Les Galériens pour la foi

Les Galériens pour la foi

 

III, 48

 

1739-1740

 

Sept cents captifs estachés rudement

Pour la moitié meurtrir, donné le sort :

Le proche espoir viendra si promptement,

Mais non si tost qu’une quinzieme mort.

 

Ce quatrain fait penser aux conditions de vie des galériens. Que ce soient des esclaves, des Turcs, des Noirs, des Iroquois même, des prisonniers de droit commun, ou des protestants, il fallait arriver à Marseille pour embarquer. Les futurs galériens venant du Nord ou de l’Ouest de la France, enchaînés par le cou, reliés les uns aux autres en une chaîne, passent par Lyon où ils sont remis aux bateliers du Rhône. Arrivés sur la galère, ils sont, cette fois, attachés par le pied à leur banc (« estachés rudement », « estachés » signifiant « attachés »[1]). « Un homme sur deux meurt aux galères. Les deux tiers des forçats qui décèdent à l’hôpital des chiourmes n’ont pas achevé leur troisième année de captivité [2]» (« pour la moitié meurtrir »).

De 1702, début de la guerre des Camisards, à 1776, il y eut 2700 galériens pour la foi, c’est à dire protestants. Si la flotte des galères fut supprimée en 1748, il faudra attendre 1775, un an après la mort de Louis XV (« non si tost qu’une quinzieme mort »), pour que les deux derniers protestants, Riaille et Achard [3], soient libérés.

 



[1] Pierre Brind’Amour, « Les premières centuries », Droz, 1996, p.397

[2] A. Zysberg, L’Histoire n° 98, p. 38

[3] D. et M. Frémy, « Quid 1997 », Robert Laffont, p. 618

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