Folie et neuroleptiques

Folie et neuroleptiques

 

VI, 46

 

1959-1960

 

Un juste sera en exil renvoyé,

Par pestilence aux confins de Nonseggle,

Response au rouge le fera desvoyé,

Roy retirant à la Rane et à l'Aigle.

 

"Nonseggle"

 

On a Nonseggle ou Nonsegle selon les éditions (Torgné-Chavigny, Réédition du livre de Prophéties de Nostradamus Publié en 1566 chez Pierre Rigaud: Vie de Nostradamus, 1862 - books.google.fr).

 

Nonseglos/Nanseglos/Nanseglass/Nonsiglon/Nansicles (www.myheritage.fr).

 

On trouve parmi les officiers du roi Henri VI un dénommé William Nanseglos Ralph Alan Griffiths, The Reign of King Henry VI: The Exercise of Royal Authority, 1422-1461, 1981).

 

Le nom viendrait du cornique (nant : vallée et glos : église) (John Bannister, A Glossary of Cornish Names, 1871 - books.google.fr).

 

The Nansiglos came of a Cornish family settled in London for several generations. The father, William, was Comptroller of the Great Customs, London, in 1457, and owner of a famous inn, 'The Bishop,’ at the corner of Grey’s Inn Lane ; later the celebrated bookshop of Jacob Touson. The Nansicles bought estates in Essex and Norfolk (F.P. Vernery, Memoirs If The Vernery Family Vol I, 1925 - archive.org).

 

LANTEGLOS-BY-CAMELFORD, though recorded in the Patent Rolls for 1277 as LANTEGLOS, is clearly properly to be regarded as originally NANTEGLOS "church in the valley" and we, in fact, do find NANSEGLOS in the episcopal register for 1311 (C.L. Wren, Saxons and Celt in South-West Britain, Transactions of the Honourable Society of Cymmrodorion, 1959

 

The parish church of Camelford is at Lanteglos by Camelford. The seal of the borough shows: Arg. a camel passing through a ford of water all proper with legend "Sigillum Vill: de Camelford". Camelford has been linked to the legendary Camelot, and the battle of Camlann (en.wikipedia.org - Camelford).

 

The chronicle tradition typically follows Geoffrey in placing Camlann on the Camel in Cornwall: Wace places it at "Camel, over against the entrance to Cornwall," and Layamon specifies the location as Camelford in his Brut (The Death of Arthur) (1200 - 1225) (d.lib.rochester.edu - Death of Arthur - layamon).

 

Les Annales de Cambrie (v.950) ont deux entrées arthuriennes : la première, concernant la 72ème année du cycle, dit : « Bellum Badonis in quo arthur portavit crucem domini nostri jesu christi tribus diebus & tribus noctibus in humeros suos & brittones victores fuerunt », « La bataille de Badon où Arthur porta la croix de notre seigneur Jesus Christ trois jours et trois nuits sur ses épaules et où les brittons furent victorieux ». Arthur est de nouveau associé à Badon, et cette fois, c’est dans cette bataille qu’il porte un symbole chrétien…La deuxième entrée : « Gueith camlann in qua arthur & medraut corruerunt, et mortalitas in britannia et in hiberna fuit » : « Le combat de Camlann où Arthur et Medraut périrent, et il y eut mortalité en Bretagne et en Irlande », pour l’année 93. (537 : La Bataille de Camlann (Camblan), dans laquelle Arthur et Medraut périrent ; et il y eut la pestilence en Bretagne et Irlande. Il existe aussi une entrée concernant la Bataille d’Arfderydd où Merlin est censé avoir perdu la raison. Mais les entrées arthuriennes ne se rattachent vraiment à aucune autre partie des Annales, et semblent avoir été rajoutées à posteriori ; un chercheur, H.Wiseman, a ainsi produit un calcul montrant que cela pouvait avoir été fait à partir des travaux de Bede (le-monde-arthurien.e-monsite.com).

 

Gueith camlann, inqua arthur and medraut corruerunt : et mortalitas in brittannia et in hibernia fuit (www.cambridge.org - Notes and news, Jean-Louis Fetjaine, Le Pas de Merlin, 2010 - books.google.fr).

 

Richard Carew, dans The Svrvey of Cornwall parle de la mère du roi Arthur, fille du duc de Cornouailles et de sa bataille finale :

 

And vpon Igerna wife to Gorlois, Duke of Cornwall,*Vter begat the worthy Arthur, and a daughter called Amy. [...] Vpon the riuer of Camel, neere to Camelford, was that last dismal battel strooken betweene the noble king Arthur, and his treacherous nephew Mordred, wherein the one took his death, and the other his deaths wound. For testimony whereof, the olde folke thereabouts will shew you a stone, bearing Arthurs name, though now depraued to Atry (THE SVRVEY OF CORNWALL, Written by Richard Carew of Antonie, Esquire, 1602 - quod.lib.umich.edu).

 

La fin de Merlin est évoquée de différentes façons selon les auteurs. Il ne connaît généralement pas de mort véritable, mais il est « retiré du monde » et repose « au cœur d'une inaccessible prison forestière, ni mort ni vivant ». Dans les textes gallois, il reste pour toujours dans la forêt. Dans la Vita Merlini, il passe son temps à observer les astres depuis sa demeure aux soixante-dix fenêtres, avec sa sœur. Une autre version évoque une tour de cristal49. Il peut aussi faire retraite pour toujours avec son confesseur Blaise. Dans le Perceval en prose, Merlin se retire jusqu'à la fin du monde dans son esplumoir.

 

Sa popularité se développe après 1066, l'installation des barons normands en Angleterre favorisant une culture commune et de nombreux échanges entre les îles Britanniques et l'actuel territoire français. Aliénor d'Aquitaine, férue de poésie et de roman, promeut la légende arthurienne qui rencontre un grand succès aux XIIe siècle et XIIIe siècles. Merlin connaît alors une nette évolution. Suibhne, Myrrdin, Lailoken et le Merlinus de la Vita Merlini sont des rois divins et vaincus, exilés dans la forêt où ils se muent en devins et connaissent la folie. Ils constituent trois variations autour d'un même thème mythique (fr.wikipedia.org - Merlin).

 

Le patronyme de Paul (Pol) Aurélien, et l'origine bretonne insulaire suggèrent qu'il a pu appartenir à une famille patricienne également connue pour avoir produit Ambrosius Aurelianus qui semble avoir conduit les opérations de défense des Bretons de l'île de Bretagne contre les Saxons entre 470 et 485. Cela confirmerait qu'une migration vers l'Armorique d'un grand nombre de Bretons a eu lieu de manière organisée, sous la conduite des princes et du clergé, à partir du VIe siècle en raison de l'invasion saxonne de l'île de Bretagne. Pour ce qui concerne le clergé, on a parlé de "saints organisateurs" et Pol Aurélien apparaît être l'un d'eux.  Il fit son éducation auprès d'Ildut, avec d'illustres condisciples tels que Samson, Brieuc, Malo ou Gildas. Il fut très vite attiré par la solitude (fr.wikipedia.org - Pol Aurélien).

 

Un autre Lanteglos à Fowey

 

Dans les 3000 premiers vers du roman de Béroul, Marc habite Lantien, et à partir du 3015ème, il réside à Tintagel (Tintagueil avec un g dur) (A. de Mandach, Lantien en Cornouailles, Le Moyen âge, 1972 - books.google.fr).

 

Tintagel est à 6 miles (10 km) de Camelford.

 

Mais si l'on admet que Tintagel était une résidence d'été en raison du climat rigoureux qui y règne en hiver et du fait que la mer d'Irlande était alors impraticable pour des pirates irlandais, il faut admettre aussi, pour un souverain de Dumnonie, une résidence d'hiver en vertu des mêmes critères. Or, le climat et la situation de Lantien répondent parfaitement à ces exigences. Situé à proximité d'un estuaire, celui de la Fowey, la région de Lantien jouit d'un climat exceptionnel, puisqu'à quelques milles de là, dans le domaine du vicomte de Falmouth, Tregothnan, les palmiers poussent en pleine terre ! Ce n'est là qu'un argument de vraisemblance. Mais il ne faudrait tout de même pas oublier qu'il existe un fait à savoir l'existence de la stèle de Fowey, laquelle, suivant le témoignage de John Leland en 1538, se trouvait primitivement à un mille de Castledour, était autrefois surmontée d'une croix et faite de granit porphyrique provenant de Luxulyan (au nord-ouest de Castle Dore) (Jacques Chocheyras, Philippe Walter, Tristan et Iseut: genèse dún mythe littéraire, 1996 - books.google.fr).

 

En Comwall, à proximité de Fowey (où le manoir de Lantyan, attesté dès le Domesday Book, correspond à la localisation du palais du roi Marc à «Lancien» selon le Tristan de Béroul), une inscription du VIe siècle, signalée pour la première fois par John Leland (1540), a été déchiffrée : DRUSTANUS HIC IACIT CUNOMORI FILIUS (Ci-gît Drustanus, fils de Cunomorus) Le premier nom est une forme primitive de Tristan (dont les romans ultérieurs ont fait le neveu du roi Marc). A défaut d'établir l'historicité des personnages des récits médiévaux le rapprochement de ce témoignage épigraphique et du passage précédent de la Vita de saint Paul Aurélien suggère que non seulement l'hagiographe breton du IXe était informé de l'existence de la pierre portant cette inscription (ce qui est probable), mais qu'il avait connaissance de l'association légendaire de Tristan et du roi Marc. Wrmonoc n'avait pas forcément lui-même visité le Cornwall mais il pouvait avoir rencontré des voyageurs ayant effectué la traversée. Toujours est-il que cet hagiographe breton de la fin IXe siècle établit implicitement un lien entre le nom de Drustanus (attesté par l'inscription) et celui d'un ancien roi de Cornwall appelé Marcus. Bien plus, il estime utile de faire référence à celui-ci pour donner encore plus de relief au personnage de Conomor, pourtant familier du public léonard à qui s'adressait la Vita de saint Paul Aurélien (Bernard Merdrignac, Quatre langues et deux oreilles, Langues de l'histoire, langues de la vie: mélanges offerts à Fañch Roudaut, 2005 - books.google.fr).

 

Le véritable berceau des amours splendides de Tristan et Iseut est le Cornwall, plus exactement la région de Tintagel (au nord) et celle de Fowey (au sud) (A. de Mandach, E.M. Roth, Le trianngle Marc-Iseut-Tristan : un drame de double inceste, Études celtiques, Volumes 22 à 23, 1985 - books.google.fr).

 

"desvoyé" : fou

 

desvoyé : sorti des voies de la raison, fou :

 

Pathelin par contre perçoit de suite qu'en fait Guillaume n'est pas "insensé" ("Ce marchand n'est pas desvoyé / Belle seur, qui le m'a vendu") et qu'il n'a donc pas les qualités requises pour "chanter" son rôle au diapason fou de la pièce ("Ja si bien chanter ne sçaura") (Wilhelm Stähle, "La farce de Pathelin" in literarischer, grammatischer und sprachlicher hinsicht, 1862 - books.google.fr, Thierry Boucquey, Mirages de la farce: fête des fous, Bruegel et Molière, 1991 - books.google.fr).

 

Fou et juste : psaumes 13(14) et 52(53)

 

Cette opposition se trouve dans le psaume 13 (14), reprise dans le 52 (53). 13 comme le nombre de vers d'un rondeau, forme poétique affectionnée par Charles d'Orléans, qui vécut au temps du roi fou Charles VI ("croissant Sélin" des quatrains VIII, 54 et VI, 77).

 

1 L’Insensé a dit en son cœur : Il n'y a point de Dieu. - 2 Ils se sont corrompus, & se sont rendus abominables en leurs faits : il n'y a personne qui fasse bien. | 3 L'Eternel a regardé des cieux sur les fils des hommes ; pour voir s'il y en a quelqu'un entendu, & qui cherche Dieu. 4 Ils se sont tous desvoyez, & se sont ensemble rendus puans:il n'y a personne qui face bien, non pas mesmes un. 5 La ils seront effrayés à bon escient : car Dieu [est] avec la race juste, 6 vous faites honte à l'affligé de son conseil, d'autant que l'Eternel [est] sa retraite. 7 Ô qui donnera de Sion la delivrance d'Israel ! Quand l'Eternel aura ramené & mis à recoi son peuple captif, Iacob s'egayera, Israël s'esjouira (La Bible, etc. (Les Pseaumes de David, mis en rime Francoise par C. Marot et T. de Bèze, 1635 - books.google.fr).

 

En 1542, réfugié à Genève auprès de Calvin et encouragé par lui, Marot reprend la traduction des psaumes. À sa mort en 1544, il aura versifié 49 psaumes. Calvin charge Théodore de Bèze de poursuivre l’œuvre de Marot et de terminer la paraphrase des 150 psaumes de la Bible. En 1562 paraît à Genève le recueil officiel des 150 psaumes sous le titre Les pseaumes de David. Ce psautier connaît une impressionnante diffusion. Il contribue à façonner l’identité réformée. Ce sera un signe de ralliement et même un chant de guerre dans les tribulations du peuple protestant français (www.museeprotestant.org - Clément Marot (1496-1544)).

 

Le type de fou dansant est figuré dans les livres de prières et plus particulièrement en introduction du psaume 52 (53) «Dixit insipiens». Opposé à David, l’auteur des psaumes et roi de l’Ancien Testament, il prononce des paroles blasphématoires dès le premier verset. Il n’a pas été représenté dans un but illustratif ou divertissant, mais pour des raisons morales. Dans le Bréviaire de Jean sans Peur, l’opposition est marquée entre David et le fou, par le fait qu’ils se tournent le dos: le roi est agenouillé en prières devant Dieu, tandis que le fou habillé de rouge, bleu, jaune et blanc sautille en regardant sa marotte. D’un côté, David loue Dieu en son âme ; d’un autre côté, le fol ne reconnaît pas Dieu en son cœur. De même, dans le Psautier de Charles VIII, David dialogue en silence avec Dieu, sa prière étant allégorisée par la harpe qui repose à côté de lui. A l’inverse, le fol parle à sa marotte en désignant le roi du doigt. Verbeux, il se détourne de Dieu et exprime le blasphème qui est un péché d’orgueil: «Dixit insipiens in corde suo, non est Deus». Le verset signifie, non pas une ignorance, mais un refus de Dieu, une négation de son existence « en son cœur ». Ainsi, le fou sautillant représente le péché et le vice, alors que David incarne la vertu morale.

 

Les poètes, tels Charles d’Orléans ou François Villon, ont déploré la folie des hommes, la mélancolie du temps, le caractère éphémère de la vie et la peur de la mort. Dans la danse macabre, le sot participe à la farandole de la vie conduite inexorablement vers la mort. Il préfigure le fou qui, dans l’Eloge de la folie d’Erasme (1511), dit à chacun sa vérité, dénonce le tragique de la folie du monde et en appelle à la conscience morale de l’homme (www.livingbooksabouthistory.ch - Martine Clouzot, Marie-José Gasqse-Grandjean, Le fou dansant et le mundus inversus, 2017).

 

Le père de Merlin, avant de devenir un incube dans la transposition chrétienne et courtoise de la légende, était probablement un être marin, un démon des eaux, un «vieux de la mer», voire un être protéen de nature venteuse, c'est-à-dire un «esprit», un souffle. Si Guillaume d'Angleterre est le père des jumeaux Marin (alias  Merlin) et Louvel (le loup), il faut rappeler que Guillaume est un des surnoms du loup en haut et bas breton. Autrement dit, le loup Guillaume, père de Merlin, confirme la nature spirituelle de l'enfant. Une vieille croyance rapportée par François Villon rappelle en effet cette antique nature venteuse du loup : Sur le Noël, morte saison / Que les loups se vivent de vent. L'idée figure déjà dans certains bestiaires du XIIe siècle. Le folkloriste Claude Gaignebet a souligné l'importance et la longévité de cette association dans la tradition folklorique et plus particulièrement dans le folklore des enfants. Le vent n'est pas simplement de la nature parmi d'autres ; il renvoie à une cosmogonie qui confère à l'âme (anima) une nature pneumatique (animus). Merlin le fou se présente alors comme une sorte d'esprit empli du souffle de la folie (le mot follis, étymologie du mot fou, désigne bien un ballon d'air). Merlin est un être de vent. Son association avec le loup s'explique parle lien traditionnel de cet animal avec les souffles venteux. Elle rejoint aussi le mythe de la naissance gémellaire (du type Romulus et Remus) où le loup qui est ici une louve joue un rôle essentiel. On note également une intéressante analogie entre la légende dorée de saint François d'Assise et celle de  Merlin. Dans les deux cas un personnage inspiré est capable de parler aux animaux et de s'en faire comprendre. Par ailleurs, saint François parle de «son frère le loup» suggérant une gémellité mythique avec cet animal si étroitement lié également à Merlin par l'intermédiaire du loup Blaise (Philippe Walter, Merlin ou le savoir du monde, 2000 - books.google.fr).

 

La négation de toute divinité se trouve aussi évoquée avec force dans la Bible : Ps. 14 (LXX: 13) : « L'insensé a dit en son cœur : plus de Dieu. » Cf. encore Ps. 10, 4 (LXX: 9, 4) et Jér. 5, 12. En fait, l'athéisme à l'état pur est difficile à distinguer de la négation de la Providence, et celle-ci va de pair avec la mise en vedette du hasard. Pour ces questions, Epicure est la cible de toutes les critiques que les esprits religieux adressent aux sceptiques. Dans les écrits rabbiniques, l'apikoros, ou le négateur, que l'on appelle aussi quelques fois « hérétique pour l'essentiel » (Baba Batra, 16 b) est exclu du peuple des croyants qui auront droit au monde futur (Sanhedr. Mishna, 10, 1). Sur la doctrine d' Épicure telle que l'envisagent les Juifs croyants, les  témoignages abondent. Nous n'en citerons que deux, celui de Josèphe et celui de Maïmonide : Fl. Josèphe, A. J., X, 11, 7. A propos du livre de Daniel : "Les épicuriens repoussent la Providence loin des affaires humaines. Ils ne croient pas que Dieu prenne soin de ce qui se passe dans le monde,. ils affirment au contraire que le monde va son propre chemin, sans maître ni pilote. En réalité, s'il n'avait pas de guide pour le conduire (comme ils imaginent que c'est le cas), le monde serait comme les bateaux sans pilote que le vent coule sous nos yeux..." (Philon d'Alexandrie, De confusione linguarum, présenté par Roger Arnaldez, 1963 - books.google.fr).

 

Le psaume 53 (52) est une répétition du psaume 14 (sauf les versets 5-6 du ps 14 qui sont différents). A remarquer les deux fausses questions (suivant les traductions : v. 3b, 5a, 7). La réponse est déjà connue par celui qui la pose (Alain Combes, Dire les Psaumes: Guide pratique, 1997 - books.google.fr).

 

La réponse à la question posée dans ce psaume sur la manière dont sont choisis les élus : respect de la justice de Dieu et donc du Décalogue (Fabienne Jourdan, Poème judéo-hellénistique attribué à Orphée: production juive et réception chrétienne, 2010 - books.google.fr).

 

Rane et Aigle : Crapaud-volant

 

La grenouille en cornique se dit "guilschin" mis en rapport avec le nom de Bertrand du Guesclin qui avait un aigle pour blason (Edwin Norris (1795-1872), The ancient Cornish drama, 1859 - archive.org, fr.wikipedia.org - Bertrand du Guesclin).

 

La reine d'Angleterre, Henriette, fille de Henri IV, dit sur le bateau qui l'emportait en exil en France, que les reines ne craignaient pas d'être noyées, par un jeu de mot entre reine / raine (qui se disait pour grenouille) (François Xavier de Feller, Dictionnaire historique, Tome 10, 1833 - books.google.fr).

 

Au sujet de la dénomination Caprimulge (de capra : chèvre, et de mulgere : traire), accordée à Caprimulgus europaeus, l'engoulevent d'Europe, oiseau-type de la famille, Littré nous renseigne : «Le nom est fondé sur une erreur»; disons sur une croyance paysanne qui lui attribue la fonction de « trayeur de chèvres », de brebis et de vaches, car, lorsqu'il poursuit et gobe en vol les insectes crépusculaires, à la manière du martinet avec lequel il est d'ailleurs confondu, les campagnards le voient rôder autour des étables. «Crapaud volant» est un autre sobriquet populaire, connotant un bec qui s'ouvre largement (fissirostre) comme celui d'un crapaud, mais qui découvre une goule rose - goule : ancienne forme de gueule - où s'engouffre un vent frais, assaisonné de lépidoptères et de diptères variés. Cependant, Benoist et Goelzer nous rappellent qu'au temps de Cicéron (1er s. av. J.C.), le poète Catulle accordait déjà au pasteur et trayeur de chèvres le titre de Caprimulgus; et que ce dernier terme était également employé par Pline l'Ancien 1er s. ap. J.C.) pour désigner « l'oiseau qui tète les chèvres » (JATBA, Journal d'agriculture traditionelle et de botanique appliquée, Volumes 28 à 29, 1981 - books.google.fr).

 

A la fin du XVIème siècle, du prince des Sots dit Engoulevent est insérée dans le recueil de la Satyre Ménippée l'Epître du Sr. Engoulevent à un sien ami, sur la Harangue que le Cardinal Pellevé fit aux Etats de Paris. Il fait "Response au rouge".

 

Le rouge, selon Pierre Brin d'amour désigne souvent un cardinal dans les Centuries (Pierre Brind'Amour, Les premières centuries, ou, Propheties de Nostradamus (édition Macé Bonhomme de 1555), 1996 - books.google.fr).

 

Il eut un procès curieux avec les comédiens de l'Hôtel de Bourgogne, en 1604 au sujet des droits attachés à sa principauté (François-Xavier de Feller, Dictionnaire historique, Tome 2, 1832 - books.google.fr).

 

On n'apprend point dans le plaidoyer de Julien Peleus à l'occasion d'un arrêt de la Cour du 19 février 1608, de personnalité sur Engoulevent, sinon qu'il s'appelloit Nicolas Joubert ; & qu'il étoit né & nourri au pays des grosses bêtes, qu'il n'étudia jamais qu'en la philosophie des Cyniques... que c'étoie une téte creuse, une coucourde (Cucrubita une citrouille) éventée, vuide de sens comme une canne, un cerveau démonté qui n'avoit ni ressort, ni roue entiere dans la tête, Voyez les Plaidoyers de Julien (Jean-François Dreux du Radier, Récréations historiques, critiques, morales et d'érudition, avec l'histoire des fous en titre d'office, 1768 - books.google.fr).

 

In Paris on Mardi Gras 1606, the celebrated lawyer Julien Peleus pleaded in favour of Nicolas Joubert, known as Angoulevent, who was Prince of Fools of Louis XIII. Angoulevent stood accused of not having performed his duty of a triumphal entry into Paris. In defence of the Prince of Fools, Peleus maintained that his client was wholly worthy of his principality, because he never studied anything other than “la philosophie cynique”, which is why he was only knowledgeable about “bas souhaits”. [...] Cynicism, uniquely of all ancient philosophies, became associated with sex, folly and carnival by the time of Peleus's successful plea. The Cynic philosophy which Peleus mentions is far removed from the modern meanings of 'cynicism' or 'cynisme', even cynisme', even if the French term still has connotations of 'impudence' (Hugh Gerald Arthur Roberts, Dogs' Tales: Representations of Ancient Cynicism in French Renaissance Texts, 2006 - books.google.fr).

 

Du côté royal, en avril 1593, ce sera L'Abrégé de l'âme des états, premier titre de ce qui deviendra par la suite De la vertu du catholicon d'Espagne (du nom d'une purge à base de rhubarbe et de séné que vendaient les charlatans dans les foires). Il s'agit de l'œuvre d'un chanoine normand Jean Le Roy, aumônier du deuxième cardinal de Bourbon, écrite dans la veine rabelaisienne, dans un esprit teinté de gallicanisme, très hostile à l'Espagne et subtilement critique d'un clergé français peu exemplaire. Le livre est imprimé à Tours chez le fameux Jamet Métayer, l'imprimeur du roi réfugié dans cette ville. Comme l'ouvrage qui suit, c'est aussi une œuvre collective puisque vont y participer Pierre Pithou, l'historien et jurisconsulte, Jacques Gillot, conseiller au Parlement, ainsi que les poètes Nicolas Rapin, Jean Passerat et Florent Chrétien, ancien précepteur du roi resté attaché au protestantisme. Mais l'œuvre la plus considérable du temps et la plus originale est la Satyre Ménippée, texte dont la posture politique originelle n'est pas claire et qui ne deviendra franchement favorable à Henri IV qu'à mesure de ses rééditions successives. C'était un pot-pourri de vers et de prose, un pastiche dans le style bouffon des écrits du philosophe cynique grec Ménippe. C'est encore une œuvre à plusieurs mains, jaillie de la plume de ce que le milieu politique de Paris compte de plus cultivé, où l'on retrouve certains des auteurs du Catholicon : les chanoines Jacques Gillot et Pierre Leroy, les poètes Florent Passerat et Gilles Durant, l'érudit Florent Chrétien, les magistrats Nicolas Rapin et Pierre Pithou. En somme, le milieu qui a favorisé l'émergence de l'arrêt Le Maistre. C'est une farce à épisodes : deux charlatans, l'un partisan de l'Espagne, l'autre de la Maison de Lorraine, rivalisent d'arguments tordus pour défendre leur chapelle. L'actualité est passée au tamis, les états généraux de Paris tournés en dérision, la perfidie de l'Espagne dénoncée - c'est elle qui déverse le catholicon, le poison du fanatisme - et, plus surprenant, qui dénote une manière de «laïcité» avant l'heure : la Ligue constamment dénoncée comme la conséquence du pouvoir abusif des prêtres sur les esprits (Jean-Paul Desprat, Henri IV: Roi de cœur, 2018 - books.google.fr).

 

Le comique athénien et Ménippe offrent une première ressemblance, si l'on considère les formes d'imagination sous lesquelles ils produisent leurs épigrammes irrespectueuses. Aristophane a sa Nécyomancie : ce sont les Grenouilles.  Si, en effet, des différences capitales séparent la Nécyomancie des Grenouilles, les deux fantaisies n'en ont pas moins des points de contact évidents. La trame de la comédie attique est connue. Craignant que de la mort de Sophocle et d'Euripide il ne résulte pour l'art tragique un déclin irrémédiable, Dionysos se rend aux Enfers, accompagné de Xanthias, son esclave, et se propose d'en ramener un poète digne de lui et de ses fêtes. Entre Eschyle et Euripide il hésite. Finalement, après avoir entendu les deux maîtres illustres célébrer, à tour de rôle, leurs mérites respectifs, il choisit Eschyle dont le « drame plein d'Arès » lui semble plus substantiel et plus sain. La diversité des plaisanteries et mille dissemblances extérieures n'empêchent pas qu'en dernière analyse on retrouve dans cette pièce l'idée générale de la Nécyomancie où Ménippe va aux Enfers pour demander conseil à Tirésias : descendre dans l'Hadès pour y revoir des personnages défunts et s'entretenir avec eux d'une question déterminée (Henri Piot, Ménippe: un personnage de Lucien, 1914 - books.google.fr).

 

La Nécyomancie de Lucien de Samosate est inspiré de la Nekyia de Ménippos de Gadara, philosophe cynique phénicien.

 

L'Icaroménippe de Lucien, saisi d'une inquiétude métaphysique – ce qui ne ressemble guère à notre Syrien ! – et ne trouvant pas dans les réponses des philosophes matière à l'apaiser, va frapper directement à la porte de Zeus, pour savoir ce qu'il en est au juste du monde, des dieux et de la providence. De même le Ménippe de la Nékyomancie descend-il aux Enfers pour demander conseil à Tirésias, comme le Dionysos des Grenouilles allait y chercher un poète tragique à cause de la pénurie qui régnait sur terre dans ce registre. L'idée première de ce voyage fantastique se trouve sans doute dans la comédie. On peut songer également au Socrate des Nuées, qui, dans sa nacelle, prend de la hauteur pour observer les régions supérieures et démêler les choses célestes. Plus tard, le héros des Histoires vraies ne se contentera pas d'un aller-retour jusqu'au ciel, mais fera beaucoup mieux, et explorera tout le système solaire. Ce Ménippe icarien ne doit pas grand-chose au philosophe cynique de Gadara, qui vécut au IIIe siècle av. J.C. On sait qu'il avait composé un Voyage au ciel, dont Lucien s'inspirerait ici, comme dans L'Assemblée des dieux, le Zeus réfuté et le Zeus tragédien, et, entre autres aussi, une « Catabase », à l'origine du Ménippe de Lucien : la période  ménippée est une des plus importantes dans la production de notre auteur. Mais nous avons ici affaire à un hybride, et l'on se demande s'il ne doit pas quelque chose, non pas vraiment aux hippocentaures de la mythologie, mais à la comédie aristophanienne encore une fois : à l'hippocanthare (cheval-escarbot) de de Trygée, ou aux créatures fantastiques qui peuplent le théâtre eschyléen dans Les Grenouilles : l'hippalectryon (cheval-coq) qui laisse Dionysos interdit, le tragélaphos (bouc-cerf), et autres inventions stupéfiantes. C'est, je crois la vraie raison pour laquelle Ménippe se dote d'un propulseur composite, avec une aile d'aigle et une de vautour (Paul Demont, Histoires vraies et autres oeuvres de Lucien, 2015 - books.google.fr).

 

Il y a de grosses grenouilles ailées dans le conte de Madame d'Aulnoy (1651 - 1705), L'oiseau bleu. Elles connaissent la carte générale de l'univers :

 

"une chaise volante, traînée par des grenouilles ailées : un enchanteur de ses amis lui avait fait ce présent." (Marie-Catherine, baronne d’Aulnoy, Contes de madame d'Aulnoy, 2011 - books.google.fr).

 

On en retrouve chez Anatole France :

 

"Eh bien, monsieur, répliqua mon bon maître, je ne suis pas fâché qu'il y ait dans la lune des grenouilles ailées; ces oiseaux marécageux sont les très dignes habitants d'un monde qui n'a pas été sanctifié par le sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Nous ne connaissons, j'en conviens, qu'une petite partie de l'univers, et il se peut, comme le dit M. d'Astarac, qui d'ailleurs est fou, que ce monde ne soit qu'une goutte de boue dans l'infinité des mondes" (Anatole France, La rôtisserie de la reine Pédauque, 1893 - books.google.fr).

 

Le "Roy" Marc et Tristan

 

retirer à : ressembler à (Oeuvres de Michel de Montaigne, présenté par J.A.C. Buchon, 1836 - books.google.fr).

 

Le roi Marc (Marc'h : cheval en cornique) ressemble plus à un cheval qu'à une grenouille ou un aigle.

 

Plusieurs versions du conte du roi aux oreilles de cheval ont été recueillies au Pays de Galles, mais aucune version écrite n'est antérieure au XVIe siècle. Dans cette première occurrence écrite, la légende est mise au compte de March ap Meirchion. [...] Le mot gallois utilisé dans une triade pour qualifier March est celui de llyghessavc (avec ou sans n). Llynghessavc peut se traduire par «seafarer, pirate, exile», c'est-à-dire «marin, pirate, exilé». [...]

 

L'explication fournie par le roi Marc (et donc par Béroul) fait appel, on le voit, à des croyances largement répandues, (et pas seulement au XIIe siècle), à la possibilité de métamorphoses temporaires d'un homme en animal. Ajoutons que le thème surprend d'autant moins le public de Béroul que cette métamorphose est mise au compte du nain Frocin: (...) Ce mal / Que j'ai orelles de cheval, / M'est avenu par cest devin. 1345 Béroul tire ainsi doublement parti de la substitution du nain Frocin au personnage traditionnel du barbier du conte AT 782, puisque la trahison du secret du roi s'inscrit dans la logique du personnage du nain «félon» et que les marques animales du souverain trouvent une explication «naturelle» dans les pouvoirs prêtés à Frocin: le roman vient en quelque sorte au secours du conte traditionnel. Tout se passe comme si le nain Frocin, auprès du roi Marc, était, par certains aspects, la réplique, mais «diabolisée», chargée de connotations négatives, du personnage de Merlin dans ses rapports avec Uter Pendragon, puis Arthur. Comme Merlin, Frocin connaît l'avenir, lit dans les astres, est un «devin»: Sire, or mandez le nain devin: 635 [...] Le diminutif (Melot pour Merlin) a aussi quelque chose de rabaissant, sinon d'infamant, que l'on retrouve d'ailleurs dans le nom de Frocin. M. Delbouille a montré comment Frocin (Frocine) évoquant le petit crapaud ou la petite grenouille (voire le têtard) avait pu finir par désigner un nabot, un nain : «Béroul aurait joué de la double signification du mot, son nom propre évoquant d'abord la petite taille du personnage, mais rappelant aussi, derrière ce sens dérivé, le sens premier du mot et la hideur de la bête [le crapaud] que la tradition populaire veut aussi méchante que laide»

 

Gottfried appelle le nain Melot et peut-être aussi Thomas (Gaël Milin, Le roi Marc aux oreilles de cheval, 1991 - books.google.fr).

 

Les "confins" peuvent représenter les marges de la société.

 

Chez Béroul, Tristan, exilé de la cour du roi Marc, se déguise en lépreux pour approcher Iseut et la justifier après l'épuisement du charme (à la Saint Jean) qui les retenait amoureux. Le stratagème monté par Yseut la fait traverser la fange sur le dos du lépreux/Tristan, la belle blonde proclamant qu'il n'y a que deux hommes qui lui passèrent entre les jambes : le roi Marc et le lépreux.

 

Dans le roman en prose, Tristan, pour oublier Yseut, épouse la soeur de Kahedin, fils du roi Hoël en Petite Bretagne. Tristan retourne en Cornouailles avec son beau-frère qui tombe amoureux d'Yseut, qui lui fait parvenir une lettre pour le repousser (Gabriela Tanase, Tristan : à partir du monstrueux vers une spiritualité, Étrange topos étranger: actes du XVIe Colloque de la SATOR, Kingston, 3-5 octobre 2002, 2006 - books.google.fr).

 

Loin d'être lyrique, son poème est entièrement construit sur un raisonnement simple et bien structuré. Ce que Kahédin appelle amour, elle le nomme folie: "Folie n'est pas vaselage" (v. 1) et si cette folie conduit le chevalier à la mort, "nus ne l'en doit plaindre" (v. 30) (Jean Dufournet, Nouvelles recherches sur "Le Tristan en prose", 1990 - books.google.fr).

 

Dans ce lai on y trouve aussi "Mout fait li oisiaus grant folie / Ki encontre l'aigle s'alie" (Philippe Ménard, Le Roman de Tristan en prose: Des aventures de Lancelot à la fin de la "Folie Tristan", Tome 1, 1987 - books.google.fr).

 

Un autre aigle se trouve dans l'Histoire de Lamorat dans le même sens :

 

Chertes, a la verité dire, je n'aroie pooir encontre vous, non plus que li aingniaus aroit encontre l'aigle (Jean-Claude Faucon, Le roman de Tristan en prose: Du départ de Marc vers le royaume de Logres jusqu'à l'épisode du lai "voir disant", 1991 - books.google.fr).

 

Il y a bien "response" d'Yseut mais à Kahedin qui n'a pas de rapport avec le rouge. Mais Tristan tombe sur la lettre d'Yseut, et devient fou de jalousie.

 

Chez Béroul, c'est alors qu'il se fait lépreux, que Tristan portera des "sorchauz d'une escarlate" (Tristan et Iseut: Les poèmes français - La saga norroise, 2016 - books.google.fr).

 

La lèpre a pu passer pour une maladie pestilentielle selon une acception large du terme (Démétrius Alexandre Zambaco, Anthologie: La lèpre à travers les siècles et les contrées, 1914 - books.google.fr, Encyclopédie méthodique ou par ordre de matières: médecine, Tome 11, 1824 - books.google.fr).

 

Le Lévitique 14,4 parle d'écarlate dans le rituel de purification du lépreux. C'était sans doute un ruban de couleur écarlate, qui attachait l'oiseau vivant, le bois de cèdre et l'hysope (Augustin Calmet, Dictionnaire historique, critique, chronologique, geographique et littéral de la Bible, 1783 - books.google.fr).

 

Tristan (Tristram) dans Le Morte Arthur de Thomas Malory (XVème siècle) combat dans un tournoi en armure rouge (anglais "Justs and Tournaments" : cf. jeu de mot entre "Justs" (joutes) et "Juste").

 

Then in the justing were great deeds done, and Sir Lancelot first smote Tristram; but Tristram, recovering himself, burled King Arthur from his horse. Then going away from the field, he came back presently in red armour, that none might know him, and he placed on their horses Sir Palamides and some other knights who had been smitten down. But at this moment Palamides looking up saw the fair Isolte smiling at Tristram, for she alone knew him in his red armour (George William Cox, Eustace Hinton Jones, Popular Romances of the Middle Ages, 1871 - books.google.fr, Sir Edward Strachey, Morte D'Arthur: Sir Thomas Malory's Book of King Arthur and of His Noble Knights of the Round Table, 1871 - books.google.fr).

 

La chambre du trésor du Palais de Jacques Coeur à Bourges est, pour Fulcanelli (Mystère des cathédrales), la pièce la plus curieuse du palais. Son plan est octogonal et elle a conservé sa porte en fer dotée d'une serrure compliquée, d'un verrou résistant et d'un judas. Les huit nervures de la voûte retombent sur des culs-de-lampe. L'un d'eux représente un épisode du roman de Tristan, celui où le héros a rendez-vous avec Iseult près d'une pièce d'eau ; le roi Marc, caché dans un arbre, les surveille, mais Tristan, ayant vu son reflet dans l'eau, n'adresse à Iseult que des banalités. L'arbre qui porte le roi Marc sort d'une pièce cubique (l'œuvre réalisée). La présence d'une chouette (la messagère de Minerve) définit le caractère nocturne de l'ensemble. Commentant ce motif de cul-de-lampe, Fulcanelli écrit : “Le mythe de Tristan de Léonnois est une réplique de celui de Thésée. Tristan combat et tue le Morhout, Thésée le Minautore. Nous retrouvons ici le hiéroglyphe de la fabrication du lion vert - d'où le nom de Léonnois ou Léonnais porté par Tristan - laquelle est enseignée par Basile Valentin sous la lutte des deux champions, l'aigle et le dragon. Ce combat singulier des corps chimiques dont la combinaison procure le dissolvant secret (et le vase du composé) a fourni le sujet de quantité de fables profanes et d'allégories sacrées.” Ce dissolvant permet à l'or (le roi Marc) de retrouver sa première jeunesse (Tristan) ; il constitue aussi un clin d'œil à l'adage hermétique voulant que tout ce qui est en haut (macrocosme) est comme ce qui est en bas (microcosme) par le miracle d'une seule chose : n'appartenait-il pas à l'alchimiste Jacques Cœur, nommé maître de l'hôtel des monnaies de Paris, de redonner au marc sa valeur première ? (Roger Facon, L'Or de Jérusalem, 1989 - books.google.fr).

 

Dans le relief du Palais de Bourges, Frocin, en habit de fou, est présent derrière un arbre à gauche comptant des insectes (mouches ?) sur le tronc (Eugène Frédéric Ferdinand Hucher, Lettre à Paulin Paris sur les représentations de Tristan et d'Yseult dans les monuments du moyen âge, 1871 - books.google.fr).

 

Quand on sait que l'emblème de Jean est l'aigle, on ne peut s'empêcher de faire un rapprochement avec la mythologie qui unissait dans un même symbolisme divin l'aigle et l'éclair. Dans la Bible, souvent les anges ont la forme d'aigles  (Ézéc. l, 10 - Apoc. 4, 7-8, etc.). C'était un symbole solaire par excellence dans l'Antiquité. ll passait pour rajeunir (Ps. 103[102], 5). Pour cela, il chauffe ses plumes au soleil et plonge dans l'eau (Marcel Laperruque, Fêtes païennes et fêtes chrétiennes: la liturgie universelle, 1996 - books.google.fr).

 

L'aigle est l'oiseau de Jupiter qui changea les Lyciens en grenouilles pour avoir outragé Latone, mère de ses deux enfants Artémis et Apollon, qui au début de l'Iliade, envoie la peste aux Achéens car Agamemnon a fait tort à son prêtre, Chrysès, en lui volant sa fille Chryséis.

 

Un rêve symbolique d'Yseut confirme une liaison implicite entre Tristan et le Lion zodiacal. Lorsque les amants se trouvent dans la forêt du Morrois, le roi Marc les surprend en train de dormir. Il décide de ne pas les réveiller mais en profite pour laisser un signe de son passage : il dispose ses gants dans le feuillage de la loge où dorment les fugitifs. Yseut fait alors un rêve angoissant. Elle s'imagine que deux lions veulent la dévorer. Elle implore leur pitié ; aussitôt, les deux lions la prennent par la main. Elle pousse un grand cri et les gants du roi Marc tombent sur elle. La reine se réveille en sursaut. Le symbolisme du rêve est parfaitement transparent. Si le roi Marc porte le nom d'un évangéliste qui a justement pour emblème un lion, ce n'est certainement pas un hasard. Tristan, quant à lui, est représenté par le signe astrologique de sa naissance «caniculaire». Dans son cas, le lion redouble l'emblème du chien. Il faudra interroger cette ressemblance fantasmatique des deux personnages dans l'esprit d'Yseut mais on peut déjà noter l'équivalence opposée de ces deux forces masculines qui reportent leurs sentiments sur la même femme (Philippe Walter, Le Gant de verre: le mythe de Tristan et Yseut, 1990 - books.google.fr).

 

L'été et l'hiver des amours tristaniennes semblent bien répondre à ce grand partage saisonnier sanctifié par l'Eglise.

 

La Saint-Jean du solstice d'été est le moment chez Béroul de l'absorption du philtre par Tristan et Yseut. La disparition du charme se fera à un jour anniversaire.

 

L'épisode de la Folie d'Oxford se déroulerait lors des trois jours consacrés à la fête de Fous, dont le pivot central est le 27 décembre de la Saint-Jean d'hiver. Représenté par un aigle, saint Jean l'évangéliste est évoqué dans la Prose d'Adam de Saint-Victor comme celui qu'une lumière plus pure emporte vers les choses divines, fertur in divina puriori lumine. Sur un manuscrit du Xe siècle, on lit que Jean, volant à la manière de l'aigle, monte aux nues par la parole, More volans aquilae verbum petit astra Johannes. Le Tristan des Folies reproduit à sa manière cette même image d'envol : la parole du héros l'emporte dans les nuées du palais de verre. Françoise Barteau a bien vu que ce dernier reprenait des éléments de la Jérusalem céleste du même saint Jean, cette fois-ci celui de l'Apocalypse (Jean-Marc Pastre, Remémoration et rituel tristanien dans la salle aux images et dans les deux folies, Etudes médiévales, Numéro 4, 2002 - books.google.fr).

 

Si la grenouille est verte, sa couleur s'ajoute au "rouge".

 

Associé au rouge, le vert symbolise sans doute la conjonctio oppositorum dans le dessin du ms. 2327, fol. 279 : le serpent Ouroboros y est représenté par deux cercles concentriques, l'un rouge, l'autre vert Selon le ms. de Saint-Marc : la composition « devient vert foncé et la couleur d'or en dérive ». Ce qui ressemble beaucoup au symbolisme de Synésius, auteur alchimique qui dans son dialogue avec Dioscorus, qui donne l'ordre des couleurs, chez l'homme, dans le processus alchimique, qui est donc : pâleur (ocre) vert, jaune ; le vert vient après la pâleur. La chrysocolle qu'évoque le texte correspond à la malachite, de couleur verte, qui sert à la soudure de l'or. Synésius appelle aussi la chrysocolle "batrachion" grenouille animal amphibie (Paulette Duval, La pensée alchimique et le Conte du Graal, 1979 - books.google.fr).

 

Le manuscrit 2327 (de Paris) a été écrit en 1478, quatre ou cinq siècles après le manuscrit de Saint-Marc; les figures des mêmes appareils y reparaissent, mais profondément modifiées ; elles ne répondent plus exactement au texte mais sans doute à des pratiques postérieures (Marcellin Berthelot, Figures des appareils des alchimistes grecs, Annales de chimie et de physique, 1887 - archive.org).

 

Dans la conjonctio oppositorum, on retrouve l'hybridation.

 

Le visage du roi Marc dans son pin se reflète sur le miroir d'eau de la fontaine, comme celui d’une grenouille au-dessus d’une mare.

 

La Borderie ne connaissait en Bretagne qu'un seul exemple du fameux droit de grenouillage : le "depry des grenouilles de l'évêque de Saint-Brieuc", attesté dès 1498 : les habitants de deux maisons de l'allée Menault (aujourd'hui rue des trois frères Marlin) étaient tenus, lors de la vigile de saint Jean Baptiste, de faire taire les grenouilles du ruisseau voisin  (Bernard Merdrignac, Recherches sur l'hagiographie armoricaine du VIIème au XVème siècle: Les hagiographes et leurs publics en Bretagne au Moyen Age, Tome II, 1986 - books.google.fr).

 

Brieuc aurait été gallois.

 

Tristan justifié

 

On voit pourquoi Béroul a voulu plus particulièrement à ces endroits solliciter l'attention de son public : l'ermite lui-même proposait l'alternative entre l'escondit et le pardon. Marc et ses barons ont choisi le pardon. La cause de Tristan est donc juste. Iseut a triomphalement prononcé sa deraisne : la loi l'a donc innocentée. Béroul met en valeur les instants où les fondements juridiques de sa thèse sur l'innocence de Tristan et d'Iseut révèlent leur solidité (Recherches et travaux, Numéros 1 à 13, 1970 - books.google.fr).

 

Tristan et Yseut ont en effet été ensorcelés par le philtre d'amour qui ne leur était pas destiné.

 

Hybride et folie

 

Le mot 'hybride' est doublement hybride. L'étymologie nous apprend qu'il vient "du latin hibrida, "sang mêlé", altéré en hybrida, sous l'influence du grec hubris qui signifie 'démesure', 'violence', par un faux rapprochement. Cette violence, à la lettre, faite au mot (au signifié comme au signifiant), et inscrite dans son orthographe, le rend hYbride à lui-même et le teinte d'une dissémination du sens, créant des embranchements de significations diverses à partir d'une vague et imparfaite dis/similitude orthographique, à la lettre près. Le mot 'hYbride', de par l'ébranlement de son sens et de son orthographe, est issu et rend compte d'un processus de contamination (entre Grec et Latin, entre 'mélange' et 'violence'). Cet excès, cette hubris, signifiée par le Y, font maintenant partie et départ du mot 'hYbride' (Sylvie Durmelat, L'invention de la "culture beur.", 1995 - books.google.fr).

 

La folie est véritablement intéressante - dramatiquement comme psychologiquement - quand elle est intériorisée par une disposition toute humaine. C'est ainsi que son lien est souvent signalé avec l'hubris («outrecuidance») et la tyrannie. Le prince trop puissant qui ne maîtrise pas son propre pouvoir peut être envahi par la «cholère», au sens pathologique : liquide dévastateur, l'humeur «brûlante» envahit son être et trouble son entendement (Françoise Charpentier, L'illusion de l'illusion : les scènes d'égarement dans la tragédie humaniste, Vérité et illusion dans le théâtre au temps de la Renaissance, 1983 - books.google.fr).

 

Du fou au fou de cour

 

Le fou vernaculaire conserve le même sens moral que l'insipiens du psaume 52, mais dans les romans arthuriens et dans le Roman de Tristan, le fou dit "de cour" s'apparente davantage à une "folie simulée" qu'à une ignorance (de Dieu): par exemple, Tristan simule la folie à la cour du roi Marc en se déguisant en fou pour accéder à Iseut. Et cette folie simulée est l'opposée de la folie conçue comme une privation de raison, elle est au contraire donnée par l'esprit. Or, le modèle de ce type de fou est posé par David qui, fuyant la haine de Saûl, se réfugia chez Achis, le roi de Gat, simula la folie devant lui par peur. [...] Tristan se présente à la cour du roi Marc avec une massue à la main ; les fous du Dixit insipiens des psautiers des XIIe et XIIIe siècles arborent une massue, qui est devenue la marotte du fou dit "de cour" (Martine Clouzot, Le fou de cour ou le miroir du prince, Château et divertissement: actes des Rencontres d'archéologie et d'histoire en Périgord les 27, 28 et 29 septembre 2002, 2003 - books.google.fr).

 

Fou et théâtre des Mystères

 

Le Guary Miracle (Guaremirs), dit Carew dans son abrégé de l'Histoire de Cornouailles (Richard Carew, The Svrvey of Cornwall, London, Printed by S. Staffod for John Jaggard, 1602), est une espèce de Farce composée de quelques morceaux de l'Ecriture, & écrite dans la langue du païs. On éleva pour la représentation un Amphithéâtre de terre en plein champ, ayant de largeur environ cinquante pieds. Le peuple y accourut de tour côté les tours d'adresse & les Diables n'y furent point épargnés, l'oreille & les yeux eurent de quoi se satisfaire. Ils ne récitoient point par cœur ; ils avoient derrière eux une espèce de soufleur qui avoit le livre en main; Parmi les Acteurs des Mystères, il y avoit un bouffon qui amusoit le peuple par ses souffrances feintes ou par des absurdités, & c'etoit le Diable qui jouoit ce rôle subalterne. Dans le Mystère de la Passion, il étoit couvert de ridicule & abandonné aux huées publiques : circonstance plaisante qui n'est point échappée à notre Shakespear. Il a de fréquentes allusions à ces vieilles sottises dans le Taming of the Shrew, où l'un des personnages demande un peu de vinaigre pour faire rugir leur Diable. Ces bones gens dans ces pieuses représentations, après avoir employé l'éponge remplie de fiel & de vinaigre, en frottoient le nez du Diable qui jettoit des cris horribles, comme s'il eut respiré de l'eau benite, & ces agréables plaisanteries excitoient le gros rire de l'assemblée : aussi avoit-on soin dans les anciennes Farces d'apprêter du vinaigre pour tourmenter le Diable. Nous avons dans notte langue plusieurs vieux proverbes qui ont rapport à ce rôle du Diable rendu ridicule dans ses souffrances & dans ses discours. Ce qui étoit le plus divertissant pour ces spectateurs pleins de goût, c'étoit lorsque le Diable contrefaisoit le grognement du cochon. Cette détestable plaisanterie nous venoit des anciens Mimes &. Bouffons. Voyez les Fables & Esope. Les Romains eux-mêmes, ce peuple si éclairé, ne rougissoient pas de rire à ces platitudes. Nous voyons que ces Mystères en France & en Angleterre furent d'abord représentés dans les Provinces a dio, c'est-à-dire, en plein air ; ils s'établirent depuis à Paris à l'Hôtel de Bourgogne, aujourd'hui la Comédie Italienne. Mais les Belles-Lettres eurent à peine servi à épurer la Religion de ces absurdités qui la défiguraient, qu'à la fin du regne de François Ier la Cour & le Clergé se réunirent pour proscrire ces farces extravagantes. En 1541, le Procureur-Général, au nom du Roi, présenta une Requête au Parlement contre la Compagnie de l'Hôtel de Bourgogne. Les principaux chefs d'accusation étoient que la représentation des histoires de la Bible induisoit le peuple au Judaïsme ; que celle des morceaux tirés du Nouveau Testament encourageoit le libertinage; qu'enfin ces pieuses Comédies diminuaient les aumônes, & faisaient tort aux pauvres. Il paroît que la Requête eut lieu, car en 1548 le Parlement de Paris confirma cette Compagnie de l'Hôtel de l'Hôtel de Bourgogne dans la possession dudit Hôtel, mais il défendit la représentation des Mystères (L'Année littéraire, Tome 7, 1761 - books.google.fr).

 

On retrouve le Théâtre de Bourgogne au quatrain IX, 33 - Louis XIV - Hercule (2127-2128).

 

Aux XVe-XVIe siècles, le personnage du fol présente différents visages.  Il y a le fol consacré des Psaumes (celui qui dit en son cœur Non est Deus), le fol naturel (probablement l'aliéné d'esprit), le fol domestique (les fous de cour, par exemple) et le morosophe (le fol érasmien, rabelaisien et shakespearien). Il se confond donc avec l'hérétique et avec le possédé, mais il connaît également un rôle spécifique au théâtre. Le rôle du fol a beaucoup d'importance dans les mystères et dans les moralités. Très souvent, il n'est pas transcrit dans le texte de la pièce et n'est indiqué la plupart du temps que sommairement - sans qu'on dispose du texte proprement dit : Stultus loquitur. Pourtant, il fonctionne soit comme élément de reterritoralisation, où il est censé représenter un «autre monde», celui de la folie au sein d'une représentation de l'axiologie citadine. [...]

 

Le fol est rapproché, par glissement diabolique, de l'Harlequin qui trouve son origine dans le théâtre médiéval, mais qui deviendra, à partir du XVIIe siècle, le fol au costume bariolé par excellence. [...]

 

L'enfer est une bouche et on parlait à Mons du crapaud (cf. "Rane") d'enfer. [...]

 

Dans certains mystères (Le Jour du Jugement, La Passion de Semur), un concile des diables intervient comme dans les introductions dans parties des romans arthuriens consacrés à Merlin (Jelle Koopmans, Le théâtre des exclus au Moyen Age, 1997 - books.google.fr).

 

Typologie

 

Tristan est soigné par la mère d’Yseut de ses blessures reçues au combat contre Morholt en 40 jours. Dans le roman allemand, Yseut fait passer Tristan pour un médecin gradué à Salerne, Frère Wit.

 

Merlin, à la fois homme et animal, civilisé et sauvage, sage et fou, unissant en lui les caractères les plus contradictoires, comme le rappelle P. Walter, «offre dès son état d'enfant l'image la plus accomplie de la coexistence des contraires (coincidentia oppositorum)» (Merlin ou Le savoir du monde, 2000, p. 76) (S. Menegaldo, D. James-Raoul, Regards sur une oeuvre : Roman de Silence, La tradition épique du Moyen Âge au XIXe siècle: partie thématique, 2005 - books.google.fr).

 

Il ne faut pourtant pas suivre les médecins en tout, saint Ambroise disant sur le Psaume XIII : «Les préceptes de la médecine sont contraires à la condition divine. Les médecins détournent du jeûne, interdisent les veilles, déconseillent la tension de la méditation.» Et il conclut : « Aussi celui qui se livre aux médecins se refuse-t-il à lui-même ». Car il nous est ordonné de mortifier les membres de l'homme animal par l'Apôtre, Colossiens, III [5] : « Mortifiez vos membres terrestres: fornication, impureté, désir, mauvaise convoitise, cupidité » Les membres de cet homme, ses mains, ses pieds, ses yeux, le Christ ordonne de les retrancher quand ils nous scandalisent, Matthieu, VIII [8-9]. Cela, comme dit l'Apôtre, Romains VI [6], en sachant que « notre vieil homme a été crucifié en  même temps que lui, le Christ, pour que soit détruit ce corps de péché et que nous ne soyons plus asservis au péché » (11 04-05 : l'homme animal)  (Jean Nider, Des sorciers et leurs tromperies, traduit par Jean Céard, 2005 - books.google.fr).

 

Le terme de psychotropes désigne littéralement un médicament de l'âme (psyché), dénomination manifestement abusive ; il est préférable de parler simplement de médicaments du cerveau. Le premier vrai médicament du cerveau fut le lithium. En 1949, J.  Cade, en Australie, étudie une substance supposée efficace sur les rhumatismes. Première surprise : les animaux qui ont reçu une injection de la substance sont d'une tranquillité anormale ; deuxième surprise : ce n'est pas la substance, mais le solvant, qui est responsable de l'effet sédatif. Ce solvant contient un sel de lithium. En comparant avec des solvants dépourvus de lithium, Cade arrive à la conclusion que seul le lithium est en cause. Fort de sa découverte, Cade, qui est psychiatre, imagine un emploi possible chez les malades mentaux agités. [...] À peu près à la même époque, en 1952, H. Laborit observe qu'un antihistaminique, la chlorpromazine, qu'il utilise dans le cadre d'anesthésie chirurgicale, possède une action psychique qui se caractérise par un ralentissement des idées et des gestes, une indifférence à l'entourage et une sorte de mise à distance du monde de l'expérience. [...] Le largactil est né et avec lui est introduite la camisole chimique à l'hôpital psychiatrique. En 1957, le groupe de Sainte-Anne propose le terme «neuroleptique» pour caractériser cette classe de médicaments dont la multiplication fait la fortune de l'industrie pharmaceutique. Ainsi s'ouvre l'ère de la psychopharmacologie qui transforme l'évolution des psychoses. Les autres grandes découvertes en matière de médicaments du cerveau ne sont pas moins dues au hasard et à l'observation. Ce sera en 1957 la découverte de l'imipramine, une molécule dérivée de la chlorpromazine, mais sans effet neuroleptique qui se révèle efficace dans le traitement de la mélancolie. La même année une équipe de psychiatres américains avec N. Kline découvre les propriétés antidépressives d'un médicament antituberculeux. [...] Puis viendront d'autres familles d'antidépresseurs et les tranquillisants qui inaugurent une recherche plus ciblée, minorant la place du hasard au profit d'une volonté créatrice et concertée que l'on a appelée le drug design (Jean-Didier Vincent, Voyage extraordinaire au centre du cerveau, 2007 - books.google.fr, Edouard Zarifian, Les Jardiniers de la folie, 1999 - books.google.fr).

 

En 1957, Jean Delay a élaboré avec son assistant Pierre Deniker une classification des substances psychotropes qui sera validée par le congrès mondial de psychiatrie en 1961. Cette classification distingue les substances psychotropes - des médicaments et aussi des drogues - en fonction de leur activité sur le système nerveux central (fr.wikipedia.org - Jean Delay).

 

Le droit pénal définit les agissements considérés comme nuisibles à la société en général et indique les peines auxquelles sont exposés ceux qui les commettent. Concrètement, après qu'une infraction ait été constatée, il conviendra d'en découvrir son auteur, de rassembler les preuves puis de sanctionner au terme d'un processus généralement judiciaire. Pour le choix de la sanction, le juge tiendra le plus grand compte de la nature et de la gravité de l'acte, mais aussi de la personnalité du délinquant. On ne saurait oublier, à cet égard, que le Code de procédure pénale de 1958 a, dans son article 81, alinéa 6, prévu que le juge d'instruction procède ou fait procéder... à une enquête sur la personnalité des personnes mises en examen ainsi que sur leur situation matérielle, familiale ou sociale, (il peut aussi prescrire un examen médical, un examen médico-psychologique ou ordonner toutes autres mesures utiles). Par la suite, une loi du 2 février 1981 modifiée par une loi du 6 juillet 1989, a prévu que le juge d'instruction peut ordonner une telle enquête. C'est dire qu'actuellement le jugement de l'auteur d'un délit ou d'un crime doit prendre en compte l'acte mais aussi la personne. En d'autres termes, la sanction doit être adaptée à la personnalité, non seulement juridique du délinquant (délinquant primaire ou n'ayant pas fait l'objet de telle condamnation, récidiviste) mais encore psychologique et réelle de l'agent. Par ailleurs, les sanctions se sont diversifiées : aux châtiments corporels ont succédé les privations de liberté et les sanctions patrimoniales (amendes, confiscation). Et aux peines fermes se sont ajoutées les sanctions sous condition : sursis, sursis avec mise à l'épreuve, contrainte pénale, libération conditionnelle, et même les sanctions à prédominance sociale : ajournement et dispense de peine, substituts à l'emprisonnement comportant notamment le travail d'intérêt général. Il s'ensuit que le choix puis l'exécution de la peine et son utilité, tant sociale qu'individuelle, méritent une attention particulière. Depuis que la privation de liberté était devenue le rouage essentiel de la sanction pénale l'on s'était préoccupé de la science pénitentiaire. À l'heure actuelle, et même si la privation de liberté garde une place importante à l'égard des criminels dans le dispositif répressif, de nombreuses autres sanctions sont proposées, si bien que le terme de pénologie, c'est-à-dire science des peines a pu paraître plus adapté (Bernard Bouloc, Droit de l'exécution des peines, 2017 - books.google.fr).

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