Le Pacte de Famine III, 34 1729-1730 Quant le deffaut du soleil lors sera, Sur le plain iour le monstre sera veu, Tout autrement on l'interpretera, Cherté n'a garde, nul n'y aura pourveu. "deffaut du Soleil" : taches solaires "défaut" vient du latin "defectus", dont le sens peut être "éclipse" mais aussi "diminution" en ce qui concerne la Lune. Comme le "monstre" (prodige) est vu en plein jour, on peut penser plutôt qu'à une éclipse de Soleil à des taches solaires. Le premier ouvrage ou Mémoire imprimé que l'on connaisse sur les taches du Soleil, est intitulé : Joh. Fabricii Phrysii, de Maculis in Sole observatis et apparente carum cum Sole conversione Narratio, et Dubitatio de modo eductionis specierum visibilium. Wittebergæ, 1611, in-4°. L'épître dédicatoire porte la date du 13 juin 1611. Les lettres pseudonymes de Scheiner, les lettres du prétendu Apelle à Velser, un des magistrats d'Augsbourg, n'ont été imprimées qu'en janvier 1612. Scheiner fait, il est vrai, remonter vaguement ses premières observations des taches solaires, aux mois d'avril ou de mai 1611, mais aucune attestation précise n'est produite à l'appui de cette assertion. J'ajouterai que, suivant Scheiner lui-même, l'apparition des taches, au commencement de 1611, fixa peu son attention, et qu'il ne s'en occupa sérieusement qu'en octobre 1611. A cette dernière date, il cherchait encore à s'assurer que les taches qu'il apercevait ne provenaient pas de défauts dans les verres qui lui servaient à regarder l'astre radieux; que pouvaient donc être les prétendues observations de mai ? La première publication de Galilée sur les taches solaires, Epistola ad Velserum de maculis solaribus, est de 1612; l'ouvrage intitulé : Storia e dimostrazioni intorno alle macchie solari et loro accidenti; Roma; est du 13 janvier 1613. Par les dates des publications, c'est donc à Jean Fabricius que revient incontestablement l'honneur de la découverte des taches noires du Soleil. Si c'est à tort qu'on a attribué à Galilée l'honneur d'avoir découvert les taches noires solaires, on doit reconnaître que ce grand philosophe est le premier qui signala l'existence des facules et qui ait tiré parti de ces phénomènes de lumière pour prouver, contre les explications des derniers péripatéticiens, que les apparitions des taches noires n'étaient pas le résultat du passage, sur le disque du Soleil, de certains satellites obscurs qui auraient circulé autour de cet astre (François Arago, Astronomie populaire, Tome 2, 1867 - books.google.fr). Dans l'histoire On crut voir Mercure sur le Soleil en 807, le 1er des calendes d'avril, pendant 8 jours ou bien octo dies, ce qui est impossible; Képler lit octo ties, huit fois (dans un latin barbare); il croit aussi qu'il faut lire 808. Averroès n'est donc pas le seul qui ait attesté ces passages de Mercure sur le Soleil. Il est bien certain que jamais Mercure ne peut être vu sur le Soleil sans l'aide des lunettes; ainsi ces deux témoignages restent sans force. On a pu voir quelque grande tache, quoique ce soit un phénomène assez rare qu'une tache visible à l'œil nu : une tache en effet pourrait être vue huit jours de suite et même plus (M. Delambre, Histoire de l'astronomie moderne, 1821 - books.google.fr). On a en a un témoignage dans les Annales carolingiennes confondant tâche noires et Mercure, dans une erreur d'interprétation (Jean-Pierre Leguay, Le feu au Moyen Âge, 2015 - books.google.fr). En évoquant «la stérilité inouïe» des terres en 807, Charlemagne a-t-il ressenti les effets de répétition entraînés par la succession d'intempéries, en s'inquiétant de leurs conséquences pour l'économie et la production agraires ? Une grande épizootie frappa les bovins sur toute l'étendue du continent européen en 809-810 (Jean-Pierre Devroey, La Nature et le roi: Environnement pouvoir et société à l'âge de Charlemagne (740-820), 2019 - books.google.fr). Les Annales de Saint-Bertin évoquent toutefois un événement d'avril 860 qui ressemble fort à des taches solaires gigantesques : «On dit de même que le 6 avril (860), le soleil levé, l'on vit au milieu de son disque une tache noire, et celle-là étant descendue vers les parties inférieures, une autre aussitôt se jeta sur les parties supérieures, et parcourut tout le disque jusqu'en bas. Cela arriva le dixième jour de la lune.» (fr.wikipedia.org - Tache solaire). Alors qu'en 807 Charlemagne semble se soucier des nécessiteux, en 860 Charles le Chauve était accaparé par les invasions normandes. Sous Charles le Chauve (840-877), les incursions des Normands donnèrent lieu à plusieurs levées d'impôts extraordinaires; le royaume était faible, il fallait payer tribut aux envahisseurs. Ces levées prirent le nom de exactiones. En 845, les Normands avaient reçu 7,000 livres d'argent; mais il ne paraît pas que ces 7,000 livres fussent le produit d'une contribution spéciale. En 858, les dons volontaires des évêques, abbés et comtes suffirent pour payer la rançon de l'abbé de Saint-Denis, fait prisonnier par les pirates. En 860, il fallut avoir recours à l'impôt. «Le roi Charles, séduit par les vaines promesses des Danois habitant la Somme, ordonne une exaction sur les trésors des églises, sur tous les manses et sur les marchands même les plus pauvres, en telle sorte qu'on évalue leurs maisons et tous leurs meubles, et qu'on établisse là -dessus une taxe, car ces Danois lui avaient promis, s'il voulait leur payer 3,000 livres d'argent, de marcher avec lui contre ceux des Danois qui habitaient sur la Seine et de les tuer ou de les chasser.» (Annales Bertiniani - D. Bouq., VII, p. 76. Mém., IV, p. 168). En 861 et 866, nouvelles levées : la première de 5,000 livres d'argent, avec fourniture de bestiaux et de grains; la seconde, de 4,000 livres. Nous avons sur celle-ci des détails précieux, conservés par une chronique contemporaine «Charles étant convenu de payer aux Normands un tribut de 4,000 livres d'argent, on décrète une contribution à cet effet dans tout le royaume : on exige de chaque manse ingénuile six deniers; de chaque manse servile trois; un denier pour chaque habitant, et un autre pour deux hostises; la dîme de tous les biens apparents des commerçants; les prêtres payent à raison de leur fortune; tous les Francs acquittent le hériban; à ce titre, un denier est pris pour chaque manse ingénuile ou servile; enfin, à deux reprises, les grands du royaume contribuent pour payer ce qui avait été promis aux Normands, soit en argent, soit en vins, en proportion de leurs bénéfices.» (J.J. Clamageran, Histoire de l'impôt en France, Tome 1, 1867 - books.google.fr). Famine On cite parmi les disettes qui ont affligé Paris et une partie de la France, antérieurement à 1521, celles qui ont eu lieu, savoir : en 651, 779, 843 à 855, 860 à 868, 873 à 876. Les fureurs de la guerre et les dévastations des Normands contribuaient beaucoup à augmenter les famines et les misères horribles du peuple à ces époques éloignées (Années de disette, Annuaire de l'Economie Politique et de la Statistique, 1849 - books.google.fr). En 843, la disette fut telle, que les habitants composaient du pain avec de la terre, à laquelle ils mêlaient un peu de farine. En 845, la famine fut si affreuse, que plusieurs milliers d'hommes moururent de faim ! En 850, famine excessive, durant laquelle des mères tuèrent leurs enfants pour se nourrir de leur chair ! C'est la première fois que l'histoire de France mentionne l'acte horrible d'anthropophagie, résultant d'une extrême disette. En 855, famine qui fit périr une si grande multitude de personnes que, les bras manquant pour les enterrer, les cadavres restaient sur la terre. On vit des hommes en égorger d'autres pour les dévorer ! En 860, 861 et 862, famine très-cruelle qui, durant la dernière année, fut suivie de contagions et s'étendit sur toute l'Europe. En 867, famine qui fit périr un grand nombre de personnes (Jean-François de Caen Destigny, Histoire de Paris racontée à la jeunesse, Tome 1, 1844 - books.google.fr, Max Wirth, Histoire de la fondation des états germaniques, traduit par Ida Caroline Eugénie Colette Crombrugghe, 1873 - books.google.fr). Acrostiche : QS TC TC : tunc ; QS : quasi (Adriano Cappelli, Dizionario di abbreviature latine ed italiane usate nelle carte e codici specialmente nel medio-evo, 1899
- books.google.fr). Et inde Aprilem a nullo dei sui nomine, sed a re ipsa, quasi Aperilem, quod tunc plurimum germinis aperiatur in florem (Contre Fauste, Livre XVIII, Chapitre V). (Après mars, vient avril qui ne reçoit point son nom d'un dieu, mais des effets qu'il produit, on l'a nommé comme qui dirait Ouvril, parce que c'est le mois où la plupart des plantes ouvrent leurs fleurs). (Oeuvres complètes de Saint Augustin, évêque d'Hippone, Tome 26, traduit par Joseph-Maxence Péronne, 1870 - books.google.fr). Saint Augustin prononce luy-même contre Fauste, que l'opinion des faux Dieux n'a point tellement occupé l'esprit des Gentils, qu'ils ayent perdu le sentiment d'un seul vray Dieu, duquel tout ce qui a été prend son origine. Le culte que les Manichéens ont déféré au Soleil, a été hautement condamné par l'ancienne Eglise; & néanmoins leur adoration étoit relative, & se terminoit à Dieu. Pourquoy adorés-vous le soleil ? disent les Chrétiens aux Manichéens. Fauste Manichéen répond en ces termes : Nous adorons Dien le Pére Tout-puissant, & son Fils Iesus-Christ, & le saint Esprit; mais nous croyons que Dieu le Pére habite cette lumière principale & sfupréme, que Paul appelle une lumière inaccessible, & que le Fils de Dieu reside en cette lumière seconde & visible (André Martel, Réponse à la Méthode de M. le cardinal de Richelieu, 1674 - books.google.fr). "monstre de famine" Chez nos pères, du temps d'Ambroise Paré, la naissance d'un monstre était considérée comme une la naissance d'un monstre était considérée comme une calamité publique,
faisant présager une guerre ou une famine (Étienne Geoffroy Saint-Hilaire, Philosophie anatomique des organes respiratoires sous le rapport de la détermination et de l'identité de leurs pièces osseuses, Tome 2, 1822
- books.google.fr). "L'horrible monstre de Famine" tient "sa principale demeure ou vestibule d'enfer", "qui avoit en sa compagnie Defformité, Souffreté, Foiblesse, Meschanceté,
Vilanie, Pourriture, Puanteur, Salleté et Horreur" (Jean Thenaud, Le triumphe des vertuz, Tome 2, 1997
- books.google.fr). Le premier volume contenant le Triumphe de Prudence et le Triumphe de Force fut présenté à François Ier en 1517 ; le second volume renfermant les deux derniers
triomphes (Justice et Tempérance) fut achevé à la fin de l’année 1518 et offert au roi au printemps de 1519 (Roland Guillot, Jean Thénaud, Le Triumphe des vertuz. Quatrième traité Le triumphe de temperance
(Bnf, ms. fr. 144), édition critique par Titia J. Schuurs-Janssen et René E. V. Stuip. In: Réforme, Humanisme, Renaissance, n°71, 2011 - books.google.fr). Taches solaires et cherté D'illustres astronomes, Herschel (1738 - 1822) en Angleterre, Arago (1786 - 1853) en France, ont montré que les tâches qu'on aperçoit tantôt rares, tantôt nombreuses à la surface du soleil, qui est notre flambeau et notre foyer de chaleur, influent sur les circonstances météorologiques terrestres, et que celles-ci déterminent l'abondance ou la disette. Herschel, qui n'avait presque pas d'observations exactes, n'a pu qu'indiquer l'existence de cette correlation, sans en déterminer la valeur. Arago, muni des observations exactes faites durant 26 ans, de 1826 à 1851, tant sur le nombre des taches du soleil que sur les températures à la surface de la terre, a pu donner, dans son Astronomie populaire, une première approximation de la loi cherchée, savoir : "Les groupes d'années où les taches solaires ont été les plus nombreuses sont aussi ceux où le pain a été plus cher, où la température moyenne a été plus faible, où il est tombé plus de pluie; dans les années où on a compté moins de taches, il est tombé moins de pluie, la température moyenne a été plus élevée, le pain a été moins cher." (Chronique agricole, Journal d'agriculture pratique, 1855 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - William Herschel, fr.wikipedia.org - François Arago). Typologie Le report de 1730 sur la date pivot 860 donne -10. L'Horologium d’Auguste (en latin : Horologium Augusti) ou Solarium Augusti, construit en 10 av. J.-C., est le nom conventionnel moderne d'un édifice construit dans l'Antiquité à Rome. Il aurait servi de gigantesque cadran solaire ou plus probablement de calendrier. Il était composé d'un ensemble d'obélisques érigé sous Auguste et d'une esplanade dallée de marbre de 160 x 75m, bâtie au cours de l'époque flavienne et comportant des tracés calendaires incrustés de métal sur le sol. Une partie de ce cadran fut retrouvé en fouilles en 1979. Il était situé sur le Champ de Mars de Rome, près du mausolée d'Auguste et de l'Ara Pacis. L'actuel obélisque du Montecitorio provient du monument et fut déplacé à l'époque moderne (fr.wikipedia.org - fr.wikipedia.org - Horologium d'Auguste). L'obélisque finit par s'écrouler au Xe ou XIe siècle. On en retrouva la trace au début du XVIe siècle. En 1587, le pape Sixte-Quint projeta de le restaurer et ordonna des fouilles. Mais il y renonça devant le mauvais état du monument, brisé en de multiples fragments. Il fut donc remblayé (fr.wikipedia.org - Obélisque du Montecitorio). Cf. quatrains I, 43 et 45. "deffaut" Reprenant les travaux de Galilée et du jésuite allemand Christoph Scheiner sur les taches solaires, le physicien solaire Jack Eddy notait que ces taches avaient quasi-disparu à la surface de l'astre entre 1643 et 1715, soit la durée du règne de Louis XIV... le Roi-Soleil ! En trois quarts de siècle, le temps de «l'hyper-petit âge glaciaire», il y avait eu moins de taches solaires qu'en un an à notre époque ! (Geoffrey Parker) (www.lhistoire.fr). Les documents concernant les taches solaires d'avant 1750 sont quelque peu incomplets. On peut remarquer toutefois que les étés excessifs de 1738, 1729, 1719 ont coïncidé avec un maximum de taches solaires et que ceux de 1637 et 1624 se placent dans la partie ascendante d'une période undécennale (Max. en 1639 et en 1626) (H. Mémery, Météorologie et physique du globe, Compte-rendu de la session: Notes et mémoires. Pt. 2, Volume 38, 1910 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Tache solaire). Cassini observa à Paris l'éclipse de soleil le 15 juillet 1730 à son lever. L'observation fut faite aussi à Pekin, par les PP. Ignace Kegler, & André Pereyra,
de la Société de Jesus et à Wittemberg en Saxe, par M. Jean-Frederic Weidler, Docteur en Droit, Professeur de Mathématiques, de l'Académie de Berlin, & de la Société Royale (Histoire de l'Academie
royale des sciences, 1732 - books.google.fr,
Transactions philosophiques de la Société royale de Londres, Volume 4, 1739
- books.google.fr). Le Pacte de famine On a désigné dans le public, vers la fin du règne de Louis XV, sous le nom de Pacte de famine les opérations du gouvernement relatives aux blés et farines, et, plus spécialement, surnom du traité Malisset, signé en 1765 et révélé en 1767. Sous l'Ancien régime, l'on était persuadé, et cela bien à tort, que la moyenne des récoltes de grains était suffisante à la consommation nationale. L'exportation des blés et farines était en général interdite, afin qu'une année pût compenser l'autre. L'administration des blés du roi, bureau qui date du règne de Louis XIV, était chargée, à l'intérieur et à l'étranger, de faire des achats publics, soit pour constituer des réserves, soit pour approvisionner l'armée et la marine : c'est par l'intermédiaire et sur les renseignements des intendants de province qu'avaient lieu ces opérations. Le commerce intérieur était sujet à mille entraves (octrois, péages, douanes provinciales, difficulté des communications): or le gouvernement avait tout intérêt à ce que le paysan vendît bien son blé, car c'était avec le prix de cette vente que les impositions étaient payées. Mais, en cas de famine ou de disette réelles, l'opinion publique accusait toute chose, excepté le ciel. Sans doute les horribles misères de l'année 1709 furent encore accrues par le désordre des finances, par une guerre aussi longue que malheureuse, par la panique des uns et la cupidité des autres. Mais on croit rêver à lire ce passage de Saint-Simon : «Il est évident qu'il y avait pour deux années entières de blés en France, indépendamment d'aucune moisson. Beaucoup de gens entrent que Messieurs des finances avaient saisi cette occasion de s'emparer des blés pour les vendre au prix qu'ils y voudraient mettre au profit du roi, sans oublier le leur [...]. Sans porter de jugement précis sur qui l'inventa, on peut dire qu'il n'y a guère de siècle qui ait produit un ouvrage plus obscur, plus hardi, d'une oppression plus cruelle. Les sommes qu'il produisit furent immenses, et innombrable le peuple qui mourut de faim réelle, à la lettre.» Accusations aussi graves que vagues, mais qui tombent principalement sur les intermédiaires, sur les traitants : car ces mots «le profit du roi» ne peuvent se traduire autrement que par «le bénéfice du Trésor». C'est à partir de 1730 que le gouvernement commence à s'occuper avec suite des subsistances de Paris : à cet effet, le contrôleur général des finances Orry autorisa par bail une compagnie de capitalistes. S'agissait-il pour le roi de paraître paternel, d'exercer sa sollicitude à l'égard de ses peuples, de prévenir les augmentations du prix du pain dans la capitale ? Etait-ce, avant l'invention du mot, une expérience de socialisme d'Etat ? Ces explications ne sont pas opposées au caractère de la monarchie absolue, ni même à ce principe que les meilleurs esprits regardaient comme incontestable : «l'État doit à tous les citoyens une subsistance assurée» (Esprit des lois, XXIII, 29). Quelles qu'aient été les intentions, les résultats furent mauvais. Le public parut perdre aux opérations du gouvernement, et fut persuadé que le gouvernement y gagnait. Le frère d'un ministre de Louis XV note dans son journal : «27 août 1752. Le bruit se répand beaucoup que le roi se mêle aujourd'hui du commerce des blés, et, comme le prix en augmente chaque jour malgré l'abondance de la récolte, cela fait un effet dangereux. On prétend qu'il se fait de grands enlèvements. Je le croirais bien : car cette compagnie des vivres du royaume dont m'a parlé dernièrement M. H... songe sans doute à acheter ou arrher des blés au plus tôt, pressée par des ordres supérieurs ou par son intérêt. Comptant de clerc à maître, le prix d'achat ou d'arrhe ne lui coûte rien Le gouvernement veut se rendre maître du prix des vivres. Je commence à croire ce que j'ai vu le plus tard possible, que M. de Machault prétend faire ressource au roi d'un gros bénéfice sur les grains. Poussé à cela par les financiers qui l'entourent, par Bourret et par les amis de la marquise de Pompadour, on lui déguise le monopole en bien public. Qu'il y soit de bonne foi ou non, ces gens-là voudront gagner beaucoup. On les laissera faire et on y participera...» Un peu plus loin on lit : «3 octobre 1752. On est très mécontent de M. de Courteille, intendant des finances, qui a le département de l'abondance et du commerce des blés, et qui n'a pu empêcher
que la disette ne fût plus grande que jamais dans une année de bonne récolte. Les soins que l'on se donne favorisent le monopole et alarment le peuple. On dit que, dans les
marchés, les subdélégués [des intendants] ne paraissent qu'accompagnés de satellites. On défend aux gens du lieu d'acheter des blés. On veut faire foisonner les marchés et il
n'en vient plus. Le bruit est à Paris que le roi gagne sur les blés. Enfin cela ne saurait aller plus mal.» (Journal du marquis d'Argenson, aux dates) (H. Monin, La grande encyclopédie: inventaire
raisonné des sciences, 1885 - books.google.fr). En 1768, Le Prévost de Beaumont (1726 - 1823) croit pouvoir dénoncer devant le Parlement de Normandie un «pacte de famine», soit la constitution d'un monopole de fait sur le grain
et l'enrichissement de hauts fonctionnaires. Bien que non étayée, la formule fut reprise et alimenta l'idée de la responsabilité directe des «accapareurs» pour les famines
qui frappèrent la France dans les années 1767-1769, 1775-1778 et 1788-1789. Le Prévost de Beaumont fut emprisonné pendant 22 ans (fr.wikipedia.org - Libéralisation du commerce des grains sous l'Ancien Régime). Selon Beaumont, Louis XV, durant la disette de 1729, encouragea l'organisation dite le pacte de famine, combinaison odieuse qui permit à une compagnie de
monopoleurs de spéculer sur les blés pendant 60 ans (1729 à 1789), et de réaliser des bénéfices énormes. Cette association, protégée par la Cour, n'avait pas pour but de
prévenir les famines ; elle avait été organisée contre le peuple et les pauvres, en faisant naître des disettes factices quand elles n'étaient pas réelles (Mémoires, Société d'agriculture d
e Seine-et-Oise, Versailles, 1880 - books.google.fr). "plein jour" Beaumont note les différentes famines qui ont eu lieu de la fin du XVIIe siècle au XVIIIe. De là conséquemment les famines, les disettes, les misères générales de 1693, 1694, 1709, 1718, 1720, 1725, 1729, 1737, 1741, 1743, 1750, 1751, 1752, 1760, 1763, 1767,
1768, 1770 et autres époques que je ne puis me rappeler à la mémoire, à cause de mes papiers dérobés par le sieur de Sartines, au moment qu'il m'a fait enlever et transférer
de violence à Vincennes (Jules-Édouard Alboise Du Pujol,
Histoire de la Bastille, 1844 - books.google.fr). Toute la France est en allarmes, Un chacun ne fait pas pourquoi, C'est dit l'un, parce que le Roi Veut faire de nouveaux Gendarmes, Pour achever par leurs vacarmes A mettre pour jamais fon Peuple en désarroi. L'autre dit que c'est la Famine Qui désole toute la Cour, Et fait que le monde en plein jour Murmure par tout & rumine, Parce que faute de Farine On craint de voir bien-tôt à beau jeu, beau retour. (La Quintessence des Nouvelles, Tome 1, 1693
- books.google.fr). "interpretera" Henri Martin dans son Histoire de France, tome XIII, p. 298, avant Maxime du Camp en 1860, racontant le Pacte de Famine, cite le Moniteur de 1789, et dit : Tous les faits sont vrais, mais interprétés par la passion enflammée de l'époque. L'archiviste du Loiret, M. Doinel, fit insérer dans la République Française (1884, août 19, 21 et 26), des articles ayant pour titre : «Le Pacte de Famine» dans lesquels, en faisant ressortir les accusations portées par le Moniteur et Leprévost, il soutient chaleureusement ceux-ci, en s'appuyant sur les documents extraits des Archives départementales d'Orléans. Ces articles ne sont intéressants que parce qu'ils montrent comment un homme prévenu interprète des documents qui, en réalité n'ont aucunement la signification qu'il leur donne. Le rôle de Leprévost dans la légende fut tout à fait secondaire et que cette légende fut le résultat des multiples racontars qui couraient dans toute la France sans qu'il soit possible de les attribuer à quelqu'un. Sur une suspicion innée ou excité par les remontrances du Parlement de Rouen, peut-être aussi par une foi profonde dans l'existence des monopoleurs des blés,
conviction très répandue à cette époque, et non sans raison, Leprévost attribua aux documents trouvés leur signification voulue. Probablement la correspondance
qu'il feuilleta lui donna de nouveaux soupçons, parce qu'il est facile d'admettre qu'il existait des abus dans la Société Malisset. Les preuves ne manquent pas (Georges Afanassiev, Le Pacte de Famine, Séances et travaux de l'Académie des Sciences Morales et Politiques, Volume 134, 1890
- books.google.fr). "disette" et "défaut" "Defectus" : Défaut, disette, manque d'une chose (Pierre Danet, Dictionarium novum latinum et gallicum, 1680
- books.google.fr). XIIIe siècle, disiete, disgete, disete. Peut-être emprunté du grec byzantin disekhtos (transcription du latin bissextus), «année bissextile, année de malheur» (www.dictionnaire-academie.fr). Vous voyez par-là qu'il y a une différence marquée entre la disette réelle & la disette relative. J'appelle disette réelle le défaut de bled,
& la disette relative, le haussement du prix courant. Une nation riche pourra payer cher sans s'appauvrir. Mais quand mĂŞme elle payeroit au plus haut
prix, elle ne diminue pas par son or la disette réelle (Jean-Baptiste-René Robinet, Dictionnaire universel des sciences morale, économique, politique et diplomatique; ou Bibliothèque de l'homme-d'Etat et du citoyen, Tome 20, 1781
- books.google.fr). Acrostiche : QS TC Dieu est adoré & grandement loué en ses saints : à quoy le Psalmiste nous inuite disant : Laudate Dominum in sanctis eius. Outre ce, qui ne sçait combien meritent
estre reueré les saincts Temples du Sainct Esprit, & leurs saincts os & cendres, qui resplendiront un jour au Ciel, Et tanquam scintilla in arundineto discurrent,
comune des estoilles fort luisantes du Ciel dict le Prophete Daniel : Qui autem docti fuerint, fulgebunt quasi splendor firmamenti : & qui ad iustitiam erudiunt multos,
quasi stellae in perpetuas aternitates, ainsi comme Soleils, dict nostre Sauveur en Sainct Mathieu, Tunc iusti fulgabunt sicut sol in Regno patris eorum. Et beaucoup plus que
ce Soleil, que nous voyons maintenant : lequel aussi se surpassera lors soy-mesme, dict le Prophete Esaye parlant de ces temps la, Et erit lux luna, sicut lux solis,
& lux solis erit septempliciter sicut lux septem dierum in die, qua alligauerit Dominus vulnus populi sui, & percussuram plagae eius sanauerit : Nimis (nostre bon Dieu)
honorati sunt amici tui. Et de faict on ne doit pas honneur Ă autres apres vous, qu'a eux : puis que l'honneur est le prix & la recompense seulement de la vertu, qui fut en
eux tant solide, vrays, forte & constante (Giovanni Battista Possevino, Discours de la vie de Sainct Charles Borromee, cardinal, traduit par A. C., 1611
- books.google.fr). Dans Isaïe chapitre LVIII : 7. Frange esurienti panem tuum, & egenos, vagósque induc in domum tuam : cum videris nudum, operi eum, & carnem tuam ne despexeris. (Faites part de vôtre pain à celui qui a faim, & faites entrer en vôtre maison les pauvres, & ceux qui ne savent où se retirer. Lorsque vous verrez un homme nud, revêtez-le, & ne méprisez point vôtre propre chair). 8. Tunc erumpet quasi mane lumen tuum, & Sanitas tua citius orietur, & anteibit faciem tuam justitia tua, & gloria Domini colliget te. (Alors vêtre lumiére éclattera comme l'aurore; vous recouvrerez bien-tôt vôtre santé, vôtre justice marchera devant vous & la gloire du Seigneur vous protégera). Alors vôtre lumiére éclattera comme l'aurore; ou plûtôt, comme le soleil dans son lever. Cette similitude est assez commune dans les Auteurs sacrez,
pour marquer un bonheur, une prospérité brillante. La lumiére désigne la joye, & la félicité; sur tout celles qui succédent à un état de tristesse, d'humiliation,
d'oppression, qui est d'ordinaire exprimé par le nom de ténèbres
(Augustin Calmet, Commentaire littéral sur tous les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, 1714
- books.google.fr). Chapitre 24 de Mathieu, on retrouve famine et soleil : 3. Il s'assit sur la montagne des oliviers. Et les disciples vinrent en particulier lui faire cette question: Dis-nous, quand cela arrivera-t-il, et quel sera le signe de ton avènement et de la fin du monde ? 7. Une nation s'élèvera contre une nation, et un royaume contre un royaume, et il y aura, en divers lieux, des famines et des tremblements de terre. 29. Aussitôt après ces jours de détresse, le soleil s'obscurcira, la lune ne donnera plus sa lumière, les étoiles tomberont du ciel, et les puissances des cieux seront ébranlées (newchristianbiblestudy.org). Ces pluriels (les guerres, les famines) dans le discours de Matthieu sont remarquables ; ils prouvent qu'il ne s'agit point de quelque fait particulier,
mais de toute une catégorie de calamités du même genre qui continueront à désoler l'humanité, d'époque en époque, après le départ du Christ et jusqu'à la fin des choses (Frédéric Godet, Introduction au Nouveau Testament, Introduction particulière, Tome 2, 1904
- books.google.fr). La Passion selon saint Matthieu (BWV 244) (en latin Passio Domini nostri Jesu Christi secundum Evangelistam Matthæum, c'est-à -dire en français Passion de
notre Seigneur Jésus-Christ selon l'Évangéliste Matthieu, connue en allemand sous le nom de Matthäus-Passion) est un oratorio de Bach exécuté probablement pour la
première fois le Vendredi saint 1727. L'œuvre a été remaniée trois fois. La troisième version, définitive, a été créée en 1736.
L'œuvre a été entendue pour la première fois à l'église Saint-Thomas de Leipzig où Bach exerça la charge de maître de chapelle de 1723 jusqu'à sa mort
en 1750. Plusieurs autres exécutions eurent lieu au même endroit, respectivement le 11 avril 1727, le 15 avril 1729, le 30 mars 1736 et le 23 mars 1742. À chaque fois,
elles y reçurent un mauvais accueil (fr.wikipedia.org - Passion selon saint Matthieu). |