Guerre de Succession d’Autriche

Guerre de Succession d’Autriche

Escalade de Prague

 

III, 50

 

1741-1742

 

La republicque de la grand cité

A grand rigueur ne voudra consentir :

Roy sortir hors par trompete citĂ© :

L’eschele au mur, la cité repentir.

 

"République"

 

On voit dans les quatrains I, 47 et I, 61 que "rĂ©publique" pourrait dĂ©signer Genève. Pourquoi pas aussi d'autres entitĂ©s politiques ?

 

Le XVIème siècle est riche en productions historiographiques concernant la BohĂŞme, et les recenser toutes paraĂ®t impossible. On se contentera de signaler ici les plus importantes. Le principal auteur de la pĂ©riode est Jean Dubravius (Dubraw, ca 1486-1553), nĂ© Ă  Pilsen. Après des Ă©tudes de droit en Italie, Dubravius est nommĂ© conseiller de l'Ă©vĂŞque d'Olomouc (Olmiitz), Stanislav Thurzo auquel il succède par la suite. Son Historia regni Bohemiae ab initio Bohemorum fut imprimĂ©e pour la première fois en Moravie, aux frais de l'auteur, en 1552. Thomas Jourdain en donna une nouvelle Ă©dition Ă  Bâle, en 1575, augmentĂ©e d'un index et suivie de l'Historia bohemica de Pie II, ce qui dĂ©montre, s'il en Ă©tait besoin, l'importance accordĂ©e Ă  ces deux ouvrages concernant l'histoire du royaume de BohĂŞme. Un auteur important pour la diffusion des sources concernant l'histoire de la BohĂŞme est Marquard Freher (1565-1614), dont les Germanicaium rerum scriptores aliquot insignes furent publiĂ©s en trois volumes Ă  Francfort et Hanau en 1600, 1602 et 1611, et dont les Rerum Bohemicarum scriptores aliquot antiqui reprennent entre autres les textes de Dubravius et de Pie II. Le grand Ă©rudit de l'histoire de la BohĂŞme reste Balbin, nĂ© Ă  Hradec KrâlovĂ© (Koenigsgratz) en 1611 et auteur de nombreux ouvrages historiques : l'Epitome historica rerum Bohemicarum (Prague, 1673) et les Miscellanea historica regni Bohemorum (Prague, 1679-1687, 10 volumes in-folio). Balbin avait projetĂ© d'Ă©crire une Ĺ“uvre en vingt volumes mais la mort l'arrĂŞta au dixième. Il traite dans ce dernier ouvrage de l'histoire naturelle, des peuples, de la topographie, des saints, des gĂ©nĂ©alogies etc., de la BohĂŞme. Au XVIIIe siècle enfin, GĂ©lase Dobner (1749-1790), nĂ© Ă  Prague, se consacre Ă  l' instruction primaire dans la congrĂ©gation des Ă©coles pieuses. Parmi ses ouvrages, il faut citer les Monuments historiques de BohĂŞme, ainsi que l'Ă©dition en latin de la chronique de Venceslas Hâjek jusqu'Ă  l'an 1198, en six volumes (Prague, 1761-1782) (Nicolas Cheney, Le livre miroir de l'autre: la BohĂŞme vue de France, la France vue de BohĂŞme du XVe au XVIIIe siècle, 2003 - books.google.fr).

 

Pour voir apparaître le terme de "république" il faut considérer les oeuvres d'émigrés bohémiens, ce qui peut laisser supposer une sensibilité particulière chez les auteurs des Centuries dans l'hypothèses où elles seraient antidatées.

 

Outre ces histoires Ă  proprement parler, il convient de mentionner le volume consacrĂ© Ă  la BohĂŞme dans la cĂ©lèbre sĂ©rie des RĂ©publiques, publiĂ©es Ă  Leyde chez les Elzevier en 1643 : la Respublica bojema de Pavel Strânsky (1583-1657), membre de la secte des nĂ©outraquistes qui se confondaient avec les luthĂ©riens, connut une plus grande diffusion auprès des lecteurs français que certains ouvrages d'histoire citĂ©s plus haut (Nicolas Cheney, Le livre miroir de l'autre: la BohĂŞme vue de France, la France vue de BohĂŞme du XVe au XVIIIe siècle, 2003 - books.google.fr).

 

Prise de Prague en 1620

 

L'Electeur du Palatinat Frédéric V n'ayant pu rallier les débris de son armée, se retira à Prague, d'où il sortit pendant la nuit pour se réfugier en Silésie, avec sa femme, ses enfans & tout ce qu'il avoit de plus précieux. Un officier qui l'accompagnoit dans sa fuite, ayant voulu le consoler & en même-tems le plaindre de son malheur, Frédéric lui dit: Je sçais à présent ce que je suis. il y a des vertus qui ne s'acquiérent que dans la disgrace, & les Princes ne savent ce qu'ils Sont qu'après l'avoir éprouvée. Un soldat Walon ayant trouvé sur le champ de bataille la jarretière de l'Electeur, la mit entre les mains du Duc de Bavière, qui lui donna cent talers. Les Impériaux ne perdirent que quatre cents hommes, avec le Quartier-Mestre-Général Carati, un Colonel, deux Capitaines de cavalerie & deux d'infanterie. A cela près, les Autrichiens eurent sujet de s'applaudir de la victoire, la plus complette que de mémoire d'homme ils eussent remportée. Cette bataille se donna le dix-neuvième de novembre 1620. Le fort de l'action ne dura qu'une heure. Les vainqueurs vinrent camper sous les murailles de Prague, où ils passérent la nuit. Le lendemain, les troupes Walones, sans attendre Prague se rend l'ordre du Général, voulurent escalader les remparts de la petite Prague. Le Duc de Bavière courut à toute bride vers leur quartier, empêcha le désordre, & réprima l'ardeur du soldat. Aussitôt, la petite Prague ouvrit ses portes, qui furent gardées par deux régimens Impériaux. Les habitans de la vieille ville dépêchérent un trompette au Duc de Bavière pour le supplier de leur accorder trois jours de délai; mais ce Prince leur fit dire qu'il ne leur donnoit pas seulement trois heures. Dans cette extrémité, ils vinrent au devant du Duc pour implorer sa clémence, & témoigner par leur tristesse & leurs larmes les sentimens dont ils étoient pénétrés. L'après-diné le Duc entra comme en triomphe dans la ville, avec le Comte de Buquoy. Il fit fermer les portes pendant six jours, pour rechercher les auteurs de la révolte. La femme & le fils du Comte de la Tour furent arrêtés prisonniers, avec un grand nombre d'autres Seigneurs & de bourgeois qui furent mis dans les prisons de la ville (Joseph Barre, Histoire Générale D'Allemagne, Tome 9 : Les Règnes depuis l'an 1558 jusqu'en 1658, 1748 - books.google.fr).

 

Cf. quatrain I, 82 - Guerre de Trente ans.

 

En 1620, Frédéric de Prague qui, dans l'impuissance à laquelle il était réduit, ne pouvait plus protéger personne. De tous côtés, les troupes accouraient au secours de l'empereur, pour livrer bataille. Le duc Maximilien de Bavière était déjà entré en Haute-Autriche et y avait rétabli l'ordre. Trente et un notables de Basse-Autriche, accusés de haute trahison, furent mis au ban de l'empire. Ils furent condamnés à mort et leurs biens furent confisqués. La sentence fut proclamée solennellement sur toutes les places publiques de Vienne, au son des trompettes et des timbales. Un mois plus tard, Vienne apprit la nouvelle de la victoire décisive. Le 8 novembre, à la bataille de la Montagne Blanche près de Prague, les généraux impériaux Max de Bavière, Buquoy et Tilly anéantirent l'armée du roi Frédéric. Il dut s'enfuir avec ses partisans. Ce «roi d'un seul hiver» fut chansonné et poursuivi par les railleries des impériaux. Le 24 novembre, Vienne célébra la victoire par une grande procession; l'empereur lui-même y prit part avec toute sa cour. Il se fit apporter les chartes et annula la lettre de Majesté de l'empereur Rodolphe en en brisant le sceau de ses propres mains. La ville de Vienne partageait la joie de l'empereur. Elle lui fournit en abondance les moyens nécessaires pour continuer la guerre. Ferdinand mit le roi fugitif au ban de l'empire en janvier 1621, lui retira le titre d'électeur pour le conférer à la maison de Bavière. Vingt-huit meneurs de la rebellion bohémienne furent exécutés à Prague en juin 1621. Ils auraient été graciés, s'ils avaient imploré la grâce de l'empereur et fait amende honorable (Richard Kralik, Histoire de Vienne depuis l'empire romain jusqu'à nos jours, 1932 - books.google.fr).

 

Acrostiche : LARL, L'ARLequin

 

TypologieArlequin, c’est d’abord un acteur, Tristano Martinelli [1557-1630], qui est probablement le premier à utiliser ce nom pour le rôle du second zani. Or ce nom d’Arlequin est sans doute lié à l’Hellequin, un diablotin malveillant des légendes médiévales françaises que l’on retrouve aussi sous le nom d’Alichino dans La Divine Comédie, de Dante. Son origine est donc diabolique, mais en même temps Arlequin est sympathique, parce qu’il apparaît comme un peu idiot au départ et se révèle finalement plus futé qu’il n’en avait l’air. Pour un large public, il est l’occasion de s’identifier à un personnage un peu naïf, qui aime les femmes et qui a toujours faim – la faim est une donnée très importante, à cette époque (Françoise Decroisette, Le Monde) (www.scoop.it).

 

Martinelli is known to have addressed himself later in life as Dominus Arlequinorum (Greatest of the Harlequins). He was the most famous harlequin of his generation, pressed to divide his time between Mantua and the court of France. Martinelli played Arlecchino for several famous companies, including La Compagnia Dei Desiosi, La Compagnia Degli Accesi, and I Confidenti. He is documented as having toured in Italy, France, Spain, Austria, and Bohemia (en.wikipedia.org - Tristano Martinelli).

 

Tristano Arlequin ne plie pas devant la mort de ses «chatons»; il continue Ă  en «étamper» de nouveaux, confiant en l'extraordinaire santĂ© de sa jeune femme et inĂ©branlable dans son ambition sĂ©nile effrĂ©nĂ©e. Le testament fait, Paola met au monde, la mĂŞme annĂ©e, un «petit» grâce auquel Arlequin s'approprie sans sourciller au nombre des parrains, l'empereur Ferdinand II (1578-1637, archiduc d'Autriche, empereur depuis 1619), mari d'ÉlĂ©onore, sĹ“ur du duc de Mantoue. En plaisantant, le grand gĂ©niteur compose une manière de contre-chant sur le thème des alliances dynastiques :

 

«[Votre Excellence] saura qu'il y a trois ans (vers 1622), notre épouse alias femme, a eu le désir d'étamper une créature dont elle fit la matrice où nous avons coulé la matière; de là s'étampa une créature du genre masculin pour laquelle nous serions très honorés d'accepter en la Cadémie Compèresque qui est nôtre, le seigneur Ferdinand, premier citadin de Vienne, secrétaire de l'impératrice et cavalier ordinaire et extraordinaire de la sœur du duc de Mantoue notre compère que nous avons accepté comme tel sans qu'il ait eu à faire preuve de sa noblesse, ce qui n'est pas une moindre grâce que nous vous avons concédée à vous aussi; bref, nous avons fait baptiser ladite créature à votre nom.»

 

La patiente Paola Avanzi se plie aux volontĂ©s de son secrĂ©taire et cavalier de mari, produisant deux ans plus tard une nouvelle crĂ©ature : cette fois elle va permettre de confisquer le parrainage du grand-duc Ferdinand II de Toscane et de la reine d'Angleterre, Henriette de Bourbon, femme de Charles Ier Stuart et sĹ“ur de Louis XIII, et qui se trouve donc, par bonheur, apparentĂ©e aux MĂ©dicis et aux Gonzague : nouveau sceau apposĂ© Ă  la charte politique des alliances et apport prĂ©cieux dans la collection europĂ©enne d'Arlequin. Ce dernier fruit de l'activitĂ© sexuelle et patrimoniale de Tristano est annoncĂ© Ă  l'Ă©tĂ© 1627, dans une lettre «au sĂ©rĂ©nissime grand-duc florentin compère de la femme d'Arlequin», qui n'est autre que le familier Ferdinand II, pour l'inciter Ă  offrir des cadeaux en qualitĂ© de parrain du tout dernier nouveau-nĂ© (Siro Ferrone, Arlequin, vie et aventures de Tristano Martinelli, acteur, 2008 - books.google.fr).

 

Typologie

 

Le report de 1741 sur la date pivot 1620 donne 1499.

 

Vers la fin du XVe siècle, entre les années 1480 et 1494, un seigneur de Moravie, le gouverneur Ctibor de Cimburg et de Tovacov, écrivit un livre où se trouve exposé le droit particulier de la province de Moravie. Ce n'était dans l'origine qu'un simple coutumier, mais il ne tarda pas à être observé comme loi. Il est connu sous le nom de Kniha Tovacovska. En 1499, Victorin de Vsehrd rédigeait pour la Bohême un ouvrage du même genre renfermant tout le droit tchèque en neuf livres. L'auteur avait commencé par enseigner la philosophie à Prague et avait été doyen de l'Université. Il entra ensuite dans l'administration des Tabulæ terræ, où il remplit une charge considérable, et mourut à Prague en 1520. Son livre, rédigé d'après les documents conservés dans les archives, est considéré comme le chef-d'œuvre de la littérature juridique en Bohême. En 1508 il fut offert par l'auteur au roi Wladislas, et pourtant il est resté inédit jusqu'en 1844 (Rodolphe Dareste, Études d'histoire du droit, Tome 1, 1889 - books.google.fr).

 

Dans une lettre de 1490, Victorin Cornelius de Vsehrd Ă©crit Ă  Bohuslav de Hasistein, qui a Ă©crit une satire s'attaquant Ă  la moralitĂ© dĂ©faillante de tous les membres de la sociĂ©tĂ©, des magnats au bas-peuple :

 

Nullum enim fere membrum in nostra Republica reperias, quod non fractum debilitatumque iaceat (Frantisek Faustin Procházk, Miscellaneen der böhmischen und mährischen Litteratur, seltener Werke, und verschiedener Handschriften, Ersten Bandes Zweyter Theil, 1785 - books.google.fr).

 

A la fin du XVe siècle, une vague de littérature humaniste de type italien gagne la Bohême. Citons, parmi les plus célèbres, le grand poète latin Bohuslav Hasistein de Lobkovice (mort en 1510), et l'éminent juriste Victor Kornel de Vsehxly (mort en 1520). Pour longtemps ce sera la dernière grande vague, qui ferme en Bohême le Moyen Age classique (Jean Favier, Les XIVe et XVe siècles, crises et genèses, 2014 - books.google.fr).

 

Années 1740

 

L’empire autrichien est l’enjeu d’une dispute dynastique entre Marie-Thérèse, fille du dernier Habsbourg Charles VI mort en 1740, et principalement l’électeur Charles de Bavière et son fils soutenus par la France. La guerre de succession d’Autriche durera jusqu’en 1748.

 

A la suite des invasions des armĂ©es Ă©trangères sur son territoire, Marie-ThĂ©rèse s’enfuit en Hongrie (« Roy sortir hors Â»). Les nobles de ce pays jurèrent d’ailleurs de « mourir pour leur roi Marie-ThĂ©rèse [1]».

 

On peut lire aussi que le "Roy" sort de la ville assiégée qui est prise par escalade. Ce "Roy" peut être le concurrent à l'empire Charles VII (Charles-Albert de Bavière) qui se fit couronner roi de Bohême après la prise de la ville de Prague le 25 novembre 1741.

 

La guerre est en effet illustrĂ©e en 1741 par l’escalade de Prague (« eschele au mur Â»), la prise de la ville par les soldats conduits par Chevert et le MarĂ©chal de Saxe au profit des coalisĂ©s. La ville est reprise en 1742 par les Autrichiens, Chevert capitulant honorablement devant le prince de Lobkowitz (Louis François Armand Du Plessis duc de Richelieu, MĂ©moires: avec avant-propos et notes, Volume 17, 1869 - books.google.fr).

 



[1] A. Malet et J. Isaac, « XVIIème & XVIIIème siècles Â», Hachette, 1923, p. 420

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