Occupation d’Avignon par la France

Occupation d’Avignon par la France

Tremblements de terre en Tricastin

Réformes du royaume

 

III, 93

 

1773

 

Dans Avignon tout le chef de l’empire

Fera arrest pour Paris désolé :

Tricast tiendra l’Annibalique ire :

Lyon par change sera mal consolé.

 

Les ennemis de l’Ordre des Jésuites obtiennent sa suppression au Portugal dès 1759, et en France, le Parlement l’ordonne en 1762 à l’occasion de la banqueroute d’une maison de commerce tenue par le jésuite La Valette. Louis XV rendit un édit conforme à l’arrêt du Parlement mais fit pression sur la papauté, pour qu’elle dissolve l’Ordre, en occupant Avignon et le Comtat en 1768 [1]. Le pape Clément XIV abolit la Société de Jésus par le bref « Dominus ac Redemptor » en 1773 (« pour Paris désolé » : pour que Paris soit déserté – par les Jésuites –, « désolé » du latin « désolatus », déserté, abandonné [2]).

 

A partir de juin 1772, la région du Tricastin (« Tricast »), subit une série de tremblements de terre qui ébranlent particulièrement le village de Clansayes. « Sur place, le géologue Faujas de Saint-Fonds ne manque pas d’évoquer dans son journal la trentaine de commotions accompagnées de trépidations qui s’enchaînent jusqu’en décembre 1773, avec des paroxysmes le 23 janvier et le 7 février [3] ». L’« Annibalique ire » est à rapporté aux « dieux d’Anibal infernaux » - quatrain II, 30 - qui montrent toute leur « puissance » à cette occasion.

 

Silius Italicus, auteur romain de l'époque flavienne, écrit au sujet d'une bataille opposant les Carthaginois d'Annibal aux Romains :

 

La Discorde entra avec furie dans les cieux, & réunit tous les Dieux au combat. Mars, Apollon, le Roi des mers, Vénus toute furieuse, Vesta, Hercule courroucé de la ruine de Sagonte, la vénérable Cybèle, les Dieux Indigètes, Faune, Romulus, père de la nation, Pollux qui venoit de revivre en place de son frère, se rangent du parti des Romains. Junon, Pallas, Hammon la tête ornée de cornes, une foule d'autres Divinités inférieures s'opposent à eux du côté des Carthaginois. La terre tremble sous les pas de ces Dieux qui viennent tous ensemble. Déjà les uns se rangent séparément dans les montagnes voisines, les autres se tiennent dans une nuée élevée, & le ciel se trouve vide par l'absence de ces Divinités descendues au combat (Seconde guerre Punique,: poëme de Silius Italicus, Tome II, traduit par Jean-Baptiste Lefebvre de Villebrune, 1781 - books.google.fr).

 

Of three Latin authors Lyons furnished the first French editions, namely Caesar (1508), Pliny the elder (1510), and Silius Italicus (1513 chez Barthélemy Trot) (Arthur Tilley, Dow of the French Renaissance, 1918 - books.google.fr).

 

Au Moyen Âge, le mot grec de colère divine et l'expression « terrae motus » (tremblement de terre) étaient synonymes (Engelhard Weigl, "Complètement saisi d'effroi" (Kant), Lisbonne 1755: un tremblement de terre et de ciel, 2006 - books.google.fr).

 

L’année suivante, la mort de Louis XV met fin à la révolution royale qui avait démembré le ressort du Parlement de Paris en plusieurs conseils dont un à Lyon [4] (« Lyon par change… »).

 



[1] Pierre Gaxotte, « Le siècle de Louis XV », Le livre de poche - Fayard, 1963, p. 482

[2] Félix Gaffiot, « Dictionnaire abrégé Latin-Français », Hachette, 1978

[3] « Les tremblements de terre en France », sous la direction de Jérôme Lambert, Editions du BRGM, 1997, p. 16

[4] Pierre Gaxotte, « Le siècle de Louis XV », Le livre de poche, p. 482

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