Savoie-Nation

Savoie-Nation

 

III, 92

 

1772-1773

 

Le monde proche du dernier periode,

Saturne encor tard sera de retour :

Translat empire devers nation Brodde :

L'œil arraché à Narbon par Autour.

 

"païs brodo" désigne le pays des Allobroges, déjà chez César de Nostredame (Histoire de Provence), fils de Nostradamus (Jean-Charles de Fontbrune, Nostradamus, historien et prophète, Laffont, 1980, p. 422).

 

"brodo" est un sobriquet qui désigne aussi les Dauphinois (Mistral, Lou Tresor dou Felibrige). La région occupée par les Allobroges allait de Vienne à Genève (Anne-Marguerite Fryba-Reber, Jean-Pierre Chambon, Lettres et fragments inédits de JUles Ronjat adressés à Charles Bally (1912-1918), Cahiers Ferdinand de Saussure, Volumes 12 à 14, 1954 - books.google.fr).

 

La Savoie, ancienne province romaine habitée par les Allobroges, Centrons, Véragres, etc., fit partie de l'empire de Charlemagne et de l'empire germanique. Elle devint duché en 1416 et joua un rôle important dans les guerres entre la France et la Maison d'Autriche (Zoltan-Étienne Harsany, La vie a Aix-les-Bains sous la Révolution, le Consulat et l'Empire (1792-1825), 1981 - books.google.fr).

 

Autour : la pêche à l’épervier

 

RAUSA. quadam navem oneratam de rebus et mercaturis... duabus tartar, alias rausa. (Narbonne 1386. AMles AA. 111.) Nous tentons un rapprochement avec le nom du filet dit épervier, en languedocien : razal (1549 S. Gilles), fondé sur l'étymologie radiale (Michel, p. 191.) (Le Languedoc, le Roussillon et la mer, 1992 - books.google.fr).

 

Dans les lacs salés de Narbonne, on fait une pêche particulière avec des éperviers qui n'ont point d'embourfement, & qui ne font pas fort chargés de plomb : durant l'été, quand les poissons remontent de la mer dans les étangs, quantité de gens portent ces petits éperviers sur l'épaule gauche & le bras droit, ils entrent dans l'eau jusqu'au genou, & quand ils apperçoivent un poisson ils le poursuivent à la course, & jettent leur filet dessus ; ce qu'ils exécutent fort adroitement (Encyclopédie méthodique, Dictionnaire de la pêche , 1782 - books.google.fr).

 

Les oeillets sont des bassins d'évaporation de marais salants.

 

La pêche à l'arraché est une technique de pêche.

 

Hercule savoyard

 

Dans la Lettre à Henry, le Gallique Ogmium serait un comte de Savoie, vicaire impérial de la "grande cappe" de saint Martin, conservée à Aix la Chapelle.

 

Les traditions héracléennes dans le territoire marseillais, paraissent-elles être liées à la lutte contre les Ligures, qui s'étendaient encore, au VIe siècle avant notre ère, des Alpes jusqu'à la région de l'Aude, où habitait le peuple des Helisyques. La Geste d'Héraclès a un caractère «anti-ligure », qui est lié à la lutte de Marseille contre les tribus indépendantes du littoral, et ses sanctuaires apparaissent comme autant de citadelles qui jalonnent le territoire maritime soumis à la domination phocéenne. C'est un état tout différent de la Gaule que nous révèle, à l'époque hellénistique, l'adaptation de la légende aux traditions celtiques. Transformation qui est provoquée par le peuplement des Celtes, dont la dernière invasion sur les deux rives du Rhône ne saurait être antérieure au IVe siècle et correspond à une expansion territoriale de Marseille, alliée de Rome. A côté des Ligures paraissent ces peuples «barbares » que signale sans les citer Denys d'Halicarnasse (I, 41), — les Celtes, qui vont rattacher la légende de leurs origines à la fable héracléenne. La vieille hostilité des Ligures, contre lesquels par deux fois Marseille avait réclamé le concours de Rome, — en 154 contre les Oxybes et les Déciates, en 123 contre les Salyens d'Entremont — , avait reculé devant la pacification de la route stratégique que garderont désormais les deux colonies d'Aix et de Narbonne fondées en 122 et en 118 avant J.-C., quelques années avant Toulouse, dont l'occupation marque la soumission complète de la voie d'Espagne (Fernand Benoit, La légende d'Héraclès et la colonisation grecque dans le delta du Rhône. In: Bulletin de l'Association Guillaume Budé, n°8, décembre 1949).

 

Héraklès s'efforce de lutter contre ces usages barbares basés sur la loi du plus fort. Il pacifie les rapports entre les vachers et il leur procure du sel. [...] Don divin pour Homère, le sel est utilisé pour la conservation de la viande et du poisson. L'une des premières fonctions des comptoirs côtiers (emporia) est de permettre l'arrivée du sel en provenance des salines et sa distribution à la population de l'arrière-pays. La documentation italique connaît un Herculeus Salarius à Alba Fucens. En montagne, les mines de sel gemme semblent entrer dans cette thématique (Anne Weigel, Hercule ou l'héroïsme dans les Alpes, Dans les traces d'Hercule: les voies transalpines du Mont-Cenis et du Petit-Saint-Bernard, 2003).

 

Se basant sur la mention de cult(tores) Hercul(is) Sala(...?...) sur une inscription du territoire d'Alba Fucens, M. Torelli et F. Coarelli supposent que la statue d'Hercule d'Alba Fucens représenterait plus précisément Hercules Sala(rius), Hercule comme dispensateur du sel, matière première indispensable dans les pratiques de l'élevage (Colette Jourdain-Annequin, Jean-Claude Duclos, Aux origines de la transhumance: les Alpes et la vie pastorale d'hier à aujourd'hui, 2006) (La Vraie Langue Celtique de l’abbé Henri Boudet : Etudes particulières de psaumes : Psaume 59 : Orphée, Porc-Fée - www.nonagones.info).

 

Près de Narbonne se trouve la localité de Leucate, avec l'étang salé du même nom, où une entrevue eut lieu entre les envoyés de Charles Quint et de François Ier en 1538. La Savoie, champ de bataille des deux rois, était particulièrement concernée. Le duc de Savoie Charles III fut déçu de ses conclusions car il attendait la restitution de ses possessions, ce qui n'arriva que pour son fils Emmanuel Philibert en 1559 au traité de Cateau-Cambresis. Il faut se reporter au quatrain IX, 34, Narbon et Saluces étant deux localités entre lesquelles se trouve Leucate selon l'Histoire universelle, Saluces pour Salses.

 

Translatio imperii

 

L'idée d’empire universel, qui avait comme fondement une logique religieuse, s’appuyait historiquement et juridiquement sur la translatio imperii et territorialement sur le principe du bellum justum et sur les droits médiévaux du Saint-Empire romain germanique. [...]

 

La question impériale s’inscrivait dans l’héritage de la romanité. La théorie du transfert des pouvoirs des empereurs romains aux empereurs allemands était constituée par un ensemble de concepts juridiques, théologiques, historiques et philosophiques et elle était le fondement de la légitimité du Saint-Empire romain germanique. Les juristes et théologiens favorables à l’empereur défendaient la thèse de la séparation et de l’équivalence des deux pouvoirs en rappelant que l’Empire avait précédé historiquement la naissance de l’Église. [...]

 

Le concept de monarchie universelle assimilé à celui de monarchie impériale donnait un appui considérable au projet du chancelier impérial Mercurino Gattinara, qui voulait une partie de l’Europe politiquement et socialement stable sous l’influence des Habsbourg. Un projet que Charles Quint, à partir de 1530, poursuivra de toutes ses forces, mais il est évident que cette perspective était totalement inconciliable avec la poussée anti-impériale des princes allemands proches de la Réforme et avec une conception moderne de l’État-nation. [...]

 

Au XVIe siècle, le champ sémantique du terme « monarchie » est en pleine transformation. En 1528, une polémique à propos de la signification du mot est déclenchée contre Érasme par les franciscains en Espagne. À l’origine de cette polémique, un pamphlet écrit par Luis de Carvajal intitulé Apologia diluens nugas Erasmi. Dans un passage de ce libelle, Carvajal attaque Érasme parce que dans l’un de ses colloques intitulé l’Accouchée, un personnage nommé Eutrapèle défend sur le ton de la plaisanterie le projet de Charles Quint qui « s’efforce d’établir une nouvelle monarchie sur le monde entier ». Carvajal voyait dans ce qualificatif de nouvelle un outrage à la majesté de l’empereur puisque, selon lui, la monarchie de Charles Quint n’était pas nouvelle mais fondée sur le droit naturel et sur le droit divin, et il prétendait qu’il était normal, comme il y avait un seul soleil, qu’il y eût un seul monarque pour toute la terre, auquel devaient se soumettre tous les rois de la terre, y compris le roi de France. En invoquant la préférence d’Aristote pour la monarchie ainsi que les mots du Christ reconnaissant le pouvoir de César, Carvajal pense que Charles Quint doit être considéré comme le chef temporel d’une république, universelle et chrétienne, instituée directement par Dieu. En faisant une distinction nette entre « monarchie impériale » et « monarchie universelle », Érasme écrit à la cour pour répondre à cette accusation : Toute leur chicane porte sur les mots « sans précédent » ; comme s’il y avait jamais eu un monarque universel en dehors de Dieu, alors que de nos jours l’univers n’est pas encore considéré comme complètement exploré et que sa partie explorée n’a jamais obéi à un seul maître. Je ne dispute pas ici de la monarchie impériale. Selon l’humaniste, le mot monarchie pouvait très bien s’appliquer au pouvoir de chaque prince puisque l’approbation du règne d’Auguste par le Christ n’est autre chose que le respect d’un sujet pour son prince : « Si le Christ avait enseigné en Savoie et si dans une pareille occasion on lui avait montré une monnaie ducale, il aurait dit : “Rendez au duc ce qui est au duc, etc.” » Pour Érasme, le seul monarque du monde était le Christ, la monarchie universelle n’avait jamais existé et le royaume d’Auguste ne pouvait pas être conforme aux desseins de la Providence puisque la méthode avec laquelle il s’était emparé du pouvoir était digne d’un tyran (Juan Carlos d’Amico, Gattinara et la « monarchie impériale » de Charles Quint. Entre millénarisme, translatio imperii et droits du Saint-Empire, Astérion n° 10, 2012 - journals.openedition.org).

 

Pour le Christ roi, on peut voir le Henry de la Lettre à Henry comme un jeu de mot avec INRI (cf. Introduction).

 

Typologie

 

Le septième millénaire débutait selon Jean Roussat en 1801, et en 1793 selon Trithème (cf. l'année 1792 de la Lettre à Henry) (Yves Lenoble, Nostradamus et l’éclipse du 11 aout 1999, 1999 - ramkat.free.fr).

 

Pendant les guerres de la Révolution et napoléoniennes, la Maison de Savoie perdra encore, comme en 1536 (cf. quatrain IX, 34), ses territoires continentaux, et se réfugiera en Sardaigne.

 

La Légion des Allobroges, forte d'environ 2 500 hommes a été créée par François Amédée Doppet le 13 août 1792 à Grenoble. Elle est composée d'infanterie, de dragons légers et d'une compagnie d'artillerie. Aux termes de la loi, les Allobroges, c'est-à-dire les Savoisiens, devaient seuls y être admis, mais ce ne fut pas le cas, la majeure partie des hommes étant Dauphinois. Elle fait partie de l'armée du Midi, sous les ordres du général Anne-Pierre de Montesquiou-Fézensac, et des troupes qui occupent la Savoie en septembre 1792 afin de pousser les habitants à demander leur annexion à la France (fr.wikipedia.org - Légion des Allobroges).

 

Les efforts renouvelés par Victor-Amédée III, souverain depuis 1773 après la mort de son père, pour rendre au vicariat impérial en Italie toute sa force et pour exploiter les terreurs inspirées à l'Autriche et à l'Europe par la Révolution française. Le groupement des Etals italiens autour de la maison de Savoie aurait été une sorte de sainte ligue contre les doctrines subversives de la Révolution, et une vice-royauté germanique contre la France républicaine. Dès 1773, l'envoyé piémontais à la Diète de Ratisbonne avait reçu des instructions caractéristiques. En 1779, reparaît l'idée déjà ancienne d'ériger les Etats du roi de Sardaigne en électorat de l'Empire. Mais, à partir de 1789, le vicariat prend une forme plus précise, plus pratique, plus moderne (Revue des sociétés savantes des départements, 1878 - books.google.fr).

 

La Savoie restant sous la tutelle (morale et théorique) du Saint-Empire ne pouvait prétendre à un titre royal sans l'accord du pape ou de l'empereur, ce qui gênait les ambitions dynastiques savoyardes sur ses proches voisins. Finalement en 1713, à l'issue de la Guerre de succession d'Espagne, le duc Victor-Amédée II de Savoie et de Piémont se voit attribuer le royaume de Sicile par le traité d'Utrecht, mais en 1720, à la paix de La Haye, il échange ce royaume (qui trouvait les Savoyards « pingres ») contre le royaume de Sardaigne. La Savoie est alors considérée, comme le Piémont, comme apanage du « royaume sarde » jusqu'en 1860. À la même époque, les Sardes, alliés des Français, repoussent les Autrichiens avec l'aide du républicain Garibaldi et réalise l'unité italienne autour de la monarchie sarde, dont le souverain, Victor-Emmanuel II, prend le titre de roi d'Italie (fr.wikipedia.org - Savoie).

 

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