Occupation d’Avignon par la France

Occupation d’Avignon par la France

Tremblements de terre en Tricastin

RĂ©formes du royaume

 

III, 93

 

1773

 

Dans Avignon tout le chef de l’empire

Fera arrest pour Paris dĂ©solĂ© :

Tricast tiendra l’Annibalique ire :

Lyon par change sera mal consolé.

 

Visite d’un "chef de l'empire" à Avignon

 

Au mois de mai 1365, l'empereur Charles IV vint avec une grande pompe Ă  Avignon pour visiter le pape. Il y eut Ă  cette occasion de splendides fĂȘtes, qui furent suivies d'entretiens secrets entre le pape et l'empereur. Ces entretiens roulĂšrent surtout sur le retour du pape Ă  Rome. En effet, le pouvoir temporel du pape avait Ă©tĂ© reconquis par le cardinal Albornoz, et, d'un autre cĂŽtĂ©, il Ă©tait facile de constaler que la papautĂ© avait perdu en indĂ©pendance el en dignitĂ© par son sĂ©jour Ă  Avignon. De plus, le siĂ©ge et la mise Ă  contribution de cette ville par les ruptuarii (routiers) mettaient en question la sĂ»retĂ© personnelle du pape. Urbain V avait Ă  plusieurs reprises exprimĂ© son dĂ©sir de s'installer Ă  Rome; mais en 1366 il communiqua ce projet au monde entier, et il fixa son voyage Ă  la PĂąque de 1367 (Carl Joseph Hefele, Histoire des Conciles, Volume 9, traduit par l'abbĂ© Delarc, 1873 - books.google.fr).

 

Les routiers

 

L’évĂȘque Guillaume Sudre l’informa alors que Bertrand Du Guesclin avait pris la tĂȘte des Routiers et rassemblait une «Longue Route» en Bourgogne pour descendre la vallĂ©e du RhĂŽne. Les promesses de Charles IV et de Philippe le Hardi n’avaient pas Ă©tĂ© tenues. Le pape demanda aux Ă©diles marseillais de lui envoyer cent cinquante arbalĂ©triers. Mais le 12 novembre 1366, alors que les Grandes Compagnies campaient devant Avignon, il attendait toujours ces renforts. Les Grandes Compagnies menĂ©es par le «Dogue Noir» Ă©taient sur la rive droite du RhĂŽne oĂč elles furent rejointes par les troupes d’Henri de Transtamare. 

 

Aussi le 17 novembre, pour faire dĂ©guerpir les Grandes Compagnies, Urbain V, au nom de la ville d’Avignon, emprunta 17000 florins aux banquiers de la citĂ© des papes. Trois jours plus tard, par bulle, il charge Philippe de Cabassolle, Recteur du Comtat, de recouvrir 30000 florins auprĂšs du clergĂ© provençal. La rançon put ĂȘtre remise au Breton le 22 novembre et le souverain pontife y joignit son absolution. La citĂ© des papes Ă©tait sauve (fr.wikipedia.org - Urbain V).

 

Voyage Ă  Rome du pape : l'empereur pour, le roi contre

 

Urbain V avait, bien avant son Ă©lection, considĂ©rĂ© que le pape devait siĂ©ger Ă  Rome et non ailleurs. Au cours de ce printemps 1367, le mercenaire John Hawkwood et sa compagnie de Saint-Georges, passĂ©s du cĂŽtĂ© pontifical, dĂ©firent les troupes Ă  la solde de PĂ©rouse. Ce qui permit au cardinal Gil Albornoz d’enlever Ă  cette citĂ© les villes d’Assise, Nocera et Galdo, «terres d’Église». Un calme relatif Ă©tant apparu en Italie Ă  la suite de ses succĂšs militaires, le pape estima pouvoir s'installer Ă  Rome. Cela imposa un dĂ©placement complet de la cour avec ses services, ses archives et son approvisionnement.

 

Le roi de France Charles V, opposĂ© par principe au retour Ă  Rome, fit une derniĂšre tentative en envoyant une ambassade conduite par le comte d’Étampes. AprĂšs avoir descendu la SaĂŽne et le RhĂŽne, elle fut reçue par Urbain V le 22 avril 1367. Le pape notifia aux Français que son dĂ©part aurait lieu dans une semaine.

 

La plus consĂ©quente de ces campagnes « au-delĂ  des montagnes Â» fut conduite en 1366 Ă  l'initiative de Charles IV, sorte de prĂ©lude au retour de la papautĂ© Rome. Le pape Urbain V en avait manifestĂ© l'ardent dĂ©sir et s'Ă©tait entendu dĂšs 1365 avec l'empereur, sans doute en Ă©change de son accord Ă  voir ce dernier couronnĂ© roi de Bourgogne Ă  Arles la mĂȘme annĂ©e. C'est qu'Avignon devenait un sĂ©jour de moins en moins sĂ»r depuis que les dĂ©sordres de la guerre de Cent Ans avaient jetĂ© sur les chemins des compagnies dĂ©sƓuvrĂ©es et dĂ©sargentĂ©es de routiers et de mercenaires anglais, bretons, français. ParallĂšlement, le lĂ©gat Albornoz avait reconstituĂ© autour de Rome un glacis dĂ©fensif bien plus efficace, achevant de persuader Urbain qu'un retour dans la Ville de saint Pierre devenait non seulement possible mais souhaitable. Parti des bords du RhĂŽne le 30 avril 1367 pour atteindre Viterbe le 9 juin, le pontife y forgea une vaste coalition contre Milan, dans l'attente de la descente de l'empereur en Italie. Pour la financer, le pape avait accordĂ© Ă  Charles une annĂ©e de dĂźmes prĂ©levĂ©es sur tous les biens ecclĂ©siastiques situĂ©s en BohĂȘme et dans l'Empire. Urbain V fit son entrĂ©e solennelle dans la Ville Ă©ternelle le 16 octobre, mais Charles IV n'y Ă©tait pas. Ce n'est qu'en mai 1368 que l'empereur parvint d'abord Ă  Padoue. Urbain V, entre-temps, avait en quelque sorte brĂ»lĂ© ses vaisseaux puisque son dĂ©part d'Avignon avait laissĂ© la Provence en proie aux ravages si dĂ©vastateurs des routiers qu'un de leurs capitaines, le cĂ©lĂšbre Bertrand du Guesclin, fut excommuniĂ© en septembre 1368. Il avait aussi pu humer le climat dĂ©lĂ©tĂšre et dangereux de Rome, toujours dominĂ©e par les luttes de clans, les rivalitĂ©s entre cardinaux, l'entrisme de tout ce que la pĂ©ninsule comptait de seigneurs, de ducs, d'abbĂ©s et de rois.

 

EngluĂ© dans ce bourbier, il en Ă©tait venu Ă  envisager de retourner Ă  Avignon quand Charles IV fit enfin son entrĂ©e Ă  Rome le 20 octobre 1368. Il n'Ă©tait alors plus ce roi de trente-neuf ans que le pontife d'alors n'avait autorisĂ© Ă  sĂ©journer que vingt-quatre heures sur les bords du Tibre. Il entra en ville revĂȘtu de tous les ornements de sa dignitĂ©, fut accueilli par le pape, dont il tint le cheval par la bride, tel un «alter Constantinus» ramenant le successeur de Pierre dans son siĂšge naturel. «Quel spectacle que d'apercevoir ces deux plus hauts princes, ces deux seuls monarques de toute la terre, le maĂźtre des Ăąmes d'un cĂŽtĂ©, celui des corps de l'autre, dans un tel acte de paix et de concorde, liĂ©s par les attaches de la bonne volontĂ© et de la sĂ©rĂ©nitĂ© des coeurs !» C'est ainsi du moins que l'interprĂ©ta de maniĂšre optimiste le grand humaniste Florentin Coluccio Salutati, chancelier et donc le plus haut personnage politique de sa citĂ©, dans une lettre adressĂ©e Ă  Boccace... À quoi rĂ©pondit de maniĂšre bien plus amĂšre Ulman Stromer, Ă©chevin et patricien influent de la ville de Nuremberg : «L'empereur se tenait lĂ , devant les portes de Rome, descendu de sa monture, et il accompagna le pape en tenant son cheval par la bride Ă  travers la ville de Rome jusqu'Ă  l'Ă©glise de Pierre et Paul, quelle injure faite ainsi Ă  l'Empire» (Pierre Monnet, Charles IV: Un empereur en Europe, 2020 - books.google.fr).

 

Les routiers Ă  Lyon : les Tard Venus

 

Guy de Chauliac, le célÚbre médecin et chirurgien, était chanoine et élu prévÎt du Chapitre de Saint-Just de Lyon. Il possédait en cette qualité la baronnie de Brignais et néglige d'entretenir les fortifications du chùteau. Pas plus que ses prédécesseurs, Guy de Chauliac, surchargé de labeurs, toujours chevauchant sur la route de Lyon à Avignon, n'avait songé à remédier à cet état de choses et nous allons voir quelles en furent les conséquences.

 

La France était alors engagée dans cette guerre terrible avec l'Angleterre. Au lendemain du traité de Brétigny, à la faveur de nos désastres on vit s'organiser ces compagnies d'aventuriers qui sous les noms trop connus de Routiers et de Tard-Venus exercÚrent sur toute l'étendue du Royaume le pillage et la dévastation. En l'année 1360, plusieurs bandes réunies, formant un effectif d'environ seize mille hommes, commandées par des chefs hardis et expérimentés, se dirigÚrent sur Lyon dans le but de rançonner une cité déjà célÚbre par ses richesses. En peu de temps elles furent à nos portes, s'emparÚrent par surprise du chùteau fort de Brignais que nous avons vu si mal préparé pour la résistance, et s'y fortifiÚrent. Dans la bataille de Brignais en 1362, les Grandes Compagnies et anéantissent l'armée royale qui cherchait à le reprendre.

 

Surpris eux-mĂȘmes de leur victoire, les Tard-Venus se contentĂšrent de la rançon des prisonniers et n'osĂšrent point attaquer la ville de Lyon. AprĂšs la bataille de Brignais, les chefs de bandes qui y avaient pris part signĂšrent le 23 juillet, Ă  Clermont, une convention d'aprĂšs laquelle ils s'engageaient Ă  aller en Espagne avec Henri de Trastamare, combattre le roi Pierre de Castille, surnommĂ© le Cruel. Cette liste nous est parvenue et permet d'Ă©tablir exactement l'Ă©tat de leurs forces au mois d'avril, 1362 (Humbert MolliĂšre, Fragments d'histoire lyonnaise au XIVe siĂšcle. Guy de Chauliac et la bataille de Brignais, 1894 - books.google.fr).

 

Anse

 

Lorsque Seguin de Badefol Ă©vacua Brioude en vertu d'une convention conclue Ă  Clermont le 21 mai 1364, il ne se retira pas immĂ©diatement en Gascogne ; mais, dans les premiers jours du mois de novembre de cette annĂ©e, il s'empara d'Anse, comme nous avons dĂ©jĂ  eu lieu de le dire plus haut. AprĂšs huit mois d'occupation, dans le courant de juillet 1365, il s'engagea, envers le pape Urbain V, Ă  rendre cette forteresse aux chanoines de Saint-Jean, comtes de Lyon, qui en Ă©taient seigneurs, moyennant l'absolution et une somme de 40000 petits florins, ou 32000 francs, dont une moitiĂ© devait ĂȘtre payĂ©e Ă  Anse dans les premiers jours d'aoĂ»t, et l'autre moitiĂ© Ă  Rodez au terme de NoĂ«l suivant. Seguin s'engageait, en outre, Ă  faire sortir ses compagnons du royaume, et consentait, en garantie de l'exĂ©cution de cette clause, Ă  livrer messire Seguin son pĂšre et ses frĂšres comme otages Ă  Avignon. Le pape, de son cĂŽtĂ©, promettait de donner l'absolution aux compagnons de Seguin de Badefol, au cas oĂč ceux-ci voudraient aller au voyage d'outre-mer «avec les autres qui y doivent aler en la compaignie de l'Archiprestre.» A cette occasion, les consuls de Lyon prĂȘtĂšrent 4000 florins au chapitre de Saint-Jean, et fournirent en outre les otages, qui furent envoyĂ©s Ă  Avignon jusqu'Ă  l'entier acquittement des 20 000 florins restants. Le roi Charles V vint aussi au secours des comtes de Lyon; il leur fit don d'une somme de 12000 francs, pour le payement de laquelle on leva 3 gros par feu sur les habitants du Lyonnais et du GĂ©vaudan (Jean Froissart, Chroniques, Tome 6 : 1360-1366, 1876 - books.google.fr).

 

Ce fut Bertrand Du Guesclin qui, à l'aide d'alléchantes promesses, parvint à conduire en Espagne la plus grande partie des compagnies, en 1365.

 

Annibal

 

Les tactiques militaires antiques n’étaient pas ignorĂ© des chefs de guerre du Moyen Âge : Duguesclin imite Annibal, (E. de la Barre Duparcq, Des imitations militaires, 1866 - books.google.fr).

 

Ce combat de ChizĂ© (21 mai 1373) semble renouvelĂ© de la bataille de Cannes, Du Guesclin a devinĂ© d'instinct la manƓuvre Ă©crasante d'Annibal, s'il ne l'a pas entendu raconter. A Cocherel il a remportĂ© la victoire en attaquant l'ennemi en queue. La charge en flanc des cavaliers de St-Valery ou Tagliacozzo, les attaques en flanc des Highlanders de Bruce Ă  Malton, de la grosse bataille Ă  pied des routiers Ă  Brignais, les charges de cavalerie des Anglais sur le flanc gauche français Ă  Poitiers, le bon emploi de la rĂ©serve de Caverly Ă  Auray, tout cela dĂ©montre qu'Ă  cette Ă©poque l'art de la guerre Ă©tait moins ignorĂ© qu'on ne le croit gĂ©nĂ©ralement (J. de la Chauvelays, La tactique des guerres du Moyen-Ăąge, Le Spectateur militaire: Recueil de science, d'art et d'histoire militaires, 1893 - books.google.fr).

 

Les remarques judicieuses de Denis Sauvage, Ă©diteur de Froissart en 1559-60, ne paraissent pas avoir Ă©tĂ© du goĂ»t du PĂšre MĂ©nestrier. «C'est ainsi, dit-il, que Polybe pour Ă©crire l'histoire d'Hannibal suivit exactement tous les lieux par oĂč il avait passĂ© pour en faire la description; mais Denis Sauvage n'a pas eu en toutes choses la mĂȘme exactitude et on a eu raison de dire qu'il a plus gĂątĂ© l'histoire de Froissart qu'il ne l'a illustrĂ©e par les changements qu'il y a faits.» AprĂšs quoi il ajoute ce second paragraphe qui mĂ©rite d'ĂȘtre citĂ© d'un bout Ă  l'autre : «Les Routiers se saisirent de la petite ville de Brignais Ă  deux lieues de Lyon oĂč ils firent leur retraite et leur place d'armes parce qu'elle est en lieux dont les avenues sont difficiles entre des vallons. Ce fut l'occasion de la ruine de nos aqueducs et du pont de Francheville que les Romains avaient construits, tant pour continuer les voies militaires qu'ils avaient faites pour la facilitĂ© du passage de leurs armĂ©es que pour servir Ă  la conduite de leurs aqueducs. Ceux de Lyon, pour leur ĂŽter la commoditĂ© de passer pour venir Ă  eux, rompirent le pont de Francheville comme on le voit Ă  prĂ©sent et eux, pour se fortifier, ruinĂšrent les aqueducs de Brignais et en firent plus de deux mille charretĂ©es de pierres pour en accabler les soldats de l'armĂ©e de Jacques de Bourbon, car ces Tard-Venus assez mal armĂ©s s'Ă©taient portĂ©s sur une hauteur d'oĂč ils pouvaient facilement Ă  coups de pierres se dĂ©fendre.» De cette derniĂšre citation il rĂ©sulte clairement pour nous que le savant JĂ©suite n'avait probablement jamais visitĂ© les lieux (Humbert MolliĂšre, Fragments d'histoire lyonnaise au XIVe siĂšcle. Guy de Chauliac et la bataille de Brignais, 1894 - books.google.fr).

 

"change"

 

Avec toutes les rançons payées aux Routiers, il est question d'argent.

 

La grande Ă©poque de la lutte contre la contrebande des espĂšces et la circulation de mauvaise monnaie fut le rĂšgne de Charles V et le dĂ©but de celui de Charles VI, jusqu'en 1385, de nombreux marchands et changeurs furent trouvĂ©s coupables de ces pratiques : Ă  Lyon en 1355 (lettre de rĂ©mission pour François et Jean Chamoissin, changeurs Ă  Lyon, pour leur trafic de fausse monnaie, contre composition de 100 deniers d'or (31 octobre 1355) ; parmi les changeurs qui livrĂšrent de l'argent Ă  Jean Lambert en  fĂ©vrier 1355 figuraient Ă©galement des marchands lyonnais qui firent ces apports «à titre de composition»), Ă  Chalon en 1357, Ă  MĂącon en 1361. En mai 1365, Bertrand Gasch fut chargĂ© de la rĂ©pression des fraudes et sa lettre de commission nous en donne une description explicite (Annales, NumĂ©ros 1 Ă  3, 1974 - books.google.fr).

 

Le lendemain de la resitution du chùteau d'Anse, Seguin de Badefol toucha la somme convenue sur laquelle il fit imputer 850 florins qu'il restait devoir à Jean Chamossin, changeur de Lyon, qui lui avait vendu au prix de 1000 florins, deux magnifiques rubis. [...] Jean Chamossin était un des consuls de la ville de Lyon alors en fonction avec Aynard de Villeneuve, Gilet de Cuysel, Jean Lyatard, Guillaume de Varey, Pierre de Saint-Trivier et Michel Chenevier (Georges Guigue, Les Tard-venus en Lyonnais, Forez & Beaujolais (1356-1369): récits de la guerre de Cent ans, 1886 - books.google.fr).

 

En 1365, le roi donna ordre de monnayer Ă  Lyon : cet ordre ne reçut pas d'exĂ©cution (Adolphe Vuitry, Etudes sur le rĂ©gime financier de la France avant la RĂ©volution de 1789: nouvelle sĂ©rie 1285 - 1380, Tome 2, 1883 - books.google.fr).

 

En 1373, Déclaration de Charles V portant réduction des changeurs de la Ville de Lyon du nombre de six qui seront examinés par les généraux Maitres des Monnoyes et exerceront leurs fonctions sans donner caution (Donnée à Paris le 5 juillet 1376) (Georges Boudon, La bourse et ses hÎtes, 1896 - books.google.fr).

 

Le 12 juillet 1373, l'archevĂȘque de Lyon est invitĂ© trĂšs expressĂ©ment Ă  suspendre la fabrication de ses gros qui copient ceux du roi de France. MĂȘmes remontrances Ă  l'abbĂ© de Saint-Claude (14 janvier 1374) et au prince d'Orange (27 fĂ©vrier 1374) (Etienne Fournial, Histoire monĂ©taire de l'Occident mĂ©diĂ©val, 1970 - books.google.fr).

 

Tremblement de terre

 

CĂŠlus a Ă©crit que pendant la seconde guerre punique, il y eut des tremblements de terre si violents dans toute l'Italie, que beaucoup de villes s'Ă©croulĂšrent, que le sol s’affaissa (desidere) en plusieurs endroits, que les fleuves remontĂšrent vers leurs sources (tournez : coulĂšrent, fluere, en sens contraire), et que la mer se jeta (influere) dans les fleuves (F. de Parnajon, Exercises sur le cours complet de grammaire latine, 1879 - books.google.fr).

 

Pline raconte que les tremblements de terre furent trÚs fréquents durant la seconde guerre punique. Il y en eut alors 57 à Rome, dont l'un trÚs violent pendant la célÚbre bataille du lac TrasimÚne, mais que, dans l'ardeur de la lutte, ne sentirent ni les Romains ni les Carthaginois (Stanislas Meunier, La terre qui tremble: 72 figures et photographies, 1909 - books.google.fr).

 

Dans les civilisations voisines de l'Egypte, les tremblements de terre font Ă©galement partie de l'arsenal des manifestations divines. En MĂ©sopotamie, ils sont interprĂ©tĂ©s comme un oracle, selon le mois oĂč ils se produisent. Dans le monde grĂ©co-romain, ils marquent la colĂšre divine et parfois sont un signe d'Ă©piphanie. Chez les HĂ©breux, les tremblements de terre sont quelquefois un moyen de chĂątiment ou l'expression de la colĂšre divine (Claude Traunecker, Coptos, hommes et dieux sur le parvis de Geb, 1992 - books.google.fr).

 

Silius Italicus, auteur romain de l'Ă©poque flavienne, Ă©crit au sujet d'une bataille opposant les Carthaginois d'Annibal aux Romains :

 

La Discorde entra avec furie dans les cieux, & rĂ©unit tous les Dieux au combat. Mars, Apollon, le Roi des mers, VĂ©nus toute furieuse, Vesta, Hercule courroucĂ© de la ruine de Sagonte, la vĂ©nĂ©rable CybĂšle, les Dieux IndigĂštes, Faune, Romulus, pĂšre de la nation, Pollux qui venoit de revivre en place de son frĂšre, se rangent du parti des Romains. Junon, Pallas, Hammon la tĂȘte ornĂ©e de cornes, une foule d'autres DivinitĂ©s infĂ©rieures s'opposent Ă  eux du cĂŽtĂ© des Carthaginois. La terre tremble sous les pas de ces Dieux qui viennent tous ensemble. DĂ©jĂ  les uns se rangent sĂ©parĂ©ment dans les montagnes voisines, les autres se tiennent dans une nuĂ©e Ă©levĂ©e, & le ciel se trouve vide par l'absence de ces DivinitĂ©s descendues au combat (Seconde guerre Punique,: poĂ«me de Silius Italicus, Tome II, traduit par Jean-Baptiste Lefebvre de Villebrune, 1781 - books.google.fr).

 

Of three Latin authors Lyons furnished the first French editions, namely Caesar (1508), Pliny the elder (1510), and Silius Italicus (1513 chez Barthélemy Trot) (Arthur Tilley, Dow of the French Renaissance, 1918 - books.google.fr).

 

Au Moyen Âge, le mot grec de colĂšre divine et l'expression «terrae motus» (tremblement de terre) Ă©taient synonymes (Engelhard Weigl, "ComplĂštement saisi d'effroi" (Kant), Lisbonne 1755: un tremblement de terre et de ciel, 2006 - books.google.fr).

 

Typologie

 

Le report de 1773 sur la date pivot 1365 donne 957.

 

L'histoire du Sud-Est de la France, du XIe au XIVe siĂšcle, et celle des rapports entre la France et l'Empire durant la mĂȘme pĂ©riode, sont en partie l'histoire des consĂ©quences de la crĂ©ation du «royaume d'Arles», et il a fallu trois siĂšcles d'efforts aux rois CapĂ©tiens pour rentrer en possession de la longue bande de territoires que la volontĂ© de Rodolfe III avait fait passer entre les mains des souverains germaniques, aux Etats desquels rien ne semblait la rattacher. Mais ce royaume d'Arles lui-mĂȘme «ne constitue pas une unitĂ©, et les nombreuses populations qui y Ă©taient dissĂ©minĂ©es n'Ă©taient unies par aucun lien d'origine, par aucune tradition invĂ©tĂ©rĂ©e, par aucun intĂ©rĂȘt Ă©conomique. C'est que le royaume de Bourgogne, tel qu'il se prĂ©sentait au dĂ©but du XIe siĂšcle, rĂ©sultait non du lent travail de la nature et de l'histoire, mais d'une combinaison artificielle de la politique» (Paul Fournier, Le royaume d'Arles et de Vienne). Ses origines, en effet, sont doubles, et remontent Ă  la fin du IXe siĂšcle, au royaume de Provence, fondĂ© ou plutĂŽt reconstituĂ© par Boson en 879, au royaume de Bourgogne, crĂ©Ă© en 888 par Rodolfe II. J'ai tentĂ© il y a quelques annĂ©es de faire dans ses grandes lignes l'histoire du premier de ceux-ci. Le prĂ©sent volume est consacrĂ© Ă  celle du second, et Ă  celle du royaume qui se forma, vers 933, de l'union sous un mĂȘme sceptre de ces deux Etats originairement distincts, jusqu'au jour oĂč les territoires qui s'Ă©tendent de la SaĂŽne et de l'Aar Ă  la MĂ©diterranĂ©e et du RhĂŽne aux Alpes se trouvĂšrent soumis Ă  l'autoritĂ© impĂ©riale, aprĂšs la mort de Rodolfe III. J'ai cru devoir pousser mon Ă©tude jusqu'Ă  l'annĂ©e 1038, puisque, dans les annĂ©es qui prĂ©cĂšdent, la souverainetĂ© du royaume de Bourgogne reste indĂ©cise entre le prĂ©tendant champenois, le comte Eudes II, et le prĂ©tendant allemand, l'empereur Conrad II. C'est seulement l'asseniblĂ©e de Soleure qui marque le triomphe dĂ©finitif de ce dernier, et l'annexion, pour une pĂ©riode de plusieurs siĂšcles, d'un quart de l'ancienne Gaule Ă  l'Empire germanique (RenĂ© Poupardin (1874-1927), Le Royaume de Bourgogne (888-1038), Ă©tude sur les origines du royaume d'Arles, 1907 - documents.cbma-project.eu).

 

Conrad III de Bourgogne ou de Provence ou Conrad Ier d'Arles, dit Conrad le Pacifique (nĂ© aux environs de 925 et mort le 19 octobre 993) fut roi d'Arles ou des Deux Bourgognes de 937 Ă  sa mort. D'ascendance welf (guelfe), il Ă©tait le fils de Rodolphe II de Bourgogne. Son fils, Rodolphe III de Bourgogne, lui succĂ©da. Conrad devient roi de Provence sans pour autant avoir la force de s'y imposer. Sa suprĂ©matie sur Hugues d'Arles est toutefois reconnue. Conrad assure son influence sur les siĂšges Ă©piscopaux, notamment ceux des archevĂȘchĂ©s de Vienne, Lyon et d'Arles. Conrad installe sa capitale Ă  Vienne, il est le roi d'un seul royaume de Bourgogne (Bourgogne transjurane, cisjurane et Provence). Vers la fin de son rĂšgne, il butera sur l'hostilitĂ© de Guillaume Ier de Provence devenu marquis de Provence en 979, qui a chassĂ© les Sarrasins de Fraxinet, et du comte Otte-Guillaume de Bourgogne lesquels se dĂ©tacheront progressivement de sa suzerainetĂ© (fr.wikipedia.org - Conrad III de Bourgogne).

 

Un diplÎme de Conrad le Pacifique du 1er janvier 957 confirme les possessions et l'immunité de Saint-Pierre de Vienne [...] Le comté de Saint-Paul-Trois-Chùteaux, est appelé par une charte arlésienne de 957 (ALUANÈS, Gall. Christ, noviss., Arles, col.103, n° 252) «comitatus Tramsinensis», ce qui en langue vulgaire eût donné «le Tramsi» (LONGNON, dans l'Atlas histor. de SCHRADER, pl. 21). On trouve également la forme «in comitatu Trainense» (Gall. Christ, noviss., ibid., col.135, n° 302). (René Poupardin (1874-1927), Le Royaume de Bourgogne (888-1038), étude sur les origines du royaume d'Arles, 1907 - documents.cbma-project.eu).

 

"Empire"
 français

 

«La prĂ©sence Ă  nos portes d'un prĂ©tendant Ă  la domination du monde troublait la quiĂ©tude des rois» a-t-on pu Ă©crire. Pour repousser ce spectre et proclamer la toute-puissance royale, des formules, des maximes favorables au dĂ©veloppement de la monarchie absolue, furent crĂ©Ă©es : «Le roi ne tient de nelui fors de Dieu et de lui» ; «Tout ce qui plait au prince a force de loi» ; «Que veut le roi ce veult la loi» et surtout «Le Roi est empereur en son royaume». Ces formules ne calment pas tous les esprits et, dans la «candidature» Ă  l'Empire, plusieurs rois de France furent citĂ©s : Philippe le Hardi, Philippe le Bel, Charles le Bel, François Ier, Henri II, Louis XIV, Louis XV. [...]

 

Dans le «Nouveau Mercure» du mois d'aoĂ»t 1720, on lit un article intitulĂ© : «Que la dignitĂ© impĂ©riale a Ă©tĂ© attachĂ©e Ă  la Couronne de France depuis Clovis. Que les Rois de la premiĂšre, seconde et troisiĂšme Race ont pris le titre d'Empereur. Et qu'il leur a Ă©tĂ© donnĂ© par leurs sujets et par les Etrangers » par Monsieur des Camps abbĂ© de Signy. L'auteur s'efforce de dĂ©montrer qu'historiquement la dignitĂ© royale n'est pas dissociĂ©e de la dignitĂ© impĂ©riale de Clovis Ă  Philippe le Bel et conclut (p .67): «Enfin l'on a donnĂ© dans le dernier siĂšcle Ă  nos Rois le titre d'Empereur. On l'a gravĂ© sur des Monumens qui doivent durer autant que le Monde ; & il n y a personne qui ne sçache qu'avant la Paix de Carlowitz, nos Rois sont les seuls Princes de l'Europe  qui ayent Ă©tĂ© reconnus et traitez d'Empereurs, comme ils le sont encore maintenant Ă  la Porte du Grand Seigueur, par les Rois de la Chine, de Siam, de Perse et d'autres grands Rois qui sont les maĂźtres de l'Asie et de l'Afrique.» Est-ce un voe ? Un voeu persistant tout au moins. TrĂ©voux, dans son Dictionnaire de 1771, fait une mise au point : «Le Roi de France est appelĂ© prĂ©sentement, surtout dans les pays Ă©trangers, Empereur de France ou des Français, parce qu'il est souverain indĂ©pendant et est le  Prince de tout l'Occident qui a le plus d'autoritĂ©, le plus d'empire». [...]

 

Quelle Ă©tait alors Ă  l'Ă©poque (1790) la portĂ©e de l'idĂ©e d'Empire en France ? Tout d'abord, ce terme est connu. L'idĂ©e d'empire existe. Dans quel sens ? Il s'agit de s'attacher Ă  l'aspect constitutionnel ou tout au moins gĂ©ographique. Un relevĂ© de ces diffĂ©rents termes serait fastidieux et ne donnerait pas une idĂ©e plus prĂ©cise de notre problĂšme. Mais, notons-le, contrairement Ă  la remarque du pamphlet, le terme «royaume» est toujours utilisĂ©. Nous rencontrons le mot empire dans un sens large «un grand empire», c'est-Ă -dire un grand pays. Necker parle aux Etats-GĂ©nĂ©raux des «finances du plus grand Empire», du «sceau perpĂ©tuel des Empires» ; de «crĂ©dit nĂ©cessaire Ă  un grand Empire...», de la «prospĂ©ritĂ© des Empires», des «habitants d'un Empire», etc. Le sens du terme est vague. Il se prĂ©cise quant Necker juxtapose Royaume et Empire : «on vient de toutes les parties du royaume s'occuper des finances du plus grand Empire de l'Europe». Le plus grand Empire de l'Europe, c'est la France (Pierre Leuregans, Louis XVI ”Empereur des Français”, Revue historique de droit français et Ă©tranger, 1966 - books.google.fr).

 

Les JĂ©suites

 

Les ennemis de l’Ordre des JĂ©suites obtiennent sa suppression au Portugal dĂšs 1759, et en France, le Parlement l’ordonne en 1762 Ă  l’occasion de la banqueroute d’une maison de commerce tenue par le jĂ©suite La Valette. Louis XV rendit un Ă©dit conforme Ă  l’arrĂȘt du Parlement mais fit pression sur la papautĂ©, pour qu’elle dissolve l’Ordre, en occupant Avignon et le Comtat en 1768 [1]. Le pape ClĂ©ment XIV abolit la SociĂ©tĂ© de JĂ©sus par le bref « Dominus ac Redemptor Â» en 1773 (« pour Paris dĂ©solĂ© Â» : pour que Paris soit dĂ©sertĂ© – par les JĂ©suites –, « dĂ©solĂ© Â» du latin « dĂ©solatus Â», dĂ©sertĂ©, abandonnĂ© [2]).

 

Tremblement de terre en Tricastin

 

Je n'ai pas jusqu'à présent trouvé trace écrite, avant le XVIe siÚcle, de tremblements de terre localisés dans le Tricastin. Il paraßt hors de doute que les phénomÚnes signalés aux Ve ou VIe, IXe et XIIIe siÚcles, dans le Dauphiné, le Vivarais et le Velay, furent ressentis, par extension, dans toute la vallée du RhÎne, de Vienne à Montélimar et au delà. Les secousses importantes, enregistrées, ont eu lieu en : 1548-49, 1581, 1583-1584, 1604, 1646, 1755, 1774, 1790, 1809, 1812, 1835, 1873, 1897, 1907, 1910, 1914, 1923, 1927, 1930, 1934, à 1936.

 

Ces secousses ont entraĂźnĂ© dĂ©gĂąts et destructions. Citons les principaux :

 

- Murs lézardés, éboulements de rocher à Montélimar, Chùteauneuf-du-RhÎne, au chùteau d'Allan, en 1548

- Maisons Ă©branlĂ©es (le temps calme et serein fut troublĂ© par cette secousse immĂ©diatement suivie d'un vent du Nord puis d'une tempĂȘte qui dura quatre heures Ă  Aulan) en 1755

- Eboulement des remparts de Clansayes en 1772 

- Clocher abattu, village rendu inhabitable, altération des sources voisines, exhalations sulfureuses, à Clansayes, en 1773

- Eboulements de terrain, dans tout le Tricastin, en 1774

- Innombrables maisons et monuments lézardés à Chùteauneuf-du-RhÎne en 1873

- Effondrement de quarante maisons Ă  FĂ©lines en 1907

- Effondrement d'un quart du bourg des Granges-Gontardes de 1934 Ă  1936.

 

Bien des hypothĂšses ont Ă©tĂ© Ă©mises sur les causes de ces tremblements de terre, depuis le XVIIIe siĂšcle (oĂč l'on attribuait alors les secousses de Clansayes Ă  des «éboulements intestins» de la montagne), jusqu'Ă  la thĂšse du Commandant Coste (bras du RhĂŽne intermittent souterrain, suivant du reste une faille ou une ligne de dislocation). Il a fallu attendre ces toutes derniĂšres annĂ©es et les sondages pĂ©troliers profonds, dans la plaine de Pierrelatte, pour envisager les explosions souterraines de gaz (Claude Boisse, Le Tricastin des origines Ă  la chute de l'Empire romain, 1968 - books.google.fr).

 

A partir de juin 1772, la rĂ©gion du Tricastin (« Tricast Â»), subit une sĂ©rie de tremblements de terre qui Ă©branlent particuliĂšrement le village de Clansayes. « Sur place, le gĂ©ologue Faujas de Saint-Fonds ne manque pas d’évoquer dans son journal la trentaine de commotions accompagnĂ©es de trĂ©pidations qui s’enchaĂźnent jusqu’en dĂ©cembre 1773, avec des paroxysmes le 23 janvier et le 7 fĂ©vrier [3] ». L’« Annibalique ire Â» est Ă  rapportĂ© aux « dieux d’Anibal infernaux Â» - quatrain II, 30 - qui montrent toute leur « puissance Â» Ă  cette occasion.

 

"change" et Consolation Ă  Lyon

 

L’annĂ©e suivante, la mort de Louis XV met fin Ă  la rĂ©volution royale qui avait dĂ©membrĂ© le ressort du Parlement de Paris en plusieurs conseils dont un Ă  Lyon [4] (« Lyon par change
 Â»).

 

L'Année Deux Mille Quatre Cens Quarante, ou Tout à sa place. Consolation aux Quarante, par M. de Semivol; brochure in-8° de 16 pages.

 

Cette Consolation aux Quarante ne regarde pas Messieurs de l'AcadĂ©mie Françoise ; ce titre est relatif aux quarante Agens de Change de Lyon qu'on parloit de supprimer : c'est du moins ce qu'on m'Ă©crit de cette ville. Quoi qu'il en soit, cette Brochure eft une espĂšce de rĂȘve critique & philosophique en vers Le PoĂ«te dĂ©clame d'abord contre les vices du genre humain. Jupiter lui apparoĂźt & lui promet de changer l'Univers suivant qu'il le desire. Aussi-tĂŽt s'Ă©lĂšve un nouveau monde Ă  ses yeux; il voit des Rois qui pleurent les jours qu'ils ont nĂ©gligĂ©s ou perdus; des Sages qui font mis Ă  leur place sur le trĂŽne; des Rimailleurs dont on a fait des Forgerons ; des Orateurs mĂ©tamorphosĂ©s en Charlatans, occupĂ©s Ă  des tours de gibeciĂšre; des Moines en Laboureurs, des Lords en NĂ©gocians : mais je n'ai jamais pu deviner pourquoi les Romanciers deviennent des Herboristes. En gĂ©nĂ©ral, Monsieur, ce petit ouvrage est, comme tant d'autres, facile & mĂ©diocre (L'AnnĂ©e littĂ©raire (Paris. 1754): ou Suite des lettres sur quelques Ă©crits de ce temps, Volume 52, 1772 - books.google.fr).

 

Le célÚbre critique du XVIIIe siÚcle, Elie Catherine Fréron (1719 - 1776) fonda l'Année littéraire en 1754 (Mémoires, Volumes 15 à 16, Société d'archéologie de Beaune (CÎte d'Or), 1891 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - L'Année littéraire).

 

FĂ©vrier 1771. - Édit du roi portant suppression des quarante agents de change et courtiers de Lyon et crĂ©ation de quarante nouvelles charges, sous la finance de 30.000 livres, et 162 livres 10 sols de gages.

 

En mĂȘme temps Sa MajestĂ© traitait avec le sieur Pierre Baroilhet pour la propriĂ©tĂ© de ces quarante offices. Lorsque, le 27 septembre suivant, le Conseil d'État prit et expĂ©dia Ă  Lyon son arrĂȘt, qui rendait exĂ©cutoire l'Ă©dit de fĂ©vrier, le Consulat cette fois se rĂ©volta ouvertement...! Il se rĂ©unit le 23 octobre et prit une dĂ©libĂ©ration par laquelle il autorisait les agents de change et courtiers, supprimĂ©s par l'Ă©dit, Ă  continuer leurs fonctions. La lutte, ainsi engagĂ©e, devait se prolonger. Le 6 novembre, le Conseil d'État rendait un arrĂȘt qui cassait et annulait la dĂ©libĂ©ration du Consulat. [
]

 

Un arrĂȘt du Conseil d'État, du 6 fĂ©vrier mĂȘme annĂ©e, frappait d'une amende de 1500 livres par tĂȘte vingt agents de change, au profit du traitant de Sa MajestĂ©, le sieur Baroilhet. Évidemment, ces vingt agents, soutenus d'ailleurs par le Consulat, avaient la prĂ©tention lĂ©gitime de continuer leur profession, au sujet de laquelle ils n'avaient pas dĂ©mĂ©ritĂ©, et qu'une surĂ©lĂ©vation dĂ©raisonnable de la valeur de leurs offices avait le malheur de mettre sur le pavĂ©. [
]

 

La crise, arrivée à cet état d'acuité, ne pouvait durer. Les protestations du Consulat, et l'intervention de tout ce qu'il y avait d'influent à Lyon provoquÚrent une détente. [
]

 

D'abord, une dĂ©claration du roi, du 29 mars 1772, vint ramener Ă  20.000 livres la finance de tous les offices, et autoriser la ville Ă  prĂȘter 130.000 livres Ă  trente-deux agents-courtiers, pour les verser dans les coffres du roi, sans intĂ©rĂȘts. [
]

 

Enfin, pour sceller l'arrangement et faire la paix, un arrĂȘt du Conseil d'État, du 13 aoĂ»t suivant, dĂ©charge les agents de change des condamnations prononcĂ©es contre eux, le 6 fĂ©vrier dernier, et ordonne que les sommes par eux payĂ©es en exĂ©cution dudit arrĂȘt soient remises au trĂ©sorier des revenus casuels, en dĂ©duction de la nouvelle finance portĂ©e en la dĂ©claration du 29 mars. [
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Il n'y a pas que son privilĂšge de nommer aux offices du change qui Ă©tait attaquĂ© : le premier et le plus important des privilĂšges qu'il avait conquis sur la royautĂ©, celui du Tribunal de la Conservation subissait aussi les assauts du pouvoir central; et il est mĂȘme Ă  remarquer que ces tentatives de centralisation de la part de la royautĂ© se manifestaient en mĂȘme temps contre l'une et contre l'autre institution, dans ces vingt derniĂšres annĂ©es. [
]

 

La premiĂšre tentative remonte Ă  1756 et prend naissance dans les conflits de juridiction que soulevait le prĂ©sidial, conflits rĂ©pĂ©tĂ©s et arrivĂ©s Ă  cette date Ă  l'Ă©tat aigu, Ă  telles enseignes que le prĂ©sidial demandait, aux pouvoirs publics, de substituer «à l'application universelle et indistincte des privilĂšges de la Conservation» l'uniformitĂ© entre toutes les juridictions commerciales du royaume. [
]

 

La tentative du présidial échoua; le gouvernement était absorbé ailleurs par une détestable politique extérieure. Vingt ans aprÚs (1774-1775), l'opération était reprise sous la forme de l'établissement, à Lyon, d'un conseil supérieur devant centraliser toutes les juridictions. La défense fut aussi énergique que la premiÚre fois (A. Genevet, Compagnie des agents de change de Lyon: histoire depuis les origines jusqu'à l'établissement du parquet en 1845, 1890 - books.google.fr).

 

Acrostiche : DFTL

 

DF : Defuntus ; TL : Testamento legavit (Abréviations tirées du «Dictionnaire des Abréviations latines et italiennes» de A.Capelli - www.arretetonchar.fr).

 

Alexis Piron, né à Dijon le 9 juillet 1689 et mort à Paris le 21 janvier 1773, est un poÚte, chansonnier, goguettier et dramaturge français (fr.wikipedia.org - Alexis Piron).

 

Dans son Testament littéraire (Lettre à l'Académie française), on peut lire :

 

...comme j'étais à table, on frappa à ma porte; mon domestique ouvrit et trouva un homme qui rangeait des bouteilles sur mon carré. Il m'appelle. Je cours. Je vois. J'interroge. Une voix crie du premier : Ce sont quarante bouteilles du meilleur vin d'Espagne qu'il y ait en France. [...] ...ce nombre de quarante n'est pas ordinaire ni sans mystÚre. J'achevais mon vin de Bourgogne dans cette consultation mentale, quand, enfin, je me crus éclairé d'un coup de lumiÚre. Ah! j'y suis ! C'est elle ! c'est l'Académie ! C'est une galanterie visible des Quarante. [...]

 

Et en conséquence, permettez-moi, messieurs, que je boive une rasade de cette bouteille décoiffée à votre santé, au hasard de la mienne. La voilà versée. Patience; avant de la boire, je fais mon testament, et j'ai l'honneur de vous l'adresser. Le voici :

 

Je laisse mes couvres en proie Ă  tous nos pauvres journalistes, depuis l'encyclopĂ©diste Pierre Rousseau, jusqu'au petit ex-jĂ©suite Catherine FrĂ©ron, sauf l'hypothĂšque des plagiaires, collecteurs, compilateurs, critiques et satiriques. Le grand Corneille ne leur a pas Ă©chappĂ©, il y aurait de l'indĂ©cence et du ridicule Ă  moi de ne pas me laisser fouiller et saisir par ces baragers. Je lĂšgue aux jeunes insensĂ©s qui auraient la dĂ©mangeaison de se signaler en Ă©crits licencieux, je leur laisse, dis-je, mon exemple, ma punition et mon repentir sincĂšre et public. Je laisse enfin mon coeur Ă  l'immortelle AcadĂ©mie française, et la supplie de vouloir bien recevoir en grĂ© ce petit diamant assez prĂ©cieux par sa raretĂ©, n'y ayant chez le Mogol mĂȘme aucun joyau qui vaille un cĂŠur vraiment reconnaissant. VoilĂ , Dieu merci, mes grandes affaires faites. Buvons Ă  cette heure Ă  tout Ă©vĂ©nement. En cas de malheur, j'aurai du moins eu le plaisir de finir aussi dĂ©licieusement que ce drĂŽle de milord qui, ayant le choix du genre de sa mort, aima mieux se noyer dans une tonne de Malvoisie que de se faire couper les veines comme fit SĂ©nĂšque. J'aurai de plus eu le bonheur de finir en vous assurant qu'on ne saurait Ă©tre, avec un plus profond respect que je le suis, Messieurs, Votre trĂšs humble serviteur et admirateur, PIRON. (Alexis Piron, Oeuvres posthumes de Piron: prose et vers, 1888 - books.google.fr).

 

AprĂšs le traitĂ© avec les Grandes Compagnies, le retour prĂ©visible Ă  Rome n’enthousiasmait que modĂ©rĂ©ment la Cour pontificale qui avait vite oubliĂ© Bertrand du Guesclin et ses Grandes Compagnies. À tel point qu’Urbain V dĂ©cida de frapper un grand coup en menaçant d’excommunication Jean de BussiĂšres, abbĂ© de CĂźteaux, s’il continuait Ă  approvisionner la Cour pontificale d’Avignon en Clos Vougeot. Le bruit courait, en effet, que les cardinaux se refusaient d’aller Ă  Rome oĂč ils ne retrouveraient pas un tel cru (fr.wikipedia.org - Urbain V).

 

Mademoiselle Quinault, retirĂ©e du thĂ©Ăątre, donnait et prĂ©sidait, vers 1742, un souper par semaine, sur les modiques pensions qui lui Ă©taient accordĂ©es par le Roi et par la ComĂ©die-Française. Ce fut lĂ  l'origine de cette aimable acadĂ©mie de gauloiserie, de cette SociĂ©tĂ© du bouc du banc, comme on la nommait, oĂč chacun payait comptant son tribut Ă  la folie, aux mƓurs lĂ©gĂšres, Ă  l'esprit et souvent aux Muses; oĂč l'on donnait carriĂšre Ă  sa verve, en lançant des mots osĂ©s, excessifs et applaudis; oĂč tout Ă©tait badinage, mĂȘme dans les innocentes querelles qui se vidaient inter pocula. Les plus charmants Ă©crivains de l'Ă©poque se donnaient rendez-vous chez la divine Quinault, cette Reine des GrĂąces; on y rencontrait tour Ă  tour Duclos, le Grand-Prieur de VendĂŽme, l'AbbĂ© de Voisenon, Fagan, Moncrif, CrĂ©billon fils, Salley, La ChaussĂ©e, D'ArmĂ©nonville, Marivaux, de Maurepas, Pont de Veyle, et mĂȘme Voltaire, qui ne fit qu'y paraĂźtre et s'Ă©clipsa devant Piron et Sainte-Foix qui ne lui Ă©taient point sympathiques. Le MĂ©cĂšne de ce petit cercle, nous dirions presque le fondateur, Ă©tait le Comte de Caylus, philosophe original, artiste sincĂšre, qui joignait Ă  son petit mĂ©rite littĂ©raire une science profonde, un goĂ»t d'amateur Ă©clairĂ©, un caractĂšre simple et noble, et surtout une libĂ©ralitĂ© de grand seigneur pour les talents indigents qu'il se plaisait Ă  encourager par ses bienfaits dĂ©licatement dĂ©guisĂ©s (FacĂ©ties du comte de Caylus, 1879 - books.google.fr).

 



[1] Pierre Gaxotte, « Le siĂšcle de Louis XV Â», Le livre de poche - Fayard, 1963, p. 482

[2] FĂ©lix Gaffiot, « Dictionnaire abrĂ©gĂ© Latin-Français Â», Hachette, 1978

[3] « Les tremblements de terre en France Â», sous la direction de JĂ©rĂŽme Lambert, Editions du BRGM, 1997, p. 16

[4] Pierre Gaxotte, « Le siĂšcle de Louis XV Â», Le livre de poche, p. 482

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