Géant

Géant

 

III, 65

 

1752-1753

 

Quand le sepulcre du grand Romain trouvé,

Le jour apres sera esleu pontife :

Du senat gueres il ne sera prouvé :

Empoisonné son sang au sacré scyphe.

 

Le pape Victor II

 

Après la mort du Pape St. Léon IX. arrivée le 19 d'Avril 1054, les Romains envoyèrent à l'Empereur Henry Hildebrand Soûdiacre de l'Eglise Romaine, avec pouvoir de faire élire en Allemagne au nom du Clergé & du peuple Romain, un Pape; n'y aïant alors personne dans le Clergé de Rome, que l'on jugeât digne de cet honneur. Cette élection se fit à Mayence, où les Evêques assemblez élurent à la recommandation d'Hildebrand, Gebehard Evêque d'Eichstett, proche parent de l'Empereur, suivant en cela l'intention des Romains. L'Empereur en proposoit d'autres, qu'il jugeoit plus propres à cette dignité, & souhaitoit qu'on lui lassât Gebehard qu'il aimoit tendrement, & qui lui étoit nécessaire dans le gouvernement de l'Empire. Gebehard lui-même ne vouloit point être Pape. Mais Hildebrand ne voulut point changer, & le nouveau Pape fut amené à Rome malgré l'Empereur & malgré soi (Augustin Calmet, Histoire universelle, sacrée et profane depuis le commencement du monde jusqu'à nos jours, Tome VIII, 1747 - books.google.fr).

 

Ce n'est qu'en septembre 1054, à Mayence, que l'empereur Henri III, recevant les représentants du clergé et de la ville de Rome, se met d'accord avec eux, pour offrir la tiare à l'évêque Gebhard d'Eichstedt, celui-là même qui avait combattu victorieusement, dans l'entourage d'Henri III, la politique belliqueuse de Léon IX. Sa désignation comme pape est de septembre 1054; c'est seulement en mars suivant qu'à Ratisbonne il donne son consentement (Jules Gay, Les papes du XIe siècle et la chrétienté, 1926 - books.google.fr, Dictionnaire de théologie catholique - Tables générales, Tome 15, 1950 - books.google.fr).

 

C'est à l'âge de 37 ans, le Jeudi saint 13 avril 1055, qu'il fut élu pape, prenant le nom de Victor II. Dès le début de son pontificat, Victor II se montra un partisan dévoué de la politique impériale. Il se trouvait à Rome depuis la fin de 1055, quand, dès l'automne 1056, il retourna en Allemagne pour demander la protection de l'Empereur contre les Normands, qu'il présenta comme de «nouveaux Sarrasins». Il parvint à réconcilier Henri III avec Godefroy II, duc de Lorraine. Après avoir présidé aux obsèques impériales le 28 octobre, Victor II fut, le 5 novembre suivant, le principal artisan de l'élection du jeune fils d'Henri III comme empereur, sous le nom d'Henri IV, et mit en place la régence d'Agnès d'Aquitaine, veuve de l'empereur. L'importance du rôle qu'il continua à tenir dans d'autres affaires politiques de la région, a pu faire dire de Victor II qu'il fut davantage chancelier du Saint Empire romain germanique que chef de l'Église catholique romaine. Il mourut de la malaria à Arezzo le 28 juillet 1057, après un pontificat de 2 ans, 3 mois et 10 jours. Il a été enterré dans S. Maria Rotonda de Ravenne.

Il fut le dernier pape allemand pendant 950 ans, jusqu'à l'élection de Benoît XVI en 2005 (fr.wikipedia.org - Victor II).

 

"Empoisonné"

 

On raconte qu'un soudiacre mécontent voulut l'empoisonner, mit du poison dans le vin du calice, & que le Pape n'aïant pu l'avaler après la consécration, se prosterna avec le peuple, pour demander à Dieu de lui en découvrir la cause. Aussitôt l'empoisonneur fut saisi du Démon, & confessa son crime. Le Pape fit renfermer le calice dans un Autel, avec le sang de notre Seigneur, pour le garder à perpétuité avec les reliques. Puis il se prosterna de nouveau en prières avec le peuple, jusqu'à ce que le Soûdiacre fut délivré (Augustin Calmet, Histoire universelle, sacrée et profane depuis le commencement du monde jusqu'à nos jours, Tome VIII, 1747 - books.google.fr).

 

Le grand Pallas

 

Voici quelques nouvelles preuves de l'existence des géans, que l'on peut ajouter à celles que nous avons rapportées dans notre dissertation sur cette matière, & dans ce Dictionnaire. Voici le texte d'Albéric Moine des trois Fontaines, qui rapporte après Elinand la découverte qu'on fit du corps de Pallas fils d'Evandre, tué par Turnus. Cette découverte se fit, dit-on, en 1041 mais Alberic ne la rapporte qu'en 1054. Elinandus ex dictis Guillelmi. Eo tempore corpus Pallantis filii Evandri Romae integrum repertum est, cum hoc epitaphio : Filius Evandri Pallas quem lancea Turni / Militis occidit, more suo jacet hic (Dom Augustin Calmet, Dictionnaire historique etc. de la Bible, Tome II, 1730 - books.google.fr).

 

On a constaté aussi la présence d'os de géant dans l'île de Rhodes. De même en Italie, en 1041, sous l'empereur Henri II, fils de Conrad, note le chroniqueur Jacques de Bergame, on trouva près de Rome le corps d'un homme, qui ayant été apporté dans la ville et dressé contre les murs, allait jusqu'à la hauteur des créneaux. On prétendit que c'était le corps de Pallas, fils d'Évandre, tué par Turnus. Sa plaie avait plus de quatre pieds de large Dans la tête, écrit Albéric de Trois-Fontaines, on trouva une lampe allumée. Comme ni l'aspersion de liquide ni la violence du souffle ne parvenaient à l'éteindre, quelqu'un à l'esprit plus ingénieux creusa un trou sous la flamme à l'aide d'un pieu, et aussitôt, sous l'effet de l'air, le feu s'évanouit  (Tradition wallonne: revue annuelle de la Commission royale belge de folklore, Volume 20, 2003 - books.google.fr).

 

Selon Albéric, c'est peu après la mort du pape Léon IX et son inhumation, que le tombeau de Pallas aurait été trouvé, l'intronisation de Victor II étant mentionnée par Albéric en 1055 juste après. L'élection de Victor II à Mayence en 1054 se situe alors entre les deux (Albericus (de Tribus Fontibus), Chronicon, 1698 - books.google.fr).

 

Guillaume de Malmesbury date cette découverte de 1046 (Edward Gibbon, Histoire de la décadence et de la chûte de l'empire romain, Tome 18, traduit par Le Clerc de Sept-Chênes, 1795 - books.google.fr).

 

Riccobaldi de Ferrare, historien du XIIIe siècle, adopte la même datation, après l'élection de Clément II (A. Teresa Hankey, Ricobaldi Ferrariensis Compilatio chronologica, 2000 - books.google.fr).

 

Ptolémée de Lucques la situe en 1067, Baronius dans ses Annales Ecclesiastici en 1056 (Jacques Gaultier, Table chronographique de l'estat du christianisme, depuis la naissance de Jesus-Christ, iusques à l'année M. DC. XXXI, 1633 - books.google.fr).

 

Ptolémée de Lucques (v. 1236-1327), connu aussi sous le nom de Tolomeo da Lucca ou Bartholomée de Lucques, grandit dans une famille de classe moyenne. Ainsi surnommé du nom de sa patrie, il étoit de la famille des Fiadoni, que l'on comptoit déja entre les nobles de Lucques dès l'an 1200. Il entra dans l'ordre dominicain.

 

Galeotus Martius remarque que Virgile raconte que le corps de Pallas fut brûlé.

 

Le nom d'une personne dont le nom sensiblement homonyme au vocable du Palatium romain passait pour s'être trouvé en rapport avec ce site du Mont Palatin en influant, par son existence, sur sa fondation. C'est ainsi qu'on invoquait Palanto femme de Latinus (Varron), ou bien Palanto, fille de Hyperboreus, séduite par Hercule (Solin) et mère de Latinus (Festus) ou bien Pallantia, fille d'Evandre, séduite par Hercule (Servius) ou bien Pallas, fils de Pallantia (Servius), ou bien Pallas, fils d'Evandre (Servius), ou enfin Pallas aïeul d'Evandre (Servius). 

D'après Virgile, Pallas aurait été inhumé (Festus) sur l'emplacement qu'Evandre aurait appelé le Palanteum (Solin, Isidore) (Bulletin de la Société d'études des Hautes-Alpes, 1931 - books.google.fr).

 

Ils le rattachaient le plus souvent à la légende d'une occupation arcadienne, sur une des collines de la future Rome, en se référant à la ville de Pallantion ou à l'Arcadien Pallas. Cette légende est intégrée par Virgile à la tradition des origines troyennes (E. Frézouls, Les Julio-Claudiens et le Palatium, Le Système palatial en Orient, en Grèce et à Rome: actes du Colloque de Strasbourg 19-22 Juin 1985, 1987 - books.google.fr).

 

C'est en cela que Pallas serait Romain, par anticipation.

 

1046

 

Si on s'en tient à la date de Malmesbury, une autre circonstance est possible avec le pape Clément II élu en 1046 et qui aurait été empoisonné par l'ancien pape Benoit IX, selon la chronique dite de Loup le Protospataire (Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastiques, publié sous la direction de Alfred Baudrillart, Albert Vogt, et Urbain Rouziès, avec le concours d'un grand nombre de collaborateurs, Tome 12, 1953 - books.google.fr).

 

Mais il serait mort le 9 octobre 1047 par la respiration de la fumée toxique de cierges (Le procès du "bloc des droitiers et des trotskistes" antisovietique: compte-rendu sténographique des débats du 2 au 13 mars 1938 publiés par le Commissariat du Peuple de la Justice de l'U.R.S.S., 1983 - books.google.fr).

 

Ou par un poison préparé par les soins de Benoit IX (Louis Duchesne, Le Liber pontificalis, Tome 2, Bibliothèque des Écoles françaises d'Athènes et de Rome, 1886 - books.google.fr).

 

Suidger de Morsleben et Hornburg, né vers l'an 1005 à Hornburg au duché de Saxe, fut pape sous le nom de Clément II durant 9 mois et demi, entre le 24 décembre 1046 et sa mort le 9 octobre 1047 à l'abbaye de San Tommaso près de Montelabbate. Il est le premier des cinq papes réformateurs du système d'Église d'Empire investi par les souverains de la dynastie franconienne de 1046 à 1058 (fr.wikipedia.org - Clément II).

 

Mais on perd le "sacré scyphe".

 

872

 

Jean VIII, né à Rome vers 820, pape du 14 décembre 872 au 16 décembre 882. Il est surtout connu pour ses interventions en direction de l'Église de Constantinople pour mettre fin au schisme de Photius.

 

Le pape Jean VIII meurt en 882 dans des circonstances malheureuses. Les Annales de Fulda disent qu’il est empoisonné puis, comme il ne mourait pas assez vite, frappé à coups de marteau. Il serait donc le premier pape assassiné fr.wikipedia.org - Jean VIII (pape)).

 

Le roman d’Enéas et la Lettre du prêtre Jean

 

M. Joly, dont il faut lire les longs et curieux développements sur cette question, a judicieusement rapproché la lampe inextinguible du tombeau de Pallas, dans l’Eneas, d’un passage du chroniqueur anglais Guillaume de Malmesbury (vers 1090/1095 - vers 1143), qui, évidemment, n’a pas inventé lui-même ce détail. Le Roman d'Eneas, dont l’auteur est inconnu qui écrit entre 1170 et 1175, se compose, dans l’édition de M. J. Salverda de Grave, de 10156 vers octosyllabiques à rime plate (Louis Petit de Julleville, Histoire de la langue et de la littérature française, Tome I, 1896 - fr.wikisource.org).

 

Cf. la Didon de l'interprétation troisième vers ("De mort merite ne mourra, ne par sort" inspiré de Enéide IV, 696) du quatrain suivant III, 66 - Cruzy le Châtel - 1753.

 

L'auteur de l'Enéas insiste ainsi sur les méthodes et l'art de l'embaumement qui permettront de conserver le corps de Pallas puis de Camille (Emmanuèle Baumgartner, Tombeaux pour guerriers et amazones sur un motif descriptif de l'Eneas et du Roman de Troie, Michigan Romance Studies, Volumes 7 à 9, 1987 - books.google.fr).

 

Dans le roman d'Eneas, le tombeau de Pallas est fait de pierres précieuses et de marbre multicolore (Valérie Gontero, Parures d’or et de gemmes: L’orfèvrerie dans les romans antiques du XIIe siècle, 2002 - books.google.fr).

 

On trouvera entre l'Enéas et la plus ancienne version latine de la Lettre du Prêtre Jean, des rapports qui ne peuvent tous être dus au hasard, et voici des rapprochements qu'il est légitime de faire :

 

1° Le roman parle d'une lampe éternelle garnie de baume (v. 9512). La Lettre (éd. Zarncke, dans les Abhandl. der königlich sächsischen Gesellschaft der Wissenschaf ten , phil.-hist. Classe , t. VII) dit, § 63 : «Balsamum semper in eadem camera ardet. »

 

2° Le roman dit que l'on fabrique la pourpre avec le sang de certains petits poissons (v. 471 ss.). La Lettre, de son côté, porte, § 54 : «Apud nos capiuntur pisces, quorum sanguine tinguitur purpura.»

 

3° Le roman décrit la couverture du tombeau de Pallas de la manière suivante :

 

6429 La coverture de desus

Fu tote faite d'ebenus ;

Une aguille ot amont levee

Tote de cuivre sororee ;

Tresgeté i ot treis pomels.

 

Et la Lettre parlant du palais du prêtre Jean :

 

§ 57 : «Coopertura ejusdem palacii est de ebeno, ne aliquo casu possit comburi. In extremitatibus vero super culmen palatii sunt duo poma aurea...».

 

Enfin, on a vu précédemment de quelle façon singulière était bâti le tombeau de Camille. Or la Lettre décrit un monument du même genre placé devant le palais du Prêtre :

 

§ 67 : «Ante fores palatii nostri justa locum, ubi pugnantes in duello agonizant, est speculum praecelsae magnitudinis, ad quod per cxxv gradus ascenditur. Gradus vero sunt de porfiritico, partim de serpentino et alabastro a tercia parte inferius. Hinc usque ad terciam partem superiussunt de cristallo lapide et sardonico. Superior vero tercia pars de ametisto, ambra, iaspide et panthera. Speculum vero una sola columpna innititur. Super ipsam vero basis jacens, super quas item alia basis et super ipsam quatuor columpnae, super quas item alia basis et super ipsam vin columpnae, super quas item alia basis et super ipsam columpnae xvi, super quas item alia basis, super quam columpnae xxxn, super quas item alia basis et super ipsam columpnae lxiv, super quas item alia basis, super quam item columpnae lxiv, super quas item alia basis et super ipsam columpnae xxxn. Et sic descendendo dimi-nuuntur columpnae, sicut ascendendo creverunt, usque ad unam. Columpnae autem et basis ejusdem generis lapidum sunt, cujus et gradus, per quos ascen-ditur ad eas. In summitate vero supremae columpnae est speculum, tali arte consecratum, quodomnes machinationes et omnia, quae pro nobis et contra nos in adjacentibus et subjectis nobis provinciis fiunt, a contuentibus liqui-dissime videri possunt et cognosci

 

De ces rapprochements, tous n'ont pas, à la vérité, la même importance :

 

1° La lampe garnie de baume et qui brûle toujours se retrouve ailleurs que dans ces textes, et déjà, par exemple, dans la relation de l'Archiprêtre des Indes (éd. Zarncke, § 33).

 

2° Si les deux textes appellent les coquillages à pourpre des poissons, Isidore et Bède en font autant.

 

3° Quant au toit d'ébène et aux boules d'or, il faudrait savoir si les deux textes n'ont pas puisé directement, et chacun de son côté, dans la réalité ou dans des traditions courantes.

 

Il reste toutefois (et ceci est indiscutable) que la combinaison de la construction à évasement progressif et de la colonne surmontée d'un miroir cons¬ titue un tien très étroit entre les deux écrits : elle prouve ou que l'auteur de la Lettre a utilisé l'Enéas, ou que celui de l'Enéas a utilisé la Lettre, ou que l'un et l'autre ont utilisé une même source. Il n'y a pas d'autre explication possible. Mais laquelle est la bonne ? J'avoue que je ne suis pas, pour l'instant, en mesure d'y répondre d'une façon satisfaisante (Edmond Faral, Ovide et quelques autres sources du Roman d'Énéas. In: Romania, tome 40 n°158, 1911 - www.persee.fr).

 

Persécutés en Chine durant l'anarchie militaire, les Nestoriens s'étaient réfugiés chez les Keraïtes qui avaient constitué un empire, dont le roi fut au XIe (1007) siècle baptisé par le Métropolite de Merv : la légende du prêtre Jean avait déjà ses racines (Emmanuel Berl, Histoire de l'Europe, Tome 1, 1945 - books.google.fr).

 

Celle de Kerit étoit toute de Chrétiens Nestoriens, & leur Roi étoit Prêtre & marié. On le nommoit en la Langue de la Religion du pays, qui étoit Chaldaïque, Malek Iouhanna, le Roi Jean. C'est celui que les Portugais ont nommé Prêtre Joan, le Prêtre Jean ; nom qu'ils communiquerent depuis au Roi d'Ethiopie qui étoit aussi Chrétien (Barthélemy d'Herbelot, Bibliothèque orientale, ou, Dictionnaire universel: Ghebr-Luthfallah, Tome 3, 1783 - books.google.fr).

 

Sénat, avec l’hypothèse Victor II

 

Il était difficile que les Romains aimassent le gouvernement d'un étranger, de mœurs trop sévères pour souffrir tranquillement leur turbulence et leurs vices. Aussi tentèrent-ils bientôt de s'en défaire, et un sous-diacre se chargea d'empoisonner le vin du calice : un miracle, selon les auteurs, sauva la vie de Victor (Louis Joseph Antoine de Potter, Histoire philosophique, politique et critique du Christianisme et des églises Chrétiennes, despuis Jésus jusqu'au dix-neuvième siècle, Tome 6, 1836 - books.google.fr).

 

Dans ce siècle (1060-1160), on ne connaît ni les espèces papales, ni impériales. Le pouvoir du peuple et de son sénat y est devenu tout-puissant, et l'empreinte de la monnaie dut alors même accepter la formule S. P. Q. R. du sénat et du peuple romain. Depuis 1119, le sénateur-chef, élu ou nommé par le pape, fut mis à la tête des affaires : mais la domination du peuple et les formes populaires furent conservées (Joachim Lelewel, Numismatique du moyen-âge, Tome 3, 1835 - books.google.fr).

 

"sacré scyphe"

 

Le vase ou la coupe dans laquelle Hercule buvait le vin s'appelait Scyphus Herculeus, et selon Macrobe, il était particulier à Alcide, comme le cantharus à Bacchus. Scyphus Herculis poculum. est, itet ut Liberi patris cantharus. Saturn., liv. V , ch. XXI, page 564. L'étymologie du mot Scyphus, qui est grec, est tirée par Forcellini de "kuphos", quod vas quoddam concavum signifient. Campeggîo dans son traité', de Re Cibaria, liv. III, ch. XI, donne encore d'autres étymologies, quelqu'un ayant encore l'opinion que ces vases furent ainsi nommés à cause des Scythes, dont l'intempérance pour le vin était telle qu'on disait Scythiare pour s'énivrer. Ce vase était remarquable par sa grandeur ce que nous apprend Stace :

 

gemini cratera ferehant

Herculeum juvenes, illum Tyrinthius olim

Ferre manu sola, spumantemque ore supino.

Vertere seu monstri victor, seu Marte solebat. (Theb. VI, v. 531)

 

Servius confirme la chose en disant: Legitur in libris antiquis, Herculem ad Italiam ingens ligneum poculum intulisse, quo utébatur in sacris : quod ne carie consumeretur, pice oblitum servabatur, cujus magnitudinem, religionemque simul significat ausujet du vers de Virgile  Implevit dexteram sacer scyphus. Ad Aeneid., liv. VIII, v. 278 (Philippe Visconti, Monuments du musée chiaramonti, 1822 - books.google.fr).

 

Servius apporte sur la coupe d'Hercule des détails que le texte de Virgile ne semblait pas appeler nécessairement.

 

On n'oubliera pas que scyphus a pu s'employer chez des auteurs chrétiens pour désigner des vases liturgiques. Ira-t-on jusqu'à observer que, malgré le détail trivial de la poix, ce calice extraordinaire, indestructible, apporté de bien loin par un demi-dieu dans un pays qui lui voue désormais un culte, consacré à des rites particuliers destinés à durer bien après celui au souvenir duquel il est associé, pourrait avoir quelque imaginaire point commun avec un vase chrétien connu ? (Gisèle Besson, Tractus fortasse non otiosus : méthode et enjeux, Lire les mythes: Formes, usages et visées des pratiques mythographiques de l'Antiquité à la Renaissance, 2016 - books.google.fr).

 

L'apôtre Jean supposé auteur de l'Apocalypse est représenté avec un calice d'où sort un serpent symbole de la tentative d'empoisonnement par des hérétiques.

 

A la fin du moyen âge le serpent qui sort du calice est remplacé par un élégant petit dragon ailé qui est posé sur le calice et qui symbolise la force du poison s'évanouissant à la prière de saint Jean (Emile Mâle, Les saints compagnons du Christ (1958), 1988 - books.google.fr).

 

"Le jour après"

 

Ce lendemain de la découverte du tombeau n’est pas expliqué précisément. En rapport avec ce qui précède, considérons les évangiles.

 

Une première référence au temps est indiquée par l’adverbe epaurion, qui est traduit par le lendemain ou le jour suivant. Nous trouvons 4 mentions de cet adverbe, dont les trois premiers se trouvent dans les journées inaugurales : le lendemain quand Jean Baptiste voit Jésus venir vers lui (Jn  1,29) ; le lendemain quand Jean était encore là avec ses deux disciples (Jn 1,35) ; le lendemain quand Jésus rencontre Philippe (Jn 1,43). La quatrième mention se réfère au lendemain où la foule veut rencontrer Jésus lorsqu’il se rend à Jérusalem (Jn  12,12). Cette  précision temporelle du lendemain est liée à l’arrivée (erchomai) de Jésus, lui qui vient vers l’autre. Ainsi, Jean Baptiste voit Jésus venir (erchomai) vers lui, la réponse de Jésus aux disciples de Jean est une invitation à venir et voir : «Venez (erchomai) et voyez» (Jn 1,39), Philippe dit à Nathanaël : «‘Viens (erchomai), et vois’. Jésus, voyant venir (erchomai) à lui Nathanaël» (Jn 1,46.47) et le lendemain, lorsque «la foule nombreuse de gens venus (erchomai) à la fête ayant entendu dire que Jésus se rendait (erchomai) à Jérusalem» (Jn 12,12). Nous pouvons noter déjà les premiers indices d’une relation rhizomique. En fait, c’est Jésus qui déclenche la relation, mais cela n’empêche pas que les disciples prennent aussi l’initiative de ramener des autres hommes à sa rencontre, comme c’est le cas de Philippe à Nathanaël. En outre, Jésus n’apparaît pas comme  le  seul  qui  prend l’initiative de ‘venir vers’ (erchomai) l’autre, à la recherche d’une relation ; les disciples et la foule le font pareillement, puisqu’ils viennent vers lui. Ce premier constat brise toute relation basée sur un modèle télégraphique et d’une logique binaire où «quelqu’un dit quelque chose à quelqu’un». Ainsi, les deux disciples viennent vers Jésus par la médiation de Jean Baptiste, Nathanaël vient vers Jésus par les paroles entendus de Philippe, la foule vient vers Jésus parce qu’elle a entendu dire que Jésus se rendait à Jérusalem (Francisco Jacquet Rojas, Une théologie trinitaire in statu nascendi : l’avènementd’une poétique théâtrale du corps et du geste selonl’Évangile de Jean, 2013 - tel.archives-ouvertes.fr, www.lueur.org).

 

Le soir étant venu, arriva un homme riche d'Arimathée, nommé Joseph, lequel était aussi disciple de Jésus. Il se rendit vers Pilate, et demanda le corps de Jésus. Et Pilate ordonna de le remettre. Joseph prit le corps, l'enveloppa d'un linceul blanc, et le déposa dans un sépulcre neuf, qu'il s'était fait tailler dans le roc. Puis il roula une grande pierre à l'entrée du sépulcre, et il s'en alla. Marie de Magdala et l'autre Marie étaient là, assises vis-à-vis du sépulcre.

 

Le lendemain, qui était le jour après la préparation, les principaux sacrificateurs et les pharisiens allèrent ensemble auprès de Pilate, et dirent: Seigneur, nous nous souvenons que cet imposteur a dit, quand il vivait encore: Après trois jours je ressusciterai. Ordonne donc que le sépulcre soit gardé jusqu'au troisième jour, afin que ses disciples ne viennent pas dérober le corps, et dire au peuple: Il est ressuscité des morts. Cette dernière imposture serait pire que la première. Pilate leur dit: Vous avez une garde; allez, gardez-le comme vous l'entendrez. Ils s'en allèrent, et s'assurèrent du sépulcre au moyen de la garde, après avoir scellé la pierre (Matthieu 27, Version Louis Segond, 1910 - saintebible.com).

 

En Mt 27,62, l'hapax matthéen têt epaurion est flanqué d'une périphrase qui obscurcit, plus qu'elle n'éclaire, la référence temporelle : «le lendemain, c'est-à-dire après la préparation». Pourquoi ne pas dire tout simplement le jour du sabbat ? Matthieu souligne-t-il ironiquement que les pharisiens violent le repos du sabbat et font exactement ce qu'ils ont reproché à Jésus ; ou bien au contraire cherche-t-il à estomper l'invraisemblance d'une démarche des pharisiens violant aussi frontalement le sabbat, qu'il trouve dans une tradition qu'il rapporte ici ? La locution temporelle de Mt 28,1 est d'une polysémie bien connue. On pourrait la traduire «Or sur le tard, la nuit du sabbat, alors que la journée commençait à poindre vers le premier [jour] de la semaine» : le fil temporel se complique singulièrement ici. Il le fait plus encore par l'intraduisible diaphore de sabbaton, employé d'abord avec le sens de sabbat, ensuite avec celui de semaine. Matthieu souligne ainsi le thème sur lequel est ironiquement construit tout l'avant-dernier triptyque de son évangile, tout en suggérant théologiquement le début d'une nouvelle ère de l'histoire comme celui d'une nouvelle semaine symbolique. Dans les ultimes séquences, les marqueurs temporels n'indiquent plus guère que des moments relatifs les uns aux autres. A partir de Mt 28,1 le récit s'articule sur des enchaînements tenant autant du discours que du récit (cataphorique kai idou ; génitif absolu construisant une temporalité parallèle et concurrente ; disjoncteur logique de). Organisé autour de propositions confessionnelles, incluant une théophanie apocalyptique assez stéréotypée ainsi qu'un petit récit polémique, le groupe des péricopes finales relève au moins autant de la proclamation que de la narration (Olivier-Thomas Venard, La parole comme enjeu narratif et théologique dans la passion selon saint Matthieu : un commentaire littéraire de Mt 26-28, Revue biblique, Volume 115, 2008 - books.google.fr).

 

Mariage

 

N’est-ce pas l’Eglise Romaine qui a interdit aux prêtres le mariage et l’usage des viandes, puisque le pape Victor II, en 1055 et 1056 persécuta les prêtres mariés; en 1058, le mariage est déclaré par Etienne X, incompatible avec le sacerdoce; en 1120, le pape Calixte II, ordonne leur permettant à la place d’une femme légitime, d’avoir une ou plusieurs concubines; en 1215, le Concile de Latran a établi pour empêchement dirimant au mariage, l’état de prêtrise ‘ou de prétendue promesse de célibat. Pour le jeûne comme je l’ai déjà dit : les Quatre Temps ont été inventés en l’an 220, et l’abstinence des viandes pour le vendredi et samedi, en l’an 1040 (Conférence religieuse entre M. Mollard-Lefèvre, converti au protestantisme, et M. Cattet, vicaire de St-Paul, un des premiers théologiens de Lyon, 1833 - books.google.fr).

 

Et Virgile fait briller dans les champs Elysées : Le prêtre qui toujours garde la chasteté (Quique sacerdotes casti, quique sacerdotes casti, dum uita manebat : Enéide VI, 661 - Descente aux Enfers d'Enée) (Jopseph de Maistre, Du Pape, 1845 - books.google.fr, bcs.fltr.ucl.ac.be).

 

En son récit, l'Eneas est bien l'«histoire d'un mariage» et l'union avec Lavinie, passe assurément dans l'oubli des rapts originels autant que des amours pour Créuse puis pour Didon. La violence guerrière de Troie n'est toutefois pas encore rédimée. En décapitant un guerrier qui demande grâce à genoux, mains tendues en sa direction, Eneas refuse le pardon de la mort de Pallas. Ce pardon manqué, qui fait violemment contraste avec celui que Didon accorde à son amant et avec le renoncement à la vengeance que dessine le Roman de Troie dans son récit du retour des Grecs dans leur patrie, ouvre une voie au roman naissant. En effet, si Albe, la ville qu'Eneas fonde (v. 10134), porte en langue romane la promesse de l'aube, le roman pourtant annonce le crépuscule de Rome. Pour discrète qu'elle soit, l'inscription de sa fin se donne néanmoins à lire dans le Roman  d'Eneas. Symptomatiquement, elle se dit à l'annonce de sa fondation, lors de l'entrée d'Eneas dans Pallantée : ancor idonc iert po de chose ; mais puis sist Rome iluec androit, qui tot lo mont ot an destroit : de tot lo siegle fu raïne, tote terre li fu acline (Sylviane Messerli, L'oubli de Troie dans le Roman d'Eneas, Études de lettres, 2007 - books.google.fr).

 

Typologie

 

Avec la date pivot 1054, le report de 1752 donne 356.

 

Plusieurs schismes divisèrent l'Église romaine au IVe siècle et dans la première moitié du Ve siècle. Le premier est une des retombées de la crise arienne. En 356, le pape Libère, pour avoir refusé de s'accorder avec la politique doctrinale de Constance II, fut arrêté et exilé. Il lui fut donné un remplaçant, Félix, mais celui-ci ne fut pas accepté par tous les chrétiens de la ville. D'où un schisme qui subsista jusqu'en 358, date à laquelle Libère revint dans sa ville, après avoir cédé en partie à l'empereur. Celui-ci avait prévu que Libère gouvernerait avec Félix ; en fait, ce dernier fut assez rapidement évincé. En 366, à la mort de Libère, un nouveau schisme se produisit. Damase et Ursin furent élus papes par des partis différents, ce qui donna lieu à de très violents affrontements entre leurs partisans: il y eut 137 ou plus de 170 morts (selon les sources), et il fallut que l'empereur tranche en faveur de Damase et l'impose par la force. Dans ce conflit, le parti d'Ursin, qui comptait peu de clercs, semble avoir voulu s'opposer à l'évolution qui faisait de l'Église de Rome une Église de plus en plus riche, proche des puissants et du pouvoir. Le schisme des partisans d'Ursin dura plusieurs années (Pierre Maraval, Le christianisme, de Constantin à la conquête arabe, 2015 - books.google.fr).

 

Benoît XIV

 

Le pape Clément XII meurt le 6 février 1740. Le conclave élit le cardinal Lambertini à l'unanimité le 17 août 1740, après un des plus longs conclaves depuis des siècles : en effet, il ne dure pas moins de six mois et nécessite 254 scrutins. Législateur de l'Église moderne, il a marqué le XVIIIe siècle par son long pontificat de dix-huit ans et par son ouverture d'esprit au siècle des Lumières. C'est un pape moderne qui tente de calmer les querelles religieuses, de ramener l'Église grecque et l'Église arménienne dans le giron de Rome, et, tout en confirmant la bulle Unigenitus, il adoucit les rigueurs que l'on exerçait sur les jansénistes. Il définit les conditions de l'incorruptibilité des corps. Féru de sciences - en particulier de physique, de chimie, de mathématiques, il autorise les œuvres sur les nouvelles représentations du monde (héliocentrisme à cette époque), et cela en deux temps : en 1741, devant la preuve optique de la trajectoire orbitale de la Terre apportée par James Bradley, il fait accorder par le Saint-Office l'imprimatur à la première édition des œuvres complètes de Galilée, ce geste constitue une révision implicite des sentences de 1616 et 1633 ; en 1757, les ouvrages favorables à l'héliocentrisme sont autorisés, par un décret de la Congrégation de l'Index, qui retire ces ouvrages du catalogue des livres interdits.

 

Au début de son règne, il se montre favorable aux Lumières et entretient des relations avec Frédéric II de Prusse par l'intermédiaire du savant Maupertuis. Voltaire lui dédie en 1745 sa tragédie Le Fanatisme ou Mahomet le Prophète. La lettre de remerciement du pape au philosophe témoigne l'excellence de leurs rapports. Voltaire admirait sincèrement ce pontife cultivé et ouvert aux idées de son temps. En 1751, il se montre favorable au projet d'encyclopédie de Diderot et d'Alembert. Mais le 22 mars 1752 Sa sainteté a condamné la thèse soutenue à Paris par l'abbé de Prades, inspirée de la philosophie de la sensation, selon laquelle le commencement et les progrès des connaissances de l'homme se font indépendamment de toute lumière surnaturelle, pour ensuite le conduisent à la religion. 

 

Lorenzo Ganganelli, conseiller du Saint-Office sous Benoît XIV et futur pape Clément XIV, mourra, dit-on, empoisonné par les antidotes qu'il prenait, en 1774 (fr.wikipedia.org - Benoît XIV, fr.wikipedia.org - Jean-Martin de Prades).

 

Géant

 

Pour le géant, on a MicromégasGrandpetit», en grec ancien), de Voltaire publié en 1752.

 

Micromégas raconte les voyages d'un habitant de l'étoile Sirius, le géant Micromégas, sur la planète Saturne, puis sur la planète Terre. Micromégas et son compagnon le Saturnien étaient en définitive descendus de leur planète pour venir porter un jugement sur l'homme.

 

Le premier conte voltarien en prose, Micromégas, naît parallèlement au Siècle de Louis XIV, et hasard suggestif, il est offert au public en même temps que le «Nouveau Plan d'une Histoire de l'esprit humain et l'histoire des Croisades», 1752.

 

Le succès du Siècle de Louis XIV excitait les appétits des éditeurs pirates. L'un d'eux publie, sous la date de Londres, 1752, à la suite de Micromégas (dont c'est la première édition), le Nouveau Plan d'une histoire de l'esprit humain et l'Histoire des croisades. Voltaire fait aussitôt imprimer un désaveu, évidemment sujet à caution. Mais pour cette fois il semble dire vrai : cette édition se contente de reproduire les textes du Mercure. Et il comprend la nécessité de couper court à d'autres entreprises semblables : il annonce à son éditeur Walther qu'il va achever et publier lui-même son Histoire universelle (6 septembre 1752). Derechef, les circonstances favorisaient peu un travail de patiente érudition. Au mime moment Voltaire s'engage dans l'affaire Akakia : s'étant pris de querelle avec Maupertuis, puis avec Frédéric II, il doit finalement quitter la Prusse, le 26 mars 1753 (René Pomeau, Essai sur les mœurs et l'esprit des nations et sur les principaux faits de l'histoire depuis Charlemagne jusqu'à Louis XIII, 1963 - books.google.fr).

 

Le Mercure de France (avril 1745-juin 1746) publie sous le titre Nouveau plan d'une histoire de l'esprit humain le début de l'Essai sur les mœurs.

 

L’administration de Basile ne fut guère plus heureuse. C’est sous son règne qu’est l’époque du grand schisme qui divisa l’Église grecque de la latine. C’est cet assassin qu’on regarda comme juste, quand il fit déposer le patriarche Photius. Les malheurs de l’empire ne furent pas beaucoup réparés sous Léon, qu’on appela le Philosophe ; non qu’il fût un Antonin, un Marc-Aurèle, un Julien, un Aaron-al-Raschild, un Alfred, mais parce qu’il était savant. Il passe pour avoir le premier ouvert un chemin aux Turcs, qui, si longtemps après, ont pris Constantinople (fr.wikisource.org - Voltaire, OEuvres complètes, Tome 11).

 

Le plan ajoute après "qui divisa l'Eglise Grecque et Latine" : "& dont je parlerai dans l'article de l'Eglise pour ne pas confondre les matières" (Le micromégas de Mr. de Voltaire: Avec une Histoire des croisades & un Nouveau plan de l'histoire de l'esprit humain, 1753 - books.google.fr).

 

L'article Eglise du Dictionnaire philosophique détaille ce grand schisme :

 

Lorsqu'en 879 le patriarche Photius fut rétabli dans son siège par le huitième concile œcuménique grec, composé de quatre cents évêques, dont trois cents l'avaient condamné dans le concile œcuménique précédent, alors le pape Jean VIII le reconnut pour son frère. Deux légats envoyés par lui à ce concile se joignirent à l'Eglise grecque, déclarèrent Judas quiconque dirait que le St Esprit procède du Père & du Fils. Mais ayant persisté dans l'usage de se raser le menton & de manger des œufs en carême, les deux Eglises restèrent toujours divisées. Le schisme fut entièrement consommé l'an 1053 & 1054, lorsque Michel Cerularius patriarche de Constantinople condamna publiquement l'évêque de Rome Léon IX & tous les Latins, ajoutant à tous les reproches de Photius, qu'ils osaient se servir de pain azyme dans l'eucharistie contre la pratique des apôtres; qu'ils commettaient le crime de manger du boudin, & de tordre le cou aux pigeons au lieu de le leur couper pour les cuire. On ferma toutes les églises latines dans l'empire grec, & on défendit tout commerce avec quiconque mangeait du boudin. Le pape Léon IX négocia sérieusement cette affaire avec l'empereur Constantin Monomaque, & obtint quelques adoucissemens. C'était précisément le temps où ces célèbres gentilshommes normands, enfans de Tancrède de Hauteville, se moquant du pape & de l'empereur grec, prenaient tout ce qu'ils pouvaient dans la Pouille & dans la Calabre, & mangeaient du boudin effrontément. L'empereur grec favorisa le pape autant qu'il put; mais rien ne réconcilia les Grecs avec nos Latins. Les Grecs regardaient leurs adversaires comme des barbares qui ne savaient pas un mot de grec. L'irruption des croisés sous prétexte de délivrer les saints lieux, & dans le fond pour s'emparer de Constantinople, acheva de rendre les Romains odieux. Mais la puissance de l'Eglise latine augmenta tous les jours, & les Grecs surent enfin conquis peu-à-peu par les Turcs. Les papes étaient depuis long-temps de puissans & riches souverains ; toute l'Eglise grecque fut esclave depuis Mahomet II, excepté la Russie, qui était alors un pays barbare, & dont l'Eglise n'était pas comptée (Oeuvres completes de Voltaire: tome trente-neuvième, 1785 - books.google.fr).

 

On sait que le Dictionnaire philosophique, commencé à l'automne de 1752, puis abandonné pendant quelques années, fut repris à la fin de 1762 pour être complété au début de 1764. Il fait bien partie des œuvres dont Voltaire disait en 1761: Je n'ay que deux jours à vivre, mais je les emploierai à rendre les ennemis de la raison ridicules" (Jeanne R Monty, Étude sur le style polémique de Voltaire: Le dictionnaire philosophique, Volumes 44 à 46, 1966 - books.google.fr).

 

Cependant, "rien ne permet toutefois d'affirmer que les articles publiés dans le Dictionnaire philosophique sont identiques à ceux ébauchés entre septembre et novembre 1752. L'article «Âme» reproduit en annexe est peut-être issu de cette série, mais rien ne permet de l'affirmer péremptoirement" (Dictionnaire philosophique de Voltaire, 2010 - books.google.fr).

 

Mariage

 

Benoît XIV, dans sa constitution de 1752 pour les Grecs d'Italie, déclare nuls tout mariage qui serait contracté depuis l'ordination, il prescrit aux prêtres grecs qui doivent célébrer de s'y préparer par la continence pendant une semaine, ou du moins trois jours (Henri Grégoire, Histoire du mariage des prêtres en France: particulièrement depuis 1789, 1826 - books.google.fr).

 

Histoire de Jenni, encore un «conte anglais», suit de près Les Oreilles du comte de Chesterfield. C'est l'un des derniers contes composés par Voltaire, en 1774-1775.

 

FREIND. Saint Pierre, au rapport de saint Clément d'Alexandrie, eut des enfants; et même on compte parmi eux une sainte Pétronille. Eusèbe, dans son Histoire de l'Église, dit que saint Nicolas, l'un des premiers disciples, avait une très belle femme, et que les apôtres lui reprochèrent d'en être trop occupé, et d'en paraître jaloux... «Messieurs, leur dit-il, la prenne qui voudra; je vous la cède.» Dans l'économie juive, qui devait durer éternellement, et à laquelle cependant a succédé l'économie chrétienne, le mariage était non seulement permis, mais expressément ordonné aux prêtres, puisqu'ils devaient être de la même race; et le célibat était une espèce d'infamie. Il faut bien que le célibat ne fût pas regardé comme un état bien pur et bien honorable par les premiers chrétiens, puisque parmi les hérétiques anathématisés dans les premiers conciles, on trouve principalement ceux qui s'élevaient contre le mariage des prêtres, comme saturniens, basilidiens, montanistes, encratistes, et autres ens et istes. Voilà pourquoi la femme d'un saint Grégoire de Nazianze accoucha d'un autre saint Grégoire de Nazianze, et qu'elle eut le bonheur inestimable d'être femme et mère d'un canonisé, ce qui n'est pas même arrivé à sainte Monique, mère de saint Augustin. Voilà pourquoi je pourrais vous nommer autant et plus d'anciens évêques mariés, que vous n'avez autrefois eu d'évêques et de papes concubinaires, adultères, ou pédérastes; ce qu'on ne trouve plus aujourd'hui en aucun pays. Voilà pourquoi l'Église grecque, mère de l'Église latine, veut encore que les curés soient mariés. Voilà enfin pourquoi moi qui vous parle, je suis marié, et j'ai le plus bel enfant du monde. Et dites-moi, mon cher bachelier, n'avez-vous pas dans votre église sept sacrements de compte fait, qui sont tous des signes visibles d'une chose invisible ? Or, un bachelier de Salamanque jouit desagréments du baptême dès qu'il est né; de la confirmation dès qu'il a des culottes ; de la confession dès qu'il a fait quelques fredaines ; de la communion, quoique un peu différente de la nôtre, dès qu'il a treize ou quatorze ans ; de l'ordre quand il est tondu sur le haut de la tête, et qu'on lui donne un bénéfice de vingt, ou trente, ou quarante mille piastres de rente; enfin de l'extrême onction quand il est malade. Faut-il le priver du sacrement de mariage quand il se porte bien ? surtout après que Dieu lui-même a marié Adam et Eve : Adam, le premier des bacheliers du monde, puisqu'il avait la science infuse, selon votre école; Eve, la première bachelière, puisqu'elle tâta de l'arbre de la science avant son mari.

 

LE BACHELIER, Mais, s'il est ainsi, je ne dirai plus mais. Voilà qui est fait, je suis de votre religion ; je me fais anglican. Je veux me marier à une femme honnête qui fera toujours semblant de m'aimer, tant que je serai jeune, qui aura soin de moi dans ma vieillesse, et que j'enterrerai proprement si je lui survis; cela vaut mieux que de cuire des hommes et de déshonorer des filles comme a fait mon cousin don Caracucarador, inquisiteur pour la foi.

 

Tel est le précis fidèle de la conversation qu'eurent ensemble le docteur Freind et le bachelier don Papalamiendo, nommé depuis par nous Papa Dexando. Cet entretien curieux fut rédigé par Jacob Hulf, l'un des secrétaires de milord (Œuvres complètes de Voltaire avec des notes et une notice historique sur la vie de Voltaire: Dictionnaire philosophique, Tome 8, 1836 - books.google.fr).

 

Laïcs

 

Frédéric de Lorraine ou Frédéric d'Ardenne, né vers 1020 à Dun-sur-Meuse et mort le 28 mars 1058 à Florence, fut pape sous le nom d'Étienne IX du 3 août 1057 au 29 mars 1058. Il succède à Victor II. Premier pape à s'émanciper de la tutelle de l'empereur germanique, Étienne IX meurt à Florence le 28 mars 1058 après seulement huit mois de pontificat, peut-être de maladie, mais plus vraisemblablement assassiné, selon des sources plus récentes : la motivation de cet assassinat pourrait trouver son origine dans le fait que, premier pape à remettre en question la nomination des papes par les empereurs germaniques depuis le règne de Charlemagne, ou par la vox populi de Rome, il propose que le souverain pontife soit élu par un collège de cardinaux, mode d'élection qui sera institué par son successeur Nicolas II en 1059 (fr.wikipedia.org - Etienne IX).

 

Des historiens (Fliche et Martin, Amann et Dumas) sont allés jusqu'à prétendre que l'Église de cette époque «était au pouvoir des laïcs». Cette affirmation suppose implicitement que l'Église devrait appartenir normalement au clergé. C'est d'ailleurs ce que prétendront les partisans de la réforme papale, lorsqu'ils distingueront clairement les deux ordres, laïc et religieux. Mais une telle façon de voir les choses laisse dans l'ombre un important aspect de la situation. Dans ce mouvement de privatisation des églises, tous les propriétaires ne sont pas des laïcs. Des monastères sont eux aussi de grands propriétaires d'églises, et ils en contrôlent de plus en plus à mesure que des propriétaires laïcs leur transfèrent leurs droits. La croissance de leurs revenus ne vient pas seulement du travail de la terre dans lequel, on le sait, ils excellent. Le développement de la privatisation des droits ecclésiastiques a déjà placé entre les mains des moines des dîmes et des églises que la loi canon réserve aux évêques. Bien évidemment, le clergé lui-même n'est pas moins désireux d'exploiter et de conserver la valeur monétaire de ses fonctions spirituelles. Pour l'historien anglais Colin Morris, déjà cité, la chose à retenir dans cette privatisation n'est pas tant le pouvoir laïc, que la propriété privée. Bref, dans l'Église comme dans d'autres secteurs de la société, l'idée d'institutions publiques s'est désagrégée pour laisser la place à une multitude de droits possédés par des propriétaires individuels. L'Église ne fait que suivre les mœurs de de son temps (Philippe Simonnot, Les papes, l'Église et l'argent: histoire économique du christianisme des origines à nos jours, 2005 - books.google.fr).

 

La réforme grégorienne est une politique menée durant le Moyen Âge sous l'impulsion de la papauté. Si les historiens admettent que le pape Léon IX a commencé le redressement de l'Église, c'est pourtant le pape Grégoire VII qui a laissé son nom à la réforme. De plus, les efforts pour sortir l'Église catholique d'une crise généralisée depuis le Xe siècle se poursuivent bien après le pontificat de Grégoire VII. Ainsi l'expression «réforme grégorienne» peut paraître impropre puisqu'elle ne s'est pas limitée à quelques années mais concerne au total près de trois siècles. Elle comporte quatre projets principaux : l'affirmation de l'indépendance du clergé : les laïcs ne peuvent plus intervenir dans les nominations, ce point ne va pas sans conflits, notamment entre le pape et les empereurs germaniques qui se considèrent comme les représentants de Dieu sur terre (Querelle des Investitures) ; la réforme du clergé, le clergé est mieux instruit et l'Église impose le célibat des prêtres ainsi que le mariage chrétien pour les laïcs ; l'affirmation du rôle du pape : à partir du XIe siècle, le pape met en place une structure centralisée autour de la papauté, on voit se développer la curie pontificale qui contrôle ce qui se fait dans l'Église ; la garantie du travail des moines tout en contrôlant les comptes de l'église, qui fut un sujet très polémique à l'époque (fr.wikipedia.org - Réforme grégorienne).

 

Voltaire demandait à d'Alembert «quel était le malheureux qui avait engagé le Parlement de Paris à se faire géomètre, mécanicien, métaphysicien, théologien, etc., pour juger vingt volumes in-folio de l'Encyclopédie ?» Il ne fallait pas qu'il fût théologien contre les philosophes, mais il était très bien qu'il le fût contre les Jésuites (François Zénon Collombet, Histoire critique et générale de la suppression des Jésuites au XVIII Siècle, Tome 2, 1846 - books.google.fr).

 

Quelques personnes font remonter le projet de destruction formé en France contre les Jésuites, jusqu'au temps de l'exil du Parlement de Paris en 1753. Tout le monde sait que la résistance opiniâtre de cette Compagnie aux volontés du Roi, dans les affaires de l'Eglise, lui attira cette punition. Le parti janséniste que ce coup de vigueur atterroit, ne manqua pas d'attribuer la fermeté du Roi et de son Conseil aux suggestions des Jésuites, toujours ardents à défendre la bulle Unigenitus. On les accusoit de conduire l'archevêque de Paris, de gouverner l'évêque de Mirepoix, d'entretenir, dans le comte d'Argenson, ses préventions contre les Parlements, d'inspirer à Monsieur le Dauphin des sentiments désavantageux au corps entier de la Magistrature. Plusieurs membres du Parlement de Paris, déjà peu favorablement disposés pour les Jésuites, se laissèrent prendre, dit-on, à ces idées, et se promirent bien de venger un jour, sur la Société, le traitement qu'ils éprouvoient. On prétend même que quelques-uns d'entre eux s'en expliquèrent assez ouvertement à Bourges, disant qu'à leur retour, ils sauroient mettre les Jésuites hors d'état de leur nuire. Quoi qu'il en soit des vues du Parlement à cette époque, l'anéantissement des Jésuites en France n'étoit tout au plus alors qu'un projet en l'air, conçu, dans un moment d'humeur, par quelques têtes fanatiques, mais d'une exécution trop difficile, pour que les forces seules du Parlement pussent le conduire à sa fin ; il ne pouvoit réussir sans le concours ou du moins sans le silence de l'autorité royale : et dans l'état actuel des choses, il eût été insensé de se promettre l'un ou l'autre. Pour trouver la véritable origine de cet événement singulier, il faut donc chercher le moment où le ministère commença à entrer dans les vues du parlement et à seconder ses desseins, si toutefois il ne les fit pas naître. Or, ce moment, je crois qu'on doit le fixer à la fin de l'année 1757. La Cour avoit bien changé de face en peu de temps. L'Evêque de Mirepoix, dont le Roi respectoit la vertu et écoutoit les conseils, ne vivoit plus. La feuille des bénéfices, après avoir été assez peu de temps entre les mains du cardinal de la Rochefoucauld, étoit tombée dans celles d'un homme trop peu estimé pour avoir droit de parler avec force, trop courtisan pour le vouloir au risque de sa fortune, trop esclave de la marquise de Pompadour qui l'avoit élevé, pour oser résister à ses volontés. Le comte d'Argenson, ministre ferme, intelligent, protecteur déclaré de l'Eglise et des Jésuites, attaché par inclination autant que par devoir à toute la famille royale, l'ami du Roi et l'ennemi mortel des parlements, avoit été enfin sacrifié aux sollicitations importunes de la maîtresse. Machault, esprit brouillon, mais actif, lié d'abord au parlement par inimitié contre d'Argenson et par vengeance contre le clergé, puis fortement opposé aux entreprises des magistrats, qu'il voyoit poussées trop loin, principal auteur du fameux lit de justice du mois de décembre 1756, conséquemment intéressé par honneur à soutenir son ouvrage, et capable par caractère de le faire avec constance, homme d'ailleurs assez droit, estimant les Jésuites et leur voulant du bien, Machault avoit subi le sort de son rival. Le marquis de Paulmy, fils du marquis d'Argenson et successeur de son oncle, occupoit encore sa place, mais menaçoit ruine. L'Archevêque de Paris, toujours ferme, toujours égal à lui-même, avoit conservé l'estime du Roi, mais n'en avoit plus la confiance. Ainsi tous les appuis manquoient aux Jésuites, tandis que, d'un autre côté, tout se remuoit contre eux. L'incrédulité, fortifiée par les troubles de l'Eglise et surtout par la licence effrénée de la presse, s'étoit accrue au point de faire une secte redoutable ; le zèle des Jésuites à la combattre avoit animé à leur perte tous les nouveaux philosophes qui, ne cessant de les décrier dans leurs discours et dans leurs écrits, augmentèrent beaucoup les préventions contre eux. Le parti janséniste méprisé, mais soutenu, avoit réussi à se faire craindre, en servant les projets des magistrats contre l'autorité royale. Le Roi, détestant également les uns et les autres, étoit néanmoins disposé, par la fatalité des circonstances, à ne résister que foiblement à leurs efforts. Le funeste accident du 5 janvier 1757, la tentative d'assassinat faite sur lui par Damiens, l'avoit effrayé. Le moment de cet attentat, arrivé trois semaines après le lit de justice et dans la disgrace actuelle du parlement, les procédures commencées à la prévôté de l'hôtel, l'histoire même du procès fait en grand'chambre, ne lui permettoient pas de douter de quel esprit partoit le coup qui avoit mis ses jours en danger. Il craignoit qu'une même vigueur n'attirât encore les mêmes suites ; et malheureusement il avoit trop laissé apercevoir ses craintes. Le Parlement, à force de désobéissance, étoit venu à bout de donner la loi (Jacques-Benjamin Saint-Victor, Documents historiques, critiques, apologétiques, concernant la Compagnie de Jésus, Tome 1, 1827 - books.google.fr).

 

A cette époque, le Parlement avait fait brûler en dix ans plus de mandements d'évêques, - nous disons d'évêques catholiques, car les appelants étaient des auteurs classiques au Palais, - qu'il n'avait fait brûler de livres impies depuis qu'il existait. Le 11 juin 1752, trois Archevêques et seize Evêques s'adressèrent au Roi pour se plaindre de l'état d'oppression dans lequel, sous prétexte de venger ses libertés, les tribunaux séculiers tenaient la malheureuse Eglise de France. Trois ans après, l'Archevêque d'Aix et dix évêques, ses suffragants, se plaignaient avec plus d'énergie. L'évêque de Troyes, Poncet de la Rivière, venait de publier sa fameuse Instruction sur le schisme, et, suivant sa méthode, le Parlement avait chargé l'exécuteur de la haute justice de réfuter cette Instruction en la brûlant. Ce fut après de telles représailles (6 juin 1756) que le prélat fit paraître un nouveau Mandement, pour arrêter les suites du scandale : «Le Parlement, disait-il, s'est établi juge de la docrine qu'elle (l'Instruction pastorale) renferme, arbitre de la foi qu'elle défend, et s'est emparé, à notre préjudice, par l'usurpation la plus criminelle, du dépôt sacré qui nous a été confié. Quelles suites funestes une pareille entreprise n'entraîne-t-elle pas après, elle ? Le scandale s'étend, les peuples séduits n'écouteront plus leurs pasteurs; ils iront chercher les règles de leur foi dans les arrêts des tribunaux séculiers, et l'encensoir sera désormais entre les mains des laïcs...» (François Zénon Collombet, Histoire critique et générale de la suppression des Jésuites au XVIII Siècle, Tome 2, 1846 - books.google.fr).

 

En France, la suppression des jésuites fut le signal de diverses mesures contre les autres religieux. Une ordonnance, émanée en 1768, défendit de s'engager dans un ordre avant 21 ans pour les hommes, avant 18 ans pour les filles. On escomptait en réalité une diminution des religieux; en même temps, la conventualité fut fixée à quinze religieux pour les monastères d'hommes; cette mesure diminuerait le nombre des couvents, car si ce chiffre n'était pas atteint, la suppression du couvent ou sa réunion à un autre établissement serait décrétée. En outre aucun ordre ne pouvait compter plusieurs maisons dans une même ville, si ce n'est à, Paris, où il fut interdit cependant d'en avoir plus de deux. L'exécution de cette loi fut assurée par la «Commission des réguliers», établie en 1766 pour la réforme monastique. L'archevêque de Toulouse, de Brienne, fut l'agent le plus actif de la commission, qui ne comptait guère que des laïcs. Déjà dans ses assemblées de 1775 et de 1780, le clergé de France, redoutant la ruine de toute vie monastique, s'adressait au roi pour obtenir la modification des ordonnances. En effet, en application de ces lois, la commission des réguliers avait déjà supprimé, en une dizaine d'années, neuf congrégations religieuses, dont quelques-unes comprenaient plus de vingt monastères. Au lieu de réformer, elle abolissait, encourageant par là l'indiscipline et attisant la discorde dans les couvents (G. de Schepper, La réorganisation des paroisses et la suppression des couvents dans les Pays-Bas autrichiens sous le règne de Joseph II, 1942 - books.google.fr).

 

Cf. le quatrain III, 93.

 

Le Roman d'Énéas, adaptation de l’Énéide de Virgile, est un roman anonyme ; la date de rédaction du premier manuscrit est estimée à 1160. On considère ce texte comme un des plus anciens romans français (ou le plus ancien selon la définition que l'on donne au mot roman) (fr.wikipedia.org - Roman d'Enéas).

 

L’émergence de la littérature en langue vernaculaire au XIIe siècle, et en particulier du roman, doit se comprendre dans le contexte d’une société dont les fondements reposent sur la distinction des clercs et des laïcs. D’origine religieuse, elle intéresse en fait tout le fonctionnement de la société (statuts juridiques, formes de culture, modes de vie distinct). Au plan idéologique, son importance n’est pas moindre car la distinction entre spirituel et temporel, sacré et profane, entre Dieu et les hommes, informe toutes les représentations du monde chrétien, la relation antagoniste du charnel et du spirituel constituant, en ce qui concerne la société du Moyen Âge central, un paradigme clé. [...]

 

Depuis la réforme grégorienne, en particulier, les clercs se pensent comme spirituels et développent en particulier un discours prescriptif visant à faire le salut de ces êtres charnels que sont les laïcs. Dans une société chrétienne où la prééminence du principe spirituel constitue le fondement des relations sociales, l’aristocratie s’emploie à contester le rôle qui lui est réservé dans l’organisation sociale et dans la répartition des pouvoirs. Elle se présente à son tour comme «spirituelle» et fait entendre sa voix à travers la littérature en langue vernaculaire (Rapport sur la dissertation française établi par Jean-René Valette - www.antiquite.ens.fr).

 

Lien avec le quatrain VI, 66

 

Au fondement de la nouvelle secte,

Seront les oz du grand Romain trouvés,

Sepulchre en marbre apparoistra couverte,

Terre trembler en Avril, mal enfouetz.

 

Dans la suite du quatrain III, 65, on se replace en 1054 dans la chronologie d'Albéric, avec la découverte du tombeau de Pallas, dans le contexte de la séparation des églises orthodoxe et catholique. Cette trouvaille constitue un prodige, Pallas étant grec (arcadien), en rapport avec le schisme.

 

Du point de vue catholique, dans la mesure où l'église orthodoxe se sépare de l'église catholique, elle devient une "nouvelle secte" (latin "secare" : couper) : "secte schismatique photienne" (Luc Oreskovic, Les jeunes filles d'un diocèse de frontière au XVIIIe siècle, Variations, Numéro 24, 2006 - books.google.fr).

 

"couverte" peut rappeler la couverture d'ébène du tombeau de Pallas dans la Lettre du Prêtre Jean et dans le Roman d'Eneas.

 

Le tremblement de terre peut être une image de cette séparation actée en juillet 1054 à la suite de la mort du pape Léon IX en avril justement.

 

Image de Constantinople décrite comme une haute montagne (Ap. XXI, 10) dont les eaux limpides abreuvent les peuples aux quatre extrémités de la terre (Ap. XXII, 1-2), image des Latins décrits avec les matériaux apocalyptiques du tonnerre, du tremblement de terre, de la grêle et de la bête féroce (cf. Ap. chap. IX et XI, 19) ; pourrait-on trouver un texte plus éloquent pour décrire les sentiments des Byzantins envers les Francs séparés de l'Eglise et de l'empire de l'Orient ? Rédigés (867) de la main de l'un des patriarches les plus prestigieux de Constantinople, ces propos de Photios exprimaient à tel point une certaine réalité historique que ces mêmes images seront reprises en 1054 et placées comme préambule dans l'acte officiel par lequel le synode réuni  à Constantinople décidait de jeter l'anathème sur l'Eglise latine. On doit tenir pour presque certain que l'idée selon laquelle l'Eglise de Rome était l'Apostasie (II Thes. II,3) avait pris naissance au cours du IXe siècle, à la suite d'une série d'événements politiques et religieux favorisant une telle interprétation : création de l'Etat pontifical (754), couronnement de Charlemagne (800), reconnaissance du Filioque  (809), affrontements politico-religieux à propos de l'évangélisation des Bulgares (866), schisme photien (867). Elle devient une idée maîtresse au cours des XIe - XIIIe siècles, car les événements politiques et religieux de cette époque sont beaucoup plus graves: Eglise de Rome tombée entre les mains des Francs (1003) et acceptation définitive du Filioque (1009), schisme cérullarien (1054), octroi au pape de la couronne royale et élection de l'évêque de Rome par le seul collège des cardinaux (1059), Croisades et royaumes latins d'Orient. Dans la naissance et le développement de l'idée Eglise romaine-Apostasie, ce qui s'avère le plus important, ce n'est pas la position officielle de l'Etat ou de l'Eglise (d'ailleurs, ces deux autorités agissaient toujours de concert) mais la «vox populi» et la «conscientia populi» manipulées à leur gré par les moines et les prédicateurs populaires (Astérios Argyriou, Les exégèses grecques de l'Apocalypse a l'époque turque (1453-1821): esquisse d'une histoire des courants ideologiques au sein du peuple grec asservi, 1982 - books.google.fr).

 

L'Arménie constitue un cas particulier: bien qu'elle ne fasse plus partie de l'Empire byzantin après les années 1080, il faut signaler l'abondance des mentions de séismes en cette zone, et particulièrement dans la région d'Erzincan et du lac de Van, ce qui n'est pas pour étonner au vu des accidents plus récents. On en peut dire autant de la Cilicie et de la Syrie d'Antioche, sur lesquelles, en raison des Croisades, la documentation est relativement plus riche: des séismes y sont signalés en 1053-1054 (Mathieu d'Edesse), 1091, décembre 1097, 1114, date à laquelle toute la Cilicie et l'Isaurie furent atteintes  (Alain Ducellier, Les séismes en Méditerranée orientale du XIème au XIIIème siècle, Compte-rendu, Volume 15, Numéro 4, XVe congrès d'études byzantines, 1980 - books.google.fr).

 

Voici le peu que nous savons : Mathieu d'Edesse raconte longuement à l'année 502 de l'ère d'Arménie qui correspond environ à l'année courant du 8 mars 1053 au 7 mars 1054 de notre ère les tremblements de terre effrayants et autres signes célestes à Antioche, les ravages de la foudre aussi qui, suivant l'opinion générale à cette époque, furent le châtiment divin des désordres violents survenus entre les deux communautés ennemies syrienne et romaine, autrement dit catholique, de cette grande cité (Gustave Léon Schlumberger, L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle, Tome 3, 1905 - books.google.fr).

 

La date précise n’est pas précisée. Pourquoi pas avril 1053 ?

 

C'est à Antioche qu'on porta la première fois le nom de chrétien.

 

Le pape Léon IX reçut à cette époque une lettre de Pierre, le nouveau patriarche d'Antioche, qui lui annonçait sa promotion, et lui envoyait sa profession de foi par un pèlerin de Jérusalem. Dans sa réponse , Léon donne de grands éloges à Pierre de ce qu'il reconnaît la primauté de l'Église romaine; il l'exhorte à soutenir la dignité du siège d'Antioche, qui est le troisième du monde, ajoute le saint-père, depuis que le patriarche de Constantinople a été dégradé du rang qu'il occupait dans l'Église. Il approuve l'élection de Pierre, et déclare sa profession de foi catholique; ensuite sa sainteté lui envoya la sienne, suivant l'usage établi (Maurice La Châtre, Histoire des Papes, crimes, meurtres, empoisonnements, parricides, adultères, incestes, depuis Saint Pierre jusqu'à Grégoire XVI, 1842 - books.google.fr).

 

C'est donc juste avant d'affronter les Normands, le 13 avril 1053, que Léon répond au patriarche d'Antioche. Y. Congar note que les historiens sont unanimes à constater que la rupture entre Orient et Occident était virtuellement faite depuis le depuis le début du XIe siècle au moins avec Serge II, en tous cas bien avant Cérulaire. De ce fait, «à Rome on ne reçoit plus rien de l'Orient et Pierre d'Antioche étonnera joyeusement Léon IX en lui envoyant sa synodique». Laissons-nous donc un instant étonner - voire toucher - par cet échange épistolaire : tel l'envoi des deux morceaux d'une tessère librement consentie par consentie par un Pierre d'Antioche plus ouvert que bien d'autres à l'importance de la sauvegarde de l'unité. L'ultime tentative du sumbolos, alors que le diabolos fait déjà succomber les deux partis (Joseph Doré, Le millénaire du pape saint Léon IX: célébration des 19-20-21 avril et 23 juin 2002 à Strasbourg et Éguisheim, 2003 - books.google.fr).

 

Typologiquement, le quatrain a été mis en rapport avec la loge italienne P2, d'inspiration fasciste, le "Romain" désignant Mussolini.

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