Tullia et Pompadour

Tullia et Pompadour

 

III, 83

 

1765-1766

 

Les lons cheveux de la Gaule Celtique

Accompagnés d'estranges nations

Metront captif la gent Aquitanique,

Pour succomber à internitions.

 

"internitions"

 

Internition, internicion (latin internicio, internecio) = massacre (Pierre Brind'Amour, Les premières centuries, ou, Propheties de Nostradamus (édition Macé Bonhomme de 1555), 1996 - www.google.fr/books/edition).

 

Quant au fait de l'extermination des Nerviens, C√©sar en rend lui-m√™me un compte tr√®s-d√©taill√©, lib. 2. cap. 25., en ces termes : "Hoc pr√¶lio facto et prope ad internecionem gente et nomine Nerviorum reducto, majores natu, quos cum pueris mulieribus que in √¶stuaria et paludes collectas dixeramus, h√Ęc pugna nunciat√Ę, quum victoribus nihil impeditum, victis nihil tutum arbitrarentur, omnium, qui supererant, consensu, legatos ad C√¶sarem miserunt seque ei dediderunt, et in commemoranda civitatis calamitate, ex DC ad III senatores, ex hominum millibus LX, vix ad D, qui arma ferre possent, sese redactos.‚ÄĚAinsi le fait de l'extermination, sur lequel j'ai bas√© mon opinion, est sans doute bien av√©r√©, puisque C√©sar atteste en termes tr√®s-formels, que par cette m√©morable victoire, il avait extermin√©, presque en entier non-seulement toute la nation, mais le nom m√™me des Nerviens. En effet, lorsque, de l'aveu m√™me des vaincus, il ne restait plus, que les vieillards, les femmes et les enfans, et d'une population de 60000 hommes, √† peine 500 encore capables de porter les armes et que tous se rendirent √† discr√©tion au vainqueur, il me semble que le mot internecion, est le mot v√©ritablement et exclusivement propre √† une nation tellement subjugu√©e. Aussi tous les historiens contemporains et post√©rieurs l'ont-ils envisag√©e sous ce point de vue, en disant: eamque gentem delevit: apud D. Bouquet, tom. I. pag. 367. L'on sait que le sort des Eburons et des Attuatiques a √©t√© le m√™me, quant √† leur extermination (Jean-Joseph Raepsaet, R√©ponse √† M. Meyer, membre de l'institut, 1825 - books.google.fr).

 

Cf. quatrain VI, 82 - Génocides.

 

"longs cheveux"

 

La d√©signation de Gaule chevelue (latin Gallia comata), dans les sources classiques, repr√©sente soit la Gaule du nord, par opposition √† la Gaule en toge (Gallia togata), d√©j√† romanis√©e, dans le Midi, soit la dans son ensemble, divis√©e en trois parties, dont la centrale, allant de la Garonne √† la Seine, √©tait dite Gaule celtique. S'agit-il d'une autre allusion √† la r√©volte de la gabelle en Aquitaine en 1548 ? (Pierre Brind'Amour, Les premi√®res centuries, ou, Propheties de Nostradamus (√©dition Mac√© Bonhomme de 1555), 1996 - www.google.fr/books/edition).

 

"aquitanique"

 

On peut conclurre que du temps de Iules Cesar il y auoit en Gaule trois sortes de langage ; le premier l'Aquitanique ou Cantabrique, qui est aujourd'huy entierement perdu, except√© √† un petit coin de terre vers les monts Pyren√©es, au pays de Labour en la Biscaye, dont les habitans sont dits Basques, parmy lesquels, au t√©moignage de Joseph Scaliger, rapport√© par Merula en la deuxi√©me partie liure 3. ch. 15. est demeur√© quelque vestige du langage Cantabrique ou ancien Aquitanique. Le deuxi√©me le Belgique, qui enfin a este confondu avec celuy des Allemans, retenant toutefois beaucoup de racines ou origines des noms Celtiques: en fa√ßon que tous les mots Prouen√ßaux du iourd‚Äôhuy, qui sont en quelque fa√ßon conformes √† la langue Belgique, ou √† la Germanique de ce temps, sont vray-semblablement mots Celtiques, & leur racine s'est conseru√©e en cette Prouinces Le Celtique, ainsi que sont ces noms que Bodin rapporte au chap.9. de la Methode, comme plats, robbes, sot, froid, feu, foyer, mantel, &c. Le troisi√©me le Celtique, qui a dur√© plus longtemps, & duquel parloient les Celtes tres-ancien & tres-ample peuple, qui occupoient cette grande √©tendu√ę de terres en Gaule, depuis la mer Mediterran√©e, iusques √† l'occean Britannique,lequel langage estoit encore en vigueur du temps de S. Martin au siecle IV. bien qu'en ce temps-l√† il se fut introduit par le m√©lange des langues, de la Grecque, de la Latine, & de la Germanique, un nouueau langage qui estoit dit Gaulois, dautant qu'il est marqu√© dans Seuere Sulpice au dialogue premier chapitre dernier, tu vero (dit Posthumianus) vel Celice, vel Gallice loquere, dummodo iam Martinum loquaris (Honor√© Bouche, La chorographie ou description de Prouence et l'histoire chronologique du mesme pays. Tome premier, 1664¬† - books.google.fr).

 

Les Basques et l'Aquitaine

 

Les Basques, √©tablis par Pomp√©e dans les hautes vall√©es de la Garonne, se m√™l√®rent √† la population aquitanique. Les Romains de la Ligurie prirent ombrage de ce voisinage, et craignant que les nouveaux envahisseurs ne voulussent venger sur eux la ruine de Numance et la mort de Sertorius, dispos√®rent √† entrer dans leurs vues l'ambitieux Jules C√©sar, envoy√© pour gouverner les Gaules pendant cinq ans. C√©sar pensa d'abord √† relier l'Espagne √† la Gaule vers les bords de l'Oc√©an, comme elles l'√©taient d√©j√† vers la M√©diterran√©e. Il envoya dans ce but le jeune Publius Crassus √† la t√™te de plusieurs l√©gions aux plaines de l'Adour. Je vais parler de cette guerre parce que les Vasco Aquitains appel√®rent √† leur secours les Basques des Pyr√©n√©es, qui coururent prendre une part active √† la lutte. Les Romains s'√©taient d√©j√† empar√©s de Sos, capitale des Sosiates, tribu fix√©e √† l'extr√©mit√© nord de la courbe de l'Adour, entre la Garonne et le Midou. Les chefs basques auxiliaires s'√©taient form√©s √† l'√©cole de Sertorius. Ils guid√®rent les Tarusates et les Vocates, camp√®rent sur les positions √©lev√©es au-dessus de l'Adour et du Gave, s'y retranch√®rent fortement et attendirent les Romains, que des corps d√©tach√©s harcelaient en leur coupant les vivres, √† l'imitation de Sertorius. Se reportant alors aux combats sans merci des guerriers d‚ÄôAdcantuannus et de Crassus, on croit voir les agiles montagnards n'abandonner un turon que pour se retrancher dans un autre, sortir continuellement de ces esp√®ces de redoutes pour harceler l'ennemi, lui dresser des embuscades et l'emp√™cher de se ravitailler. Les anciens officiers de Sertorius, en suivant cette tactique inconnue aux Gaulois, qui s'abritaient simplement derri√®re des bois, des rivi√®res ou des marais, r√©duisirent Crassus √† une position des plus critiques. Ce g√©n√©ral craignit m√™me que toute l'Aquitaine ne prit part √† cette guerre nationale et ne vint l‚Äô√©craser. Afin de pr√©venir ce danger, il attaqua les 50,000 conf√©d√©r√©s cit√©s par C√©sar, alors qu'ils se retranchaient dans un camp immense non encore compl√®tement ferm√©. La lutte fut terrible; mais Crassus ayant d√©couvert que la porte d√©cumane √©tait plus faible, y envoya deux l√©gions qui escalad√®rent les parapets et tomb√®rent par derri√®re sur les montagnards, occup√©s √† faire face sur un autre point √† une attaque formidable. Cette surprise les mit dans la n√©cessit√© d'abandonner cette position. La cavalerie romaine les poursuivit, et 30,000 cadavres jonch√®rent la plaine de l'Adour. Le reste se mit √† couvert dans les for√™ts et les gorges des Pyr√©n√©es (an 50). Toute l'Aquitaine se soumit alors; C√©sar ajoute dans ses Commentaires que les tribus des montagnes ne firent pas leur soumission. Afin de refouler dans les Pyr√©n√©es les peuples insoumis, les Romains √©tablirent une suite de camps retranch√©s qui, de l'Oc√©an √† la Narbonnaise surveillaient toute la fronti√®re. C√©sar cr√©a de plus une route qui, de Burdigala (Bordeaux) suivait la cr√™te des coteaux entre l'Adour et la Garonne et se reliait √† la ligne des camps retranch√©s vers les sources de l'Arros. Cette voie montre encore des empierrements sur quelques points. Particularit√© remarquable, elle √©vitait tout cours d'eau, et d√®s lors la n√©cessit√© des ponts et le danger des inondations. Les thermes de Cauterets portent encore le nom de bains de C√©sar, autre souvenir de ce grand homme. Les Basques gardaient si bien les vall√©es de la Nive, du Cesson et de la Bidassoa, que C√©sar dut renoncer au projet d'attaquer Pomp√©√Įopolis, en traversant les Pyr√©n√©es occidentales. Il prit donc la route des Pyr√©n√©es orientales pour aller combattre aupr√®s de Llerda les g√©n√©raux de Pomp√©e, soutenus par les Basques. La fortune de C√©sar l'emporta sur celle de son comp√©titeur, alors occup√© chez les Parthes, et les Basques rentr√©rent dans leurs montagnes, ce qui acheva la ruine du parti de Pomp√©e dans le bassin de l'Ebre. C√©sar courut attaquer Varron, dernier partisan de Pomp√©e, dans le sud de la P√©ninsule; il dispersa promptement les troupes de ce g√©n√©ral et resta seul maitre en Espagne. L'ambitieux vainqueur voulant achever la ruine de son rival, repassa l'Ebre, franchit les Pyr√©n√©es par la voie de Portus. La tour de Pomp√©e au summum Pyreneum lui inspira le d√©sir d'√©terniser aussi, et plus somptueusement, le t√©moignage de son passage et de ses victoires. Cependant la crainte d'√™tre accus√© d'une trop orgueilleuse vanit√©, comme il √©tait arriv√© √† Pomp√©e, le retint; il se borna √† un tr√®s petit monument en forme d'autel (49). Quelques jours apr√®s il atteignait son ennemi, √† Pharsale, en Thessalie. Pomp√©e avait dans son arm√©e un corps de Basques qui lui √©tait rest√© fid√®le. C√©sar emporta l'√©clatante victoire dont le souvenir est immortalis√©. Les vaincus implor√®rent la gr√Ęce de C√©sar; seuls, les montagnards Basques, r√©duits au nombre de trois cents, continu√®rent le combat et p√©rirent jusqu'au dernier, par d√©vouement pour leur chef (Blanc-Saint-Hilaire, Les Basques, M√©moires de la Soci√©te des sciences naturelles & historiques, des lettres et des beaux-arts de Cannes et de l'arrondissement de Grasse, Volumes 6-8, 1876 - books.google.fr).

 

La guerre civile entre César et Pompée en Espagne

 

L'Espagne √©tait donc gouvern√©e pour Pomp√©e, qui faisait la guerre aux Parthes, par L. Afranius, M. Petr√©ius et M. Varro, ses lieutenants. C√©sar avait r√©solu d'enlever √† son rival cette Espagne, p√©pini√®re de soldats, et sans laquelle lui, C√©sar, ne pouvait jamais terminer son entreprise. Il savait aussi que, bien que la guerre de Sertorius e√Ľt divis√© d'int√©r√™ts et d'affections les Espagnols et Pomp√©e, cependant ils servaient dans ses rangs et le serviraient encore. Et la raison en est simple √† concevoir. La blessure la plus r√©cente est toujours celle que l'on sent le plus vivement, celle qui poigne le plus; et le massacre r√©cent des champs d'Aquitaine avait allum√© dans le cŇďur des Conf√©d√©r√©s, une haine qui √©touffait l'ancienne, et les poussait sous les drapeaux de l'ennemi de C√©sar (M. de Belsunce, Histoire des Basques, Tome II, 1847 - books.google.fr).

 

Composition de l'armée de César en Espagne

 

C√©sar, qui avait aussi une forte arm√©e, envoya Fabius avec trois l√©gions, s'assurer des passages des Pyr√©n√©es-Orientales. Il le suivit bient√īt lui-m√™me avec six mille Romains qui, tous, avaient fait la guerre des Gaules sous lui, trois mille chevaux aussi romains, et nombre √©gal d'auxiliaires, infanterie et cavalerie, compos√©s de Gaulois, Narbonnais et Aquitains. C√©sar emprunta √† ses officiers tout l'argent qu'ils avaient, et en fit pr√©sent √† ses soldats, voulant ainsi s'attacher les uns par la reconnaissance, les autres par l'int√©r√™t et la n√©cessit√©. Il trouva Fabius assis pr√®s de la Segre, en face des soldats de Pomp√©e command√©s par Afranius et P√©tr√©ius. Ils en √©taient d√©j√† venus aux mains plusieurs fois, un jour entre autres, par un effet du hasard. [...] Un grand convoi, escort√© de six mille hommes et d'un gros de cavalerie en outre de bon nombre d'archers, tous Gaulois, arrivait des Gaules (M. de Belsunce, Histoire des Basques, Tome II, 1847 - books.google.fr).

 

A la Pharsale, C√©sar avait dans ses rangs des Gaulois : cf. quatrain VI, 82.

 

Sacrifice des Cantabres (Basques)

 

Apr√®s la d√©faite de Pomp√©e √† la Pharsale o√Ļ les Cantabres sont massacr√©s, son fils prend la rel√®ve.

 

Cn. Pomp√©e, fils du grand Pomp√©e, s'√©tait rendu en Espagne o√Ļ il avait de nombreux amis, anciennement attach√©s √† son nom. La haine que s'√©tait attir√© dans cette province Cassius Longinus, le lieutenant de C√©sar devenu Dictateur, le favorisa encore au point que deux l√©gions, autrefois attach√©es √† Pomp√©e puis soumises √† C√©sar, avaient repris leurs premiers engagements en haine de Longinus. [...]

 

Les Cantabres √©taient poss√©d√©s de la fureur de vaincre ou de mourir, et pour toute harangue Pomp√©e leur montra l'ennemi qui s'avan√ßait. Le choc fut terrible. [...] L'arm√©e de Pomp√©e laissa sur le champ de bataille trente mille hommes, entre autres Labienus et Varus. Les v√©t√©rans et les Cantabres marquaient encore leurs rangs, tomb√©s sans se rompre, et ces fiers rivaux t√©moignaient, m√™me apr√®s leur mort, de leur mutuel acharnement. Ils √©taient deux par deux, se tenant encore mutuellement travers√©s de leur implacable √©p√©e : chose horrible, dit Florus, m√™me parmi les Barbares ! Trois mille chevaliers gisaient aussi dans la poudre. C√©sar fit rendre les honneurs fun√®bres √† Varus et Labi√©nus, morts en h√©ros; toutes les aigles furent prises et le camp enlev√©. C√©sar lui-m√™me dit, dans ses commentaires, qu'ailleurs il avait combattu pour la gloire, et √† Munda pour sa vie (M. de Belsunce, Histoire des Basques, Tome II, 1847 - books.google.fr).

 

Typologie

 

Le report de 1765 sur la date pivot -50 donne -1865, époque de Jacob, après la mort d'Abraham et avant la naissance de Ruben selon le comput samaritain (Lenglet Du Fresnoy, Tablettes chronologiques de l'hist. univers., sacrée et proph., ecclésiast. et civile, depuis la création du monde, jusqu'à l'an 1762, 1763 - books.google.fr).

 

Epoque du r√™ve de l'√©chelle par Jacob en allant chez Laban (Oeuvres compl√®tes de S. J√©r√īme, Tome 18, 1885 - www.google.fr/books/edition).

 

Une parabole talmudique compare l'échelle de Jacob au chandelier d'or qui illuminait nuit et jour le temple de Salomon. Ses sept branches relient le ciel à la terre, elles embrassent l'espace-temps de l'univers créé au cours d'une seule semaine sidérale. Le tronc du chandelier cosmique est coulé dans un bloc d'or pur, qui contient symboliquement toute la matière terrestre et stellaire. Enfin, ses sept lampes, correspondant à la semaine de la Création, diffusent perpétuellement la lumière sainte du commencement, issue d'une source qui est notre véritable fin (Claude Vigée, Dans le silence de l'Aleph, 1992 - www.google.fr/books/edition).

 

L'histoire sainte attribue au nom de Jacob une origine antique. Le premier qui le porta fut un des plus illustres patriarches. Ce fut parce qu'il arriva au monde comme un supplantateur qu'il fut caract√©ris√© de ce nom, dont la racine est h√©bra√Įque. Ce n'est pas √† dire toutefois que Jacob ait √©t√© un fourbe; car il n'aurail pas m√©rit√© d'√™tre, comme il le lut, l'ami du Seigneur, la tige du peuple juif, l'anc√™tre du Messie. Humainement parlant, Jacob fut un savant du m√©rite le plus remarquable. Ses connaissances astronomiques, math√©matiques et philosophico-physiques, lui avaient acquis une sup√©riorit√© manifeste sur la science de ses contemporains. On sait qu'il institua les n√©om√©nies, et qu'il r√©gla le calendrier des Juif. [...] Nous ne comptons pas dans la race l'ap√ītre S. Jacob, juif d'origine et descendant du patriarche. Il a donn√© son nom au lieu de p√©lerinage, jadis tr√®srenomm√©, de Compostelle en Galice, comme aussi √† la Voie Lact√©e dite vulgairement le chemin de Saint-Jacques (Revue de l'est (L'Austrasie); Tome 5, 1868 - books.google.fr).

 

L'√©chelle merveilleuse qui apparut √† Jacob, lorsqu'apr√®s avoir march√© tout le jour il se reposa en un lieu appel√© B√©thel, ne seroit-elle pas aussi une image de la voie lact√©e ? En effet, pendant son sommeil, Jacob vit pr√®s de lui une √©chelle qui touchoit d'un bout au ciel, et de l'autre √† la terre, et des anges qui descendoient et montoient alternativement. C'est bien l√† l'image d'une correspondance √©tablie entre le ciel et la terre. Jacob seroit donc le lien myst√©rieux des deux mondes, comme l'est effectivement Ophiucus, et comme l'√©toient Anubis chez les √Čgyptiens, et Mercure chez les Grecs. L'√©chelle de Jacob sera donc la voie lact√©e qui traverse enti√®rement le ciel

 

Alexandre Lenoir, La franche-maçonnerie rendue à sa veritable origine, 1814 - books.google.fr

 

Matxinada

 

Dans le m√™me sillage, la Real Pragmatica (d√©cret royal) du 11 juillet 1765 autorisant la libre circulation des grains provoqua la matxinada (r√©volte) de 1766 que l'oligarchie aristocratique (Idiaquez, Ramery, Cardon, Arriola). La r√©pression fut dirig√©e par les autorit√©s forales, le maire de Saint-S√©bastien en t√™te, Manuel-Antonio de Arriola, avec l'aide du comte de Pe√Īaflorida, alcalde d'Azkoitia, et du corregidor Barreda. Elle fut financ√©e en grande partie par la Compagnie Guipuscoane de Caracas. Outre les ex√©cutions sommaires, un tribunal permanent fut install√© √† Saint-S√©bastien, et fonctionna selon le principe des d√©nonciations anonymes (con denuncias secretas, informes secretos). La matxinada de 1766, o√Ļ s'affront√®rent d'un c√īt√© la bourgeoisie marchande soutenue par les grands propri√©taires fonciers, de l'autre les masses rurales et urbaines consommatrices, annon√ßait d√©j√† la crise fran√ßaise des ann√©es 1774-1776, la disgr√Ęce de Turgot, et somme toute, la R√©volution de 1789. La Navarre ne connut pas les tensions et les r√©voltes analogues √† celles de Biscaye et de Guipuscoa. Les Cort√®s qui pr√©tendaient toujours exercer le pouvoir l√©gislatif, n'adopt√®rent pas la politique de pression fiscale que voulaient √©tablir les Bourbons. Les partisans et les adversaires des institutions forales, c'est-√†-dire du maintien ou du transfert des douanes de l'√ąbre √† la ligne des montagnes et √† la mer s'√©quilibraient. Les sp√©culateurs et les marchands des grains faisaient l'apologie de la libre circulation et de la suppression des douanes int√©rieures, les producteurs de vin de la Ribera d√©fendaient la libre exportation par le port de Saint-S√©bastien vers l'Am√©rique devenue grand march√© de consommation. Par contre le syst√®me douanier traditionnel prot√©geait de la concurrence √©trang√®re les produits manufactur√©s (Manex Goyhenetche, Histoire g√©n√©rale du Pays Basque: √Čvolution-√©conomique et sociale du XVIe au XVIIIe si√®cle, 1998 - www.google.fr/books/edition).

 

Frontières navarraises

 

La politique de Choiseul, ministre de Louis XV, faisant de l‚Äôalliance avec l‚ÄôEspagne le pivot du ¬ęPacte de Famille¬Ľ conclu en 1761, s‚Äôeffor√ßa de liquider les points litigieux de d√©limitation de fronti√®res. Ils firent l‚Äôobjet de n√©gociations, √©bauch√©es en 1765, reprises en 1776-77, officialis√©es par la Commission de D√©limitation de 1784 √† 92. Le Trait√© des Limites, ou Trait√© d‚ÄôElizondo, sign√© le 27 ao√Ľt 1785, √©tablit une ligne de partage concr√®te entre la France et l‚ÄôEspagne, donc entre les deux Navarre dont il consacra la s√©paration. Ses treize articles fixaient la fronti√®re en for√™t d‚ÄôIraty, r√©glaient les probl√®mes particuliers des vall√©es de Cize et Ba√Įgorry, notamment les droits de pacage et le statut du ¬ę Pays Quint ¬Ľ. Ils pr√©voyaient que le Bastan, le val d‚ÄôErro, le val Carlos et Roncevaux seraient espagnols ainsi qu‚ÄôOndarolle et sa mine. Le parlement de Navarre exprima des remontrances √† leur sujet. La R√©volution emp√™cha la conclusion de la commission, l‚Äô√©change des ratifications et la mise en oeuvre du trait√©. Le trait√© de Paris qui, en 1815, mit fin aux guerres de l‚ÄôEmpire, sp√©cifia que l‚Äôon proc√©derait sans tarder √† l‚Äô√©tablissement d‚Äôune fronti√®re entre France et Espagne. Des n√©gociations eurent lieu en 1822 notamment, des rapports furent √©tablis, comme en 1838, des travaux cadastraux furent men√©s pr√®s de la redoute du col de Lindus par exemple. La vall√©e des Aldudes resta indivise entre la France et l‚ÄôEspagne jusqu‚Äôau trait√© de Bayonne de 1856, sign√© par Napol√©on III et Isabelle II. Se fondant sur les conventions de 1556 et de 1614 ainsi que sur les travaux de la ‚ÄėCommission de D√©limitation‚Äô, notamment sur l‚Äôabornement effectu√© en 1785, ce trait√© de Bayonne du 2 d√©cembre 1856, ratifi√© respectivement dans les capitales le 8 juillet et le 13 ao√Ľt 1857, r√©gla d√©finitivement le probl√®me de d√©limitation de la fronti√®re entre France et Espagne. La vall√©e des Aldudes allait √† la France et le Val Carlos √† l‚ÄôEspagne. Cette fronti√®re ne satisfaisait pas les militaires d√®s lors qu‚Äôelle contournait la haute vall√©e de la Bidassoa et de son affluent le Baztan et abandonnait aux Espagnols les d√©fil√©s de Maya et de Velate. Le bornage en fut achev√© en 1863 (foliohistoirepaysbasque.blogspot.com).

 

Acrostiche : LAMP, lampe

 

Tullia fut le premier fruit du mariage de Ciceron avec T√©rentia. Bient√īt il reconnut dans elle un naturel charmant, & des qualit√©s naissantes, qui se De Rome l'an laissoient appercevoir au travers des foiblesses de l'enfance. Lui-m√™me il prit plaisir √† cultiver de si heureuses dispositions. Sous les yeux d'un si habile ma√ģtre, elle devint capable des plus sublimes connoissances, & s'acquit la r√©putation de femme tr√®s-s√ßavante, sans avoir le ridicule & l'ostentation, que donnent quelquefois la science aux personnes de son sexe. D√™s que Tullia eut atteint l'√Ęge nubile, elle fut mari√©e √† Ca√Įus Calpurnius Piso, qui joignoit √† une naissance illustre, beaucoup de probit√©, & du talent pour parler en public. Apr√™s la mort de ce premier mari, qui d√©c√©da l'an de Rome 696. pendant l'√©xil de Cic√©ron, elle √©pousa Furius Craslipes, qui la r√©pudia, pour des raisons que le silence des Historiens ne nous permet pas de deviner. Enfin elle se maria en troisi√©me noce, √† Publius Corn√©lius Dolabella, qui lui-m√™me avoit d√©ja eu une premi√©re femme. Ce dernier s√ßut tellement toucher le coeur de T√©rentia, & de Tullia par ses politesses, que la mere & la fille ferm√©rent les yeux sur ses d√©bauches. Le mariage fut conclu en l'ann√©e de Rome 703. tandis que Cic√©ron √©toit encore en Cilicie. Pour lors il se proposoit de donner pour √©poux √† sa fille Tiberius Claudius Nero, qui mari√© depuis avec Livie, devint pere du Successeur d'Auguste, l'Empereur Tib√©re. Tullia fut si malheureuse avec ce nouveau mari, qu'elle prit le parti de s'en s√©parer. Ce fut l√† le sujet d'un voyage qu'elle fit √† Brunduse, o√Ļ son pere attendoit le retour de C√©sar. Cic√©ron attendri sur les malheurs de sa fille, la confirma dans son dessein. Elle ne surv√©cut que deux ans √† ce divorce. Tullia a mourut dans lecours de l'ann√©e 708. tandis que Jule C√©sar faisoit la guerre en Espagne, contre les fils du grand Pomp√©e.

 

Il n'en faut pas croire Rhodiginus, qui s'√©toit persuad√©, que Tullia fut d√©terr√© dans la voye Appienne, sous le Pontificat de Sixte IV. D'autres ont pr√©tendu, que dans le m√™me endroit, on d√©couvrit un ancien tombeau, qui portoit cette inscription. TVLLIOL√Ü FILI√Ü ME√Ü, A ma fille Tullia. Ils ajoutent, qu'on y trouva un cadavre qui se r√©duisit en poudre & une lampe allum√©e, qui s'√©teignit √† l'ouverture du s√©pulchre, apr√™s avoir br√Ľl√© pendant plus quinze si√©cles. Cette derni√®re constance, fait na√ģtre un doute raisonnable sur la v√©rit√© du fait (Fran√ßois Catrou, Histoire romaine, les empereurs, Jules Cesar, 1732 - books.google.fr).

 

Au cours du dialogue fictif situ√© (Les Anciens et les Modernes, dans Nouveaux M√©langes parus en 1765) que Voltaire forge entre Tullia, la fille de Cic√©ron, et Mme de Pompadour, r√©unies au royaume des morts, Voltaire dresse un bilan des progr√®s scientifiques r√©alis√©s depuis l'Antiquit√©. Les questions pos√©es par Tullia sur les objets qui entourent la marquise, autorisent Voltaire √† traiter d'objets aussi vari√©s que les miroirs ¬ęfaits avec du sable¬Ľ et non plus compos√©s d'acier, les jumelles, la boussole ou encore d'aborder les d√©couvertes de Newton; c'est avec la ¬ępetite lunette¬Ľ que que ¬ęnous avons vu de nouveaux cieux¬Ľ et ¬ęcet autre instrument verni dans lequel il y a un petit tuyau de verre proprement de verre proprement ench√Ęss√©¬Ľ a servi √† ¬ęd√©couvrir la quantit√© juste de la pesanteur de l'air¬Ľ (C√©line Masbou, Savants modernes et dieux antiques, La chair et le verbe, les j√©suites de France au XVIIIe si√®cle et l'image, 2008 - www.google.fr/books/edition).

 

La sc√®ne se passe en 1753, ann√©e de la reprise de Castor Pollux; mais l'ouvrage est de quelques ann√©es plus tard. Il n'est pas √† croire qu'il ait √©t√© compos√© du vivant de madame de Pompadour, qui mourut le 14 avril 1764. Catherine II, dont Voltaire fait l'√©loge, page 294, ne monta sur le tr√īne de Russie qu'en juillet 1762. Les anciens et les modernes sont dans le troisi√®me volume des Nouveaux M√©langes, dat√© de 1765, et qui ne parut qu'√† la fin de cette ann√©e, comme on le voit par la lettre √† Damilaville, du 6 janvier 1766 (Oeuvresde Voltaire, avec pr√©faces, avertissements, notes, Tome 42, 1831 - www.google.fr/books/edition).

 

Xavier Marie Joseph de France, n√© le 8 septembre 1753 √† Versailles - mort le 22 f√©vrier 17541, √©tait un prince de sang royal fran√ßais de la dynastie des Bourbons. Quatri√®me enfant et deuxi√®me fils du dauphin Louis et troisi√®me enfant et deuxi√®me fils de Marie-Jos√®phe de Saxe (et ainsi le deuxi√®me fils du couple), Xavier de France √©tait donc un fr√®re a√ģn√© des futurs rois Louis XVI, Louis XVIII et Charles X. Il avait √©t√© titr√© duc d'Aquitaine par son grand-p√®re, Louis XV. Il meurt d'une coqueluche le 22 f√©vrier 1754, six mois avant la naissance de

son petit frère, le futur Louis XVI (fr.wikipedia.org - Xavier de France).

 

C'est √† l'occasion du mariage du Dauphin que le roi Louis XV noue une liaison avec une bourgeoise, Jeanne Le Normant d'√Čtiolles, bient√īt anoblie et titr√©e par le roi marquise de Pompadour, du nom d'une terre limousine en d√©sh√©rence. Tandis que la reine accepte la situation avec philosophie, les jeunes √©poux s'opposent √† la nouvelle favorite. Marie-Th√©r√®se meurt l'ann√©e suivante en 1746. Veuf √† 17 ans, le dauphin est tr√®s affect√© par la mort de son √©pouse. Sur les conseils du mar√©chal de Saxe, h√©ros de la guerre de Succession d'Autriche, et de la marquise de Pompadour qui souhaite se rapprocher de la famille royale, le roi choisit comme seconde √©pouse de son fils Marie-Jos√®phe de Saxe, fille du roi de Pologne. Le mariage est c√©l√©br√© √† Versailles le 9 f√©vrier 1747, le dauphin Louis ayant 18 ans et la dauphine Marie-Jos√®phe 16 ans.

 

Le 13 novembre 1765, le dauphin Louis, père de Xavier, au plus mal, demande à recevoir les derniers sacrements. Le 19 décembre, les médecins condamnent sa porte aux proches. Le dauphin Louis meurt de tuberculose à 36 ans le 20 décembre 1765, à huit heures vingt-trois minutes du matin, assisté par son ami le cardinal Paul d'Albert de Luynes, archevêque de Sens (fr.wikipedia.org - Louis de France (1729-1765)).

 

Traductions de Lucain

 

L'abb√© de Marolles se trouve √† la t√™te des traducteurs de ce po√ęte, comme le plus ancien. Sa traduction plate et languissante parut en 1623, et eut plusieurs √©ditions. Brebeuf donna la sienne en 1654. C'est peut-√™tre le seul traducteur en vers, dont la mani√®re de sentir et de s'exprimer ait √©t√© parfaitement analogue √† celle de son auteur. On retrouve dans la Pharsale fran√ßaise, quoique le style en ait un peu vieilli, presque toutes les beaut√©s, comme presque tous les d√©fauts de la Pharsale latine. Il a confondu, comme Lucain, l'emphase avec la grandeur, et l'enflure avec le sublime. Souvent il n'est pas beaucoup inf√©rieur √† son original, et il a des vers que Corneille lui m√™me n'e√Ľt pas d√©savou√©s. La Pharsale fut n√©glig√©e pendant long-tems, lorsqu'enfin il parut deux traductions √† la fois. M. Masson publia en 1765 une traduction de Lucain, qui ne manque pas d'exactitude et m√™me d'√©l√©gance, mais qui est tr√®s-inf√©rieure √† celle que Marmontel donna l'ann√©e suivante. Celle-ci est √©crite d'un style ferme, √©nergique, plus serr√© quelquefois que celui de l'original. La prose d'une harmonie vraiment po√©tique et d'un rithme tr√®s-sensible est ce qui convient mieux √† la traduction des po√®tes, s'ils ne peuvent √™tre traduits fid√®lement en vers. Marmontel a supprim√© un assez grand nombre de traits surabondans : Lucain, quoique presque toujours serr√© dans son style, est souvent diffus dans les choses. Plusieurs po√ętes se sont exerc√©s sur Lucain. La Harpe n'a traduit de suite et en entier que le 1.er et le 7.e chant de la Pharsale, mais dans ses r√©flexions sur Lucain, il en traduit plusieurs morceaux d√©tach√©s; ces traductions sont faites avec cette libert√© que demande teur qui a besoin d'√™tre resserr√© et √©lague. Cependant les id√©es de Lucain, son caract√®re, sont en g√©n√©ral fid√®lement rendus, et le traducteur conserve une marche libre, des mouvemens ais√©s et naturels. On d√©sirerait plus d'√©nergie et de hardiesse dans son style, qualit√©s sans lesquelles on ne peut retracer les beaut√©s de Lucain. La Pharsale que le chevalier de Laur√®s publia en 1773, est presque une autre que celle de Lucain. Il ne suit pas m√™me exactement la distribution des livres telle qu'elle est dans le po√ęte latin. Il √©tend, il resserre, tranche, il ajoute, il passe √† c√īt√© de l'original presque sans le saluer. Cette imitation est oubli√©e, quoiqu'il y ait des morceaux bien √©crits, et m√™me des fictions assez heureuses ajout√©es √† celles de Lucain. Un de nos meilleurs po√ętes vivans, M. Legouv√©, a fait, √† l'exemple de Corneille, une √©tude particuli√®re du po√ęme de Lucain. S'il est vrai que les beaut√©s sublimes de la Pharsale ont nourri le feu de Corneille, il est peu de po√ęmes que les po√ętes tragiqu√©s puissent m√©diter avec autant de fruit. M. Legouv√© a traduit plusieurs morceaux de Lucain, avec toute l'exactitude d'un traducteur, et avec cet air libre, ce feu, cette √©nergie qui caract√©risent un auteur original. On attend de lui une traduction de tout le po√ęme de la Pharsale. M. Billecoq a publi√© une √©dition de la Pharsale avec la traduction de Brebeuf, la vie des auteurs et des notes critiques, aussi int√©ressantes qu'instructives (J. L. Ferri de St. Constant, Rudimens de la traduction ou L'art de traduire le latin en fran√ßais, Tome 1, 1811 - books.google.fr).

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