Deux dents en la gorge II, 7 1636 Entre plusieurs aux isles
deportés L'un estre nay à deux dents à la gorge : Mourront de faim, les arbres esbroutés : Pour eux neuf roy
nouvel edict leur forge. Les îles Avant l'ère chrétienne, il n'y avait pas en Grèce et dans l'empire romain d'établissements destinés à recueillir les enfants de condition servile. Sous les prédécesseurs de Constantin, il existe déjà des orphelinats où sont élevés, sans distinction d'origine, les enfants abandonnés ou privés de leurs parents. Ces établissements prennent une rapide extension sous ce prince qui comble de ses faveurs l'Orphanotrophium de Byzance. Il assigne, pour l'entretien de cet asile, des terres du domaine public et diverses autres donations particulières. Il ouvre en outre une école où les orphelins et les enfants issus de parents pauvres, reçoivent aux frais de l'Etat une instruction élémentaire. Les orphelinats continuèrent d'être l'objet de la sollicitude des successeurs de Constantin. Ils devinrent, à Constantinople et ailleurs, par exemple dans l'île d'Oxya, de véritables écoles industrielles. On y enseignait aussi la grammaire et les sciences. Le grand orphanotrophe, dont le siège était à Constantinople, jouissait de prérogatives considérables. Il avait la haute direction de tous les établissements charitables de la capitale. Tantôt cette dignité était conférée à un grand personnage, tantôt à un simple moine ; mais, quelle que fût son origine, il marchait de pair à la cour de Byzance avec le préfet de l'Annone. Une constitution des empereurs Léon et Anthémius, définit et précise le rôlo de l'orphanotrophe : «Orphanotropnus qui parentibus atque substantiis destitutos minores sustentat et educat, velut affectione paterna, aut quasi tutor pupillorum et curator adolescentium» (E. Jeanselme, L. Œconomos, Les oeuvres d'assistance et les Hôpitaux Byzantins au siècle des Commènes, Vade Mecum, International Congress of the History of Medicine, 1921 - books.google.fr). orphos, privé de. - Orphelin (vx fr. orfenin; du latin orphanus, grec orphanos, orphelin), orphelinat. lat. privare, priver d'une chose; de privus, isolé (L. Grimblot, Vocabulaire synthétique de la langue française, 1902 - books.google.fr). Isola, c'est une île, en latin. Et ce n'est pas sans raison que John Donne, le poète anglais de la Renaissance, écrivait déjà : «Aucun homme n'est une île à part entière.» L'île, l'isolement, l'un - sans regard, sans main tendue, sans écoute, sans accueil - ne saurait appartenir aux caractéristiques de l'humain. Sous la banalité apparente de cette remarque aux significations multiples, la question est cruciale (Roger Pol Droit, Monique Atlan, Humain: Une enquête philosophique sur ces révolutions qui changent nos vies, 2012 - books.google.fr). "insularis" signifie aussi en latin "déporté dans une île". La "deportatio in insulam" se retrouve dans la jurisprudence justinienne des Pandectes ou Digeste (Gaffiot). La relegatio consistait en une résidence obligatoire dans une île, sans internement ni modification du statut personnel ; en cas d'évasion, le condamné était interné ; le condamné à la deportatio était interné, perdait la ciuitas, son patrimoine (depuis Tibère) était confisqué, et il pouvait être mis à mort en cas d'évasion. Sur ces deux peines : Ferrini, p. 156-157 ; Mommsen, p. 313, 358. (Philippe Moreau, Incestus et prohibitae nuptiae. L’inceste à Rome: Conception romaine de l’inceste et histoire des prohibitions matrimoniales pour cause de parenté dans la Rome antique, 2021 - books.google.fr). Les îles byzantines ont servi de lieu de réclusion aux princes exilés, prétendants au trône ou réfractaires menaçant l’Empire. Les sources, qu’elles soient juridiques ou littéraires, attestent un nombre relativement élevé de cas entre le début du VIIIe siècle et la fin du XIe siècle (Raúl Estangüi Gómez, La réclusion politique à Byzance. L'exil dans l'île de Lemnos (mi-XIVe- mi-XVe siècles), Hypothèses 2008/1 11 - shs.cairn.info). "dents" : Porphyre Digénis vivait au Xe siècle, sous les empereurs Romain I Lécapène et Nicéphore II Phocas. Il était de la célèbre famille des Ducas; son grand-père était le stratarque Andronic Ducas, que l'empereur Romain Lécapène, jaloux de sa grande renommée, exila aux frontières. Cet Andronic avait cinq fils et une fille. Comme il était un jour en expédition dans les défilés du Taurus pour repousser les brigands qui ravageaient les provinces limitrophes de l'empire grec, un des quatre émirs d'Édesse enleva sa fille pendant son absence. Andronic lui envoya ses cinq fils, et l'émir redoutant leur colère, sans vouloir cependant leur rendre leur sœur, promit de se faire chrétien et de l'épouser. Son nom était Moujour, et c'est de son union avec Arété (c'est le nom que donnent les chansons populaires à la fille d'Andronic), que naquit Digénis Akritas. Baptisé à l'âge de six ans, il reçut le nom de Basile; le surnom de Digénis lui fut donné parce qu'il était issu d'une double race : musulmane par son père, grecque par sa mère. Quant à celui d'Akritas, il avait été donné à son grand-père pendant son exil; il signifie en effet «gardien des frontières», comme le marquis des Français au moyen âge et le markgraf des Allemands (Bibliographie : L'Île de Chypre par Paul d'Estournelles de Constant, Annuaire de l'Association pour l'Encouragement des Etudes Grecques en France, Volume 9, 1875 - books.google.fr). DUKAS ou DUCAS. Grande famille byzantine qui a fourni plusieurs souverains à l'empire d'Orient. Les panégyristes des Dukas rattachaient cette famille aux origines mêmes de l'état byzantin et la faisaient descendre d'un duc de Constantinople, proche parent de Constantin le Grand; d'autres historiens racontaient qu'elle devait à des ducs d'Orient sa naissance et son nom. Quoi qu'il en soit, les Dukas apparaissent dans l'histoire vers le milieu du IXe siècle avec Andronic qui, sous le règne de Michel III, fut chargé de convertir les Pauliciens et les souleva par sa dureté; et dès le Xe siècle la renommée de la famille était assez grande pour que l'épopée populaire choisit chez elle quelques-uns de ses héros favoris; le paladin Digénis Akritas n'est autre que le domestique des scholes Pantherios, un neveu de l'usurpateur Constantin Dukas. Aussi bien les merveilleuses aventures qu'avait eues sous le règne de Léon VI un autre Andronic Dukas, réfugié chez les Turcs et converti à l'islamisme, la faveur qu'avait marquée le même empereur au fils d'Andronic, Constantin, justifiaient assez la réputation de cette grande famille et Constantin put en 912 aspirer à l'empire. L'échec de sa tentative amena la ruine des Dukas, dont plusieurs furent exécutés, d'autres envoyés en exil; et ce n'est qu'à la fin du Xe siècle qu'une branche nouvelle, descendant peut-être par les femmes seulement de l'antique maison des Dukas, réapparaît dans l'histoire (La grande encyclopédie : inventaire raisonné des sciences, des lettres et des arts par une Société de savants et de gens de lettres, Tome 15, 1885 - books.google.fr). Firdousi, le chantre de la gloire iranienne, ne daigne pas même nommer les empereurs et les généraux de Byzance, qui disputèrent aux Sassanides les provinces de l'Euphrate; les Grecs sont toujours vaincus, emmenés en captivité; pas la moindre mention de Justinien, pas un seul mot de Bélisaire. Firdousi n'a fait d'exception qu'en faveur d'un rouche pehlewan, qui eut l'insigne honneur de se mesurer avec Kesra Nouschirvan, et ce personnage privilégié n'est autre que notre héros, sous le nom de FARFOURIOUS (Porphyre), un cavalier portant haut la tête et précédé de clairons et de timbales. On sait que le philosophe Porphyre n'est jamais appelé autrement que Farfour par les Arabes et les Persans. Dans une chanson trébizondienne il est question de la voracité de Porphyre. A-T-ON jamais vu une mère enfanter une fois en trente ans et donner le jour à un fils qui soit un héros et à une fille qui ait du lait?» Personne n'a engendré, personne n'a fait un pareil enfant. Une nonne a mis au monde un tel fils dans le village de Porphyre. Comment l'appellerons-nous ? comment le nommerons-nous ? Appelez-le Porphyre, nommez-le Porphyre. Lorsque cet enfant eut un jour, il mangea un biscuit; lorsqu'il eut deux jours, il mangea un pain; lorsqu'il eut cinq jours, il en mangea une fournée. Lorsqu'il eut trente jours, il sortit et dit avec fierté : Je suis amoureux d'une jeune fille, et c'est la fille de l'empereur ! Notre poëme nous apprend que Digénis Akritas, qui s'inspirerait de Pantherius, finit paisiblement ses jours dans le palais qu'il s'était bâti sur les bords de l'Euphrate. Nicéphore n'avait cessé de lui témoigner son estime et sa gratitude, pour la bravoure dont il avait donné tant de preuves en combattant les ennemis de l'empire grec, comme aussi de la sagesse avec laquelle il gouvernait les grands thèmes akritiques. Nous ignorons la date précise de la mort d'Akritas; nous savons seulement par notre poëme et par une chanson populaire, qu'il mourut à l'âge de trente-trois ans, très-probablement sous le règne de Nicéphore Phocas, c'est-à -dire avant le 10 décembre 969. Luitprand rapporte un fait qui démontre avec quelle rapidité les chansons populaires byzantines se répandaient par le monde. Il nous dit que, lors de son voyage à Constantinople, en 958, les chansons faites contre les fils de Romain Lécapène (945) «se chantaient non-seulement en Europe, mais en Asie et en Afrique» (Emile Legrand, Les exploits de Digenis Akritas, epopee Byzantine publiee, 1875 - books.google.fr). Il existe des manuscrits en Europe occidentale avec des variantes de la geste d'Akritas : Escorial (XVIe siècle), Grottaferrata (XIVe siècle). Le Moniage Rainouart semble s'en inspirer, Guillaume au Court-Nez y parle le grec et Raunouart est aussi vorace que Porphyre. Dans le monde grec, l'épopée est reprise par Méliténiote au XIVe siècle (Emile Legrand, Les exploits de Digenis Akritas, 1875 - books.google.fr). Une version rimée de l'épopée de Digénis Akritas, insérée par M. Spyridion Lambros dans sa Collection de romans grecs, a été rédigée par Ignace Pétritzis, originaire de Chio. Ce travail a été terminé le 25 novembre 1670 (Hubert Octave Pernot, Études de linguistique néo-hellénique, Tome 1, 1907 - books.google.fr). Le rôle de barrière contre l'âme fugitive qu'on attribue aux dents, nous fournit l'explication d'une croyance en apparence assez bizarre. Le héros de l'épopée byzantine, Digénis Akritas, glorieux et de courte vie comme Achille, est appelé dans un chant chypriote "celui qui a des dents écartées" ; en Grèce on connaît, en outre, le proverbe «dents écartées, peu de mois, ou bien», «dents écartées, peu d'années». M. Politis, qui dans le quatrième volume de son excellent recueil de proverbes grecs a signalé la qualification de Digénis et les locutions populaires correspondantes, cite plusieurs passages d'Aristote et des Scriptores physiognomici, qui montrent que déjà dans l'antiquité on considérait l'écart des dents comme le présage d'une vie brève (D.C. Hesseling, Ekros odontôn, Revue des études grecques, Volume 29, 1916 - books.google.fr). Digenis est un héros des frontières, comme les dents en sont une. Achille est un héros de la guerre de Troie, cf. Lampros, vieillard frère de Priam. "Pantherieus" et sa famille Romain Ier Lécapène, parent de Panthérius, renversé par ses fils Etienne et Constantin en décembre 944, fut contraint d'y devenir moine et s'y éteignit en juin 9481. Proti ou Prote est une des neuf îles constituant l'archipel des Îles des Princes (Adalar en turc, un des trente-neuf districts d'Istanbul), dans la mer de Marmara, en Turquie. Kinaliada signifie l'île (ada) du henné (kina), en référence à la couleur des eaux où baigne l'île (fr.wikipedia.org - Kinaliada, Nikoghayos Adonts, Études arméno-byzantines, 1965 - books.google.fr). Etienne et Constantin, eux-mêmes, sur un ordre de Constantin VII qui ressaisissait enfin les rênes du pouvoir, étaient enlevés de la table impériale, rasés, faits moines et jetés en exil. L'un fut envoyé à Antigoni, l'autre à Andérovinthos; tous deux moururent de mort violente (Edmond Bouvy, Souvenirs chrétiens de Constantinople et des environs, Tome 1, 1896 - books.google.fr). Deux îles de l'archipel des Princes (Raymond Janin, Les îles des Princes. Etude historique et topographique (Suite.). In: Échos d'Orient, tome 23, n°135, 1924 - www.persee.fr, www.decouvrirlagrece.com). PANTHERIOS, parent de Romain Ier Lécapène, et titré patrice, succéda comme domestique des scholes à Jean Kourkouas, dans les dernières années du règne de Romain Ier Lécapène (Rodolphe Guilland, Recherches sur les institutions byzantines, Partie 1, 1967 - books.google.fr). En 941 il repoussa l'invasion des Russes et en 944 il força l'émir d'Édesse à livrer à l'Empire l'icône du Christ. Sa carrière ne correspond guère à celle de Digénis, mais ne peut-on en dire autant du comte des marches de Bretagne, devenu neveu de Charlemagne ? (Louis Bréhier, Le monde byzantin, Tome 32 : L'Évolution de l'humanité; synthèse collective, 1950 - books.google.fr). Il ne parait pas avoir occupé pendant longtemps ces fonctions, car Constantin VII Porphyrogénète, aussitôt après la déchéance de Romain Ier Lécapène (944), nomma Bardas Phokas domestique des scholes (Rodolphe Guilland, Recherches sur les institutions byzantines, Partie 1, 1967 - books.google.fr). Cf. le quatrain X, 63 - Carolingiens et Byzantins - 2223-2224 pour Digenis Akritas. "neuf Roy" La Novelle de l'empereur Nicéphore intitulée : Novelle touchant les monastères, les hospices et les maisons de vieillards, fut promulguée en 964 pour remédier à cet état de choses si grave. Il fallait un grand courage pour se mettre délibérément à dos un aussi puissant parti qui constituait bien véritablement un État dans l'État. On sait combien de tout temps à Byzance l'esprit chrétien, même dévot, contribua puissamment à développer, dans des proportions étonnantes pour l'époque, le nombre des établissements de bienfaisance de tous ordres. Maisons de retraite pour les vieillards (gerocomia), hospices pour les pauvres pèlerins et voyageurs (xenodochia), hôpitaux et léproseries, maisons d'orphelins (orphanotrophia), tous parfaitement administrés et dotés de revenus considérables, foisonnaient à Constantinople comme dans les provinces. Dans cette monarchie presque sacerdotale de Byzance, il fallait un homme singulièrement énergique pour porter la main sur cet abus : ce fut le deuxième successeur de Constantin VII, Nicéphore Phocas. Par l'une de ses Novelles, il défendit la construction de nouveaux monastères, par l'autre il défendit aux églises d'acquérir de nouveaux immeubles. Mais il luttait contre toute l'organisation politique, contre l'esprit même de la civilisation byzantine, contre la politique de sa dynastie (témoin les nombreuses bulles de concessions aux églises et couvents sous Romain Lécapène, Constantin VII, Romain II). La digue fragile de ses lois fut emportée peu après lui : celles-ci furent formellement abolies par Basile II, qui rentra ainsi dans les traditions dévotes de la maison de Macédoine (M. Rambaud, p. 286) (Gustave Schlumberger, Un empereur byzantin au dixième siècle : Nicéphore Phocas, 1890 - books.google.fr). Acrostiche : ELMP, Elampo Elampo (en italien) pour Lampos, fils de Laomédon et frère de Priam (Giovanni Francesco Loredano, L' Iliade giocosa, Tome 4, 1653 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Giovan Francesco Loredan). Antoine Halley, poëte normand, né à Bazanville, près Bayeux, en 1593, mort le 3 juin 1675, est Professeur de belles-lettres et principal du collége du Bois, dans l'université de Caen. Lorsque Pierre Seguier, chancelier, vint à Caen, lors de la révolte de 1640, châtiée par lui avec tant de rigueur, Halley lui adressa ce distique, beaucoup trop flatteur pour la circonstance : Dum Seguerus init generosi mænia Cadmi, Adventurus leo creditur, agnus adest. Il le remercia, en 1642, d'avoir augmenté les privilèges de l'Académie de Caen, fondée par Moysant de Brieux. Une longue épître en vers latins adressée au dauphin lui rappelait l'origine des Français et célébrait les rois troyens Dardanus, Erichthonius, Tros, Ilus, Laomédon et Priam, ancêtres de Louis XIV (Nouvelle biographie générale, Tome 23 : Haag - Hennequin, 1858 - books.google.fr). Lampos est aussi l'un des noms des quatre chevaux du Soleil à confronter avec l'asnier du quatrain II, 11 qui pourrait raconter la mésaventure de Démarate. Typologie Le report de 1636 sur la date pivot 963 donne 290. Saint Maur des Fossés, appelé Castrum Bagaudarum dans une charte de Clovis II de 638, serait lié à la révolte des Bagaudes en Gaule sous Dioclétien. Saint Maur est un fief des Condé depuis la mort de Catherine de Médicis, et le Grand Condé sera un protagoniste de la Fronde sous le jeune Louis XIV (Dictionnaire de géographie, Tome 2, Encyclopédie théologique, 1849 - books.google.fr, Henry Pouvereau, Saint-Maur-des-Fossés, 1942 - books.google.fr). Mamertin dans son panégyrique à l'adresse Maximien co-Auguste pour l'Occident, décrit la situation de la Gaule, ravagée par la famine et les maladies, avant le règne de Dioclétien (Gérard Walter, Histoire des paysans de France, 1963 - books.google.fr). L'édifice de Justinien se sauvegarde jusque très tard. Dans les profondeurs populaires, la justice justinienne maintient un humanisme, qui inspirera tous les humanismes à venir. De la même manière que toute la doctrine du roi divin, avec Frédéric II von Hohenstaufen «loi vivante sur la terre» ou Louis XIV resplendissant «au-dessus des lois», s'inspirera du système byzantin et que l'interminable rivalité des rois contre les papes à travers le second millénaire chrétien aura toujours une couleur toute byzantine, c'est sur la notion justinienne de l'individu, tout à la fois romaine et chrétienne, que se bâtit la notion européenne de l'individu face à ses pairs ou à ses juges (Arthur Conte, L'aventure européenne: De Minos à Louis XVI, 1979 - books.google.fr). Louis XIV La mise en rapport de ce quatrain avec Louis XIV est déjà faite en 1690 (Jacques Massard, Explication d'un songe divin de Louis XIV, 1690 - books.google.fr). Le Dauphin eut en fait de nombreuses nourrices. Raison à cela : deux dents dont le bébé aurait été pourvu dès sa naissance. Cette anecdote rappelle la croyance médiévale aux «changelins», ces enfants démoniaques substitués à de pauvres innocents comme saint Dominique et qui ont, eux aussi, une dentition prématurée. Ces dents ont fait parler d'elles et Richelieu lui-même confirme ce qui pourrait passer pour une simple rumeur (Lettres à De Noyers du 11 janvier 1639). Hugo Grotius rapporte lui aussi cette anecdote qui donne des craintes à ceux qui l'interprètent comme un signe de la boulimie de conquête du futur roi (Lettre à Oxenstiern du 25 décembre 1638, publiée en 1687). Seule Ancelin aurait résisté aux morsures du petit glouton, ce que, des années plus tard, Marana rappelle dans son grinçant Espion du Grand-Seigneur (1688) : «[...] le Dauphin se porte fort bien, et ce n'est point une fable qu'il soit né avec quelques dents, et ce qu'on dit tous les jours qu'aucune nourrice ne luy peut presenter la mamelle sans qu'elle en soit morduë ; On dit aussi que ne se pouvant trouver à à la cour aucune femme qui puisse y durer, on a choisi celle d'un Païsan qui s'est trouvée si forte et si saine, qu'elle luy resiste, et le nourrit fort bien» L'auteur semble d'autant mieux renseigné qu'il vise juste en invoquant la résistance de la nourrice. Perette Dufour eut effectivement recours, par l'entremise d'Anne d'Autriche, à une relique fournie par le Grand Maître de Malte, censée soulager les douleurs occasionnées par les morsures du bébé (Stanis Perez, La santé de Louis XIV: une biohistoire du Roi-Soleil, 2007 - books.google.fr). Mazarin aussi aurait été dans ce cas à la naissance. Giulio Raimondo Mazzarini, est né le 14 juillet 1602 à Pescina, dans les Abruzzes, dans le Centre-Est de l'Italie. Il passa son enfance à Rome, où ses parents demeuraient. Son père, Pietro Mazzarini, avait coutume d'aller de temps en temps chez son beau-frère, l'abbé Buffalini, lequel convia son épouse Hortensia, enceinte, à venir passer les dernières semaines de sa grossesse loin des miasmes de l'été romaine. Elle accoucha ainsi de son premier fils, qui naquit «coiffé» et doté de deux dents. On pensait alors que de tels signes présageaient d'une haute fortune. Plus tard, le cardinal s'en prévalut souvent. Diplomate et homme politique, d'abord au service de la Papauté, puis des rois de France Louis XIII et Louis XIV, il succéda à Richelieu en tant que principal ministre d'État de 1643 à 1661 (fr.wikipedia.org - Jules Mazarin). "édit" Plusieurs fois, notamment le 31 mars 1666, en décembre 1666, ainsi qu'en août 1749 et le 17 août 1750, le gouvernement intervint pour limiter le droit d'acquisition par l'Eglise. La première fois, Louis XIV mit définitivement fin au droit de récupération des biens aliénés aux alentours de 1566 afin de ne pas remettre en cause le droit de propriété, puis dans un deuxième temps il interdit la création de nouveaux établissements religieux sans son aval et il révoqua les lettres d'amortissement pour les achats effectués à l'avenir. Il agissait par là afin de rappeler les articles de la plupart des coutumes qui voulaient préserver l'Etat contre des exonérations trop nombreuses et donc de limiter son appauvrissement, mais aussi parce que l'Eglise était jugée incapable de subvenir aux charges des fiefs. Dans un deuxième temps, Louis XV reprit les mêmes dispositions dans un sens encore plus rigoureux. S'il reconnut que des donations pouvaient se faire encore sans son accord cela ne pouvait se faire que pour des pauvres laïcs ou ecclésiastiques. D'autre part, il fit préciser que les gens de mainmorte ne pourraient exercer à l'avenir aucune action en retrait féodal ou seigneurial, sous peine de nullité. A cela il joignit en 1750 une déclaration demandant à tous les bénéficiers du clergé de déclarer sous les six mois leurs biens, revenus et bénéfices. Ce qui était une grave menace pour les biens temporels que seuls des religieux comme les évêques-ducs possédant des titres féodaux, pouvaient contourner (Stéphane Douillot, L'évêque-duc et pair de France: titre honorifique ou puissance effective : l'exemple de Langres, 1655-1791, 2002 - books.google.fr). Sentiment d'isolement En 1653, isoler signifie «faire prendre la forme d'une île». Le mot isolement provient du latin insulatus, qui signifie «séparé comme une île, isolé, délaissé», et de insula, qui désigne une île (Louis Brigand, Besoin d'îles, 2009 - books.google.fr). Du XVIIe au XVIIIe siècle, l'homme s'est senti peu à peu comme isolé au milieu des choses, en état de «déréliction». Pascal, déjà , voyait l'homme «égaré dans un canton détourné de la nature»; et seulement capable «d'apercevoir quelque chose du milieu des choses». Mais, pour Pascal, le Christ est venu en médiateur; pour empêcher que cet isolement ne se creuse en abîme, il est venu combler l'abîme. On assiste au XVIIIe siècle à une réduction de l'angoisse et du pathos. Cette situation nouvelle d'isolement est progressivement acceptée. Locke, déjà , la comparait à celle des marins qui naviguent à la sonde. La sonde n'explore pas l'abîme, elle ne touche pas le fond des mers; il suffit qu'elle permette de repérer les hauts-fonds, et le navire est sauf, il trouve son chemin. On ne va plus s'attarder désormais à la recherche des causes premières, ni à celle des causes finales. On estime que la quête du pourquoi est vaine, et condamnée à l'échec. En revanche, celle du comment est possible; elle est utile; elle offre à l'homme le moyen de poser les principes d'une praxis, d'une action efficace. Savoir comment les choses se passent, autour de l'homme, comment elles se sont passées pour aboutir à l'homme, comment s'est constituée peu à peu, dans un monde soumis à la durée, la «grande chaîne des êtres», voilà ce qui est exaltant, et de plus à la portée de l'homme (Marcel Raymond Saint-Martin et l'Illuminisme contre l'"Illuminismo", Lettere italiane, Volume 19, 1967 - books.google.fr). "Neuf
Roy" Le 7 septembre 1651, un lit de justice déclare la majorité du roi (la majorité royale est à treize ans) (fr.wikipedia.org - Louis XIV). Comme la noblesse, Louis XIV surveille aussi le peuple par la politique du «grand renfermement». Par un édit de juin 1656, il crée à Paris, puis en 1662 dans chaque grande ville, un hôpital général pour les malades pauvres, les mendiants et les orphelins. Il s'agit davantage d'isoler cette partie de la population que de mettre en place une mesure sociale. Ces édits sont renforcés par celui de 1667 par lequel Louis XIV crée la fonction de lieutenant de police avec pour mission le maintien de de l'ordre, l'entretien de la voirie, la réglementation des métiers, la surveillance des cabarets, des marchés et des halles, le contrôle des produits, de l'imprimerie et de la librairie (Laurent Bonnet, Objectif CRPE Epreuve écrite d'histoire et de géographie, 2012 - books.google.fr). Les lettres-patentes du 20 mars 1671 réunirent à l'Hôpital-Général les biens de différentes communautés dont la suppression était ordonnée (Louis Parturier, L'assistance a Paris, sous l'regime & pendant la revolution: Etude sur les diverses institutions dont la reunion a forme l'Administration Generale de l'Assistance Publique a Paris, 1897 - books.google.fr). Louis XIV orphelin ou pas Vers 1280, un manuscrit nomme l'Hôpital de la Trinité la "Trinité aux Asniers", car il était interdit aux Trinitaires, par leur statut, de monter à cheval mais seulement sur des ânes (fr.wikipedia.org - Hôpital de la Trinité). Cf. quatrain VIII,
5 (Les Enfants trouvés) et II, 11 (Naissance de Louis XIV - "Le prochain
fils de l'asnier", 1639). Apparue pour la première fois dans sa correspondance, le 1er janvier 1638 (Lettre Ă Louise de Marillac), la cause des enfants trouvĂ©s va obsĂ©der Vincent de Paul. Afin de mettre sur pied l'oeuvre des Enfants trouvĂ©s, il fait appel aux dames de la ConfrĂ©rie de CharitĂ©, une institution qu'il a fondĂ©e en dĂ©cembre 1617 et regroupe les plus grands noms du royaume. Mais malgrĂ© leur bonne volontĂ©, princesses et duchesses sont dĂ©bordĂ©es par l'ampleur de la tâche et peinent Ă recruter des nourrices. "L'on fut d'avis, Ă la dernière assemblĂ©e, Ă©crit Monsieur Vincent Ă Louise de Marillac, sa principale collaboratrice, que vous seriez priĂ©e de faire un essai des enfants trouvĂ©s, s'il y aura moyen de les nourrir de lait de vache et d'en prendre deux ou trois Ă cet effet", mais l'emploi du lait de vache ou de chèvre provoque de nombreux dĂ©cès. Les jeunes campagnardes des Filles de la CharitĂ©, autre institution fondĂ©e par Vincent de Paul en dĂ©cembre 1633, sont Ă©galement mises Ă contribution. Mais le rĂ©sultat reste peu probant; ce qui suscite notamment l'indignation de SĂ©bastien Hardy, ancien receveur des aides et tailles, donataire d'une rente de cinquante livres : "Il me rend coupable de tout le retardement", regrette Monsieur Vincent, qui dĂ©plore que "les enfants continuent de mourir". Deux ans plus tard, l'oeuvre piĂ©tine, alors qu'elle recueille toujours de nombreux bĂ©bĂ©s (chrisagde.free.fr). Le nom de DieudonnĂ© attribuĂ© Ă Louis XIV rĂ©sonne avec "diodon" : DIODONS, s. m. plur. T. d'Hist. nat. Genre de poissons cartilagineux de l'ordre des Teleobranches, et de la famille des OstĂ©odermes, qui n'ont que deux dents, (Du grec dis deux fois, et odons, odontos dent.) (Cl. M. Gattel, Dictionnaire universel portatif de la langue française, avec la prononciation figurĂ©e, 1813 - books.google.fr). C'est donc l'annĂ©e de la naissance de Louis XIV, et avant celle-ci, que l'institution des Enfants trouvĂ©s est crĂ©Ă©e. Une idĂ©e romanesque se fait jour : les Enfants trouvĂ©s ont servi d'Ă©cran de fumĂ©e pour trouver un hĂ©ritier Ă Louis XIII. "dĂ©portĂ©s" Entre 1625 et 1635, furent crĂ©Ă©es la Compagnie dite de Saint Christophe puis la Compagnie des ĂŽles de l'AmĂ©rique par François Fouquet (12 fĂ©vrier 1635), toutes deux sous l'autoritĂ© de Richelieu, qui en Ă©tait actionnaire (Pierre Pluchon, Patricia Suteau, L'exception coloniale, Etat et sociĂ©tĂ© en France aux XVIIe et XVIIIe siècles: MĂ©langes offerts Ă Yves Durand, 2000 - books.google.fr, FĂ©lix Hilaire FortunĂ©, La Rigoise au "Nouveau Monde": La rigoise, c’est le fouet en nerf de bĹ“uf dont l’usage s’entend des matines Ă la brune du soir, 2014 - books.google.fr, RenĂ© Cheyssac, Henri Salandre, Histoire et civilisation des Antilles françaises: Guadeloupe et Martinique, 1979 - books.google.fr). Une activitĂ© d'une telle ampleur et aux rapports si intĂ©ressants ne saurait relever de l'initiative privĂ©e. Très tĂ´t donc, la traite des Noirs est affaire de monopole d'Etat. Cependant, et dans le cas français Ă©galement, les recours Ă la traite et Ă l'esclavage des Noirs sont une solution chronologiquement seconde. Comme dans le cas espagnol, l'esclave Noir vient rĂ©pondre Ă la dĂ©faillance du système initial qui se rĂ©vèle incapable de rĂ©pondre aux objectifs Ă©conomiques des colons. Ils le reconnaissent sans gĂŞne et sans fard. Se tenant loin des tentatives de justification Ă posteriori de type raciste ou humanitariste, les administrateurs et les colons ont dès le dĂ©but avouĂ© que la traite nĂ©grière ne se justifiait que par les intĂ©rĂŞts coloniaux des puissances europĂ©ennes. A ce qu'ils en disent, le recours aux esclaves Noirs rĂ©pond d'abord aux limites dĂ©mographiques de l'Europe : La "traite des Blancs" avait Ă©chouĂ©. Les "engagĂ©s" du temps de Louis XIII, fils de famille ruinĂ©s, marins, voyous attirĂ©s par des promesses mirifiques ou tout simplement dĂ©portĂ©s dans les Ă®les, formaient un peuplement "insuffisant en quantitĂ© et en qualitĂ©". Ensuite il y a une nĂ©cessitĂ© agricole : dans des rĂ©gions impropres aux cultures europĂ©ennes, la rĂ©volution de la canne Ă sucre impose l'esclavage comme seul mode rationnel d'exploitation. Cette canne introduite vers 1640 dans les colonies françaises des Antilles a pris un essor fulgurant. Elle rĂ©clame une main d'Ĺ“uvre nombreuse, active et stable. Or la population blanche dit-on, est alanguie par le climat : seuls des travailleurs originaires des tropiques seraient en mesure de supplĂ©er Ă la carence des Indiens et des EuropĂ©ens. Enfin mais non moins important, il y a la "nĂ©cessitĂ© Ă©conomique" : La consommation du cafĂ©, du tabac, du sucre, est entrĂ©e dans les mĹ“urs europĂ©ennes. L'apparition de ces besoins nouveaux lĂ©gitime la colonisation de terres fertiles. La mĂ©tropole, en clair, ne peut plus vivre sans les colonies qui, elles, ne peuvent se passer de main d'Ĺ“uvre noire (Richard Chateau-DĂ©gat,La Traite des noirs de l'Afrique Ă l'AmĂ©rique: En hommage aux peuples noirs victimes du trafic nĂ©grier, 1997 - books.google.fr). En 1642, Louis XIII autorise officiellement la dĂ©portation des Nègres dans les colonies françaises d'AmĂ©rique (il y en avait dĂ©jĂ ...) (Sy yaya, Les lĂ©gitimations de l'esclavage et de la colonisation des Nègres, 2010 - books.google.fr, Robert Hollier, Antilles, 1976 - books.google.fr). Louis XIV, dit «le Grand» et «le Roi-Soleil», nĂ© le 5 septembre 1638 au château Neuf de Saint-Germain-en-Laye est mort le 1er septembre 1715 Ă Versailles (fr.wikipedia.org - Louis XIV). "arbres esbrotez" "esbrotĂ©" : broutĂ©, effeuillĂ© (M.F. Godefroy, Dictionnaire de l'ancienne langue française, lettre E) (Revue critique d'histoire et de littĂ©rature, Volume 2 ;Volume 18, 1884 - books.google.fr, Pierre Brind'Amour, Les premières centuries, ou, Propheties de Nostradamus (Ă©dition MacĂ© Bonhomme de 1555), 1996 - books.google.fr). Certaines rĂ©gions de l’Allemagne ou de la France actuelles comme la Lorraine sortent de l'interminable conflit de la guerre de Trente ans ruinĂ©es, dĂ©vastĂ©es, dĂ©peuplĂ©es pour de longues annĂ©es (fr.wikipedia.org - Guerre de Trente Ans). Dès son apparition, Vincent de Paul amenait avec lui deux cadres au grand complet, les prĂŞtres et les frères de la Mission et les Filles de la CharitĂ©, deux corps qui avaient fait leur apprentissage des misères publiques au milieu des Ă©pouvantables dĂ©sastres de la Lorraine; des hommes qui, de 1636 Ă 1645, avaient bravĂ© la guerre, la famine et la peste, «dont cette province fut presque toute couverte comme d'un dĂ©luge qui semblait la devoir abĂ®mer.» Un seul de ces courageux hĂ©ros de la charitĂ©, le frère Mathieu Benard, avait fait durant ces neuf annĂ©es, au milieu des plus grands pĂ©rils, cinquante-trois fois le voyage de Paris en Lorraine pour porter de l'argent et des secours (Alphonse Feillet, La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de Paul; ou, un chapitre de l'histoire du paupĂ©risme en France, 1862 - books.google.fr). La guerre de Dix Ans (1634-1644) est l'Ă©pisode comtois de la guerre de Trente Ans (1618 Ă 1648). La terrible famine dura environ un an et demi, de l'hiver 1637-1638 aux moissons de 1639. Cette fois, les pauvres n'Ă©taient plus les seules victimes : «Non seulement les paysans et le menu peuple ne vivaient plus que d'herbe et de racines qu'ils cueillaient indiffĂ©remment et qui les rendaient jaunâtres, dĂ©charnĂ©s et plus semblables aux morts qu'aux vivants, mais plusieurs personnes de condition, après avoir vendu Ă vil prix vaisselle, meubles, rentes, hĂ©ritages..., passaient des huit jours sans manger un morceau de pain. En saison, on consommait herbes, racines, fruits et baies en tous genres, glands, faĂ®nes, cynorrhodons, noix..., Ă condition bien sĂ»r d'avoir encore la force de les chercher». Sinon, on dĂ©vorait n'importe quoi, comme «les Ă©corces d'arbres et branches de bois» (Saavedra Fajardo, ambassadeur espagnol) (GĂ©rard Louis, La guerre de Dix Ans, 1634-1644, 1998 - books.google.fr). La Chronique de Thann (Alsace) nous rapporte que de 1629 Ă 1637, il y eut, pour la contrĂ©e, des temps très malheureux. Une peste, amenĂ©e dans le pays par des Hongrois, des Polonais et des Prussiens, fit de si nombreuses victimes qu'en l'annĂ©e 1630 on enterra dans certaines localitĂ©s 2, 3, 4 et jusqu'Ă 7 ou 8 morts par jour... En 1636, la famine vint s'ajouter Ă la peste et sĂ©vir si violemment qu'on s'arrachait des mains les rares morceaux de pain qu'on avait encore. Les racines, les feuilles des arbres, les souris et les rats, les corps ensevelis ou pendus, Ă©taient recherchĂ©s comme nourriture par les affamĂ©s. On raconte en particulier qu'Ă Odern un sacristain du nom de Munsch, allait, pendant quelque temps, de demeure en demeure, Ă travers le village, enfonçant les portes des maisons d'oĂą ne sortait aucune fumĂ©e, recueillant les morts sur une charrette attelĂ©e d'un âne, et les conduisant au cimetière pour les y ensevelir (Gilles Sifferlen, La vallĂ©e de Saint-Amarin, Volume 9, 1909 - books.google.fr). III, 42 1735 L'enfant naistra Ă
deux dents Ă la gorge : Pierres en Tuscie
par pluie tomberont : Peu d'ans apres ne
sera bled, ne orge, Pour saouler ceux qui de faim failliront. "deux dents en la gorge" Dans la Rome ancienne, Julius Obsequens note comme un prodige la naissance d'une fillette déjà pourvue de dents. Pline l'Ancien explique que les enfants mâles nés avec des dents passaient pour être prédestinés à un grand avenir ; il cite le cas de Marcus Curius, surnommé Dentatus pour cette raison ; le présage était par contre néfaste dans le cas des petites filles (HN, VII, XVI, 68-69) (Pierre Brind'Amour, Les premières centuries, ou, Propheties de Nostradamus (édition Macé Bonhomme de 1555), 1996 - books.google.fr). C'est à Véiès qu'en 207 avant J.C. tombent des pierres du ciel. Deux types d'enfants précoces sont connus : les parleurs précoces et les enfants qui naissent avec des dents. Tite-Live, Valère-Maxime, Julius Obsequens, Phlégon de Tralles et Appien citent cinq cas de parleurs précoces tandis que Pline l'Ancien fait état de plusieurs exemples d'enfants nés avec des dents, dont deux consuls : M. Curius surnommé pour cette raison Dentatus et Cn. Papirius Carbon (certainement consul en 85 ou 84 av. J.-C. avec Cinna). Dans le même passage, Pline rappelle que pendant la royauté, une petite fille, nommée Valeria, née avec des dents fut considérée comme un prodige et fut déportée à Suessa Pometia, ancienne capitale des Volsques prise par Tarquin le Superbe. Enfin, Tite-Live fait aussi allusion à un bébé né avec des dents (XLI, 21, 12, en 174 av. J.-C : «A Auxime (naquit) une fille avec des dents») (Annie Allély, Les enfants malformés et considérés comme prodigia à Rome et en Italie sous la République. In: Revue des Études Anciennes. Tome 105, 2003, n°1 - www.persee.fr). Cnaeus Papirius Carbo, appelé aussi en français Papirius Carbon, fut trois fois consul de la République romaine, un des plus fervents partisans de Marius. Tenu en échec à Ariminum par le jeune Pompée, il affronte Sylla à Clusium en Étrurie dans une bataille indécise. Quoique sa position ne soit pas désespérée, il abandonne ses troupes pour gagner l’Afrique, annonçant qu’il va y préparer des positions de repli en cas de défaite des marianistes. Carbon fut capturé dans l’île de Pantelleria entre la Sicile et l’Afrique, chargé de chaînes et envoyé en Sicile, où Pompée le fit exécuter et envoya sa tête à Sylla (fr.wikipedia.org - Cnaeus Papirius Carbo (consul en -85)). Sous le consulat de Marius (102), Julius Obsequiens note une pluie en Tuscie "Novemdiale sacrum fuit, quod in Tuscis lapidibus pluerat, Urbs haruspicum iussu lustrata" (Hans Jürgen Hillen, Histoire romaine de Tite-Live, Livre 45, 2014 - books.google.fr). Le soin et l'attention avec lesquels Tite-Live a rapporté les listes annuelles de prodiges font de l'historien une source irremplaçable pour l'histoire du fait à Rome. Ainsi se dessine, à la lecture de chaque livre de l'Ab Vrbe condita, une véritable géographie et se dégage une typologie du prodige. Les prodiges relèvent du monde animal, concernent des phénomènes naturels ou mettent en cause des monstruosités humaines. Que penser de ces énumérations plutôt monotones et apparemment de toute élaboration littéraire ? Les phrases relèvent plus de la stichomythie : elles comportent un toponyme à l'ablatif ou au locatif et la simple mention, au style indirect généralement, du fait en soi. Certes, ces passages sont peu mais l'organisation de telles listes, qui n'est jamais arbitraire, répond aux tendances profondes de l'historien sur le plan moral (mos maiorum) et littéraire (dramatisation). Les notices des années 210 et 208 sont plutôt organisées selon un ordre géographique. En 210, de proche en proche, l'historien nous conduit en direction sud-est de Rome, à Tusculum, puis à Anagnia et Terracine, ensuite, il nous emmène au nord-ouest et au nord de la ville, à Tarquinia et à Capène : on peut reconnaître ici un procédé d'encerclement qui crée un effet de dramatisation. En 208, on part de Campanie pour se rapprocher de Rome, en passant à Casinum, puis à Ostie; du Latium, on s'éloigne dans la direction du N. O., vers Caéré et Volsinies en Etrurie; Tite-Live paraît alors suivre un axe qui progresse du S.E. vers le N. O., en passant par le Latium. En 209, la progression repose sur une des prodiges, telle que Cicéron en avait posé les principes dans ses traités de religion ; la liste s'ouvre par les effets de la foudre, premiers avertissements célestes par lesquels les dieux mettent les hommes en garde, selon la théorie du fulmen consiliarium de l'Etrusca disciplina présentée par Sénèque ; elle par le prodige des eaux ensanglantées, phénomène plus rare et plus ensuite, un présage sinistre est donné par la chute d'une statuette fixée à la couronne d'une déesse ; enfin, les derniers prodiges sont des monstres bœuf doué de la parole, enfant de sexe incertain et enfant venu au monde avec une tête d'éléphant. Pour la grande crise qui secoue la cité en 207, Tite-Live combine l'ordre chronologique indispensable à la clarté de l'exposé avec la dramatique indispensable à l'historia ornata. Une première série de se présente sous une forme classique (pluie de pierres à Véies, lieux sacrés ou publics frappés par la foudre, sentinelle déchirée par un loup...), puis nouvelle pluie de pierres (inde) et renouvellement du novendiale sacrum. Alors que la crise paraît résolue, on signale un hermaphrodite à Frusinone (foedum ac turpe prodigium). Les haruspices présentent le moyen de l'éliminer; les pontifes, de leur côté, organisent une procession chantée et pendant la répétition des jeunes filles la foudre s'abat sur le temple de Junon Reine sur l'Aventin. Les prodiges croissent en gravité ; les dieux s'acharnent à envoyer aux Romains leurs et à peine un prodige est-il expié qu'un nouveau prodige survient qui renouvelle les angoisses. Tout en suivant les étapes de la crise, Tite-Live les progrès de l'angoisse populaire. Les listes de prodiges sont donc intégrées au récit livien et mises en forme pour contribuer à l'atmosphère dramatique qui entoure chaque crise religieuse secouant la cité. Tite-Live non obéit aux règles de l'annalistique, mais il répond à une tendance innée en lui qui le porte à s'intéresser aux phénomènes religieux dans leur particularité (Charles Guittard Charles, Les prodiges dans le livre 27 de Tite-Live. In: Vita Latina, N°170, 2004 - www.persee.fr). En 204, Rome fera venir la pierre noire de Pessinonte consacrée à la déesse Cybèle pour conjurer des pluies fréquentes de pierres, selon un oracle des Livres Sibyllins (A. Nagy et F. Prescendi, Innovations religieuses à Rome, Religions antiques: une introduction comparée : Egypte - Grèce - Proche-Orient - Rome, 2008 - books.google.fr). Véies (en étrusque Veis, en latin Veii ou Veius; et en italien Veio), est une des douze plus importantes cités étrusques, fondée à ce qui semble au IXe siècle av. J.-C., et située à la frontière sud de l'Étrurie à 15 km au nord-ouest de Rome Veies est conquise par le général romain Marcus Furius Camillus, dit Camille, en 396 av. J.-C., après un siège de dix ans (fr.wikipedia.org - Véies). Camille imposa les orphelins pour financer la campagne de siège contre Véiès (François Sabbathier, Dictionnaire pour l'intelligence des auteurs classiques, grecs et latins, Tome 18, 1774 - books.google.fr). VI. Quelles sont les victimes dites "bidentes". Ce qui les a fait appeler ainsi. Sentiments de P. Nigidius et de Julius Hyginus à ce sujet. Lorsque je revins de Grèce, je débarquai à Brindes, où l'on me dit qu'il y avait un grammairien, que les habitants de cette ville avaient fait venir de Rome, pour enseigner la langue latine, et qui se vantait de lever toutes les difficultés qu'on pouvait lui proposer. Pour me délasser de l'ennui et des fatigues de la traversée, il me prit fantaisie d'aller consulter ce docteur. Il lisait d'une manière dure et barbare le septième livre de Virgile, dans lequel on trouve ce vers : Il immolait, selon l'usage, cent brebis (lanigeras bidentes), et il demandait, si quelqu'un dans l'assemblée désirait avoir des éclaircissements. Etonné de l'audacieuse confiance de cet ignorant, je lui dis : Maître, aurez-vous la complaisance de nous expliquer ce que le poète entend par bidentes ? Il entend des moutons, reprit-il, puisque, de peur qu'on ne s'y méprenne, Virgile ajoute lanigeras (qui portent de la laine). Nous verrons à l'instant, repartis-je, si, comme vous le dites, on ne peut appliquer qu'aux seuls moutons l'expression bidens ; et vous me direz si Pomponius, poète de la Gaule Transalpine, s'est trompé lorsqu'il a écrit dans ses Atellanes : O Mars, je fais vœu de t'immoler un jeune porc (bidenti verre), si jamais il revient. Je vous prie actuellement de m'expliquer quel est le sens propre ou littéral de bidens. Mon docteur, sans hésiter, me répond hardiment que ce terme sert à désigner des moutons qui n'ont que deux dents. Eh ! de grâce, m'écriai-je, dites-moi, dans quel pays avez-vous vu des moutons auxquels la nature n'eût accordé que deux dents ? Il faudra toute la force et la sainteté de nos sacrifices expiatoires, pour apaiser la colère des dieux annoncée par un prodige aussi extraordinaire. Faites-moi, je vous prie, me dit alors avec impatience et avec humeur le grammairien, faites-moi, je vous prie, des questions plus conformes à la science que je professe, et laissez aux bergers le soin de s'informer de ce qui concerne les dents des moutons. Je quittai ce vil fanfaron, en me moquant de sa fade plaisanterie, pour aller consulter le traité de Publius Nigidius, sur les Entrailles des victimes. Ce savant écrivain y rapporte qu'ont appelle bidentes, non seulement les moutons, mais encore toutes les victimes de deux ans. Il n'explique pas toutefois pourquoi on les appelle ainsi. Mais j'en ai trouvé la raison telle que je la soupçonnais, dans de certains commentaires sur le droit pontifical. On appela d'abord ces victimes bidennes ; c'était alors la même chose que biennes (de deux ans). L'usage ayant corrompu ce terme, au lieu de bidennes on forma bidentes, qui parut plus agréable à la prononciation. Cependant Julius Hyginus, qui ne paraît pas avoir ignoré le droit sacerdotal, dans le quatrième livre de ses Commentaires sur Virgile, dit qu'on appela bidentes les victimes parvenues à l'âge qui voit s'élever les deux dents mineures. Voici ses paroles : La victime bidens doit avoir huit dents, dont deux sont plus élevées que les six autres ; par où l'on assure que, du bas âge, elle a passé dans un autre plus avancé. C'est à l'œil à décider si Hyginus a raison (Aulu Gelle, Nuits Attiques, Livre XVI - www.roma-quadrata.com). En 207, un cas d'androgynie est signalé à Frosinone; la concerne la taille et l'incertitude sur le sexe de l'enfant. La même revient alors pour exprimer l'ambiguïté sexuelle : incertus mas an femina esset. C'est le terme semimas qui aura ensuite sa préférence (ante omnia abominati semimares), peut-être parce que c'est un terme appartenant à la de l'agriculture où il désigne l'animal châtré. L'appellation hermaphroditus est tardive : dans le latin impérial, le mot désignera les androgynes considérés, non plus comme des prodigia ou des monstra, mais comme des objets de ou des instruments de plaisir. La désignation de l'androgyne a donc posé problème en latin, sans oublier que le cas était aussi pris en considération par l'Etrusca disciplina et que l'on ignore comment la langue étrusque avait résolu le problème. L'historien livre alors le mode de procuration : Rome fait appel à la science étrusque des haruspices, l'Etrusca disciplina, et le mode d'élimination, non préconisé par les prêtres mandés d'Etrurie, repose sur la deportatio et l'immersio : on enferme l'enfant vivant dans un coffre et on le jette à la mer, à partir d'Ostie. Comme le précise fort justement J. Champeaux, le mode d'élimination «révèle une obsession de la souillure qui inspire tous les détails du rite : le seul remède est l'expulsion totale du monstre, qui ne doit derrière lui aucune trace parmi les vivants». Il ne suffit pas de brûler le dont les cendres constitueraient une souillure, comme le font les haruspices pour les objets frappés par la foudre. Ce mode d'élimination par noyade a pu être interprété comme une technique spécifiquement étrusque ; mais on fera observer que le châtiment du parricide se fonde sur le même principe : le coupable est enfermé dans un sac de cuir cousu hermétiquement, avec des animaux (chien, coq, vipère, singe) et jeté vivant dans le Tibre ou à la mer. On ne saurait limiter à YEtrusca disciplina le pouvoir purificateur des eaux, fluviales ou maritimes, engloutissant définitivement une souillure (Charles Guittard Charles, Les prodiges dans le livre 27 de Tite-Live. In: Vita Latina, N°170, 2004 - www.persee.fr). Dans la Rome antique le bannissement est désigné par une formule d’«interdiction». Celle-ci associe deux éléments, «l’eau» et «le feu», tantôt par l’emploi de l’ablatif (aqua et igni interdictio), tantôt par le génitif (aquae et ignis interdictio). Historiquement attestée depuis l’époque médio-républicaine, elle est utilisée jusqu’au commencement de l’époque sévérienne où les juristes avertissent qu’elle est désormais remplacée par le terme deportatio. Que la forme la plus grave de l’exil, porteuse d’une dégradation civique (et de la confiscation du patrimoine), ait d’abord été désignée aux deux premiers siècles de l’Empire par l’expression, bien plus ancienne, d’aqua et igni interdictio, avant que l’usage du mot deportatio (d’application récente au domaine pénal) ne se généralise, les Byzantins ne pouvaient l’ignorer. Une palingénésie des textes compilés par eux dans le Digeste permet d’observer que le changement lexical se produisit précisément sous les Sévère (Yann Rivière, L’interdiction de l’eau, du feu… et du toit (sens et origine de la désignation du bannissement chez les romains), Revue de philologie, de littérature et d'histoire anciennes 2013/1 (Tome LXXXVII) - www.cairn.info, Dictionnaire de la Conversation et de la Lecture, Tome I, 1833 - books.google.fr). Le respect porté à l'inviolabilité du citoyen faisait recourir à des fictions et à des moyens détournés pour appliquer des châtimens mérités, ne paraît pas avoir survécu aux temps de la république : les empereurs ne craignirent point d'y porter quelquefois atteinte, et Auguste, notamment, le premier, établit la peine de l'exil d'une manière directe pour l'adultère sous les noms de deportatio et de relegatio. Dion Cassius, lib.55; Albert du Boys, loc. cit., p. 137. 11. La déportation consistait à être enfermé sur une ile ou un lieu déterminé, où le condamné ne pouvait sortir sous peine de mort ; le déporté ne perdait pas la liberté mais le droit de cité, et encourait la confiscation de ses biens. Julius Clarus, quæst. 91. La relégation était de deux sortes : la relégation dans une île, et celle qui consistait à interdire certaines localités, mais sans assignation de retraite, ou tous les lieux, excepté un seul. La relégation différait de la déportation en ce qu'elle pouvait être perpétuelle ou temporaire, et surtout en ce qu'elle ne faisait pas perdre les droits de cité, lors même qu'elle était prononcée à perpétuité. Féréol Rivière, Esquisse historique de la législation crimin. des Romains, part. 2, chap. 2, § 1er, p. 80 et S 2, p.82. 12. (Ledru-Rollin, Répertoire général: contenant la jurisprudence de 1791 à 1845 [-1850], l'histoire du droit, la législation et la doctrine des auteurs, Tome 7, 1847 - books.google.fr). Tuscie Le latin classique distingue l'ethnonyme Tusci (les Étrusques) du toponyme Etruria (l'Étrurie)1, mais si l'ethnonyme Etrusci apparaît relativement tôt, le toponyme Tuscia n'est attesté qu'à une date tardive. Suite aux réformes territoriales de Dioclétien et de Constantin, l'ancienne Étrurie devint, sous le nom de Tuscie, une province du diocèse d'Italie, et plus tard de celui de Rome. Sous la domination lombarde, elle forma plusieurs duchés, dont le plus important fut celui de Spolète. Après Charlemagne, la Tuscie devint un margraviat ou marquisat indépendant, qui subsista de 828 à 1115. Au Xe siècle, les marquis de Tuscie jouissaient d'une grande influence à Rome et avaient une part essentielle à la nomination des papes. La comtesse Mathilde, dernière de cette lignée, légua une grande partie de ses domaines au Saint-Siège, si bien que les papes finirent par posséder la Tuscie méridionale. Le reste prit peu à peu le nom de Toscane. On a distingué : la Tuscie romaine, correspondant au Latium septentrional avec l'ancienne province pontificale du Patrimoine de Saint Pierre ; la Tuscie ducale, incluant les territoires du Latium appartenant au duché de Spolète ; la Tuscie lombarde (Tuscia Langobardorum) ou duché de Tuscie (it), fondé par Gummarith en 576, qui correspond à la Toscane (fr.wikipedia.org - Tuscie). Le terme de Tuscia apparaît tardivement. Isidore de Séville, qui l'utilise, est confus sur sa définition et sa délimitation. Il s'agit bien d'une région de l'Italie, à laquelle appartient l'Ombrie mais il hésite à l'identifier avec l'Étrurie et proscrit l'usage du terme. La Tuscia correspond en fait plutôt à la région lombarde, telle que la définit Paul Diacre: elle comprend la Toscane, le Latium et une partie de l'Ombrie et de la Marche. Individualiser la Toscane dans les textes anciens et la confronter avec celle du XIVe siècle relève donc d'une gageure que les lettrés du XIVe siècle ont affronté avec plus ou moins de bonheur, la plupart du temps avec l'exposé de ses limites. Ainsi, dans une note à un manuscrit de Tite-Live, Landolfo Colonna écrit: Pour qu'il soit connu clairement où ces guerres ont eu lieu et avec qui, il faut savoir que la Toscane. VI région de l'Italie, d'après le livre XIV des Etymologies d'Isidore, est divisée en Ombrie et en Etrurie. L'Ombrie est la partie de la Toscane qui se trouve au-delà du Tibre, dont la capitale est Pérouse. Toute la vallée de Spolète jusqu'à Chiusi est en Ombrie. L'Étrurie s'étend des Alpes Cottiennes - ou côte des Génois - jusqu'aux limites du Tibre. Dans celle-ci se trouvent Florence, Pise. Lucques. Sienne. Arezzo et bien d'autres cités dont beaucoup sont en deçà du Tibre. Le Tibre en effet divise l'Ombrie de l'Étrurie. Il faut savoir que cette division est celle d'Isidore mais on constate que Tite-Live ne fait pas cette différence et considère la Toscane et l'Ombrie comme la même province, comme le lecteur diligent peut le constater en de nombreux endroits (Nathalie Bouloux, Culture et savoirs géographiques en Italie au XIVe siècle, 2002 - books.google.fr). Ombrie Selon Pline, la brontée (brontea), l'ombrie (ombria) et la céraunie (ceraunia) tomberaient du ciel à l'occasion d'orages (cf. Histoire naturelle, livre XXXVII, X (51) S 135, (55) S 150 et (65) S176). On trouvait en fait parmi ces pierres à la fois des fossiles d'échinides (oursins), des météorites et des outils préhistoriques (cf. A. Schnapper, op. cit., p. 29) (Delphine Trébosc, Discours et roole des médailles et autres antiquitez, 1611 de Antoine Agard : catalogue du cabinet de raretés d'un orfèvre et antiquaire arlésien à la fin de la renaissance, 2007 - books.google.fr). Le terme de "Tuscie" déterminerait une certaine époque. Otton le Grand (936-973) avait rétabli à l'intérieur, au prix de rudes combats, l'unité nationale et l'autorité de la royauté; nouveau Charlemagne, il avait gagné de grandes et fécondes victoires dans le Schleswig, sur les bords de l'Oder et sur ceux du Rhône, sur toutes les frontières de l'Allemagne. Il ne démentit point sa réputation, lorsqu'il franchit une seconde fois les Alpes en 961, balaya devant lui les troupes de Bérenger et entra triomphalement dans Rome, au mois de janvier 962. Jean XII gouvernait d'une façon vraiment déplorable. Le toit de la basilique de Saint-Pierre s'était effondré n'était-ce pas un signe des temps? et la pluie tombait sur l'autel. Le 2 février 962, Otton fut couronné dans Saint-Pierre avec la reine Adélaïde, devenue sa femme. Dès lors il réclama sur le patrimoine de saint Pierre les anciens droits de suzeraineté qu'avait exercés Charlemagne. L'empire romain était restauré après une interruption de 47 ans (Franz Xaver Kraus, Histoire de l'Eglise, Tome 2, 1898 - books.google.fr). D'après Platine, sous le pape Jean XIII, c'est-à -dire, de 965 à 971, il tomba une pierre en Italie (Pierre-Marie-Sébastien Bigot baron de Morogues, Mémoire historique et physique sur les chutes des pierres tombées sur la surface de la terre à diverses époques, 1812 - books.google.fr). "faim" Les empereurs byzantins veillaient avec soin à assurer l'approvisionnement du peuple de la capitale. Un incident, rapporté par Liutprand, le fameux évêque de Crémone, et un autre fait, que nous devons à la connaissance des historiens Cédrène et Zonaras, montrent quel était l'emploi de ces stocks de blé, en même temps qu'ils nous éclairent sur tout un aspect de la politique alimentaire fiscale de l'Empire byzantin. Sous le règne de l'empereur Nicéphore II Phocas (de 963 à 969), des vents violents avaient soufflé au mois de mai, et il en était résulté une grande famine, comparable à celle qui avait désolé l'Empire sous Basile Ier : "Par un effet de la colère divine, le pays des Argiens vient d'être éprouvé par une famine telle que, même dans les localités réputées bon marché, on ne peut pas même acheter deux "papienses sextarii" pour un nomisma, dit Liutprand, et il continue : "Ce désastre, aggravé déjà par les rats, a été rendu pire encore par l'Empereur Nicéphore, qui acheta à vil prix, à l'époque de la récolte, et mit en dépôt tout le blé produit dans tout le pays, il agit ainsi non seulement en Mésopotamie, où la récolte, grâce à l'absence de rats, avait été très abondante, mais dans tout l'Empire. Par suite de cette ignoble spéculation, la famine ayant éclaté partout, Nicéphore réunit quatre-vingt mille hommes auxquels il vendait usurairement chaque mois, pour deux nomismata, ce qu'il avait acheté pour un nomisma (Rodolphe Guilland, La politique sociale et économique de l'Empire byzantin de 867 à 1081, Partie 1, 1940 - books.google.fr). Tzimiscès (969 - 976) fait montrer aux défenseurs de Nicéphore, qui arrivèrent trop tard, la tête de ce dernier et est proclamé. Le corps de Nicéphore, après avoir été couché toute la journée dans la neige, est déposé à l'église des Apôtres. En 970, Tzimiscès, en envoyant du blé, soulage le peuple, qui depuis 3 ans souffrait de la famine (Léon VI, 8; Ced. 381, 17 depuis 5 ans) (Edouard de Muralt, Essai de chronographie byzantine pour servir à l'examen des annales du bas-empire et particulièrement des chronographes slavons, de 395 à 1057, 1855 - books.google.fr). "deux dents" A l'époque de Digenis Akritas (cf. quatrain II, 7 ci-dessus), il y a très loin, en Chine, un personnage historique qui serait né avec des dents en la bouche : Li Ki-tsien, né en 963, soumis aux Leao en 986, épousa une princesse K'i-tan; il alla à Ti-kin-tse d'où, à la tête de ses partisans, il venait attaquer la frontière chinoise. Au bout de quelque temps, en 990, Li Ki-tsien exprima à son tour le désir de se soumettre aux Song. T'ai Tsong lui décerna, en 991, le titre de Tchao Pao-ki c'est-à -dire roi Pao-ki. En 996, le même empereur lui confia le gouvernement des quatre préfectures de Hia-tcheou, Soei-tcheou, Yu-tcheou, In-tcheou, plus celui de Tsing-tcheou. Li Ki-tsien se révolta de nouveau; la prise de Ling-tcheou, en 1002, le rendit maître des territoires Nord-Ouest de la Chine. Son fils, dont le petit nom était Ha-i et auquel l'histoire de la dynastie des Leao K'i-tan donne le nom de Te-ming, monta sur le trône en l'an 1004 (Devéria Gabriel. L’écriture du royaume de Si-Hia ou Tangout, 1902 - www.persee.fr). Li Ki-tsien est né avec des dents en la bouche selon le Song-che alors que le héros tibétain légendaire Mi Se-Huq est né avec deux dents. Ce dernier règne sur le Mi-nag à l'Est du Tibet, qui serait le Si-hia (Rolf Stein, Documents tibétains sur le Mi-Nag/Shu-hia, Mélanges de sinologie offerts à Monsieur Paul Demiéville, tome 1, 1966 - books.google.fr, R.A. Stein, XV. Mi-ñag et Si-hia. Géographie historique et légendes ancestrales. In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 44 N°1, 1951 - www.persee.fr). L'Histoire des Song ou Song shi est un traité historique de la Chine médiévale. Comme son nom l'indique, il traîte de la période de la dynastie Song (960–1279). Il est l'œuvre de l'historien Toktogha (mongol), également auteur de l'Histoire des Liao et de l'Histoire des Jin. Il a été finalisé en 1345. Comportant 496 volumes, c'est la partie des Vingt-Quatre Histoires comportant le plus grand nombre de livres (fr.wikipedia.org - Histoire des Song). Typologie Le report de 1736 sur la date pivot 963 donne 190. Printemps 190 : disette à Rome. Le préfet de l'annone Papirius Dionysius, chargé de l'approvisionnement en céréales, parvient à l'amplifier et à en faire endosser la responsabilité à Cléandre. Avant la fin du mois de juin la foule manifeste contre Cléandre à l'occasion d'une course de chevaux dans le Circus Maximus. Celui-ci envoie la garde prétorienne pour réprimer le mouvement, mais Pertinax, le préfet de Rome, lui oppose les vigiles urbains. Cléandre se réfugie sous la protection de Commode. La foule réclame sa tête, et à la demande de sa maîtresse Marcia, l'empereur fait décapiter Cléandre (fr.wikipedia.org - Année 190). Accaparement et famine Saoulé de vivre, c'est une adaptation de l'expression de la Vulgate plenvs dierum, que la Bible de 1588 traduit par rassasié de jours. Cf. Gen., XXV, 8 : «Abraham donc défaillant mourut en bonne vieillesse, ja ancien et rassasié de jours.» Cf. Ibid., XXXV, 29 (Isaac), et Ier liv. des Chron., XXIX, 28 (David) (Armand Garnier, Jean Plattard, Les Tragiques de Théodore A. de Aubigné, 1990 - books.google.fr). ACCAPAREMENT (de l'ital. caparra, arrhes. gage), spéculation qui consiste à dérober à la circulation une forte quantité de denrées ou de marchandises de la même espèce, afin de devenir maître du cours et de réaliser ainsi un bénéfice exorbitant. L'accaparement s'exerce le plus souvent sur les choses de première nécessité, notamment sur le blé, et il ne peut se faire qu'aux dépens du consommateur, surtout du pauvre; aussi a-t-il été de tout temps et dans presque tous les pays défendu par les lois : beaucoup de nos rois, Philippe VI (1343), Louis XI (1452), Henri III (1577), Louis XIII (1629), Louis XIV (1694), etc., tentèrent de le proscrire. Louis XV lui-même rendit en 1736 une ordonnance contre les accapareurs; ce qui n'empêcha pas l'odieux pacte de famine, qui exploita la France de 1765 à 1789. Le décret du 26-28 août 1793 punissait de mort l'accapareur. Auj., l'accaparement peut être atteint par les art. 419 et 420 du Code pénal, dirigés contre ceux qui emploient des manoeuvres frauduleuses pour faire hausser ou baisser le prix des marchandises (Marie Nicolas Bouillet, Dictionnaire universel des sciences, des lettres et des arts, 1872 - books.google.fr). Les auteurs que nous consultons constatent encore des chertés, et même des disettes, sinon des famines, en 1723; en 1725, année où les pluies détruisent une partie des récoltes, et le prix du blé s'élève au triple de son taux normal; en 1736; en 1740, où une déclaration du roi signale l'existence de mauvaises récoltes depuis plusieurs années (Alfred Legoyt, La France et l'Étranger, études de statistique comparée, Tome 1, 1864 - books.google.fr). Au XVIIIe siècle, à chaque crise de subsistances, et elles furent fréquentes, les Français avaient tendance à se croire victimes d'une conspiration visant à affamer la population. Le professeur Steven Kaplan, spécialiste du problème des subsistances dans la France du XVIIIe siècle, a étudié les archives et les rapports de police pour rechercher ce qui, dans les contraintes économiques de l'époque et dans la politique royale en termes de subsistances, mais aussi dans l'attente des foules et le comportement des dirigeants, a pu faire naître et accréditer cette conviction. La démarche originale de Kaplan permet d'expliquer comment la rumeur finit par mettre en cause le pacte d'Ancien Régime de nature paternelle qui existait entre le souverain et ses sujets, un élément capital pour comprendre comment un terme a pu être mis au système monarchique. Lors de la disette de 1725-1726, le bruit se répand que la rareté du blé est le moyen de faire monter les prix, et si les boulangers sont accusés les premiers, ne tarde pas à faire surface la conviction que la maîtresse du duc de Bourbon, Mme Prie, est responsable de la crise, avec la complicité des frères Pâris, riches financiers. Les violences collectives impliquent même des membres du clergé et sur des tracts distribués près de l'Hôtel de Ville on peut lire que la mort pour la justice est préférable à la mort par famine. De 1738 à 1742, une suite de dramatiques crises agraires vient rappeler les terribles souvenirs de l'hiver 1709 et la population est durement touchée par la famine, la maladie, le chômage. Le syndrome du complot refait surface et le gouvernement est cette fois directement mis en cause, accusé de chercher à interdire l'accès aux marchés avant que ne soient écoulés les stocks de la Compagnie des Indes et de maintenir des prix élevés pour des profits personnels. Mais surtout, différence majeure avec la crise précédente, le roi est directement pris à partie. En 1725, Louis XV était trop jeune pour user de son autorité et empêcher le complot, mais quinze ans plus tard l'implication du roi dans le complot paraît la seule explication et sa corruption probable fait écho à sa prodigalité insensée et à sa débauche sexuelle. Certains n'hésitent pas à le juger inapte à régner, et des menaces contre sa vie s'expriment. N'oublions pas qu'en 1774, lorsqu'il meurt de la variole, Louis XV était devenu si haï de son peuple que son cercueil fut transporté de nuit et en secret jusqu'à la sépulture royale de Saint-Denis (Robert Calvet, Révoltes et révolutions en Europe et aux Amériques: 1773-1802, 2004 - books.google.fr, Steven L. Kaplan, Le complot de famine: histoire d'une rumeur au XVIIIe siècle, 1982 - books.google.fr). Ombrie La mère de Mazarin, né avec deux dents, Hortensia Bufalini, est issue d'une famille noble de Citta di Castello en Ombrie et filleule de l'un des princes Colonna (fr.wikipedia.org - Citta di Castello). Camille Bartoli croit reconnaître Henri II de Guise dans le Masque de fer, comme véritable héritier légimtime de la couronne de France en tant que dernier mérovingien. L'auteur utilise une fresque peinte dans un couvent de l'ordre franciscain, créé par saint François d'Assise, ville d'Ombrie. C'est plus précisément au monastère de Cimiez, appartenant aux Frères Mineurs de la Stricte Observance (franciscains), que vont être peintes et terminées en 1686 d'étranges peintures accompagnées de devises que d'aucuns diront alchimistes, étant entendu que l'alchimie n'est pas forcément opérative. Nous avons décrit ces ensembles occupant plusieurs pièces du monastère dans l'inconcevable secret du Masque de fer et les reproduisons en notes. Mon informateur avait alors corrigé quelque peu mon interprétation pour en faire véritablement un tout cohérent visant à dévoiler la véritable légitimité du grand descendant des mérovingiens par Charlemagne interposé (Camille Bartoli, Henri de ... l'homme au masque de fer: sa vie et son secret (1977), 1997 - books.google.fr). Le masque de fer Ce quatrain III, 42 se situe un siècle après le II, 7. Comme le Siècle de Louis XIV de Voltaire. Louis XIV n'était certes pas une petite fille, dont les deux de naissance annonce des calamités. On trouve le thème des deux dents en la gorge, qui contraint au rapprochement. Il est bien question de deux vrais jumeaux dont l'un est célèbre : Louis XIV (sa naissance est rapportée en III. 42). L'autre est «déporté aux Iles» (de Lérins), mais sans doute aux environs de 1661 (le procès Fouquet date aussi de cette époque), alors que le geôlier du «masque de fer» y arrivera plus tard avec son prisonnier qui s'appelait Eustache Dauger. Le thème de la famine est là pour indiquer la liaison avec III. 42 (orge-gorge). Elle est aussi très significative : la famine célèbre de 1661 coïncide avec le début du règne personnel de Louis XIV. Le mystère entourant Eustache Dauger tient à son masque, et à l'excès de précautions prises contre lui. Il est aussi curieux qu'Eustache d'Oger de Cavoye, compagnon de jeu de Louis XIV enfant, ait été enfermé à Saint-Lazare pour une affaire d'héritage avec son frère Louis. Ce dernier sortira, mais Eustache est sans doute mort à Saint-Lazare (Pierre Guérin, Le véritable secret de Nostradamus, l'ange de Dieu, 1971 - books.google.fr). La naissance de jumeaux n'a jamais été considérée comme un prodige. Pour l'époque républicaine, les jumeaux étaient accueillis de façon positive bien que certains Romains voyaient dans la gémellité la marque d'un adultère de la mère. Les travaux de G. Dumézil et de D. Briquel montrent bien que la gémellité est un signe d'abondance, de richesse et de fécondité que l'on retrouve dans le cadre de la troisième fonction indo-européenne, et elle rappelle évidemment la naissance de Romulus et de Rémus (Annie Allély, Les enfants malformés et considérés comme prodigia à Rome et en Italie sous la République. In: Revue des Études Anciennes. Tome 105, 2003, n°1 - www.persee.fr). Nous devons à Voltaire la résurgence de ce dossier à partir de 1735 (Michel-Vital Le Bossé, Le masque de fer: c'est la faute à Voltaire, 1991 - books.google.fr). Le siècle de Louis XIV est un essai historique de François Marie Arouet, dit Voltaire (1694-1778), publié à Berlin chez Henning en 1751. C'est en mai 1732 que Voltaire songe à écrire une histoire du règne de Louis XIV. Il rassemble des documents, mais ne s'attelle à l'ouvrage qu'en juin 1735 à Cirey. D'emblée, Voltaire annonce son intention de peindre «non les actions d'un seul homme, mais l'esprit des hommes dans le siècle le plus éclairé qui fut jamais» (Chap. 1). Quatre chapitres sont consacrés à des «particularités et anecdotes»: magnificence de la vie de cour, histoire du Masque de Fer, disgrâce de Fouquet, passion du roi pour Mlle de La Vallière, politique de mécénat, triomphe de Mme de Montespan, mort d'Henriette d'Angleterre, histoire de la marquise de Brinvilliers, supplice de la Voisin, destinée singulière de Mme de Maintenon, deuils à la cour et portrait du roi (25-28) (Robert Paul, Le siècle de Louis XIV: une «histoire de l'esprit humain, puisée dans le siècle le plus glorieux à l'esprit humain», 2015 - artsrtlettres.ning.com, Raymond Trousson, Voltaire, 2015 - books.google.fr). Etrusques en 1735 Lanzi est le premier à comprendre les véritables liens entre civilisation grecque et civilisation étrusque, à apprécier l'importance de la colonisation grecque dans l'histoire de l'Occident, à situer exactement la place des Etrusques dans l'évolution de l'Italie préromaine. Quelques années plus tard (1806), il reconnaît comme grecs les vases déposés dans les tombes étrusques et qui étaient des importations venant d'Athènes. La tentative de L. Lanzi mettait un terme à deux siècles de passions souvent débridées. Il serait toutefois injuste de ne voir que les aspects négatifs d'une période qui mit les Etrusques au premier plan pour des raisons politiques mais qui constitue un grand moment d'histoire littéraire. Cela commence avec l'Ecossais Thomas Dempster qui, entre 1616 et 1618, écrit à Pise les sept livres de son De Etruria Regali. On retiendra surtout qu'il s'agissait alors de fournir aux Médicis en déclin le secours de l'histoire antique et de donner au Grand-Duché une identité historique et culturelle : Dempster fut exhorté par le secrétaire du Grand-Duché à relier la Toscane des Médicis à l'Etrurie antique. Son livre ne sera publié qu'un siècle plus tard (1723) alors que se développe tout un renouveau d'intérêts : c'est la fondation de l'Académie étrusque de Cortone (1726), première compagnie à s'occuper des Etrusques ; ce sont les découvertes des premières tombes de Tarquinia (à partir de 1736) ; c'est l'entrée du comte de Caylus à l'Académie des inscriptions et belles lettres et Paris se met à son tour à s'occuper des Etrusques (1742) : le secrétaire perpétuel, Nicolas Fréret va bientôt proposer sa thèse de l'origine septentrionale des Etrusques (Michel Gras, Les Etrusques, La Recherche, Volume 17, 1986 - books.google.fr, Anne Claude Philippe de Caylus, Recueil D'Antiquités, Egyptiennes, Etrusques, Grecques et Romaines, Tome 2, 1756 - books.google.fr). Che a Corneto si sia rivolta l’attenzione dei ricercatori-collezionisti dell’epoca - Maffei, Gori, Peruzzi, Antinori - è possibile, se si considera che la «scoperta» settecentesca degli etruschi nel nostro territorio risale al 1736. In quest’anno, infatti, il domenicano Gian Nicola Forlivesi segnalava ad alcuni studiosi l’esistenza delle tombe dipinte e nel 1739 Scipione Maffei è a Corneto dove visita almeno la tomba della Mercareccia, quella dei Ceisinie e quella del Biclinio, quest’ultime due perdute. «Raro è di goder tanto - scrive Maffei - perché le pitture appaiono belle e fresche al primo apparire delle grotte, ma dopo che l’aria c’entra liberamente, in pochi minuti tutto si smarrisce e la malta, sopra cui sono, s’inumidisce e va cadendo». Anche il Gori ebbe una corrispondenza con il Forlivesi, dal quale ricevette alcune fantasiose riproduzioni di pitture etrusche che utilizzò per notizie e incisioni pubblicate nella sua opera Museum Etruscum. Nel 1758 il Winckelmann visitò Corneto: nel suo resoconto cita la tomba del Cardinale - riscoperta poco prima del suo arrivo – nella quale conta 200 figure. Sarà però un inglese, Thomas Jenkins, mercante di antichità operante a Roma, che ci lascerà la prima descrizione esauriente delle tombe tarquiniesi. Il 17 marzo 1763 egli pubblica infatti sul Philosophical Transactions of the Royal Society di Londra un’ampia corrispondenza e alcuni schizzi tratti dalla tomba del Cardinale (La scoperta di Tarquinia - www.ludovicomagrini.it). Pendant Anton Francesco Gori (1691-1757) publiait la Description de l'arc élevé par les anglais, à Livourne, pour l'entrée de l'Infant Don Carlos en 1731 (1732, in-folio), et une édition du Traité des mois des Egyptiens, par Averaui, avec des notes de Noris (Florence, 1734, in-4°.), il méditait encore une grande collection relative aux antiquités de son pays, le Musée étrusque, dont il avait fait paraître le prodrome en 1735, et qu'il donna de 1737 à 1745, 3 vol. III-fol (Biographie universelle, Tome XVIII, 1817 - books.google.fr). Outre de nombreux autres documents liés à la personne d'Anton Francesco Gori, le recueil de manuscrits mss. 198 de la Biblioteca Marucelliana à Florence contient des relations et lettres concernant les tombes peintes, inscriptions et autres vestiges étrusques découverts ou conservés à Corneto et dans ses environs entre le 26 octobre 1736 et le 27 septembre 1738. Durant cette période, Gori avait entretenu une abondante correspondance avec les personnes qui pouvaient lui fournir des informations sur les monuments déjà connus ou découverts dans les localités éloignées de Florence. L'une de ces personnes était Forlivesi dont les missives contiennent d'intéressants détails susceptibles de notablement accroitre nos connaissances sur quelques ensembles uniques en leur genre de peintures funéraires et sur la peinture étrusque en général. Les savants connaissent depuis assez longtemps ces matériaux, mais ils n'ont été pratiquement utilisés que par ceux qui s'intéressaient aux inscriptions et à la langue étrusques. Ainsi, Fabretti les a déjà mentionnés en 1867, alors qu'il publiait dans le Cil quatre inscriptions qui en provenaient (Witold Dobrowolski La peinture étrusque dans les recueils, Archeologia: Rocznik Panstwowego Muzeum Archeologicznego w Warszawie i Polskiego Towarzystwa Archeologicznego, Volumes 39 à 40, 1990 - books.google.fr). Météorites L'origine des bolides n'est donc pas encore expliquée d'une manière irrécusable et a donné lieu à bien des hypothèses. Voici les différentes opinions émises à ce sujet : Gassendi (1627), Fréret (1717), De Muschenbroeck (1739), Barthold (1800), et Deluc (1801), pensaient que les corps tombés du ciel sont des fragments de roche lancés à une grande hauteur par les volcans de la terre ou par les ouragans. D'autres savants, tels que Agricola (1546), Lemerv (1700), Stahl (1723), Lavoisier (1772), Gronberg (1772), Patrin (1801), prétendaient que les aérolithes sont des substances minérales fondues par la foudre à l'endroit même où on les a trouvées. Descartes (1645), Lesser (1735), Goyon d'Arzas (1790), William Hamilton (1796), Edward King (1797), Eusèbe Salverte (1802), Izarn (1803), ont regardé les météorites comme des concrétions formées dans l'atmosphère. Les premiers savants qui ont admis les aérolithes comme étant des masses étrangères à notre planète sont : Chladni (1794), Laplace (1802), Biot et Poisson (1802). Cependant, il faut dire que, malgré l'opinion de quelques savants, jusqu'au commencement de ce siècle, le phénomène des pierres tombées de l'atmosphère n'était pas généralement admis, en du moins qu'il paraissait fort incertain (Jules Ray, Notice sur les météorites tombées à Saint-Mesmin, le 30 Mai, 1866, 1866 - books.google.fr). Friedrich
Christian Lesser (1692
- 1754) is known as the king of physico-theology
during its heyday (1730's to 1760's). His Lithotheologie (`Stone
Theology'), a heavy tome published in 1735, burdened the reader with over 1300
pages. It explored the ways that stones - even though we humans misuse them -
allow us to marvel at God's wisdom Les traités de théologie physique, surtout au XVIIIe siècle, sont innombrables, et formeraient à eux seuls toute une bibliothèque. On avait fini par tirer une théologie de tous les objets de la nature. Le naturaliste Lesser est surtout remarquable par ses ouvrages en ce genre (Paul Janet, Les cause finales, 1876 - metascience.fr). Lithotheologie, oder naturhistorische und geistliche Betrachtung der Steine, est publiée à Hamburg en 1735, et auparavant à Nordhausen, sa patrie en Thuringe, en 1732. Lesser devint administrateur de l'hospice d'orphelins de Halle, en 1743 (Dictionaire des sciences médicales : biographie médicale, Tome 6, 1824 - books.google.fr). Le projet de Voltaire, dans le Siècle de Louis XIV, est bien loin du Discours sur l'histoire universelle, où Bossuet expliquait tous les événements par le dessein du Créateur d'assurer le triomphe du christianisme. Chez lui, ce sont les finances, l'économie, les guerres qui agissent sur le devenir de la civilisation dans un enchaînement de causes et d'effets, non l'intervention providentielle. Il n'accumule pas non plus les détails, les «particularités et anecdotes» se trouvant relégués en annexes. Avec lui, la notion de «siècle» prend une signification qui n'est seulement chronologique : «Quiconque pense, dit-il dans l'introduction, et ce qui est encore plus rare, quiconque a du goût, ne compte que quatre siècles dans l'histoire du monde. Ces quatre âges heureux sont ceux où les arts ont été perfectionnés, et qui, servant d'époque à la grandeur de l'esprit humain sont l'exemple de la postérité» : le siècle de Philippe et d'Alexandre, celui de César et d'Auguste, celui des Médicis, celui enfin de Louis XIV – «peut-être celui des quatre qui approche le plus de la perfection», parce qu'il a vu sortir la France de la barbarie médiévale (Raymond Trousson, Voltaire, 2015 - books.google.fr). Voltaire était en contact avec Maupertuis dont une première mouture de la Cosmologie existait en 1741. Maupertuis parle de la naïveté de certains imitateurs de Newton, les Lesser, les Fabricius, ou les Nieuwentyt, qui finit par gâter la cause excellente qu'ils défendent (Jean Ehrard, L'Idée de nature en France dans la première moitié du XVIIIe siècle, 1994 - books.google.fr). Maupertuis est cité ici parce que c'est le nom du repaire du goupil du Roman de Renart, en butte à Ysengrin. Ysengrin est un nom germanique qui voudrait dire "masque de fer" (eisen grim). Renart utilise la peau du loup Ysengrin ("y laisser sa peau") pour guérir le roi Noble (Renart médecin ) (Voyage dans le temps : Louis XIV et Versailles : Le masque de (trans)fer(t) - nonagones.info, La Croix d’Huriel et le loup : La Croix d’Huriel et l’antimoine - nonagones.info). Le masque de fer enfermé dans différentes prisons est "privé de" (orphos) tout : de fortune et de liberté d'aller et venir. Il fallait qu'il en soit possesseur auparavant, sinon la privation n'avait pas lieu d'être. Le 16 juin 1794, dans la vallée de Lucignan d'Asso près de Sienne en Toscane, vers 19 heures, succédant à une violente détonation dans l'atmosphère, tombait une pluie de petites pierres observée par des milliers de témoins. Soldani, à qui une de ces pierres avait été apportée, lui reconnut une nature tout-à -fait étrangère au sol de la Toscane; et il publia une relation. En 1791, encore à Castel-Berargenda, en 1694 et en 1687 à Sienne (www.astrosurf.com). La Toscane en 1735 Jean-Gaston de Médicis (en italien Gian Gastone de' Medici), né le 24 mai 1671 à Florence et mort le 9 juillet 1737 dans la même ville, est le dernier grand-duc de Toscane de la lignée des Médicis de 1723 à 1737. Jean-Gaston est le second fils, le troisième et dernier enfant du grand-duc Cosme III et de la grande-duchesse, née Marguerite-Louise d'Orléans, Petite-Fille de France. Ses parents se séparent peu après sa naissance, sa mère retournant vivre en France. Soucieux de donner une descendance à sa dynastie après les mariages stériles de ses deux aînés, le grand-duc fait épouser à Jean-Gaston, en 1697, Anne-Marie-Françoise de Saxe-Lauenbourg, une des plus fortunées princesse d'Europe, belle-soeur de l'empereur, veuve du duc Philippe-Guillaume-Auguste de Palatinat-Neubourg et déjà mère d'une petite fille. Le prince part pour la Bohême habiter chez son épouse au château de Ploschkowitz, mais le couple ne s'entend pas et n'a pas d'enfants. Desepéré, le prince devient alcoolique et s'abandonne de plus en plus ouvertement à ses tendances homosexuelles, sombrant dans l'alcool et la débauche, fréquentant les bas-fonds et s'entourant d'une "faune" qui exploite ses faiblesses. Revenu en Toscane, Jean-Gaston succède à son père sur le trône en 1723, mais se laisse gouverner par ses mignons, souvent présentés par Giuliano Dami. Il accueille l'infant d'Espagne don Carlos en 1731, comme l'héritier présomptif de la couronne de Toscane. Cependant, à l'issue de la guerre de Succession de Pologne, un autre arrangement international dispose du grand-duché. Par une habile manœuvre du cardinal de Fleury, Premier ministre français, les préliminaires du traité de Vienne mettent fin à la guerre en 1738, et disposent notamment que le grand-duché de Toscane, sans héritier direct, soit attribué à François III Étienne, duc de Lorraine et de Bar, lequel doit en retour céder ses duchés à Louis XV au profit du roi de Pologne détrôné, Stanislas Leszczynski, beau-père du roi de France. Jean-Gaston de Médicis s’éteint le 9 juillet 1737, sans descendance. François de Lorraine, gendre de l'empereur Charles VI, lui succède comme convenu sous le nom de François II. Lorsque, comme époux de l'archiduchesse Marie-Thérèse, héritière des Habsbourg d'Autriche, il est lui-même élu empereur en 1745, la Toscane reste dans la maison d'Autriche (ou Habsbourg-Lorraine), jusqu'à l'unification du royaume d'Italie en 1860 (fr.wikipedia.org - Jean-Gaston de Médicis). On retrouve la Lorraine du quatrain II, 7. |