La Voie lactée

La Voie lactée

 

III, 2

 

1706

 

Le divin verbe donra à la substance,

Comprins ciel, terre, or occult au lait mystique,

Corps, ame, esprit ayant toute puissance,

Tant sous ses pieds comme au siège célique.

 

Lait et eucharistie

 

Les trois personnes de la Trinité sont de la même substance (homoousioi, consubstantielles : concile de Constantinople en 381).

 

Eusèbe était persuadé que Jésus-Christ est en réalité dans ce sacrement, dans un passage cité par saint Jean de Damas, il marque clairement la transsubstantiation en ces termes: « Le Saint-Esprit consacre les dons proposés, et le pain est fait le précieux corps de Notre-Seigneur, et le breuvage son précieux sang.» (Rémy Ceillier, Histoire générale des auteurs sacrès et ecclésiastiques: qui contient leur vie, le catalogue, la critique, le jugement, l'analyse, Tome III, 1865 - books.google.fr).

 

Les catholiques qui croient à la transsubstantiation, sont persuadés que par la consécration la substance du pain et du vin est détruite (Dictionnaire de théologie dogmatique, liturgique, canonique et disciplinaire, Tome 3, 1859 - books.google.fr).

 

On peut se demander ce que le Verbe donne à la substance (sous entendu du pain ?). Le protestant Pierre du Moulin (cf. quatrain X, 91), relation du fils de Jules César Scaliger, voisin de Nostradamus à Agen, a une autre opinion.

 

Contre les mêmes hérétiques Théodoret dispute au premier dialogue intitulé l'Immuable : «Le Seigneur» (dit-il) «a donné au signe le nom de son corps.» Il ne se peut rien dire de plus exprès (Pierre Du Moulin, Bouclier de la foi ou défense de la confession de foi des Eglises Réformées du Royaume de France contre les objections du Sieur Arnoux, Jésuite, 1846 - books.google.fr).

 

Le père de l'Eglise Theodoret rapporte dans son oeuvre les Opinions de Xénophane, de Parménide, de Melissus, de Démocrite sur les Principes de toutes choses, sur la matière, sur le Monde, sur les planétes & les étoiles (Alexandre Mourelatos, La Terre et les étoiles dans la cosmologie de Xénophane, Qu'est-ce que la philosophie présocratique ?: What is presocratic philosophy ?, 2002 - books.google.fr).

 

Dans la tradition chrétienne, le lait se trouve aussi et surtout mêlé au rituel eucharistique. Après son martyre, sainte Perpétue reçoit du Christ en personne du lait coagulé (le caseus) en guise d'eucharistie. Le lait semble avoir été utilisé très tôt pour le rituel eucharistique : il était alors associé au miel. Il s'agissait du melikraton. Ce mélange de lait et de miel était versé dans le calice pour la communion des nouveaux chrétiens (Philippe Walter, Galaad - Le pommier et le Graal, 2004 - books.google.fr).

 

"sous ses pieds"

 

Ps 98, 5 : Exaltez le Seigneur notre Dieu, et adorez l'escabeau de ses pieds; car il est saint.

 

S. Augustin raisonnant sur ce verset, entre dans une discussion si importante, que je ne puis la passer sous silence dans ces réflexions. Il rapporte tout ce Psaume à Jésus - Christ.

 

Dans ce texte, S. Augustin fait trois choses: 1° il revient à l'adoration de la chair, qui est l'escabeau des pieds du Seigneur; il dit même qu'on s'incline et qu'on se prosterne devant elle, 2° Considérant cette chair comme de la terre , afin de conserver l'analogie avec la terre prise en général, qui est l'escabeau des pieds du Seigneur, il avertit de ne pas regarder cette terre (qui est la même chose que cette chair) comme séparée du saint, c'est-à-dire de J.-C. vrai Dieu, pour lequel on adore cet escabeau ou cette terre; autrement, ajoute-t-il, vous ne seriez pas vivifié, car c'est l'esprit qui vivifie: il entend l'esprit de celui qui reçoit l'eucharistie; par ses sentimens il participe aux grâces que lui donne J.-C., ou le saint pour l'amour duquel il adore l'escabeau. Si cet esprit manque à celui qui reçoit le sacrement, la chair, quoiqu'elle soit la chair de J.-C., ne lui seroit d'aucun usage. 3° Le saint fait bien entendre que cette chair qu'il dit n'être d'aucun usage sans l'esprit vivifiant, est néanmoins la propre chair de J.-C.; car après avoir dit que la chair n'est d'aucun usage, il ajoute tout de suite : Or, J.-C. donnant cette instruction, vouloit parler de sa chair, puisqu'il avoit dit: Si l'on ne mange pas ma chair, on n'aura point en soi la vie éternelle. S. Augustin vouloit faire voir de quelle importance il étoit d'apporter à la communion les sentimens intérieurs, et surtout la foi de la présence réelle; comme s'il disoit : Ce seroit bien la chair de J.-C. que vous mangeriez, car J.-C. parloit en cet endroit de sa propre chair; mais cette chair ne vous seroit d'aucun usage sans Yesprit qui vivifie, c'est-à-dire qui mérite que la chair de J.-C . donne la vie. On pourroit demander au sacramentaires si, avec leur manducation purement par la foi et exclusive de la présence réelle de J.-C. dans le sacrement, ils adorent le pain qu'ils reçoivent, et s'ils regardent ce pain comme la chair de J. -C., comme la terre que J.-C. a prise en se faisant homme ? C'est néanmoins ce qu'ils devroient faire en s'attachant aux termes de S. Augustin, qu'ils supposeraient d'ailleurs n'avoir point admis la présence réelle. Ils diraient sans doute que ce serait une absurdité et une idolâtrie; mais peuvent-ils croire que S. Augustin se soit rendu coupable lui et son peuple de l'une et de l'autre ? (Guillaume François Berthier, Les Psaumes, 1829 - books.google.fr).

 

Le pape saint Léon écrivait à l'évêque Flavien: «C'est une pensée de l'évangéliste et apôtre saint Jean que celui qui détruit Jésus-Christ n'est point de Dieu, c'est un antechrist (Joan, IV, 13). Or qu'est-ce que détruire Jésus-Christ, sinon séparer la nature humaine du Verbe ?» Saint Augustin, dans ses définitions des dogmes de l'Église dit: «L'Homousion au Père et à l'homme est adoré par les anges et par toute créature, comme le Père et le Saint-Esprit, non pas l'homme à cause de Dieu, ou le Christ avec Dieu, mais l'homme en Dieu et Dieu en l'homme.» Le même saint, en parlant de la prédestination des saints, dit : «Où cet homme a-t-il mérité d'être pris par le Verbe en l'unité de personne pour être le Fils unique de Dieu ? car nous tenons de l'apôtre, que le Seigneur de gloire, en tant que l'homme a été fait Fils de Dieu, a été prédestiné. Par suite de cette prédestination, l'élévation de la nature humaine est si grande, si haute, si suprême, qu'elle ne saurait être élevée plus haut.» Saint Jérôme, dans son Bréviaire des psaumes, à ce verset, Adorez l'escabeau de ses pieds, dit : «Quoique l'homme ait été pris par Dieu, et que, en comparaison de Dieu, toute créature n'est que l'escabeau de ses pieds, cependant cet escabeau même se trouve associé à Dieu. Et voyez ce que j'ose dire de son trône : j'adore son escabeau comme son trône. Je ne comprends pas que celui qui soit assis est une chose et que l'escabeau en soit une autre; mais tout en Jésus-Christ, est le trône de Dieu. Je ne sais pas comment cela est, et cependant je crois que c'est. Il me suffit de savoir que ce que je crois est écrit : Nous sommes appelés des hommes de foi, non des hommes de raison.» (Geoffroy, abbé de Clairvaux, Lettre sur Gilbert de La Porrée) (Bernard de Clairvaux, Oeuvres complètes de Saint Bernard, 1867 - books.google.fr).

 

La Voie lactée

 

Comme le "fait mystique" (variante du vers 2) pourrait être "le lait mystique" en rapport avec la Voie lactée (cf. quatrain VIII, 99), le psaume 98,7 parle de la colonne de nuée dans laquelle Dieu parlait à Moïse et Aaron.

 

Moïse et Aaron sont fréquemment associés dans le Pentateuque ; plus rarement dans le reste de la Bible (Jos 24, 5 TM ; 1 R 12, 6.8 ; Mi 6, 4 ; Ps 98, 6 ; etc.). Le Midrash Samuel (15, 1 = Wunsche, p. 89-90) les compare aux deux seins de l'Epouse du Cantique (égaux, pleins de lait/de Torah, parure de l'Épouse/d'Israël) (Monique Alexandre, La Bible d'Alexandrie, 1997 - books.google.fr).

 

Dans la civilisation minoenne, le dieu du ciel est associé à un grand pilier et à la Voie lactée (Arthur Bernard Cook, Zeus, a study in ancient religion, Tome II, 1925 - books.google.fr).

 

La colonne de nuée pourrait être une représentation de la Voie lactée (cf. M. R. James, Apocrypha anecdota, 1893) (James H. Charlesworth, The Old Testament Pseudepigrapha, 2010 - books.google.fr).

 

Typologie

 

On lisait dans Le Grand Calendrier et compost de 1705: "Aucuns bergers disent que l'homme est un petit monde à par soy, pour les connaissances et similitudes qu'il a au grand monde qui est agrégation des neuf cieux, quatre éléments et toutes choses qui y sont. Premièrement l'homme a telle similitude au premier mobile qui est le souverain ciel et principale partie du grand monde car ainsi comme est ce présent zodiaque divisé en douze parties, lesquelles sont les douze signes : ainsi l'homme est divisé en douze parties qui sont dominées ou regardées d'iceux signes [...] Contemplons donc avec modestie en cette belle découverte où nous sommes présentement résidant, la voûte matérielle du Ciel que Dieu a étendu comme une peau développée qui couvre d'eau les plus hautes parties d'icelui: ah Seigneur! dit le Prophète, vous avez étendu la voûte du Ciel, à nos yeux comme un parchemin coloré, comme un rare livre enluminé d'or et d'argent." Au delà — ou en deçà — des visions de l'astrologie judiciaire et des computations de l'almanach, il y a la fascination confuse exercée de tout temps par la contemplation du ciel étoilé, et singulièrement de la Voie lactée. Dès le Moyen âge on l'appelait le chemin de Saint-Jacques, et les légendes qui l'évoquent la regardent comme la voie de l'éternité. Chemin de Saint-Jacques, c'est, dit le très rationaliste dictionnaire de Trévoux "le nom que le peuple a donné à une trace blanche qui parait dans le ciel, que les Anciens appelaient la Voie lactée, ou le chemin des Dieux, et qu'on a découvert un nombre infini de petites étoiles qu'on n'aperçoit qu'avec les lunettes." Pourquoi Saint-Jacques ? A cause des grandes routes de pèlerinage menant à Santiago, naturellement (Cahiers D'histoire Des Littératures Romanes, Volume 4, 1980 - books.google.fr).

 

What a tiny science astronomy was in 1706 at the time of Franklin's birth ! It was small in reach, primitive in its tooling, and in comparison with the wide reaches of current astrophysics, geophysics, radio astronomy, and the cosmogony of galaxies, it was extremely limited in its content of observational fact. But in no sense was astronomy then a small enterprise relative to other fields of science, and its penetration in the hands of Sir Isaac Newton into the fundamentals of celestial mechanics remains an undying source of amazement and admiration. To be sure, we have added much during this past Plutonic year to our knowledge of the planets and of celestial mechanics. The great works of Lagrange, Laplace, and Leverrier (keeping to one nation and one initial letter) did much to broaden and deepen the epoch making contributions of Newton. Since Franklin's birth three of the nine planets of the sun's family have been discovered, as well as many new satellites, and all of the 1600 known asteroids. Much work has been done on the theories as well as on the observation of meteors and comets. Nevertheless, the solar system had been fairly well comprehended by 1706, thanks to the scientific revolution of the sixteenth and seventeenth centuries highlighted by Copernicus, Galileo, Tycho, Kepler, Newton, and Halley (Harlow Shapley, Benjamin Franklin and one plutonic year, Journal of the Franklin Institute (Philadelphia), Volume 261, 1956 - books.google.fr).

 

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