Hysteria
Hysteria

 

III, 36

 

1731

 

Enseveli non mort apopletique

Sera trouvé avoir les mains mangées,

Quand la cité damnera l'heretique,

Qu'avoit leurs loys, si leur sembloit, changées.

 

Histoire

 

Zénon l'Isaurien meurt le 9 avril 491. Des circonstances macabres associées à la mort de Zénon par les chroniqueurs Cedrenus et Jean Zonaras sont peut-être la première apparition d’une sorte de thème flottant qui s’est attaché aussi au scolastique John Duns Scot et à d’autres personnages moins connus : l’enterré vif qui se dévore les bras ou les mains (fr.wikipedia.org - Zénon (empereur byzantin)).

 

Zénon meurt durant le siége de Ravenne. Il paraît probable qu'il fut enseveli vif, pendant un accès de mal caduc — il y était sujet - ou après une attaque violente d'apoplexie et que sa femme Ariadne avait profité du moment pour se défaire de lui. Il l'aimait beaucoup. Les gardes placés près du tombeau entendirent une voix qui criait : « Je ne me soucie plus de rien, qu'on me mette dans un monastère. » Quand plusieurs jours après, sur leur déclaration, on ouvrit le tombeau, on vit que l'empereur s'était rongé les mains et qu'il avait été enseveli avec ses chaussures ordinaires (Cedrenus), ce qui prouvait qu'on l'avait enseveli en toute hâte (Paul Deltuf, Théodoric, roi des Ostrogoths et d'Italie: épisode de l'histoire du Bas-Empire, 1869 - books.google.fr).

 

En 491, un Concile national de l’Église arménienne à Vagharchapat anathémise le concile de Chalcédoine de 451, qui condamne le monophysisme, jugé en contradiction avec celui d’Éphèse (431). L’Église Arménienne est depuis considérée comme schismatique par l’Église catholique romaine (fr.wikipedia.org - Année 491) ["semblaient changées"].

 

Ariadne, à l'instigation de l'eunuque Urbicius, désigne Anastase comme successeur de Zénon. Il est proclamé et couronné à l'hippodrome par l'évêque Euphémius, qui exige du nouvel élu une confession écrite. Puis Anastase épouse Ariadne. Au commencement de son règne, Anastase se montra débonnaire et juste, mais bientôt son caractère violent et sa cupidité le rendirent odieux au peuple. Il eut plusieurs guerres à soutenir contre les Perses et les Bulgares, dont il n'obtint la paix qu'à prix d'argent; il dut aussi réprimer des révoltes à main armée, suscitées par deux prétendants, Longin, frère de Zénon, et plus tard Vitalien. Anastase est le premier souverain excommunié par l'Église ; il mourut, dit-on, frappé par la foudre, en 518, le 8 juin, âgé de plus de quatre-vingts ans. Mais les chroniqueurs byzantins ne s'accordent guère sur la fin de cet empereur : selon les uns, il serait mort subitement dans une attaque d'épilepsie; suivant d'autres, l'empereur, effrayé par la foudre, se serait réfugié dans sa chambre à coucher, dont le plafond s'écroula. Enfin quelques auteurs prétendent qu'Anastase, frappé d'apoplexie, fut enterré vivant, comme Zénon son prédécesseur (J. Sabatier, Description générale des Monnaies Byzantines frappées sous les empereurs d'Orient depuis Arcadius jusqu'à la prise de Constantinople par Mahomet II, Tome 2, 1862 - books.google.fr).

 

Anastase ne fut pas excommunié par saint Symmaque pour d'autres raisons que parce qu'il restait dans le parti d'Acace en communiquant avec Pierre d'Alexandrie et tous les autres avec qui Acace avait communiqué, et en abusant de sa puissance pour faire entrer de force dans la même communion ceux-là mêmes qui jusque-là s'en étaient tenus éloignés; et si le pape traite Anastase de fauteur des hérétiques eutychiens, il ne le fait que par allusion à cette communion d'Acace ou au maintien du nom d'Acace dans les diptyques, qui était également la faute d'un grand nombre d'évèques d'ailleurs fort attachés à la doctrine du concile de Chalcédoine (Jean-Antoine Bianchi de Lucques, Traité de la puissance ecclésiastique dans ses rapports avec les souverainetés temporelles, 1865 - books.google.fr).

 

Typologie

 

Mouvement spirituel et religieux, le jansénisme s’était transformé en une force politique très influente sur les Parlements, et dont les idées pénétrèrent toutes les strates de la population. En s’opposant à la fois à l’absolutisme royal et à certaines dérives de l’Eglise catholique, les jansénistes s’étaient attiré les foudres du pape et du roi, tout en gagnant les faveurs du peuple. À la demande de Louis XIV, le pape condamne le jansénisme en 1713 par la bulle Unigenitus qui devient, en 1730, une loi de l’État, provoquant de vives polémiques. La condamnation d’un prélat français en 1727 durcit le conflit et l’élargit durablement à l’ensemble de la société. Les jansénistes, que soutient une partie du clergé et des fidèles, mobilisent les avocats parisiens et s’appuient sur des magistrats sympathisants du Parlement : se constitue ainsi, au nom des libertés de l’Église gallicane et d’une conception plus contractualiste de la monarchie, une opposition à la monarchie absolue traversant tout le siècle et culminant dans quelques grandes crises, comme celle des années 1730, que redouble l’affaire des convulsionnaires de Saint-Médard ; celle des billets de confession des années 1750 ou celle des années 1760, qui aboutit à l’expulsion des jésuites (classes.bnf.fr).

 

Alors que la Régence rompt avec l'autoritarisme de la fin du règne de Louis XIV, un grand nombre d'évêques, de prêtres, de moines, et même de laïcs font « appel » de la bulle Unigenitus auprès du pape. On les nomme les appelants. Ils sont condamnés par les autorités ecclésiastiques, mais leur condamnation est mal acceptée par le peuple parisien, qui commence à s'intéresser, selon l'expression de l'époque, aux « affaires du temps ». Cette naissance de l'opinion publique est favorable aux jansénistes, d'autant plus qu'elle est tenue au courant de toutes les affaires par les Nouvelles ecclésiastiques, journal clandestin janséniste qui est très diffusé dans les milieux populaires. Autour de la tombe de François de Pâris, diacre célèbre pour sa charité dans le quartier Saint-Médard de Paris, mort le 1er mai 1727, dans le cimetière de sa paroisse, ont lieu successivement entre le jour de son enterrement et 1732 des guérisons miraculeuses et des « crises de dévotion » se manifestant chez les fidèles par des convulsions généralisées. À partir de juin 1731, les guérisons soudaines se multiplient et certains malades commencent à présenter des mouvements convulsifs dans le cimetière. Un scandale a même lieu le 7 août 1731 : une dame Delorme, souhaitant se moquer des miracles auxquels elle ne croit pas, se rend au cimetière et se retrouve soudainement frappée de paralysie. Elle avoue devant notaire son intention de dénigrer les miracles et cette affaire pousse l'archevêque de Paris, monseigneur de Vintimille, à affirmer dans un mandement qu'ils sont faux, et que ce culte des reliques doit cesser (fr.wikipedia.org - Convulsionnaires).

 

M. de Vintimille, Archevêque de Paris, crut qu'il étoit de son devoir de s'opposer à la publication de ces prétendus miracles, et il le fit dans son Mandement du 15 juillet 1731, pages 4, 5 et 3o : Paris, Simon, 1731, in-4°. « Au mépris des loix de l'Eglise et de celles de ce Diocèse, dit le Prélat, on entreprend de publier des miracles que nous n'avons pas juridiquement reconnus. Le saint Concile de Trente défend d'admettre aucun nouveau miracle, qu'il n'ait été reconnu et approuvé par l'Évéque qui, sur les connoissances qu'il peut avoir, et après avoir pris conseil de personnes savantes et vertueuses, doit faire ce qu'il juge convenable à la vérité et à la piété. » (Charles-Jacques Le Quien de la Neufville, Nouvelles preuves contre le faux miracle de Migné approuvé à Rome, ou Réponse à M. Picot, 1828 - books.google.fr).

 

Ces séances inquiètent le pouvoir, et Louis XV, dans une ordonnance de 1733, interdit ces réunions. S'ensuit une vague d'arrestations, qui conforte les convulsionnaires dans leur idée qu'ils sont un petit nombre d'élus persécutés parce qu'ils défendent la Vérité. Ils se comparent aux chrétiens des premiers temps de l'Église. Le Parlement prend publiquement position contre l'Œuvre des convulsions en 1735, afin de ne pas perdre son crédit dans sa lutte contre le pouvoir royal (fr.wikipedia.org - Convulsionnaires).

 

Le terme « convulsionnaire » apparaît spontanément à la fin de l'année 1731. Il n'a alors aucune connotation médicale et est parfaitement inconnu des traités de médecine de l'époque. Il est utilisé à la fois par les partisans des convulsions et par leurs détracteurs, qui parlent cependant aussi de « convulsionnistes » (Charles-Jacques Le Quien de la Neufville, Nouvelles preuves contre le faux miracle de Migné approuvé à Rome, ou Réponse à M. Picot, 1828 - books.google.fr).

 

Parmi les miracles de Saint Médard, le 17. jour de Novembre audit an 1734, comparut "par-devant lesdits Notaires soussignés M. A. Couronneau fille majeure, native de Saumur, âgée de 71 ans demeurante chez les Demoiselles Garnier en la Maison de Mr. Defprez Libraire rue Saint Jacques, Paroisse Saint Benoit. Laquelle a déclaré que le 13, Juin 1731 elle a été guérie en un moment sur le tombeau du Bienheureux D. François de Pâris, d'une paralysie qui lui avoit entrepris tout le côté gauche après une seconde attaque d'apoplexie qu'elle avoit eu le 8. Novembre 1730. Que cette paralysie lui avoit ôté tout mouvement & tout sentiment dans la cuisse, la jambe & le pied gauche qui pendoient de sa hanche comme des membres morts (Louis-Basile Carré de Montgeron, La Vérité des miracles opérés par l'intercession de M. de Paris démontrée contre M. l'archevêque de Sens, Tome 1, 1737 - books.google.fr).

 

Typlogiquement, les convulsions de l'enterré vivant, pour motif de mort apparente, qui se mange les mains renvoient aux convulsions des partisans du diacre Pâris.

 

Qu'elle doit être terrible la lutte suprême de l'être vivant livré, par méprise, au cercueil et se débattant dans les convulsions de la plus cruelle agonie ? Ecoutons la voix d'un personnage qui avait failli être enseveli vivant : "La raison, dit-il, se trouble à l'idée de cette lutte terrible d'un malheureux qui se réveille enseveli, qui renaît un instant à la vie pour succomber dans les tortures du supplice le plus affreux qu'ait jamais enfanté la plus cruelle barbarie. La tombe nous a redit l'épouvante de ces drames monstrueux : en fouillant d'anciens cimetières, on a trouvé enfermés dans des cercueils des squelettes aux attitudes désespérées; leurs membres, horriblement contractés, trahissaient la révolte suprémc de la vie, l'angoisse d'une effrayante agonie, dont pas un cri, pas un gémissement n'avait pu être entendu des vivants." (Le Journal de médecine et de chirurgie, Volume 6, Numéro 10, 1911 - books.google.fr).

 

Le sexe et l'animal ont conclu une alliance depuis l'Antiquité. Voici l'observation de Galien, médecin grec de Pergame au troisième siècle après Jésus-Christ : une sage femme appelée auprès d'une hystérique lui masse la matrice, en fait sortir «une liqueur épaisse et abondante », rejetée avec «un mélange de douleur et de plaisir, sensation comparable àcelle qui accompagne lesrapports sexuels ». Masturbation d'une femme-fontaine. Plus singuliers, les bruits des femmes en transe. Rots, pets, borborygmes intestinaux, cris perçants, sanglots, larmes, éclats de rire. Tout ce qui est impoli explose aux oreilles du monde. Les filles du gouverneur de Rouen sont prises d'un rire violent pendant une heure entière, un rire de rebelle. Des voix sortent des viscères, imitant « le croassement du corbeau, le sifflement du serpent, le chant du coq ou le hurlement duchien ». Revoici nos chimères. L'autre versant est celui de l'inertie, voire de la mort apparente qui fut longtemps une source de terreur. Catalepsie, muscles immobilisés, corps statufié, une vie façon cadavre. [...] Dans les deux cas, les bruits ou le silence, on a pensé que le mal vient de l'utérus, ce petit animal vivant au corps des femmes, et capable debondir du sexe jusqu'à la gorge. L'utérus voyageur a une finalité. En se déplaçant, remontant du vagin à labouche, il rejette sa fonction et ne veut pas faire l'enfant. Pour cela, nous dit Ambroise Paré, «l'utérus gonfle et s'enfle, et pour ce qu'il est ravi et emporté en haut par un mouvement forcé et comme convulsif à cause de la plénitude de ses vaisseaux ». Tenons-nous le pour dit : le petit animal est lui-même en transe. Ce n'est pas la femme qui est ravie, c'est sa matrice. Parmi les traitements d'Ambroise Paré, celui-ci : coucher la femme, la délacer, lui crier son nom aux oreilles, et en même temps tirer les poils du pubis pour maintenir la matrice en son lieu (Catherine Clément, L'appel de la transe, 2011 - books.google.fr, Alexandra Bacopoulos-Viau, La danse des corps figés. Catalepsie et imaginaire médical au XIXe siècle, L'Italie du Risorgimento. Relectures, Varia, 44, 2012 - rh19.revues.org).

 

Comme Donald Trump (www.slate.fr).

 

Le Docteur Crafft ajoute encore d'autres histoires de personnes, qui, pour avoir été enterrées non encore décédées néanmoins sont expirées dans leurs fosses & tombeaux; ce qui a esté connu puis après par divers efforts remarqués en leurs sépultures, & en leur corps. Nommément il fait mention [sans date] d'une damoiselle d'Augsbourg, qui, tombée en syncope par suffocation de matrice, fut ensevelie, & mise dans une voûte profonde sans y estre couverte de terre ; mais la voûte murée soigneusement. Qu'au bout de quelques années quelqu'un de la même famille mourut, & desmara-t-on la voûte dont, ouverture faite, le corps de la damoiselle fut trouvée sur les dégrez tout à l'entrée de la closture n'ayant point de doigt à la main droite. M. Guillaume Fabri en sa II. centurie dans ses observations Chirurgiques obs. XCVI. » (Jacques Benigne Winslow, Dissertation sur l'incertitude des signes de la mort, et l'abus des enterremens, & embaumemens précipités, traduit par De Bure, 1749 - books.google.fr, Wilhelm Fabricius Hildanus (1560-1634), Observationum et curationum chirurgicarum centuriae, 1641 - books.google.fr).

 

Augbsourg appelle la confession d'Augsbourg de 1530, fondement de la croyance luthérienne allemande.

 

Le 25 juin 1530, les protestants, sept princes luthériens et deux villes impériales, présentent au souverain, Charles Quint, un compromis issu de la Confession de Torgau, la Confession d'Augsbourg. Il s'agit du texte fondateur du luthéranisme rédigé par Philippe Melanchthon sur la base des premières considérations sur la foi de Martin Luther, alors au ban de l’Empire. Le prudent disciple de Luther avait inséré dans cette déclaration de foi quelques modifications propres à concilier les esprits. Son but était de rédiger un texte présentant correctement les croyances des réformateurs et d'obtenir un texte acceptable par les catholiques de l'Empire. Le 3 août 1530, les théologiens catholiques rédigent une réponse, la Réfutation. Charles Quint refuse d'entendre la réponse proposée par les réformateurs le 22 septembre. Il fait proscrire la Confession par la Diète (d'Augsbourg), où les députés catholiques se trouvent en majorité (fr.wikipedia.org - Confession d'Augsbourg).

 

Parmi les miracles de Saint Médard, le 17. jour de Novembre audit an 1734, comparut "par-devant lesdits Notaires soussignés M. A. Couronneau fille majeure, native de Saumur, âgée de 71 ans demeurante chez les Demoiselles Garnier en la Maison de Mr. Defprez Libraire rue Saint Jacques, Paroisse Saint Benoit. Laquelle a déclaré que le 13, Juin 1731 elle a été guérie en un moment sur le tombeau du Bienheureux D. François de Pâris, d'une paralysie qui lui avoit entrepris tout le côté gauche après une seconde attaque d'apoplexie qu'elle avoit eu le 8. Novembre 1730. Que cette paralysie lui avoit ôté tout mouvement & tout sentiment dans la cuisse, la jambe & le pied gauche qui pendoient de sa hanche comme des membres morts (Louis-Basile Carré de Montgeron, La Vérité des miracles opérés par l'intercession de M. de Paris démontrée contre M. l'archevêque de Sens, Tome 1, 1737 - books.google.fr).

 

Zénon étant épileptique, notons l'existnece de l'hystéro-épilepsie : au sens littéral, alternance de crises d'épilepsie authentique et de crises d'aspect névropathique (www.psychologies.com - Hystero-épilepsie).

 

Les ouvrages de Sauvages montrent bien la place donnée à l'hystérie dans les classifications nosologiques dans la seconde moitié du dix-huitième siècle. La première édition de son livre parut en 1731 sous le titre : Nouvelles classes de maladies qui, dans un ordre semblable à celui des botanistes, comprennent les genres et les espèces de toutes les maladies, avec leurs signes et leurs mdicalions, par S. de L. (certains exemplaires, identiques aux autres, portent le nom en toutes lettres : Sauvages de Lacroix) ; imprimé à Avignon sans date ; mais une lettre d'envoi à Boerhaave et la réponse de celui-ci imprimée au début du volume fixent cette date à mars et avril 1731. En tête du deuxième chapitre consacré aux maladies chroniques est la cinquième classe comprenant les maladies convulsives; la première section est formée par les convulsives générales; l'hystérie est là la troisième (Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, Volume 51, 1889 - books.google.fr).

 

Apparemment le terme français d'hystérie n'est pas présent, seule le mot latin d'hysteria est utilisé (François Boissier de la Croix de Sauvages, Nouvelles classes de maladies, Avignon : d'Avanville, 1731 - digital.bib-bvb.de).

 

Une autre affaire survient dans cette même année 1731. Catherine Cadière, ou Marie-Catherine Cadière, née le 12 novembre 1709 à Toulon, est une mystique française accusée de sorcellerie en 1731, mettant en cause le père jésuite Jean-Baptiste Girard. Son procès a suscité de nombreux commentaires parmi les auteurs de l’époque et les historiens (fr.wikipedia.org - Marie-Catherine Cadière).

 

Le chirurgien Caudeiron qui dépose dans le procès diagnostique dans les troubles de Marie Catherine Cadière une "maladie histerique ou suffocation de matrice" (Procédure de l'affaire Cadière, 1733 - books.google.fr).

 

La relation entre hérétiques et hystériques remonte à loin, connotée de misogynie.

 

Bernard, moine de Fontcaude, vers 1192, et Alain de Lille, professeur à Montpellier, vers 1195, écrivent des ouvrages pour contester leur doctrine et les traiter d'ignorants, de vagabonds et d'hystériques (surtout les vaudoises, bien évidemment). Bernard de Fontcaude dans son Contra Valdenses justifie les qualificatifs d'«hérésie» qu'il emploie à leur sujet par leur désobéissance à Rome ; ces prédicateurs laïcs que sont les vaudois ne jouent-ils pas le rôle des prêtres alors qu'ils ne sont pas envoyés (« non missi ») par les évêques ? Ainsi c'est cette liberté prise qui les condamne et non leur doctrine dans laquelle Bernard ne voit aucune erreur fondamentale. Alain de Lille (De fide catholicà) reprend cette polémique (Bernard Félix, L'hérésie des pauvres: vie et rayonnement de Pierre Valdo, 2002 - books.google.fr).

 

L'hystérie, déjà, se profile à l'horizon : pour Alain de Lille, la nature féminine « est enflammée par les torches furieuses de la libido » Les prédicateurs du XIIe siècle se camperont sur cette base, tels Jacques de Vitry (mais on cite aussi Guibert de Tournai, Humbert de Romans, Adam de Perseigne et d'autres: ils portent à qui mieux mieux des noms qui font rêver, évoquent les chansons de geste de notre enfance mais derrière lesquels, même si leur désir d'être entendus leur suggère parfois certains ménagements, leur position n'est pas moins ferme), ils commenteront la Genèse pour la confirmer à leur façon : « Entre Dieu et Adam, il n'y en avait qu'une. Elle n'eut de cesse qu'elle les ait divisés. » (Jacques de Vitry, Sermons) (Jacqueline Rousseau-Dujardin, Orror di femmina: la peur qu'inspirent les femmes, 2006 - books.google.fr).

 

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