Le Pacte de Famine

Le Pacte de Famine

 

III, 34

 

1729-1730

 

Quant le deffaut du soleil lors sera,

Sur le plain iour le monstre sera veu,

Tout autrement on l'interpretera,

Cherté n'a garde, nul n'y aura pourveu.

 

"deffaut du Soleil" : taches solaires

 

"défaut" vient du latin "defectus", dont le sens peut être "éclipse" mais aussi "diminution" en ce qui concerne la Lune. Comme le "monstre" (prodige) est vu en plein jour, on peut penser plutôt qu'à une éclipse de Soleil à des taches solaires.

 

Le premier ouvrage ou MĂ©moire imprimĂ© que l'on connaisse sur les taches du Soleil, est intitulĂ© : Joh. Fabricii Phrysii, de Maculis in Sole observatis et apparente carum cum Sole conversione Narratio, et Dubitatio de modo eductionis specierum visibilium. Wittebergæ, 1611, in-4°. L'Ă©pĂ®tre dĂ©dicatoire porte la date du 13 juin 1611. Les lettres pseudonymes de Scheiner, les lettres du prĂ©tendu Apelle Ă  Velser, un des magistrats d'Augsbourg, n'ont Ă©tĂ© imprimĂ©es qu'en janvier 1612. Scheiner fait, il est vrai, remonter vaguement ses premières observations des taches solaires, aux mois d'avril ou de mai 1611, mais aucune attestation prĂ©cise n'est produite Ă  l'appui de cette assertion. J'ajouterai que, suivant Scheiner lui-mĂŞme, l'apparition des taches, au commencement de 1611, fixa peu son attention, et qu'il ne s'en occupa sĂ©rieusement qu'en octobre 1611. A cette dernière date, il cherchait encore Ă  s'assurer que les taches qu'il apercevait ne provenaient pas de dĂ©fauts dans les verres qui lui servaient Ă  regarder l'astre radieux; que pouvaient donc ĂŞtre les prĂ©tendues observations de mai ? La première publication de GalilĂ©e sur les taches solaires, Epistola ad Velserum de maculis solaribus, est de 1612; l'ouvrage intitulĂ© : Storia e dimostrazioni intorno alle macchie solari et loro accidenti; Roma; est du 13 janvier 1613. Par les dates des publications, c'est donc Ă  Jean Fabricius que revient incontestablement l'honneur de la dĂ©couverte des taches noires du Soleil. Si c'est Ă  tort qu'on a attribuĂ© Ă  GalilĂ©e l'honneur d'avoir dĂ©couvert les taches noires solaires, on doit reconnaĂ®tre que ce grand philosophe est le premier qui signala l'existence des facules et qui ait tirĂ© parti de ces phĂ©nomènes de lumière pour prouver, contre les explications des derniers pĂ©ripatĂ©ticiens, que les apparitions des taches noires n'Ă©taient pas le rĂ©sultat du passage, sur le disque du Soleil, de certains satellites obscurs qui auraient circulĂ© autour de cet astre (François Arago, Astronomie populaire, Tome 2, 1867 - books.google.fr).

 

Dans l'histoire

 

On crut voir Mercure sur le Soleil en 807, le 1er des calendes d'avril, pendant 8 jours ou bien octo dies, ce qui est impossible; KĂ©pler lit octo ties, huit fois (dans un latin barbare); il croit aussi qu'il faut lire 808. Averroès n'est donc pas le seul qui ait attestĂ© ces passages de Mercure sur le Soleil. Il est bien certain que jamais Mercure ne peut ĂŞtre vu sur le Soleil sans l'aide des lunettes; ainsi ces deux tĂ©moignages restent sans force. On a pu voir quelque grande tache, quoique ce soit un phĂ©nomène assez rare qu'une tache visible Ă  l'Ĺ“il nu : une tache en effet pourrait ĂŞtre vue huit jours de suite et mĂŞme plus (M. Delambre, Histoire de l'astronomie moderne, 1821 - books.google.fr).

 

On a en a un témoignage dans les Annales carolingiennes confondant tâche noires et Mercure, dans une erreur d'interprétation (Jean-Pierre Leguay, Le feu au Moyen Âge, 2015 - books.google.fr).

 

En Ă©voquant «la stĂ©rilitĂ© inouĂŻe» des terres en 807, Charlemagne a-t-il ressenti les effets de rĂ©pĂ©tition entraĂ®nĂ©s par la succession d'intempĂ©ries, en s'inquiĂ©tant de leurs consĂ©quences pour l'Ă©conomie et la production agraires ? Une grande Ă©pizootie frappa les bovins sur toute l'Ă©tendue du continent europĂ©en en 809-810 (Jean-Pierre Devroey, La Nature et le roi: Environnement pouvoir et sociĂ©tĂ© Ă  l'âge de Charlemagne (740-820), 2019 - books.google.fr).

 

Les Annales de Saint-Bertin Ă©voquent toutefois un Ă©vĂ©nement d'avril 860 qui ressemble fort Ă  des taches solaires gigantesques :

 

«On dit de même que le 6 avril (860), le soleil levé, l'on vit au milieu de son disque une tache noire, et celle-là étant descendue vers les parties inférieures, une autre aussitôt se jeta sur les parties supérieures, et parcourut tout le disque jusqu'en bas. Cela arriva le dixième jour de la lune.» (fr.wikipedia.org - Tache solaire).

 

Alors qu'en 807 Charlemagne semble se soucier des nécessiteux, en 860 Charles le Chauve était accaparé par les invasions normandes.

 

Sous Charles le Chauve (840-877), les incursions des Normands donnèrent lieu à plusieurs levées d'impôts extraordinaires; le royaume était faible, il fallait payer tribut aux envahisseurs. Ces levées prirent le nom de exactiones. En 845, les Normands avaient reçu 7,000 livres d'argent; mais il ne paraît pas que ces 7,000 livres fussent le produit d'une contribution spéciale. En 858, les dons volontaires des évêques, abbés et comtes suffirent pour payer la rançon de l'abbé de Saint-Denis, fait prisonnier par les pirates. En 860, il fallut avoir recours à l'impôt. «Le roi Charles, séduit par les vaines promesses des Danois habitant la Somme, ordonne une exaction sur les trésors des églises, sur tous les manses et sur les marchands même les plus pauvres, en telle sorte qu'on évalue leurs maisons et tous leurs meubles, et qu'on établisse là-dessus une taxe, car ces Danois lui avaient promis, s'il voulait leur payer 3,000 livres d'argent, de marcher avec lui contre ceux des Danois qui habitaient sur la Seine et de les tuer ou de les chasser.» (Annales Bertiniani - D. Bouq., VII, p. 76. Mém., IV, p. 168).

 

En 861 et 866, nouvelles levĂ©es : la première de 5,000 livres d'argent, avec fourniture de bestiaux et de grains; la seconde, de 4,000 livres. Nous avons sur celle-ci des dĂ©tails prĂ©cieux, conservĂ©s par une chronique contemporaine «Charles Ă©tant convenu de payer aux Normands un tribut de 4,000 livres d'argent, on dĂ©crète une contribution Ă  cet effet dans tout le royaume : on exige de chaque manse ingĂ©nuile six deniers; de chaque manse servile trois; un denier pour chaque habitant, et un autre pour deux hostises; la dĂ®me de tous les biens apparents des commerçants; les prĂŞtres payent Ă  raison de leur fortune; tous les Francs acquittent le hĂ©riban; Ă  ce titre, un denier est pris pour chaque manse ingĂ©nuile ou servile; enfin, Ă  deux reprises, les grands du royaume contribuent pour payer ce qui avait Ă©tĂ© promis aux Normands, soit en argent, soit en vins, en proportion de leurs bĂ©nĂ©fices.» (J.J. Clamageran, Histoire de l'impĂ´t en France, Tome 1, 1867 - books.google.fr).

 

Famine

 

On cite parmi les disettes qui ont affligĂ© Paris et une partie de la France, antĂ©rieurement Ă  1521, celles qui ont eu lieu, savoir : en 651, 779, 843 Ă  855, 860 Ă  868, 873 Ă  876. Les fureurs de la guerre et les dĂ©vastations des Normands contribuaient beaucoup Ă  augmenter les famines et les misères horribles du peuple Ă  ces Ă©poques Ă©loignĂ©es (AnnĂ©es de disette, Annuaire de l'Economie Politique et de la Statistique, 1849 - books.google.fr).

 

En 843, la disette fut telle, que les habitants composaient du pain avec de la terre, Ă  laquelle ils mĂŞlaient un peu de farine. En 845, la famine fut si affreuse, que plusieurs milliers d'hommes moururent de faim ! En 850, famine excessive, durant laquelle des mères tuèrent leurs enfants pour se nourrir de leur chair ! C'est la première fois que l'histoire de France mentionne l'acte horrible d'anthropophagie, rĂ©sultant d'une extrĂŞme disette. En 855, famine qui fit pĂ©rir une si grande multitude de personnes que, les bras manquant pour les enterrer, les cadavres restaient sur la terre. On vit des hommes en Ă©gorger d'autres pour les dĂ©vorer ! En 860, 861 et 862, famine très-cruelle qui, durant la dernière annĂ©e, fut suivie de contagions et s'Ă©tendit sur toute l'Europe. En 867, famine qui fit pĂ©rir un grand nombre de personnes (Jean-François de Caen Destigny, Histoire de Paris racontĂ©e Ă  la jeunesse, Tome 1, 1844 - books.google.fr, Max Wirth, Histoire de la fondation des Ă©tats germaniques, traduit par Ida Caroline EugĂ©nie Colette Crombrugghe, 1873 - books.google.fr).

 

Acrostiche : QS TC

 

TC : tunc ; QS : quasi (Adriano Cappelli, Dizionario di abbreviature latine ed italiane usate nelle carte e codici specialmente nel medio-evo, 1899 - books.google.fr).

 

Et inde Aprilem a nullo dei sui nomine, sed a re ipsa, quasi Aperilem, quod tunc plurimum germinis aperiatur in florem (Contre Fauste, Livre XVIII, Chapitre V). (Après mars, vient avril qui ne reçoit point son nom d'un dieu, mais des effets qu'il produit, on l'a nommé comme qui dirait Ouvril, parce que c'est le mois où la plupart des plantes ouvrent leurs fleurs). (Oeuvres complètes de Saint Augustin, évêque d'Hippone, Tome 26, traduit par Joseph-Maxence Péronne, 1870 - books.google.fr).

 

Saint Augustin prononce luy-mĂŞme contre Fauste, que l'opinion des faux Dieux n'a point tellement occupĂ© l'esprit des Gentils, qu'ils ayent perdu le sentiment d'un seul vray Dieu, duquel tout ce qui a Ă©tĂ© prend son origine. Le culte que les ManichĂ©ens ont dĂ©fĂ©rĂ© au Soleil, a Ă©tĂ© hautement condamnĂ© par l'ancienne Eglise; & nĂ©anmoins leur adoration Ă©toit relative, & se terminoit Ă  Dieu. Pourquoy adorĂ©s-vous le soleil ? disent les ChrĂ©tiens aux ManichĂ©ens. Fauste ManichĂ©en rĂ©pond en ces termes : Nous adorons Dien le PĂ©re Tout-puissant, & son Fils Iesus-Christ, & le saint Esprit; mais nous croyons que Dieu le PĂ©re habite cette lumière principale & sfuprĂ©me, que Paul appelle une lumière inaccessible, & que le Fils de Dieu reside en cette lumière seconde & visible (AndrĂ© Martel, RĂ©ponse Ă  la MĂ©thode de M. le cardinal de Richelieu, 1674 - books.google.fr).

 

"monstre de famine"

 

Chez nos pères, du temps d'Ambroise Paré, la naissance d'un monstre était considérée comme une la naissance d'un monstre était considérée comme une calamité publique, faisant présager une guerre ou une famine (Étienne Geoffroy Saint-Hilaire, Philosophie anatomique des organes respiratoires sous le rapport de la détermination et de l'identité de leurs pièces osseuses, Tome 2, 1822 - books.google.fr).

 

"L'horrible monstre de Famine" tient "sa principale demeure ou vestibule d'enfer", "qui avoit en sa compagnie Defformité, Souffreté, Foiblesse, Meschanceté, Vilanie, Pourriture, Puanteur, Salleté et Horreur" (Jean Thenaud, Le triumphe des vertuz, Tome 2, 1997 - books.google.fr).

 

Le premier volume contenant le Triumphe de Prudence et le Triumphe de Force fut prĂ©sentĂ© Ă  François Ier en 1517 ; le second volume renfermant les deux derniers triomphes (Justice et TempĂ©rance) fut achevĂ© Ă  la fin de l’annĂ©e 1518 et offert au roi au printemps de 1519 (Roland Guillot, Jean ThĂ©naud, Le Triumphe des vertuz. Quatrième traitĂ© Le triumphe de temperance (Bnf, ms. fr. 144), Ă©dition critique par Titia J. Schuurs-Janssen et RenĂ© E. V. Stuip. In: RĂ©forme, Humanisme, Renaissance, n°71, 2011 - books.google.fr).

 

Taches solaires et cherté

 

D'illustres astronomes, Herschel (1738 - 1822) en Angleterre, Arago (1786 - 1853) en France, ont montrĂ© que les tâches qu'on aperçoit tantĂ´t rares, tantĂ´t nombreuses Ă  la surface du soleil, qui est notre flambeau et notre foyer de chaleur, influent sur les circonstances mĂ©tĂ©orologiques terrestres, et que celles-ci dĂ©terminent l'abondance ou la disette. Herschel, qui n'avait presque pas d'observations exactes, n'a pu qu'indiquer l'existence de cette correlation, sans en dĂ©terminer la valeur. Arago, muni des observations exactes faites durant 26 ans, de 1826 Ă  1851, tant sur le nombre des taches du soleil que sur les tempĂ©ratures Ă  la surface de la terre, a pu donner, dans son Astronomie populaire, une première approximation de la loi cherchĂ©e, savoir :

 

"Les groupes d'années où les taches solaires ont été les plus nombreuses sont aussi ceux où le pain a été plus cher, où la température moyenne a été plus faible, où il est tombé plus de pluie; dans les années où on a compté moins de taches, il est tombé moins de pluie, la température moyenne a été plus élevée, le pain a été moins cher." (Chronique agricole, Journal d'agriculture pratique, 1855 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - William Herschel, fr.wikipedia.org - François Arago).

 

Typologie

 

Le report de 1730 sur la date pivot 860 donne -10.

 

L'Horologium d’Auguste (en latin : Horologium Augusti) ou Solarium Augusti, construit en 10 av. J.-C., est le nom conventionnel moderne d'un édifice construit dans l'Antiquité à Rome. Il aurait servi de gigantesque cadran solaire ou plus probablement de calendrier. Il était composé d'un ensemble d'obélisques érigé sous Auguste et d'une esplanade dallée de marbre de 160 x 75m, bâtie au cours de l'époque flavienne et comportant des tracés calendaires incrustés de métal sur le sol. Une partie de ce cadran fut retrouvé en fouilles en 1979. Il était situé sur le Champ de Mars de Rome, près du mausolée d'Auguste et de l'Ara Pacis. L'actuel obélisque du Montecitorio provient du monument et fut déplacé à l'époque moderne (fr.wikipedia.org - fr.wikipedia.org - Horologium d'Auguste).

 

L'obélisque finit par s'écrouler au Xe ou XIe siècle. On en retrouva la trace au début du XVIe siècle. En 1587, le pape Sixte-Quint projeta de le restaurer et ordonna des fouilles. Mais il y renonça devant le mauvais état du monument, brisé en de multiples fragments. Il fut donc remblayé (fr.wikipedia.org - Obélisque du Montecitorio).

 

Cf. quatrains I, 43 et 45.

 

"deffaut"

 

Reprenant les travaux de GalilĂ©e et du jĂ©suite allemand Christoph Scheiner sur les taches solaires, le physicien solaire Jack Eddy notait que ces taches avaient quasi-disparu Ă  la surface de l'astre entre 1643 et 1715, soit la durĂ©e du règne de Louis XIV... le Roi-Soleil ! En trois quarts de siècle, le temps de «l'hyper-petit âge glaciaire», il y avait eu moins de taches solaires qu'en un an Ă  notre Ă©poque ! (Geoffrey Parker) (www.lhistoire.fr).

 

Les documents concernant les taches solaires d'avant 1750 sont quelque peu incomplets. On peut remarquer toutefois que les étés excessifs de 1738, 1729, 1719 ont coïncidé avec un maximum de taches solaires et que ceux de 1637 et 1624 se placent dans la partie ascendante d'une période undécennale (Max. en 1639 et en 1626) (H. Mémery, Météorologie et physique du globe, Compte-rendu de la session: Notes et mémoires. Pt. 2, Volume 38, 1910 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Tache solaire).

 

Cassini observa à Paris l'éclipse de soleil le 15 juillet 1730 à son lever. L'observation fut faite aussi à Pekin, par les PP. Ignace Kegler, & André Pereyra, de la Société de Jesus et à Wittemberg en Saxe, par M. Jean-Frederic Weidler, Docteur en Droit, Professeur de Mathématiques, de l'Académie de Berlin, & de la Société Royale (Histoire de l'Academie royale des sciences, 1732 - books.google.fr, Transactions philosophiques de la Société royale de Londres, Volume 4, 1739 - books.google.fr).

 

Le Pacte de famine

 

On a désigné dans le public, vers la fin du règne de Louis XV, sous le nom de Pacte de famine les opérations du gouvernement relatives aux blés et farines, et, plus spécialement, surnom du traité Malisset, signé en 1765 et révélé en 1767.

 

Sous l'Ancien rĂ©gime, l'on Ă©tait persuadĂ©, et cela bien Ă  tort, que la moyenne des rĂ©coltes de grains Ă©tait suffisante Ă  la consommation nationale. L'exportation des blĂ©s et farines Ă©tait en gĂ©nĂ©ral interdite, afin qu'une annĂ©e pĂ»t compenser l'autre. L'administration des blĂ©s du roi, bureau qui date du règne de Louis XIV, Ă©tait chargĂ©e, Ă  l'intĂ©rieur et Ă  l'Ă©tranger, de faire des achats publics, soit pour constituer des rĂ©serves, soit pour approvisionner l'armĂ©e et la marine : c'est par l'intermĂ©diaire et sur les renseignements des intendants de province qu'avaient lieu ces opĂ©rations. Le commerce intĂ©rieur Ă©tait sujet Ă  mille entraves (octrois, pĂ©ages, douanes provinciales, difficultĂ© des communications): or le gouvernement avait tout intĂ©rĂŞt Ă  ce que le paysan vendĂ®t bien son blĂ©, car c'Ă©tait avec le prix de cette vente que les impositions Ă©taient payĂ©es. Mais, en cas de famine ou de disette rĂ©elles, l'opinion publique accusait toute chose, exceptĂ© le ciel. Sans doute les horribles misères de l'annĂ©e 1709 furent encore accrues par le dĂ©sordre des finances, par une guerre aussi longue que malheureuse, par la panique des uns et la cupiditĂ© des autres. Mais on croit rĂŞver Ă  lire ce passage de Saint-Simon :

«Il est évident qu'il y avait pour deux années entières de blés en France, indépendamment d'aucune moisson. Beaucoup de gens entrent que Messieurs des finances avaient saisi cette occasion de s'emparer des blés pour les vendre au prix qu'ils y voudraient mettre au profit du roi, sans oublier le leur [...]. Sans porter de jugement précis sur qui l'inventa, on peut dire qu'il n'y a guère de siècle qui ait produit un ouvrage plus obscur, plus hardi, d'une oppression plus cruelle. Les sommes qu'il produisit furent immenses, et innombrable le peuple qui mourut de faim réelle, à la lettre.»

 

Accusations aussi graves que vagues, mais qui tombent principalement sur les intermĂ©diaires, sur les traitants : car ces mots «le profit du roi» ne peuvent se traduire autrement que par «le bĂ©nĂ©fice du TrĂ©sor».

 

C'est Ă  partir de 1730 que le gouvernement commence Ă  s'occuper avec suite des subsistances de Paris : Ă  cet effet, le contrĂ´leur gĂ©nĂ©ral des finances Orry autorisa par bail une compagnie de capitalistes. S'agissait-il pour le roi de paraĂ®tre paternel, d'exercer sa sollicitude Ă  l'Ă©gard de ses peuples, de prĂ©venir les augmentations du prix du pain dans la capitale ? Etait-ce, avant l'invention du mot, une expĂ©rience de socialisme d'Etat ? Ces explications ne sont pas opposĂ©es au caractère de la monarchie absolue, ni mĂŞme Ă  ce principe que les meilleurs esprits regardaient comme incontestable :

 

«l'État doit à tous les citoyens une subsistance assurée» (Esprit des lois, XXIII, 29).

 

Quelles qu'aient Ă©tĂ© les intentions, les rĂ©sultats furent mauvais. Le public parut perdre aux opĂ©rations du gouvernement, et fut persuadĂ© que le gouvernement y gagnait. Le frère d'un ministre de Louis XV note dans son journal :

 

«27 aoĂ»t 1752. Le bruit se rĂ©pand beaucoup que le roi se mĂŞle aujourd'hui du commerce des blĂ©s, et, comme le prix en augmente chaque jour malgrĂ© l'abondance de la rĂ©colte, cela fait un effet dangereux. On prĂ©tend qu'il se fait de grands enlèvements. Je le croirais bien : car cette compagnie des vivres du royaume dont m'a parlĂ© dernièrement M. H... songe sans doute Ă  acheter ou arrher des blĂ©s au plus tĂ´t, pressĂ©e par des ordres supĂ©rieurs ou par son intĂ©rĂŞt. Comptant de clerc Ă  maĂ®tre, le prix d'achat ou d'arrhe ne lui coĂ»te rien Le gouvernement veut se rendre maĂ®tre du prix des vivres. Je commence Ă  croire ce que j'ai vu le plus tard possible, que M. de Machault prĂ©tend faire ressource au roi d'un gros bĂ©nĂ©fice sur les grains. PoussĂ© Ă  cela par les financiers qui l'entourent, par Bourret et par les amis de la marquise de Pompadour, on lui dĂ©guise le monopole en bien public. Qu'il y soit de bonne foi ou non, ces gens-lĂ  voudront gagner beaucoup. On les laissera faire et on y participera...»

 

Un peu plus loin on lit :

 

«3 octobre 1752. On est très mécontent de M. de Courteille, intendant des finances, qui a le département de l'abondance et du commerce des blés, et qui n'a pu empêcher que la disette ne fût plus grande que jamais dans une année de bonne récolte. Les soins que l'on se donne favorisent le monopole et alarment le peuple. On dit que, dans les marchés, les subdélégués [des intendants] ne paraissent qu'accompagnés de satellites. On défend aux gens du lieu d'acheter des blés. On veut faire foisonner les marchés et il n'en vient plus. Le bruit est à Paris que le roi gagne sur les blés. Enfin cela ne saurait aller plus mal.» (Journal du marquis d'Argenson, aux dates) (H. Monin, La grande encyclopédie: inventaire raisonné des sciences, 1885 - books.google.fr).

 

En 1768, Le Prévost de Beaumont (1726 - 1823) croit pouvoir dénoncer devant le Parlement de Normandie un «pacte de famine», soit la constitution d'un monopole de fait sur le grain et l'enrichissement de hauts fonctionnaires. Bien que non étayée, la formule fut reprise et alimenta l'idée de la responsabilité directe des «accapareurs» pour les famines qui frappèrent la France dans les années 1767-1769, 1775-1778 et 1788-1789. Le Prévost de Beaumont fut emprisonné pendant 22 ans (fr.wikipedia.org - Libéralisation du commerce des grains sous l'Ancien Régime).

 

Selon Beaumont, Louis XV, durant la disette de 1729, encouragea l'organisation dite le pacte de famine, combinaison odieuse qui permit Ă  une compagnie de monopoleurs de spĂ©culer sur les blĂ©s pendant 60 ans (1729 Ă  1789), et de rĂ©aliser des bĂ©nĂ©fices Ă©normes. Cette association, protĂ©gĂ©e par la Cour, n'avait pas pour but de prĂ©venir les famines ; elle avait Ă©tĂ© organisĂ©e contre le peuple et les pauvres, en faisant naĂ®tre des disettes factices quand elles n'Ă©taient pas rĂ©elles (MĂ©moires, SociĂ©tĂ© d'agriculture d e Seine-et-Oise, Versailles, 1880 - books.google.fr).

 

"plein jour"

 

Beaumont note les différentes famines qui ont eu lieu de la fin du XVIIe siècle au XVIIIe.

 

De là conséquemment les famines, les disettes, les misères générales de 1693, 1694, 1709, 1718, 1720, 1725, 1729, 1737, 1741, 1743, 1750, 1751, 1752, 1760, 1763, 1767, 1768, 1770 et autres époques que je ne puis me rappeler à la mémoire, à cause de mes papiers dérobés par le sieur de Sartines, au moment qu'il m'a fait enlever et transférer de violence à Vincennes (Jules-Édouard Alboise Du Pujol, Histoire de la Bastille, 1844 - books.google.fr).

 

Toute la France est en allarmes,

Un chacun ne fait pas pourquoi,

C'est dit l'un, parce que le Roi

Veut faire de nouveaux Gendarmes,

Pour achever par leurs vacarmes

A mettre pour jamais fon Peuple en désarroi.

 

L'autre dit que c'est la Famine

Qui désole toute la Cour,

Et fait que le monde en plein jour

Murmure par tout & rumine,

Parce que faute de Farine

On craint de voir bien-tĂ´t Ă  beau jeu, beau retour. (La Quintessence des Nouvelles, Tome 1, 1693 - books.google.fr).

 

"interpretera"

 

Henri Martin dans son Histoire de France, tome XIII, p. 298, avant Maxime du Camp en 1860, racontant le Pacte de Famine, cite le Moniteur de 1789, et dit : Tous les faits sont vrais, mais interprĂ©tĂ©s par la passion enflammĂ©e de l'Ă©poque.

 

L'archiviste du Loiret, M. Doinel, fit insĂ©rer dans la RĂ©publique Française (1884, aoĂ»t 19, 21 et 26), des articles ayant pour titre : «Le Pacte de Famine» dans lesquels, en faisant ressortir les accusations portĂ©es par le Moniteur et LeprĂ©vost, il soutient chaleureusement ceux-ci, en s'appuyant sur les documents extraits des Archives dĂ©partementales d'OrlĂ©ans. Ces articles ne sont intĂ©ressants que parce qu'ils montrent comment un homme prĂ©venu interprète des documents qui, en rĂ©alitĂ© n'ont aucunement la signification qu'il leur donne.

 

Le rôle de Leprévost dans la légende fut tout à fait secondaire et que cette légende fut le résultat des multiples racontars qui couraient dans toute la France sans qu'il soit possible de les attribuer à quelqu'un.

 

Sur une suspicion innée ou excité par les remontrances du Parlement de Rouen, peut-être aussi par une foi profonde dans l'existence des monopoleurs des blés, conviction très répandue à cette époque, et non sans raison, Leprévost attribua aux documents trouvés leur signification voulue. Probablement la correspondance qu'il feuilleta lui donna de nouveaux soupçons, parce qu'il est facile d'admettre qu'il existait des abus dans la Société Malisset. Les preuves ne manquent pas (Georges Afanassiev, Le Pacte de Famine, Séances et travaux de l'Académie des Sciences Morales et Politiques, Volume 134, 1890 - books.google.fr).

 

"disette" et "défaut"

 

"Defectus" : DĂ©faut, disette, manque d'une chose (Pierre Danet, Dictionarium novum latinum et gallicum, 1680 - books.google.fr).

 

XIIIe siècle, disiete, disgete, disete. Peut-être emprunté du grec byzantin disekhtos (transcription du latin bissextus), «année bissextile, année de malheur» (www.dictionnaire-academie.fr).

 

Vous voyez par-là qu'il y a une différence marquée entre la disette réelle & la disette relative. J'appelle disette réelle le défaut de bled, & la disette relative, le haussement du prix courant. Une nation riche pourra payer cher sans s'appauvrir. Mais quand même elle payeroit au plus haut prix, elle ne diminue pas par son or la disette réelle (Jean-Baptiste-René Robinet, Dictionnaire universel des sciences morale, économique, politique et diplomatique; ou Bibliothèque de l'homme-d'Etat et du citoyen, Tome 20, 1781 - books.google.fr).

 

Acrostiche : QS TC

 

Dieu est adorĂ© & grandement louĂ© en ses saints : Ă  quoy le Psalmiste nous inuite disant : Laudate Dominum in sanctis eius. Outre ce, qui ne sçait combien meritent estre reuerĂ© les saincts Temples du Sainct Esprit, & leurs saincts os & cendres, qui resplendiront un jour au Ciel, Et tanquam scintilla in arundineto discurrent, comune des estoilles fort luisantes du Ciel dict le Prophete Daniel : Qui autem docti fuerint, fulgebunt quasi splendor firmamenti : & qui ad iustitiam erudiunt multos, quasi stellae in perpetuas aternitates, ainsi comme Soleils, dict nostre Sauveur en Sainct Mathieu, Tunc iusti fulgabunt sicut sol in Regno patris eorum. Et beaucoup plus que ce Soleil, que nous voyons maintenant : lequel aussi se surpassera lors soy-mesme, dict le Prophete Esaye parlant de ces temps la, Et erit lux luna, sicut lux solis, & lux solis erit septempliciter sicut lux septem dierum in die, qua alligauerit Dominus vulnus populi sui, & percussuram plagae eius sanauerit : Nimis (nostre bon Dieu) honorati sunt amici tui. Et de faict on ne doit pas honneur Ă  autres apres vous, qu'a eux : puis que l'honneur est le prix & la recompense seulement de la vertu, qui fut en eux tant solide, vrays, forte & constante (Giovanni Battista Possevino, Discours de la vie de Sainct Charles Borromee, cardinal, traduit par A. C., 1611 - books.google.fr).

 

Dans IsaĂŻe chapitre LVIII :

 

7. Frange esurienti panem tuum, & egenos, vagósque induc in domum tuam : cum videris nudum, operi eum, & carnem tuam ne despexeris. (Faites part de vôtre pain à celui qui a faim, & faites entrer en vôtre maison les pauvres, & ceux qui ne savent où se retirer. Lorsque vous verrez un homme nud, revêtez-le, & ne méprisez point vôtre propre chair).

 

8. Tunc erumpet quasi mane lumen tuum, & Sanitas tua citius orietur, & anteibit faciem tuam justitia tua, & gloria Domini colliget te. (Alors vêtre lumiére éclattera comme l'aurore; vous recouvrerez bien-tôt vôtre santé, vôtre justice marchera devant vous & la gloire du Seigneur vous protégera).

 

Alors vôtre lumiére éclattera comme l'aurore; ou plûtôt, comme le soleil dans son lever. Cette similitude est assez commune dans les Auteurs sacrez, pour marquer un bonheur, une prospérité brillante. La lumiére désigne la joye, & la félicité; sur tout celles qui succédent à un état de tristesse, d'humiliation, d'oppression, qui est d'ordinaire exprimé par le nom de ténèbres (Augustin Calmet, Commentaire littéral sur tous les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, 1714 - books.google.fr).

 

Chapitre 24 de Mathieu, on retrouve famine et soleil :

 

3. Il s'assit sur la montagne des oliviers. Et les disciples vinrent en particulier lui faire cette question: Dis-nous, quand cela arrivera-t-il, et quel sera le signe de ton avènement et de la fin du monde ?

 

7. Une nation s'élèvera contre une nation, et un royaume contre un royaume, et il y aura, en divers lieux, des famines et des tremblements de terre.

 

29. Aussitôt après ces jours de détresse, le soleil s'obscurcira, la lune ne donnera plus sa lumière, les étoiles tomberont du ciel, et les puissances des cieux seront ébranlées (newchristianbiblestudy.org).

 

Ces pluriels (les guerres, les famines) dans le discours de Matthieu sont remarquables ; ils prouvent qu'il ne s'agit point de quelque fait particulier, mais de toute une catĂ©gorie de calamitĂ©s du mĂŞme genre qui continueront Ă  dĂ©soler l'humanitĂ©, d'Ă©poque en Ă©poque, après le dĂ©part du Christ et jusqu'Ă  la fin des choses (FrĂ©dĂ©ric Godet, Introduction au Nouveau Testament, Introduction particulière, Tome 2, 1904 - books.google.fr).

 

La Passion selon saint Matthieu (BWV 244) (en latin Passio Domini nostri Jesu Christi secundum Evangelistam Matthæum, c'est-à-dire en français Passion de notre Seigneur Jésus-Christ selon l'Évangéliste Matthieu, connue en allemand sous le nom de Matthäus-Passion) est un oratorio de Bach exécuté probablement pour la première fois le Vendredi saint 1727. L'œuvre a été remaniée trois fois. La troisième version, définitive, a été créée en 1736. L'œuvre a été entendue pour la première fois à l'église Saint-Thomas de Leipzig où Bach exerça la charge de maître de chapelle de 1723 jusqu'à sa mort en 1750. Plusieurs autres exécutions eurent lieu au même endroit, respectivement le 11 avril 1727, le 15 avril 1729, le 30 mars 1736 et le 23 mars 1742. À chaque fois, elles y reçurent un mauvais accueil (fr.wikipedia.org - Passion selon saint Matthieu).

 

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