Géant

Géant

 

III, 65

 

1752-1753

 

Quand le sepulcre du grand Romain trouvé,

Le jour apres sera esleu pontife :

Du senat gueres il ne sera prouvé :

Empoisonné son sang au sacré scyphe.

 

Le pape Victor II

 

Apr√®s la mort du Pape St. L√©on IX. arriv√©e le 19 d'Avril 1054, les Romains envoy√®rent √† l'Empereur Henry Hildebrand So√Ľdiacre de l'Eglise Romaine, avec pouvoir de faire √©lire en Allemagne au nom du Clerg√© & du peuple Romain, un Pape; n'y a√Įant alors personne dans le Clerg√© de Rome, que l'on juge√Ęt digne de cet honneur. Cette √©lection se fit √† Mayence, o√Ļ les Ev√™ques assemblez √©lurent √† la recommandation d'Hildebrand, Gebehard Ev√™que d'Eichstett, proche parent de l'Empereur, suivant en cela l'intention des Romains. L'Empereur en proposoit d'autres, qu'il jugeoit plus propres √† cette dignit√©, & souhaitoit qu'on lui lass√Ęt Gebehard qu'il aimoit tendrement, & qui lui √©toit n√©cessaire dans le gouvernement de l'Empire. Gebehard lui-m√™me ne vouloit point √™tre Pape. Mais Hildebrand ne voulut point changer, & le nouveau Pape fut amen√© √† Rome malgr√© l'Empereur & malgr√© soi (Augustin Calmet, Histoire universelle, sacr√©e et profane depuis le commencement du monde jusqu'√† nos jours, Tome VIII, 1747 - books.google.fr).

 

Ce n'est qu'en septembre 1054, à Mayence, que l'empereur Henri III, recevant les représentants du clergé et de la ville de Rome, se met d'accord avec eux, pour offrir la tiare à l'évêque Gebhard d'Eichstedt, celui-là même qui avait combattu victorieusement, dans l'entourage d'Henri III, la politique belliqueuse de Léon IX. Sa désignation comme pape est de septembre 1054; c'est seulement en mars suivant qu'à Ratisbonne il donne son consentement (Jules Gay, Les papes du XIe siècle et la chrétienté, 1926 - books.google.fr, Dictionnaire de théologie catholique - Tables générales, Tome 15, 1950 - books.google.fr).

 

C'est √† l'√Ęge de 37 ans, le Jeudi saint 13 avril 1055, qu'il fut √©lu pape, prenant le nom de Victor II. D√®s le d√©but de son pontificat, Victor II se montra un partisan d√©vou√© de la politique imp√©riale. Il se trouvait √† Rome depuis la fin de 1055, quand, d√®s l'automne 1056, il retourna en Allemagne pour demander la protection de l'Empereur contre les Normands, qu'il pr√©senta comme de ¬ęnouveaux Sarrasins¬Ľ. Il parvint √† r√©concilier Henri III avec Godefroy II, duc de Lorraine. Apr√®s avoir pr√©sid√© aux obs√®ques imp√©riales le 28 octobre, Victor II fut, le 5 novembre suivant, le principal artisan de l'√©lection du jeune fils d'Henri III comme empereur, sous le nom d'Henri IV, et mit en place la r√©gence d'Agn√®s d'Aquitaine, veuve de l'empereur. L'importance du r√īle qu'il continua √† tenir dans d'autres affaires politiques de la r√©gion, a pu faire dire de Victor II qu'il fut davantage chancelier du Saint Empire romain germanique que chef de l'√Čglise catholique romaine. Il mourut de la malaria √† Arezzo le 28 juillet 1057, apr√®s un pontificat de 2 ans, 3 mois et 10 jours. Il a √©t√© enterr√© dans S. Maria Rotonda de Ravenne.

Il fut le dernier pape allemand pendant 950 ans, jusqu'√† l'√©lection de Beno√ģt XVI en 2005 (fr.wikipedia.org - Victor II).

 

"Empoisonné"

 

On raconte qu'un soudiacre m√©content voulut l'empoisonner, mit du poison dans le vin du calice, & que le Pape n'a√Įant pu l'avaler apr√®s la cons√©cration, se prosterna avec le peuple, pour demander √† Dieu de lui en d√©couvrir la cause. Aussit√īt l'empoisonneur fut saisi du D√©mon, & confessa son crime. Le Pape fit renfermer le calice dans un Autel, avec le sang de notre Seigneur, pour le garder √† perp√©tuit√© avec les reliques. Puis il se prosterna de nouveau en pri√®res avec le peuple, jusqu'√† ce que le So√Ľdiacre fut d√©livr√© (Augustin Calmet, Histoire universelle, sacr√©e et profane depuis le commencement du monde jusqu'√† nos jours, Tome VIII, 1747 - books.google.fr).

 

Le grand Pallas

 

Voici quelques nouvelles preuves de l'existence des géans, que l'on peut ajouter à celles que nous avons rapportées dans notre dissertation sur cette matière, & dans ce Dictionnaire. Voici le texte d'Albéric Moine des trois Fontaines, qui rapporte après Elinand la découverte qu'on fit du corps de Pallas fils d'Evandre, tué par Turnus. Cette découverte se fit, dit-on, en 1041 mais Alberic ne la rapporte qu'en 1054. Elinandus ex dictis Guillelmi. Eo tempore corpus Pallantis filii Evandri Romae integrum repertum est, cum hoc epitaphio : Filius Evandri Pallas quem lancea Turni / Militis occidit, more suo jacet hic (Dom Augustin Calmet, Dictionnaire historique etc. de la Bible, Tome II, 1730 - books.google.fr).

 

On a constat√© aussi la pr√©sence d'os de g√©ant dans l'√ģle de Rhodes. De m√™me en Italie, en 1041, sous l'empereur Henri II, fils de Conrad, note le chroniqueur Jacques de Bergame, on trouva pr√®s de Rome le corps d'un homme, qui ayant √©t√© apport√© dans la ville et dress√© contre les murs, allait jusqu'√† la hauteur des cr√©neaux. On pr√©tendit que c'√©tait le corps de Pallas, fils d'√Čvandre, tu√© par Turnus. Sa plaie avait plus de quatre pieds de large Dans la t√™te, √©crit Alb√©ric de Trois-Fontaines, on trouva une lampe allum√©e. Comme ni l'aspersion de liquide ni la violence du souffle ne parvenaient √† l'√©teindre, quelqu'un √† l'esprit plus ing√©nieux creusa un trou sous la flamme √† l'aide d'un pieu, et aussit√īt, sous l'effet de l'air, le feu s'√©vanouit¬† (Tradition wallonne: revue annuelle de la Commission royale belge de folklore, Volume 20, 2003 - books.google.fr).

 

Selon Albéric, c'est peu après la mort du pape Léon IX et son inhumation, que le tombeau de Pallas aurait été trouvé, l'intronisation de Victor II étant mentionnée par Albéric en 1055 juste après. L'élection de Victor II à Mayence en 1054 se situe alors entre les deux (Albericus (de Tribus Fontibus), Chronicon, 1698 - books.google.fr).

 

Guillaume de Malmesbury date cette d√©couverte de 1046 (Edward Gibbon, Histoire de la d√©cadence et de la ch√Ľte de l'empire romain, Tome 18, traduit par Le Clerc de Sept-Ch√™nes, 1795 - books.google.fr).

 

Riccobaldi de Ferrare, historien du XIIIe siècle, adopte la même datation, après l'élection de Clément II (A. Teresa Hankey, Ricobaldi Ferrariensis Compilatio chronologica, 2000 - books.google.fr).

 

Ptolémée de Lucques la situe en 1067, Baronius dans ses Annales Ecclesiastici en 1056 (Jacques Gaultier, Table chronographique de l'estat du christianisme, depuis la naissance de Jesus-Christ, iusques à l'année M. DC. XXXI, 1633 - books.google.fr).

 

Ptolémée de Lucques (v. 1236-1327), connu aussi sous le nom de Tolomeo da Lucca ou Bartholomée de Lucques, grandit dans une famille de classe moyenne. Ainsi surnommé du nom de sa patrie, il étoit de la famille des Fiadoni, que l'on comptoit déja entre les nobles de Lucques dès l'an 1200. Il entra dans l'ordre dominicain.

 

Galeotus Martius remarque que Virgile raconte que le corps de Pallas fut br√Ľl√©.

 

Le nom d'une personne dont le nom sensiblement homonyme au vocable du Palatium romain passait pour s'√™tre trouv√© en rapport avec ce site du Mont Palatin en influant, par son existence, sur sa fondation. C'est ainsi qu'on invoquait Palanto femme de Latinus (Varron), ou bien Palanto, fille de Hyperboreus, s√©duite par Hercule (Solin) et m√®re de Latinus (Festus) ou bien Pallantia, fille d'Evandre, s√©duite par Hercule (Servius) ou bien Pallas, fils de Pallantia (Servius), ou bien Pallas, fils d'Evandre (Servius), ou enfin Pallas a√Įeul d'Evandre (Servius).¬†

D'après Virgile, Pallas aurait été inhumé (Festus) sur l'emplacement qu'Evandre aurait appelé le Palanteum (Solin, Isidore) (Bulletin de la Société d'études des Hautes-Alpes, 1931 - books.google.fr).

 

Ils le rattachaient le plus souvent à la légende d'une occupation arcadienne, sur une des collines de la future Rome, en se référant à la ville de Pallantion ou à l'Arcadien Pallas. Cette légende est intégrée par Virgile à la tradition des origines troyennes (E. Frézouls, Les Julio-Claudiens et le Palatium, Le Système palatial en Orient, en Grèce et à Rome: actes du Colloque de Strasbourg 19-22 Juin 1985, 1987 - books.google.fr).

 

C'est en cela que Pallas serait Romain, par anticipation.

 

1046

 

Si on s'en tient à la date de Malmesbury, une autre circonstance est possible avec le pape Clément II élu en 1046 et qui aurait été empoisonné par l'ancien pape Benoit IX, selon la chronique dite de Loup le Protospataire (Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastiques, publié sous la direction de Alfred Baudrillart, Albert Vogt, et Urbain Rouziès, avec le concours d'un grand nombre de collaborateurs, Tome 12, 1953 - books.google.fr).

 

Mais il serait mort le 9 octobre 1047 par la respiration de la fumée toxique de cierges (Le procès du "bloc des droitiers et des trotskistes" antisovietique: compte-rendu sténographique des débats du 2 au 13 mars 1938 publiés par le Commissariat du Peuple de la Justice de l'U.R.S.S., 1983 - books.google.fr).

 

Ou par un poison pr√©par√© par les soins de Benoit IX (Louis Duchesne, Le Liber pontificalis, Tome 2, Biblioth√®que des √Čcoles fran√ßaises d'Ath√®nes et de Rome, 1886 - books.google.fr).

 

Suidger de Morsleben et Hornburg, n√© vers l'an 1005 √† Hornburg au duch√© de Saxe, fut pape sous le nom de Cl√©ment II durant 9 mois et demi, entre le 24 d√©cembre 1046 et sa mort le 9 octobre 1047 √† l'abbaye de San Tommaso pr√®s de Montelabbate. Il est le premier des cinq papes r√©formateurs du syst√®me d'√Čglise d'Empire investi par les souverains de la dynastie franconienne de 1046 √† 1058 (fr.wikipedia.org - Cl√©ment II).

 

Mais on perd le "sacré scyphe".

 

872

 

Jean VIII, n√© √† Rome vers 820, pape du 14 d√©cembre 872 au 16 d√©cembre 882. Il est surtout connu pour ses interventions en direction de l'√Čglise de Constantinople pour mettre fin au schisme de Photius.

 

Le pape Jean VIII meurt en 882 dans des circonstances malheureuses. Les Annales de Fulda disent qu’il est empoisonné puis, comme il ne mourait pas assez vite, frappé à coups de marteau. Il serait donc le premier pape assassiné fr.wikipedia.org - Jean VIII (pape)).

 

Le roman d’Enéas et la Lettre du prêtre Jean

 

M. Joly, dont il faut lire les longs et curieux développements sur cette question, a judicieusement rapproché la lampe inextinguible du tombeau de Pallas, dans l’Eneas, d’un passage du chroniqueur anglais Guillaume de Malmesbury (vers 1090/1095 - vers 1143), qui, évidemment, n’a pas inventé lui-même ce détail. Le Roman d'Eneas, dont l’auteur est inconnu qui écrit entre 1170 et 1175, se compose, dans l’édition de M. J. Salverda de Grave, de 10156 vers octosyllabiques à rime plate (Louis Petit de Julleville, Histoire de la langue et de la littérature française, Tome I, 1896 - fr.wikisource.org).

 

Cf. la Didon de l'interpr√©tation troisi√®me vers ("De mort merite ne mourra, ne par sort" inspir√© de En√©ide IV, 696) du quatrain suivant III, 66 - Cruzy le Ch√Ętel - 1753.

 

L'auteur de l'Enéas insiste ainsi sur les méthodes et l'art de l'embaumement qui permettront de conserver le corps de Pallas puis de Camille (Emmanuèle Baumgartner, Tombeaux pour guerriers et amazones sur un motif descriptif de l'Eneas et du Roman de Troie, Michigan Romance Studies, Volumes 7 à 9, 1987 - books.google.fr).

 

Dans le roman d'Eneas, le tombeau de Pallas est fait de pierres précieuses et de marbre multicolore (Valérie Gontero, Parures d’or et de gemmes: L’orfèvrerie dans les romans antiques du XIIe siècle, 2002 - books.google.fr).

 

On trouvera entre l'Enéas et la plus ancienne version latine de la Lettre du Prêtre Jean, des rapports qui ne peuvent tous être dus au hasard, et voici des rapprochements qu'il est légitime de faire :

 

1¬į Le roman parle d'une lampe √©ternelle garnie de baume (v. 9512). La Lettre (√©d. Zarncke, dans les Abhandl. der k√∂niglich s√§chsischen Gesellschaft der Wissenschaf ten , phil.-hist. Classe , t. VII) dit, ¬ß 63 : ¬ęBalsamum semper in eadem camera ardet. ¬Ľ

 

2¬į Le roman dit que l'on fabrique la pourpre avec le sang de certains petits poissons (v. 471 ss.). La Lettre, de son c√īt√©, porte, ¬ß 54 : ¬ęApud nos capiuntur pisces, quorum sanguine tinguitur purpura.¬Ľ

 

3¬į Le roman d√©crit la couverture du tombeau de Pallas de la mani√®re suivante :

 

6429 La coverture de desus

Fu tote faite d'ebenus ;

Une aguille ot amont levee

Tote de cuivre sororee ;

Tresgeté i ot treis pomels.

 

Et la Lettre parlant du palais du pr√™tre Jean :

 

¬ß 57 : ¬ęCoopertura ejusdem palacii est de ebeno, ne aliquo casu possit comburi. In extremitatibus vero super culmen palatii sunt duo poma aurea...¬Ľ.

 

Enfin, on a vu pr√©c√©demment de quelle fa√ßon singuli√®re √©tait b√Ęti le tombeau de Camille. Or la Lettre d√©crit un monument du m√™me genre plac√© devant le palais du Pr√™tre :

 

¬ß 67 : ¬ęAnte fores palatii nostri justa locum, ubi pugnantes in duello agonizant, est speculum praecelsae magnitudinis, ad quod per cxxv gradus ascenditur. Gradus vero sunt de porfiritico, partim de serpentino et alabastro a tercia parte inferius. Hinc usque ad terciam partem superiussunt de cristallo lapide et sardonico. Superior vero tercia pars de ametisto, ambra, iaspide et panthera. Speculum vero una sola columpna innititur. Super ipsam vero basis jacens, super quas item alia basis et super ipsam quatuor columpnae, super quas item alia basis et super ipsam vin columpnae, super quas item alia basis et super ipsam columpnae xvi, super quas item alia basis, super quam columpnae xxxn, super quas item alia basis et super ipsam columpnae lxiv, super quas item alia basis, super quam item columpnae lxiv, super quas item alia basis et super ipsam columpnae xxxn. Et sic descendendo dimi-nuuntur columpnae, sicut ascendendo creverunt, usque ad unam. Columpnae autem et basis ejusdem generis lapidum sunt, cujus et gradus, per quos ascen-ditur ad eas. In summitate vero supremae columpnae est speculum, tali arte consecratum, quodomnes machinationes et omnia, quae pro nobis et contra nos in adjacentibus et subjectis nobis provinciis fiunt, a contuentibus liqui-dissime videri possunt et cognosci.¬Ľ

 

De ces rapprochements, tous n'ont pas, √† la v√©rit√©, la m√™me importance :

 

1¬į La lampe garnie de baume et qui br√Ľle toujours se retrouve ailleurs que dans ces textes, et d√©j√†, par exemple, dans la relation de l'Archipr√™tre des Indes (√©d. Zarncke, ¬ß 33).

 

2¬į Si les deux textes appellent les coquillages √† pourpre des poissons, Isidore et B√®de en font autant.

 

3¬į Quant au toit d'√©b√®ne et aux boules d'or, il faudrait savoir si les deux textes n'ont pas puis√© directement, et chacun de son c√īt√©, dans la r√©alit√© ou dans des traditions courantes.

 

Il reste toutefois (et ceci est indiscutable) que la combinaison de la construction √† √©vasement progressif et de la colonne surmont√©e d'un miroir cons¬¨ titue un tien tr√®s √©troit entre les deux √©crits : elle prouve ou que l'auteur de la Lettre a utilis√© l'En√©as, ou que celui de l'En√©as a utilis√© la Lettre, ou que l'un et l'autre ont utilis√© une m√™me source. Il n'y a pas d'autre explication possible. Mais laquelle est la bonne ? J'avoue que je ne suis pas, pour l'instant, en mesure d'y r√©pondre d'une fa√ßon satisfaisante (Edmond Faral, Ovide et quelques autres sources du Roman d'√Čn√©as. In: Romania, tome 40 n¬į158, 1911 - www.persee.fr).

 

Pers√©cut√©s en Chine durant l'anarchie militaire, les Nestoriens s'√©taient r√©fugi√©s chez les Kera√Įtes qui avaient constitu√© un empire, dont le roi fut au XIe (1007) si√®cle baptis√© par le M√©tropolite de Merv : la l√©gende du pr√™tre Jean avait d√©j√† ses racines (Emmanuel Berl, Histoire de l'Europe, Tome 1, 1945 - books.google.fr).

 

Celle de Kerit √©toit toute de Chr√©tiens Nestoriens, & leur Roi √©toit Pr√™tre & mari√©. On le nommoit en la Langue de la Religion du pays, qui √©toit Chalda√Įque, Malek Iouhanna, le Roi Jean. C'est celui que les Portugais ont nomm√© Pr√™tre Joan, le Pr√™tre Jean ; nom qu'ils communiquerent depuis au Roi d'Ethiopie qui √©toit aussi Chr√©tien (Barth√©lemy d'Herbelot, Biblioth√®que orientale, ou, Dictionnaire universel: Ghebr-Luthfallah, Tome 3, 1783 - books.google.fr).

 

Sénat, avec l’hypothèse Victor II

 

Il √©tait difficile que les Romains aimassent le gouvernement d'un √©tranger, de mŇďurs trop s√©v√®res pour souffrir tranquillement leur turbulence et leurs vices. Aussi tent√®rent-ils bient√īt de s'en d√©faire, et un sous-diacre se chargea d'empoisonner le vin du calice : un miracle, selon les auteurs, sauva la vie de Victor (Louis Joseph Antoine de Potter, Histoire philosophique, politique et critique du Christianisme et des √©glises Chr√©tiennes, despuis J√©sus jusqu'au dix-neuvi√®me si√®cle, Tome 6, 1836 - books.google.fr).

 

Dans ce si√®cle (1060-1160), on ne conna√ģt ni les esp√®ces papales, ni imp√©riales. Le pouvoir du peuple et de son s√©nat y est devenu tout-puissant, et l'empreinte de la monnaie dut alors m√™me accepter la formule S. P. Q. R. du s√©nat et du peuple romain. Depuis 1119, le s√©nateur-chef, √©lu ou nomm√© par le pape, fut mis √† la t√™te des affaires : mais la domination du peuple et les formes populaires furent conserv√©es (Joachim Lelewel, Numismatique du moyen-√Ęge, Tome 3, 1835 - books.google.fr).

 

"sacré scyphe"

 

Le vase ou la coupe dans laquelle Hercule buvait le vin s'appelait Scyphus Herculeus, et selon Macrobe, il √©tait particulier √† Alcide, comme le cantharus √† Bacchus. Scyphus Herculis poculum. est, itet ut Liberi patris cantharus. Saturn., liv. V , ch. XXI, page 564. L'√©tymologie du mot Scyphus, qui est grec, est tir√©e par Forcellini de "kuphos", quod vas quoddam concavum signifient. Campegg√ģo dans son trait√©', de Re Cibaria, liv. III, ch. XI, donne encore d'autres √©tymologies, quelqu'un ayant encore l'opinion que ces vases furent ainsi nomm√©s √† cause des Scythes, dont l'intemp√©rance pour le vin √©tait telle qu'on disait Scythiare pour s'√©nivrer. Ce vase √©tait remarquable par sa grandeur ce que nous apprend Stace :

 

gemini cratera ferehant

Herculeum juvenes, illum Tyrinthius olim

Ferre manu sola, spumantemque ore supino.

Vertere seu monstri victor, seu Marte solebat. (Theb. VI, v. 531)

 

Servius confirme la chose en disant: Legitur in libris antiquis, Herculem ad Italiam ingens ligneum poculum intulisse, quo utébatur in sacris : quod ne carie consumeretur, pice oblitum servabatur, cujus magnitudinem, religionemque simul significat ausujet du vers de Virgile  Implevit dexteram sacer scyphus. Ad Aeneid., liv. VIII, v. 278 (Philippe Visconti, Monuments du musée chiaramonti, 1822 - books.google.fr).

 

Servius apporte sur la coupe d'Hercule des détails que le texte de Virgile ne semblait pas appeler nécessairement.

 

On n'oubliera pas que scyphus a pu s'employer chez des auteurs chrétiens pour désigner des vases liturgiques. Ira-t-on jusqu'à observer que, malgré le détail trivial de la poix, ce calice extraordinaire, indestructible, apporté de bien loin par un demi-dieu dans un pays qui lui voue désormais un culte, consacré à des rites particuliers destinés à durer bien après celui au souvenir duquel il est associé, pourrait avoir quelque imaginaire point commun avec un vase chrétien connu ? (Gisèle Besson, Tractus fortasse non otiosus : méthode et enjeux, Lire les mythes: Formes, usages et visées des pratiques mythographiques de l'Antiquité à la Renaissance, 2016 - books.google.fr).

 

L'ap√ītre Jean suppos√© auteur de l'Apocalypse est repr√©sent√© avec un calice d'o√Ļ sort un serpent symbole de la tentative d'empoisonnement par des h√©r√©tiques.

 

A la fin du moyen √Ęge le serpent qui sort du calice est remplac√© par un √©l√©gant petit dragon ail√© qui est pos√© sur le calice et qui symbolise la force du poison s'√©vanouissant √† la pri√®re de saint Jean (Emile M√Ęle, Les saints compagnons du Christ (1958), 1988 - books.google.fr).

 

"Le jour après"

 

Ce lendemain de la découverte du tombeau n’est pas expliqué précisément. En rapport avec ce qui précède, considérons les évangiles.

 

Une premi√®re r√©f√©rence au temps est indiqu√©e par l‚Äôadverbe epaurion, qui est traduit par le lendemain ou le jour suivant. Nous trouvons 4 mentions de cet adverbe, dont les trois premiers se trouvent dans les journ√©es inaugurales : le lendemain quand Jean Baptiste voit J√©sus venir vers lui (Jn¬† 1,29) ; le lendemain quand Jean √©tait encore l√† avec ses deux disciples (Jn 1,35) ; le lendemain quand J√©sus rencontre Philippe (Jn 1,43). La quatri√®me mention se r√©f√®re au lendemain o√Ļ la foule veut rencontrer J√©sus lorsqu‚Äôil se rend √† J√©rusalem (Jn¬† 12,12). Cette¬† pr√©cision temporelle du lendemain est li√©e √† l‚Äôarriv√©e (erchomai) de J√©sus, lui qui vient vers l‚Äôautre. Ainsi, Jean Baptiste voit J√©sus venir (erchomai) vers lui, la r√©ponse de J√©sus aux disciples de Jean est une invitation √† venir et voir : ¬ęVenez (erchomai) et voyez¬Ľ (Jn 1,39), Philippe dit √† Nathana√ęl : ¬ę‚ÄėViens (erchomai), et vois‚Äô. J√©sus, voyant venir (erchomai) √† lui Nathana√ęl¬Ľ (Jn 1,46.47) et le lendemain, lorsque ¬ęla foule nombreuse de gens venus (erchomai) √† la f√™te ayant entendu dire que J√©sus se rendait (erchomai) √† J√©rusalem¬Ľ (Jn 12,12). Nous pouvons noter d√©j√† les premiers indices d‚Äôune relation rhizomique. En fait, c‚Äôest J√©sus qui d√©clenche la relation, mais cela n‚Äôemp√™che pas que les disciples prennent aussi l‚Äôinitiative de ramener des autres hommes √† sa rencontre, comme c‚Äôest le cas de Philippe √† Nathana√ęl. En outre, J√©sus n‚Äôappara√ģt pas comme¬† le¬† seul¬† qui¬† prend l‚Äôinitiative de ‚Äėvenir vers‚Äô (erchomai) l‚Äôautre, √† la recherche d‚Äôune relation ; les disciples et la foule le font pareillement, puisqu‚Äôils viennent vers lui. Ce premier constat brise toute relation bas√©e sur un mod√®le t√©l√©graphique et d‚Äôune logique binaire o√Ļ ¬ęquelqu‚Äôun dit quelque chose √† quelqu‚Äôun¬Ľ. Ainsi, les deux disciples viennent vers J√©sus par la m√©diation de Jean Baptiste, Nathana√ęl vient vers J√©sus par les paroles entendus de Philippe, la foule vient vers J√©sus parce qu‚Äôelle a entendu dire que J√©sus se rendait √† J√©rusalem (Francisco Jacquet Rojas, Une th√©ologie trinitaire in statu nascendi : l‚Äôav√®nementd‚Äôune po√©tique th√©√Ętrale du corps et du geste selonl‚Äô√Čvangile de Jean, 2013 - tel.archives-ouvertes.fr, www.lueur.org).

 

Le soir étant venu, arriva un homme riche d'Arimathée, nommé Joseph, lequel était aussi disciple de Jésus. Il se rendit vers Pilate, et demanda le corps de Jésus. Et Pilate ordonna de le remettre. Joseph prit le corps, l'enveloppa d'un linceul blanc, et le déposa dans un sépulcre neuf, qu'il s'était fait tailler dans le roc. Puis il roula une grande pierre à l'entrée du sépulcre, et il s'en alla. Marie de Magdala et l'autre Marie étaient là, assises vis-à-vis du sépulcre.

 

Le lendemain, qui était le jour après la préparation, les principaux sacrificateurs et les pharisiens allèrent ensemble auprès de Pilate, et dirent: Seigneur, nous nous souvenons que cet imposteur a dit, quand il vivait encore: Après trois jours je ressusciterai. Ordonne donc que le sépulcre soit gardé jusqu'au troisième jour, afin que ses disciples ne viennent pas dérober le corps, et dire au peuple: Il est ressuscité des morts. Cette dernière imposture serait pire que la première. Pilate leur dit: Vous avez une garde; allez, gardez-le comme vous l'entendrez. Ils s'en allèrent, et s'assurèrent du sépulcre au moyen de la garde, après avoir scellé la pierre (Matthieu 27, Version Louis Segond, 1910 - saintebible.com).

 

En Mt 27,62, l'hapax matth√©en t√™t epaurion est flanqu√© d'une p√©riphrase qui obscurcit, plus qu'elle n'√©claire, la r√©f√©rence temporelle : ¬ęle lendemain, c'est-√†-dire apr√®s la pr√©paration¬Ľ. Pourquoi ne pas dire tout simplement le jour du sabbat ? Matthieu souligne-t-il ironiquement que les pharisiens violent le repos du sabbat et font exactement ce qu'ils ont reproch√© √† J√©sus ; ou bien au contraire cherche-t-il √† estomper l'invraisemblance d'une d√©marche des pharisiens violant aussi frontalement le sabbat, qu'il trouve dans une tradition qu'il rapporte ici ? La locution temporelle de Mt 28,1 est d'une polys√©mie bien connue. On pourrait la traduire ¬ęOr sur le tard, la nuit du sabbat, alors que la journ√©e commen√ßait √† poindre vers le premier [jour] de la semaine¬Ľ : le fil temporel se complique singuli√®rement ici. Il le fait plus encore par l'intraduisible diaphore de sabbaton, employ√© d'abord avec le sens de sabbat, ensuite avec celui de semaine. Matthieu souligne ainsi le th√®me sur lequel est ironiquement construit tout l'avant-dernier triptyque de son √©vangile, tout en sugg√©rant th√©ologiquement le d√©but d'une nouvelle √®re de l'histoire comme celui d'une nouvelle semaine symbolique. Dans les ultimes s√©quences, les marqueurs temporels n'indiquent plus gu√®re que des moments relatifs les uns aux autres. A partir de Mt 28,1 le r√©cit s'articule sur des encha√ģnements tenant autant du discours que du r√©cit (cataphorique kai idou ; g√©nitif absolu construisant une temporalit√© parall√®le et concurrente ; disjoncteur logique de). Organis√© autour de propositions confessionnelles, incluant une th√©ophanie apocalyptique assez st√©r√©otyp√©e ainsi qu'un petit r√©cit pol√©mique, le groupe des p√©ricopes finales rel√®ve au moins autant de la proclamation que de la narration (Olivier-Thomas Venard, La parole comme enjeu narratif et th√©ologique dans la passion selon saint Matthieu : un commentaire litt√©raire de Mt 26-28, Revue biblique, Volume 115, 2008 - books.google.fr).

 

Mariage

 

N‚Äôest-ce pas l‚ÄôEglise Romaine qui a interdit aux pr√™tres le mariage et l‚Äôusage des viandes, puisque le pape Victor II, en 1055 et 1056 pers√©cuta les pr√™tres mari√©s; en 1058, le mariage est d√©clar√© par Etienne X, incompatible avec le sacerdoce; en 1120, le pape Calixte II, ordonne leur permettant √† la place d‚Äôune femme l√©gitime, d‚Äôavoir une ou plusieurs concubines; en 1215, le Concile de Latran a √©tabli pour emp√™chement dirimant au mariage, l‚Äô√©tat de pr√™trise ‚Äėou de pr√©tendue promesse de c√©libat. Pour le je√Ľne comme je l‚Äôai d√©j√† dit : les Quatre Temps ont √©t√© invent√©s en l‚Äôan 220, et l‚Äôabstinence des viandes pour le vendredi et samedi, en l‚Äôan 1040 (Conf√©rence religieuse entre M. Mollard-Lef√®vre, converti au protestantisme, et M. Cattet, vicaire de St-Paul, un des premiers th√©ologiens de Lyon, 1833 - books.google.fr).

 

Et Virgile fait briller dans les champs Elysées : Le prêtre qui toujours garde la chasteté (Quique sacerdotes casti, quique sacerdotes casti, dum uita manebat : Enéide VI, 661 - Descente aux Enfers d'Enée) (Jopseph de Maistre, Du Pape, 1845 - books.google.fr, bcs.fltr.ucl.ac.be).

 

En son r√©cit, l'Eneas est bien l'¬ęhistoire d'un mariage¬Ľ et l'union avec Lavinie, passe assur√©ment dans l'oubli des rapts originels autant que des amours pour Cr√©use puis pour Didon. La violence guerri√®re de Troie n'est toutefois pas encore r√©dim√©e. En d√©capitant un guerrier qui demande gr√Ęce √† genoux, mains tendues en sa direction, Eneas refuse le pardon de la mort de Pallas. Ce pardon manqu√©, qui fait violemment contraste avec celui que Didon accorde √† son amant et avec le renoncement √† la vengeance que dessine le Roman de Troie dans son r√©cit du retour des Grecs dans leur patrie, ouvre une voie au roman naissant. En effet, si Albe, la ville qu'Eneas fonde (v. 10134), porte en langue romane la promesse de l'aube, le roman pourtant annonce le cr√©puscule de Rome. Pour discr√®te qu'elle soit, l'inscription de sa fin se donne n√©anmoins √† lire dans le Roman¬† d'Eneas. Symptomatiquement, elle se dit √† l'annonce de sa fondation, lors de l'entr√©e d'Eneas dans Pallant√©e : ancor idonc iert po de chose ; mais puis sist Rome iluec androit, qui tot lo mont ot an destroit : de tot lo siegle fu ra√Įne, tote terre li fu acline (Sylviane Messerli, L'oubli de Troie dans le Roman d'Eneas, √Čtudes de lettres, 2007 - books.google.fr).

 

Typologie

 

Avec la date pivot 1054, le report de 1752 donne 356.

 

Plusieurs schismes divis√®rent l'√Čglise romaine au IVe si√®cle et dans la premi√®re moiti√© du Ve si√®cle. Le premier est une des retomb√©es de la crise arienne. En 356, le pape Lib√®re, pour avoir refus√© de s'accorder avec la politique doctrinale de Constance II, fut arr√™t√© et exil√©. Il lui fut donn√© un rempla√ßant, F√©lix, mais celui-ci ne fut pas accept√© par tous les chr√©tiens de la ville. D'o√Ļ un schisme qui subsista jusqu'en 358, date √† laquelle Lib√®re revint dans sa ville, apr√®s avoir c√©d√© en partie √† l'empereur. Celui-ci avait pr√©vu que Lib√®re gouvernerait avec F√©lix ; en fait, ce dernier fut assez rapidement √©vinc√©. En 366, √† la mort de Lib√®re, un nouveau schisme se produisit. Damase et Ursin furent √©lus papes par des partis diff√©rents, ce qui donna lieu √† de tr√®s violents affrontements entre leurs partisans: il y eut 137 ou plus de 170 morts (selon les sources), et il fallut que l'empereur tranche en faveur de Damase et l'impose par la force. Dans ce conflit, le parti d'Ursin, qui comptait peu de clercs, semble avoir voulu s'opposer √† l'√©volution qui faisait de l'√Čglise de Rome une √Čglise de plus en plus riche, proche des puissants et du pouvoir. Le schisme des partisans d'Ursin dura plusieurs ann√©es (Pierre Maraval, Le christianisme, de Constantin √† la conqu√™te arabe, 2015 - books.google.fr).

 

Beno√ģt XIV

 

Le pape Cl√©ment XII meurt le 6 f√©vrier 1740. Le conclave √©lit le cardinal Lambertini √† l'unanimit√© le 17 ao√Ľt 1740, apr√®s un des plus longs conclaves depuis des si√®cles : en effet, il ne dure pas moins de six mois et n√©cessite 254 scrutins. L√©gislateur de l'√Čglise moderne, il a marqu√© le XVIIIe si√®cle par son long pontificat de dix-huit ans et par son ouverture d'esprit au si√®cle des Lumi√®res. C'est un pape moderne qui tente de calmer les querelles religieuses, de ramener l'√Čglise grecque et l'√Čglise arm√©nienne dans le giron de Rome, et, tout en confirmant la bulle Unigenitus, il adoucit les rigueurs que l'on exer√ßait sur les jans√©nistes. Il d√©finit les conditions de l'incorruptibilit√© des corps. F√©ru de sciences - en particulier de physique, de chimie, de math√©matiques, il autorise les Ňďuvres sur les nouvelles repr√©sentations du monde (h√©liocentrisme √† cette √©poque), et cela en deux temps : en 1741, devant la preuve optique de la trajectoire orbitale de la Terre apport√©e par James Bradley, il fait accorder par le Saint-Office l'imprimatur √† la premi√®re √©dition des Ňďuvres compl√®tes de Galil√©e, ce geste constitue une r√©vision implicite des sentences de 1616 et 1633 ; en 1757, les ouvrages favorables √† l'h√©liocentrisme sont autoris√©s, par un d√©cret de la Congr√©gation de l'Index, qui retire ces ouvrages du catalogue des livres interdits.

 

Au début de son règne, il se montre favorable aux Lumières et entretient des relations avec Frédéric II de Prusse par l'intermédiaire du savant Maupertuis. Voltaire lui dédie en 1745 sa tragédie Le Fanatisme ou Mahomet le Prophète. La lettre de remerciement du pape au philosophe témoigne l'excellence de leurs rapports. Voltaire admirait sincèrement ce pontife cultivé et ouvert aux idées de son temps. En 1751, il se montre favorable au projet d'encyclopédie de Diderot et d'Alembert. Mais le 22 mars 1752 Sa sainteté a condamné la thèse soutenue à Paris par l'abbé de Prades, inspirée de la philosophie de la sensation, selon laquelle le commencement et les progrès des connaissances de l'homme se font indépendamment de toute lumière surnaturelle, pour ensuite le conduisent à la religion. 

 

Lorenzo Ganganelli, conseiller du Saint-Office sous Beno√ģt XIV et futur pape Cl√©ment XIV, mourra, dit-on, empoisonn√© par les antidotes qu'il prenait, en 1774 (fr.wikipedia.org - Beno√ģt XIV, fr.wikipedia.org - Jean-Martin de Prades).

 

Géant

 

Pour le g√©ant, on a Microm√©gas (¬ęGrandpetit¬Ľ, en grec ancien), de Voltaire publi√© en 1752.

 

Micromégas raconte les voyages d'un habitant de l'étoile Sirius, le géant Micromégas, sur la planète Saturne, puis sur la planète Terre. Micromégas et son compagnon le Saturnien étaient en définitive descendus de leur planète pour venir porter un jugement sur l'homme.

 

Le premier conte voltarien en prose, Microm√©gas, na√ģt parall√®lement au Si√®cle de Louis XIV, et hasard suggestif, il est offert au public en m√™me temps que le ¬ęNouveau Plan d'une Histoire de l'esprit humain et l'histoire des Croisades¬Ľ, 1752.

 

Le succ√®s du Si√®cle de Louis XIV excitait les app√©tits des √©diteurs pirates. L'un d'eux publie, sous la date de Londres, 1752, √† la suite de Microm√©gas (dont c'est la premi√®re √©dition), le Nouveau Plan d'une histoire de l'esprit humain et l'Histoire des croisades. Voltaire fait aussit√īt imprimer un d√©saveu, √©videmment sujet √† caution. Mais pour cette fois il semble dire vrai : cette √©dition se contente de reproduire les textes du Mercure. Et il comprend la n√©cessit√© de couper court √† d'autres entreprises semblables : il annonce √† son √©diteur Walther qu'il va achever et publier lui-m√™me son Histoire universelle (6 septembre 1752). Derechef, les circonstances favorisaient peu un travail de patiente √©rudition. Au mime moment Voltaire s'engage dans l'affaire Akakia : s'√©tant pris de querelle avec Maupertuis, puis avec Fr√©d√©ric II, il doit finalement quitter la Prusse, le 26 mars 1753 (Ren√© Pomeau, Essai sur les mŇďurs et l'esprit des nations et sur les principaux faits de l'histoire depuis Charlemagne jusqu'√† Louis XIII, 1963 - books.google.fr).

 

Le Mercure de France (avril 1745-juin 1746) publie sous le titre Nouveau plan d'une histoire de l'esprit humain le d√©but de l'Essai sur les mŇďurs.

 

L‚Äôadministration de Basile ne fut gu√®re plus heureuse. C‚Äôest sous son r√®gne qu‚Äôest l‚Äô√©poque du grand schisme qui divisa l‚Äô√Čglise grecque de la latine. C‚Äôest cet assassin qu‚Äôon regarda comme juste, quand il fit d√©poser le patriarche Photius. Les malheurs de l‚Äôempire ne furent pas beaucoup r√©par√©s sous L√©on, qu‚Äôon appela le Philosophe ; non qu‚Äôil f√Ľt un Antonin, un Marc-Aur√®le, un Julien, un Aaron-al-Raschild, un Alfred, mais parce qu‚Äôil √©tait savant. Il passe pour avoir le premier ouvert un chemin aux Turcs, qui, si longtemps apr√®s, ont pris Constantinople (fr.wikisource.org - Voltaire, OEuvres compl√®tes, Tome 11).

 

Le plan ajoute apr√®s "qui divisa l'Eglise Grecque et Latine" : "& dont je parlerai dans l'article de l'Eglise pour ne pas confondre les mati√®res" (Le microm√©gas de Mr. de Voltaire: Avec une Histoire des croisades & un Nouveau plan de l'histoire de l'esprit humain, 1753 - books.google.fr).

 

L'article Eglise du Dictionnaire philosophique détaille ce grand schisme :

 

Lorsqu'en 879 le patriarche Photius fut r√©tabli dans son si√®ge par le huiti√®me concile Ňďcum√©nique grec, compos√© de quatre cents √©v√™ques, dont trois cents l'avaient condamn√© dans le concile Ňďcum√©nique pr√©c√©dent, alors le pape Jean VIII le reconnut pour son fr√®re. Deux l√©gats envoy√©s par lui √† ce concile se joignirent √† l'Eglise grecque, d√©clar√®rent Judas quiconque dirait que le St Esprit proc√®de du P√®re & du Fils. Mais ayant persist√© dans l'usage de se raser le menton & de manger des Ňďufs en car√™me, les deux Eglises rest√®rent toujours divis√©es. Le schisme fut enti√®rement consomm√© l'an 1053 & 1054, lorsque Michel Cerularius patriarche de Constantinople condamna publiquement l'√©v√™que de Rome L√©on IX & tous les Latins, ajoutant √† tous les reproches de Photius, qu'ils osaient se servir de pain azyme dans l'eucharistie contre la pratique des ap√ītres; qu'ils commettaient le crime de manger du boudin, & de tordre le cou aux pigeons au lieu de le leur couper pour les cuire. On ferma toutes les √©glises latines dans l'empire grec, & on d√©fendit tout commerce avec quiconque mangeait du boudin. Le pape L√©on IX n√©gocia s√©rieusement cette affaire avec l'empereur Constantin Monomaque, & obtint quelques adoucissemens. C'√©tait pr√©cis√©ment le temps o√Ļ ces c√©l√®bres gentilshommes normands, enfans de Tancr√®de de Hauteville, se moquant du pape & de l'empereur grec, prenaient tout ce qu'ils pouvaient dans la Pouille & dans la Calabre, & mangeaient du boudin effront√©ment. L'empereur grec favorisa le pape autant qu'il put; mais rien ne r√©concilia les Grecs avec nos Latins. Les Grecs regardaient leurs adversaires comme des barbares qui ne savaient pas un mot de grec. L'irruption des crois√©s sous pr√©texte de d√©livrer les saints lieux, & dans le fond pour s'emparer de Constantinople, acheva de rendre les Romains odieux. Mais la puissance de l'Eglise latine augmenta tous les jours, & les Grecs surent enfin conquis peu-√†-peu par les Turcs. Les papes √©taient depuis long-temps de puissans & riches souverains ; toute l'Eglise grecque fut esclave depuis Mahomet II, except√© la Russie, qui √©tait alors un pays barbare, & dont l'Eglise n'√©tait pas compt√©e (Oeuvres completes de Voltaire: tome trente-neuvi√®me, 1785 - books.google.fr).

 

On sait que le Dictionnaire philosophique, commenc√© √† l'automne de 1752, puis abandonn√© pendant quelques ann√©es, fut repris √† la fin de 1762 pour √™tre compl√©t√© au d√©but de 1764. Il fait bien partie des Ňďuvres dont Voltaire disait en 1761: Je n'ay que deux jours √† vivre, mais je les emploierai √† rendre les ennemis de la raison ridicules" (Jeanne R Monty, √Čtude sur le style pol√©mique de Voltaire: Le dictionnaire philosophique, Volumes 44 √† 46, 1966 - books.google.fr).

 

Cependant, "rien ne permet toutefois d'affirmer que les articles publi√©s dans le Dictionnaire philosophique sont identiques √† ceux √©bauch√©s entre septembre et novembre 1752. L'article ¬ę√āme¬Ľ reproduit en annexe est peut-√™tre issu de cette s√©rie, mais rien ne permet de l'affirmer p√©remptoirement" (Dictionnaire philosophique de Voltaire, 2010 - books.google.fr).

 

Mariage

 

Beno√ģt XIV, dans sa constitution de 1752 pour les Grecs d'Italie, d√©clare nuls tout mariage qui serait contract√© depuis l'ordination, il prescrit aux pr√™tres grecs qui doivent c√©l√©brer de s'y pr√©parer par la continence pendant une semaine, ou du moins trois jours (Henri Gr√©goire, Histoire du mariage des pr√™tres en France: particuli√®rement depuis 1789, 1826 - books.google.fr).

 

Histoire de Jenni, encore un ¬ęconte anglais¬Ľ, suit de pr√®s Les Oreilles du comte de Chesterfield. C'est l'un des derniers contes compos√©s par Voltaire, en 1774-1775.

 

FREIND. Saint Pierre, au rapport de saint Cl√©ment d'Alexandrie, eut des enfants; et m√™me on compte parmi eux une sainte P√©tronille. Eus√®be, dans son Histoire de l'√Čglise, dit que saint Nicolas, l'un des premiers disciples, avait une tr√®s belle femme, et que les ap√ītres lui reproch√®rent d'en √™tre trop occup√©, et d'en para√ģtre jaloux... ¬ęMessieurs, leur dit-il, la prenne qui voudra; je vous la c√®de.¬Ľ Dans l'√©conomie juive, qui devait durer √©ternellement, et √† laquelle cependant a succ√©d√© l'√©conomie chr√©tienne, le mariage √©tait non seulement permis, mais express√©ment ordonn√© aux pr√™tres, puisqu'ils devaient √™tre de la m√™me race; et le c√©libat √©tait une esp√®ce d'infamie. Il faut bien que le c√©libat ne f√Ľt pas regard√© comme un √©tat bien pur et bien honorable par les premiers chr√©tiens, puisque parmi les h√©r√©tiques anath√©matis√©s dans les premiers conciles, on trouve principalement ceux qui s'√©levaient contre le mariage des pr√™tres, comme saturniens, basilidiens, montanistes, encratistes, et autres ens et istes. Voil√† pourquoi la femme d'un saint Gr√©goire de Nazianze accoucha d'un autre saint Gr√©goire de Nazianze, et qu'elle eut le bonheur inestimable d'√™tre femme et m√®re d'un canonis√©, ce qui n'est pas m√™me arriv√© √† sainte Monique, m√®re de saint Augustin. Voil√† pourquoi je pourrais vous nommer autant et plus d'anciens √©v√™ques mari√©s, que vous n'avez autrefois eu d'√©v√™ques et de papes concubinaires, adult√®res, ou p√©d√©rastes; ce qu'on ne trouve plus aujourd'hui en aucun pays. Voil√† pourquoi l'√Čglise grecque, m√®re de l'√Čglise latine, veut encore que les cur√©s soient mari√©s. Voil√† enfin pourquoi moi qui vous parle, je suis mari√©, et j'ai le plus bel enfant du monde. Et dites-moi, mon cher bachelier, n'avez-vous pas dans votre √©glise sept sacrements de compte fait, qui sont tous des signes visibles d'une chose invisible ? Or, un bachelier de Salamanque jouit desagr√©ments du bapt√™me d√®s qu'il est n√©; de la confirmation d√®s qu'il a des culottes ; de la confession d√®s qu'il a fait quelques fredaines ; de la communion, quoique un peu diff√©rente de la n√ītre, d√®s qu'il a treize ou quatorze ans ; de l'ordre quand il est tondu sur le haut de la t√™te, et qu'on lui donne un b√©n√©fice de vingt, ou trente, ou quarante mille piastres de rente; enfin de l'extr√™me onction quand il est malade. Faut-il le priver du sacrement de mariage quand il se porte bien ? surtout apr√®s que Dieu lui-m√™me a mari√© Adam et Eve : Adam, le premier des bacheliers du monde, puisqu'il avait la science infuse, selon votre √©cole; Eve, la premi√®re bacheli√®re, puisqu'elle t√Ęta de l'arbre de la science avant son mari.

 

LE BACHELIER, Mais, s'il est ainsi, je ne dirai plus mais. Voilà qui est fait, je suis de votre religion ; je me fais anglican. Je veux me marier à une femme honnête qui fera toujours semblant de m'aimer, tant que je serai jeune, qui aura soin de moi dans ma vieillesse, et que j'enterrerai proprement si je lui survis; cela vaut mieux que de cuire des hommes et de déshonorer des filles comme a fait mon cousin don Caracucarador, inquisiteur pour la foi.

 

Tel est le pr√©cis fid√®le de la conversation qu'eurent ensemble le docteur Freind et le bachelier don Papalamiendo, nomm√© depuis par nous Papa Dexando. Cet entretien curieux fut r√©dig√© par Jacob Hulf, l'un des secr√©taires de milord (Ňíuvres compl√®tes de Voltaire avec des notes et une notice historique sur la vie de Voltaire: Dictionnaire philosophique, Tome 8, 1836 - books.google.fr).

 

La√Įcs

 

Fr√©d√©ric de Lorraine ou Fr√©d√©ric d'Ardenne, n√© vers 1020 √† Dun-sur-Meuse et mort le 28 mars 1058 √† Florence, fut pape sous le nom d'√Čtienne IX du 3 ao√Ľt 1057 au 29 mars 1058. Il succ√®de √† Victor II. Premier pape √† s'√©manciper de la tutelle de l'empereur germanique, √Čtienne IX meurt √† Florence le 28 mars 1058 apr√®s seulement huit mois de pontificat, peut-√™tre de maladie, mais plus vraisemblablement assassin√©, selon des sources plus r√©centes : la motivation de cet assassinat pourrait trouver son origine dans le fait que, premier pape √† remettre en question la nomination des papes par les empereurs germaniques depuis le r√®gne de Charlemagne, ou par la vox populi de Rome, il propose que le souverain pontife soit √©lu par un coll√®ge de cardinaux, mode d'√©lection qui sera institu√© par son successeur Nicolas II en 1059 (fr.wikipedia.org - Etienne IX).

 

Des historiens (Fliche et Martin, Amann et Dumas) sont all√©s jusqu'√† pr√©tendre que l'√Čglise de cette √©poque ¬ę√©tait au pouvoir des la√Įcs¬Ľ. Cette affirmation suppose implicitement que l'√Čglise devrait appartenir normalement au clerg√©. C'est d'ailleurs ce que pr√©tendront les partisans de la r√©forme papale, lorsqu'ils distingueront clairement les deux ordres, la√Įc et religieux. Mais une telle fa√ßon de voir les choses laisse dans l'ombre un important aspect de la situation. Dans ce mouvement de privatisation des √©glises, tous les propri√©taires ne sont pas des la√Įcs. Des monast√®res sont eux aussi de grands propri√©taires d'√©glises, et ils en contr√īlent de plus en plus √† mesure que des propri√©taires la√Įcs leur transf√®rent leurs droits. La croissance de leurs revenus ne vient pas seulement du travail de la terre dans lequel, on le sait, ils excellent. Le d√©veloppement de la privatisation des droits eccl√©siastiques a d√©j√† plac√© entre les mains des moines des d√ģmes et des √©glises que la loi canon r√©serve aux √©v√™ques. Bien √©videmment, le clerg√© lui-m√™me n'est pas moins d√©sireux d'exploiter et de conserver la valeur mon√©taire de ses fonctions spirituelles. Pour l'historien anglais Colin Morris, d√©j√† cit√©, la chose √† retenir dans cette privatisation n'est pas tant le pouvoir la√Įc, que la propri√©t√© priv√©e. Bref, dans l'√Čglise comme dans d'autres secteurs de la soci√©t√©, l'id√©e d'institutions publiques s'est d√©sagr√©g√©e pour laisser la place √† une multitude de droits poss√©d√©s par des propri√©taires individuels. L'√Čglise ne fait que suivre les mŇďurs de de son temps (Philippe Simonnot, Les papes, l'√Čglise et l'argent: histoire √©conomique du christianisme des origines √† nos jours, 2005 - books.google.fr).

 

La r√©forme gr√©gorienne est une politique men√©e durant le Moyen √āge sous l'impulsion de la papaut√©. Si les historiens admettent que le pape L√©on IX a commenc√© le redressement de l'√Čglise, c'est pourtant le pape Gr√©goire VII qui a laiss√© son nom √† la r√©forme. De plus, les efforts pour sortir l'√Čglise catholique d'une crise g√©n√©ralis√©e depuis le Xe si√®cle se poursuivent bien apr√®s le pontificat de Gr√©goire VII. Ainsi l'expression ¬ęr√©forme gr√©gorienne¬Ľ peut para√ģtre impropre puisqu'elle ne s'est pas limit√©e √† quelques ann√©es mais concerne au total pr√®s de trois si√®cles. Elle comporte quatre projets principaux : l'affirmation de l'ind√©pendance du clerg√© : les la√Įcs ne peuvent plus intervenir dans les nominations, ce point ne va pas sans conflits, notamment entre le pape et les empereurs germaniques qui se consid√®rent comme les repr√©sentants de Dieu sur terre (Querelle des Investitures) ; la r√©forme du clerg√©, le clerg√© est mieux instruit et l'√Čglise impose le c√©libat des pr√™tres ainsi que le mariage chr√©tien pour les la√Įcs ; l'affirmation du r√īle du pape : √† partir du XIe si√®cle, le pape met en place une structure centralis√©e autour de la papaut√©, on voit se d√©velopper la curie pontificale qui contr√īle ce qui se fait dans l'√Čglise ; la garantie du travail des moines tout en contr√īlant les comptes de l'√©glise, qui fut un sujet tr√®s pol√©mique √† l'√©poque (fr.wikipedia.org - R√©forme gr√©gorienne).

 

Voltaire demandait √† d'Alembert ¬ęquel √©tait le malheureux qui avait engag√© le Parlement de Paris √† se faire g√©om√®tre, m√©canicien, m√©taphysicien, th√©ologien, etc., pour juger vingt volumes in-folio de l'Encyclop√©die ?¬Ľ Il ne fallait pas qu'il f√Ľt th√©ologien contre les philosophes, mais il √©tait tr√®s bien qu'il le f√Ľt contre les J√©suites (Fran√ßois Z√©non Collombet, Histoire critique et g√©n√©rale de la suppression des J√©suites au XVIII Si√®cle, Tome 2, 1846 - books.google.fr).

 

Quelques personnes font remonter le projet de destruction form√© en France contre les J√©suites, jusqu'au temps de l'exil du Parlement de Paris en 1753. Tout le monde sait que la r√©sistance opini√Ętre de cette Compagnie aux volont√©s du Roi, dans les affaires de l'Eglise, lui attira cette punition. Le parti jans√©niste que ce coup de vigueur atterroit, ne manqua pas d'attribuer la fermet√© du Roi et de son Conseil aux suggestions des J√©suites, toujours ardents √† d√©fendre la bulle Unigenitus. On les accusoit de conduire l'archev√™que de Paris, de gouverner l'√©v√™que de Mirepoix, d'entretenir, dans le comte d'Argenson, ses pr√©ventions contre les Parlements, d'inspirer √† Monsieur le Dauphin des sentiments d√©savantageux au corps entier de la Magistrature. Plusieurs membres du Parlement de Paris, d√©j√† peu favorablement dispos√©s pour les J√©suites, se laiss√®rent prendre, dit-on, √† ces id√©es, et se promirent bien de venger un jour, sur la Soci√©t√©, le traitement qu'ils √©prouvoient. On pr√©tend m√™me que quelques-uns d'entre eux s'en expliqu√®rent assez ouvertement √† Bourges, disant qu'√† leur retour, ils sauroient mettre les J√©suites hors d'√©tat de leur nuire. Quoi qu'il en soit des vues du Parlement √† cette √©poque, l'an√©antissement des J√©suites en France n'√©toit tout au plus alors qu'un projet en l'air, con√ßu, dans un moment d'humeur, par quelques t√™tes fanatiques, mais d'une ex√©cution trop difficile, pour que les forces seules du Parlement pussent le conduire √† sa fin ; il ne pouvoit r√©ussir sans le concours ou du moins sans le silence de l'autorit√© royale : et dans l'√©tat actuel des choses, il e√Ľt √©t√© insens√© de se promettre l'un ou l'autre. Pour trouver la v√©ritable origine de cet √©v√©nement singulier, il faut donc chercher le moment o√Ļ le minist√®re commen√ßa √† entrer dans les vues du parlement et √† seconder ses desseins, si toutefois il ne les fit pas na√ģtre. Or, ce moment, je crois qu'on doit le fixer √† la fin de l'ann√©e 1757. La Cour avoit bien chang√© de face en peu de temps. L'Ev√™que de Mirepoix, dont le Roi respectoit la vertu et √©coutoit les conseils, ne vivoit plus. La feuille des b√©n√©fices, apr√®s avoir √©t√© assez peu de temps entre les mains du cardinal de la Rochefoucauld, √©toit tomb√©e dans celles d'un homme trop peu estim√© pour avoir droit de parler avec force, trop courtisan pour le vouloir au risque de sa fortune, trop esclave de la marquise de Pompadour qui l'avoit √©lev√©, pour oser r√©sister √† ses volont√©s. Le comte d'Argenson, ministre ferme, intelligent, protecteur d√©clar√© de l'Eglise et des J√©suites, attach√© par inclination autant que par devoir √† toute la famille royale, l'ami du Roi et l'ennemi mortel des parlements, avoit √©t√© enfin sacrifi√© aux sollicitations importunes de la ma√ģtresse. Machault, esprit brouillon, mais actif, li√© d'abord au parlement par inimiti√© contre d'Argenson et par vengeance contre le clerg√©, puis fortement oppos√© aux entreprises des magistrats, qu'il voyoit pouss√©es trop loin, principal auteur du fameux lit de justice du mois de d√©cembre 1756, cons√©quemment int√©ress√© par honneur √† soutenir son ouvrage, et capable par caract√®re de le faire avec constance, homme d'ailleurs assez droit, estimant les J√©suites et leur voulant du bien, Machault avoit subi le sort de son rival. Le marquis de Paulmy, fils du marquis d'Argenson et successeur de son oncle, occupoit encore sa place, mais mena√ßoit ruine. L'Archev√™que de Paris, toujours ferme, toujours √©gal √† lui-m√™me, avoit conserv√© l'estime du Roi, mais n'en avoit plus la confiance. Ainsi tous les appuis manquoient aux J√©suites, tandis que, d'un autre c√īt√©, tout se remuoit contre eux. L'incr√©dulit√©, fortifi√©e par les troubles de l'Eglise et surtout par la licence effr√©n√©e de la presse, s'√©toit accrue au point de faire une secte redoutable ; le z√®le des J√©suites √† la combattre avoit anim√© √† leur perte tous les nouveaux philosophes qui, ne cessant de les d√©crier dans leurs discours et dans leurs √©crits, augment√®rent beaucoup les pr√©ventions contre eux. Le parti jans√©niste m√©pris√©, mais soutenu, avoit r√©ussi √† se faire craindre, en servant les projets des magistrats contre l'autorit√© royale. Le Roi, d√©testant √©galement les uns et les autres, √©toit n√©anmoins dispos√©, par la fatalit√© des circonstances, √† ne r√©sister que foiblement √† leurs efforts. Le funeste accident du 5 janvier 1757, la tentative d'assassinat faite sur lui par Damiens, l'avoit effray√©. Le moment de cet attentat, arriv√© trois semaines apr√®s le lit de justice et dans la disgrace actuelle du parlement, les proc√©dures commenc√©es √† la pr√©v√īt√© de l'h√ītel, l'histoire m√™me du proc√®s fait en grand'chambre, ne lui permettoient pas de douter de quel esprit partoit le coup qui avoit mis ses jours en danger. Il craignoit qu'une m√™me vigueur n'attir√Ęt encore les m√™mes suites ; et malheureusement il avoit trop laiss√© apercevoir ses craintes. Le Parlement, √† force de d√©sob√©issance, √©toit venu √† bout de donner la loi (Jacques-Benjamin Saint-Victor, Documents historiques, critiques, apolog√©tiques, concernant la Compagnie de J√©sus, Tome 1, 1827 - books.google.fr).

 

A cette √©poque, le Parlement avait fait br√Ľler en dix ans plus de mandements d'√©v√™ques, - nous disons d'√©v√™ques catholiques, car les appelants √©taient des auteurs classiques au Palais, - qu'il n'avait fait br√Ľler de livres impies depuis qu'il existait. Le 11 juin 1752, trois Archev√™ques et seize Ev√™ques s'adress√®rent au Roi pour se plaindre de l'√©tat d'oppression dans lequel, sous pr√©texte de venger ses libert√©s, les tribunaux s√©culiers tenaient la malheureuse Eglise de France. Trois ans apr√®s, l'Archev√™que d'Aix et dix √©v√™ques, ses suffragants, se plaignaient avec plus d'√©nergie. L'√©v√™que de Troyes, Poncet de la Rivi√®re, venait de publier sa fameuse Instruction sur le schisme, et, suivant sa m√©thode, le Parlement avait charg√© l'ex√©cuteur de la haute justice de r√©futer cette Instruction en la br√Ľlant. Ce fut apr√®s de telles repr√©sailles (6 juin 1756) que le pr√©lat fit para√ģtre un nouveau Mandement, pour arr√™ter les suites du scandale : ¬ęLe Parlement, disait-il, s'est √©tabli juge de la docrine qu'elle (l'Instruction pastorale) renferme, arbitre de la foi qu'elle d√©fend, et s'est empar√©, √† notre pr√©judice, par l'usurpation la plus criminelle, du d√©p√īt sacr√© qui nous a √©t√© confi√©. Quelles suites funestes une pareille entreprise n'entra√ģne-t-elle pas apr√®s, elle ? Le scandale s'√©tend, les peuples s√©duits n'√©couteront plus leurs pasteurs; ils iront chercher les r√®gles de leur foi dans les arr√™ts des tribunaux s√©culiers, et l'encensoir sera d√©sormais entre les mains des la√Įcs...¬Ľ (Fran√ßois Z√©non Collombet, Histoire critique et g√©n√©rale de la suppression des J√©suites au XVIII Si√®cle, Tome 2, 1846 - books.google.fr).

 

En France, la suppression des j√©suites fut le signal de diverses mesures contre les autres religieux. Une ordonnance, √©man√©e en 1768, d√©fendit de s'engager dans un ordre avant 21 ans pour les hommes, avant 18 ans pour les filles. On escomptait en r√©alit√© une diminution des religieux; en m√™me temps, la conventualit√© fut fix√©e √† quinze religieux pour les monast√®res d'hommes; cette mesure diminuerait le nombre des couvents, car si ce chiffre n'√©tait pas atteint, la suppression du couvent ou sa r√©union √† un autre √©tablissement serait d√©cr√©t√©e. En outre aucun ordre ne pouvait compter plusieurs maisons dans une m√™me ville, si ce n'est √†, Paris, o√Ļ il fut interdit cependant d'en avoir plus de deux. L'ex√©cution de cette loi fut assur√©e par la ¬ęCommission des r√©guliers¬Ľ, √©tablie en 1766 pour la r√©forme monastique. L'archev√™que de Toulouse, de Brienne, fut l'agent le plus actif de la commission, qui ne comptait gu√®re que des la√Įcs. D√©j√† dans ses assembl√©es de 1775 et de 1780, le clerg√© de France, redoutant la ruine de toute vie monastique, s'adressait au roi pour obtenir la modification des ordonnances. En effet, en application de ces lois, la commission des r√©guliers avait d√©j√† supprim√©, en une dizaine d'ann√©es, neuf congr√©gations religieuses, dont quelques-unes comprenaient plus de vingt monast√®res. Au lieu de r√©former, elle abolissait, encourageant par l√† l'indiscipline et attisant la discorde dans les couvents (G. de Schepper, La r√©organisation des paroisses et la suppression des couvents dans les Pays-Bas autrichiens sous le r√®gne de Joseph II, 1942 - books.google.fr).

 

Cf. le quatrain III, 93.

 

Le Roman d'√Čn√©as, adaptation de l‚Äô√Čn√©ide de Virgile, est un roman anonyme ; la date de r√©daction du premier manuscrit est estim√©e √† 1160. On consid√®re ce texte comme un des plus anciens romans fran√ßais (ou le plus ancien selon la d√©finition que l'on donne au mot roman) (fr.wikipedia.org - Roman d'En√©as).

 

L‚Äô√©mergence de la litt√©rature en langue vernaculaire au XIIe si√®cle, et en particulier du roman, doit se comprendre dans le contexte d‚Äôune soci√©t√© dont les fondements reposent sur la distinction des clercs et des la√Įcs. D‚Äôorigine religieuse, elle int√©resse en fait tout le fonctionnement de la soci√©t√© (statuts juridiques, formes de culture, modes de vie distinct). Au plan id√©ologique, son importance n‚Äôest pas moindre car la distinction entre spirituel et temporel, sacr√© et profane, entre Dieu et les hommes, informe toutes les repr√©sentations du monde chr√©tien, la relation antagoniste du charnel et du spirituel constituant, en ce qui concerne la soci√©t√© du Moyen √āge central, un paradigme cl√©. [...]

 

Depuis la r√©forme gr√©gorienne, en particulier, les clercs se pensent comme spirituels et d√©veloppent en particulier un discours prescriptif visant √† faire le salut de ces √™tres charnels que sont les la√Įcs. Dans une soci√©t√© chr√©tienne o√Ļ la pr√©√©minence du principe spirituel constitue le fondement des relations sociales, l‚Äôaristocratie s‚Äôemploie √† contester le r√īle qui lui est r√©serv√© dans l‚Äôorganisation sociale et dans la r√©partition des pouvoirs. Elle se pr√©sente √† son tour comme ¬ęspirituelle¬Ľ et fait entendre sa voix √† travers la litt√©rature en langue vernaculaire (Rapport sur la dissertation fran√ßaise √©tabli par Jean-Ren√© Valette - www.antiquite.ens.fr).

 

Lien avec le quatrain VI, 66

 

Au fondement de la nouvelle secte,

Seront les oz du grand Romain trouvés,

Sepulchre en marbre apparoistra couverte,

Terre trembler en Avril, mal enfouetz.

 

Dans la suite du quatrain III, 65, on se replace en 1054 dans la chronologie d'Albéric, avec la découverte du tombeau de Pallas, dans le contexte de la séparation des églises orthodoxe et catholique. Cette trouvaille constitue un prodige, Pallas étant grec (arcadien), en rapport avec le schisme.

 

Du point de vue catholique, dans la mesure o√Ļ l'√©glise orthodoxe se s√©pare de l'√©glise catholique, elle devient une "nouvelle secte" (latin "secare" : couper) : "secte schismatique photienne" (Luc Oreskovic, Les jeunes filles d'un dioc√®se de fronti√®re au XVIIIe si√®cle, Variations, Num√©ro 24, 2006 - books.google.fr).

 

"couverte" peut rappeler la couverture d'ébène du tombeau de Pallas dans la Lettre du Prêtre Jean et dans le Roman d'Eneas.

 

Le tremblement de terre peut être une image de cette séparation actée en juillet 1054 à la suite de la mort du pape Léon IX en avril justement.

 

Image de Constantinople d√©crite comme une haute montagne (Ap. XXI, 10) dont les eaux limpides abreuvent les peuples aux quatre extr√©mit√©s de la terre (Ap. XXII, 1-2), image des Latins d√©crits avec les mat√©riaux apocalyptiques du tonnerre, du tremblement de terre, de la gr√™le et de la b√™te f√©roce (cf. Ap. chap. IX et XI, 19) ; pourrait-on trouver un texte plus √©loquent pour d√©crire les sentiments des Byzantins envers les Francs s√©par√©s de l'Eglise et de l'empire de l'Orient ? R√©dig√©s (867) de la main de l'un des patriarches les plus prestigieux de Constantinople, ces propos de Photios exprimaient √† tel point une certaine r√©alit√© historique que ces m√™mes images seront reprises en 1054 et plac√©es comme pr√©ambule dans l'acte officiel par lequel le synode r√©uni¬† √† Constantinople d√©cidait de jeter l'anath√®me sur l'Eglise latine. On doit tenir pour presque certain que l'id√©e selon laquelle l'Eglise de Rome √©tait l'Apostasie (II Thes. II,3) avait pris naissance au cours du IXe si√®cle, √† la suite d'une s√©rie d'√©v√©nements politiques et religieux favorisant une telle interpr√©tation : cr√©ation de l'Etat pontifical (754), couronnement de Charlemagne (800), reconnaissance du Filioque¬† (809), affrontements politico-religieux √† propos de l'√©vang√©lisation des Bulgares (866), schisme photien (867). Elle devient une id√©e ma√ģtresse au cours des XIe - XIIIe si√®cles, car les √©v√©nements politiques et religieux de cette √©poque sont beaucoup plus graves: Eglise de Rome tomb√©e entre les mains des Francs (1003) et acceptation d√©finitive du Filioque (1009), schisme c√©rullarien (1054), octroi au pape de la couronne royale et √©lection de l'√©v√™que de Rome par le seul coll√®ge des cardinaux (1059), Croisades et royaumes latins d'Orient. Dans la naissance et le d√©veloppement de l'id√©e Eglise romaine-Apostasie, ce qui s'av√®re le plus important, ce n'est pas la position officielle de l'Etat ou de l'Eglise (d'ailleurs, ces deux autorit√©s agissaient toujours de concert) mais la ¬ęvox populi¬Ľ et la ¬ęconscientia populi¬Ľ manipul√©es √† leur gr√© par les moines et les pr√©dicateurs populaires (Ast√©rios Argyriou, Les ex√©g√®ses grecques de l'Apocalypse a l'√©poque turque (1453-1821): esquisse d'une histoire des courants ideologiques au sein du peuple grec asservi, 1982 - books.google.fr).

 

L'Arménie constitue un cas particulier: bien qu'elle ne fasse plus partie de l'Empire byzantin après les années 1080, il faut signaler l'abondance des mentions de séismes en cette zone, et particulièrement dans la région d'Erzincan et du lac de Van, ce qui n'est pas pour étonner au vu des accidents plus récents. On en peut dire autant de la Cilicie et de la Syrie d'Antioche, sur lesquelles, en raison des Croisades, la documentation est relativement plus riche: des séismes y sont signalés en 1053-1054 (Mathieu d'Edesse), 1091, décembre 1097, 1114, date à laquelle toute la Cilicie et l'Isaurie furent atteintes  (Alain Ducellier, Les séismes en Méditerranée orientale du XIème au XIIIème siècle, Compte-rendu, Volume 15, Numéro 4, XVe congrès d'études byzantines, 1980 - books.google.fr).

 

Voici le peu que nous savons : Mathieu d'Edesse raconte longuement √† l'ann√©e 502 de l'√®re d'Arm√©nie qui correspond environ √† l'ann√©e courant du 8 mars 1053 au 7 mars 1054 de notre √®re les tremblements de terre effrayants et autres signes c√©lestes √† Antioche, les ravages de la foudre aussi qui, suivant l'opinion g√©n√©rale √† cette √©poque, furent le ch√Ętiment divin des d√©sordres violents survenus entre les deux communaut√©s ennemies syrienne et romaine, autrement dit catholique, de cette grande cit√© (Gustave L√©on Schlumberger, L'√©pop√©e byzantine √† la fin du dixi√®me si√®cle, Tome 3, 1905 - books.google.fr).

 

La date pr√©cise n‚Äôest pas pr√©cis√©e. Pourquoi pas avril 1053 ?

 

C'est à Antioche qu'on porta la première fois le nom de chrétien.

 

Le pape L√©on IX re√ßut √† cette √©poque une lettre de Pierre, le nouveau patriarche d'Antioche, qui lui annon√ßait sa promotion, et lui envoyait sa profession de foi par un p√®lerin de J√©rusalem. Dans sa r√©ponse , L√©on donne de grands √©loges √† Pierre de ce qu'il reconna√ģt la primaut√© de l'√Čglise romaine; il l'exhorte √† soutenir la dignit√© du si√®ge d'Antioche, qui est le troisi√®me du monde, ajoute le saint-p√®re, depuis que le patriarche de Constantinople a √©t√© d√©grad√© du rang qu'il occupait dans l'√Čglise. Il approuve l'√©lection de Pierre, et d√©clare sa profession de foi catholique; ensuite sa saintet√© lui envoya la sienne, suivant l'usage √©tabli (Maurice La Ch√Ętre, Histoire des Papes, crimes, meurtres, empoisonnements, parricides, adult√®res, incestes, depuis Saint Pierre jusqu'√† Gr√©goire XVI, 1842 - books.google.fr).

 

C'est donc juste avant d'affronter les Normands, le 13 avril 1053, que L√©on r√©pond au patriarche d'Antioche. Y. Congar note que les historiens sont unanimes √† constater que la rupture entre Orient et Occident √©tait virtuellement faite depuis le depuis le d√©but du XIe si√®cle au moins avec Serge II, en tous cas bien avant C√©rulaire. De ce fait, ¬ę√† Rome on ne re√ßoit plus rien de l'Orient et Pierre d'Antioche √©tonnera joyeusement L√©on IX en lui envoyant sa synodique¬Ľ. Laissons-nous donc un instant √©tonner - voire toucher - par cet √©change √©pistolaire : tel l'envoi des deux morceaux d'une tess√®re librement consentie par consentie par un Pierre d'Antioche plus ouvert que bien d'autres √† l'importance de la sauvegarde de l'unit√©. L'ultime tentative du sumbolos, alors que le diabolos fait d√©j√† succomber les deux partis (Joseph Dor√©, Le mill√©naire du pape saint L√©on IX: c√©l√©bration des 19-20-21 avril et 23 juin 2002 √† Strasbourg et √Čguisheim, 2003 - books.google.fr).

 

Typologiquement, le quatrain a été mis en rapport avec la loge italienne P2, d'inspiration fasciste, le "Romain" désignant Mussolini.

nostradamus-centuries@laposte.net