DĂ©mocrates et Juifs victimes de la dictature

DĂ©mocrates et Juifs victimes de la dictature

Les martyrs tunisiens

 

VI, 17

 

1937-1938

 

Apres les limes bruslez les asiniers,

Contraints seront changer habits divers :

Les Saturnins bruslez par les meuniers,

Hors la pluspart qui ne sera couvers.

 

"asiniers"

 

Tertullien affirme qu'"asinarius" Ă©tait un surnom de mĂ©pris donnĂ© aux chrĂ©tiens (Marie ThĂ©rèse Morlet, Les Noms de personne sur le territoire de l'ancienne Gaule du VIe au XIIe siècle : Les noms de personne contenus dans les noms de lieux, 1968 - books.google.fr).

 

Vos tamen non negabitis et jumenta omnia et totos canthericos cum sua Epona coli a vobis. Hoc forsitan improbamur, quod inter cultores omnium pecudum bestiarumque asinarii tantum sumus (Tertullien, Apologhétique XVI) (Tertullien et Saint Augustin: Oeuvres choisies, avec la traduction français, 1845 - books.google.fr).

 

Tertullien rapporte dans l’Adversus nationes (rĂ©digĂ© en 197) que, Ă  Carthage, un tableau fut exposĂ©, qui reprĂ©sentait JĂ©sus-Christ avec des oreilles d'âne et avec un sabot du mĂŞme animal, couvert d'une toge et tenant Ă  la main un livre, le tout accompagnĂ© de l'inscription suivante : Deus Christianorum Onokoitis (Johann Joseph Ignaz von Doellinger, Origines du christianisme, Tomes 1 Ă  2, 1842 - books.google.fr).

 

L'auteur en Ă©tait un Juif apostat (on a compris la plaisanterie sur la circoncision, solo detrimento cutis Judaeus), gladiateur intermittent contre salaire reçu, qui avait imaginĂ© de figurer en cette caricature le Dieu des chrĂ©tiens. Le sens du mot Onochoetes n’est pas encore fixĂ© : Ĺ’hler et Rauschen le dĂ©rivent de "onos", âne et de "koiasthai", vocable rare qui signifie : ĂŞtre prĂŞtre. Onochoetes correspondrait donc Ă  asinarius sacerdos. A. Audollent traduit ainsi : «…qui couche avec les ânes» : ce serait Ă  son grĂ© une allusion Ă  la crèche de BethlĂ©em. Dom Leclercq interprète «…engendrĂ© par accouplement avec un âne», et renvoie Ă  un Ă©pisode fort libre racontĂ© par ApulĂ©e dans ses MĂ©tamorphoses, IX, XIV (Pierre de Labriolle, La RĂ©action paĂŻenne, 1934 - fr.wikisource.org).

 

"changer habits divers"

 

Pourquoi Tertullien renonça-t-il tout d'un coup Ă  porter la toge ? Quelle raison pouvait-il avoir de changer ses anciennes habitudes, de quitter un vĂŞtement dont on tirait vanitĂ© et qui Ă©tait celui des maĂ®tres du monde, pour prendre l'habit des vaincus ? [...]

 

Quand on le voyait fièrement passer, dans les rues de Carthage, avec son accoutrement nouveau, ils semblaient transportĂ©s de colère, ils levaient les bras au ciel en disant : «Il a quittĂ© la toge pour le pallium, a toga ad pallium !» Dans un petit ouvrage qu'il a Ă©crit sur la patience, Tertullien commence par avouer que c'est la moindre de ses vertus. Il n'Ă©tait pas d'humeur Ă  supporter les injures et ne se laissa pas attaquer sans se dĂ©fendre. A ces gens qui, pour lui nuire, feignaient d'ĂŞtre des patriotes indignĂ©s, Ă  ces prĂ©tendus partisans des vieux usages et des antiques costumes, il rĂ©pondit par son traitĂ© du Manteau. [...]

 

Saumaise a montrĂ© que, lorsque Tertullien Ă©crivit son traitĂ© du Manteau, il y avait longtemps qu'il n'Ă©tait plus paĂŻen, qu'il avait dĂ©jĂ  professĂ© publiquement le christianisme et publiĂ© des ouvrages oĂą il en prenait la dĂ©fense. Pourquoi donc avait-il tant tardĂ© Ă  se couvrir du mĂŞme habit que ses frères, ou, s'il en Ă©tait vĂŞtu depuis qu'il Ă©tait chrĂ©tien, pourquoi ne s'en serait-on pas Ă©tonnĂ© plus tĂ´t ? J'ajoute qu'aucun auteur ancien ne nous dit que les chrĂ©tiens eussent un costume particulier, et qu'il n'est guère vraisemblable qu'une religion proscrite ait commis l'imprudence de se dĂ©signer ainsi ouvertement Ă  ses ennemis. [...]

 

Tertullien accommode un usage païen au christianisme, il prend l'habit, comme Marc-Aurèle qui à douze ans prit l'habit de philosophe, ce qui surprit beaucoup chez un héritier de l'empire; d'autant plus qu'en se couvrant du pallium, il se mit à vivre d'une façon plus austère et à coucher sur la dure. Tertullien veut être dans l'Église ce qu'est un philosophe sérieux et pratiquant dans la société profane, un Épictète, qui, au lieu des vertus stoïciennes, suit les préceptes de l'Évangile; en un mot, c'est une sorte de moine, avant les moines. [...]

 

L'usage de prendre le pallium, quand on faisait profession d'un christianisme plus austère, paraît avoir été fréquent en Orient. Saumaise a réuni les exemples d'Origène, d'Eusèbe, de Socrate, qui le prouvent. Aussi la vie ascétique fut-elle appelée chez les Grecs "philosophos Bios" (Gaston Boissier, La fin du paganisme, Tome 1, 1898 - books.google.fr).

 

Ce qui est certain, c'est l'association dès une haute Ă©poque du mot "onos" au mĂ©tier du meunier, et Rostovtzeff, suivi tout rĂ©cemment par M. Moritz, dans un ouvrage de synthèse, a Ă©tudiĂ© deux coupes dites «homĂ©riques» Ă  cause des scènes qui y sont reprĂ©sentĂ©es, mais qui datent de l'Ă©poque hellĂ©nistique, sur lesquelles le moulin dit homĂ©rique est reprĂ©sentĂ© : on y voit notamment un âne entourĂ© par des personnages qu'une inscription dĂ©signe comme des KINAIDOI, soit l'association entre les cinaedi et l'asellus que nous avons dans PĂ©trone, mais aussi dans un autre passage d'ApulĂ©e, celui des prĂŞtres itinĂ©rants de la dĂ©esse syrienne faisant porter par l'âne le simulacrum de la dĂ©esse, puis se livrant Ă  des orgies après avoir rançonnĂ© le pays (VIII, 26 sqq.) : nouvelle association de cinaedi avec un asellus ! Il reste Ă  expliquer les deux traits humains de la caricature du dieu des chrĂ©tiens, sa toge et le livre dĂ©roulĂ© qu'il porte Ă  la main. On ne s'en est guère souciĂ© en gĂ©nĂ©ral, surtout parce que des caricatures de l'espèce sont relativement frĂ©quentes, par exemple dans le riche rĂ©pertoire des terres cuites de l'Égypte grĂ©co-romaine : on peut citer entre d'autres une caricature d'un professeur avec une tĂŞte d'âne et tenant un uolumen ou encore un âne philosophe et revĂŞtu d'une toge. Ces rĂ©fĂ©rences pourraient suffire Ă  situer la caricature du Juif de Carthage dans une tradition bien dĂ©finie, celle du maĂ®tre d'École, du chef de secte, du philosophe, du penseur. Je crois qu'il y a moyen de prĂ©ciser davantage dès lors qu'il s'agit du dieu des chrĂ©tiens Ă  cause du mot togatus que Tertullien a substituĂ© dans l'Apologeticum Ă  l'expression in toga de l'Ad nationes par souci de cerner de plus près la vĂ©ritĂ© de la caricature, du moins telle qu'il la percevait, lui Tertullien dont il ne convient jamais de perdre de vue sa qualitĂ© de juriste et d'habituĂ© du barreau. Or qu'est-ce qu'un togatus dans les traditions du barreau ? Une notice prĂ©cise de Jean Lydus, De magistratibus, III, 8 nous apprend qu'on appelait togati des spĂ©cialistes appelĂ©s en consultation sur des points difficiles du droit ou de la procĂ©dure et qui pour cette raison restaient plongĂ©s dans les ouvrages juridiques : ces togati Ă©taient aussi appelĂ©s aduocati nous dit Lydus. Or sur l'aduocatus n'y a-t-il pas parallèlement Ă  la tradition judiciaire des acceptions de ce mot une tradition politique dès au moins l'empereur Auguste ? Que fait l'aduocatus ? Le pseudo-Asconius expliquant les Verrines de CicĂ©ron (p. 104 Or.) nous l'apprend : qui defendit alterum in iudicio aut patronus dicitur si orator est, aut aduocatus, si aut ius suggerit aut praesentiam suam commodat amico. Cette prĂ©sence et cette assistance judiciaire offertes Ă  un ami traduit en justice, Auguste les accorda au tĂ©moignage de SuĂ©tone, Vie d'Auguste, 56, notamment Ă  Asprenas Nonius ayant Ă  se dĂ©fendre contre une accusation d'empoisonnement intentĂ©e par Cassius Severus. Ce rĂ´le pouvait ĂŞtre tenu par le proconsul au tĂ©moignage de Tertullien qui cite des exemples prĂ©cis dans l'Ad Scapulam, IV, 3 sqq., avec une comparaison explicite entre le proconsul et le Christ (§ 4) : ab eisdem aduocatis, qui et ipsi beneficia habent Christianorum, licet acclament, quae uolunt, oĂą le verbe acclament trouve sa justification dans un passage qui suit, au § 6 : tunc et populus acclamans Deo deorum, qui solus potens. C'est encore Tertullien qui nous laisse entendre comment un chrĂ©tien cultivĂ© comme lui pouvait trouver quelque plaisir Ă  la caricature du Christ par le Juif lorsque dans le De monogamia notamment, III, 10, il glose en fait la latinisation de l'Ă©pithète grecque "paraklètos" par aduocatus : in hoc quoque Paracletum agnoscere debes aduocatum, quod a tota continentia infirmitatem tuam excusat. La tradition d'un Christ aduocatus, sous l'influence des traditions juridiques latines et parallèlement au rĂ´le de l'Empereur, sorte de deus praesens ou praesentissimus, est ancienne comme le prouve la Première ClĂ©mentine dans la traduction latine prĂ©hiĂ©ronymienne, dĂ©couverte par Dom Morin : haec est uia, carissimi, in qua inuenimus salutem nobis in Iesum Christum, pontificem et aduocatum precum nostrarum. On se reprĂ©sente aisĂ©ment le Christ tenant en mains un uolumen ou un libellus precum sur le modèle des aduocati-togati du barreau (J.G. PrĂ©aux, Deus christianorum onocoetes, Hommages Ă  LĂ©on Herrmann, 1960 - books.google.fr).

 

"Saturnins" : saints fĂŞtĂ©s le 9 janvier

 

LES SS. MM. EPICTETE, JUGOND, &c. Baronius dit affirmativement que cet Epictete est l'Evêque d'Assur de ce nom à qui S. Cyprien écrit celle de ses Lettres qui est la 64e dans Pamélius; & qu'il souffrit sous Dece avec ses compagnons. Sur cela Holsténius Bibliothécaire du Vatican dit en ces Notes marginales sur le Martyrologe Romain que cette conjecture de Baronius est fausse (ce sont ses termes traduits mot à mot), comme il paroist, continue-t-il, par les Actes de Sainte Perpétue où on voit que ces Martyrs furent brûlez vifs dans la persécution de Sévere. Ces Actes toutefois ne nomment point St Epictete; mais seulement celuy qui paroist icy le premier de ses compagnons, savoir Jugond, & avec luy Saturnin, Artaxes, & Quintus, qui peuvent être du nombre des sept qui ne sont point désignez icy par leur nom.

 

Divers manuscrits du Martyrologe dit de S. Jérôme mettent uniformement ces Saints ainsi; En Afrique, Epictete, Jugond, Quintus, Segond, Saturnin, Vital, item Quintus, Felix, Artaxes, Fortunat, Rustique, Sillus, Quiet, & sept autres. Celuy de S. Vilbrord d'Esternach, insere Vincent & Félicité entre Vital & le second Quintus, & après Quiet met ces mots, six autres, aulieu de cinq qu'il eust donc dû mettre pour s'accorder avec les autres, puisque de leur sept il en nomme deux. Bollandus, qui trouve à ce jour-cy un S. Picte en un ancien Calendrier de S. Maximin de Treves, le prend pour un des six qui ne sont pas désignez par leur nom au manuscrit d'Esternach, sans s'appercevoir que ce n'est que le nom d'Epictete abbrégé.

 

Ce qu'on fait de plus certain de ces Saints, est que Jugond, Saturnin & Artaxes, furent brûlez vifs, & que l'un des deux Quintus mourut en prison, & par conséquent, apparemment un autre jour: car il n'y a que ces quatre de nommez dans le Songe de S. Satur que ce Saint écrivit luy-même dans la prison avant son martyre.

 

On voit par lĂ  que ces trois Martyrs, Jugond, Saturnin & Artaxes, furent du nombre de ceux qui furent brĂ»lez vifs sous Severe : & HolstĂ©nius ne doute point qu'ils ne soient de ceux dont parle Tertullien en son ApologĂ©tique oĂą il leur fait dire parlant aux paĂŻens: Quoique vous nous appeliez Sarmentices & Semaxes, parce qu'on nous brĂ»le attachez Ă  un demipoteau, & qu'on nous environne de Sarment pour nous brĂ»ler... etc. (Tertullien, ApologĂ©tique L) (Le Martyrologe romain traduit en français, Tome contenant janvier et fĂ©vrier, 1705 - books.google.fr).

 

On situe la mort de Jugond (Jocond, Jucond, Jucundus) et de ses compagnons Ă  Carthage en 203 (Paul Monceaux, Histoire litteraire de l'Afrique chretienne depuis les origines jusqua l'invasion arabe, Tome 3, 1966 - books.google.fr).

 

"limes"

 

Crucibus et stipitibus imponitis Christianos: quod simulacrum non prius argilla deformat cruci et stipiti superstructa ? in patibulo primum corpus dei vestri dedicatur. Ungulis deraditis latera Christianorum: at in deos vestros per omnia membra validius incumbunt asciæ, et runcinæ, et scobinæ. Cervices ponimus : ante plumbum et glutinum et gomphos sine capite sunt dii vestri. Ad bestias impellimur: certe quas Libero, et Cybele, et CĹ“lesti applicatis. Ignibus urimur : hoc et illi a prima quidem massa. In metalla damnamur: inde censentur dii vestri. In insulas relegamur: solet et in insula aliquis deus vester, aut nasci, aut mori. Si per hæc constat divinitas aliqua, ergo qui puniuntur consecrantur, et numina erunt dicenda supplicia.

 

(Vous attachez les chrĂ©tiens Ă  des croix, Ă  des poteaux : n'y appliquez-vous pas l'argile toutes les fois que vous Ă©bauchez un de vos simulacres ? N'est-ce pas sur un gibet que le corps de votre dieu reçoit les premiers traits ? Vous dĂ©chirez les flancs des chrĂ©tiens avec des ongles de fer : mais les scies, les rabots et les limes tourmentent encore plus violemment tous les membres de vos dieux. On tranche la tĂŞte aux chrĂ©tiens: vos dieux sont sans tĂŞte jusqu'Ă  ce que le statuaire leur en ait donnĂ© une, Ă  l'aide de plomb, de soudure et de clous. Nous sommes exposĂ©s aux bĂŞtes : ces bĂŞtes ne sont-elles pas les mĂŞmes que vous attachez Ă  Bacchus, Ă  Cybèle et Ă  CĂ©lestis ? On nous jette dans les flammes : n'y jetez-vous pas la matière de vos simulacres ? On nous condamne aux mines : c'est de lĂ  qu'on tire vos dieux. On nous relègue dans les Ă®les: on y a vu naĂ®tre ou mourir vos dieux. Si c'est Ă  tout cela que tient la qualitĂ© de dieu, vous dĂ©ifiez donc ceux que vous punissez, et les supplices sont autant d'apothĂ©oses) (Tertullien, ApologĂ©tique XII) (Tertullien et Saint Augustin: Oeuvres choisies, avec la traduction français, 1845 - books.google.fr).

 

Didon, reine et fondatrice de Carthage, délaissée par Énée, sur l’ordre de Jupiter (le destin d’Énée est Rome et non Carthage) et désespérée d’amour, se tue auprès de l’image d’Énée (Énéide, IV, 507-508), détail rarement représenté, le bûcher funèbre

 

Aux origines de la lĂ©gende, Didon se nomme Elissa : elle est la fille du roi de Tyr, qui a aussi un fils, Pygmalion. MariĂ©e Ă  son oncle Sicharbas (SychĂ©e chez Virgile), elle est contrainte de fuir après la mort de celui-ci, assassinĂ© par son frère Pygmalion, avide de richesses. Elle prend la mer avec plusieurs vaisseaux et ralentit ses poursuivants en jetant par dessus bord des sacs de sable qu’ils croient remplis d’or. Elle accoste Ă  Chypre puis sur les cĂ´tes d’Afrique du Nord oĂą elle prend le nom de DeidĂ´ chez les Libyens, Didon en latin, ce qui signifie «l’errante».

 

Là, le roi Iarbas promet à Didon de lui donner une terre grande comme la peau d’un bœuf. Didon découpe alors de fines lamelles de cuir et décrit un périmètre suffisamment important pour y construire une ville. Dans la terre du premier emplacement, les hommes de Didon trouvent un crâne de bœuf et délaissent cet endroit y voyant un mauvais présage. Ils choisissent un second lieu sur la colline de Byrsa, y trouvent cette fois un crâne de cheval, signe de la puissance de la ville à venir. Étymologiquement, Carthage viendrait du phénicien Qart-adast, "la nouvelle Tyr".

 

Pour échapper aux avances de Iarbas, désireux de l’épouser, Didon se jette dans un bucher en flammes. Cet acte élève Didon au rang de symbole de chasteté et de fidélité conjugale repris par les auteurs chrétiens comme Tertullien (odysseum.eduscol.education.fr).

 

Tertullien a fait l'éloge de l'héroïne antique qui «préféra brûler plutôt que se marier» (De monogamia et Ad martyras). Associé au suicide de Lucrèce, celui de Didon devient une sorte de préfiguration des martyrs chrétiens (Tatiana Clavier, L'exemplarité de Didon dans les Vies de femmes illustres à la Renaissance, Héroïnes, Numéro 30, 2009 - books.google.fr).

 

Cf. quatrain I, 25 avec Simon le Magicien dont discute Tertullien par ailleurs.

 

L'espace africain de Carthage était en partie protégé par un système de fortifications, dont certaines ont été identifiées et explorées dans la zone du cap Bon, et une sorte de limes dénommé «fosses phéniciennes» et encore mal identifié (fr.wikipedia.org - Histoire de Carthage).

 

Tertullien

 

Quintus Septimius Florens Tertullianus, dit Tertullien, né entre 150 et 160 à Carthage (actuelle Tunisie) et décédé vers 220 dans la même ville, est un écrivain de langue latine issu d'une famille indigène (punique ou peut-être berbère) romanisée et païenne. Il se convertit au christianisme à la fin du IIe siècle et devient le plus éminent théologien de Carthage. C'est un auteur prolifique, catéchète, dont l'influence est grande dans l'Occident chrétien. Il est le premier auteur latin à utiliser le terme de Trinité, dont il développe une théologie précise. Il est ainsi considéré comme l’un des plus grands théologiens de la chrétienté de son temps. Polémiste et doctrinaire de combat, il lutte activement contre les cultes païens et contre le gnosticisme de Marcion. Par dégoût de la tiédeur de certains fidèles et entraîné par la violence héroïque de son tempérament, il rejoint à la fin de sa vie un mouvement très rigoriste, le montanisme. Quoique le montanisme qu'il défend ardemment ait été déclaré hérétique, Tertullien est reconnu comme l'un des Pères de l'Église (fr.wikipedia.org - Tertullien).

 

"meusniers"

 

L'activité rituelle des Romains est souvent simulacre, peu leur importe. Qu'est-ce qu'immoler, si ce n'est sacrifier un animal, truie, brebis, taureau (le suovétaurile), qui doivent être parfaitement blancs, et qui, s'ils ne le sont pas, seront recouverts, enduits, de farine blanche, de blé passé dans la meule, moulu (molere)... Toujours cette ressemblance suffisante (Olivier Marmin, Diagonales de la danse, 1997 - books.google.fr).

 

La pierre supérieure d'un moulin en forme de meule était appelée "onos" (Xénophon, Cyropédie, VI, 2, 31), d'autres pensent que ce mot désignait plutôt la pierre inférieure en raison de sa passivité. Ce qui est certain, c'est l'association dès une haute époque du mot "onos" au métier du meunier (J.G. Préaux, Deus christianorum onocoetes, Hommages à Léon Herrmann, 1960 - books.google.fr).

 

Les ânes faisaient tourner la meule pour broyer le grain dans les moulins.

 

Victor de Marseille est un soldat romain martyrisĂ© en 290 ou 303 parce qu'il avait renversĂ© la statue de Jupiter. L'empereur Maximien lui fit couper le pied sacrilège et le condamna Ă  ĂŞtre broyĂ© entre deux meules de moulin qui se brisèrent. Il fut alors dĂ©capitĂ©. On voit de grandes analogies avec la lĂ©gende de Catherine. Victor (parfois confondu avec Vincent, les deux noms Ă©tant des titres d'honneur signifiant martyrs vainqueurs du paganisme) est patron des marins parce qu'il gardait le port de Marseille, et des meuniers (Claude Rivals, Le moulin et le meunier, Tome 2 : Une symbolique sociale, 2000 - books.google.fr).

 

Lorsque saint Jean glorifie JĂ©sus par sa mort, il prononce ces paroles :

 

si le grain de froment ne meurt, après qu'on l'a jeté en terre, il demeure seul; mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit (Christophe Lefébure, Moulins d'autrefois, 1999 - books.google.fr).

 

Le moulin se rencontre habituellement sous la forme molin, issue du latin molinum. La forme est d’abord en latin un adjectif, molinus, molina, molinum attesté en latin tardif, par exemple chez Tertullien, comme adjectif au sens de «servant à moudre» dans des locutions comme saxum molinum «pierre servant à moudre» (Philippe Ménard, Moulins et meuniers dans la littérature médiévale. Moulins et meuniers, 2002 - books.openedition.org).

 

...aut si molino saxo ad collum deligato... (ou... avec une pierre Ă  moudre attachĂ©e au cou...) (Martine AssĂ©nat and Antoine PĂ©rez, AMIDA 5 : localisation et chronologie des moulins hydrauliques d’Amida”, Anatolia Antiqua N° XXIII, 2015 - journals.openedition.org).

 

Puis, se tournant vers ses disciples : «Malheur, dit-il, Ă  celui par qui le scandale arrive ! Il vaudrait mieux pour lui qu'il ne fĂ»t pas nĂ©, ou que l'on attachât Ă  son cou une meule de moulin et qu'on le jetât dans la mer, plutĂ´t que de scandaliser un de ces petits !» Juge de la rigueur du supplice qu'il lui destine; car ce n'est point un Dieu Ă©tranger qui vengera le scandale donnĂ© Ă  ses disciples. Reconnais donc en lui le juge et l'ami qui s'occupe du salut des siens avec la mĂŞme tendresse qu'autrefois le CrĂ©ateur : «Qui vous touchera, touchera la prunelle de mon Ĺ“il.» (Tertullien, Adversus Marcinonem, Livre IV, XXXV) (www.tertullian.org).

 

La meule au cou se retrouve dans Luc 17,2; Marc 9,42 et Matthieu 18,6.

 

La rigueur de la punition qui attend l'homme scandaleux sera mesurĂ©e sur l'amertume de la douleur qu'il cause Ă  Dieu. Voici ce que dit le Sauveur (Vulgate) : Qui autem scandalizaverit unum de pusillis istis..., expedit ei ut suspendatur mola asinaria in collo ejus, et demergatur in profundum maris. Matth. 18. 6. Celui qui donne du scandale doit ĂŞtre jetĂ© au fond de la mer, une pierre de moulin au col; il est dit mola asinaria, parce que, suivant un auteur, ce sont des ânes qui, en Palestine, font tourner les moulins. Si un malfaiteur est exĂ©cutĂ© sur une place publique, les spectateurs, touchĂ©s de compassion, jettent pour lui un regard, vers le ciel, s'ils ne peuvent l'arracher Ă  la mort. Mais jetĂ© dans les profondeurs de la mer, il n'aura la pitiĂ© de personne. Quelqu'un a dit que Dieu avait choisi cette sorte de supplice pour l'homme scandaleux, afin de le dĂ©clarer odieux aux Anges et aux Saints, et pour qu'aucun de leurs soupirs n'aille pour lui vers le Dieu qu'il a dĂ©chirĂ© en enlevant sa creature : Indignus declaratur, qui videatur, nedum adjuvetur. Mansi, c. 3. n. 4. (Alfonso Maria de Liguori, Sermons abrĂ©gĂ©s pour tous les dimanches de l'annĂ©e, Tome 1, traduit par Louis-Nicolas-Joseph Lefort, 1833 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Giovanni Domenico Mansi).

 

"pluspart... couvers" ou "convers" (certaines Ă©ditions)

 

Parmi les chrétiens de la primitive Eglise, les pénitents étoient distingués des autres par ces mêmes signes; c'est pourquoi Tertullien les appelle des hommes couverts d'un sac et marqués de cendre (conciliciati et concinerati). Cette dénomination convenoit à tous les chrétiens car, selon le même auteur, tout chrétien est né pour faire pénitence (Alban Butler, Vies des pères, des martyrs et des autres principaux saints, Tome 21, 1833 - books.google.fr).

 

Pour dire que la plupart des habitants de l'Afrique n'Ă©taient pas chrĂ©tiens ? La variante "convers" (autrement que frère-convers d'un couvent) pour "converti" entre dans le mĂŞme sens : la plupart encore paĂŻens seront donc Ă©pargnĂ©s.

 

Sous Septime Sévère, les persécutions furent isolées et dues à des facteurs locaux, en l'absence probable de toute décision officielle. Après quelques mesures d'exil prises par Maximin contre des évêques, dont celui de Rome, et qui peuvent faire partie de sa politique hostile à toutes les élites, il faut attendre Dèce pour rencontrer une véritable persécution, et d'un caractère nouveau (Paul Petit, La Crise de l'Empire : (161-284), 2014 - books.google.fr).

 

Sur une population globale qui, comme on l'a déjà noté, pouvait compter, dans la première moitié du Ve siècle, environ six millions d'âmes, les Églises chrétiennes, catholique et donatiste, ne devaient guère en réunir que le tiers.

 

Pour ne parler que de l'Afrique à l'époque d'Augustin, un paganisme vivace apparaît aussi bien dans les sphères influentes de l'administration des provinces que parmi les populations indigènes, sans négliger les milieux intellectuels où, depuis le règne de Julien, il avait bénéficié d'un véritable renouveau. Notons au passage que Ba'al Hammon, le grand dieu punique du ciel et des moissons, continuera sa carrière dans l'Afrique romaine où, sous le nom de Saturne – mais ne revêtant de romain que la toge pour conserver son identité profonde -, il se substituera partout aux cultes libyco-berbères.

 

A Hippone comme ailleurs en Afrique, les magistrats chrétiens ne représentaient toujours qu'une faible minorité (Francois Decret, Le Christianisme en Afrique du Nord ancienne, 2018 - books.google.fr).

 

Septime Sévère (Lucius Septimius Severus Pertinax) — né le 11 avril 146 à Leptis Magna (actuelle Libye) et mort le 4 février 211 à Eboracum, en Bretagne (aujourd'hui York, en Angleterre) — est un empereur romain qui règne de 193 à 211 (fr.wikipedia.org - Septime Sévère).

 

Acrostiche : ACLH, acelah

 

As the universal deluge was a most signal and memorable instance of God's displeasure against wickedness and wicked men; this speaker takes occafion to enlarge upon it for five or six verses together, as a proper lesson (so he thought it) for his friend. Hast thou marked the old way, which wicked men have trodden ? which were cut down out of time, whofe foundation was overflown with a flood, &c. (Job XXII 15, 16). And then closes it with the mention of another destruction by fire, either past or to be expected, which is described to be as general, and as fatal to the wicked. And the remnant of them the fire consumeth, or shall consume : Ver. 20. The Hebrew is, ve-jithr-am acelab efp. Which fuppofing the preterit, acelah, to be turned into a future by the Vau, though at a distance (a thing common with this writer) is, The fire shall consume (Charles Peters, A Critical Dissertation on the Book of Job, 1757 - books.google.fr).

 

As Psal. 78,63 : The fire bachurav acelah : comedit juvenes ejus (Leonard Chappelow, A Commentary of the Book of Job, in which is Inserted the Hebrew Text and English Translation (etc.), 1752 - books.google.fr, biblehub.com).

 

Ps. LXXVIII,70 (HĂ©breu) : Juvenes eorum comedit ignis, et virgines eorum non sunt lamentatæ

Ps., LXXVII,69 (Vulgate) : La jeunesse de la nation a Ă©tĂ© dĂ©vorĂ©e par le feu, et les jeunes filles n'ont point Ă©tĂ© regrettĂ©es (Scripturae Sacrae cursus completus, Tome 15 : In psalmos commentarium, 1859 - books.google.fr).

 

Cf. Psaume 78,24 : et panem cæli dedit eis : il leur donna le froment des cieux (cf. Bible de Lyon, Arnoullet Balthazar, 1550, p. 49; Bible de Genève, Crespin, 1551, p. 186); Évangile de Jean (6,51) : Je suis le pain vivant, descendu du ciel. Qui mangera ce pain vivra Ă  jamais. Et le pain que moi, je donnerai, c'est ma chair pour la vie du monde (cf. Bible de Lyon, Arnoullet Balthazar, 1550, p. 70; Bible de Genève, Crespin, 1551, p. 33) (Lucien De Luca, Nostradamus, lorem ipsum...?: Analyse, commentaire et traduction de la Lettre Ă  BĂ©rard, 2020 - books.google.fr).

 

L'Evangile se sĂ©pare de la loi en sortant de la loi; autre, mais non Ă©tranger; diffĂ©rent, mais non contraire. Le langage du Christ n'a pas non plus une forme nouvelle. Il propose des paraboles ! il rĂ©pond Ă  des difficultĂ©s ! Ecoute le Psaume soixante-dix-septième qui l'avait prĂ©dit : «Je le parlerai en paraboles, c'est-Ă -dire par des comparaisons; je te montrerai en figure les choses cachĂ©es.» [Ps. 78,2]. C'est-Ă -dire j'Ă©claircirai certaines questions. Si tu avais Ă  prouver qu'un individu appartient Ă  une autre nation, quel serait ton argument ? La langue qu'il parle (Tertullien, Adversus Marcionem, Livre IV, XI) (www.tertullian.org, JĂ©rĂ´me Alexandre, Le Christ de Tertullien : JJC 88, 2011 - books.google.fr).

 

Ps 78,10.37, concerne une alliance avec les pères probablement deutéronomique, présentée comme un échec et conduisant à l'élection de David en Ps 78,70-72 (Bernbard Gosse, De l’onction de Ps 89,21 à celle d’Is 61,1, 2017 - scielo.org.za).

 

Typologie

 

Le report de 1938 sur la date pivot 203 donne -1532.

 

Epoque de la première servitude, qui se termine par l'élection du premier juge Othoniel, et de l'arrivée de Teucer, qui donne son nom aux Teucri (les Troyens), ancêtre d'Enée (Nicolas Lenglet Du Fresnoy, Tablettes chronologiques de l'histoire universelle sacrée et prophane, ecclésiastique et civile, depuis la création du monde, jusqu'à l'an 1743, Tome 1, 1744 - books.google.fr).

 

JUDICATURE. Dignité, état & condition de ceux qui gouvernérent les Juifs après Moïse & Jofué, avant l'établissement des Rois, & qui portérent le nom de Juges. La Judicature commença à Othoniel, & dura jusqu'à Saül, qui fut le premier Roi des Juifs. Salian explique fort au long dans ses Annales, la différence qu'il y avoit entre les Juges & les Rois; mais M. Ferrand n'est pas toûjours de son sentiment. Ce dernier Auteur prétend aussi que Grotius & Tertullien se sont trompés, l'un en disant que ceux qui étoient appellés à la Judicature, jugeoient dans le grand Sanhedrin, & l'autre en les regardant comme Censeurs. Il prétend qu'ils n'avoient que le commandement militaire, & qu'ils étoient a peu près ce qu'étoient le Suffétes de Carthage, & les Archontes perpétuels d'Athènes (Dictionnaire universel francois et latin, contenant la signification et la definition tant des mots de l'une & de l'autre langue, Tome 4, 1752 - books.google.fr).

 

C'est du vivant même de la génération qui suivit celle de la conquête, qu'eut lieu la première servitude d'Israël, destinée à châtier l'adhésion de la majorité du peuple au culte des divinités chananéennes. Un roi de la Mésopotamie occcidentale (Aram Naharain), nommé Kouschan-Rischathaïm, étendit alors sa domination à l'ouest de l'Euphrate jusqu'aux frontières du pays de Chanaan. Dans l'état où se trouvaient les Hébreux, ils ne purent défendre leur indépendance, et ils devinrent tributaires de Kouschan, qui les opprima pendant huit ans. Touché de leurs supplications, le Seigneur suscita pour les délivrer Othoniel, neveu de Caleb, qui, par la défaite des étrangers, les remit en liberté, état où ils se maintinrent quarante années. Ce fut là le commencement des alternatives de servitude et de délivrance qui répondirent, durant toute la période des Juges, aux alternatives d'infidélité et de retour vers Dieu (François Lenormant, Histoire ancienne de l'Orient jusqu'aux guerres médiques: Perses, Israélites et Chananéens, Arabes, Phéniciens et Carthaginois, Tome 6, 1888 - books.google.fr).

 

Le 9 janvier 1938 en Tunisie : les martyrs de la cause des peuples

 

Le Destour de Thaalbi passe pour l'aile radicale de la résistance, n'acceptant aucun compromis et la continuité du système beylical, mais avec les réformes du moncéfisme et un pouvoir religieux, le Néo-Destour de son côté représentant l'aile modérée très ouverte aux négociations avec Paris et l'établissement d'une république, empreinte de laïcisme.

 

Le 21 juin 1937, le gouvernement Blum qui avait mené une politique d'ouverture envers les colonies est poussé à la démission en raison de la crise économique qui secoue la France. Pierre Viénot quitte ses fonctions. Bourguiba tente de renouer des liens avec le nouveau gouvernement en se rendant à Paris en octobre. Il y rencontre Albert Sarraut, ministre d'État chargé de la coordination pour les affaires nord-africaines, qui lui fait comprendre que la dégradation de la situation internationale fait passer au second plan les aspirations du peuple tunisien et que l'heure est à la reprise en main de l'Afrique du Nord en prévision du conflit qui s'annonce. Le chef nationaliste comprend alors que le temps des négociations pacifiques est passé.

 

Bourguiba s'affronte à Abdelaziz Thâalbi, fondateur du Destour en 1920, qui revient d'exil le 5 juillet 1937, et qui souhaite l'union avec le Néo-Destour qui est une scission de son parti.

 

Le bureau politique du Néo-Destour appelle à une grève générale de solidarité avec les frères algériens et marocains pour le 20 novembre 1937 mais la grève n'est que peu suivie. Pour répondre aux réticences de beaucoup de Tunisiens face à cette surenchère, Bourguiba utilise le talent de sa plume pour mobiliser les énergies hésitantes.

 

Les premiers affrontements ont lieu à Bizerte le 8 janvier 1938. Ce jour-là, une manifestation néo-destourienne veut se rendre au contrôle civil de la ville pour protester contre l'expulsion vers l'Algérie du secrétaire de la cellule, Hassan Nouri (fr.wikipedia.org - Evénements du 9 avril 1938).

 

Le 9 janvier 1938, il a Ă©tĂ© procĂ©dĂ© Ă  l'arrestation de Bou Guetfa, chef du NĂ©o-Destour Ă  Bizerte, de Boubaker Bakir, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral adjoint de la C.G.T.T., et de Ben Salah Ben Brahim, manifestant. D'autres mandats d'arrĂŞt ont Ă©tĂ© lancĂ©s. Le bureau de la section de Bizerte du NĂ©o-Destour a tenu une rĂ©union Ă  22 heures. (Le Petit Matin, 10 janvier 1938). Dans son numĂ©ro datĂ© du 13 janvier 1938, Le Petit Matin Ă©crivait : «Nous apprenons qu'un des blessĂ©s - manifestant - vient de succomber Ă  ses blessures, ce qui porte Ă  sept le nombre des morts de cette tragique journĂ©e. «Le calme règne toujours dans Bizerte, et nous osons croire qu'il continuera. La MunicipalitĂ© est toujours occupĂ©e par un piquet de troupe qui garde le Commissariat de Police. L'Ă©tat des autres blessĂ©s est aussi satisfaisant que possible.» (Mohamed Sayah, Habib Bourguiba : Ma vie, mon Ĺ“uvre, Tome 2 : 1934-1938, 1986 - books.google.fr).

 

Ainsi donc, sous le proconsulat de M. «Guillon 1938», les Tunisiens n'ont plus la possibilitĂ© de protester mĂŞme dans l'ordre, mĂŞme dans le calme, quand un des leurs est victime de l'arbitraire administratif. Or, en l'espèce, l'arbitraire administratif ne fait pas l'ombre d'un doute. Hassen Nouri, militant syndicaliste, de nuance politique nĂ©o-destourienne, avait Ă©tĂ© traĂ®nĂ© sur les bancs de la correctionnelle pour fait de grève. Les magistrats français chargĂ©s d'appliquer la loi l'ont condamnĂ© Ă  deux mois de prison. Il faut croire que ces messieurs de l'administration ont trouvĂ© la peine insuffisante. L'essentiel pour eux, Ă©tait de se dĂ©barrasser une fois pour toutes de Hassen Nouri. Le tribunal n'ayant pas prononcĂ© Ă  son encontre, la peine complĂ©mentaire de l'interdiction de sĂ©jour, ils se sont rabattus sur le «refoulement par mesure administrative», qui Ă©quivaut pratiquement au bannissement. Ainsi donc, après avoir confiĂ© aux Tribunaux français le soin de juger les dĂ©lits politiques, on revient brutalement, aux fameuses «mesures de sĂ©curité», Ă  la vieille justice expĂ©ditive des bureaux et des arrĂŞtĂ©s rĂ©sidentiels. Et, pour bien montrer le retour aux mĂ©thodes peyroutoniennes, on s'oppose par la force des armes Ă  toute protestation contre ces mesures. La tragĂ©die de Bizerte est la rĂ©pĂ©tition, Ă  quelques dĂ©tails près, de la tragĂ©die de Moknine. Mesure administrative arbitraire, manifestation de protestation ou de sympathie, fusillade. Or, la fusillade pousse l'administration Ă  prendre d'autres mesures de coercition qui dĂ©clenchent d'autres manifestations, lesquelles dĂ©gĂ©nèrent en de nouveaux massacres C'est l'engrenage. M. Guillon qui a condamnĂ© solennellement la violence comme moyen de gouvernement, semble s'y rĂ©signer. C'est une expĂ©rience qui commence. Ou plutĂ´t qui recommence. M. Sarraut a peut-ĂŞtre jugĂ© que la première n'a pas Ă©tĂ© suffisamment probante. Cette nouvelle Ă©preuve de force ne nous prendra pas au dĂ©pourvu. Nous n'avons pas la naĂŻvetĂ© de croire que la France changerait les bases de sa politique en Tunisie dès les premières difficultĂ©s. Le changement que nous rĂ©clamons, la collaboration que notre parti prĂ©conise et qui cadrait avec les conceptions de M. ViĂ©not, heurte trop d'intĂ©rĂŞts, trop d'orgueil, trop d'Ă©goĂŻsme pour que M. Sarraut s'y rallie sans avoir Ă©puisĂ© tous les moyens de coercition dont il dispose. M. Sarraut semble vouloir jouer la carte de la rĂ©pression. Le peuple fera en sorte qu'il aboutisse au mĂŞme Ă©chec que M. Peyrouton; c'est donc bien une carte Ă  jouer, ce sera cette fois la dernière, M. Sarraut trouvera le peuple tunisien prĂŞt Ă  relever le dĂ©fi et Ă  lui prouver qu'il s'est trompĂ©, et que seule une politique d'entente et de comprĂ©hension, seule une formule de collaboration de peuple Ă  peuple, est en mesure de conserver Ă  la France la Tunisie, et, par voie de consĂ©quence, l'Afrique du Nord. Vous savez très bien ce que nous voulons, ce que nous reprĂ©sentons, ce que nous rĂ©clamons. Nous l'avons suffisamment criĂ© sur tous les tons Ă  un moment oĂą, pour l'avoir dit carrĂ©ment et sans ambages, nous avons Ă©tĂ© accusĂ©s de trahison. Nous savons très bien ce que vous voulez, le rĂ©gime que vous voulez perpĂ©tuer et les intĂ©rĂŞts qui s'opposent Ă  l'instauration de celui que nous prĂ©conisons. Nous jouons cartes sur table. Faites donc de mĂŞme. Pourquoi ces accusations de collusion avec l'Ă©tranger qui reparaissent comme par hasard, pour prĂ©parer la voie Ă  la rĂ©pression et faciliter son acceptation par l'opinion publique ? Personne n'y croit plus. En France moins que partout ailleurs (Habib Bourguiba, La Tunisie et la France: vingt-cinq ans de lutte pour une coopĂ©ration libre, 1954 - books.google.fr).

 

L'Italie mussolinienne est accusĂ©e d'ingĂ©rence en faveur des locaux, accueillant en Libye des rĂ©sistants Ă  l'occupation française comme Ali Cherif "chroniqueur Ă  Radio-Bari, arrĂŞtĂ© lors des persĂ©cution de 1938" selon le consul Italien Silimbani qui informe aussi son gouvernement, dans un rapport du 4 janvier, de la dĂ©mission de la prĂ©sidence NĂ©o-Destour du Docteur Materi, puis de Sfar auxquels s'oppose Bourguiba favorable Ă  la rĂ©sistance Ă  outrance (Juliette Bessis, La MĂ©diterranĂ©e fasciste : l'Italie mussolinienne et la Tunisie, 1981 - books.google.fr).

 

Le bilan des Ă©meutes du 9 avril est lourd : on relève 22 morts et près de 150 blessĂ©s, la majoritĂ© d'entre eux ayant entre 21 et 28 ans. Il y a mĂŞme trois enfants de dix, douze et quinze ans, corroborant les rapports de police qui parlent de nombreux enfants parmi les Ă©meutiers. Beaucoup d'entre eux viennent de classes sociales dĂ©favorisĂ©es (journaliers et chĂ´meurs) ou sont des ruraux rĂ©cemment arrivĂ©s.

 

Le lendemain, Bourguiba et douze de ses camarades, dirigeants du parti, sont arrêtés. Tahar Sfar et Bahri Guiga, bien qu'appartenant à la tendance modérée, sont eux aussi arrêtés les 22 et 24 avril. Le Néo-Destour est dissout le 12 avril, ses locaux fermés, ses documents confisqués et la presse nationaliste suspendue. De nombreux militants sont arrêtés. Lorsque l'état de siège est levé en août 1938, ils sont 906 à être toujours détenus.

 

Depuis l'indépendance du pays, le 9 avril fait partie des jours fériés. En souvenir de la fusillade du 9 avril, des cérémonies sont organisées chaque année à la mémoire des martyrs, notamment au monument des martyrs de Séjoumi (fr.wikipedia.org - Evénements du 9 avril 1938).

 

Cf. quatrain VI, 54.

 

Plus général

 

Les partisans de la dĂ©mocratie (« Saturnins Â» fait rĂ©fĂ©rence aux Saturnales, fĂŞte romaine oĂą maĂ®tres et esclaves Ă©taient sur pied d’égalitĂ©) et les autres opposants au rĂ©gime nazi se rassembleront dans des mouvements clandestins (« Contraints seront changer habits divers Â») pour mener leurs actions de rĂ©sistance dans les territoires conquis par l’envahisseur.

 

Pour Roger PrĂ©vost « asiniers Â» dĂ©signent les Juifs, mais son interprĂ©tation est toute diffĂ©rente [1]. Ceux-ci, avec d’autres, seront brĂ»lĂ©s dans les fours crĂ©matoires des camps de concentration. Mais « asiniers Â», conducteurs d’ânes, peut renvoyer pĂ©jorativement aux Ă©lus du peuple.

 

« limes Â» renvoie au latin signifiant frontières ou bien Ă  un terme signifiant « tourments Â»[2].

 



[1] Roger PrĂ©vost, « Nostradamus, le mythe et la rĂ©alitĂ© Â», Laffont, 1999, p. 156

[2] Michel Dufresne, « Dictionnaire Nostradamus Â», JCL Ă©ditions, 1989

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