Représentation de la Trinité

Représentation de la Trinité

 

III, 55

 

1745

 

En l'an qu'un œil en France regnera,

La court sera à un bien fascheux trouble :

Le grand de Bloys son ami tuera :

Le regne mis en mal & doute double.

 

Un oeil

 

Le prince de Condé meurt à la bataille de Jarnac en 1569 et à cette occasion sera éborgné (cf. quatrain III, 41).

 

Le septième fils de Charles de Bourbon, duc de Vendôme, est la souche des princes de Condé. Il se nomma Louis de Bourbon, né à Vendôme le 7 mai 1530, et se signala d'abord par des services rendus au roi Henri II, comme gentilhomme de sa chambre : ses premiers exploits guerriers datent de l'expédition faite contre les Anglais pour le recouvrement de Boulogne. Enfermé dans Metz avec le duc de Guise, le prince de Condé participa vaillamment à la défense de cette ville assiégée par Charles-Quint (1552), qui fut obligé d'en lever le siége. Après avoir assisté aux expéditions militaires exécutées en Piémont, le prince de Condé se retrouve encore parmi les héros de la journée de Saint-Quentin (1557), et aux siéges mémorables de Calais et de Thionville (1558); mais là s'arrêtent les services rendus par la maison de Condé à la couronne royale de France. Soupçonné d'avoir favorisé la conjuration d'Amboise, Louis de Bourbon fut mis en prison, à Orléans, par les ordres de la faction des Guise, qui occupa toutes les avenues du pouvoir pendant le règne de François II; et sans la mort de ce monarque, le prince courait risque de perdre la vie. L'avénement de Charles IX changea entièrement la face des affaires. Un arrêt du parlement, du 18 décembre 1560, reconnut et proclama l'innocence du prince de Condé. Mais la haine profonde que la persécution des Guise avait inspirée à ce prince, et plus encore sa jalousie de leur trop grande influence dans le gouvernement, le déterminèrent à se mettre à la tête du parti des huguenots. Le 11 avril 1562 il en fut déclaré le chef. Des monnaies à son effigie, avec la légende de Louis XIII premier roy chrestien des François, en consacrèrent la mémoire. Ses armes furent assez malheureuses dès ce moment : il perdit la bataille de Dreux (1562), où il fut blessé et fait prisonnier. Le duc de Guise le reçut avec une grande affabilité; ils soupèrent ensemble, et, n'ayant qu'un seul lit, ils le partagèrent comme s'ils n'eussent pas cessé d'être les meilleurs amis du monde. La paix conclue en 1563 rendit à Condé sa liberté. La reine n'épargna rien pour le fixer à lacour : les caresses, les distinctions et dessommes énormes lui furent prodiguées. Dans cette intention, Catherine de Médicis, qui avait souvent recours à des moyens peu scrupuleux, parut favoriser les relations du prince de Condé avec Isabeau de La Tour, demoiselle de Vimeuil, l'une de ses filles d'honneur. De ce commerce naquit à Lyon, en 1564 , dans la garde-robe même de la reine, un enfant qui mourut peu de temps après. Le père Anselme a consigné dans son grand ouvrage ces souvenirs historiques, et il existe encore d'autres documents authentiques qui ne laissent aucun doute sur cette intrigue à la fois galante et politique. En 1567, Condé disputa la victoire à la bataille de Saint-Denis. En 1569, le 13 mars, au combat de Jarnac, il se rendit prisonnier, et le sieur de Montesquiou, capitaine des gardes du duc d'Anjou (plus tard Henri III), l'assassina de sang-froid. Lestoile a raconté cette action infâme avec une juste émotion. L'esprit d'opposition à la couronne de France que le premier prince de la branche de Condé affecta, dès la fin du règne de Henri II, paraît avoir passé comme un héritage à tous ceux qui en portèrent le nom et les armes jusque vers la fin du règne de Louis XIV. Tous se signalèrent en combattant contre les armées royales ; et quand les forces qui étaient au service du parti des Condé ne suffisaient pas pour ébranler dans ses racines les plus profondes la monarchie française, les princes protestants d'Allemagne et d'Angleterre même étaient alors appelés à leur secours. C'est ce que fit l'héritier de Louis de Condé, Henri, second prince de cette branche. Le troisième ne fut pas moins audacieux contre la reine mère et régente de Louis XIII. Enfin jusqu'où ne furent pas portés les projets du grand Condé (Louis II de Bourbon), qui, après avoir rendu les plus grands services à la monarchie française, tint en échec toutes les armées de Louis XIV pendant huit ans ? Après cette époque l'esprit d'opposition s'affaiblit et disparut dans la maison de Bourbon-Condé, mais, chose remarquable, en même temps s'affaiblirent et disparurent les éminentes qualités qui la distinguèrent, et cette brillante bravoure dont le souvenir excite encore l'admiration (Antoine de Puget, Francois de Lorraine, Le Prince de Conde, 1839 - books.google.fr).

 

Le temps des troubles

 

Un prêtre craonnais écrivait sur un registre paroissial en 1580, dans un langage commun au temps :

 

Dempuys l'an 1562 Que commencèrent les troubles

Le temps est fort fascheux

Tant pour la religion que pour les....

Lhomme de Dieu estoit tant bas

Et leglise méprisée

Quon ne voit plus que soldats

Courir à la piquorée (André Joubert, Histoire de la baronnie de Craon de 1382 à 1626: d'après les archives inédites du chartrier de Thouars (fonds Craon), 1888 - books.google.fr).

 

"son amy tuera"

 

Comme indiqué par Georges Gougenheim dans sa Grammaire de la langue française du XVIème siècle (1985), le complément d'objet peut être placé avant dans l'ordre de la phrase.

 

Ici, on considère que c'est l'ami qui tue le "grand de Blois".

 

René de la Platière, Seigneur des Bordes, étoit l'unique espérance de la Maisons de Bourdillon. Théodore de Bèze (Tome II, page 241) lui attribue le coup de pistolet, à la bataille de Dreux du 19 décembre 1562, qui par mégarde tua le jeune Duc de Nevers quelques jours après. Mais Brantôme dit expressément que le meurtrier involontaire fut M. Blanq enseigne de M. de Guise (Mémoires de Michel de Castelnau, sieur de Mauvissière, 1788 - books.google.fr).

 

Blanq serait M. de Bélan, de la famille de Lantages.

 

Le prince de Condé perdit la bataille de Dreux où il fut pris & blessé ; ceux du parti des Catholiques qui y perdirent la vie furent Jacques d'Albon maréchal de S. André à qui Baubigny cassa la tête d'un coup de pistolet, Montberon fils du connétable & François de Cleves comte de Rethel (Nicolas Le Long, Histoire ecclésiastique et civile du diocèse de Laon, 1783 - books.google.fr).

 

Des Bordes était le neveu du Maréchal de Bourdillon dont il devait hériter les titres. François Ier de Clèves ayant épousé Marguerite de Bourbon, François II était donc par sa mère le neveu du prince de Condé et du roi de Navarre.

 

Des Bordes est présenté comme un ami du duc de Clèves au XIXème siècle, mais il en est un proche et un conseiller qui a une grande influence sur lui comme Blaise de Vigenère chez Théodore de Bèze :

 

« mais étant sollicité tout au rebours par le roi de Navarre, qui était aussi son oncle, et qui lui envoyait lettres du roi et de la reine-mère telles qu'il voulait : et de malheur, étant ce jeune seigneur possédé par deux mauvais hommes, l'un nommé Desbordes, gentilhomme, indigne de la faveur que lui portait son maître, et l'autre nommé Vigenaire, son secrétaire, il fut amené à ce point, qu'il se résolut de faire premièrement un voyage en son gouvernement, et de là à la cour, là où depuis il fut aisé de le rendre neutre, et finalement ouvert ennemi de ceux auxquels il avait promis la foi : ce qui le mena bientôt à la mort » (Théodore de Bèze, Histoire ecclésiastique des églises réformées au royaume de France, Tome 1, 1841 - books.google.fr).

 

Dans le Digeste justinianien on trouve "amici nostri" : "nos conseillers" (Gaffiot).

 

Les promesses de François II de Clèves au prince de Condé ne sont ainsi pas suivies d'effet. Cédant aux pressions de membres de son entourage, en particulier de son fidèle secrétaire, Blaise de Vigenère, le duc rejoint le camp royal et s'engage dans la guerre. Le 10 janvier 1563, il succombe des suites d'une blessure récoltée à la bataille de Dreux. Le duc de Nevers décédait au service du souverain et de la cause catholique. Par sa mort, François II ne faisait que perpétuer la tradition ancestrale de sa famille. Les Clèves s'étaient enracinés dans le royaume de France par leur fidélité au souverain, amplement démontrée dans le service noble par excellence, celui des armes, et confortée par la durable bienveillance du monarque à leur égard. Unissant leur noblesse au roi et à son pouvoir, ils avaient fait don au souverain, dans les termes de la tradition aristocratique, de leur sang, vie et fortune, laquelle en retour dépendait de manière croissante de la redistribution des ressources opérée par la monrachie, revenus, charges et puissance qui en découlaient. En 1538, en hommage à son mariage avec une fille de lignée royale, François I de Clèves était gratifié de l'érection en duché de son comté et pairie de Nevers. Les lettres patentes par lesquelles François Ier érige le duché insistent sur le poids des services rendus dans l'union, présentée comme indéfectible, des ducs à la monarchie. Elles évoquent ainsi « les grands et notables services faits à la couronne par feu Engilbert de Clèves, comte d'Eu, à la conqueste du royaume de Naples et Jehan d'Albret, comte de Dreux et de Rethel, gouverneur du pays de Champagne et de Brie, pour la défense dudit royaume contre les invasions des ennemis; considéré aussy que depuis naguère François de Clèves, comte d'Eu a signalé son courage (...) tant à la conqueste du pays de Piedmont qu'à la deffense de Picardie» (Ariane Boltanski, Les ducs de Nevers et l'État royal: genèse d'un compromis (ca 1550 - ca 1600), 2006 - books.google.fr).

 

Les Clèves français continuèrent eux aussi à faire copier et à faire lire la légende du chevalier au Cygne : " Chestuy chevalier Helyas - le premier comte de Cleves estait venu du Gréal lequel l'en dist estre une manière de paradis terrestre, mais ce n'est pas le saint paradis. Presque tous les manuscrits sur l'histoire de cette famille conservés à la Bibliothèque Nationale - les No 3175 , 5573, 5607, 17867, 20202, le Dossier Bleu Ho 197 etc - font allusion au Chevalier accompagné "par ung blanc cygne", messager quasi-divin duquel est issue la maison de Clèves, descendue de celle de La Marck (Michael Harsgor, Recherches sur le personnel du conseil du roi sous Charles 8 et Louis 12, 1980 - books.google.fr).

 

Autrefois attribué à un certain Denis Pyramus, le roman de Partonopeus de Blois fut composé vers 1180 ; il est donc, après le Lai de Lanval, une des premières légendes mélusiniennes en langue vulgaire. L'histoire connut un succès extraordinaire et fut traduite dans toutes les langues de l'Occident médiéval. Grâce aux traductions anglaises, nous savons que le texte français que nous possédons aujourd'hui n'est pas la version primitive du récit. Le roman circulait sous une forme longue et sous une forme abrégée, s'ouvrait par le récit des origines de Mélior, une fée privée d'une partie de son caractère merveilleux, c'est-à-dire rationalisée - ou bien par celui des origines troyennes de Partonopeus. Les traductions nous aident aussi à éclairer certains points du roman français qui qui raconte ceci : Après une longue introduction dans laquelle il retrace la division du monde, l'histoire de Troie et l'arrivée des Troyens en Gaule, l'auteur anonyme décrit la forêt des Ardennes ; en ce temps-là, elle était immense, enchantée, infestée de lions, de dragons et d'éléphants, et elle s'étendait jusqu'à la mer. Un jour, le roi Clovis va y chasser avec son neveu Partonopeus qui tue un sanglier ; les chiens en lèvent un second que le jeune homme poursuit. Il perd de vue les autres chasseurs et s'égare. Il passe la nuit sous un chêne et, quand il veut rebrousser chemin, le matin, les serpents et les guivres de la forêt enchantée l'en empêchent. Il erre dans les bois avant d'apercevoir enfin la mer. Sur le rivage est échoué un navire complètement désert ; il s'y embarque et s'endort. Lorsqu'il se réveille, il est en pleine mer, toujours seul. Le lendemain soir, il voit une grande clarté vers laquelle la nef se dirige, puis elle accoste près d'une ville et d'un château. Partonopeus descend à terre, visite plusieurs palais sans voir âme qui vive, entre dans le plus beau : un feu brûle dans la cheminée, une table est dressée. Comme il a faim, il s'y assied et se restaure, servi par d'invisibles mains. A la fin du repas, il suit deux flambeaux qui le conduisent à une chambre où il trouve un lit magnifique dans lequel il se couche. Une personne s'approche alors de sa couche et y entre, découvre l'intrus et veut le chasser. Partonopeus raconte ses aventures à son invisible interlocutrice ; elle a pitié de lui, lui permet de rester et lui octroie même ses faveurs. Elle s'appelle Mélior, est la riche et puissante reine de Byzance et ce château se nomme Chef d'Oire (Claude Lecouteux, Mélusine et le chevalier au cygne, 1997 - books.google.fr).

 

Tirant sa matière d'autres sources que de celles où puise Wolfram, Konrad von Würzburg, mort à Bâle en 1287 et dont nous avons déjà cité la traduction du Partonopeus de Blois (Partonopier und Meliur), rattache la légende du Chevalier au Cygne à la maison de Clèves, suivant ainsi une tradition que nous retrouvons aux Pays-Bas. Bien que le manuscrit comporte des lacunes, l'histoire est claire : Un duc de Saxe conteste à Béatrix, la fille du duc de Clèves qui vient de passer de vie à trépas, son héritage. Personne ne veut être son champion et elle se désespère déjà lorsque arrive un chevalier inconnu : il fait son apparition endormi dans un frêle esquif que tire un cygne jusqu'au rivage de Nimègue. La chaîne reliant l'animal à l'embarcation est d'argent. L'inconnu accepte de prendre la défense de la duchesse et tue le duc de Saxe en combat singulier. Béatrix, éprise du jeune chevalier, lui propose de rester et de l'épouser. Il accepte si elle consent à ne jamais l'interroger sur son origine. Béatrix jure de respecter sa volonté. Les années s'écoulent et deux enfants naissent ; un jour pourtant, Béatrix pose la question fatale : le cygne vient chercher le chevalier qui disparaît sans que son nom soit révélé (Claude Lecouteux, Mélusine et le chevalier au cygne, 1997 - books.google.fr).

 

Dans le poème 'Goldene Schmiede' de Konrad von Wùrzburg (env. 1277-87) - et dans sa version néerlandophone 'Marien Voerspan of Sapeel' (ca. 1450) -, l'auteur se dépeint lui-même comme un orfèvre qui réalise un ornement précieux pour Marie. Au paroxysme du poème, Konrad von Wûrzburg compare Marie à un bijou d'or pur 'daer in sich god verguldet heeft in sijnre hoeger drier triniteit' Elle est la monture d'or dans laquelle est serti le bijou de la Trinité (Adrianus Maria Koldeweij, Foi et bonne fortune, 2006 - books.google.fr).

 

L'éloge funèbre de Konrad von Wûrzburg par Boppe sert aussi à chanter la louange de Dieu tout-puissant, de la Sainte Trinité, de l'Incarnation du Christ, de sa résurrection et de sa descente aux Enfers (Danielle Buschinger, La poésie du "discours chanté" en Allemagne (1250-1500): I, étude théorique ; II, anthologie bilingue, 2000 - books.google.fr).

 

On lit, dans les Illustrations de Gaule et Singularitez de Troye de Jean Lemaire de Belges, au livre III paru en 1553, le récit suivant, que l'auteur présente sous le titre de Vraye histoire du Cygnes de Clèves, proche d'une chronique de Jean de Brusthem, moine de Saint-Trond (1505). Le Chevalier au cygne est le « principal porteur d'enseigne » de Jules césar, Salvius Brabon, originaire de l'Arcadie et descendant de Francus, fils d'Hector de Troie (Georges Doutrepont, La légénde du Chevalier au cygne, Melanges Offerts a Abel Lefranc (professeur au college de France), 1939 - books.google.fr).

 

Le nom de Partonopeus semble être inspiré de celui d’un héros grecs des Sept contre Thèbes, Parthénopée. On y a vu aussi une forme dérivée de Parthenay, en raison de similitudes entre cette histoire et la légende de Mélusine (fr.wikipedia.org - Partonopeus de Blois).

 

Parthénopée est aussi la sirène qui donne son nom à la ville de Naples, objet de conquête d'Engelbert de Clèves.

 

La Trinité

 

L'oeil trinitaire

 

En dernière analyse, il va sans dire que le paradigme, dans une société chrétienne, de l'œil judiciaire est l'œil dit «trinitaire» de Dieu, que l'on trouve planant au-dessus de certaines œuvres picturales maniéristes, comme les tableaux religieux du Pontormo (Jean Perrin, Marlowe Edward II, 1992 - books.google.fr).

 

Il existe bien l'« œil trinitaire » qui, précisément, bénit la scène au-dessus de laquelle il est suspendu, comme dans La Cène à Emmaus du Pontormo (Ann Lecercle, Le théâtre d'Harold Pinter, 2006 - books.google.fr).

 

Il y en a (Grégoire le Grand, Moralia) qui ont avanté que l'évangéliste Luc étoit le compagnon de Cléophas, & l'un des deux Disciples ausquels le Sauveur s'apparut, en allant à Emmaüs. Enfin quelques-uns ont écrit qu'il étoit Peintre; & on montre des tableaux, qu'on dit avoir été peints de sa main. On veut aussi qu'il soit le même que ce Lucius, dont parle saint Paul aux Romains (XVI 21), & qu'on croit avoir été parent de cet Apôtre (Commentaire litteral sur tous les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, Tome 7, 1726 - books.google.fr).

 

Jacopo Carucci (Pontorme, près d'Empoli, 24 mai 1494 - Florence, 2 janvier 1557), connu sous le nom de Jacopo da Pontormo, ou plus simplement le Pontormo, est un peintre italien de l'école florentine et l'un des représentants les plus importants du mouvement maniériste dans la peinture du XVIe siècle (fr.wikipedia.org - Pontormo).

 

Le maniérisme est généralement présenté comme « l'automne de la Renaissance », à l'époque de son déclin ou de sa « décadence ». En fait le maniérisme fait simultanément émerger des valeurs qui lui sont propres et qui autorisent désormais à le considérer comme un moment complet (et non une « transition ») dans l'histoire de la culture européenne. Les maniéristes se présentent comme des suiveurs, venus après les grands créateurs italiens de la Renaissance, qui ont le sentiment de n'avoir plus de territoire créatif propre, sauf à exploiter formellement les inventions de leurs maîtres. L'accent est donc mis sur la forme, ou plus exactement sur la « manière » (maniera), qui exprime l'implication de l'imitateur, se créant ainsi un style, dans l'exploitation formelle. Il s'ensuit deux conséquences : pour se constituer une place, les maniéristes cultivent l'écart par rapport à leur modèle, et inventent ainsi le principe d'« imitation différentielle » ; d'autre part le principe de l'art n'est pas fondé sur la nature ; on abandonne l'idéal renaissant de naturalisme esthétisé, au profit d'une théorie de « l'art pour l'art ». Partant de principes formalistes, les maniéristes fondent un esthétisme exacerbé qui leur a valu le renom, impropre, de « décadents ». La substitution de l'art à la nature comme modèle formalisateur fait que le plus important n'est pas ce qu'on imite, mais la manière d'imiter. Ainsi s'explique le recours aux prouesses de la technicité. On met en valeur les effets les plus inattendus des lois de l'optique : déformations obtenues par modification de l'angle de vue ou anamorphoses, effets de trompe-l'œil par hyperbolisation des lois de la perspective, complications dans l'écriture musicale, insistance sur les effets de la rhétorique (pointes épigrammatiques [concetti] ou ellipses brillantes de la pensée qui fondent le « conceptisme », allusions culturelles obscures ou sophistiquées qui caractérisent le « cultisme » à l'espagnole, systématisation des antithèses et des allitérations caractéristiques de l'« euphuisme » à l'anglaise). L'exploitation hyperbolique des caractéristiques formelles fait perdre de vue les ensembles. Les maniéristes se cantonnent dans l'exploitation d'un point de détail ; ils se spécialisent dans un traitement de leur invention (ex. les compositions arcimboldesques, ou l'utilisation du noir et des lumières blafardes qui caractérisent le « nocturnisme » des peintes). Les poètes traitent d'un thème restreint qu'ils exploitent jusqu'à saturation. La conséquence en est une perte du sens de l'harmonie et de la totalité qui caractérisaient la Renaissance. L'univers est représenté comme une énigme, un labyrinthe (figure récurrente de l'art et de la littérature, illustrée par les mythes de Dédale, d'Icare et du Minotaure), une caverne peuplée de forces obscures ou maléfiques. Une « démonie » universelle s'empare du monde : c'est l'époque des magiciens, des prophètes (Nostradamus), de la vogue des techniques divinatoires, de la chasse aux sorcières. Cette transformation de la relation à l'univers entraîne une mise en question des moyens de connaissance : ainsi se conforte le scepticisme, et la mise en doute du principe d'identité qui, dans la psychologie renaissante, caractérisait la personne. On cultive l'art des contradictoires, des conflits internes, de l'éclatement du moi sous forme mélancolique ou hallucinatoire. Les thèmes littéraires de l'inconstance, de l'illusion débouchent sur une vision du monde analogue à un palais de mirages. Le maniérisme, qui se présente comme une continuation de l'esprit renaissant, aboutit à un renversement des valeurs fondamentales de la Renaissance : l'hyperbolisation du sens esthétique aboutit à un artificialisme en contradiction avec le naturalisme esthétisé. L'aspiration à la lumière est neutralisée par une fascination de la nuit, qui impose sa présence et fait de l'éclat lumineux une sorte de trou vacant dans l'épaisseur de l'ombre. L'unité de la personne humaine vole en éclats sous l'effet d'instances internes contradictoires qui font du psychisme un terrain de guerre civile. Le maniérisme est en effet le contemporain des grandes fractures (sécessions religieuses, guerres civiles, instauration de gouvernements et d'organismes répressifs) du XVIe siècle européen. On ne saurait cependant parler de décadence : il s'agit plutôt de la mise en scène d'un sentiment tragique de l'existence. La sérénité de la philosophie renaissante laisse place à une problématique du questionnement. Sur ce fond de contradictions et d'inquiétudes, s'établissent de très grandes créations comme celles de Tintoret ou de Greco en peinture, de Montaigne dans l'investigation de soi, des poètes épiques comme Camoëns ou Le Tasse, et des dramaturges élisabéthains. L'imaginaire maniériste est tourmenté, violent, disloqué, avec une tendance aux extrêmes : c'est une exploration des limites, des marges et des seuils (Joël Thomas, Introduction aux méthodologies de l'imaginaire, 1998 - books.google.fr).

 

Dans Partonopeus de Blois

 

Après une invocation à la Trinité, qui amène une gracieuse description du printemps et des réflexions pleines de sens et de justesse sur la moralité des compositions littéraires. v. 1-154, l'auteur remonte à la division du globe en trois parties; l'une de ces parties est l'Asie, où se lésait remarquer dès la plus haute antiquité la riche ville de Troie. Troie fut détruite par la trahison d'Anchise qui s'enfuit avecun fils de Priam, alors au berceau, nommé Marcomiris, 134-308. Marcomiris, à l'âge de quinze ans, quitta Anchise, dont il avait appris la trahison, et se rendit en France. Il en devint le premier souverain, 308-390. Le trône resta dans sa famille; un de ses descendants fut Pharamond. Après lui régnèrent Clodion, Mérovée, Childéric et Clovis. L'action du poëme se passe à la fin de la vie de ce dernier, par conséquent en l'an 512 et 513, 390-497.

 

La France a grand besoin de vous : vous n'y serez pas un seul jour oisif, tant il y a de guerres et de combats, tant vous y aurez d'ennemis. Le bon roi Clovis est mort, Et les Français sont écrasés, votre père n'est plus. Et Blois est assiégée de tous côtés. Ayez soin d'être toujours brave à l'armée, de vous faire aimer de tous par vos largesses, et de donner souvent. Vous n'aurez jamais lieu de craindre de n'avoir pas assez ; par moi vous aurez toujours assez de bien. Qu'on ne trouve aucun bon chevalier à qui vous n'ayez donné de votre bien. Soyez modeste avec les pauvres. Donnez-leur des vêtements et des meubles. N'ayez point la parole hautaine, Mais douce et prévenante pour tous. Honorez Dieu et la sainte Église. Maintenez ses franchises. Ayez la crainte de Dieu ; elle vous fera croître en estime et en honneur.

 

De retour à Blois, il se dérobe à la tendresse et à la reconnoissance de ses compatriotes : il adresse de vifs reproches à sa mère; il se condamne lui-même à ne voir personne, et à ne vivre que des alimens les plus grossiers. Son désespoir est silencieux; s'il parle seul, c'est Dieu, c'est la Trinité, c'est la mère de Dieu, qui sont les objets de ses supplications (5393 et suiv.) (Partonopeus de Blois: Tome I, présenté par Crapelet, 1834 - books.google.fr).

 

La figure de Partonopeus se rapproche d'un imaginaire à l'inspiration plus proprement chrétienne. Une année passe, et Partonopeus décide de se rendre dans la forêt. C'est à partir de ce moment-là qu'on remarque des différences substantielles par rapport au texte de Chrétien. Avant de pénétrer dans la forêt, Partonopeus prononce une longue prière comprenant une invocation à la Trinité (v. 5417-35). (Mattia Cavagna, Le désert-forêt dans le roman Partonopeus de Blois, Mediaevalia, Volume 25, 2004 - books.google.fr).

 

L'Expositio est une œuvre théologique, mais quoique la majeure partie de l'ouvrage soit consacrée, comme il se doit, à des commentaires doctrinaux, on voit reparaître malgré tout le professeur de grammaire et de rhétorique, et l'amateur de philosophie naturelle. Alain prend à partie Bernard Silvestre, auquel il est cependant redevable de la cosmogonie symbolique de l'Anliclaudianus, l'accusant d'impropriété de termes à propos de l'orthographe des mots hébreux séraphin et chérubin. Il cite l'« Epithalame » de Martianus Capella pour désigner le ministère des anges, ce qui paraît un peu oséé. Une allusion à l'un des héros de la Thébaïde de Stace est encore plus typique. Expliquant ce que l'on doit entendre par « vision imaginaire », contemplation de la réalité dans son reflet, et avant de citer le texte de saint Paul : Inuisibilia Dei per ea quae facta sunt... il évoque le beau Parthénopée, dans lequel se  reflète la beauté de sa mère Atalante. Ce personnage mythologique était en grande faveur au XIIe siècle, dans la littérature profane. Le Roman de Thèbes le décrit sous les traits les plus flatteurs : « De beauté semblot estre reis » ; l'auteur du Parthénopée de Blois le transforme en prince mérovingien, neveu de Clovis. Il est pris comme exemple par Mathieu de Vendôme : « sic Statius Thebaidos, qui Partonopeium descripsit speculo pulcritudinis insignitum », et Alain l'a transporté de la rhétorique à la théologie. Il le cite pour exprimer l'identité de nature des Personnes dans la Trinité : « Si enim cum dicitur : Atalante resultat in Parthenopaeo, notatur expresse naturae similitudo, non est absurdum, si cum personae pluralitate notatur identitas naturae, cum dicitur : Filius est in Patre », et ceci, dans un ouvrage aussi sérieux que les Regulae. Il l'évoque de nouveau dans les Distinctiones : « in... cum ablatiuo... notat similitudinem rei, unde poeta : «Atalante insultat in Parthenopaeo» (Marie-Thérèse d'Alverny, Alain de Lille: textes inédits, 1965 - books.google.fr).

 

Le passage de Rom. 1, 20 : "invisibilia dei, per ea quae facta sunt intellecta conspicianiur" est un adage qu'Augustin cite très fréquemment (De doctrina christiana, 1, 4, Confessionum, 10, 6, Epistulae n° 102, De ciuitate Dei 22, 29, De trinitate 2, 15 , etc.)  (Irène Rosier-Catach, Roger Bacon, Al-Farabi et Augustin, La rhétorique d'Aristote: traditions et commentaires de l'Antiquité au XVIIe siècle, 1998 - books.google.fr).

 

C'est ainsi que Moïse voulait voir celui à qui il disait : Montrez-vous à moi manifestement, comme ce qu'il y a d'invisible en Dieu est rendu visible par le moyen des choses qui ont été faites ; voici en effet comment s'explique l'Apôtre : « Car ce qu'il y a d'invisible en Dieu, est devenu visible depuis la création du monde, par la connaissance que ses créatures nous en donnent, sa puissance même et sa divinité sont visibles. » (Rom., I, 20) Voici donc que, pour l'intelligence, les choses invisibles de Dieu sont visibles, et pourtant elles sont appelées invisibles. Ainsi c'est par le Christ même que toutes choses, visibles et invisibles ont été faites, et pourtant vous pourriez le croire visible par nous ? Vous dites après cela, que c'est seulement du Père qu'on doit entendre ce que dit l'Apôtre quand il s'écrie : « A Dieu qui est le seul sage. » (Rom., XVI, 27) (Conférence avec Maximin, évêque arien) (Œuvres complètes de Saint Augustin, Volume 27, 1871 - books.google.fr).

 

Songeons à l'invisibilité de la fée Mélior, à la lanterne magique qui la fait apparaître aux yeux de Partonopeus, et à l'"oeil", organe de la vision, du premier vers du quatrain.

 

Epître aux Romains

 

Le prestige du livre, de l'escrit est généralement entier jusqu'à la fin du XIIe s., et l'auteur de Partonopeus s'explique longuement là-dessus (c'est saint Paul lui-même qui le dit : « quanque est en livre escrit » peut et doit servir à notre édification [Epître aux Romains 15,4 : Frères, tout ce qui a été écrit à l'avance dans les livres saints l'a été pour nous instruire, afin que, grâce à la persévérance et au réconfort des Écritures, nous ayons l'espérance]) (Pierre Gallais, Recherches sur la mentalite des romanciers français du moyen âge, Cahiers de civilisation médiévale, Université de Poitiers. Centre d'études supérieures de civilisation médiévale, 1970 - books.google.fr).

 

C'est l'image de l'alouette que présente le long prologue de Partonopeu de Blois. Invariablement située dans une reverdie, apparaît une triade d'oiseaux, dans l'ordre du texte : l'alouette, le rossignol, le loriot, dans un contexte énonciatif comparable à l'incipit d'une canso, où il s'agit de justifier l'écriture par la saison, par le chant des oiseaux, et par l'amour. Tous ces éléments sont présents dans le début du prologue, en même temps que l'allusion claire à un texte bien connu, quand il est dit du loriot : « Cil cante de lontaine amor » (v. 53).

 

Saint Paul, li maistre de la gent

Nos dist en son enseignement

Que quanqu'est es livres escrit,

Tot i est por nostre profit (...)

Car nus escrit n'est si frarins

Nis des fables as sarasins

Dont on ne puisse exemple traire.

 

Détournant habilement les écrits de Saint Paul pour justifier l'écriture du roman et le choix du sujet, l'auteur de Partonopeu laisse entendre que son propre texte réclame une interprétation. Voici l'attitude qu'il recommande au lecteur, en s'appuyant sur une comparaison animale, dont il tire évidemment un exemple :

 

Li sages de quanqu'est sos ciel

Trait sens com és trait de flor miel. (v. 119-120) (Anne-Marie Bégou-Ball, L'oiseau chanteur : esquisse d'une ornithologie courtoise, Déduits d’oiseaux au Moyen Âge, 2014 - books.google.fr).

 

L'Épître aux Romains est une lettre du Nouveau Testament envoyée par l'apôtre Paul à l'Église de Rome.

 

L'épître aux Romains est certainement la plus importante des épîtres de Paul non seulement par sa taille (c'est la plus longue) mais surtout pour son contenu et son enseignement. Les idées développées dans cette épître forment le fondement de la doctrine des Églises chrétiennes au sujet de la justification par la foi. Les interprétations de cette lettre sont à l'origine des divers mouvements et évolutions du monde chrétien et plus particulièrement de la Réforme protestante (fr.wikipedia.org - Epître aux Romains).

 

Il y a 500 ans, le 31 octobre 1517, Luther affichait ses quatre-vingt-quinze thèses à la porte de l’église du château de Wittenberg ; la Réforme protestante en sera la conséquence. Cependant, pour nombre d’historiens, c’est son commentaire de 1516 de l’épître aux Romains, dans laquelle Luther discernait « la forme la plus pure de l’Évangile », qui en marque le réel point de départ. Et cette lettre ne cessera de marquer l’histoire du protestantisme évangélique. C’est en rédigeant son commentaire sur l’épître aux Romains que Calvin a précisé les thèses principales de sa pensée qu’il développe dans la deuxième édition de l’Institution de la religion chrétienne. (www.protestants2017.org).

 

Le Père Cornely montre que les allusions à la Trinité imaginées par de nombreux Pères sont sans fondement. Il semble pourtant qu'il y a dans le rythme comme un dessin trinitaire : trois attributs, trois questions, trois relations des choses à Dieu. On a cherché dans la littérature hellénistique des formules analogues à celle du v. 36. Assurément les analogies ne manquent pas. Mais après les investigations de Lietzmann et de Norden, on peut estimer qu'on ne trouvera rien de tout à fait semblable. (Marie-Joseph Lagrange, Saint Paul: Épitre aux Romains, 1950 - books.google.fr).

 

Nous ne trouvons pas dans le Nouveau Testament de définition du dogme. Nous y trouvons des formules qui associent les trois personnes de la Trinité, comme par exemple la salutation de l'épître aux Romains, où Jésus est déclaré Fils de Dieu selon l'Esprit de sainteté (Rm 1.4). Si ces formules évoquent les trois personnes de la Trinité, elles ne définissent pas explicitement la nature exacte de leurs relations. En revanche, la question trinitaire est incontournable lorsque nous lisons des versets comme : Celui qui m'a vu a vu le Père (Jn 14.9). Si, comme le prétendent les épîtres, le salut vient du Christ, il faut bien que Jésus soit Emmanuel, Dieu avec nous, présence du Père dans le monde. La question trinitaire recoupe alors la question christologique : qui est Jésus par rapport à Dieu ? Dès les premières décennies de l'histoire de l'Eglise, les chrétiens ont à affronter la critique des Juifs, pour lesquels la foi au Fils de Dieu incarné est une attaque directe contre le monothéisme. Elle contredit l'unicité de Dieu (Antoine Nouis, Un catéchisme protestant, 1997 - books.google.fr).

 

Les amis polonais de Bèze réclamaient souvent un nouvel écrit contre les antitrinitaires, si nombreux et entreprenants en Pologne. L'ancien édit, celui de 1566, qui bannissait les anabaptistes et antitrinitaires de Pologne avait été appliqué fort négligemment. Un homme comme Thretius espérait, mais en vain, que cet édit serait renouvelé.

 

Genève, malgré la mort de Calvin (27 mai 1564) ne négligeait pas les calvinistes polonais. Théodore de Bèze et Bullinger continuaient à les encourager : mais quel remède trouver à l'anarchie religieuse croissante o, quelle digue opposer au débordement du flot arien (en Pologne on appelait ariens les antitrinitaires) qui venait de la Lithuanie et menaçait de submerger la Petite Pologne (Auguste Berga, Pierre Skarga (1536-1612): Étude sur la Pologne du XVIe siècle et le protestantisme polonais, 1916 - books.google.fr).

 

Comme l'indique sa préface adressée aux pasteurs et aux fidèles de Pologne (Epitre aux Seigneurs de Pologne du 15 août 1570), le but de Bèze était double : réfuter les hérésies antitrinitaires de son époque d'une part et, d'autre part, montrer à l'Eglise romaine en général et au cardinal Hosius en particulier16 que les réformateurs n'étaient nullement responsables de ces hérésies. Au contraire, en combattant des hommes comme Biandrata, Gentile, Socin et d'autres antitrinitaires, les réformateurs se rangeaient fermement du côté des Pères orthodoxes en réfutant les mêmes hérésies qu'eux. Cet appel à la tradition frise l'absurde lorsque Bèze identifie les hérétiques individuels de son temps avec les hérétiques anciens (Irena Dorota Backus, Lectures humanistes de Basile de Césarée: traductions latines (1439-1618), 1990 - books.google.fr).

 

Henri III sera élu roi de Pologne en 1573.

 

Le futur Henri III a été pendant quelque temps, roi de Pologne. Est-ce que dans les débats sur la tolérance, l'argument est utilisé sur ce qui se passe dans ce lointain pays considéré comme oriental ? Henri III a-t-il conservé de son passage un souvenir de la situation religieuse dans ce pays ? Le parti des « Politiques » utilise-t-il cet argument d'une certaine tolérance dans ces pays lointains ? Effectivement, les Polonais ont perdu leur roi, Sigismond, en juillet 1572 et ils ont élu roi le duc d'Anjou (futur Henri III). Mais il y aura une longue période d'interrègne. Or, si la majorité du pays est catholique, on trouve une forte minorité protestante, il y a des anti-trinitaires, des anabaptistes. Les nobles polonais ont pu craindre une explosion du pays et ils signèrent avec les responsables des principales confessions un traité en 1573 : la « Confédération de Varsovie ». Par ce traité, les parties s'engageaient à ne pas se faire la guerre. C'est un texte relativement peu connu mais très intéressant. Après l'élection du duc d'Anjou comme roi de Pologne, des ambassadeurs polonais se rendirent auprès du duc qui assiégeait alors, sans succès, la ville protestante de La Rochelle, et lui demandèrent de s'engager à respecter la constitution de la Pologne et le traité de 1573. Bon gré, mal gré, le duc d'Anjou voulant devenir roi accepta. Je crois qu'on retrouve, ensuite, dans les édits de Beaulieu (1576) et de Poitiers (1577) des échos de cet engagement, mais il n'y a pas eu de transposition directe en France, mais tout de même, il y a quelque chose qui s'est joué là (L'Edit de Nantes (1598), la France et l'Europe: journée d'études, 1998 - books.google.fr).

 

Accord sur la Trinité

 

Théodore de Bèze eut l'occasion de prendre plusieurs fois la parole au Colloque de Poissy. Dans ce discours qu'il prononça le 9 septembre 1561 devant la cour et les prélats, après la prière et les remerciements au Roi, il passe en revue les points de doctrine sur lesquels catholiques et protestants s'accordent (Dieu, la Trinité, l'incarnation, l'expiation, la rémission des péchés, etc.) et les points sur lesquels ils divergent d'opinion. Quand, parlant de la sainte Cène, le Réformateur, déclare du Christ : "nous disons que son corps est esloigné du pain et du vin autant que le plus haut ciel est esloigné de la terre", le texte de la Harangue comporte en marge cette notation : "Ici s'esmeurent quelques Prelats" (Polémiques religieuses, Mémoires et documents publiés par la société d'histoire et d'archéologie de Genève, Tome XLVIII, 1979 - books.google.fr).

 

"Mis en mal"

 

On trouve "Mes en mal" au sujet d'Adam dans la Bible de Macé de La Charité écrite au début du XIVème siècle : "Je di: qu'il estoit bons adonques / Quant nostres sires le forma, / Mes en mal puis se conferma" (Genèse vv. 268-270) (La Bible de Macé de La Charité, Volume 10, Numéro 1, 1967 - books.google.fr).

 

Macé est certainement curé de Cenquoinz (= Sancoins, Cher), et probablement moine bénédictin de La Charité, sa culture générale semble plutôt celle d'un moine bénédictin que d'un prêtre séculaire (né à La Charité sur Loire ou en provenant). Macé adapte plus qu'il ne traduit l'Aurora de Petrus Riga et s'est probablement servi de la rédaction revue et augmentée par Gilles (Aegidius) de Paris (La littérature didactique, allégorique et satirique, Tome 1, 1972 - books.google.fr).

 

"Mes" peut être un participe passé de mettre ("mis") ou la conjonction de coordination "mais" (Alphonse Bos, Glossaire de la langue d'oïl, (XIe-XIVe siècles), 1891 - books.google.fr).

 

Saint Paul (Romains, V 12-21) a fait une allusion très claire à ce texte biblique de la chute et du châtiment d'Adam et Eve. Plus nettement que les écrits juifs contemporains, il attribue expressément à Adam d'avoir fait entrer dans le monde non seulement la mort, mais le péché. Toutefois, il ne s'explique pas en détail sur ce point. Tout son effort tend à montrer que le Christ a plus d'efficacité pour réparer les nombreuses transgressions de l'humanité qu'Adam n'en a eu pour amener la condamnation sur sa race. La pensée chrétienne ultérieure se considère avant tout en ce point comme l'interprète d'un donné déjà acquis, déposé dans des Écritures canoniques, avec lequel les interprétations théologiques nouvelles ne peuvent rompre totalement. [...]

 

Saint Augutin invente le terme de "péché originel" vers 397 (Dictionnaire de la Théologie chrétienne: Les Dictionnaires d'Universalis, 2015 - books.google.fr).

 

Pour saint Augustin, le mal dont souffre l'homme n'était pas dans le principe inhérent à sa nature ; car il est la créature de Dieu ; et tout ce que Dieu a créé est bon. Le mal est la conséquence du péché, transgression volontaire de la loi, qui ne pouvait être donnée qu'à un être libre ; car Adam, nous dit la Genèse, avait reçu, le jour de la création, le pouvoir d'incliner sa volonté vers le bien ou vers le mal. La faute de notre premier père a donc été personnelle, non nécessitée par la nature créée en parfait état d'innocence (F. Ferrère, La situation religieuse de l'Afrique romaine: depuis la fin du IVe siècle jusqu'à l'invasion des Vandales (429), 1970 - books.google.fr).

 

[Après la chute] «Et Dieu dit : Voilà Adam devenu comme l'un de nous, sachant le bien et le mal.» Dieu a prononcé ces paroles, quel que soit le moyen qu'il ait employé; dès lors il faut voir dans le pluriel une allusion à la Trinité, analogue à celle qu'on trouve dans ce passage : «Faisons l'homme...» (Genèse I,26) ou dans cet autre : «Nous viendrons vers lui et nous habiterons en lui» comme le dit le Seigneur de lui-même et de son Père (Jean XIV,23) (De la Genèse au sens littéral, Livre XI - Chute et châtiment d'Adam, Chapitre XXXIX, 53) (Oeuvres complètes de Saint Augustin, 1866 - books.google.fr).

 

La Charité sur Loire se trouve dans le Nivernais, à une vingtaine de kilomètres de Nevers.

 

Le Nivernais était autrefois divisé en : VAUX ou VALLÉES DE NEVERS, renfermant: Nevers, capitale; Pougues, la Charité-sur-Loire, Mesvres, Chateauneuf-Val-de-Bargis, Pouilly, Champlemy (Nièvre) ; DONZIOIS [...] ; VALLÉES D'YONNE [...] ; VALLÉES DE MONTENOISON [...] ; VALLÉES DES AMOGNES [...] ; PAYS D'ENTRE LOIRE ET ALLIER [...] ; BAZOIS [...] ; et MORVANT (A. Girault de Saint-Fargeau, Bibliographie historique et topographique de la France, 1845 - books.google.fr).

 

L’amiral Gaspard de Coligny, un des chefs protestants, s'installe un temps à la Charité sur Loire après sa victoire lors de la bataille d'Arnay-le-Duc le 25 juin 1570 contre les armées catholiques du maréchal de Cossé, barrant la route du Midi aux catholiques, ce qui précipite le 8 août 1570 la signature de la paix de Saint-Germain-en-Laye, signée entre le roi Charles IX et l’amiral Gaspard de Coligny, qui octroie aux protestants quatre places fortes : La Rochelle, Cognac, Montauban et La Charité-sur-Loire. La nouvelle du massacre de la Saint-Barthélemy atteint la ville dès le soir du 24 août 1572. Elle provoque immédiatement une répétition du massacre. En 1576, la ville est reprise par le frère du roi, le duc d’Anjou, presque sans combat. Le 19 avril 1577, Sarra Martinengo, gouverneur de Gien, est tué sous les murs de La Charité-sur-Loire alors qu'il assiégeait les Réformés qui tenaient la ville (fr.wikipedia.org - La Charité-sur-Loire).

 

"Doute double" : les deux craintes (Romains VIII)

 

Douter ancienement signifioit craindre; doute, étoit crainte. « L'inition de sapience est la doute de nostre Signor », dit l'auteur anonyme du Miroir du chrétien dans le treizième siècle. Initium sapientiæ timor Domini (Étienne Barbazan, Méon, Crapelet, Joly de Fleury, Fabliaux et contes des poètes françois des XI, XII, XIII, XIV et XVe siècles, tirés des meilleurs auteurs, Tome 1, 1808 - books.google.fr).

 

Je suis pour vous saisi d'une grande crainte. Si vous vous glorifiez de pouvoir suivre l'Agneau, partout où il va, je tremble que, gonflées d'orgueil, vous ne puissiez le suivre par le sentier étroit. O âme virginale, conservez dans votre cœur ce que vous y avez reçu par le baptême, conservez aussi dans votre corps ce qui y était en naissant; mais il est bon aussi que, sous l'influence de la crainte du Seigneur, vous conceviez et enfantiez l'esprit de salut (Rom. XV, 3). « La crainte, il est vrai, n'est pas dans la charité, et la charité parfaite l'exclut entièrement ». Mais la crainte dont il est ici parlé, c'est la crainte humaine et non la crainte surnaturelle ; la crainte des maux temporels et non la crainte du jugement de Dieu. « Gardez-vous de porter trop haut vos prétentions, mais craignez ? » (Rom. XI, 20). Aimez la bonté de Dieu, mais craignez la sévérité de sa justice ; l'amour et la crainte ne supportent point l'orgueil. En aimant, vous craignez d'offenser gravement Celui que vous aimez et qui vous aime. Or, quelle offense plus grande que de déplaire, par l'orgueil, à Celui qui, à cause de vous, s'est attiré la haine des orgueilleux ? Cette chaste crainte, qui demeure dans le siècle des siècles où peut-elle mieux se trouver qu'en vous qui, étrangère à toutes les pensées du monde et au soin de plaire à un époux, n'avez de pensées que pour Dieu et ne cherchez à plaire qu'à lui seul ? La crainte humaine ne s'allie point avec la charité ; mais cette crainte chaste dont je parle en est inséparable. Si vous n'aimez pas, craignez de périr; si vous aimez, craignez de déplaire. La charité exclut la première de ces deux craintes ; elle s'allie intimement à la seconde.Saint Paul a dit : « Nous n'avons pas reçu l'esprit de servitude pour craindre, mais a l'esprit d'adoption des enfants et c'est par a lui que nous crions : mon Père » (Rom. VIII, 15). L'Apôtre fait ici allusion à cette crainte, donnée sous l'Ancien Testament, de la perte des biens temporels, que Dieu avait promis à ceux qui, loin d'être ses enfants sous l'empire de la grâce, n'étaient que des esclaves sous l'empire de la loi. La crainte peut aussi avoir pour objet le feu éternel; servir Dieu pour échapper à ce feu, ce n'est pas encore faire preuve de charité parfaite. En effet, il y a une différence à établir entre le désir de la récompense et la crainte du châtiment. S'écrier: « Où irai-je loin de votre esprit ? finirai-je loin de a votre face ? » c'est bien différent que de dire: « J'ai demandé une seule chose au Seigneur et je m'y attacherai: c'est d'habiter tous les jours de ma vie dans la maison du Seigneur, afin d'y contempler les joies éternelles et de m'abriter, moi son temple »; ou bien encore: « Ne détournez pas de moi a votre face » ; ou encore: « Mon âme est défaillante au désir d'arriver à la maison du seigneur ». Laissez les premières paroles à celui qui n'osait pas lever les yeux au ciel et à celle qui arrosait de ses larmes les pieds du Sauveur pour obtenir le pardon de ses crimes; les autres ne s'appliquent qu'à vous, dont l'unique sollicitude est de plaire au Seigneur et de vous rendre sainte de corps et d'esprit. La crainte agitée, celle que rejette la charité parfaite, doit s'approprier les premières paroles; les secondes appartiennent à cette chaste crainte du Seigneur, qui subsiste encore pour le siècle des siècles. A l'une et à l'autre il doit être dit : « Gardez-vous de porter a trop baut vos prétentions, mais craignez »; que l'homme donc ne s'élève ni par la justification de ses péchés, ni par la présomption de sa justice. Si l'Apôtre a dit : « Vous n'avez pas reçu l'esprit de servitude pour craindre »; il dit aussi de la crainte qui accompagne la charité: « J'ai beaucoup craint pour vous et « beaucoup tremblé ». Ne voulant pas que l'olivier greffé s'élevât d'orgueil au-dessus des rameaux brisés de l'olivier sauvage, il a prononcé cette sentence: « N'aspirez pointa tant a de hauteur, mais craignez ». S'adressant ensuite à tous les membres du Christ en général, il ajoute: « Opérez votre salut avec crainte et tremblement, car c'est Dieu qui opère en vous la volonté et l'action suivant a son bon plaisir ». Il n'est plus possible dès lors d'appliquer, d'une manière exclusive, à l'Ancien Testament, ces autres paroles: « Servez le Seigneur avec crainte et tressaillez a en lui avec tremblement » (De la sainte virginité, chapitre XXXVIII) (Oeuvres complètes de Saint Augustin, 1868 - books.google.fr).

 

Les temps de trouble des guerres de Religions suscitaient "la crainte des maux temporels" et "la crainte du jugement de Dieu".

 

Ayez la crainte de Dieu : De Deu aiez crieme et peor (Auguste Baron, Histoire abrégée de la littérature française: depuis son origine jusqu'au XVIIe siècle, Volumes 1 à 2, 1842 - books.google.fr).

 

On ne peut méconnaître dans ces mots les synonymes du wallon crimeûre, crainte, et du prov. cremor (dict. occitan.). Ce dernier est aussi dans la langue d'oïl : « Ils respondirent plus par cremor que par amour. » Dom Carpentier, v° Crematus. Le substantif crieme, cremor, a pour adject. cremeteux, dans l'ancien fr. (cremos en prov., adv. cremosamen); et pour verbe : cremir, cremmoir, crimir, crembre, criembre, criendre. M. Corblet donne le verbe picard cremir, brûler, du lat. cremere (?). Nous trouvons dans notre poëme le participe crému (v. 5824) et la 5e pers. sing. du prés. de l'ind. crient (v. 10908). Ces formes sont fréquentes. On lit pourtant dans la Ch. de Roland : Soürs est Carles que nuls home ne crent (st. 40). Fallot (p. 529) se demande si les mots cremer et craindre sont deux verbes d'un seul et même thème, ou s'ils sont indépendants l'un de l'autre et ont un radical différent. M. Diez a répondu à cette question : La source commune de ces mots est le lat. tremere, qui a formé l'ancien esp. tremer, le prov. et l'anc. fr. tremir ; et il ne faut voir dans le changement de tr en cr qu'une transformation euphonique. Ainsi le prov. cremer, l'anc. fr. cremir, cremmoir, viennent de tremere. Quant aux formes crembre, criembre, elles rappellent l'anc. cat. tembre (prov. et nouv. cat. temer), qui vient de timere et le vieux fr. raiembre, issu du lat. redimere (Emile Gachet, Légendes historico-poétiques. Le Chevalier au cygne et Godefroid de Bouillon, poëme historique, 1859 - books.google.fr).

 

Cygnes et Trinité, Partonopeus et Espagne

 

L'Alpha du codex conservé à Gérone, composé en l'an 975 dans le royaume léonais, [...] représente l'auteur et les commentateurs de l'Apocalypse, cités par Beatus de Liébana (fin VIIIème siècle) dans sa préface, autour de pupitres en forme de Tau, en pleine étude : Jean, Jérôme, Augustin, Ambroise, Fulgence, Grégoire, Apringius, Isidore. Ceux-ci reposent sur une frise qui coupe le triangle de l'A en son sommet. De telle sorte, l'extension sur les côtés est figurée, ainsi que par les feuilles en forme d'acanthe de la barre transversale de l'A. En son centre, le Seigneur trône, montrant de la main droite le Livre et de l'autre, la sphère de l'univers. A sa droite, hors du cadre des jambages, est inscrit : Ego sum, à sa gauche : A et Q. Le fond bleu sur lequel le Seigneur se dessine, entre les deux barres horizontales, l'inclut dans un autre espace que le reste de la miniature. Il s'agit du Cosmos, où il règne. Celui-ci n'est perceptible aux regards humains que par l'intermédiaire de l'Alpha, le début de la sagesse, selon Beatus. Ainsi, l'élévation des feuilles évoque-t-elle peut-être la valeur aérienne des ailes. [...]

 

Sous le trône, l'entrelacs rectangulaire, continué par un lacet, signale un prolongement de l'horizon divin vers un lieu inférieur. Serait-ce un symbole de l'Esprit qui descend vers la matière ? Deux oiseaux piquent ce lacet. On peut y reconnaître deux cygnes, figures terrestres et symboles de l'Eternité, qui signalent la transition entre monde céleste et matériel. En outre, la barre de l'entrelacs trace une verticale au milieu des deux jambages. Le tout rappelle l'Oméga inversé et la Trinité. C'est donc bien le Seigneur, A et Oméga, maître de l'univers qui est figuré, ainsi que la divinité du Saint-Esprit et l'unité de la Trinité selon la perception de Beatus. Toutefois, il se différencie de celui de Facundus par l'insistance qui est faite de la vision du Seigneur par l'étude de l'Ecriture. Le premier était plutôt centré sur l'incarnation de Dieu, Créateur de toute chose et Juge Suprême. Je rappellerai, à ce propos, l'insistance de la liturgie mozarabe sur le lien essentiel unissant le Verbe, Dieu et le Fils. Ces deux miniatures, par les concepts qu'elles expriment chacune, témoignent d'une connaissance aiguë des textes sacrés suivie d'une réflexion approfondie. Les images offrent par là même une synthèse de l'analyse de ces derniers, une démarche spécifique à l'Eglise mozarabe. Mais comment expliquer que deux siècles après la conception du Commentaire, et donc de la querelle adoptianiste niant la divinité du Christ sous l'influence de l'émir Abd alRahman I voulant unifier religieusement al-Andalous, les enlumineurs du Beatus de Gérone aient senti nécessaire le rappel de l'unité trinitaire en se fondant sur l'autorité des Pères de l'Eglise ? Principe trinitaire qui se trouve affirmé tout au long du programme iconographique de ce manuscrit (Emmanuelle Klinka, Iconographie apocalyptique : une autre chronique de l'Espagne médiévale, Image et hispanité : Actes des 1ères journées du GRIMH Lyon, 20-21 novembre 1998 en hommage à Anne-Marie Virot, 1999 - books.google.fr).

 

Le roman de Partonopeus de Blois est particulièrement riche en toponymes et autres noms propres : la tradition manuscrite en compte plus de 425 Le poète anonyme semble prendre plaisir à multiplier noms de combattants et références géographiques, tant fantaisistes que familiers. Certains noms de personnes ont été choisis dans le désir manifeste de situer le texte dans une tradition littéraire et de mettre en relief les thèmes majeurs du récit. Ainsi le nom du héros et celui de son rival renouent-ils avec le roman d'antiquité et la chanson de geste, tout en signalant l'importance de la beauté masculine dans l'économie narrative. Pour son personnage principal, l'auteur a repris le nom de Parthonopieus, jeune protagoniste du Roman de Thèbes, tandis que le sultan de Perse a comme prénom Margaris, appellation d'un comte sarrasin de la Chanson de Roland ; tous les deux sont tellement beaux que les femmes les trouvent irrésistibles. D'autres noms propres sont moins transparents, comme le démontre une étude récente sur Albigés, scène de la conversion de Guillemot-Anselot 3. Dans le domaine de la toponymie, il reste un certain nombre d'énigmes à résoudre, dont les solutions nous permettront de jeter un jour nouveau sur l'un des personnages clés du roman. La toponymie occupe le premier plan dans un discours mis dans la bouche de l'héroïne Melior (v. 7157-7372) 4. Pendant une conversation avec sa sœur Urraque, elle résume les dispositions prévues par Ernoul de Maubriçon pour un tournoi de trois jours qui aura lieu tout près de son château de Chief d'Oire. Parmi les prétendants (car le vainqueur du tournoi aura le droit d'épouser Melior), l'on comptera sept monarques venus d'Espagne, dont les territoires sont énumérés aux v. 7286-7326. À la suite des recherches minutieuses d'A. Fourrier, la critique est unanime pour constater que cette liste des noms de villes associées aux participants espagnols manifeste une connaissance très précise de la géographie du sud de la péninsule ibérique. En effet, depuis 1960, les éditeurs du poème adoptent de bon gré l'ensemble des identifications proposées dans Le Courant réaliste. Il est toutefois légitime de revenir sur quelques-uns des toponymes espagnols étudiés par Fourrier, avant de nous interroger sur deux autres qu'il a passés sous silence, mais qui méritent d'être examinés de plus près. Sans insister là-dessus, Fourrier a laissé voir que certains noms de lieu dans le Partonopeus sont plus facilement compréhensibles par rapport à un toponyme arabe qu'à une forme romane. Au v. 7325, par exemple, Bataillos (var. Bataillot, Bataillox, Batailloz) est plus proche de l'arabe Batalyos (Batalyûs) que de Badalioz (d'où Badajoz), forme en usage au Moyen Âge. La ville de Hornachuelos est méconnaissable dans Furnecole la roge, à moins que le lecteur ne sache que le nom arabe de cette forteresse était Fournadjoulouch (Furnagulus, Furnagwelos). Ce substrat arabe est encore plus riche que ne le démontrent parfois les translittérations adoptées par Fourrier. Celui-ci laisse supposer qu' Añone (qui ne se retrouve, d'ailleurs, que dans l'extrait C, les autres mss ayant Ariune ou Arone) dérive du latin Ariona plutôt que du toponyme arabe, Ardjouna d'après les sources qu'il connaissait. D'autres sources donnent comme nom de cette forteresse (Qal'at) Aryuna, dont le deuxième élément correspond exactement à Ariune / Arione. Il faudrait aussi souligner la correspondance précise entre TVC Geen (et même G jaianz) et le nom arabe de la ville de Jaén, Djayyân (Geen, Giyen ; Jayyân). De même, cinq mss sur six (LP font défaut à cet endroit) ont pour Grenade une forme sans métathèse de voyelle + r (A B VC Gernade, G Garnade ; T Grenade) et donc plus proche de l'arabe Garnata (Gharnâta) que de l'espagnol Granada ou de son dérivé français. N'oublions pas qu'au moment de la composition de notre roman (vraisemblablement aux environs de 1170, avant 1185 au plus tard), la Reconquête était loin d'avoir abouti, et la plus grande partie de l'Espagne méridionale restait sous le contrôle des musulmans (Penny Eley, Les toponymes espagnols dans Partonipeus de Blois, Romania, Volume 126, 2008 - books.google.fr).

 

Le sud de l'Espagne rapproche de la ville de Mérida dont parlerait la Lettre à Henry (www.nostradamus-centuries.com - Lettre à Henry : 1792, www.nostradamus-centuries.com - Lettre à Henry : Eulalie).

 

La cité de Mélior est Chef d'Oirre. Il existe une ville appelée Oria par Strabon qui est identifiée parfois avec Oretum Germanorum dans le sud de l'Espagne, près de Calatrava (Castille), sur la Guadiana, rivière qui coule à Mérida. Une île donnée par Mélior à sa soeur Urraque, se nomme Salence. Salanca est parfois écrit pour Salamanque (Castille) qui n'est pas une île.

 

Les Ardennes

 

François Ier de Clèves était comte de Dreux, de Rethel, d'Eu et de Beaufort, et seigneur d'Isles, il est le fils de Charles II de Clèves († 1521), comte de Nevers, et de Marie d'Albret d'Orval (1491 † 1549), comtesse de Rethel et dame de Jaucourt, fille de Jean d'Albret d'Orval comte de Dreux, et de Charlotte de Bourgogne, elle-même comtesse de Rethel. En 1545, Château Regnault devient une seigneurie indépendante sous François de Clèves. Sa fille Catherine de Clèves devient Princesse souveraine de Château-Regnault, épouse en 1568 en seconde noce Henri de Guise, assassiné en 1588 à Blois. Rethel et Château-Regnault sont dans les Ardennes (fr.wikipedia.org - François Ier de Nevers).

 

Au traité de Cateau-Cambresis, Charles Quint réclame-t-il instamment la suzeraineté de Linchamps comme dépendance du comté d'Orchimont. Des mémoires contradictoires soutiennent et démontrent l'indépendance souveraine du chapitre de Braux, et par conséquent celle du comte de Louvain. En 1546, Antoine de Rognac s'attire par un acte de violence sur son frère utérin, seigneur de Chéry-Chartreuse en Picardie, un flétrissant arrêt du Parlement de Paris, et par vengeance il passe à l'ennemi. Il met au pillage la prévôté de Braux, rançonne Mézières en interceptant les convois qui lui arrivent, par la Semoys et la Meuse, et étend ses ravages jusqu'au pays Porcien et jusqu'à Rethel. Le roi Henri II fait marcher contre lui Bourdillon, gouverneur de Mézières, puis bientôt François de Clèves, duc du Nevers. Deux lettres écrites par le roi de France au gendre de Charles Quint Maximilien établissent positivement la date de la prise et de la destruction de la forteresse de Linchamps (juillet 1550). Rognac s'échappa et se réfugia auprès de l'empereur. Trente ans plus tard, il reparaît en Champagne, conduisant les huguenots allemands. La châtellenie de Linchamps, annexée au domaine souverainde Château-Regnault, fut donnée au duc de Nevers. Sa fille Catherine la porta successivement en dot à Antoine de Croy, prince, de Porcien, et à Henri de Guise le Balafré. Ils réédifiérent la forteresse deLinchamps, que Louis XIV fit détruire vers 1673 avec les autres forteresses secondaires des bords de la Meuse. Linchamps, du haut d'une montagne dont le plan figurerait exactement un croissant renversé, commandait trois vallées, regardait Nohan à l'ouest, les Hautes-Rivières et Sorendal au sud-est (Les Ardennes, Magasin pittoresque, Volume 41, 1841 - books.google.fr).

 

Imbert de la Platière, Maréchal de Bourdillon, Seigneur d’Époisses, est le deuxième fils de Philibert II de la Platière, seigneur des Bordes. C’est le neveu de l’évêque de Nevers Imbert de la Platière. Il naît à Franay. Catherine de Médicis le fait nommer Maréchal de France. Il rejoint la cour au lendemain de l'assassinat du duc de Guise. M. de Bourdillon mourut à Fontainebleau le 4 avril 1567 (fr.wikipedia.org - Imbert de La Platière).

 

L'auteur de Partonopeus de Blois décrit la forêt des Ardennes, appelée hidouse et faee au début du roman ; en ce temps-là, elle était immense, enchantée, infestée de lions, de dragons et d'éléphants, et elle s'étendait jusqu'à la mer (André Chastel, Le Château, la chasse et la forêt, 1990 - books.google.fr).

 

Typologie

 

Madame de Genlis n'a pas manqué l'occasion de faire un mot d'esprit. Elle ajoute cette note à ses Mémoires : « M. le duc, père de M. le prince de Condé, était borgne d'un accident arrivé à la chasse (voir Mémoires de Dangeau), et tous ses enfants, légitimes et bâtards, naquirent borgnes du même œil. Voilà un fait difficile à expliquer. » (Stéphanie Félicité comtesse de Genlis, Mémoires sur le dix-huitième siècle et la révolution françoise, depuis 1756 jusqu'à nos jours, Tome 2, 1825 - books.google.fr).

 

Théodore de Bèze (Histoire ecclésiastique, tome II, pp. 370-371) raconte que René de La Platière eut des démêlés avec un frère d'un sieur de Genlis :

 

Ce néanmoins, par les pratiques et menées de deux personnages qui le (le duc de Clèves-Nevers) possédaient, à sçavoir Desbordes, gentilhomme fort desbordé et qui avoit une ancienne querelle avec le frère du sieur de Genlis qui estoit à Orléans, avec le prince, et un sien secrétaire nommé Vigenaire, se servant tous deux des alléchemens du roy de Navarre, l'esbranlèrent du commencement jusques-là qu'il promit d'aller à la cour, là où peu à peu il fut destourné de son entreprise, ce qui depuis luy causa la mort par celuy mesme qui en fut cause (Théodore de Bèze, Histoire ecclésiastique des églises réformées au royaume de France, Tome 1, 1841 - books.google.fr).

 

Le prince Louis IV Henri de Bourbon-Condé, né en 1692 et mort quand même 5 ans avant la date donnée à ce quatrain, en 1740, blessé à la chasse, fut premier ministre de Louis XV juste après la Régence. Il avait une maîtresse Madame de Prie (voir quatrain III, 41).

 

Jeanne-Agnès Berthelot de Pléneuf, marquise de Prie, est une aristocrate française née à Paris en 1698 et morte à Courbépine le 7 octobre 1727. Maîtresse du duc de Bourbon, elle a été, pendant quelques années, la femme la plus puissante à la cour de Louis XV (fr.wikipedia.org - Jeanne-Agnès Berthelot de Pléneuf).

 

Le nom vient de Prye en Nivernais, fief dépendant de la châtellenie de Nevers, possédé par les Prie depuis au moins le XIIe siècle et qui sortit de la famille au XVe. Le premier personnage cité est Geoffroy, sire de Prye, en 1178 mais la filiation certaine ne commence qu'avec Jean Ier de Prie, sgr de Buzançais et de Prie en 1274.

 

Ce n'est qu'au début du XVIIe siècle, par le mariage d'Aymard de Prie avec Louise de Hautemer, dame de Fervaques, que les Prie s'installent en Normandie. Louis XV érigea les terres de Plasnes et de Courbénine en marquisat en faveur de Louis de Prie marié à Agnès Berthelot de Pléneuf. Les Prie ont donné de nombreux personnages plus conséquents oubliés du grand public, notamment un cardinal (1507), plusieurs évêques, un grand pannetier, deux grands queux de France (1431) (Pierfit, Histoire de la famille de Prye depuis de Prie - gw.geneanet.org).

 

La famille de Prie tire son nom de la terre de Prye dans le Nivernais, fief dépendant de la châtellenie de Nevers, que les de Prie possédaient, dès le XIIe siècle et qu'ils ont conservé jusqu'au XVe siècle, époque où Antoine de Prie le vendit à Imbert de la Plattière, seigneur de Bourdillon. M. Georges de Soultrait dans le Dictionnaire topographique de l'ancienne France, cite différents auteurs qui ont fait mention de ce fief à des époques très reculées : Le Cartulaire de Saint-Cyr de Nevers (ch. 3), indique en 970 la « villa Privaco » (ch. 2), en 1029 « villa quae vocatur Privaco ». Les auteurs de la Gallia Christiano citent (ch. XII, col. 380) en 980 « villa Pruvia », etc. L'histoire de la famille de Prie n'intéresse pas seulement la Normandie. Originaire du Nivernais, cette famille s'étendit en Bourgogne, où l'on voit dans une chapelle de l'église de Beaujeu-sur-Saône, une épitaphe où sont représentées les armes de Beaujeu et autour celles des de Prie, de la Baume-Montrevel, etc. ; en Berry, où elle posséda de nombreuses seigneuries, entre autres relies de Montpoupon. Molins on Moulins. Buzançais ; en Touraine. Ce fut seulement au début du XVIIe siècle qu'elle s'établit en Normandie par le mariage d'Aymard de Prie avec Louise de Hautemer, dame de Fervacques, fille du fameux maréchal de Hautemer, protestant farouche, dont les cruautés sont restées légendaires. Les biens des de Prie ne firent qu'augmenter jusqu'au jour ci Louis XV érigea en marquisat les seigneuries de Plasnes et de Courbépine au profit de Louis de Prie, mari d'Agnès Berthelot de Pléneuf. Après sa mort, ses biens passèrent à son neveu, Louis, qui fut ruiné en grande partie par les abus de confiance dont se rendit coupable son homme d'affaires, le sieur Duclos-Lange. Les armoiries de la famille de Prie sont : de gueules à trois trèfles d'or renversés et sans queue posés 2 et 1 ; Devise : Non degeter ortu : Ne dément pas ses origines. Cri de guerre : Prie à chant d'oiseaux ! (Je prie dès le matin au chant des oiseaux) (La famille de Prie, Bulletin de la Société historique et archéologique de l'Orne, Volume 38, 1919 - books.google.fr).

 

Une religieuse carmélite du diocèse d'Augsbourg, Crescence de Kaufbeuren (1682 - 1744, déclarée sainte en 2001), avait eu une vision du Saint-Esprit sous l'aspect d'un beau jeune homme. Elle l'avait fait peindre et diffuser sous cette forme en petites images. Averti, le Pape Benoît XIV demanda un complément d'information. L'Évêque d'Augsbourg, non content de faire saisir les images, nomma une commission d'enquête dont les actes furent envoyés à Rome avec une lettre de l'Évêque. Ce dernier y exprimait sa perplexité devant la réaction contre l'image du Saint-Esprit en jeune homme alors que maints tableaux exposés dans les églises représentaient de cette façon la troisième personne au sein de la Trinité. Le Pape répondit le 1er octobre 1745 dans une longue lettre intitulée Sollicitudini Nostrae. Il y dit que l'Ancien Testament et le Nouveau Testament étaient le seul critère pour déterminer la forme autorisée pour représenter la Trinité. Passant en revue les différentes images existantes représentant le Saint-Esprit, le Pape juge que les seules images véritablement légitimées par l'Ancien Testament et le Nouveau Testament sont celles où le Saint-Esprit est sous forme de colombe apparue lors du baptême de Jésus ou de langues de feu apparues lors de la Pentecôte. D'autres images sont tolérées, par exemple celles représentant la Trinité sous forme des trois visiteurs apparus à Abraham et qui seraient les trois personnes de la Trinité selon certaines interprétations. Quant à Dieu le Père, il devait être représenté sous la forme d'un homme âgé, selon la vision de Daniel. D'autres images par contre sont interdites, comme celles qui représentent la Trinité sous forme d'un homme à trois visages ou à deux têtes avec au milieu la colombe, ce qui en fait un monstre offensant par la laideur et sans base biblique. Et comme le Nouveau Testament ne dit pas que le Saint-Esprit était apparu sous la forme d'un jeune homme, l'image en question devait être interdite et retirée partout. La réponse du Pape Benoît XIV dans cette affaire a force de loi et une portée universelle pour l'Église catholique. L'article 1279 du Code de droit canon de 1917 en fait une des sources, avec le concile de Trente, sur l'exposition des images dans les lieux sacrés (Sami Awad Aldeeb Abu-Sahlieh, Religion et droit dans les pays arabes, 2008 - books.google.fr).

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