Remise en cause de la légitimité impériale autrichienne

Remise en cause de la légitimité impériale autrichienne

 

III, 49

 

1740-1741

 

Règne Gaulois tu seras bien changé,

En lieu estrange est translaté l'Empire,

En autres mœurs et loix seras rangé,

Roan et Chartres te feront bien du pire.

 

Translatio imperii ad Germanos

 

Le quatrain semble reprendre le titre d'un essai de l'abbĂ© Guyon sur la translatio imperii, dont le privilège et l'approbation du roi date de 1746 : Essai critique sur l'etablissement et la translation de l'empire d'occident en Allemagne, avec les causes singulières qui l'ont fait perdre aux Français (Claude-Marie Guyon, Essai critique sur l'etablissement et la translation de l'empire d'occident ou d'Allemagne (etc.), 1752 - books.google.fr).

 

L'abbé Guyon remit en cause le caractère romain même de la dignité impériale, qui était fondé sur la théorie de la translatio Imperii, selon laquelle l'empereur du Saint-Empire était le successeur légitime des empereurs de la Rome antique. Guyon consacre la plus grande partie de son ouvrage à l'histoire de l'Empire d'Occident au temps des Carolingiens. Pour cet auteur, les rois francs sont les «Rois de France». La première partie de son livre traite des monarques francs, depuis Charles Martel jusqu'à l'extinction de la dynastie carolingienne, et de la Francie orientale jusqu'au sacre d'Otton Ier. La seconde partie examine plus en détail les causes de la chute de l'Empire carolingien. Selon Guyon, cette chute fut provoquée surtout par la faiblesse de certains empereurs et par la puissance temporelle des papes. Enfin, la troisième partie étudie les titres d'«Empereur» et de «Roi des Romains», avant d'examiner l'origine et les droits des princes électeurs. Cette attention particulière que Guyon prête aux empereurs francs distingue véritablement son ouvrage de l'«Histoire» de Maimbourg, que l'auteur attaque sévèrement. En particulier, Guyon lui reproche d'avoir chargé «ses marges d'une longue suite d'Auteurs, qu'il n'a vraisemblablement consultés que très-légerement, puisqu'il leur prête souvent tout le contraire de ce qu'ils disent» et de n'avoir consacré qu'une cinquantaine de pages à l'histoire des empereurs carolingiens et au problème du transfert de l'Empire en Allemagne.

 

Dans son Tableau historique de 1669, Nouvelon se fait l'écho de la théorie de la translatio Imperii. [...] L'empereur Charlemagne s'installa à Aix-la-Chapelle, qui, comme le souligne Nouvelon, faisait bien partie de la Gaule et non des pays d'outre-Rhin. Ainsi, la translation de l'Empire aux Allemands ne fut achevée que par Otton III, après que les Italiens eurent de leur côté tenté de le récupérer. Nouvelon considère que ce sont ces tentatives italiennes qui impulsèrent les efforts redoublés d'Otton III pour conserver durablement l'Imperium en Allemagne (Guido Braun, La connaissance du Saint-Empire en France du baroque aux Lumières 1643-1756, 2012 - books.google.fr).

 

M. l'abbé Guyon dans son histoire de la translation de l'empire, fixe l'origine des prétentions des papes sur les investitures des empereurs, à la démarche que fît Charles le Chauve, d'envoyer demander la couronne impériale au pape Jean VIII (Variations de la monarchie françoise dans son gouvernement politique, civil & militaire, avec l'examen des causes qui les ont produites ou Histoire du gouvernement de France depuis Clovis jusqu'à la mort de Louis XIV, 1765 - books.google.fr).

 

Louis-le-Germanique Ă©tait l'ainĂ©, cependant on lui prĂ©fĂ©ra Charles, qui fut d'abord Ă©lu empereur, et ensuite roi d'Italie. On tint un concile Ă  Rome, en 877, dans lequel on confirma l'Ă©lection qui avait Ă©tĂ© faite par l'autoritĂ© du sĂ©nat, du peuple, des Ă©vĂŞques qui avaient rang parmi les seigneurs, et du pape Jean VIII, considĂ©rĂ© comme le chef de la ville de Rome. Après la mort de Charles-le-Chauve, son neveu, Charles-le-Gros, fils de Louis-le-Germanique, s'empara de toute la Lombardie et assujettit toute l'Italie Ă  sa puissance. Il vint ensuite Ă  Rome, oĂą il fut reçu avec honneur, et créé empereur par le pape Jean VIII et le sĂ©nat de Rome. Translation de l'empire aux Allemands : Après la mort de Charles-le-Gros, le pape Formose pria Arnould roi de Germanie, neveu de ce prince, de venir dĂ©livrer Rome de la tyrannie de Guy, duc de Spolete, descendant par les femmes de Charlemagne. Arnould prit Rome, et fut couronnĂ© empereur ; il mourut en 900, et son fils ne lui survĂ©cut pas longtemps. Ainsi fut Ă©teinte cette partie de la famille de Charlemagne, qui jusqu'alors avait possĂ©dĂ© l'Allemagne. Ceux de la partie de cette famille qui Ă©taient en France, avaient trop de peine Ă  conserver ce royaume, pour porter leurs vues sur l'Allemagne et l'Italie. Après Arnould, l'Allemagne se choisit diffĂ©rents rois. Quant Ă  Rome et Ă  l'Italie, elles furent pendant soixante ans la proie du plus fort ; jusqu'Ă  ce que le pape Jean XII eut engagĂ© Othon, premier roi d'Allemagne, ou des Teutons, Ă  venir dĂ©livrer Rome de l'oppression des tyrans. Il y vint, y fut reçu au milieu des acclamations du peuple romain et du clergĂ©, lesquelles acclamations Ă©taient le signe que le peuple consentait Ă  l'Ă©lection, et le pape le proclama et couronna empereur, l'an 972. Il avait Ă©pousĂ© AdĂ©laide, veuve de Lothaire, roi d'Italie, et s'Ă©tait dĂ©jĂ  emparĂ© de ce royaume, lorsqu'il fut couronnĂ© empereur (Jacques BĂ©nigne Bossuet, DĂ©fense de l'Église gallicane, Bibliothèque chrĂ©tiĂ©nne du dix-neuvième siècle, 1845 - books.google.fr).

 

Autres mœurs

 

La Maison de Charlemagne Ă©tant en possession de l'Empire d'Occident depuis plus d'un siĂ©cle, les Germains ne pouvoient plus s'en sĂ©parer, au jugement des PaĂŻens-mĂŞmes, qui auroient regardĂ© cette entreprise comme une infraction dĂ©clarĂ©e de la Loi naturelle & du Droit des gens. Enfin, si l'on en excepte les Saxons, jamais aucun peuple de la Germanie ne s'Ă©toit rĂ©voltĂ©, depuis qu'ils avoient tous Ă©tĂ© foumis Ă  la Couronne de France. Leur silence, fondĂ© sur un Ă©tat plus tranquile & plus heureux, Ă©toit la marque d'un consentement volontaire, qu'il n'Ă©toit plus permis de rĂ©tracter. Un Annaliste Alleman du XVIe siĂ©cle (Paul Langius) sentant cette difficultĂ©, a imaginĂ©, pour y rĂ©pondre, de dire que Charlemagne Ă©toit Alleman dans son origine, dans ses moeurs, dans sa langue ; & qu'ainsi les Germains n'avoient rien Ă´tĂ© Ă  la Nation Françoise, qui n'avoit jamais possĂ©dĂ© l'Empire. Mais rien n'est plus faux & plus contraire aux notions communes que cette idĂ©e. Car Charlemagne qui descendoit des Maires du Palais Ă©toit François de naissance & de moeurs, ou il faut dire que Pharamon & Clovis ne l'Ă©toient pas ; & dès lors on n'en reconnoĂ®tra aucun. L'Auteur Anonyme de la Chronique Allemande est plus sincere. Il avouĂ« avec tous les autres Historiens de sa Nation, que l'Empire a passĂ© des François aux Germains ; & il dit que ceux-ci se sĂ©parerent, parce qu'ils ne voulurent point d'un Roi nĂ© & Ă©levĂ© en France, qui n'auroit ni les moeurs ni les fentimens favorables aux Allemans (Claude Marie Guyon, Essai critique sur l'etablissement et la translation de l'empire d'occident ou d'Allemagne (etc.), 1752 - books.google.fr).

 

Normands

 

La première invasion des Normands remonte Ă  841, la bande d'Oskar, brĂ»le Rouen le 14 mai et s'empare de l'abbaye de de Saint-Ouen. Les Normands reparaissent sur les rives de la Seine en 845,851, 852,855. Charles le Chauve les assiège dans l'Ă®le d'Oscelle en 858 et subit un Ă©chec. Aux diètes de Pitres de 862 et de 864, le roi ordonne de barrer les vallĂ©es de la Seine, de l'Eure et de l'Andelle. En 867, la Seine est dĂ©gagĂ©e, parce que les Normands tournent maintenant tous leurs efforts vers l'Angleterre. Mais ils reviennent en 876 et Charles le Chauve ne peut rĂ©ussir Ă  les chasser. En 879 se constitue la grande armĂ©e normande Elle apparaĂ®t en 885 sous les murs de Rouen, puis elle va assiĂ©ger Paris. En 890 l'armĂ©e part pour le Cotentin et la Bretagne. En 896 un chef nommĂ© Hulc se trouve dans la vallĂ©e de la Seine. De 903 Ă  910 on n'a plus aucun renseignement sur la grande armĂ©e qui, sans doute, s'est fragmentĂ©e en une foule de petites bandes. Celle de Rolf, en 910, fait une campagne dans le SĂ©nonais ; en 911, partant de Jeufosse, en amont du confluent de la Seine et de l'Epte, elle va assiĂ©ger Chartres et est repoussĂ©e. Charles le Simple, croyant peut-ĂŞtre le moment favorable pour se l'attacher, lui abandonne par une convention dite de Saint-Clair-sur-Epte le territoire qu'elle occupe (Henri Prentout, La Normandie, Revue de synthèse historique, Centre international de synthèse, Paris, Section de synthèse historique, 1910 - archive.org).

 

Ces Barbares du Nord, comme leur nom le porte, avoient inutilement tenté de se jetter dans la France pendant le regne de Loüis le Débonnaire. Mais sous Charles le Chauve, ils gagnerent l'embouchure de la Seine, se rendirent maîtres de Roüen, & se répandirent aux environs avec le fer & la flamme. Le succès de ceux-ci en apella des essains d'autres. Presque tout le Dannemark les suivit, & ils porterent les ravages & la fureur jusques sur les bords du Rhin. Le Roïaume fut agité de ces guerres civiles & étrangeres sous le regne de Loüis le Bégue, fils de Charles le Chauve, & ensuite de Louis III & de Carloman mais son état devint plus triste sous Charles le Gros leur successeur, & le dernier des Rois de France Empereurs. Ce fut alors que les Normans firent le fameux siége de Paris, qui dura plus d'un an, & qu'ils ne leverent qu'après le honteux Traité que Charles le Gros fit avec eux. La foiblesse de ce Prince ocasionna plusieurs démembremens de l'Empire, enfin la révolte de ses sujets, qui le déposerent, & qui mirent Arnoul sur le Trône (Claude-Marie Guyon, Essai critique sur l'etablissement et la translation de l'empire d'occident ou d'Allemagne, 1752 - books.google.fr).

 

Les Normands en 886

 

Chartres est la cible de plusieurs raids vikings au cours de la seconde moitié du IXe siècle et au début du Xe siècle. En juin 858, les Vikings investissent pour la première fois la ville et la détruisent. Durant l'attaque, l'évêque de la ville Frobaud meurt en tentant de traverser l'Eure à la nage, ainsi qu'un grand nombre de clercs. Chartres est reconstruite et dotée pour la première fois de remparts. Lors d'une nouvelle attaque en 865, les Vikings sont repoussés. En février 886, durant le siège de Paris, une partie des soldats de Sigfried attaquent Chartres sans succès. À l'été 911, le chef normand Rollon entreprend le siège de la ville au retour d'une expédition en Bourgogne. L'évêque de Chartres Gancelme organise la résistance et fait appel au duc de Neustrie Robert, au duc de Bourgogne Richard le Justicier et au comte de Poitou Ebles Manzer. Leurs armées battent les Normands devant les fortifications de la ville le 20 juillet (fr.wikipedia.org - Histoire de Chartres).

 

Le traité de Saint-Clair-sur-Epte est conclu à l'automne de l'année 911 entre le roi des Francs Charles III le Simple et Rollon, un chef viking. Considéré comme l'acte de naissance de la Normandie, ce traité permet l’établissement des Vikings dans la basse vallée de la Seine, à condition qu’ils protègent le royaume de Charles III de toute nouvelle invasion des «hommes du Nord» (fr.wikipedia.org - Traité de Saint-Clair-sur-Epte).

 

Depuis la fin du VIIIe siècle, les souverains carolingiens peinent à repousser les assauts des Vikings. En 885-886, ces derniers assiègent Paris. Impuissant à les repousser, Charles III le Gros négocie leur retraite contre espèces sonnantes et trébuchantes. Cet épisode contribue au discrédit de la dynastie carolingienne (Catherine Valenti, Le Petit Livre de - les Grandes Dates de l'Histoire du Monde - 500 Dates Qui Ont Marqué l'histoire, 2012 - books.google.fr).

 

Des troupes s'assemblent en Flandre pour aller assiĂ©ger Paris, elles se dirigent vers la Seine et campent Ă  Rouen en 885. Dudon raconte prĂ©cisĂ©ment cette marche vers la Seine; mais la date qu'il donne de l'arrivĂ©e de la flotte dans ce fleuve, 876, n'est pas exacte et dĂ©rive sans doute d'une fausse lecture de 886 : Anglo-Saxon Chron., 886 : "This year the army, which before had drawn eastward, went westward again, and thence up the Seine. Annales Vedastini, 885 : Mense Julio... Rotomagum civitatem ingressi cum omni exercitu." (Johannes Steenstrup, Études prĂ©liminaires pour servir Ă  l'histoire des Normands et de leurs invasions, 1880 - books.google.fr).

 

Acrostiche : REER

 

RERE, v. n. raire, se dit proprement du cri du cerf en amour. C'est un plaisir de les voir rere (17, 42). L'on cognoist les vieux cerfz a les entendre rere ou crier (Ibid.). REM. - «Pour oĂŻr rere les cerfz, qui... reront en la forest... Cerfz reent en diverses manières» (Ph., 36, 147). - «RĂ©er», est un infinitif, fabriquĂ© par les lexicographes, qui ont pris des formes telles que reent, reant, en rĂ©alitĂ© de la 4e conjugaison (re-re), pour des formes de la 1re conjugaison (re-er). Cette trouvaille apparaĂ®t prĂ©cisĂ©ment pour la 1re fois dans le SupplĂ©ment du Dictionnaire françois-latin de Robert Estienne (1549) ; puis dans «Le Recueil des mots..., etc.» (d'ailleurs stupidement rĂ©digĂ©) ajoutĂ© par Galliot du PrĂ© Ă  son Ă©dition de la VĂ©nerie de Du F., en 1573, et que Claude Gauchet recopia plus tard pour l'adjoindre Ă  sa première Ă©dition du Plaisir des champs (1583). Une fois introduit dans les lexiques, «rĂ©er» fut acceptĂ© de confiance. Saln., qui est parfois assez livresque, ne donne que «Reer» dans son Dict., et Ă©crit dans sa VĂ©nerie «crians et beuglans (ce qu'on appelle Reer en vray terme) de toute leur force». D'Yauv. dit «crier» (voy. Bramer, Rem.) et «cris» en ce sens ; mais il note un nouveau terme (qui semble d'argot de piqueux) pour distinguer un autre cri du cerf : «S'il survient quelque cerf qui puisse donner de l'ombrage, le maĂ®tre [des biches] l'Ă©carte en allant Ă  lui quelques pas d'un trot prĂ©cipitĂ© : il a alors un cri frĂ©quent et coupĂ©, que l'on nomme roter; mais il pousse ses cris ordinaires en revenant Ă  ses biches» (p. 152). D'Yauv. donne «raire» (Dict.) qui est l'orthographe primitive de ce verbe; on trouve, en effet, au XIVe s. : «Li raires du cerf» (Ars d'amours d'après Delb., citĂ© par le D.G.) (François Remigereau, Recherches sur la langue de la vĂ©nerie et l'influence de Du Fouilloux dans la littĂ©rature et la lexicographie, 1963 - books.google.fr).

 

Le comte Nithard apparaît pour la première fois en 881. Simple miles à cette date, il n'en figure pas moins au nombre des douze grands personnages de Lotharingie qui, sur l'invitation du légat du pape Nicolas Ier, se portent garants des engagements pris par Lothaire II au sujet de la reine Theutberge. On le retrouve en 885, où il écrit à l'empereur Charles le Gros pour le féliciter de son avènement et lui recommander de prendre comme conseiller un certain comte Burchard que l'on doit probablement identifier au comte souabe de ce temps. Cette rencontre d'un Nithard et d'un Burchard nous paraît tout à fait remarquable et de nature à éclairer définitivement la question des origines paternelles du saint abbé Guillaume de Volpiano. Nithard et Burchard étaient probablement parents (Revue Mabillon, Numéros 53-56, 1924 - books.google.fr).

 

C’est en 1001 que le duc Richard II de Normandie appelle à Fécamp Guillaume de Volpiano encore appelé Guillaume de Dijon, précédé par sa réputation d’abbé réformateur. Raoul Glaber présente au chapitre VII de la Vita l’action de Guillaume à Fécamp et insiste sur les largesses effectuées en faveur de l’abbaye sitôt l’arrivée du nouvel abbé.

 

Raoul Glaber, un moine bourguignon de ses disciples, rédigea en quatorze chapitres la vita de son maître, quelque temps après 103114. Né en juin ou juillet 962 dans la citadelle de San Giulio d’une lignée aristocratique alémanique, oblat à Lucedio au diocèse de Verceil, Guillaume ne devint pas moine de Cluny par ha sard. Mais on ne s’attardera pas à ces moments-là de sa vie. Il réforme l’abbaye de Saint-Bénigne de Dijon à partir de 989 et se voit confier dans les années suivantes plusieurs monastères en Bourgogne, Lorraine et Ile-de-France. En 1000-1001 il fonde Fruttuaria en Italie du Nord. [...]

 

L’autoritĂ© de Guillaume de Volpiano, indĂ©niable, peut-ĂŞtre localisĂ©e, est circonscrite Ă  quelques Ă©tablissements : FĂ©camp et Jumièges au diocèse de Rouen, Bernay et Saint-Evroult au diocèse de Lisieux — le premier abbĂ© de Saint-Evroult, Thierry de Mathonville, fut au prĂ©alable prieur de Jumièges sous l’abbatiat de Thierry -, Saint-Martin de SĂ©es au diocèse de SĂ©es, Le Mont-Saint-Michel au diocèse d’Avranches, Troarn, au diocèse de Bayeux, enfin Conches et Saint-Taurin d’Evreux au diocèse d’Evreux. [...]

 

Plusieurs abbayes vont ĂŞtre en quelque sorte placĂ©es dans la mouvance fĂ©campoise par l’entremise d’abbĂ©s venus de FĂ©camp. Après la mort de Guillaume de Volpiano en 1031, le Mont-Saint-Michel a encore des abbĂ©s fĂ©campois jusqu’au milieu du XIe siècle (VĂ©ronique Gazeau, Guillaume de Volpiano en Normandie : Ă©tat des questions, 2002).

 

Liutprand de CrĂ©mone raconte la ruse de l'archevĂŞque de Milan Lambert qui dĂ©cide de retarder le duc Burchard de Souabe, venu en Italie dĂ©fendre les intĂ©rĂŞts de son beau- fils Rodolphe II de Bourgogne, en le recevant fastueusement et en l'autorisant mĂŞme «à chasser le cerf dans son parc animalier, grâce qu'on n'accorde Ă  personne si ce n'est aux plus chers et aux plus importants amis». Les auxiliaires milanais de l'Ă©vĂŞque eurent ainsi le temps d'arriver et massacrèrent le duc et son escorte (RĂ©gine Le Jan, Amis ou ennemis ? Émotions, relations, identitĂ©s au Moyen Ă‚ge, 2024 - books.google.fr).

 

Typologie

 

Prenant comme date pivot 887, date de la déposition de Charles le Gros, dernier roi de Francie empereur, le report de 1741 donne 33.

 

Charles III dit «le Gros», né en 839 à Neudingen (de), près de Donaueschingen, et mort le 12 ou 13 janvier 888 au même endroit, est un prince et souverain carolingien. Par captation inopinée de l'héritage de ses frères aînés Carloman et Louis, ce troisième fils de Louis le Germanique, héritier de l'Alémanie à la mort de son père, devient un puissant roi de Francie jusqu'à sa destitution à Trebur en 887, et empereur d'Occident de 881 à sa mort en 888 (fr.wikipedia.org - Charles III le Gros).

 

«L'empereur victorieux se substitue, à Constantinople, au Christ ressuscité de Jérusalem, et il attend sans doute de cette substitution apothéose et résurrection [...] De même qu'il y a un Constantin-Hélios au sommet de la colonne de porphyre, il y a un Constantin-Christ dans le mausolée impérial que sont les Saints-Apôtres.» Par-delà la «translatio imperii» qui vaut à Constantinople de remplacer Rome, il existe un second transfert, plus significatif encore, qui fait que Constantinople se substitue aussi à Jérusalem, pour figurer le paradigme de la Jérusalem Nouvelle (Henri Stierlin, Orient byzantin: de Constantinople à l'Arménie et de Syrie en Ethiopie, Tome 3, 1988 - books.google.fr).

 

Au nom de la translatio imperii, le Saint Empire germanique se prĂ©sente un siècle plus tard comme le successeur de l'Empire romain (byzantin), dont il partage la visĂ©e universelle et la prĂ©tention Ă  couronner l'histoire. Ce n'est toutefois qu'au XVe siècle que la mention «de nation germanique» viendra complĂ©ter le titre en dĂ©signant les territoires allemands sur lesquels règne l'Empereur Ă  l'exclusion de l'Italie et de la Bourgogne. MalgrĂ© ses avatars politiques, le Saint Empire romain germanique tire de la synthèse entre le politique et le sacrĂ©, le germanisme et le christianisme, une lĂ©gitimitĂ© et un prestige qu'il gardera jusqu'après sa disparition en 1806 (le Recez napolĂ©onien) (G. Merlo, Politique et religion : l'idĂ©e du Troisième Reich, Revue d'Allemagne et des pays de langue allemande, Volume 32, 2000 - books.google.fr).

 

Le sermon du lundi de Pâques (de 1857), qui tourne autour de la notion du pouvoir politique chrétien, dresse un parallèle entre la Résurrection du Christ et la restauration de l'Empire de France. Ainsi l'emprisonnement de Napoléon à Sainte-Hélène est-il comparé à la déposition de Jésus dans le tombeau. Enfermé par les scribes et les pharisiens modernes, le Sauveur qu'est Napoléon dans l'ordre politique a brisé son propre tombeau et a ressurgi dans l'œuvre entreprise par son neveu. Le sens de leur oeuvre commune est de perpétuer l'Empire chrétien d'Occident, puisque au début du XIXe siècle a eu lieu une translatio imperii d'Allemagne vers la France, restituant à celle-ci sa primauté au sein de la chrétienté. L'abbé sicilien Joachim Ventura ne se réfère pas dans ce contexte à la deuxième épître de saint Paul aux Thessaloniciens, mais à défaut du mot l'idée de katékhon est présente en filigrane dans ses discours et reçoit même un renfort théologique supplémentaire par le commentaire d'un autre passage paulinien, celui où l'Apôtre des Gentils recommande l'obéissance à l'égard des autorités. C'est que, selon Ventura, l'exhortation de saint Paul suppose une doctrine de la hiérarchie des pouvoirs en tant que formes de représentation de la divinité (Theodore Paleologue, Les Napoléonides, Commentaire, Volume 27, Numéro 108, 2005 - books.google.fr).

 

La notion paulinienne du katékhon est cette force ou cette personne qui, selon la seconde épître aux Thessaloniciens, retarde la venue de l'Antéchrist et la fin de l'Histoire (La revue des lettres modernes: Léon Bloy, Numéro 6, 1954 - books.google.fr).

 

La Translatio en 1740

 

Force est de constater que, à partir de 1740, les éditions françaises de la Bulle d'or et des capitulations impériales connaissent un essor important et qu'en France les commentateurs de ces lois fondamentales les discutent de manière controversée. Ce débat doit être interprété sur l'arrière-fond de la remise en cause de l'appartenance de la dignité impériale à la maison d'Autriche.

 

Martin Wrede a bien prouvé, tout récemment, que la diminution du danger que les invasions ottomanes ont représenté pour le Saint-Empire aux Temps modernes contribua, en combinaison avec d'autres évolutions, comme les changements dynastiques de 1742 et de 1745, à montrer les limites des capacités d'intégration de l'Empire, surtout après 1740. En fait, selon Martin Wrede, la disparition de l'ennemi commun de l'empereur et des états d'Empire qu'avait été le Turc fut l'une des causes de la désintégration du Saint-Empire qui suivit à partir des années 1740 (Guido Braun, La connaissance du Saint-Empire en France du baroque aux Lumières 1643-1756, 2012 - books.google.fr).

 

Le contexte en 1740

 

La guerre de Succession d'Autriche (1740 – 1748, traité d'Aix-la-Chapelle) est un conflit européen né de la contestation par les États qui y avaient souscrit de la Pragmatique Sanction, par laquelle l'empereur Charles VI du Saint-Empire léguait à sa fille Marie-Thérèse d'Autriche les États héréditaires de la maison de Habsbourg. Le 20 octobre 1740, Charles VI, empereur romain germanique de la Maison de Habsbourg, meurt. Roi de Bohême et de Hongrie et archiduc d'Autriche (ses titres et possessions principaux), il n'a pour postérité survivante que deux filles et souhaite léguer ses États patrimoniaux à l'aînée d'entre elles, Marie-Thérèse. Aussi a-t-il édicté en 1713 une «Pragmatique Sanction» qu'ont ratifiée l'ensemble des États européens. Une femme ne pouvant régner sur l'Empire, Marie-Thérèse pense pouvoir faire élire Empereur son mari François-Étienne de Lorraine. La France avait accepté à mi-mot la Pragmatique Sanction en 1738, pour autant qu'elle ne lésât pas les intérêts des tiers. Frédéric II, tout nouveau roi de Prusse (son père, le brutal «Roi-Sergent» est mort le 31 mai 1740). Dans un premier temps, pour prix de son vote à l'élection impériale, Frédéric demande la Silésie, la plus riche possession de Marie-Thérèse et peuplée d'un million d'habitants. La cour de Vienne s'étonne d'une telle ambition. Dans un second temps, Frédéric fait envahir par surprise et sans déclaration de guerre préalable, la région convoitée, dès décembre 1740 (fr.wikipedia.org - Guerre de Succession d'Autriche).

 

La France, appuyĂ©e sur l'alliance de la Prusse et de l'Espagne, revient Ă  la politique d'hĂ©gĂ©monie. A l'exception de l'Angleterre, qui ne dĂ©sirait ne dĂ©sirait pas le dĂ©membrement de l'Autriche parce qu'elle ne convoitait aucun de ses territoires et parce que la puissance des Habsbourg lui apparaissait comme le principal Ă©lĂ©ment de l'Ă©quilibre continental, les Etats europĂ©ens se trouvèrent unanimes pour violer leurs engagements les plus solennels. FrĂ©dĂ©ric II, qui venait de monter sur le trĂ´ne de Prusse (1740), convoitait la SilĂ©sie. Philippe V d'Espagne prĂ©tendait au Milanais. En France, la politique d'hĂ©gĂ©monie continentale rebondissait : la destruction de la maison de Habsbourg devait lui assurer la suprĂ©matie sur le continent, et la conquĂŞte de la Belgique, briser la maĂ®trise maritime de l'Angleterre. Le cardinal Fleury cependant, comprenant les dangers auxquels la France s'exposait en revenant Ă  ses visĂ©es d'hĂ©gĂ©monie dynastique - lesquelles avaient conduit Louis XIV aux traitĂ©s d'Utrecht - prodiguait des conseils de modĂ©ration. Mais Louis XV Ă©tait dĂ©cidĂ© : les ressources de la France Ă©taient considĂ©rables, il allait les consacrer Ă  faire triompher enfin la politique d'hĂ©gĂ©monie dynastique engagĂ©e par Louis XIV. Fleury ne fut pas Ă©coutĂ© et, assistĂ© de quelques conseillers secrets, Louis XV prit lui-mĂŞme en mains la direction de la politique Ă©trangère. Dans la grande crise qui s'ouvrait, s'affirma la dĂ©composition dĂ©finitive du Saint-Empire : ce furent les princes allemands qui furent les premiers Ă  se jeter sur l'Autriche. Sans dĂ©claration de guerre, le roi de Prusse, FrĂ©dĂ©ric II, envahit la SilĂ©sie, tandis que les armĂ©es de la Saxe et de la Bavière pĂ©nĂ©traient en BohĂŞme et en Autriche. Fleury, qui craignait les consĂ©quences d'une rupture de l'Ă©quilibre continental, tâcha encore de maintenir la France en dehors du conflit. Il chercha Ă  sauver la paix par une transaction, en vertu de laquelle le duc Charles-Albert de Bavière serait Ă©lu empereur tandis que Marie-ThĂ©rèse recueillerait la succession de Charles VI. Ce fut en vain. Sous l'influence personnelle du jeune  roi Louis XV, une alliance fut signĂ©e Ă  Nymphenbourg par les trois maisons des Bourbons de France, d'Espagne et de Sicile avec la Prusse et la Bavière contre l'Autriche (1741). Toute la politique de sagesse qui avait valu Ă  Fleury les succès des traitĂ©s de Vienne et de Belgrade Ă©tait ruinĂ©e. La France renonçait Ă  la fois Ă  l'alliance anglaise et Ă  l'entente avec l'Autriche, dans l'espoir d'imposer Ă  l'Europe la prééminence de la maison de Bourbon, sous l'Ă©gide du roi de France, appuyĂ©e sur l'alliance prussienne. EntraĂ®nĂ© dans la guerre, Fleury chercha encore Ă  la localiser. Soucieux de ne pas rendre impossible le retour Ă  l'alliance anglaise, il s'efforça de sĂ©parer la guerre maritime qu'il livrait, mollement d'ailleurs, contre l'Angleterre, de la guerre qui s'engageait contre l'Autriche. Et, afin de mĂ©nager les intĂ©rĂŞts anglais, il garantit au roi d'Angleterre, Ă©lecteur de Hanovre, qu'il respecterait ses territoires allemands. Mais Louis XV, malgrĂ© Fleury, allait de l'avant. Une armĂ©e française de 40.000 hommes, envoyĂ©e pour appuyer le duc Charles-Albert de Bavière, s'empara de Prague, tandis que, soutenus par la France, les Ă©lecteurs nommaient Charles-Albert empereur sous le nom de Charles VII (1742-1745). Au moins Fleury entendait-il empĂŞcher la France de s'aventurer en Belgique afin de ne pas provoquer l'Angleterre. Et bientĂ´t, profitant de la prise de Prague, il s'efforça d'amener Louis XV Ă  faire la paix avec l'Autriche. Walpole, lui aussi cherchait Ă  limiter la guerre. L'Angleterre avait donnĂ© son agrĂ©ment Ă  la Pragmatique Sanction, agrĂ©ment que Charles VI avait payĂ© de la suppression de la Compagnie d'Ostende. Elle ne pouvait trahir sa parole. Cette raison militait en faveur d'une attitude de neutralitĂ© de l'Angleterre sur le continent. Les capitalistes cependant, qui formaient le parti de la guerre, se refusaient Ă  cette politique. DĂ©cidĂ©s Ă  faire une guerre de conquĂŞtes coloniales et de suprĂ©matie maritime, ils voulaient, pour vaincre dĂ©finitivement la France, Ă©craser sa puissance sur le continent. L'Angleterre, d'ailleurs, pouvait-elle laisser dĂ©membrer l'Autriche sans que fĂ»t remis en question l'Ă©quilibre europĂ©en, condition indispensable de l'hĂ©gĂ©monie maritime de la Grande-Bretagne ? Rien ne pouvait rĂ©sister Ă  l'influence des capitalistes. Les Ă©lections de 1741 furent dĂ©favorables Ă  Walpole. En 1742, le parlement le renversa. Le gouvernement resta entre les mains du parti whig. Il fut prĂ©sidĂ© par Carteret, dĂ©cidĂ© Ă  conserver Ă  l'Angleterre le rĂ´le d'arbitre de l'Ă©quilibre europĂ©en : «Mon mĂ©tier, disait-il, c'est de faire des rois et des empereurs et de faire l'Ă©quilibre de l'Europe.» Pour intervenir sur le continent, l'Angleterre possĂ©dait dans le Hanovre une base Ă  laquelle le port de Hambourg donnait un facile accès. Mais elle ne pouvait l'utiliser avec profit que si l'armĂ©e prussienne ne la menaçait pas. Carteret, pour obtenir le retrait de la Prusse de l'alliance de Nymphenbourg, exigea de l'Autriche, pour prix de l'alliance anglaise et de ses subsides qu'elle renonçât Ă  la SilĂ©sie. FrĂ©dĂ©ric II, dont les buts de guerre Ă©taient ainsi rĂ©alisĂ©s, signa avec l'Autriche la paix de Breslau qui entĂ©rinait ses conquĂŞtes (1742). Fleury comprit que la France, privĂ©e de l'alliance prussienne, allait au-devant des mĂŞme difficultĂ©s que celles qu'elle avait connues au cours de la guerre de la Succession d'Espagne. Il conseilla la paix Ă  tout prix. Mais Louis XV, grisĂ© par ses succès, Ă©tait dĂ©cidĂ© Ă  pousser la guerre Ă  fond et Ă  conquĂ©rir enfin, pour sa maison, l'hĂ©gĂ©monie. Il allait trouver sur sa route l'Angleterre, farouchement rĂ©solue Ă  la lui contester. SitĂ´t la paix de Breslau signĂ©e, l'Angleterre entra rĂ©solument dans le conflit, et y entraĂ®na les Provinces-Unies. Or l'Autriche, assaillie Ă  l'improviste, se ressaisissait. Charles VI, en mourant, n'avait laissĂ© Ă  Marie-ThĂ©rèse pour dĂ©fendre sa succession que 80.000 hommes de troupes et un trĂ©sor vide. Vaincue par les armĂ©es de FrĂ©dĂ©ric II et de Louis XV, la jeune souveraine avait fait appel Ă  la Hongrie et, en lui rendant son indĂ©pendance, avait obtenu d'elle une armĂ©e de 100.000 hommes. Elle la jeta en BohĂŞme contre la petite armĂ©e française qui venait de s'emparer de Prague, Ă©loignĂ©e de ses bases, et sans appui depuis la dĂ©fection de la Prusse. Prague fut reprise. Les difficultĂ©s de la France commençaient. Fleury mourut au  mĂŞme moment. Louis XV fit appel au marquis d'Argenson. Il Ă©tait, comme Fleury, partisan de la paix, et comme lui, la voulait basĂ©e sur un Ă©quilibre stable de l'Europe. Sa politique allait tendre Ă  faire de la France l'arbitre de cet Ă©quilibre. Il en revenait, en somme, Ă  la politique qui avait menĂ© la France aux glorieux traitĂ©s de 1648. Comme Richelieu et Mazarin, il eĂ»t voulu voir la France jouer son rĂ´le d'arbitre, en dehors de toutes visĂ©es d'hĂ©gĂ©monie europĂ©enne. Mais, allant plus loin qu'eux, il voulait qu'elle remplĂ®t ce rĂ´le en s'inspirant des principes d'une justice dĂ©sintĂ©ressĂ©e. Ses idĂ©es rappelaient celles de Sully et annonçaient celles de la RĂ©volution. Il exposa son système d'Ă©quilibre dans son TraitĂ© publiĂ© en 1737, sous le titre : Essai de tribunal europĂ©en par la France seule, oĂą il assigne Ă  la France le rĂ´le d'arbitre entre les quatre puissances dont il considère que l'impĂ©rialisme menace la paix : l'Autriche, l'Espagne, la Russie et l'Angleterre. Foncièrement pacifiste, il Ă©tait prĂŞt Ă  faire la guerre Ă  outrance pour assurer le triomphe du Droit et pour donner Ă  l'Europe une paix durable. Au milieu du dĂ©chaĂ®nement gĂ©nĂ©ral des impĂ©rialismes, tant Ă©conomiques que territoriaux ou dynastiques, ses idĂ©es ne pouvaient trouver, ni en Europe, ni Ă  la cour de France, aucun Ă©cho. EntravĂ©e par les intrigues de la cour et par les visĂ©es personnelles du roi qui, en secret, trahissait celles de son ministre, sa politique apparut incohĂ©rente et vaine. Toute la politique de guerre de la France allait ĂŞtre dominĂ©e, dès lors, par les clans aristocratiques de la cour. La rĂ©action triomphait en mĂŞme temps que reparaissaient les idĂ©es d'hĂ©gĂ©monie dynastique. Comme lors de la guerre de la Succession d'Espagne, la France se trouvait obligĂ©e de mener conjointement deux guerres : l'une contre l'Autriche qui devait assurer l'abaissement dĂ©finitif des Habsbourg et l'hĂ©gĂ©monie de la maison de Bourbon, l'autre contre l'Angleterre qui devait marquer, par la restauration des Stuarts, le triomphe de l'absolutisme sur le parlementarisme et sur les idĂ©es libĂ©rales qui menaçaient la position des classes privilĂ©giĂ©es. Des deux guerres, la plus dure, la plus lourde de consĂ©quences, serait celle contre l'Angleterre, son alliĂ©e de la veille. Après la paix de Breslau, l'Angleterre, qui voulait Ă  tout prix rendre impossible la restauration d'une hĂ©gĂ©monie de la France, porta la guerre sur le continent. Elle dĂ©barqua dans le Hanovre un corps expĂ©ditionnaire qui marcha Ă  la rencontre de l'armĂ©e française et la battit Ă  Dettingen sur le Main. Ce fut un Ă©vĂ©nement considĂ©rable qui augmenta largement le prestige de l'Angleterre. Elle allait prendre dès lors la direction des alliĂ©s contre la France. Carteret s'engagea aussitĂ´t dans une large politique continentale. AppuyĂ© sur la Prusse, Ă  laquelle il avait fait obtenir la SilĂ©sie, son plan consistait Ă  dĂ©tacher la Bavière de la France, Ă  rĂ©concilier l'empereur Charles VII avec Marie-ThĂ©rèse en l'amenant Ă  renoncer Ă  ses prĂ©tentions sur la succession autrichienne ; l'Autriche - qui abandonnerait les conquĂŞtes rĂ©alisĂ©es en Bavière par ses armĂ©es - recevrait en compensation la Lorraine et les trois Ă©vĂŞchĂ©s : Metz, Toul et Verdun, qu'elle conquerrait sur la France. Entre les Wittelsbach de Bavière, les Habsbourg d'Autriche et les Hohenzollern de Prusse, le roi d'Angleterre, George II, se prĂ©sentait ainsi, en sa qualitĂ© d'Ă©lecteur de Hanovre, comme le mĂ©diateur de l'Europe. Ces nĂ©gociations, poursuivies personnellement par le roi George II, installĂ© avec Carteret dans son Ă©lectorat de Hanovre, aboutirent Ă  la conclusion du traitĂ© de Hanau (1743) passĂ© avec le prince de Hesse, dont l'appui militaire, soutenu par la finance anglaise, devait permettre Ă  George II de constituer en Hanovre une armĂ©e mi-allemande mi-anglaise suffisamment puissante pour imposer - avec l'appui de l'or anglais - le plan Ă©laborĂ© par le ministre de George II. Le traitĂ© de Hanau, passĂ© par l'Ă©lecteur de Hanovre en dehors de l'Angleterre, engageait George II dans une politique allemande dont le peuple anglais serait appelĂ© Ă  faire les frais. Cette politique continentale, due Ă  l'influence personnelle du roi, Ă©tait en contradiction formelle avec les traditions et les intĂ©rĂŞts anglais. Mais cette contradiction n'apparut pas tout d'abord. L'hĂ©gĂ©monie anglaise s'installait sur le continent. Les Provinces-Unies sortaient de leur neutralitĂ© et se rapprochaient de l'Angleterre, sous l'influence des rĂ©publicains qui craignaient qu'une victoire de la France n'entraĂ®nât en Hollande l'instauration de la puissance monarchique de la famille d'Orange. Le roi de Sardaigne, subsidiĂ© par l'Angleterre, abandonnait l'alliance française moyennant la cession, imposĂ©e Ă  l'Autriche par Carteret, d'une partie du Milanais. L'encerclement de la France se dessinait. Il fut confirmĂ© par le traitĂ© de Worms qui unit l'Angleterre, le Hanovre, l'Autriche, la Hollande, la Saxe et la Sardaigne pour la dĂ©fense de la Pragmatique Sanction, c'est-Ă -dire contre les Bourbons (Jacques Pirenne, Les Grands Courants de L'histoire Universelle, Tome 3, 1948 - books.google.fr).

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