Le Vésuve au XVIIIe siècle

Le Vésuve au XVIIIe siècle

 

III, 44

 

1737

 

Quand animal Ă  l'homme domestique,

Après grand peine & sauts viendra parler,

De foudre Ă  Vierge sera si malefique,

De Terre prinse & suspenduë en l'air.

 

Quand l'animal domestique viendra parler Ă  l'homme avec grands peines et sauts, la foudre sera si malĂ©fique pour une jeune fille qu'elle sera enlevĂ©e de terre et suspendue en l'air. Commentaire : On aura reconnu le chien fidèle, venant annoncer du mieux qu'il peut, le sort de sa jeune maĂ®tresse, soufflĂ©e par la foudre (Pierre Brind'Amour, Les premières centuries, ou, Propheties de Nostradamus, 1996, p.391).

 

"De foudre" ("fouldre") au lieu de "Le foudre" selon les éditions (1555, 1557, 1568) (Lucien De Luca, Eurêka Nostradamus, Scholia Nostradamica Libri V - Puzzles, Charades, Rébus, Calembours, 2025 - books.google.fr).

 

Erigoné

 

ArtĂ©mis veille sur les vierges tout particulièrement. L'une de ces vierges, «hĂ©roĂŻne de folklore», est Erigone. AthĂ©nienne, elle s'abandonna au dieu Dionysos, venu apporter aux humains la vigne et le vin et Ă  qui son père Icarios avait offert l'hospitalitĂ©. Icarios ayant fait boire Ă  des bergers ses voisins du vin de l'outre que lui avait remise Dionysos, ils s'enivrèrent et, prenant cette nouveautĂ© pour un poison, le rossèrent Ă  mort Ă  coups de bâton. AlertĂ©e par sa fidèle chienne Maera, ÉrigonĂ© retrouva le cadavre abandonnĂ© sans sĂ©pulture et se pendit Ă  l'arbre au pied duquel il Ă©tait. Elle avait cependant donnĂ© naissance au hĂ©ros Staphylos, «La grappe». L'importance de ce drame Ă©clate au fait que non seulement les AthĂ©niens massacrèrent les assassins, mais ils instituèrent en l'honneur d'ÉrigonĂ© une fĂŞte au cours de laquelle les jeunes filles Ă©taient suspendues aux arbres en souvenir de toutes celles qui s'Ă©taient effectivement pendues Ă  l'Ă©poque Ă  la suite et imitation d'ÉrigonĂ©. Par la suite, on se contenta d'accrocher aux branches des disques ornĂ©s de figures humaines : «c'est l'origine lĂ©gendaire du rite des oscilla, pratiquĂ© aussi Ă  Rome et en Italie aux Liberalia, fĂŞte de Liber Pater, le Dionysos italien» (P. Grimal, Dictionnaire de la Mythologie) (Jacques-Numa Lambert, Georges PiĂ©ri, Symboles et rites de l'ancestralitĂ© et de l'immortalitĂ©, le vent, la pierre, l'eau et le feu dans les mythologies, 1999 - books.google.fr).

 

"suspendue en l'air" ne serait pas l'effet du souffle de la foudre mais celui de la pendaison de la jeune fille.

 

Astronomie : une conjonction en 1007

 

Les dieux, pour récompenser Erigone de sa piété filiale, la transportèrent dans le zodiaque, entre le lion et la balance, où elle forme le signe de la vierge. La chienne Mæra fut également placée dans le ciel sous le nom du Chien ou Canicule. Icarius lui-même avait été changé en la constellation qui porte le nom de Bootès (Ange de Saint-Priest, Encyclopédie du dix-neuvième siècle, Tome 19, 1881 - books.google.fr).

 

La mĂ©moire d'ErigonĂ© Ă©tait fĂŞtĂ©e chez les jeunes filles athĂ©niennes par la cĂ©rĂ©monie de l'aiĂłra, et l'on disait que le jeu de l'ascĂ´liasmos ou saut sur les outres huilĂ©es avait Ă©tĂ© inventĂ© par Icarios (Hygin, lot. astron., 1, 4). On prĂ©tendait montrer, dans le dème d'Icaria, la première vigne plantĂ©e par le hĂ©ros Ă©ponyme sur les indications de Dionysos (Eustath. ad Iliad., p. 871). "èrig'enè", celle qui nait au pintemps, est manifestement la personification de la vigne elle-mĂŞme, qui s'attache et se suspend aux arbres; sa mort est pareille Ă  celle du jeune et beau MĂ©los, la pomme, qui dans les fables de Cypre donnait son nom Ă  l'arbre auquel il se pendait (Serv. ad Virgil., Eclog., VIII, v. 37). La chienne Maira est le chien cĂ©leste, Sirius, qui se montre au moment oĂą mĂ»rit le raisin (Poll, Onomast., v, 42; cf. Schol. ad Apollon. Rhod., Argonaut., II, v. 517; Schol. ad Iliad, x, v. 29); aussi le chien joue-t-il Ă©galement un rĂ´le dans la lĂ©gende locrienne du roi Orestheus. Celui-ci enfouit en terre un morceau de bois qu'une de ses chiennes a mis bas, et au printemps il en voit sortir une vigne (Pausan., X, 38, 1). (François Lenormant, Les origines de l'histoire d'après la Bible et les traditions des peuples orientaux : L'humanitĂ© nouvelle et la dispersion des peuples, Tome 2, 1882 - books.google.fr).

 

"foudre" peut renvoyer à Jupiter, "maléfique" à Saturne et "vierge" à la constellation.

 

Saturne est un astre nĂ©faste du point de vue de l'influence astrale, et pourtant indispensable, comme tout ce qu'a créé Dieu, Ă  l'ordonnance du monde. En effet, ses "actions" sont le froid et le sec. Or le sec issu du froid (qui est caractĂ©ristique de l'Ă©lĂ©ment terre) suppose l'immobilitĂ©. Les esprits de Saturne qui circulent dans le bas-monde, provoquent donc la lenteur, ou mĂŞme l'arrĂŞt du mouvement, et donnent aux choses du poids (la terre est le plus lourd des Ă©lĂ©ments) et aussi de la stabilitĂ©; ce sont aussi eux qui grâce Ă  ces caractĂ©ristiques de leur action, maintiennent la forme dans la matière, assurant leur cohĂ©sion, leur persistance et leur stabilitĂ© (on a vu que le soleil y contribue de toute autre manière); sans eux aucune forme, aucun ĂŞtre n'apparaĂ®trait dans la matière sans couler et disparaĂ®tre aussitĂ´t; et c'est grâce Ă  eux aussi que les "pivots" de la terre d'une part, et les mers d'autre part se maintiennent Ă  leur place ("sinon les parties de la terre se mĂ©langeraient Ă  l'eau et disparaĂ®traient dans les mers"). Saturne, en effet, correspond, dans le corps du monde, Ă  la rate, d'oĂą se rĂ©pand dans tout le corps la bile noire, froide et sèche, qui circule avec le sang dans les veines et assure la cohĂ©sion des parties du corps; c'est grâce Ă  elle, qu'os, tendons et peau sont consistants, et que se fait la coagulation des humeurs, en particulier du sang, sans laquelle le corps coulerait comme une eau. Et c'est bien entendu sur la rate et la bile noire que Saturne agit tout particulièrement Ă  l'intĂ©rieur du corps, et sur l'oreille droite Ă  l'extĂ©rieur. Du point de vue astrologique encore, Saturne, qui produit calme et stabilitĂ©, ruse, temporisation, attente de l'occasion, "est par rapport au soleil comme les trĂ©soriers et fondĂ©s de pouvoir par rapport au roi"; ces hauts fonctionnaires sont donc sous l'influence de cet astre. Mais d'une façon plus gĂ©nĂ©rale sont sous son influence : les animaux noirs et laids, les bĂŞtes sauvages effrayantes, et bien entendu les hommes de mĂŞme type; les plantes noires et laides; parmi les minĂ©raux, le plomb noir (qui est aussi pesant), la poix, et tout ce qui est noir et sent mauvais; parmi les Ă©lĂ©ments enfin, la terre et les hautes montagnes noires, les vallĂ©es obscures, les chemins accidentĂ©s; tous ces lieux, ainsi que les endroits isolĂ©s et les ruines, sont hantĂ©s par les "esprits", ou anges, de Saturne. Le noir est bien entendu la couleur qui convient Ă  un astre malĂ©fique comme Saturne, qui provoque le malheur ici-bas : pauvretĂ©, misère, tristesse, fatigue et maladie et aussi l'arrĂŞt du mouvement et donc la mort. Ces esprits, ou anges de la sphère de Saturne, qui se rĂ©pandent dans le bas-monde sont "des livres illisibles et des formes renversĂ©es" (parce qu'ils Ă©voquent le fond de l'Ă©lĂ©ment terre et sa matière infernale) et ont "des actions qui font le tournement des âmes orgueilleuses et des esprits nĂ©gligents" (donc dignes de l'enfer); et la "Loi" les appelle (outre "armĂ©es et auxiliaires") anges de la colère. Il y a parmi eux "les esprits chargĂ©s des heures innombrables de la nuit" (allusion Ă  la magie), mais il y a aussi "ceux qui font mourir les corps des vivants et s'emparent de leurs âmes". Parmi eux sont "l'ange de la mort" et aussi Nakir et Munkar (les deux anges du châtiment dans la tombe) (Yves Marquet, La philosophie des Ihwan al-Safah, 1999 - books.google.fr).

 

Au IXe siècle de notre ère, les auteurs de la Table vérifiée corrigeaient par des observations nouvelles les erreurs des Tables de Ptolémée; au Xe siècle, c'est la Table vérifiée qui devient l'objet d'une nouvelle révision, et tandis qu'Aboul-Wéfa, à Bagdad, après une longue suite d'observations, modifie profondément les théories grecques, Ebn Jounis, au Caire, signale les rectifications que les travaux de ses devanciers lui font juger nécessaires, et la grande Table hakémite nous offre le tableau des progrès de la science astronomique à cette époque éloignée. Malheureusement, l'imprimerie n'existait pas alors, et nous n'avons que des fragments de cet important ouvrage; mais nous voyons dans ces fragments qu'Ebn Jounis observa, le 30 octobre 1007 (le vendredi 23 safar, 398 de l'hégire, le 14 tischrin 11, 1319 d'Alexandre, le 26 aban-mah 376 d'Ierdedjerd, 10 hatour 724 de Dioclétien le Romain, roi d'Égypte), une conjonction de Saturne et de Jupiter, dans le pied de la Vierge, d'après la Table vérifiée, et que cette conjonction n'eut lieu, ainsi qu'il le constate lui-même, que le 7 novembre (Louis-Amélie Sédillot, Histoire générale des arabes: Leur empire, leur civilisation, leurs écoles philosophiques, scientifiques et littéraires, Volumes 1 à 2, 1877 - books.google.fr).

 

Saturne et Jupiter sont dans la Vierge du 30 août 1007 au 28 septembre 1008; Mars et Jupiter du 10 septembre au 27 octobre 1007 (www.astro.com).

 

Raoul Glaber, moine errant qui vĂ©cut dans diffĂ©rents monastères, y compris ceux de Bèze et de Cluny et qui passa quelques temps en Italie. Son histoire, publiĂ©e en 1047, sans valeur pour tout ce qui a trait aux Ă©vĂ©nements contemporains. On peut s'y rapporter dans la majoritĂ© des cas; aussi, n'y a-t-il aucune raison de mettre en doute ce qu'il dit au sujet d'une violente Ă©ruption en 1007. D'après quelques auteurs, elle aurait eu lieu avant sept ans et non après l'an mille ("septimo de millesimo anno" dixit); c'est pourquoi la date la plus antĂ©rieure est frĂ©quemment citĂ©e dans les Ă©numĂ©rations d'Ă©ruptions. Mabillon rappelle que l'annĂ©e 1006 fut remarquable par un grand nombre d'Ă©vĂ©nements malheureux et il suppose que les dĂ©sastres causĂ©s par le VĂ©suve et dont nous parle Raoul ont très bien pu se produire cette annĂ©e-lĂ . L'auteur nous dit Ă  ce sujet : «Le mont VĂ©suve, que l'on appelle aussi l'antre de Vulcain, vomit, par un plus grand nombre de bouches qu'Ă  l'ordinaire, des flammes et du soufre, avec une multitude de pierres Ă©normes qu'il lança jusqu'Ă  trois milles de lĂ . Les exhalaisons fĂ©tides qui accompagnèrent cette Ă©ruption commencèrent Ă  rendre le pays voisin inhabitable. Trente ans de calme s'Ă©coulèrent ensuite et l'effervescence volcanique recommença; ce fut la neuvième Ă©ruption (1037), Ă  laquelle succĂ©da une pĂ©riode de repos qui dura un peu plus d'un siècle (Revue des cours scientifiques de la France et de l'Ă©tranger, Volume 79, 1907 - books.google.fr).

 

La foudre et le foudre

 

Le mot tonnoire dĂ©signe Ă  l'Ă©poque, par extension, non pas seulement le bruit de la foudre accompagnant l'Ă©clair, mais la foudre elle-mĂŞme (LittrĂ©, Petit Robert). Et comme nous savons qu'il ne peut pas plus ĂŞtre question avec cette foudre qu'avec le tonnerre de la perturbation atmosphĂ©rique, nous sommes amenĂ©s Ă  chercher une autre acception du mot foudre, acception que nous trouvons dans LittrĂ© : Foudre, substantif masculin, grand tonneau contenant plusieurs muids de liquide. Bloch et Wartburg, d'autre part, attestent l'usage du mot depuis le XV siècle : Six voudres (sic) de vin du Rhin; empruntĂ© de l'allemand Fuder. Pourtant, il s'agit lĂ  d'une substitution qui reste forcĂ©e et qui, de plus, apparaĂ®t comme entrave Ă  la rapiditĂ© de comprĂ©hension que requièrent manifestement les propos. Et c'est alors que ce mot foudre : tonneau nous ramène Ă  un mot plus proche de tonnoire : la tonne, du latin de basse Ă©poque tune, tonna, d'origine celtique (Bloch et Wartburg), qui dĂ©signe, selon LittrĂ©, le vaisseau de bois plus grand que le tonneau et plus renflĂ© par le milieu. Dès lors, nous comprenons que le mot tonnoire est Ă  entendre comme tonnĂ©e, ou contenu de la tonne, c'est-Ă -dire de la futaille contenant une très grande quantitĂ© de vin, le changement de genre restant une licence permise Ă  l'Ă -peu-près (Marc Berlioz, Rabelais restituĂ©, Tome 2 : Gargantua, Du prologue au chapitre XXIV, 1977 - books.google.fr).

 

"tonnerre" et "tonneau", qui renvoient aux deux "foudre", n'ont pas la mĂŞme Ă©tymologie. "tonnerre" vient du latin "tonitrus" de mĂŞme sens et "tonneau" du gaulois "tunna" ou "tonna" en rapport avec la peau (outre : cf. Icarios) (Dictionnaire Ă©tymologique Larousse, 1969).

 

Lucien et Nonnus, ainsi que plusieurs monumens antiques, donnent la foudre pour attribut à Bacchus. La foudre n'étoit pas l'attribut exclusif de Jupiter; mais toutes les grandes divinités avoient deux caractères distincts, l'un général, celui du premier principe, doué de la force et dela puissance universelles, l'autre particulier, que chacune de ces divinités recevoit des fonctions auxquelles l'avoit réduite le systèine du polythéïsme; elles avoient, sous le premier rapport, la foudre pour attribut. [...]

 

A peine eut Cérès quitté l'île que Jupiter se métamorphosa en serpent, endormit les dragons, pénétra dans la demeure de la jeune déesse Proserpine et obtint ses faveurs. Elle engendra Bacchus-Zagrée, la tête ornée de cornes, qui seul et sans aucune aide étrangère, s'éleva au trône de son père et mania la foudre de ses mains enfantines (Pierre Nicolas Rolle, Recherches sur le culte de Bacchus: symbole de la force reproductive de la nature, Tome 1, 1824 - books.google.fr).

 

En cestui despris, Bacchus tousjours gaignoit pays, et mettoit tout à feu (pource que feu et foudre sont de Bacchus les armes paternelles, et avant naistre au monde fut par Jupiter salué de foudre, sa mère Semelé et sa maison maternelle arses et destruictes par feu et à sang pareillement (Rabelais, Livre V, chapitre XXXIX) (Oeuvres de Rabelais, Tome 3, 1875 - books.google.fr).

 

C'est le vin (tiré du foudre) qui est maléfique pour Erigoné et son père Icarios.

 

Foudre et vin

 

Selon la lĂ©gende antique, alors que HĂ©phaĂŻstos vexĂ© et boudeur s'Ă©tait exilĂ©, c'est Dionysos qui a su le ramener parmi les Olympiens en l'enivrant. Mais, surtout, le dieu du vin est le symbole de l'esprit humain qui se dĂ©gage des pesanteurs de la matière : ce sont les animaux qui se contentent de boire de l'eau, tandis que «de vin divin on devient». En face de Bacchus, dieu de l'intuition sacrĂ©e et de la connaissance des mystères naturels, Vulcain symbolise un tout autre type de domination de la nature, celui de la technique. Cette distinction entre progrès dĂ» Ă  l'inspiration et progrès dĂ» Ă  l'intelligence technicienne est capitale chez Rabelais, et elle explique le symbolisme de la mythologie vulcanique (Jean-Dominique Beaudin, Entre ciel et terre : Vulcain et Rabelais, Figurations du volcan Ă  la Renaissance, 2001 - books.google.fr).

 

La foudre et le vin entretiennent souvent des rapports complexes et sournois. [...] Dans le monde rĂ©el, le philosophe et homme politique romain SĂ©nèque (4 av. J.-C. - 65 ap. J.-C.) pense que la foudre transporte une substance coagulante qui solidifie le vin et ajoute : «Quand le vin qui a Ă©tĂ© coagulĂ© par la foudre est revenu Ă  son premier Ă©tat, il tue ou rend fou ceux qui le boivent.» (Questions naturelles, Livre II). Cette histoire de vin, discrètement subtilisĂ© par l'Ă©clair, se trouve dĂ©jĂ  chez Plutarque. Dans ses Symposiaques (Propos de table), il rapporte le tĂ©moignage de l'orateur DorothĂ©e sur ce sujet : «Je me souviens qu'un jour, le tonnerre Ă©tant tombĂ© sur ma maison, il y produisit les effets les plus extraordinaires. Il consuma le vin qui Ă©tait dans ma cave, sans offenser les tonneaux.» A peu près Ă  la mĂŞme Ă©poque, dans sa fameuse Histoire naturelle en 37 volumes, Pline l'Ancien (23-79) distingue trois foudres. Ă€ la foudre sèche qui brise et disperse, et Ă  la foudre humide qui noircit, il ajoute la foudre claire, qui Ă©tant «d'une nature tout Ă  fait extraordinaire, vide les tonneaux sans les endommager». Par la suite, l'histoire ne fournira pas d'autres exemples concrets de ces punitions par le truchement du vin (Pierre Zweiacker, SacrĂ©e foudre !, Ou la scandaleuse invention de Benjamin F., 2011 - books.google.fr).

 

Le Vésuve comme volcan

 

C’est près du lac Averne que Virgile situe la descente aux enfers d’ÉnĂ©e, au livre VI de son ÉnĂ©ide, et la Solfatare Ă©tait dĂ©jĂ  bien connue des Anciens. Toutefois, le lien entre cette rĂ©gion et le VĂ©suve n’était pas Ă©vident, dans la mesure oĂą le volcan Ă©tait depuis des siècles en sommeil. On voyait donc la «montagne» du VĂ©suve plutĂ´t comme une hauteur verdoyante et fertile, car s’il y a bien une caractĂ©ristique pĂ©renne pour ce relief, c’est la fertilitĂ© de ses cendres, et non son aspect menaçant (Brice Gruet, Que dit l’éruption ? Le VĂ©suve entre AntiquitĂ© et Moyen Ă‚ge. La parole et le flĂ©au, 2025 - books.google.fr).

 

Mais le sol d’oĂą s’exhale en vapeurs fugitives un lĂ©ger brouillard, celui qui boit l’humiditĂ© et la renvoie Ă  son grĂ©, qui se revĂŞt sans cesse d’un vert gazon et qui n’entame point le fer par une rouille corrosive et acide, verra pour toi les vignes fĂ©condes enlacer les ormeaux; il est fertile en huile; tu reconnaĂ®tras, en le cultivant, qu’il est accommodant au petit bĂ©tail et docile au soc recourbĂ©. Tel est celui que laboure la riche Capoue; tels, les bords voisins du mont VĂ©suve, et ceux du Clain qui fut intolĂ©rable Ă  la dĂ©serte Accerre (Talem diues arat Capua et uicina Vesaeuo ora iugo et uacuis Clanius non aequos Acerris : GĂ©orgiques 2, 224-225) (Virgile, Les Bucoliques et les GĂ©orgiques, traduit par Maurice Rat, 1932 - bcs.fltr.ucl.ac.be).

 

Quant à Vesbius, c'est sans nul doute, nous semble-t-il, une forme refaite sur "Besbion", nom grec du Vésuve plus courant que Ovegovtov2. Il existe aussi un doublet Veseuus, affectionné - à côté de Vesuius, Vesbius, autre forme convenable pour la métrique - notamment par les poètes depuis Virgile (Veseuo iugo, Georg. 2, 224). L'hypothèse de SOGLIANO, Pompei nel suo sviluppo storico, p. 11 sq., d'aprè-s laquelle Besbius, Vesbius, Vesuius serait la forme originaire (tirée de "Besbikos", nom d'une île de la Propontide), d'où Vesuuius avec anaptyxe osque, est séduisante, mais insuffisamment fondée (Veikko Vaänänen, Le latin vulgaire des inscriptions pompéiennes, 2022 - books.google.fr).

 

BriarĂ©e et ÉgĂ©on qualifient effectivement le mĂŞme personnage, appelĂ© BriarĂ©e chez les dieux et ÉgĂ©on chez les hommes. C'Ă©tait un HĂ©catonchire, un GĂ©ant aux cent mains; curieusement, alors que la tradition ancienne le montre prenant le parti de Jupiter contre les Titans et ses frères les GĂ©ants (HĂ©siode, ThĂ©ogonie, 807 sq.), une tradition plus rĂ©cente en fait un adversaire de Jupiter : "Quand [ÉgĂ©on] tenait tĂŞte Ă  la foudre de Jupiter" Ă©crit Virgile (ÉnĂ©ide, X, 567-568). Quant Ă  Encelade, fils du Tartare et de la Terre, il fit la guerre aux dieux et fut tuĂ© par Jupiter qui l'enterra sous l'Etna (Virgile, ÉnĂ©ide, III, 578-579) (Philippe Dain, Mythographe du Vatican II. Traduction et commentaire. Besançon : Institut des Sciences et Techniques de l'AntiquitĂ©, 2000 - www.persee.fr).

 

Mais il existait une autre légende (cf. Schol. Ap. Rhod., I, 1165 a, c, d) selon laquelle Egéon était un Géant d'Eubée que Poséidon avait poursuivi jusqu'en Phrygie et enseveli sous l'îlot de Besbicos (version probablement tirée de l'Héracleia de Cinéthon); l'idée d'Egéon emprisonné sous la mer découle peut-être indirectement de cette version.

 

BESBICOS, Isle de la Propontide. Pline la met à l'embouchure du Rhyndacus, & lui donne dixhuit milles de circuit. Etienne le Géographe dit; Besbicos petite Isle voisine de Cyzique. Il rapporte une petite fable Mythologique sur l'origine de cette Isle. Les Géans, dit-il, arrachant de groffes pièces du rivage les rouloient dans la mer, & tâchoient ainsi de fermer l'embouchure du Rhyndacus; mais Proferpine craignant pour l'Isle de Cyzique affermit ces roches & en fit une Isle, qui fut ensuite nommée Besbicos par un des Pelasgues qui l'habitèrent, & Hercule y détruisit les restes de ces Géans. Pline déjà cité dit qu'anciennement ce n'étoit pas une Isle; mais qu'elle tenoit à la Bithynie dont elle fut détachée. Il est vraisemblable que le nom moderne de cette Isle est Calolimno; Mr. de Tournefort n'en marque point le nom moderne; il se contente de dire qu'on reconnoît l'embouchure du Rhyndacus par une Isle que les anciens ont nommée Besbicos. La Martinière, Dict. géogr. (Le Grand Dictionnaire Historique, Tome 7, 1743 - books.google.fr).

 

ÉnĂ©e ne saurait avoir la prĂ©tention de pĂ©nĂ©trer de lui-mĂŞme auprès des divinitĂ©s infernales : c'est une faveur que Jupiter n'accorde qu'Ă  de rares privilĂ©giĂ©s. Le rameau d'or lui servira de sauf-conduit, et la Sibylle de Cumes qui l'accompagne Ă©cartera de lui tout pĂ©ril. Pour plus de sĂ»retĂ©, avant de s'enfoncer dans les profondeurs de l'Averne, il immole des victimes aux sombres divinitĂ©s qui l'habitent. A peine a-t-il touchĂ© le seuil des enfers qu'il est saisi d'effroi Ă  la vue des monstres qui en gardent l'entrĂ©e: les Chagrins et les Remords vengeurs, les pâles Maladies, la triste Vieillesse, les Joies malsaines de l'âme, et, Ă  cĂ´tĂ© de ces personnages allĂ©goriques, pourvoyeurs de l'AchĂ©ron, les monstres de la fable, BriarĂ©e aux cent bras, l'Hydre de Lerne, les Titans, les Gorgones, les Harpies, les Centaures (Mathurin Joseph Marie Morlais, Études philosophiques et religieuses sur les Ă©crivains latins, 1896 - books.google.fr).

 

"suspendue en l'air" : pendaison

 

En latin "suspendium" est la mort par pendaison (Gaffiot).

 

Selon Servius et Probus, l'usage des oscilla serait venu de l'Attique, comme Liber lui-mĂŞme. D'après Probus, le berger Icaros, ayant reçu du dieu mission de transporter du vin, recommanda Ă  ses hommes de n'en boire qu'en très faible quantitĂ©. Mais, cĂ©dant Ă  sa dĂ©lectable saveur, ils s'enivrèrent, se crurent empoisonnĂ©s et massacrèrent Icaros. Sa fille, Érigonè, en apprenant sa mort, se pendit. [...] Les Anciens n'ont pu sĂ©parer l'oscillum de la reprĂ©sentation qu'il Ă©voque et qui est toujours celle d'une pendaison. Ils ont bien tâchĂ© d'Ă©luder ce rapport nĂ©cessaire. Probus met Ă  l'origine une pendaison rĂ©elle, mais l'oscillum ne ferait que la commĂ©morer. Pour Servius, l'oscillum remplace la pendaison elle-mĂŞme, mais elle aurait Ă©tĂ© fictive et n'aurait constituĂ© qu'un exercice très fatigant et tout Ă  fait extraordinaire. Mais la vĂ©ritĂ© ressort de la complication de chacune de ces tentatives et de la contradiction oĂą elles s'opposent l'une Ă  l'autre : les oscilla tiennent lieu, dans une religion Ă©voluĂ©e, de sacrifices humains maintenant maudits; aux victimes jadis pendues pour apaiser le dieu, le progrès des mĹ“urs avait fini par substituer leurs images qui continuèrent de se balancer au vent, entre les branches des arbres, comme autrefois les corps, en signe de consĂ©cration; mais les Anciens se souvenaient du lugubre passĂ©, et Macrobe a nettement marquĂ© la substitution qui rĂ©ussit Ă  l'abolir : inferentes... non hominum capita sed oscilla ad humanam effigiem arte simulata (Macrobe, Saturnales 1, 7, 11). Macrobe, a vrai dire, n'a point ici prononcĂ© le nom de Liber, et c'est au dieu souterrain, Dis Pater, qu'il a rĂ©servĂ© le privilège de ces offrandes atroces. Toutefois, le dĂ©saccord que semble crĂ©er cette attribution isolĂ©e n'est qu'apparent. Dis Pater et Bacchus se rejoignirent dans la conception d'un Liber primitif, dont l'Ă©nergie crĂ©atrice ne se bornait pas Ă  la vigne, mais s'Ă©tendait Ă  la vĂ©gĂ©tation entière, dieu tellurique et agraire, de terreur et de joie, rĂ©pandant la vie et la mort, se complaisant aux obscĂ©nitĂ©s grossières et aux immolations impitoyables. Dans le Bacchus latin qu'invoquent les GĂ©orgiques, en respectant les rites nationaux, avec les paroles lĂ©guĂ©es par les ancĂŞtres - Ergo rite suum Baccho dicemus bonorem Carminibus patriis (GĂ©orgiques 2, 392-393) -, les deux aspects se retrouvent, attĂ©nuĂ©s mais distincts. Il est le Liber des chansons joyeuses :

 

Et te, Bacche, vocant per carmina laeta... (Géorgiques 2, 388);

 

et celui des oscilla, ces symboles voilĂ©s des pendaisons anciennes :

 

... tibique

Oscilla ex alta suspendunt mollia pinu (Géorgiques 2, 388-389).

 

Il fait mĂ»rir les grappes dans les vignobles :

 

Hinc omnis largo pubescit vinea fetu (Géorgiques 2, 390);

 

et il fĂ©conde toute la nature :

 

Complentur vallesque cavae saltusque profundi

Et quocumque deus circum caput egit honestum (Géorgiques 2, 391-392).

 

C'est jusque dans la mort que la femme de Latinus apparaĂ®t avec les traits archaĂŻques d'une prĂŞtresse des premiers cultes laviniens. Au livre XII de l'ÉnĂ©ide (595 et suiv.), lorsque se lèvent les signes avant-coureurs de la dĂ©faite finale, Amata se pend de desespoir. [...] Extraordinaire partout ailleurs que dans la patrie d'Amata, cette lĂ©gende Ă©tait un produit naturel de la terre lavinate. Elle y a fleuri sur le plus sombre rameau de la vieille religion locale de Liber Pater. Au livre II des GĂ©orgiques, Virgile dĂ©crit les fĂŞtes religieuses que cĂ©lĂ©braient, de temps immĂ©morial, les cultivateurs d'Italie. Il nous apprend, par le dernier vers, que, dans le culte du Liber latin, comme dans l'alĂłpa du Dionysos grec, l'un des rites principaux consistait dans la suspension aux branches des arbres de disques votifs : les oscilla. [...] Enfin, la Brevis expositio qui accompagne les GĂ©orgiques rattache aussi les oscilla Ă  la lĂ©gende de Latinus, mais elle n'est pas dupe de sa disparition : les Laurentes l'auraient bel et bien retrouvĂ©, mais en l'air, un lacet autour du cou, et c'est par imitation de ce genre de mort qu'ils auraient suspendu les oscilla. Nous avons dĂ©jĂ  eu l'occasion d'apprĂ©cier, dans l'histoire d'Icaros, l'absurditĂ© d'un système interprĂ©tatif fondĂ© sur la prĂ©tendue mimique des chercheurs de cadavres; il faut en faire rĂ©solument abstraction pour tirer des tĂ©moignages en prĂ©sence l'enseignement qu'ils comportent, et que, dès lors, on n'a nulle peine Ă  dĂ©gager. Les Romains dataient unanimement l'usage des oscilla de la mort de Latinus. Ils attribuaient sa mort Ă  la pendaison. Ils ne l'en adoraient pas moins comme un dieu, sous le nom de Juppiter Latiaris (JĂ©rĂ´me Carcopino, Virgile et les origines d'Ostie, 1968 - books.google.fr).

 

Macrobe, Saturnales I, 11, 48, nous apprend qu'aux fêtes de Saturne on suspendait des oscilla pareillement dans le temple de ce dieu (Selecta poetica, extraits des poètes latins de second ordre, Tome 2, 1885 - books.google.fr).

 

TempĂŞte et volcanisme

 

Les vers 469-83 du Livre I des GĂ©orgiques, Ă  l'imitation des listes ordinaires de prĂ©sages, combinent trois Ă©lĂ©ments : les signes fournis par la divination augurale (vol des oiseaux, comportement des animaux); des catastrophes naturelles imprĂ©visibles (tremblements de terre, Ă©ruptions volcaniques, inondations); des prodiges contre nature (bruit d'armes dans le ciel, voix mystĂ©rieuse au fond des forĂŞts, bĂŞtes prenant la parole). La mĂŞme combinaison se poursuit dans le fragment citĂ© entre les conclusions des techniques divinatoires (observation des entrailles de la victime sacrificielle ou des coups de foudre) et des manifestations invraisemblables (le sang qui coule des puits); mais certains ingrĂ©dients du mĂ©lange autorisent une interprĂ©tation symbolique. Que des loups pĂ©nètrent de nuit dans l'enceinte d'une ville et y fassent entendre leurs hurlements sinistres peut ĂŞtre Ă©videmment reçu comme un prĂ©sage terrifiant; mais, chez Virgile, les loups ont valeur d'image. N'oublions pas que, dans ce mĂŞme poème, ces fauves doivent Ă  la volontĂ© de Jupiter d'ĂŞtre des prĂ©dateurs (GĂ©orgiques I, 129). Le poète ne pouvait pas ne pas s'en souvenir en en faisant les instruments d'un prĂ©sage de catastrophe. Pour Virgile, les loups pourraient bien symboliser ces «soldats iniques», ces «barbares», qui mirent Ă  sac la Gaule cisalpine avec la bĂ©nĂ©diction de CĂ©sar. C'est la prĂ©sence dans les villes de ces soudards qui est annonciatrice de malheurs. A quoi s'ajoute le dernier trait : «les comètes sinistres» (Jean-Paul Brisson, Rome et l'âge d'or : De Catulle Ă  Ovide, vie et mort d'un mythe, 2010 - books.google.fr).

 

Conscient de ce que le tremblement de terre est Ă©videmment une catastrophe, l’éditeur de la Collection des universitĂ©s de France emploie le mot (comme P. Oltramare Ă  propos de SĂ©nèque), mais clades signifie-t-il «catastrophe» ? Le contexte, dont une partie seulement a Ă©tĂ© citĂ©e, souligne les diffĂ©rentes causes de mort lors du tremblement de terre, les diffĂ©rents facteurs de destruction. Cette application rĂ©fĂ©rentielle s’inscrit dans le sens gĂ©nĂ©ral de clades, que le Dictionnaire Ă©tymologique de la langue latine d'Alfred Ernout et Antoine Meillet (1932) dĂ©finit ainsi : «destruction, dĂ©sastre (gĂ©nĂ©ralement au sens passif, tandis que caedes a le sens actif)». C’est bien sur cet aspect des choses que clades met l’accent quand il est employĂ© Ă  ce que le français appelle, lui, catastrophe naturelle. C’est encore le cas quand il s’applique Ă  l’épidĂ©mie et Ă  des inondations, qui peuvent ĂŞtre des Ă©lĂ©ments majeurs de la convulsion totale du monde.

 

Une autre lexicalisation est assurée par tempestas. Son emploi ne se limite pas à la tempête en mer, mais il s’étend à des phénomènes majeurs dont le détail de la désignation n’a pas été retenu dans la typologie établie. Il s’applique ainsi au mauvais temps en haute montagne, associant le vent et la pluie, mais il s’agit ailleurs du vent seul quand la pluie est désignée séparément, ou encore de l’orage avec la foudre. Les contextes montrent bien que ce sont des événements aux conséquences marquantes, comme la tempête en mer déjà désignée par tempestas, mais tempestas a un emploi plus globalisant autour de l’idée commune de très mauvais temps (Jean-François Thomas, Dire les catastrophes naturelles en latin. La parole et le fléau, 2025 - books.openedition.org).

 

L'éruption de 1631 est accompagnée de tempêtes météorologiques comme en témoignent des contemporains (Henri Sebastien Le Hon, Histoire complète de la grande éruption du Vésuve de 1631, 1865 - books.google.fr).

 

Si sollevò un vento che spinse la grande tempesta che usciva dalla Montagna, dalla parte della Puglia, salvando la città di Napoli, altrimenti senza dubbio in tutta essa non ci sarebbe un cristiano vivente in quanto tutti saremmo morti affogati nel fumo e cenere (SANZ Y MORENO F. (1632), Ampla, copiosa y verdadera relacion dell'incendio della Montafia de Soma o Vesubio, etc, Napoles) (Giovanni P. Ricciardi, Diario del Monte Vesuvio: venti secoli di immagini e cronache di un vulcano nella città, Tome 1, 2009 - books.google.fr).

 

L'apparition de la foudre au milieu du panache de vapeurs qui sort du cratère dans les grandes éruptions du Vésuve, décrites pour la première fois par Pline le Jeune, s'est reproduite dans les grands embrasements postérieurs. J'ai eu personnellement l'occasion de voir ce phénomène de très près, surtout pendant l'éruption de 1861 et pendant l'éruption encore plus terrible de 1872 (Luigi Palmieri, Lois et origines de l'électricité atmosphérique, traduit par Paul Marcillac, A. Brunet, 1885 - books.google.fr).

 

L'électricité joua un rôle considérable dans l'éruption de 1631, et il serait même difficile d'expliquer la chute de grosses pierres à de grandes distances sans son intervention. (H. le Hon, Histoire complète de la grande éruption du Vésuve de 1631, 1865 - books.google.fr).

 

Bacchus et Vésuve

 

Le succès du culte de Bacchus le dieu vigneron est de toute évidence lié au spectre d'action très large qu'impliquait sa souveraineté sur la civilisation du vin , de la culture de la vigne aux actes de sociabilité liés à la consommation du breuvage . Dieu de l'ivresse et du banquet, il était aussi et surtout le dieu vigneron dans une région célèbre pour son vin. [...]

 

C'est d'ailleurs comme protecteur des vignobles du piĂ©mont vĂ©suvien que Bacchus est chantĂ© par Martial (Ep. IV, 44) :

 

Voici le mont VĂ©suve, hier encore verdoyant et ombragĂ© de pampres : ici un noble cru avait plus d'une fois fait dĂ©border nos cuves de ses flots. Voici ces hauteurs que Bacchus aimait plus que les collines de Nysa; sur cette montagne, le chĹ“ur des Satyres dĂ©roulait naguère ses danses (...).

 

Et comme un Ă©cho au poème de Martial, on rĂ©pĂ©tait les thèmes bachiques dans les dĂ©corations des villa rurales de l'ager pompeianus : sans parler des cĂ©lèbres peintures de la villa des Mystères, Dionysos figurait ainsi parmi les thèmes dĂ©coratifs du grand triclinium de la villa rurale de Fabius Sinistor, en compagnie de VĂ©nus PompĂ©ienne et d'Hercule. Dans la Villa d'Aselius, se retrouvent les effigies peintes de Venus Pompeiana et de Bacchus, mais celles-ci appartiennent manifestement Ă  des lieux de culte donnant sur le pĂ©ristyle (c'est au moins le cas de Bacchus associĂ© Ă  un serpent, traditionnel marqueur d'un lieu de culte). Dans une ferme de Stabies, le triclinium, mitoyen de la cella vinaria et du torcularium est dĂ©corĂ© de thèmes dionysiaques (triomphe de Bacchus). Mais Bacchus Ă©tait avant tout prĂ©sent dans les lieux de (William Van Andringa, Quotidien des dieux et des hommes : la vie religieuse dans les citĂ©s du VĂ©suve Ă  l'Ă©poque romaine, 2009 - books.google.fr).

 

Le relevĂ© d'une fresque d'Herculanum (ville dĂ©truite en l'an 79 par l'Ă©ruption du VĂ©suve) reprĂ©sente «Bacchus et Erigone se donnant un baiser sur les lèvres», gravure au trait du dĂ©but du XIXe siècle, oĂą, sur le corps d'Erigone, a Ă©tĂ© ajoutĂ©e une draperie (Paris, Bibliothèque nationale) (Louis Dunand, Philippe Lemarchand, Les amours des dieux : Les compositions de Titien gravĂ©es par Jacopo Caraglio, 1977 - books.google.fr).

 

Chèvre et volcan

 

La victime qu'on immoloit au Dieu du Vin, & qu'il aimoit le plus, Ă©toit une Chèvre ou un Bouc, & la raison en est toute simple : ces animaux sont avides de raisin, & sont extrĂŞmement nuisibles aux vignes. Ce sacrifice se faisoit Ă  la campagne, principalement dans le temps de la vendange, ou lorsqu'on cĂ©lĂ©broit les Bacchanales; & cette Gravure antique en donne une reprĂ©sentation assez fidèle. La Chèvre est placĂ©e sur l'autel, & un jeune Victimaire lui plonge le couteau dans la gorge (Pierre Jean Mariette, TraitĂ© Des Pierres GravĂ©es, Receuil Des Pierres GravĂ©es Du Cabinet Du Roy, Tome 2, 1750 - books.google.fr, parismyope.blogspot.com).

 

Déjà un bruit qui grossit de lui-même, avant-coureur du dieu de la vigne, annonce çà et là dans la cité que Bacchus voyage en Attique; et la féconde Athènes s'anime aux danses de Lyéos, qui ne connaît pas le sommeil. [...] La ville entière prend part aux fetes; Bacchus y applaudit, et s'arrête dans la maison d'Icarios, qui l'emporte sur tous les autres agriculteurs dans l'art d'élever les arbres divers. Le vieux jardinier danse sur ses pieds champètres, quand il voit Bacchus entrer chez lui, et il reçoit à sa table frugale le roi de la vigne aux nobles ceps. Erigone allait leur verser le lait des chèvres qu'elle vient de traire, mais le dieu s'y oppose; il offre au bienveillant vieillard des outres pleines d'un vin réparateur. Il tient dans sa main une coupe embaumée remplie du plus doux breuvage, la présente à Icarios... (Chapître XLVII) (Nonnos de Panapolis, Les Dionysiaques ou Bacchus, traduit par M. de Marcellus, 1856 - books.google.fr).

 

Certaines peuplades de la Chine mettent la chèvre en rapport avec le dieu de la foudre, la tête de la chèvre sacrifiée lui sert d’enclume. La même relation entre la chèvre et la foudre est attestée au Tibet. Elle figure en somme un instrument de l’exercice de l’activité céleste au bénéfice de la terre, et plus précisément de l’agriculture et de l’élevage. Chez les germains, la chèvre paît dans le feuillage du frêne Yggdrasil et son lait sert à nourrir les guerriers du dieu Odin. Chez les grecs elle symbolise l’éclair. L’étoile de la chèvre dans la constellation du cocher annonce l’orage et la pluie ainsi que la chèvre Amalthée nourrice de Zeus. L’idée d’associer la chèvre à la manifestation du dieu est très ancienne. D’après Diodore de Sicile les chères auraient guidé l’attention des hommes de Delphes vers le lieu où des fumées sortaient des entrailles de la terre; Intrigués par ces danses, des hommes comprirent le sens des vapeurs émanant de la terre; ils instituèrent un oracle; Un vêtement nommé cilicium, tissé de poil de chèvre était porté par certains romains d’après Varron. Yahvé s’était manifesté à Moïse au Sinaï au milieu des éclairs et du tonnerre. En souvenir de cette manifestation, la couverture couvrant le tabernacle était composée de poils de chèvre. Un vêtement nommé cilicium, tissé de poils de chèvre, était porté par certains Romains, et par des Syriens, au moment de la prière, pour symboliser leur union avec la divinité. Chez les Chrétiens, le port ascétique du cilice prend le même sens, avec une intention de mortifier la chair par pénitence et de libérer ainsi l'âme vivifiée qui veut se donner pleinement à son Dieu. Ce qui n'est pas sans évoquer la robe de bure des moines. Notons à ce propos que le mot soufi viendrait, selon la tradition la plus admise en Orient, de souf, terme sous lequel on désigne le feutre de poil de chèvre dont était rituellement faite la robe des derviches de certaines confréries mystiques musulmanes particulièrement sévères dans leurs règlements intérieurs (Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, 1982 - www.luminessens.org).

 

Le nom d'Egeon ou AEgaeon est tirée de celui de le chèvre en grec. On le relie au Vésuve par l'intermédiaire de Besbicus/Besbius. La chimère (chèvre en grec aussi) est aussi le nom d'un volcan.

 

«Même dans l'Antiquité, la Chimère est considérée comme un symbole du caractère volcanique du sol de Lycie», a noté Harry Thurston Peck. Ctésias, cité par Pline l'Ancien et par Photius, a identifié le mont Chimère comme une région où des émanations de gaz enflammé sont permanentes. Le mont Chimère peut encore être trouvé aujourd'hui par les randonneurs sur la voie lycienne, dans le sud-ouest de la Turquie (fr.wikipedia.org - Chimère (mythologie)).

 

On prétend, que lorsqu'il l'eût plantée et cultivée avec soin, au point de la faire fleurir, un bouc vint se jeter dessus et en brouter les feuilles les plus tendres; qu'Icare irrité l'avoit tué, et avoit fait de sa peau une outre, qu'il avoit enflée, et sur laquelle il avoit engagé ses compagnons à sauter (Dupuis, Origine de tous les cultes, ou religion universelle, Tome 3, 1796 - books.google.fr).

 

De là Enée s'élance sur Antée et sur Lycas, qui combattaient aux premiers rangs; il poursuit et le courageux Numa et le blond Camerte, fils du magnanime Volscens; Camerte, le plus riche possesseur des champs d'Ausonie, et souverain de la taciturne Amyclée. Comme on peint Égéon aux cent bras, aux cent mains, et vomissant par cinquante bouches le feu recelé dans sa vaste poitrine, lorsque luttant contre Jupiter il opposait à ses foudres l'airain de cinquante boucliers et de cinquante épées nues, tel Énée porte sa fureur dans la plaine, dès que son glaive s'est une fois chauffé dans le sang. Mais le voilà déjà qui s'élance devant le poitrail menaçant des quatre chevaux de Niphée. Du plus loin qu'ils ont vu le héros qui frémit et s'avance terrible, les coursiers épouvantés, se rejetant en arrière, renversent leur conducteur et emportent le char vers le rivage (Enéide X, v. 561-574) (Publius Vergilius Maro, Livres X, XI, XII de L'Énéide, Tome 4, 1875 - books.google.fr).

 

Vin et volcan

 

On raconte, dit Vitruve, nĂ© vers 80 et mort vers 15 avant notre ère, qu'anciennement le Vesuve jettoit beaucoup de feu, & qu'il a poussĂ© ensuite une grande quantitĂ© de flammes vers les campagnes (liv. II. chap. VI). Strabon, nĂ© vers 60 avant et mort en 22 après, dĂ©crit ainsi cette montagne : "Le mont Vesuve est envelopĂ© de campagnes admirables, exceptĂ© sa sommitĂ© qui est entiĂ©rement stĂ©rile, & qui paroĂ®t couverte de cendre : on y voit mĂŞme des cavernes dont les ouvertures semblent noircies par la fumĂ©e, & calcinĂ©es par le feu; de maniĂ©re qu'on diroit que ce lieu se seroit autrefois embrasĂ©, & que c'Ă©toit un Volcan qui depuis se seroit Ă©teint, faute de matiĂ©re inflammable" (liv. V) (Guillaume François Antoine de Hopital, Memoire sur la ville souterraine decouverte au pied du mont Vesuve, 1748 - books.google.fr).

 

On parle de l'opulence de la Sicile, des «délices» de la plaine de Naples; les environs de l'Etna doivent leur richesse à la fertilisation du sol par la cendre volcanique; à Catane par exemple, «la cendre, dévastatrice à l'occasion, est source de richesse pour le pays, plus tard; la vigne y vient bien, le pays est fertile, alors que le reste de la contrée ne produit pas d'aussi bon vin; l'herbe qui pousse sur cette plaine recouverte de cendres engraisse tellement le bétail qu'il suffoquerait, dit-on, si on ne le saignait aux oreilles tous les quatre ou cinq jours» (Strabon, VI.2.3. C.269) (Germaine Aujac, Strabon et la science de son temps, Tome 1, 1966 - books.google.fr).

 

"domestique"

 

La nature dans laquelle vit le paysan est une nature apprivoisĂ©e. La forĂŞt (silva) qui donne son nom Ă  la sauvagerie Ă©chappe Ă  l'emprise de l'homme, mais la campagne est un paysage marquĂ© par l'homme. La faune qui y vit n'est pas sauvage : elle porte l'empreinte de l'homme. Au sens propre, le berger marque ses bĂŞtes (GĂ©orgiques, I, vers 263). Ce faisant, il ne signale pas seulement sa propriĂ©tĂ© au voisin, il affirme aussi sa domination sur l'animal. En un sens, il signe mĂŞme son Ĺ“uvre comme l'artiste. Car l'animal domestiquĂ© est sa crĂ©ature. En effet, le paysan court-circuite la sĂ©lection naturelle pour façonner Ă  sa guise l'espèce qu'il Ă©lève. Virgile donne des conseils, Ă©numère des critères, pour choisir les individus reproducteurs parmi les troupeaux de bovins et de chevaux (G, III, 49 sqq), selon que l'on veut des bĂŞtes pour la viande, pour le labour ou pour la reproduction d'une part, pour la guerre, les courses ou le travail des champs d'autre part. L'art du paysan, car c'en est un, consiste donc Ă  modeler son cheptel selon son dessein, Ă  forcer la nature et non pas Ă  l'entretenir telle qu'il la reçoit. Il est plus que l'intendant des biens de la terre : il en est rĂ©ellement le propriĂ©taire et le maĂ®tre; il en use Ă  sa guise (Jean-Baptiste Riocreux, Les Bucoliques et les GĂ©orgiques de Virgile, ou, quand l'animal civilise l'homme, L'animal. Auteur par auteur. Culture gĂ©nĂ©rale. PrĂ©pa ECE/ECS. Concours 2021 - books.google.fr).

 

Pressentiments animaux

 

Un comportement anormal des animaux accompagne souvent les signes avant-coureurs des tremblements de terre violents. Un texte chinois Ă  but didactique publiĂ© en 1975 prĂ©cise que : "Les animaux pressentent les tremblements de terre. Bovins, moutons, mulets et chevaux refusent de se laisser enfermer" (Milan Zacek, Construire parasismique, 1996 - books.google.fr).

 

Jules Obsequens fait appel aux vers de Virgile pour illustrer son propos sur le comportement des animaux qui s'agitent Ă  l'approche de la tempĂŞte (Iules Obsequent, Des Prodiges. Plvs Trois Liures de Polydore Vergile sur la mesme matiere. Traduit par George de la Bouthiere Autunois, 1555 - books.google.fr).

 

Cherchons vn peu diligemment, pourquoy c'est que les animaux pressentent les tempestes Ă  venir, & que de lĂ  font prouenues entre les mortelz presques infinies diuinacions… En nous il y ha vne naturelle prudence, qui par notre iugement sommes ou ioyeux ou tristes : ce que n'auient en iceux animaux, lesquelz d'eux mesmes ne preuoyans rien, suiuent seulement la nature de l'air: de l'instinct & agitacion duquel, ores ilz gemissent, ores ilz gazouillent, ores ilz s'esjouissent & follatrent, & ores font rage de chanter par ensemble…

 

Il s'agit d'oiseaux mais d'autres animaux sont concernĂ©s comme les vaches :

 

Toutes ces choses semblablement presagissent aucuns animaux, & donnent certains fignes des tempestes futures. Le mesme Vergile : ou bien la vache auec son large nez / LeuĂ© au Ciel, ha les vents haleinez...

 

La période des guerres civiles aurait fourni de nombreux exemples. «En ce temps-là d'ailleurs la terre aussi et les plaines de la mer, ainsi que les chiennes sinistres et les oiseaux de fâcheux augure donnaient des présages» (Géorgiques, I, 469-470)

 

Le connaisseur des animaux qu'est Virgile veut prouver d'ailleurs que c'est une illusion de faire passer la ligne de démarcation de la civilisation entre la bête et l'homme. La première, contrairement à ce qu'un coup d'œil grossier ou uniquement intéressé pourrait suggérer, est elle aussi civilisée. Il le soulignera au fil de son œuvre par maint détail et par un exemple éclatant, celui des abeilles.

 

Au sujet de ces insectes l'introduction du quatrième livre des GĂ©orgiques (v.3-5) annonce le programme : «En de petits objets, je proposerai Ă  ton admiration un grand spectacle : des chefs magnanimes et, point par point, la nation toute entière avec ses moeurs» Les abeilles forment donc une sociĂ©tĂ© organisĂ©e. Et si l'homme habituellement ne voit en elles qu'un essaim, un groupe informe ou grossier, ce n'est qu'affaire de mise au point, de rĂ©glage de notre point de vue. La ruche est une sociĂ©tĂ©, comme la nĂ´tre, mais elle est un microcosme («en de petits objets») et en percevoir la subtilitĂ© suppose une minutie consciencieuse dans l'observation. Cette adaptation faite, il apparaĂ®t donc que, comme le dit Molière, «les bĂŞtes ne sont pas si bĂŞtes que l'on croit» (Amphitryon).

 

Chez Virgile, «les troupeaux parlent» (G, I, 477) et ne meuglent pas; les vieux chevaux ont une retraite (G, III, 94-95), bien sûr, le chant du cygne est une œuvre d'art (B, IX, 29), le rossignol, affublé d'un nom humain, Philomène, éprouve un sentiment humain, le chagrin (G, IV, 511-512) et l'abeille est mue par le désir de gloire (G, IV, 205). Le tableau de la vie de la nature dans les Bucoliques et les Géorgiques ressemble beaucoup à celui de la vie des hommes (Jean-Baptiste Riocreux, Les Bucoliques et les Géorgiques de Virgile, ou, quand l'animal civilise l'homme, L'animal. Auteur par auteur. Culture générale. Prépa ECE/ECS. Concours 2021 - books.google.fr).

 

Les textes de Virgile dans la traduction d'Obsequens semble être de Jacques Peletier du Mans (Paul Laumonier, Œuvres poétiques de Jacques Peletier, 1970 - books.google.fr).

 

Les Œuvres poétiques de Peletier (1547) contiennent une traduction du premier livre des Géorgiques et celles de 1581 plusieurs passages de l'Enéide (André Boulanger, L'Art poétique de Jacques Pelletier, 1930 - open.unive.it).

 

Le tombeau de Virgile (italien : Tomba di Virgilio) est un caveau d'Ă©poque romaine situĂ© Ă  Naples, censĂ© ĂŞtre la tombe du poète Virgile (15 octobre 70 av. J.-C. – 21 septembre 19 av. J.-C.). Il est situĂ© Ă  l'entrĂ©e d'un ancien tunnel romain appelĂ© «grotta vecchia» ou «cripta napoletana Piedigrotta», situĂ© dans le district de Piedigrotta entre Mergellina et Fuorigrotta. C'est une petite structure sans attrait, avec un petit dĂ´me de roches situĂ©e en haut du parc Virgilio (fr.wikipedia.org - Tombeau de Virgile).

 

Dans les salite oĂą l'ombre des oripeaux abrite les vaches, les chèvres et les enfants pouilleux, les artistes trouvaient de pittoresques arrangements; Hubert Robert et Fragonard apportaient avec Saint Non leur fantaisie et le chevalier Volaire, composait ses mĂ©lodrames oĂą le VĂ©suve joue le capitan sous son panache de fumĂ©e. Les littĂ©rateurs nourris de Virgile rencontraient Ă  chaque pas des souvenirs du pater Æneas; c'Ă©tait près de l'Averne que prophĂ©tisait la Sibylle de Cumes, c'Ă©tait lĂ  qu'il avait trouvĂ© l'entrĂ©e des enfers : Spelunca alta fuit vastoque immanis hiatus Scrupea, tuta lacu nigro nemorumque tenebris (Louis Hautecoeur, Rome et la Renaissance de l'antiquitĂ© Ă  la fin du XVIIIe siècle, 1912 - books.google.fr).

 

Julius Obsequens était un écrivain romain païen. Ses dates de naissance et de décès sont inconnues mais l’apologétique néo-païenne du Prodigiorum Liber donne à penser qu’il a été contemporain de Symmaque (milieu du IVe siècle ap. J.-C.) (fr.wikipedia.org - Julius Obsequens).

 

Acrostiche : QADD ou le talisman

 

"qadd" : "taille, mesure du corps", "hauteur d'homme", "forme" (L. BarthĂ©lemy, Cent proverbes arabes recueillis en Syrie, Revue de linguistique et de philologie comparĂ©e, recueil trimestriel, Volume 23, 1890 - books.google.fr).

 

"jaqsof-qaddu" «que que Dieu l'anĂ©antisse !» (proprement brise sa taille) (William Marçais, Abderrahmân GuĂ®ga, Textes arabes de TakroĂ»na, transcription, traduction annotĂ©e, glossaire, Volume 6, Partie 2, 1959 - books.google.fr).

 

La métamorphose (Bacchus se transformant en vigne pour séduire Erigoné) a pour signifaction en grec "changement de forme".

 

Tselem, la forme, se réfère à l'image spirituelle d'un objet et à son contenu (Jacques Goldberg, Science et tradition d'Israël, 2001 - books.google.fr).

 

Rambam s'applique dans tout son ouvrage le Livre des égarés à redonner aux mots leur véritable sens. C'est ainsi que Tsélém ne désigne pas l'image ou la figure, mais la substance des choses. Chez l'homme, cette substance des choses c'est la Compréhension intellectuelle. Quant au mot Demout, il indique une ressemblance par rapport à une idée. Lorsque le roi David dit "je ressemble au pélican du désert" (Téhilim 102/7), il n'a pas voulu dire qu'il avait des ailes ou un bec, mais que sa tristesse était semblable à celle de l'oiseau perdu dans le désert (Jacques Ouaknin, Le Livre et la vie, réponses juives d'aujourd'hui, 1995 - books.google.fr).

 

TsĂ©lĂ©m ne signifie pas la forme extĂ©rieure et corporelle, ainsi que certains le croient, il signifie au contraire la forme interne ou l'essence d'un objet, c'est-Ă -dire ce qui le rend ce qu'il est. En l'homme, ce terme signifie la raison, c'est-Ă -dire sa spĂ©cificitĂ©; c'est la raison pour laquelle il est dit : be-tsĂ©lĂ©m Elohim, l'homme a Ă©tĂ© créé selon la forme divine (Guide des Ă©garĂ©s) (Maurice-Ruben Hayoun, Commentaires de MaĂŻmonide, 1999 - books.google.fr).

 

On peut bien dire aussi que les figures que l'on fait sous de certaines constellations, ont pris origine dans leur pays. Quoy qu'il en toit l'on tient qu'ils ont eu soin d'en faire, comme aussi les Arabes & les Egyptiens qui estoient adonnez aux plus grandes superstions du Paganisme. L'on donne Ă  ces figures le nom de Talisman qui est un mot Arabe, venu du Chaldeen, Tselmenaja qui signifie Image, & vient de l'Hebreu, Tselem, qui signifie la mesme chose. Quelqu'un a dit que le mot de Talisman venoit d'un mot Grec qui signifie, Perfection ["telesma"], pour ce que les Talismans sont les plus parfaites choses qui puissent estre faites icy bas, ayans une puissance pareille aux Astres (Le Sieur de l'Isle, Des Talismans, ou Figures faites sous certaines constellations, 1636 - books.google.fr).

 

Abul Casim Moslima el Madschriti, le plus célèbre astronome et mathématicien de son temps, vivant à Cordoue, mort en 1007, a laissé un ouvrage, Generatio animalium, dont on possède un manuscrit à Madrid (Julius Victor Carus, A. Schneider, Histoire de la zoologie depuis l'Antiquité jusqu'au XIXe siècle, traduit par P.-O. Hagenmuller, 1880 - books.google.fr).

 

Contrairement à ce qui semblait encore pouvoir être discuté lors du colloque Images et magie, l’on s’accorde désormais à retenir l’hypothèse formulée il y a une vingtaine d’années par Maribel Fierro, à savoir que l’auteur du traité d’alchimie intitulé Rutbat al-hakim (L’Échelon du sage) et celui de la Ghayat al-hakim (Le But du sage) est très vraisemblablement identifiable à Abu l-Qasim Maslama ibn Qasim al-Qur?ubi (m. 353H/964), un savant andalou qui aurait composé la Rutba de 339 à 342H (950 à 953 de notre ère) puis la Ghaya de 343 à 348H (de 954 à 959), et qui a été identifié à tort, notamment par Ibn Khaldun (m. 808/1406), avec l’astronome Maslama al-Majriti (m. c. 398/1007).

 

L’hypothèse ancienne selon laquelle «Picatrix» serait une mauvaise translittĂ©ration du mot «Buqratis» (Hippocrate) a Ă©tĂ© remise en question par J. Thomann, «The Name Picatrix : Transcription or Translation ?», JWCI, 53, 1990, p. 289-296. On pense plutĂ´t dĂ©sormais qu’il s’agirait d’une traduction provenant du ism Maslama : la racine s-l-m donne le verbe salama, piquer ou mordre (se dit du serpent), et en castillan picatriz, d’après la racine latine picare (espagnol picar). (Jean-Patrice Boudet et Jean-Charles Coulon, La version arabe (Ghayat al-hakim) et la version latine du Picatrix, Textes et savoirs scientifiques et magiques mĂ©diĂ©vaux entre Orient et Occident, CRMH 33, 2017 - journals.openedition.org).

 

Ouvrons l'ouvrage Ghayat al-hakĂ®m, «Le but du sage», du pseudo-MajrĂ®tĂ® (Xe siècle). Le chapitre 4 de la première partie, dont le passage est extrait, s'attache Ă  Ă©tablir «le rapport universel entre les conjonctions astrales et la mise au point de talismans». Sont envisagĂ©es plus prĂ©cisĂ©ment les 28 mansions lunaires, elles-mĂŞmes situĂ©es dans leur contexte stellaire et zodiacal. «Mansion ash-Sharatân [nom de deux Ă©toiles de la corne du BĂ©lier]. Elle s'Ă©tend entre le dĂ©but du BĂ©lier et la position 12° 51' 26" de la mĂŞme constellation. Les gens de l'Inde disent que lorsque la lune se trouve dans cette mansion, on peut entreprendre [favorablement] un voyage et avaler des mĂ©dications de facilitation. Applique cette règle au voyageur et confectionne-lui un talisman pour sĂ©curiser son voyage. Confectionne durant cette mansion un talisman pour dĂ©tĂ©riorer la relation entre deux Ă©poux ou entre deux amis, par rupture et inimitiĂ©. Confectionne aussi Ă  ce moment-lĂ  un talisman pour l'Ă©vasion d'un esclave ou pour sa conservation, suivant ce qui est dĂ©sirĂ©, et Ă©galement pour la dĂ©gradation du contrat entre associĂ©s car c'est un moment nĂ©faste placĂ© sous le signe du feu» (Pseudo-MajrĂ®tĂ® 1933 : 14-15). L'intĂ©gralitĂ© de la prescription se situe hors du champ islamique. Si l'on entre dans le dĂ©tail de la confection et du contenu des talismans, l'on constate que la logique magique et les matĂ©riaux mis en Ĺ“uvre n'ont aucun rapport avec l'islam. Du mĂŞme ouvrage, voici un exemple tirĂ© du chapitre suivant. «Talisman pour la bonne entente entre les hommes et les femmes. Fabrique un talisman avec l'image d'une femme esclave (jâriyya), sur un mĂ©tal froid et sec, au moment de l'ascendant de Mercure dans la Vierge [suivent des dĂ©tails techniques astrologiques]. Fais-toi aider par les artisans et confectionne un autre talisman Ă  l'image d'un homme, lorsque Mercure se trouve dans la Vierge ou dans les GĂ©meaux [...]. Fais s'Ă©treindre les deux images et pose les mains d'une image sur le dos de son amie, Ă  tour de rĂ´le. Accomplis tout cela Ă  l'heure de Mercure en faisant attention aux ascendants des GĂ©meaux et de la Vierge; attache les images avec un lien de mĂŞme nature [= froid et sec] et enterre-les sur la route la plus frĂ©quentĂ©e de la citĂ© et en consĂ©quence les hommes et les femmes vivront en harmonie. Tu peux faire la mĂŞme opĂ©ration pour deux personnes en enfouissant le talisman Ă  l'endroit qu'elles frĂ©quentent» (C. Hamès, ProblĂ©matiques de la magie-sorcellerie en islam et perspectives africaines, Cahiers d'Ă©tudes africaines, 2008 - books.google.fr).

 

L'étymologie servienne est probablement fausse. Elle n'en est pas moins instructive.

 

Nous avons placé sous ce titre tous les talismans et les amulettes destinées à combattre le mauvais sort, il mal' occhi, tout comme à fixer le sort de l'homme par la détermination graphique de son horoscope, composé suivant les lois du magisme. [...] Nous avons déjà eu l'occasion, à propos du volume I du présent catalogue, d'insister sur la signification des masques en terre cuite auxquels nous avons donné le nom d'oscilla; l'usage qu'on en faisait, à cause de leur dimension, était restreint aux campagnes, aux arbres et aux champs. Ils durent, pour s'étendre à la vie privée des citoyens, adopter des formes plus exiguës; telle est probablement l'origine des nombreuses intailles ou camées représentant des masques bachiques, scéniques ou autres. Ces masques si nombreux, surtout si variés, sont d'un intérêt plus immédiat pour nous, parce qu'ils nous donnent, dans la plénitude de leurs nombreuses variations, la série non-seulement de tous les masques qui servaient chez les anciens à déterminer les personnes tragiques ou comiques, autrement dites les comédiens ou les tragédiens, mais encore de tous ceux qui figuraient dans les processions en l'honneur de Liber-Bacchus-Dionysius. Nous les décrirons avec soin, quoique, en général, ils ne soient pas inédits. Comme faisant suite aux masques proprement dits, nous avons ces composés hétérogènes comprenant, sous la forme d'un corps d'oiseau par exemple, toute une série de masques humains ou de portions d'animaux, objets désignés alternativement sous le nom de Grilli, du mot analogue employé par Pline dans le sens de caricature, tantôt sous le nom de chimère, comme étant un animal au corps composé lui-même d'éléments divers (Walther Fol, Glyptique et verrerie, Catalogue du Musée Fol: Antiquités, 1875 - books.google.fr).

 

Un mĂ©daillon en cristal de roche trouvĂ© Ă  Amiens en 1899 reprĂ©sente peut-ĂŞtre la Sibylle de Cumes, celle que Virgile appelle DĂ©iphobe, au 6e livre de l'EnĂ©ide, et qui accompagna EnĂ©e aux enfers grâce aux vertus magiques d'un rameau d'or qu'elle lui avait procurĂ©. C'est ce rameau, me semble-t-il, qu'elle tient Ă  la main, mais si l'on prĂ©fère y reconnaĂ®tre des clous, cela n'est pas de nature Ă  modifier mon avis quant Ă  l'identification de la personne reprĂ©sentĂ©e, car la Renaissance a souvent donnĂ© pour attributs aux sibylles les instruments de la Passion. Pourtant je base surtout mon hypothèse sur l'inscription mĂŞme de la banderole oĂą je crois lire la dernière syllabe du mot TEUCRI. Pour moi, le «Troyen» dont il est ici question est EnĂ©e, d'oĂą la conclusion que je viens de vous exposer. De plus, le bijou devait ĂŞtre un talisman; cela me paraĂ®t incontestable. En effet, dans la monture d'or d'une des valves, Ă  la partie supĂ©rieure, près de la belière, le joaillier a dissimulĂ© du mieux qu'il a pu et sans symĂ©trie, de manière Ă  prouver qu'ils ne sont pas lĂ  pour le plaisir des yeux, mais bien pour jouer un rĂ´le utile, deux imperceptibles Ă©clats de pierres fines : un petit rubis et une minuscule Ă©meraude. Le Moyen-Age et la Renaissance, encore plus peut-ĂŞtre, croyaient Ă  l'influence magique des gemmes et celles qu'on remarque ici devaient sans doute procurer des avantages talismaniques au porteur du joyau, dĂ©jĂ  protĂ©gĂ©, comme EnĂ©e, par la sibylle au rameau d'or. Je rappelle en terminant qu'une vitrine de la galerie d'Apollon, au Louvre, contient quelques mĂ©daillons qui prĂ©sentent avec le mien la plus grande analogie, mais je n'ai pu recueillir aucun renseignement Ă  leur sujet (M. de Guyencourt, Bijou trouvĂ© Ă  Amiens, Bulletin de la SociĂ©tĂ© des antiquaires de Picardie, 1911 - books.google.fr).

 

Le rameau d'or rĂ©vĂ©lĂ© au pieux ÉnĂ©e est consacrĂ©, dit Virgile, Ă  Proserpine, la Junon infernale : Junoni infernæ dictus sacer (EnĂ©ide, VI, 206). Proserpine, en mĂŞme temps qu'elle est une dĂ©esse des demeures sombres, n'est-elle pas aussi, Ă  son moment, une dĂ©esse de lumière renaissante et de germination renouvelĂ©e ? (Hyacinthe Husson, La chaine traditionnelle contes et lĂ©gendes au point de vue mythique par Hyacinthe Husson, 1874 - books.google.fr).

 

Typologie

 

Le report de 1737 sur la date pivot 1007 donne 277.

 

La conjonction de Jupiter et Saturne dans la Vierge arrive tous les 735 ans environs : 273 (+4 = 277), 1007, (-4 = 1738) 1742.

 

Depuis la publication du grand ouvrage de Beausobre sur l'Histoire critique de Manichée et du Manichéisme (1734), trop de répertoires et d'encyclopédies présentent encore Mani (Manès ou Manichée) comme un «hérésiarque», célèbre surtout par l'ascendant de ses doctrines sur la jeunesse de saint Augustin, puis par le renouveau qu'elles eurent, sinon chez les Priscillianistes en Espagne, du moins chez les Cathares ou Albigeois plus près de chez nous. De Manès lui-même, on a surtout retenu le souvenir de sa passion, le roi de Perse Bahram, successeur d'Hormisdas, l'ayant fait crucifier et ayant pendu sa peau, rembourrée de paille, sur une des portes de Gundesapour, près de Suse, en 276-277. Un peu à la fois, cependant, en lisant les auteurs arabes ou syriaques, on constata que la propagande de Mani eut, dans l'Orient, une action beaucoup plus considérable que la littérature du monde méditerranéen ne le ferait penser. Puis, en 1902-1903, une expédition archéologique allemande ayant été envoyée dans le Turfan, région du Turkestan chinois animée jadis par les grandes voies du commerce intercontinental, les explorateurs revinrent en Europe avec un ensemble de textes et même de débris de livres illustrés qui démontraient la diffusion du Manichéisme jusque dans ces régions lointaines. On renouvela ensuite les recherches dans les pays qui avaient fourni ces documents, et l'on continua à y découvrir des écrits manichéens rédigés en vieux turc, en chinois... (Bulletin de la Classe des lettres et des sciences morales et politiques, Volume 18, 1932 - books.google.fr).

 

Partout nous sommes frappés de l'opposition du bien et du mal, du plaisir et de la souffrance, de la vie et de la mort. Cette opposition suscita chez bien des peuples la croyance à un antagonisme entre les divinités répandues dans l'univers; elle donna lieu à une foule de mythes, par exemple, chez les Grecs, à celui du combat des dieux et des géants. On admit qu'il existe de bons et de méchants dieux en lutte les uns avec les autres. En Egypte, Apophis, Set ou Smou, ou comme les Grecs l'appelaient Typhon, est l'ennemi d'Osiris et de son fils Horus. Pareil antagonisme est sans cesse rappelé dans les chants védiques. Le soleil qui verse sur nous la lumière et la vie, les phénomènes lumineux et calorifiques qui apparaissent comme des forces qui nous protègent et nous nourrissent, ont à lutter contre des forces contraires. Le nuage obscurcit le ciel et nous ravit la clarté du soleil, la nuit nous enveloppe de son voile ténébreux et nous glace d'effroi, le volcan répand ses feux meurtriers et agite le sol. Puissances ennemies, agents hostiles aux Dévas et aux hommes, l'imagination de l'Arya en fait des êtres malfaisants en lutte avec les bons. De là un dualisme qui a pris des formes plus accusées chez les Bactriens et les Perses. Dans le mazdéisme ou religion de Zoroastre, le dieu mauvais, Ahriman, lutte de puissance avec le dieu bon, Ormuzd. Plus on redescend le cours des âges, plus la religion perse tend à égaliser le pouvoir des deux divinités; et dans le manichéisme qui fut une dernière transformation de cette religion, l'unité divine a définitivement fait place à un dualisme absolu, qui se retrouve également dans la religion des Guèbres ou Parsis, reste de la population demeurée fidèle au mazdéisme, chassée de sa patrie par l'islamisme vainqueur (Alfred Maury, La terre et l'homme ou aperçu historique de géologie, de géographie et d'ethnologie générales pour servir d'introduction à l'histoire universelle, 1877 - books.google.fr).

 

Le Vésuve en 1631 et 1737

 

Tout Ă  coup, en 1631, la terre frĂ©mit et gronda. Le plancher du cratère du VĂ©suve se souleva, des sources sulfureuses y fusèrent, tuant la vĂ©gĂ©tation. Les animaux domestiques donnèrent des signes de panique, le niveau dans les puits baissa, l'eau devint trouble. Soudain, le 16 dĂ©cembre de cette annĂ©e-lĂ , au petit matin, un Ă©norme panache de cendres en forme de pin parasol plinien (en l'honneur de Pline le Jeune qui fit une description saisissante de l'Ă©ruption de 79 après jaillit de la montagne et dĂ©veloppa ses lourdes volutes haut dans le ciel. Des pluies de blocs et de lapilli s'abattirent sur les hommes terrorisĂ©s, des nuĂ©es ardentes soufflèrent, brĂ»lèrent et dĂ©vastèrent villages, champs et forĂŞts sur les flancs du monstre en furie, pendant que des coulĂ©es de boue et de lave noyaient les vallĂ©es. Un raz de marĂ©e inonda la cĂ´te. Le paroxysme ne dura que trois jours, mais le bilan fut très lourd 4000 Italiens, 6000 tĂŞtes de bĂ©tail et 9000 a sauvages pĂ©rirent, surtout nimaux cause des nuĂ©es ardentes ; 40 villages furent rayĂ©s de la carte. Le volcan avait perdu 168 mètres de hauteur, son cratère s'Ă©tait considĂ©rablement agrandi (Questions Ă  un volcanologue : Maurice Krafft rĂ©pond, 1981 - books.google.fr).

 

Le Vésuve, très actif au XVIIIe siècle, exerçait une forte attraction sur les chercheurs et visiteurs de Naples, ainsi que sur les lecteurs de leurs études et journaux. Parmi les premières œuvres, on compte celle du médecin napolitain Francesco Serao, intitulé Istoria dell'incendio del Vesuvio accaduto nel mese di magigo dell'anno 1737, publiée à Naples en 1738 et traduite en français et anglais (L’Italie et l’Antiquité du Siècle des lumières à la chute du fascisme, 2020 - books.google.fr).

 

C'est avec l'Ă©ruption de 1737 qu'apparaissent les premières vĂ©ritables reprĂ©sentations du VĂ©suve. La grande Ă©ruption de 1631 avait donnĂ© lieu Ă  des images religieuses avec interventions miraculeuses de Saint Janvier et processions de fidèles. Van Wittel, Ruiz et Vernet, peintres de paysage et non d'histoire, font pour la première fois du volcan le sujet principal de leurs tableaux. Avec eux naĂ®t l'iconographie du VĂ©suve (ex : Vernet, Vue gĂ©nĂ©rale du VĂ©suve en 1737, planche de l'EncyclopĂ©die. Bonavia peint l'Ă©pisode de 1757, et invente la formule des Ă©ruptions du VĂ©suve au clair de lune, que reprendront Lacroix de Marseille puis Volaire. Formule qui connaĂ®tra une large fortune artistique Ă  la fin du du XVIIIe siècle et dans la première moitiĂ© du XIXe. Toutefois Van Wittel, Ruiz, Vernet, Bonavia et Lacroix ne rĂ©servent pas au volcan l'exclusivitĂ© du champ pictural. Le VĂ©suve est toujours assujetti Ă  la gĂ©ographie gĂ©nĂ©rale ou Ă  l'action humaine (par sa prĂ©sence, il explique les mouvements de population des avant-plans). Il n'est pas ce VĂ©suve « sujet » qu'admirent Ă©merveillĂ©s les tĂ©moins des premiers plans (minuscules existences humaines peintes Ă  la demande du client), et que l'on trouve pour la première fois chez Volaire Ă  la date de 1767 (Emilie Beck Saiello, Le VĂ©suve genius loci et figure mĂ©tonymique de Naples dans l'oeuvre de Pierre-Jacques Volaire, Villes et volcans, 2009 - books.google.fr).

 

Athanase Kircher parle de matière (tirée "de terre") suspendue en l'air dans le cas d'éruptions de l'Etna (Athanasii Kircheri E Soc. Jesu” Mundus Subterraneus, in XII Libros, 1678 - books.google.fr).

 

Vierge

 

Carafa (GrĂ©goire). In Opusculum de nouissima Vesuuij Conflagratione, Epistola Isagogica. Neap. Excud. Franciscus Sauius, 1632. Petit in-8, rel. parch. : Curieux opuscule dont l'auteur, tĂ©moin oculaire, dĂ©crit l'Ă©ruption du VĂ©suve de dĂ©cembre 1631, et les miracles accomplis par les reliques de saint Janvier et du lait de la sainte Vierge portĂ©es processionnellement au-devant du flĂ©au (Catalogue de la bibliothèque de feu M. le comte Riant, Partie 2, 1899 - books.google.fr).

 

Ă€ la fin du Moyen Ă‚ge et Ă  la Renaissance, le volcan Ă©tait redevenu objet de commentaire littĂ©raire. En 1495, bien longtemps après l'ascension du Ventoux par PĂ©trarque, Pietro Bembo effectua celle de l'Etna. Empli de stupeur, il y vit un monstre qui expirait, qui Ă©ructait. Au XVIIe siècle, on pensait que le volcan ouvrait sur l'antre du diable, Lucifer ou BelzĂ©buth. Depuis le temps des Pères de l'Église, et, plus tard, dans l'esprit des scolastiques, il Ă©tait perçu comme une entrĂ©e de l'enfer, il terrorisait. Ses Ă©ruptions, comme bien d'autres phĂ©nomènes manifestaient la colère de Dieu, qui passait par les flammes. Le volcan, aux yeux de plusieurs auteurs, Ă©tait personnage, plus que site ou paysage. Il Ă©tait vivant, il mourait, il engendrait. Le VĂ©suve, par exemple, qui se rĂ©pare autant qu'il pĂ©rit, a aussi pu se faire montagne thĂ©ologique, lieu d'immortalitĂ© ; le mĂ©lange inouĂŻ du feu et de la neige pouvait aussi symboliser le personnage de la Vierge Marie. Ă€ la fin du XVIIIe siècle encore - et cela ne surprendra pas -, lors de l'Ă©ruption du VĂ©suve en 1779, les Napolitains, selon Hamilton, comptaient sur le pouvoir de la statue de saint janvier pour endiguer les laves qui descendaient du VĂ©suve. Ils recouraient, dans ce mĂŞme but, Ă  une sĂ©rie de rituels (Alain Corbin, Terra Incognita, Une histoire de l'ignorance, 2020 - books.google.fr).

 

Les villes ensevelies d'Herculanum (1738) et de PompĂ©i (1750) ayant Ă©tĂ© dĂ©couvertes dans ce temps, Charles III fonda, pour en recevoir les antiquitĂ©s, un musĂ©e Ă  Portici, et une acadĂ©mie pour s'en occuper. PassionnĂ© Ă  l'excès pour la chasse, il Ă©leva, pour se livrer Ă  ce plaisir, un palais Ă  Capo-di-Monte, et un autre Ă  Portici. Il rĂ©pondit Ă  ceux qui l'avertissaient que cette habitation Ă©tait exposĂ©e aux Ă©ruptions du VĂ©suve : «La Vierge immaculĂ©e et saint Janvier y pourvoiront». Il voulut avoir dans sa capitale le théâtre le plus vaste du monde (1737) (Cesare CantĂą, Histoire universelle, Tome 17, traduit par Eugène Aroux, 1848 - books.google.fr).

 

Herculanum

 

Avec l'avènement en 1734 de Charles III de Bourbon [à la suite de la guerre de Succession de Pologne], l'arrivée des collections Farnèse, les découvertes d'Herculanum et de Pompéi en 1738 et 1748, la reprise d'activité du Vésuve à partir de 1767, et enfin l'affirmation de la ville comme l'une des grandes capitales musicales, Naples devient, vers le milieu du XVIII siècle, l'une des étapes principales du «Grand Tour» (Emilie Beck Saiello, Le Vésuve genius loci et figure métonymique de Naples dans l'oeuvre de Pierre-Jacques Volaire, Villes et volcans, 2009 - books.google.fr).

Herculanum, soit que cette ville ait une Ă©tymologie phĂ©nicienne, soit; ce qui est plus probable, que ce nom se rattache seulement Ă  celui d'Hercule, remontait Ă  une haute antiquitĂ©. HabitĂ©e successivement par les Pelasges, les Osques, les Tyrrheniens, elle devint colonie romaine et l'une des villes les plus florissantes de la Campanie. Elle parait avoir Ă©tĂ© une ville plus artistique que Pompei, livrĂ©e au commerce. Les grands de Rome y avaient des villas. Son port s'appelait Retina, nom conservĂ© dans le nom moderne de Resina. Pendant des siècles Herculanum Ă©tait restĂ© presque oubliĂ©, lorsqu'en 1711 Emmanuel de Lorraine, prince d'Elbeuf, ayant besoin de marbres pour orner une maison qu'il faisait construire Ă  Portici, apprit que dans un puits Ă  Resina on en avait trouvĂ© en abondance ; il ordonna de continuer Ă  creuser dans ne lieu, de manière qu'il dĂ©couvrit le théâtre d'Herculanum par la partie postĂ©rieure de la scène. Pendant environ 5 ans il y recueillit des marbres, des colonnes, et des statues dont il fut ensuite obligĂ© de rendre une partie au gouvernement. Charles III interdit aux particuliers la continuation des fouilles et ordonna en 1738 que l'on reprit les travaux en diverses directions dans le voisinage du puits. Les fouilles furent poursuivies jusqu'en 1770, et dirigĂ©es d'une manière peu intelligente. Comme Resina et une partie de Portici s'Ă©tendent au-dessus d Herculanum, on remplit une partie des excavations, après y avoir fait les recherches. Les fouilles, longtemps interrompues, ont Ă©tĂ© reprises de 1828 a 1837 (Augustin Joseph Du Pays, ItinĂ©raire descriptif, historique et artistique de l'Italie et de la Sicile, 1855 - books.google.fr).

 

Eruption de 1737

 

Lors de l'Ă©ruption du mois de mai 1737, l'embrasement fut tel qu'on voyait la flamme en plein jour ; des Ă©clairs, des ferrilli, sillonnaient en tous sens la fumĂ©e et les nuages ; le gouffre projetait Ă  une grande hauteur des pierres Ă©normes. Ce n'Ă©taient pourtant lĂ  que les prĂ©liminaires de l'explosion proprement dite : celle-ci n'eut lieu que quelques jours après. Dans la matinĂ©e du 24, une effroyable dĂ©tonation se fit entendre : c'Ă©tait la matière incandescente qui venait de percer les parois de la chaudière. De la trouĂ©e jaillit un torrent de laves en fusion, qui fut, le soir, suivi d'un second, plus impĂ©tueux, lequel se mit Ă  dĂ©valer vers le pied du mont, tandis que la cime du VĂ©suve ne cessait de vomir des tourbillons de fumĂ©e, de mugir et de siffler tout ensemble comme une gigantesque chaudière Ă  vapeur. A minuit, le phĂ©nomène entra dans une nouvelle phase : la crevasse agrandie lança une quantitĂ© prodigieuse de cendres et de pierres. Une forĂŞt de genĂŞts qui couvrait la campagne voisine prit feu et brĂ»la entièrement. Le fracas tonitruant du cratère faisait croire que le mont tout entier allait ĂŞtre mis en pièces ; d'ondulantes trĂ©pidations agitaient le sol d'une manière continue ; tous les habitants de la rĂ©gion durent Ă©vacuer leurs maisons et fuir devant l'horrible cataclysme. Au bout de dix ou douze jours, l'Ă©ruption s'arrèta presque soudainement, après avoir Ă©mis en laves près de neuf millions de mètres cubes (Jules Gourdault, L'Italie, 1877 - books.google.fr).

 

Des parties seront arrachées de la Terre pour être projetées dans les airs (vers 4).

 

Acrostiche : QADD

 

qadd (arabe) : autant, pareil, Ă©gal (Jules Gourdault, L'Italie, 1877 - books.google.fr).

 

Il y eut une éruption importante du Vésuve en 203 après J.C. (Jean Claude Richard de Saint Non, Voyage pittoresque à Naples et en Sicile, Tome 1, 1829 - books.google.fr).

 

Le rappel du combat d’HĂ©raclès avec les gĂ©ants se retrouve encore dans le rĂ©cit de Dion Cassius repris par Jean Xiphilin et Jean Zonaras. Dion Cassius Ă©voque en effet le VĂ©suve Ă  deux reprises, pour parler des Ă©ruptions de 79 et 202-203. Après une description d’un VĂ©suve qui contient des «fontaines de feu inextinguibles», mais aussi des vignes et des arbres nombreux, on peut y lire ces hommes «d’une taille immense» est dĂ©crite de manière saisissante, dans la mesure oĂą on les voit aussi bien errer sur terre, dans le ciel, ou dans les profondeurs du sous-sol, comme si ces entitĂ©s reprĂ©sentaient effectivement les forces surhumaines, voire surnaturelles, manifestĂ©es dans les Ă©vĂ©nements telluriques de la rĂ©gion. Ce passage, comme le fait remarquer Marie-Laure Freyburger-Galland, fait bien Ă©videmment penser au texte dĂ©jĂ  citĂ© de Diodore de Sicile, Ă  ceci près que, dans le cas prĂ©sent, nous sommes dĂ©jĂ  au tout dĂ©but du IIIe siècle de l’ère chrĂ©tienne. On trouve en outre, surtout dans la deuxième citation, un Ă©cho au rĂ©cit de Pline le Jeune. Cependant, ce motif du gĂ©ant, ou plutĂ´t des gĂ©ants, s’estompe au fur et Ă  mesure que le christianisme progresse. Claudien a encore recours Ă  ce qui est dĂ©jĂ  devenu une simple image poĂ©tique au IVe siècle, dans son Rapt de Proserpine (Brice Gruet, Que dit l’éruption ? Le VĂ©suve entre AntiquitĂ© et Moyen Ă‚ge. La parole et le flĂ©au, 2025 - books.openedition.org).

 

L'empereur romain Philippe serait né vers 204.

 

Avec Philippe... l'Arabe, dernier empereur arabe, le christianisme est admis à égalité avec les autres cultes. Né dans le Sud de Damas, Philippe devint empereur en 244. Son règne culmina avec les fêtes du millénaire de la ville de Rome (248). Eusèbe affirme qu'il était chrétien, ainsi que sa femme et le considère même comme un martyr. L'influence, à Rome, des Arabes de Syrie était si forte que Juvenal écrivait «voici que l'Oronte syrien s'est déversé dans le Tibre, apportant sa langue et ses moeurs» (Slimane Zeghidour, La poésie arabe moderne entre l'Islam et l'Occident, 1982 - books.google.fr).

 

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