Le dernier comte de Toulouse

Le dernier comte de Toulouse

 

III, 45

 

1737-1738

 

Les cinq estranges entrés dedans le temple,

Leur sang viendra la terre prophaner :

Aux Thoulousains sera bien dur exemple,

D'un qui viendra ses loys exterminer.

 

Avignonet

 

Avignonet est counue dans l'histoire par la fin tragique de cinq inquisiteurs que les Albigeois y massacrèrent au commencement du XIIIe siècle, selon Piganiol, copiste de don Vayssette et copié lui-même par Espilly, qui l'a été ensuite par tous les géographes et voyageurs de nos jours. Corme le crime fut commis, d'après ces divers auteurs, «dans la maison que Raimond V, dit le vieux, comte de Toulouse, possédait dans cette ville, il fut accusé d'en avoir donné l'ordre, et frappé d'excommunication. Pour se réconcilier avec l'Eglise, et recouvrer ses états mis en interdit, il fut obligé, par sentence du pape Innocent III [IV], de se voir traîner ignominieusement tout nu et flagellé» (Expilly, Dictionnaire de la France, p. 248) (Jean Vaysse de Villiers, Description routière et géographique de l'Empire français divisé en quatre régions, Tome 14, 1835 - books.google.fr).

 

AVIGNONET est une petite ville près de la riviere de Lers, au Nord de Castelnaudary. Elle est connue dans l'Histoire pour le massacre que les Albigeois y firent l'an 1242, de cinq Inquisiteurs dont trois étoient de l'Ordre de S. Dominique, & deux de celui de S. François. Comme cette sanglante scène se passa dans la maison que le Comte Raymond avoit en cette ville, il fut violemment soupçonné de l'avoir commandée (Jean-Aimar Piganiol de La Force, Nouvelle description de la France, 1722 - books.google.fr).

 

Il y avait bien 3 dominicains, enterrés dans l'église des Frères Prêcheurs de Toulouse, et 2 cordeliers "enterrés dans la grande Eglise des Cordeliers de Tolose", dans l'ensemble des 11 religieux massacrés à Avignonet le 28 mai 1242. "Pacifiques ennemis" des Albigeois venus juste détruire pacifiquement les hérétiques par le feu (Martin Barthélemy Carrière, Histoire des martyrs d'Avignonet. Episode de la guerre des Albigeois, 1866 - books.google.fr).

 

Une chronique conservée aux Jacobins de Toulouse et reproduite par Guillaume de Catel (Histoire des Comtes de Tolose) raconte cet événement (Germain de La Faille, Annales de la ville de Toulouse depuis la réünion de la Comté de Toulouse à la Couronne, Tome 1, 1687 - books.google.fr).

 

"temple" : jusque dans l'église

 

Malgré le secret dont ils s'étaient environnés et le silence de leur invasion nocturne, ou peut-être, quelques-uns de ceux qui étaient enfermés dans la place étant parvenus à s'échapper, la terrible nouvelle se répand tout-à-coup dans la ville. L'alarme est donnée, et les catholiques d'Avignonet se portent en foule au château. Ils parviennent, au péril de leur vie, à dégager quelques-unes de ces nobles victimes qu'ils emportent à la hâte dans l'église paroissiale, espérant qu'au moins la sainteté du lieu arrêtera la fureur des hérétiques. Mais les autels eux-mêmes n'avaient plus rien de sacré pour eux. Ils abandonnent les cadavres mutilés et sanglants de ceux qu'ils viennent d'immoler et courent après les victimes qu'ils craignent de voir s'échapper. Dans le temple leur fureur redouble, et le silence de la nuit et le recueillement du lieu saint sont troublés en même temps par leurs cris de rage. Guillaume Arnaud de Montpellier et Etienne de Narbonne tombent sous leurs coups, inondant de leur sang de martyrs le pavé du sanctuaire. Puis les hérétiques retournent au château où tout est visité, pillé, brisé (Martin Barthélemy Carrière, Histoire des martyrs d'Avignonet. Episode de la guerre des Albigeois, 1866 - books.google.fr).

 

Contexte

 

Pour se débarrasser de la tutelle royale, Raymond VII, comte de Toulouse, entre, en 1241, dans une coalition dirigée contre le roi Louis IX de France et son frère Alphonse de Poitiers, qui était devenu gendre de Raymond. Cette coalition est formée du roi d’Angleterre Henri III, du comte de Foix et des seigneurs poitevins, parmi lesquels Hugues X de Lusignan, dont il épouse la fille. Cette coalition doit susciter des révoltes simultanées dans le Poitou et le Languedoc, mais des imprudences de Lusignan la font révéler prématurément, et les conjurés, vaincus en juillet 1242 à la bataille de Taillebourg, doivent faire leur soumission. Raymond attaque le comte de Foix, son vassal, en janvier 1243 car ce dernier avait quitté la coalition avant même le début des hostilités. Finalement, le comte Raymond doit rendre hommage au roi de France Louis en 1243 et rendre les terres conquises au comte de Foix. Par prudence, il n’aidera pas la révolte de Raimond II Trencavel cette même année. En janvier 1244, Raymond envoie l'ingénieur Bertrand de la Bacalaria pour aider les assiégés de Montségur à se défendre avec des machines de guerre. En 1248, le roi Louis IX part en croisade, accompagné d’une grande partie de son ost. Raymond reste en France, espérant profiter de son absence pour reconquérir ses domaines, mais la maladie le prend alors qu’il se trouve à Creissels, près de Millau, où il meurt en septembre 1249 à l'âge de 52 ans. Son gendre devient comte de Toulouse et, après la mort de ce dernier en 1271, le comté est annexé par la Couronne de France (fr.wikipedia.org - Raymond VII de Toulouse).

 

Typologie

 

Le report de 1737 sur la date pivot 1242 donne 747.

À partir du VIIe siècle, l’histoire de Toulouse est lacunaire. À la faveur des successions mérovingiennes, la ville devient la capitale d’un important territoire, s’étendant des Pyrénées jusqu’à la Loire, sous l’autorité d’un duc également comte de Toulouse, et qui prend parfois le nom de royaume d’Aquitaine. Toulouse sert aussi de place forte face à la Septimanie à l'Est détenue par les Wisigoths pendant la fin du VIe siècle. En 721, Charles Martel reconnaît l’indépendance de ce duché. Le duc Eudes repousse l’envahisseur arabe lors du siège de Toulouse en 721. Venue d’Espagne, l’armée d’El-Samah subira une cuisante défaite. Moins connu que celui de Poitiers, en 732, ce siège aurait été déterminant pour l’avenir de la France (fr.wikipedia.org - Histoire de Toulouse).

 

Fils du duc Eudes d'Aquitaine, Hunald Ier succède à son père en 735 avec son frère Hatton, puis devient seul duc la même année, après avoir prêté serment de fidélité à Charles Martel. Il conteste le partage du royaume franc à la mort de Charles Martel en 741, en soutenant la révolte du duc Odilon de Bavière et de Griffon, fils de Martel et de sa seconde épouse, la princesse bavaroise Swanahilde. Pépin et Carloman, fils de Martel et de sa première épouse Rotrude, envahissent l’Aquitaine, occupent Bourges, Loches et s’arrêtent au Vieux-Poitiers. En représailles, Hunald réussit à s'emparer de Chartres qu'il détruit par le feu (743). En 745 les deux frères l’obligent à abdiquer en faveur de son fils Waïfre (fr.wikipedia.org - Hunald Ier).

 

Dom Vaissète

 

En 1737, dans les Preuves du Tome III de sa prestigieuse Histoire générale de Languedoc, Dom Vaissète publia des extraits de six dépositions, dont celles de Bérenger de Lavelanet, Arnaud-Roger de Mirepoix et Imbert de Salles. De ces deux dernières, il ne retint cependant que ce qui avait trait au massacre des inquisiteurs, à Avignonet en 1242 (Michel Roquebert, L'épopée cathare, Tome 2, 2001 - books.google.fr).

 

Dom Joseph Vaissète (Vaissette ou Vayssette), né à Gaillac 4 mai 1685, et mort à Paris1 le 10 avril 1756, est un historien et un religieux bénédictin français de la congrégation de Saint-Maur depuis le 11 juillet 1711. Son goût pour les recherches historiques le fait appeler pour travailler en collaboration avec dom Claude Devic en 1713, à l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés à Paris, pour la rédaction de l’Histoire générale de Languedoc, dont le premier volume paraît in folio en 1730 chez Jacques Vincent à Paris, et le deuxième à la fin de 1733. À la mort de dom Claude Devic, en 1734, il poursuit seul l’œuvre entreprise, ne souhaitant pas s’entourer de collaborateurs, et il publie les derniers volumes. En 1749, toujours chez Jacques Vincent à Paris, il sort un abrégé de l’Histoire du Languedoc en six volumes in-12° (fr.wikipedia.org - JosephVaissète).

 

Mort du dernier comte de Toulouse

 

Louis-Alexandre de Bourbon, comte de Toulouse (1681), duc de Penthièvre (1697), d’Arc, de Châteauvillain et de Rambouillet (1711), est un prince et officier de marine français, né à Versailles le 6 juin 1678 et mort à Rambouillet le 1er décembre 1737. Dernier des enfants naturels que Louis XIV eut de la marquise de Montespan, il fut légitimé et fait comte de Toulouse en 1681.

 

En 1712, il acheta à Louis II Phélypeaux de La Vrillière, l’Hôtel de La Vrillière situé près de la place des Victoires, appelé depuis «Hôtel de Toulouse», où se trouve notamment la Galerie dorée et le fit réaménager par l’architecte Robert de Cotte. L’hôtel abrite aujourd’hui la Banque de France. Il obtint également la charge de grand veneur de France en mars 1714. La même année, un édit du Roi de juillet le déclara apte à succéder au trône à la suite des princes légitimes et lui donna le rang de prince du sang. Cet édit fut cassé par le Parlement de Paris en 1718. Le comte de Toulouse ne fut cependant pas écarté du pouvoir et même, on lui laissa ses charges et sa fortune contrairement à son frère aîné sur qui se cristallisait la jalousie muée en haine des princes du sang et des ducs…

 

Lors de la polysynodie, il devint chef du Conseil de marine, jusqu’en 1722, date à laquelle il fut remplacé par le même Fleuriau d’Armenonville à qui, quelques années auparavant, il avait un peu forcé la main pour lui acheter son domaine de Rambouillet.

 

Le comte de Toulouse se retira dans son château de Rambouillet où il mourut en 1737 des suites d’une opération. Il fut inhumé dans l'église de la ville mais son fils, le duc de Penthièvre, fut contraint en 1783 de transférer le cercueil du comte de Toulouse dans la collégiale Saint-Étienne du château de Dreux. Ses restes reposent aujourd'hui dans une crypte de la chapelle royale Saint-Louis de Dreux (fr.wikipedia.org - Louis-Alexandre de Bourbon).

 

C'est le dernier comte de Toulouse en titre, non héréditaire alors que Raymond VII est le dernier comte héréditaire. Jeanne,sa fille, et Alphonse, frère de Louis IX, meurent sans héritier, la lignée s'éteint et Toulouse revient dans le giron de la Couronne royale (fr.wikipedia.org - Liste des comtes de Toulouse).

 

Acrostiche : LLAD

 

"llad" : cadeau, don en gallois (William Owen Pughe, A Dictionary of the Welsh Language, Explained in English, Tome 1, 1832 - books.google.fr).

 

On est allĂ© jusqu'Ă  affirmer que Trencavel avait Ă©tĂ© le modèle de Perceval - Parzival (Antonin Gadal, encore !...) en ajoutant un argument d'onomastique : Trencavel signifie «Tranche bien» et Perceval «Perce bien». Il n'y a pourtant aucun rapport entre les deux noms, et Perceval peut aussi bien signifier «Perce-Val» que «Perd-ce-Val», la seconde hypothèse paraissant d'ailleurs la meilleure dans le contexte. Quant Ă  cette identification, suscitĂ©e en grande partie par la vie de Trencavel, elle est d'une flagrante absurditĂ© : le jeune Trencavel n'Ă©tait pas encore nĂ© lorsque ChrĂ©tien de Troyes, vers 1190, Ă©crivit son Conte du Graal oĂą il mettait en scène, pour la première fois dans l'histoire littĂ©raire, le personnage de Perceval. Serait-ce alors son père, Raymond-Roger ? La victime de Simon de Montfort est morte en 1209, et l'identification ne tient pas davantage. Ce qu'il faut signaler, c'est que le Razès Ă©tait Ă©galement très frĂ©quentĂ© par les Templiers qui y avaient Ă©tabli une commanderie Ă  BĂ©zu (Jean Markale, Histoire de la France secrète, 1999).

 

Cf. quatrain III, 62 où sont mentionnés "percée" et "Carcassonne".

 

Un autre roman arthurien en langue occitane qui a Ă©tĂ© conservĂ© est JaufrĂ©, Ă©crit probablement vers 1225-1228 par un auteur anonyme pour un roi d'Aragon. Arthur est entourĂ© de personnages arthuriens familiers au public : Gauvain, Tristan, Keu, Lancelot, Yvain, Cligès et, bien sĂ»r, Perceval. Plusieurs rapprochements ont Ă©tĂ© faits entre Le Conte du Graal et JaufrĂ©. L'Ă©pisode oĂą JaufrĂ©, Ă©puisĂ©, veut dormir, mais est obligĂ© de se dĂ©fendre contre les chevaliers de Brunissen, a Ă©tĂ© rapprochĂ© de la rĂŞverie de Perceval devant les gouttes de sang sur la neige; le chevalier torturĂ© par Taulat a Ă©tĂ© comparĂ© au Roi MĂ©haignĂ©. En mĂŞme temps, l'ironie de l'auteur annoncerait celle de l'Arioste et de Cervantès (Michel Stanesco, La lĂ©gende du Graal dans les littĂ©ratures europĂ©ennes, anthologie commentĂ©e, 2006 - books.google.fr).

 

JaufrĂ© demande au roi de lui octroyer un don, Ă  la mode celtique, c'est-Ă -dire sans que l'objet du don soit prĂ©cisĂ©. Mais, alors que tous les chevaliers sont Ă  table, autour du roi et de la reine GuĂ©nièvre, un inconnu survient, en armes, et pĂ©nètre Ă  cheval dans la salle du festin. Il examine les convives les uns après les autres et finit par frapper de sa lance un de ceux qui se trouvent le plus près de la reine. L'ayant Ă©tendu mort aux pieds de GuĂ©nièvre, le chevalier inconnu s'Ă©crie : «Mauvais roi ! c'est pour te honnir que je viens de tuer ce chevalier Si quelqu'un de ceux qui t'entourent veut venir Ă  ma poursuite, il n'a qu'Ă  demander Taulat de Ruginon, car c'est ainsi que je me nomme, et je te promets de revenir chaque annĂ©e te faire pareille visite Ă  la mĂŞme fĂŞte.» En somme le dĂ©but de la quĂŞte, dans JaufrĂ©, est Ă  peu près identique Ă  ce qui se passe dans Perceval et dans Peredur : il s'agit d'un affront fait au roi, mais visant particulièrement la reine, incarnation de la SouverainetĂ©. La diffĂ©rence notable est qu'ici JaufrĂ© est dĂ©jĂ  intĂ©grĂ© dans la communautĂ© de la Table Ronde, alors qu'il ne l'est pas encore dans les autres textes. C'est d'ailleurs le perturbateur qui entre Ă  cheval dans la salle du festin, et non le hĂ©ros de la quĂŞte. Et ce qui est important, c'est que le perturbateur frappe avec sa lance : il dĂ©clenche le processus de la quĂŞte par un «coup douloureux», comme nous en verrons dans les versions ultĂ©rieures de la quĂŞte (Jean Markale, Le Graal, 1996 - books.google.fr).

 

A l'étymologie du terme, nous croyons que Stern a eu raison d'y reconnaître le mot llad (don, faveur). Seulement nous supposons que le llatai (Poème Le Messager de Dafydd ab Gwilym) n'est pas un porteur de cadeaux, mais au contraire un messager qui demande un don pour son commettant, ou peut-être pour soi-même comme récompense pour sa commission (coelfain). Le gallois forme au moyen d'un suffixe -ha, qui implique souvent l'idée de "demander", des verbes dénominatifs, comparables aux verbes irlandais en -aigim. Ainsi de cardawd "charité" on a formé un verbe cardota "demander la charité", de blawd "farine", blota "demander de la farine" (Theodor Max Chotzen, Recherches sur la poésie de Dafydd ab Gwilym, barde gallois du XIVe siécle, 1927 - books.google.fr).

 

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