Le procès de Quintin

Le procès de Quintin

 

IX, 40

 

2133

 

Pres de Quintin dans la forest bourlis,

Dans l'Abaye seront Flamens ranchés,

Les deux puisnais de coups my estourdis,

Suite oppresse et garde tous cachés.

 

"cachés" pour "achés" et "ranchés" pour "tranchés" suivant les éditions (Réédition du livre de Prophéties de Nostradamus Publié en 1566 chez Pierre Rigaud: Vie de Nostradamus, 1862 - books.google.fr).

 

"puisnés"

 

Il est question de "puisnés" et de Quintin dans un procès nobiliaire relaté par la correspondance de Monsieur D'Iray, intendant des La Tremoille (1629 - 1635) :

 

Dimanche 8 avril 1635 - Paris à Marie de La Tour d’Auvergne : Madame, J’ay fait sçavoir par le pénultiesme ordinaire les délais qu’a demandé M. le comte de Vertus, et par le dernier comme il a jetté une production nouvelle à l’adventure, assés grosse mais des histoires d’Argentré et du Pas qui ne s’accordent point en ce qu’il veult en tirer, et de quelques autres pièces aussi peu utiles que les deux livres cy-dessus. Il prend grande peine à prouver que les puisnés ne portoient pas le nom de l’aisné. Que celuy qui eust Quintin en partage fut nommé Botterel, mais à quoy cela ? Il veult aussi prouver qu’autres fois Quintin pour la justice estoit du ressort de Chastelaudren, mais qu’à cela de convenance avec la juvignerie par Avaugour on y a contredict. Il a rapporté une coppie de procuration de Monseigneur pour luy faire homage de Beaureguard, Quintin an Guymené, mais cela faict absolument contre luy à qui jamais on n’a reffusé de faire homage de cette terre mouvante unement en fief et jurisdiction de Chastelaudren et dès 1542 qu’il en demande les fruicts de male foy on luy en fit homage qui est employé en sa première production. Il a voulu surprendre la Religion de la Cour par l’équivoque du mot Quintin, mais ne sentant pas un air assés favorable, ou que son affaire manque de fondemens, il a eu dessein de se faire commander d’aller en son gouvernement de conséquence comme gentilli en ville suire, et par ce moyen obtenir des lettres d’Estat à quoy il avoit tellement travaillé qu’elles ont esté signées et portées au seau et là arrestées sur la plainte que Monseigneur en en a faite à Monseigneur le Cardinal qui luy promit toute faveur et a mesme luy conseilla d’aller trouver le Roy affin qu’il ne fust prévenu en cela, et cela s’est tellement faict à temps que M. le Guarde de Seaux ne les sellera point, le Roy luy ayant mandé par Monseigneur de ne les pas faire. Sa Majesté a promis de n’en accorder à personne qui l’en puisse supplier, ce qui nous  fit  soupeçonner  cela  fut  que  M. du Bernay avoit promis mardy dernier jour du Palais d’arrester les commissaires pour y travailler les festes avec eux, mais s’excusant de ne l’avoir pas fait il adjouta un petit mot qu’il en eust peut estre arrêté inutilement, et qu’il se pourroit faire que nostre partie pourroit en l’estat où sont les choses avoir quelque ordre comme les autres d’aller en son gouvernement. A l’heure mesme (Monseigneur étant près du Roy à St-Germain), Monseigneur le Prince, M. de Charnizay et moy allasmes trouver M. le Premier président qui dict qu’il n’y avoit plus moyen de rien faire après la feste et qu’on ne luy avoit point ce jour la parlé de commissaires. Le lendemain Monseigneur retourna en Cour pour cela. Voylà, Madame, l’estat de cet affaire qui par toute apparence de raison se doibt juger dans peu de temps. Nous recommencerons, aydant Dieu, vers la fin de la sepmaine à voir les amis et les juges

 

La terre de Quintin-en-Guémené s’étendait dans les paroisses de Saint-Gilles-les-Bois et de Gommenech. Le marquis de La Moussaye achètera finalement le 23 août 1631 cette terre et celle de Beauregard s’étendant dans les paroisses de Quemper-Guézennec, Saint-Clet et du Faouët ainsi que celle de Rieux-en-Plouvara pour la somme de 18 500 livres. 

 

Je di Madame que je continuerois mes services en la charge que j’ay en vos affaires si Monseigneur et vous la trouviés agréable, mais je sçay que l’un et l’autre auriés bien agréa que je ne suivisse pas tousjours comme j’ay faict depuis que j’ay l’honneur de servir en vostre maison ce que aulcun de ceux de mon mestier n’avoit jamais faict auparavant. Vous jugés (car vous estes très bonne et juste), vous jugés dis-je, Madame, que ma santé tant traversée demande quelques années de repos. L’estat de vos affaires le permet à présent. Il n’y a plus hormis le procès de Quintin (lequel demeure comme mort) aulcun procès qui soit de conséquence.

 

Claude de Bretagne (1584-1637), comte de Vertus, comte de Goëllo, baron d’Avaugour, seigneur de Clisson, descendant de François de Bretagne, fils naturel du duc François II de Bretagne, était lieutenant pour le Roy aux quatre évêchés de Rennes, Dol, Saint-Malo et Vannes et gouverneur de la ville et des faubourgs de Rennes. Selon Tallemant des Réaux, c’était «un fort bon homme, et qui ne manquoit pas d’esprit». En tant que baron d’Avaugour, le comte de Vertus revendiquait des droits de suzeraineté sur le comté de Quintin

 

Au début du mois de juin 1635, le duc de La Trémoille rejoignit son épouse à Vitré pour assister à son accouchement. Au cours de ce séjour, Henri de La Trémoille, une nouvelle fois mécontent de l’impossibilité de percevoir ses revenus du comté de Quintin, décida dans les premiers jours du mois d’août de le vendre à son beau-frère le marquis de La Moussaye. Cette vente toutefois ne devint effective qu’en 1638 après la conclusion de son procès avec le comte de Vertus. (jeanluc.tulot.pagesperso-orange.fr).

 

Le parlement décida que la seigneurie de Quintin relèverait en partage de la baronnie d'Avaugour (Benjamin Jollivet, Les Côtes-du-Nord, histoire et géographie de toutes les villes et communes du de partement: Arrondissement de Saint-Brieuc, Tome 1, 1854 - books.google.fr).

 

Nous savons assez peu de choses d'Amaury II, le fils aîné de Claude du Chastel, qui prit possession de la baronnie de la Moussaye à la mort de son père Charles Gouyon. Il y eut quelques mésententes entre les frères, mais toutes les branches des Gouyon restèrent, en fin de compte, fidèles au calvinisme. Après la mort d'Amaury II survenue en 1624, alors qu'il était devenu marquis, son fils Amaury III accrut encore le prestige de la famille : il épousa le 11 avril 1629 Henriette-Catherine de La Tour d'Auvergne, fille du duc de Bouillon, prince de Sedan, et sœur du futur maréchal de France, Turenne. Les Moussaye, en pleine ascension, se hissaient au niveau des plus grands noms protestants : la marquise gardait, malgré une alliance un peu inégale, son titre de "Très haute et très puissante princesse". C'est pourtant simplement comme "haute et puissante dame" qu'elle signa avec son mari en 1638 l'achat du comté de Quintin et de la seigneurie d'Avaugour (près de Saint-Brieuc). Ces terres appartenaient jusqu'alors au beau-frère d'Amaury, le duc Henry de La Trémoille, comte de Laval, qui avait abjuré le protestantisme pour obtenir la faveur royale mais restait couvert de dettes  (Jean-Yves Carluer, Protestants et Bretons : la mémoire des hommes et des lieux, 1993 - books.google.fr).

 

Ce procès avait été entamé par Odet de Bretagne, grand-père de Claude de Vertu :

 

Odet de Bretagne, comte de Vertus, & Guy XIX. du nom Comte de Laual eurent de grands differens agitez en la Cour de Parlement de Paris. La dispute estoit, de qui tenoit en fief la Terre de Quintin décorée du titre de Comté & de Baronnie ; ou du Roy tout seul, comme Duc de Bretagne en l'hommage lige, ou bien, si outre la ligeance, elle deuoit encores hommage de puisnesse. Et en ce cas, si ce second hommage estoit confus en la mesme personne du Comte de Laual Seigneur de Quintin, à cause de la Terre & Chasteau d'Auaugour, dont il estoit pareillement Seigneur : ou s'il dependoit du nom de Baronnie, qui fut autresfois au mesme Auaugour, ainsi que le pretendoit cet ODET Comte de Vertus & Baron en titre de Baronnie, qui fut anciennement au mesme lieu d'Auaugour  (Scévole de Sainte-Marthe, Histoire généalogique de la Maison de France, 1647 - books.google.fr).

 

Guy XX  comte de Laval, étant mort en Hongrie en 1605, sans avoir été marié, les seigneuries de Quintin, Laval, Montfort, etc., échurent à Henri de la Trimouille, son cousin, duc de Thouars. Henri, ne voulant pas relever d'Avaugour, en juveignerie, vendit Quintin à Amauri Goyon, marquis de la Moussaie, son beau-frère. Après la mort d'Amauri, le comte de Quintin, son fils, vendit cette terre au maréchal de Lorges, en faveur de qui elle fut érigée en duché par lettres du mois de Mars 1691 (Ruffelet, Annales Briochines, ou abrégé chronologique de l'histoire ecclésiastique, civile et littéraire du Diocèse de Saint Brieuc, 1850 - books.google.fr).

 

JUVEIGNEUR, s. m. (Jurispr.) du latin junior, terme usité dans la coutume de Bretagne en matiere féodale pour designer les puînés relativement à leur aîné. Les juveigneurs ou puînés succédoient anciennement aux fiefs de Bretagne avec l’aîné ; mais comme le partage des fiefs préjudicioit au seigneur dominant, le comte Geoffroi, du consentement de ses barons, fit en 1185 une assise ou ordonnance, portant qu’à l’avenir il ne seroit fait aucun partage des baronnies & des chevaleries ; que l’aîné auroit seul ces seigneuries, & feroit seulement une provision sortable aux puînés, & junioribus majores providerent. Il permit cependant aux aînés, quand il y auroit d’autres terres, d’en donner quelques-unes aux puînés, au lieu d’une provision ; mais avec cette différence, que si l’aîné donnoit une terre à son puîné à la charge de la tenir de lui à la foi & hommage ou comme juveigneur d’aîné, si le puîné décédoit sans enfans & sans avoir disposé de la terre, elle retourneroit, non pas à l’aîné qui l’avoit donnée, mais au chef-seigneur qui avoit la ligence ; au lieu que la terre retournoit à l’aîné, quand il l’avoit donnée simplement sans la charge d’hommage ou de la tenir en juveignerie. Ce qui fut corrigé par Jean I. en ordonnant que dans le premier cas l’aîné succéderoit de même que dans le second. Le duc Jean II. ordonna que le pere pourroit diviser les baronnies entre ses enfans, mais qu’il ne pourroit donner à ses enfans puînés plus du tiers de sa terre. Suivant cette ordonnance les puînés paroissoient avoir la propriété de leur tiers ; cependant les art. 547 & 563 de l’ancienne coutume, déciderent que ce tiers n’étoit qu’à viage. (Boucher d’Argis, L’Encyclopédie, 1re éd., Tome 9, 1751 - fr.wikisource.org).

 

Claude de Vertus est issu de François, bâtard du duc François II "ayant pris en affection Marguerite de Magnelais (ou Maillezais), dame de Cholet, qui avoit esté mariée avec le sieur de Villequier".

 

En 1480, une décision du duc de Bretagne François II (le neveu du duc Jean V et le père de la duchesse Anne) est à l'origine de la deuxième maison d'Avaugour, le duc créant en faveur de son fils naturel François la première baronnie de Bretagne qui portera le nom d'Avaugour et qui comprend les châtellenies de Paimpol, Lanvollon et Châtelaudren ; une seconde donation en 1481 y ajoute les seigneuries et châtellenies de La Roche-Derrien, Châteaulin-sur-Trieux et Pontrieux3. Les barons d'Avaugour sont également Comtes de Vertus

 

La première maison d'Avaugour déclinante, faute d'héritier mâle, disparaît donc dans la première moitié du XIVe siècle, fondue dans la famille des comtes de Penthièvre, dont elle était issue à l'origine. La baronnie d'Avaugour est confisquée aux Penthièvre à la suite du complot dont ils se sont rendus coupables à l'encontre du duc Jean V de Bretagne, arrêté par Olivier de Châtillon-Blois en 1420 à Champtoceaux sur ordre de Marguerite de Clisson, comtesse douairière de Penthièvre, qui aspirait au titre de duchesse de Bretagne, et libéré seulement après le siège de Champtoceaux (1420). Les Penthièvre sont convoqués devant le Parlement et les États de Bretagne à Vannes en septembre 1420. Ils font défaut et la sentence définitive du 16 février 1425 les condamne à la confiscation de tous leurs biens qui sont réunis au domaine ducal (fr.wikipedia.org - Famille d'Avaugour).

 

Olivier de Blois comte de Penthièvre (1404 - 1433), vicomte de Limoges, seigneur d'Avesnes, décédé en exil, le 28 septembre 1433, au château d'Avesnes sur Helpe en Flandres, fils de Jean Ier de Châtillon et de Marguerite de Clisson ; petit-fils de la duchesse Jeanne de Penthièvre et de Charles de Blois. Il décède en 1433 et lègue le comté de Penthièvre à son frère cadet Jean de Chatillon. (fr.wikipedia.org - Olivier de Blois).

 

"oppresse", "estourdis"

 

Les termes d'oppressa en latin et d'estourdi en français font partie du vocabulaire du droit :

 

vn Proces criminel estourdi ou assopi par quelque brigue : quaestio rei capitalis forensi factione oppressa. (Forensium verborum loquendi generum quae sunt Gulielmo Budaeo proprio commentario descripta Gallica foro Parisiensi sumpta interpretatio Gallicus forensium verborum index, 1545 - books.google.fr).

 

Cf. le procès de Quintin (« lequel demeure comme mort »)

 

Flamands en Bretagne

 

Tissage

 

La paix rétablie à l'ouest et avec ses voisins allemands, espagnols et anglais, le roi Charles VIII peut se lancer dans l'aventure des guerres d'Italie auxquelles participent sous ses ordres et ceux de de La Trémoille de nombreux contingents bretons qui vont en ramener une «grosse vérole» qui affectera la population dès leur retour. Rohan et d'Avaugour gouvernent le duché pendant ces campagnes. L'inflation due aux troubles est réduite et les finances s'améliorent, les charges étant mieux réparties. Les livres rentiers sont révisés et de nouvelles foires autorisées. De plus la venue en Bretagne d'artisans et ouvriers flamands encouragée par Gui de Laval, gouverneur du duché au début du XVIème siècle, contribue à améliorer la production des tissages bretons défavorablement concurrencés sur les marchés extérieurs par des productions bénéficiant de techniques plus avancées (Guy Jouve, Moncontour de Bretagne, 1990 - books.google.fr).

 

Jean de Laval, époux, en 1482, de Jeanne du Perrier, héritière de Quintin, importa dans cette ville cette industrie, déjà établie à Laval, deux siècles auparavant, par Béatrix de Gaure, épouse de Guy IX de Laval. Jeanne du Perrier, héritière de la branche aînée de cette famille, possédait de nombreux domaines au pays de Goëllo; elle dut entreprendre dans ses domaines les premiers essais de culture, continués sans nul doute par Nicolas de Laval, son fils, (Pierre de Rohan, son second mari, mourut sans hoirs), pour assurer au pays le bienfait de l'importation de la fabrique de toiles, faite par son père et sa mère. Sauf la simultanéité de l'établissement de la fabrique à Quintin et à Laval et par une dame de Quintin originaire de Flandre, la tradition vient confirmer ce fait historique. Elle rapporte, en effet, qu'une dame de Quintin et de Laval amena dans cette première ville plusieurs fileuses, au XVe siècle. D'après cette même tradition, la culture du lin et du chanvre aurait eu lieu d'abord dans l'ancien évêché de Tréguier, d'où elle se serait étendue de proche en proche, suivant les besoins et les progrès de la manufacture. Aux efforts de la famille de Laval vinrent se joindre ceux de la famille de Rohan, et ceux des moines répandus dans les différentes abbayes et qui, tous, ont encouragé la culture du lin et la fabrication de la toile. N'est-ce pas le lieu de remarquer, avec M. Geslin de Bourgogne, la part que les grandes familles et les monastères ont eue dans le développement industriel et agricole de notre pays ? Pierre de Rohan, second mari de Jeanne du Perrier, a pu faire les essais de fabrication des toiles dans le pays de Loudéac, où cette industrie aurait été généralisée ou perfectionnée, en 1567, par des Flamands, qui fuyaient les rigueurs du duc d'Albe (Gaultier de Kermoal, Les Etats de Bretagne et l'industrie de la toile, Revue de Bretagne, Volume 20, 1866 - books.google.fr).

 

Eudon dota largement l'abbaye de Lantenac, à La Ferrière près de Loudéac, qu'il dédiait à la glorieuse Vierge Marie et aux Saints. Il fit don d'abord d'un domaine appelé Donico «tant en plaine que sous bois» ; il y joignit plusieurs villas ou parties de villa; (à Lampignec, Lescluse, Kergu, Lantenac), une île (à Trêvé), un moulin (Trémuson), des dîmes (à Loudéac et Ménéac), et un droit de past à Loudéac. De plus, il autorisa les moines de l'abbaye à prendre dans la forêt tout ce qui leur serait nécessaire en bois vert ou sec, à y faire paître leurs troupeaux et à en tirer du foin à discrétion. Parmi les témoins de cette fondation figurent Jean de la Grille, l'un des plus illustres évêques de Saint-Malo, et Geoffroy, évêque de Saim-Brieuc. En même temps qu'ils jouèrent un rôle intellectuel soutenu par l'étude qui est une de leurs règles de vie, les bénédictins accomplirent dans cette contrée une œuvre agricole et industrielle très profonde. Ils transformèrent les terres incultes en terres fécondes et introduisirent la culture du lin ainsi que le tissage des toiles (Hervé Du Halgouet, La vicomté de Rohan et ses seigneurs, 1921 - books.google.fr).

 

Imprimerie

 

Le temps passe et efface les bons et moins bons souvenirs de nos établissements monastiques, tandis qu'il met en relief les services remarquables qu'ils ont rendus à notre civilisation. A ce point de vue A ce point de vue, l'honneur de Lantenac est d'avoir contribué à l'implantation de l'imprimerie en Bretagne. Nous allons fêter dans quelques mois le demi-millénaire de l'apparition de cette industrie dans notre province, industrie qui fut la grande révolution culturelle des temps modernes. Tandis que Gutenberg invente à Mayence le système typographique vers 1450, un Breton, originaire de Pipriac près de Redon, fixé à Tournai, devient citoyen de Bruges, la ville voisine, et entre dans la guilde de Saint-Jean en 1453. Il se fait imprimeur d'images sur papier, et édite bientôt des ouvrages en français, latin et flamand. Une tradition légendaire prétend même qu'il a découvert l'imprimerie avant Gutenberg. Le seul ouvrage de lui que l'on puisse dater avec certitude est de 1477-1478. Il cessa de payer sa cotisation à la guilde de Bruges en 1484, et mourut sans doute l'année suivante. Fait remarquable, c'est en cette même année 1484 que parvient à Tréguier, par voie de mer, le premier matériel typographique, ce qui va permettre la naissance de cette industrie en Bretagne, au Gué-de-l'Isle, à Rennes et à Tréguier. Et ce matériel venait justement des Flandres. Nous voyons donc, toujours en cette même année 1484, Robin Fouquets, maître-imprimeur, et son aide Jean Crès s'installer dans la paroisse de Bréhan-Loudéac, à l'invitation du seigneur du Gué-de-l'Isle, Jean de Rohan. Des ouvrages imprimés avaient déjà fait leur apparition en Bretagne. L'évêque de Nantes, Jean du Chaffault, avait édité le bréviaire de son diocèse en 1480, et le missel en 1482; mais l'impression en avait été faite à Venise. Les premières presses bretonnes fonctionnent donc au Gué-de-l'Isle en 1484. Il en sortira en huit mois dix ouvrages, dont le Trépassement Nostre-Dame, poème de trois cent cinquante-cinq vers octosyllabiques. Signalons l'étonnante correspondance qui existe entre le sujet de cet ouvrage et le vitrail de la grande fenêtre de La Ferrière. Puis, en 1488, Jean Crès, certainement avec la protection des Rohan, transporte son imprimerie à La Ferrière, dans l'abbaye de Lantenac. Il sort, le 26 mars, avec des caractères d'origine flamande, le Voyage d'outre-mer de Jean Mandeville, in-quarto de cent vingt-quatre feuillets, suivi, le 5 octobre 1491, du Doctrinal des nouvelles mariées, in-quarto de six feuillets, et des Sept Psaumes en français, autre in-quarto de de dix-huit feuillets. feuillets. Là s'arrête, semble-t-il, la production typographique de Lantenac. Elle est brève, mais c'est l'aurore de cette industrie en Bretagne (Mémoires - Société d'émulation des Côtes-du-Nord, Volumes 113 à 117, 1985 - books.google.fr, Léon-Honoré Labande, L'Imprimerie en France au XVe siècle: étude sur sa propagation dans les différentes villes et sur l'influence exercée par les typographes d'origine allemande, 1900 - books.google.fr).

 

On trouve Jean Crès employé en 1498 par Pierre de Rohan pour effectuer dans son château de Quintin, des travaux de tuyauterie. N'est-ce pas trop vite dit que de voir dans ce nouvel emploi une déchéance ? Il traduit une polyvalence et souligne le caractère provisoire et, en quelque sorte, occasionnel de l'exercice typographique (Michel Simonin, Les leçons de Bréhan, Mémoires de la Société d'histoire et d'archéologie de Bretagne, Volume 62, 1985 - books.google.fr).

 

En juin ou juillet 1487, le château de Quintin, résidence de Pierre de Rohan (du parti français) second époux de Jeanne du Perrier, est pris et saccagé par des soldats du parti breton (www.infobretagne.com).

 

La guerre de Bretagne est un conflit opposant le duché de Bretagne et le royaume de France; Il se décline en une succession d'épisodes militaires et diplomatiques entre 1465 et 1491, date du mariage entre Anne de Bretagne et Charles VIII de France. Il aboutira par la suite à l'union de la Bretagne à la France (fr.wikipedia.org - Guerre de Bretagne).

 

Implantée de bonne heure à Brehan-Loudéac, l'imprimerie a peine toutefois à s'acclimater définitivement en Bretagne. Passé le temps des pionniers et des mécènes nobiliaires ou monastiques, le marché impose sa loi et toute une province se trouve marginalisée pour plusieurs siècles (L'écrit, instrument de communication. Mémoires de la Société d'histoire et d'archéologie de Bretagne - 1485-1985, Cinquième centenaire de l'introduction de l'Imprimerie en Bretagne, (Mémoires de la Société d'histoire et d'archéologie de Bretagne, 62 - www.livre-rare-book.com).

 

"ranchés"

 

RANCHE, s. f. Rangée, ligne. Une longue ranche. Terme lyonnais.

RANCHÉE, s. f. Rangée, ligne, rang, suite de plusieurs choses mises sur une même ligne. Une ranchée de livres; une ranchée d'arbres, etc. (Jean Humbert, Nouveau glossaire génevois, Volumes 1 à 2, 1852 - books.google.fr).

 

Terme hérité de l'imprimerie, une casse désignait la boîte où étaient rangés les caractères de plomb (François-Philippe Noël, FrameMaker 6 pour PC/MAC, 2001 - books.google.fr).

 

Jean Crès avait, à l'abbaye de Lantenac, des caractères d'origine flamande.

 

Enquête de 1485

 

En cette fin de XVème siècle, il y eut une enquête en rapport avec Quintin, la situation de puisné et la juvignerie.

 

Il résulte de la déposition des témoins à l’enquête ordonnée le 27 oct. 1485, par François, Duc de Bretagne, pour l'érection de la Vicomté de Coetmen en baronnie, que les Vicomtes de Coetmen étaient puisnés de la maison d’Avaugour, issue de Audren, Roi de Bretagne, avant les Comtes de Quintin, aussi puisnés de lad. maison, Messire Guillaume Boterel, sire de Quintin étant frère juveigneur de Messire Henri d’AVAUGOUR, site d’Avaugour et de Goellon, et suivant l’usage des puisnés de cette maison, ayant pris le nom du chateau de Boterel qui lui avait été donné en appanage. (Arch. de lit. de Kermelo à Tréguier.) (Jacques-Joseph Villevieille, Trésor généalogique de Dom Villevieille, 1875 - books.google.fr).

 

Brocéliande

 

C'est donc cette chronique rédigée par Jean d'Orronville, au cours de la première moitié du XVe siècle, qui permettra, dès la fin du XVIIIe siècle, de localiser la forêt imaginaire de Brocéliande en forêt de Quintin. Cette forêt de Quintin, dite encore forêt de Lorge ou forêt de l'Hermitage, est située à vingt-cinq kilomètres environ au sud-ouest de la ville de Saint-Brieuc. Jusqu'en 1880, c'est donc cette forêt qui fut considérée comme la seule, l'authentique, l'incontestable et certifiée véritable forêt des romans du Graal (Jean-Claude Cappelli, Brocéliande Au-delà des apparences, Tome II, 2017 - books.google.fr).

 

Dès les années 1180, alors que le Champenois Chrétien de Troyes mettait en forme la matière de (Grande-)Bretagne, elle s'enracinait en (Petite-)Bretagne. En 1182, Bertran de associe la Bretagne de son cher e siècle Geoffroy Plantagenêt et la forêt de Brocéliande. En 1187, la comtesse Constance, veuve de Geoffroy, nomme leur fils Arthur : la dynastie Plantagenêt a aidé à la réappropriation de la légende arthurienne par les Bretons. Comme les châteaux d'Arthur sont situés en Grande-Bretagne, les Bretons n'ont d'autre choix que de s'emparer de la géographie féerique de l'Outre-monde de Merlin, où Arthur se retire. Gervais de Tilbury mentionne que les chevaliers d'Arthur apparaîtraient à minuit en Bretagne. On a ici une attestation ancienne du thème folklorique de la chasse fantastique, connue en Bretagne contemporaine sous le nom de Chasse d'Arthur, et qu'Étienne de Bourbon signale ailleurs. Jacques de Vitry mentionne une fontaine à tempêtes en Petite Bretagne, sans plus de précisions. Le chevalier Huon de Méry place son poème allégorique dans la forêt de Brocéliande, sans la situer. Convoqué à l'ost du roi contre Pierre de Bretagne en 1230, il en a profité pour aller visiter la forêt. C'est alors qu'il assiste à un combat surnaturel : le Tournoi de l'Antéchrist. Enfin, dans le Privilège des Bretons, on se moque des Bretons qui se qui se disent cousins de la fée Morgane. Au XIVe siècle, siècle mythographique, les traditions bretonnes se précisent et s'ancrent dans le paysage. Une addition de Jean de Vignay à Gervais de Tilbury localise la forêt de Brocéliande dans le diocèse de Saint-Malo, qui comprenait la région de Paimpont. En 1429, le vieux chevalier Jean de Châteaumorand se souvient qu'en 1372, il a vu en Bretagne la croix « ou Merlin (l'enchanteur) faisoit les merveilles », et la forêt de Brocéliande, mais il la situe à Quintin, près de Saint-Brieuc. Cette mémoire est donc encore flottante entre plusieurs sites. Ce sont les sires de Laval qui fixent Brocéliande à Paimpont, sur leurs terres. En 1467, Gui XIV de Laval fait rédiger les droits d'usage (« Usemens ») de sa forêt de Paimpont, qu'il renomme officiellement Brocéliande («Brécilien») et dont il décrit les « merveilles » entre une copie de charte du XIIIe siècle et un règlement forestier (Léonard Dauphant, Géographies: Ce qu'ils savaient de la France (1100-1600), 2018 - books.google.fr).

 

En 1629, pressé par les besoins d’argent, Henri de la Trémouille commença à aliéner la forêt de Brécilien, la Brocéliande du Moyen-âge, dans la paroisse de Paimpont et vendit cette année-là à François d’Andigné, seigneur de La Chasse, 54 journaux de terre et les fiefs du Perray et à Benjamin de Laage 140 journaux et les fiefs de Follepensée (jeanluc.tulot.pagesperso-orange.fr).

 

"bourlis"

 

"bourlis" ne rime pas avec "estourdis", soit que "estourdis" se subsitue à "estourlis", soit que "bourlis" remplace "bourdis".

 

"bourdise" ne se trouve qu'une seule fois dans le Dictionnaire de Godefroid avec sens de mensonge (Revue d'Ardenne et d'Argonne, Tome 1, Société d'études ardennaises, 1894 - books.google.fr).

 

BEHORDE, boh-, bourde ; behor- dor ; -derie, bourdour, bourderie s.f. behordeïs s. m. choc de lances, combat à la lance, combat, tournoi, béhourdis ; jeu, amusement ; plaisanterie, bourde, mensonge, tromperie. Prov. borda. Et. behort. (Alphonse Bos, Glossaire de la langue d'oïl, (XIe-XIVe siècles), contenant les mots vieux-Francçais hors d'usage, leur explication, leur étymologie et leur concordance avec le provençal et l'italien, 1891 - books.google.fr).

 

Issu du francique °bihordôn «enclore». Ce mot est dérivé du francique °hurd « claie », postulé par l'ancien haut allemand hurt (allemand Hürde) et correspondant au moyen bas allemand behurden «entourer de palissades». Le verbe ancien français signifiait donc «enclore de lices le lieu du tournoi (où l'on combat à la lance)» (Alain Rey, Dictionnaire Historique de la langue française, 2011 - books.google.fr).

 

On trouve "bourdise" ou "bourdeyse" pour signifier "tournoi" dans un roman de Merlin en anglais daté de 1450-1460 au sujet d'un tournoi en la ville de Toraise dans le pays de Carmélide et du mariage d'Arthur avec Guenièvre (Henry Benjamin Wheatley, Merlin Or the Early History of King Arthur: A Prose Romance (about 1450 - 1460 A. D.) : from the Unique Ms. in the University Library, Cambridge, Volume 3, 1869 - books.google.fr).

 

Cette ville de Toraise (Torayse) est appelée dans d'autres romans Carohaise qui a été identifiée par certains auteurs à la ville de Carhaix.

 

Carhaix fut le centre de la Bretagne romaine sous le nom de Vorgium. Personne ne met en doute les événements qui se sont produits en Bretagne au temps des Romains, mais on demeure sceptique devant ceux qui se seraient déroulés cinq siècles plus tard : le mariage d'Arthur avec Guenièvre, fille de Léodagan, prince de Carhaix, les séjours d'Ahès, de Tristan qui avait ici un château où il se languissait dans l'attente d'Iseult. Un autre chevalier de la Table Ronde se nomme Bohort de Carhaix (Annales de la Société d'histoire et d'archéologie de l'arrondissement de Saint-Malo, 1996 - books.google.fr).

 

Un texte, qui appartient à l'abondante littérature arthurienne, et pourtant moins connu, Le Tournoiement Antéchrist, du trouvère Huon de Méry, moine de Saint-Germain-des-Prés à Paris, apporte des éléments intéressants à cette idée de forêt «maudite» qui imprègne l'image de Brocéliande au XIIIe siècle. Ce long récit épique, qui fait souvent référence à Chrétien de Troyes, est en fait une vision tout à fait nouvelle du rôle que pouvait jouer Brocéliande non seulement dans l'imaginaire du moment, mais dans son exploitation religieuse, métaphysique et morale. De même que le thème païen du Graal est devenu le Calice rempli du « Précieux Sang », Brocéliande apparaît comme «forteresse infernale» où va se jouer le sort de l'univers en une bataille eschatologique du meilleur ton. L'auteur prétend que, comme Robert Wace, il est allé lui-même en forêt de Brocéliande pour vérifier l'exactitude des faits merveilleux que l'on rapporte à propos de la fontaine magique. Il tombe bientôt sous le charme de la forêt, découvre lui-même la fontaine, le pin qui la surplombe, le perron de marbre et la coupe attachée à une chaîne. Il n'a pas plus tôt versé l'eau sur le perron que l'orage éclate. Dans le calme qui succède, arrive un chevalier «maure» qui le provoque en combat singulier, le bat et lui déclare qu'il est «Bras-de-Fer, chambellan de l'Antéchrist». Il conduit alors le trouvère dans une vaste plaine où celui-ci est témoin d'un formidable «tournoiement» (tournoi), en réalité une bataille inexpiable, entre les fidèles de Satan et les puissances célestes. La bataille a lieu sur les Landes de Concoret, près des ruines de Folle-Pensée, à peu de distance de la fontaine, dans ce qu'on appelle aujourd'hui les Landes de Lambrun. Le trouvère signale, parmi les puissances qui combattent pour le Ciel, tous les chevaliers de la Table Ronde, conduits par le roi Arthur. Et ces chevaliers sont venus d'Irlande et de Cornwall en Brocéliande, nettement située en Armorique.  L'origine irlandaise prêtée à certains chevaliers arthuriens n'est pas très courante, mais elle existe dans quelques textes tardifs dans leur rédaction mais reprenant des schémas archaiques : cela prouve en tout cas que Huon de Méry, comme beaucoup d'autres poètes de ce temps, avait parfaitement conscience du caractère pan-celtique des légendes intégrées dans le cycle arthurien (Jean Markale, Brocéliande et l'énigme du graal, La Bastille et l'énigme du Masque de fer, Chartres et l'énigme des Druides, 2000 - books.google.fr).

 

La quintaine est un entraînement dans lequel le chevalier doit viser un mannequin de bois au lieu d'un vrai chevalier. Ce mannequin s'appelle le quintin. Il est articulé et fixé sur un axe vertical à ressort. Si le chevalier manque son coup ou frappe mal le quintin, celui-ci lui revient au visage. En réalité, la joute et le tournoi-mêlée ont longtemps coexisté. Chrétien de Troyes, qui écrit ses romans dans le dernier tiers du XIIe siècle, les associe presque toujours. Avant la mêlée, où les chevaliers se battent à grands coups d'épée, les champions des deux camps se sont affrontés à la lance ; c'est une sorte de prélude. En latin, juxtare veut dire «joindre», «ajouter». La joute est un ajout au combat principal qu'est le tournoi-mêlée. Puis elle devient autonome. Il faut aussi mentionner la «table» ou «table ronde», qui a dans ce cas le même sens que joute, ou le «béhourd», tournoi réservé aux écuyers ou aux chevaliers «nouveaux», peu expérimentés. Ces derniers ne combattent qu'à plaisance. Les chevaliers des XIVe et XVe siècles sont aussi friands du «pas d'arme», inspiré de scènes de la légende arthurienne. Ce sont des joutes inscrites dans une sorte de scénario joué sur une scène de théâtre dans les moments creux de la journée (Alain Demurger, Chevaliers et chevalerie expliqués à mon petit-fils, 2014 - books.google.fr).

 

Comme un tournoi, le combat judiciaire n'est pas un affrontement sauvage et sans lois mais au contraire un rituel dont les joutes ont été strictement réglées. Si, bien sûr, un procès civil se déroule de façon différente du procès pénal, l'un et l'autre cependant sont gouvernés par des règles dont l'une au moins, la loyauté, fait penser à l'une des vertus majeures imposées en tournoi; le principe du contradictoire exige en effet que chacune des parties puissent connaître, pour les discuter et les contredire, les prétentions de l'autre partie, ce qui permet au juge, ayant pesé la valeur des argumentations, de trancher en toute connaissance de cause (Bernard Delafraye, Le petit Retz de la justice: Avocat, coût de la justice, lenteur judiciaire, magistrat, secret de l'instruction, etc., 1989 - books.google.fr).

 

"garde" et "cachés" : Avaugour

 

Huon de Méry écrit à l'époque du duc de Bretagne Pierre de Dreux dit Mauclerc et d'Henri d'Avaugour.

 

Alain, héritier du comté de Tréguier (entre 1171 et 1180) reçut en legs le comté de Penthièvre (1206), et réunit ainsi tout l’apanage. Il allait mourir en 1212; et le chroniqueur mentionnant sa mort dit qu’il régit ses domaines "sagement et en paix". Alain était oncle à la mode de Bretagne de la duchesse Constance; il avait obtenu pour son fils Henri le main d’Alix, héritière de Bretagne. Mais le roi Philippe-Auguste la fit donner à Pierre de Dreux dit depuis Mauclerc (1213). A la mort de son père, Henri avait huit ans. Le premier acte de Pierre Mauclerc fut de s'emparer du Penthièvre, y compris Jugon possédé par les Dinan. Il ne laissa au jeune cousin de la duchesse que le Goello. Henri quittera bientôt le nom de Penthièvre pour se cacher sous celui d'Avaugour, et épousera Marguerite, dame de Dinan et Mayenne. En 1250, Pierre Mauclerc et Henri feront avec saint Louis la croisade d'Egypte. Sur le champ de bataille de Mansourah, Henri d’Avaugour tombant à genoux fait'vœu a saint François de bâtir un couvent de Cordeliers à Dinan, si le roi remporte la victoire. Au retour, il accomplit son vœu: en 1278, il prend l'habit, et il meurt sous le froc en 1280 (J. Trévédy, A propos de Jugon, Revue de Bretagne de Vendée & d'Anjou, 1808 - books.google.fr).

 

Henri II d'Avaugour, au retour de la croisade, fonda, pour accomplir un vœu, à Dinan, un couvent de cordeliers, où il se retira, Après qu'il eut embrassé la vie religieuse, il adopta un sceau oblong, où il était représenté à genoux, recevant un livre des mains de saint Bonaventure; au-dessous était un petit écu aux armes ci-dessus blasonnées. La légende portait : + S. PATRIS, ou plutôt : FRATRIS. HENRICI, D'AVAVGOR. Dans les chartes, il s'intitulait ainsi : Frater Henricus d'Avaugor dominus Goloie, miles. Avant d'entrer en religion, Henri était représenté à cheval, comme nous le disions plus haut. La légende était s. HENRICI DE. AVAVGOR; celle du contre-sceau, aux armes d'Avaugour, portait : SVB. MEO. SCVTO. EST. SECRETVM. MEVM . Marguerite de Mayenne, femme de ce baron, était représentée debout, tenant une fleur de lis de la main droite, accostée de deux autres : + SIGILLVM. MARGARITE. DOMINE. D'AVAVGOR. Le contresceau, aux armes d'Avaugour, avait cette inscription : SVB. SCVTO. PATRIS. MEI. EST. SECRETVM. MEVM. Je ne sais, mon cher confrère, mais ces devises mystérieuses qu'avaient prises Henri d'Avaugour et sa femme, me semblent résumer, en quelques mots, le malheur qui s'attachait à l'ambition des Penthièvre; ce secret caché sous l'écu n'est vraisemblablement que le désir toujours renaissant et comprimé de ceindre la couronne ducale; on ne pouvait mieux le cacher que sous le bouclier, près de la garde de l'épée; quelques mots feront apprécier la position politique de Henri II d'Avaugour, le seul, à notre connaissance, qui ait porté cette devise (Anatole Barthélemy, Lettre à Geroges Soultrait, Revue archéologique, Volume 6,Partie 1, 1849 - books.google.fr).

 

Protestants en Bretagne

 

A Uzel, principal centre de la manufacture de «bretagnes», le seigneur était un protestant, le marquis Jean de Coëtquen, baron de Combourg et gouverneur de la ville et château de Saint-Malo. Il avait épousé en 1553 Philippa d’Acigné, membre d’une des premières familles huguenotes de la région, et tante de Claude du Chastel, qui finit par amener au protestantisme son soupirant, Charles Gouyon de la Moussaye, auteur de précieux «Mémoires». Le marquis de Coëtquen eut à combattre son gendre pendant les guerres de la Ligue près de Loudéac. Jean d’Avaugour, seigneur de Saint-Laurent et Uzel par son mariage avec Françoise de Coëtquen, avait choisi le camp de Mercœur (gouverneur de Bretagne en 1582, beau-frère d’Henri III et chef ligueur), et était même devenu son maréchal de camp.

 

A Loudéac, trois croix ont été dressées en souvenir de ce combat durant lequel plus de cent soldats du parti ligueur trouvèrent la mort. Dans la région de Loudéac, un autre chef de guerre est resté célèbre, avec peut-être une réputation noircie par une historiographie partisane sur le plan religieux. Il s’agit d’Hervé de Kerguézangor, seigneur de la Ville-Audren et de Launay-Mûr, que la douairière de Rohan avait choisi comme précepteur de ses enfants. Passé au calvinisme, dit-on, il avait expulsé les moines de l’abbaye de Lanténac.

 

Le siège du duché était Pontivy, et comprenait six châtellenies: Rohan, Pontivy, Gouarec, La Chèze, Loudéac, La Trinité. L’antique comté du Porhoët ne comprenait plus qu’une châtellenie: Josselin. Henri de Rohan restait breton et il présida l’ordre de la noblesse aux États en 1608, 1609, 1611, 1616. Un autre huguenot, Henri de La Trémoille, seigneur de Quintin, présida cet ordre en 1617, 1619,1623, 1626, 1628.

 

Le duc de Rohan avait épousé Marie Marguerite de Béthune, fille du grand Sully, ministre des finances et huguenot convaincu.

 

Les capacités exceptionnelles du duc de Rohan firent de lui le chef des armées protestantes au niveau national. Quand Louis XIII envahit la Navarre pour y rétablir le culte catholique au détriment du protestantisme, Henri de Rohan y vit la préfiguration de ce qui attendait l’ensemble du protestantisme. Il battit alors le rappel des troupes huguenotes pour s’opposer au roi et lui montrer que le protestantisme n’était pas mort. Mais sa puissance fut définitivement brisée après le siège de la Rochelle. Catherine de Parthenay s’y conduisit en héroïne, et refusant d’avoir un traitement de faveur lors de la capitulation de la ville, elle fut emmenée au château de Niort le 2 novembre 1628 comme prisonnière de guerre. Richelieu voulait absolument briser les résistances (nobiliaire et protestante) à l’absolutisme royal. Louis XIII avait en octobre 1627 déclaré le duc de Rohan, qui était l’âme de la rébellion, déchu de tous ses droits.

 

Il ordonna qu’il «soit poursuivi comme ennemi de notre État, et principal auteur des troubles et factions présentes...» Ses biens furent confisqués en décembre de cette même année, et donnés à Henri de Bourbon, prince de Condé, à charge pour lui de ruiner toutes les fortifications. Condé envoya des émissaires pour prendre possession du duché et autres terres du chef protestant, et appliquer sans délai les directives royales.

 

Par brevet du 8 août 1629, il fut remis en «paisible possessions de ses terres et châteaux». Historien et fin tacticien, Henri de Rohan mourut en avril 1638 à l’abbaye de Königsfelden, des suites de blessures reçues à la bataille de Rhinfeld (il fut inhumé dans la cathédrale de Genève) (www.histoire-et-protestants-en-centre-bretagne.fr).

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