'un échange avec des prisonniers musulmans, négocié entre al-Muttaqi li Llah et le roi des Grecs en l'année 331 de l'Hégire (942-943) (Izz al-Din Ibn Saddad, Description de la Syrie du Nord, traduit par Anne-Marie Eddé-Terrasse, 2014 - books.google.fr).

 

La Misneh Torah du grand penseur mĂ©diĂ©val MaĂŻmonide (1135 ou 1138-1204) reprend pour l’essentiel les lois talmudiques, mais avec certaines nuances en ce qui concerne la façon de dĂ©chirer le vĂȘtement (beged) : la partie du vĂȘtement que l’on doit dĂ©chirer est la partie du devant et non celle de derriĂšre ou celle du cĂŽtĂ© (4,8,1), sa longueur doit ĂȘtre celle d’une palme et la personne endeuillĂ©e n’est pas obligĂ©e de rompre l’encolure de son vĂȘtement (sepat habeged); en outre, seul le vĂȘtement de dessus (beged ha‘eleyĂŽn) doit ĂȘtre dĂ©chirĂ© (4,8,2) (Jean-Jacques Lavoie, Quelques rĂ©flexions anthropologiques et religieuses sur la permanence, les modifications et la disparition de certains rites juifs autour de la mort, Vivre avec la mort au travail, FrontiĂšres, Volume 26, NumĂ©ro 1–2, 2014 - www.erudit.org).

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