La guerre
d’Espagne VI, 19 1939-1940 La vraye flamme
engloutira la , Que voudra
mettre les Innocens Ă feu : Pres de
l’assaut l’exercite s’enflamme, Quant dans Seville monstre en bĹ“uf sera veu. "SĂ©ville monstre" Ratramne souligne que tout ce qui est issu des hommes n'est pas nĂ©cessairement humain, Ă©voquant, lĂ encore d'après Isidore, le cas de femmes accouchant d'un veau, d'un serpent, ou d'un ĂŞtre hybride, mi-homme, mi-animal. Isidore de SĂ©ville, dans ses Etymologiarum sive Originum libri XX, XI, 3 (Ă©d. Lindsay W. M., Oxford, 1911, 2 vol., t. 2, sans pagination), ne pose pas la question de l'humanitĂ© des monstres de manière explicite, mais il prĂ©sente, par le vocabulaire utilisĂ©, les races lĂ©gendaires et les naissances prodigieuses comme des ĂŞtres humains (Maaike Van Der Lugt, l'humanitĂ© des monstres et leur accès aux sacrements dans la pensĂ©e mĂ©diĂ©vale, Monstre et imaginaire social: approches historiques, 2008 - books.google.fr). Isidore de SĂ©ville, le dernier Père de l'Église qui consacra deux importants passages au Minotaure dans ses Etymologiae, la première encyclopĂ©die mĂ©diĂ©vale. On n'en a pas conservĂ© d'exemplaire illustrĂ© - s'il y en eut. Mais lesdits passages, intĂ©gralement repris dans le De Universo de Raban Maur, ont reçu une illustration suggestive dans un exemplaire rĂ©alisĂ© au Mont-Cassin, en 1023. La première correspond Ă une partie du chapitre consacrĂ© aux grands monuments dans lequel il est question des Bains, des Gymnases, des Amphithéâtres et mĂŞme des Labyrinthes localisĂ©s en Égypte, en Crète, Ă Lemnos et "en Italie". (Jacqueline Leclercq-Marx, Les avatars d’un mythe antique au Moyen Ă‚ge. ThĂ©sĂ©e et le minotaure aux Ă©poques prĂ©romane et romane, Les Cahiers de Saint-Michel de Cuxa, NumĂ©ro 39, 2008 - books.google.fr). Il est remarquable que le Minotaure mĂ©diĂ©val, Ă l’inverse du Minotaure antique, soit composĂ© d’une tĂŞte et d’un buste d’homme sur un corps de taureau (Émilie Nguyen, Le labyrinthe : reprĂ©sentation de l’espace et lecture du monde, 2019 - odysseum.eduscol.education.fr). Tristan tue le Morhout, ThĂ©sĂ©e le Minotaure. Nous retrouvons ici l'hiĂ©roglyphe de fabrication du Lion vert, d'oĂą le nom de LĂ©onois ou LĂ©onnais portĂ© par Tristan - laquelle est enseignĂ©e par Basile Valentin sous la lutte des deux champions, l'aigle et le dragon. Ce combat singulier des corps chimiques dont la combinaison procure le dissolvant secret (et le vase du composĂ©), a fourni le sujet de quantitĂ© de fables profanes et d'allĂ©gories sacrĂ©es. C'est Cadmos perçant le serpent contre un chĂŞne; Apollon tuant Ă coups de flèches le monstre Python et Jason le dragon de Colchide; c'est Horus combattant le Typhon du mythe osirien; Hercule coupant les tĂŞtes de l'Hydre et PersĂ©e celle de la Gorgone; saint Michel, saint Georges, saint Marcel terrassant le Dragon, rĂ©pliques chrĂ©tiennes de PersĂ©e, tuant le monstre gardien d'Andromède, montĂ© sur son cheval PĂ©gase; c'est encore le combat du renard et du coq, dont nous avons parlĂ© en dĂ©crivant les mĂ©daillons de Paris; celui de l'alchimiste et du dragon (Cyliani), de la rĂ©more et de la salamandre (de Cyrano Bergerac), du serpent rouge et du serpent vert, etc. Ce dissolvant peu commun permet la rĂ©incrudation de l'or naturel, son amollissement et le retour Ă son premier Ă©tat sous la forme saline, friable et très fusible. C'est lĂ ce rajeunissement du roi, que signalent tous les auteurs, dĂ©but d'une phase Ă©volutive nouvelle, personnifiĂ©e, dans le motif qui nous occupe, par Tristan, neveu du roi Marc fait, l'oncle et le neveu ne sont, chimiquement parlant, qu'une mĂŞme chose, de mĂŞme genre et d'origine semblable. L'or perd sa couronne, - en perdant sa couleur, - durant un certain laps de temps, et s'en voit dĂ©pourvu jusqu'Ă ce qu'il soit parvenu au degrĂ© de supĂ©rioritĂ© oĂą l'art et la nature peuvent le porter. Il en hĂ©rite alors d'une seconde, «infiniment plus noble que la première», ainsi que nous l'assure Limojon de Saint-Didier. Aussi, voyons-nous se dĂ©tacher nettement les silhouettes de Tristan et de la reine Yseult, tandis que le vieux roi demeure cachĂ© dans les frondaisons de l'arbre central, lequel - sort de la pierre comme l'arbre de JessĂ© sort de la poitrine du Patriarche. Remarquons encore que la reine est Ă la fois l'Ă©pouse du vieillard et du jeune hĂ©ros, afin de maintenir la tradition hermĂ©tique qui fait du roi, de la reine et de l'amant la triade minĂ©rale du Grand Ĺ’uvre. Enfin, signalons un dĂ©tail de quelque valeur pour l'analyse du symbole. L'arbre situĂ© derrière Tristan est chargĂ© de fruits Ă©normes, – poires ou figues gĂ©antes, en telle abondance que le feuillage disparaĂ®t sous leur masse. Étrange forĂŞt, en vĂ©ritĂ©, que celle de Mort-Roi, et combien nous serions portĂ© Ă l'assimiler au fabuleux et mirifique Jardin des HespĂ©rides ! (Fulcanelli, Le Mystère des CathĂ©drales: et l'interprĂ©tation Ă©sotĂ©rique des symboles hermĂ©tiques du Grand Ĺ’uvre, 1926 - books.google.fr). Cf. le quatrain VI, 46 et son mystĂ©rieux "Nonseggle". Isidore de SĂ©ville (en latin : Isidorus Hispalensis), nĂ© entre 560 et 570 Ă Carthagène et mort le 4 avril 636, est un ecclĂ©siastique du VIIe siècle, Ă©vĂŞque d'Hispalis (SĂ©ville), une des principales villes du royaume wisigothique d'Espagne entre 601 et 636. Son Ĺ“uvre majeure est Étymologies (Etymologiæ, vers 590-636), constituĂ©e de vingt livres, qui propose une analyse Ă©tymologique des mots divisĂ©e en 448 chapitres. Par cette Ĺ“uvre, il essaie de rendre compte de l'ensemble du savoir antique et de transmettre Ă ses lecteurs une culture classique en voie de disparition. Son livre a une immense renommĂ©e et connaĂ®t plus de dix Ă©ditions entre 1470 et 1530, illustration d'une popularitĂ© continue jusqu'Ă la Renaissance. (fr.wikipedia.org - Isidore de SĂ©ville). ArmĂ©s de la parole sainte, les Ă©vĂŞques protègent les citĂ©s, domptent les envahisseurs, fondent des monarchies chrĂ©tiennes sur les dĂ©bris de l'empire : c'est le temps oĂą s'illustrent, dans ces luttes hĂ©roĂŻques, saint GrĂ©goire le Grand, Isidore de SĂ©ville, Bède, saint Remi et ses disciples, saint Colomban, saint Augustin de CantorbĂ©ry, saint Boniface, saint CĂ©saire d'Arles et saint Avit de Vienne. Saint GrĂ©goire le Grand nĂ© en 540 mourut en 604, Isidore de SĂ©ville mourut en 636, Bède en 735, saint Remi en 533, saint Colomban en 615, saint Augustin de CantorbĂ©ry en 604, saint Boniface en 755, saint CĂ©saire en 542, saint Avit en 525 (Charles Aubertin, Histoire de la langue et de la littĂ©rature françaises au moyen âge d'après les travaux les plus rĂ©cents, Tome 2, 1878 - books.google.fr). "vraye flamme" : foudre ...quomodo ergò veram flammam in fulmine excitare potest ? (Paolo Aresi (1574-1644), Doctissimi discvrsvs, 1647 - books.google.fr). At verò in fulguratione, quae obijcitur visui in nubibus, omnes ge neraliter conveniunt in eo, quod talis fulguratio est vera flamma, & lux ignea, quæ sine igne vero, & naturali non potest absolute, & generalitèr loquendo, salvari (Juan Cano, Cursus philosophici: In quo extenduntur [et] ostenduntur quae in quatuor libris Meteororum docet Philosophus, Tomus sextus, 1691 - books.google.fr, Bentleii Critica Sacra: Notes on the Greek and Latin Text of the New Testament, Extracted from the Bentley Mss. in Trinity College Library, 1862 - books.google.fr). Le roman de Tristan en prose MĂ©liadus descendait en ligne collatĂ©rale de Joseph d'Arimathie, qui avait eu pour frère un nommĂ© Bron, auquel il laissa, en mourant, la garde du saint Graal. Ce Bron eut douze fils. L'aĂ®nĂ© se chargea de veiller au saint vase et fit vĹ“u de chastetĂ©, dix autres frères se marièrent selon le vĹ“u de leur père, mais le douzième, nommĂ© Sadoc, ayant abandonnĂ© la maison paternelle, courut le monde et, après une tempĂŞte, trouva sur le rivage une jeune et belle personne dont il devint amoureux. Cette personne Ă©tait fille du roi de Babylone et destinĂ©e en mariage au roi de Perse. NĂ©anmoins la belle ChĂ©linde, tel est son nom, est Ă©pousĂ©e, sur-le-champ, par Sadoc, et de cette union improvisĂ©e naĂ®t un fils nommĂ© Apollo, sĂ©parĂ© tout aussitĂ´t de sa mère Ă qui il reste toujours inconnu. Mais la belle ChĂ©linde, qu'une suite non interrompue d'Ă©vĂ©nements extraordinaires Ă©loigne successivement de tous ceux qui tombent amoureux d'elle, devient forcĂ©ment, pendant le cours d'un certain nombre d'annĂ©es, la maĂ®tresse d'un frère de Sadoc, de Thanor, roi de Cornouailles, et de Pellias, roi de LĂ©onois. Puis enfin, dans un combat que se livrent, sans se connaĂ®tre, Sadoc et Apollo devenu un fameux chevalier, celui-ci tue son père. Dans le dĂ©sespoir que lui cause ce parricide involontaire, il tue Thanor qui en avait Ă©tĂ© cause, et est proclamĂ© roi de LĂ©onais. Ses sujets, satisfaits de son gouvernement, n'ont bientĂ´t plus d'autre dĂ©sir que de le voir mariĂ© (Etienne-Jean De L'Ecluze, Roland, ou la Chevalerie. 778-1579, 1845 - books.google.fr). Apollo et Meliadus, tous liĂ©s au LĂ©onois, annoncent le destin de Tristan. La parentĂ© d'abord : les liens familiaux qui unissent Marc et Tristan depuis Canor et Pelias, deux des quatre Ă©poux de Chelinde, se renouvellent Ă l'Ă©poque de Marc en ce que Meliadus, père de Tristan, Ă©pouse la sĹ“ur de Marc, Elyabel. L'enfance d'Apollon, ancĂŞtre direct de Tristan, annonce dĂ©jĂ celle de ce dernier en ce que tous deux connaissent une enfance cachĂ©e, tous deux Ă©tant en outre confiĂ©s Ă des parents adoptifs. Comme Chelinde, dont il descend, Tristan dĂ©barque en Cornouailles après une effroyable tempĂŞte. La rivalitĂ© amoureuse et politique qui oppose Sador Ă Canor, puis Apollo Ă Cicoriades annonce aussi la rivalitĂ© entre Tristan et Marc. Lorsqu'il enlève Ă Canor Chelinde pour la donner Ă Pelias, Sador ignore qu'il s'agit de sa femme. Après qu'il l'a reconnue, Sador la regagne par un don contraignant rĂ©clamĂ© pour prix de ses services; par un mĂŞme don contraignant, Tristan gagnera Yseut pour Marc en exigeant du roi d'Irlande, Anguin, qu'il la lui donne pour prix du combat singulier qu'il a livrĂ© pour lui contre Blanor. En faisant arracher Chelinde Ă Canor, Pelias obtient ce que Tristan obtiendra, quoique de manière diffĂ©rente, en prenant la femme de Marc; c'est encore et toujours le LĂ©onois qui s'empare de la reine de Cornouailles. Une Ă©tymologie populaire et pseudo-isidorienne pourrait suggĂ©rer que les Cornouaillais ont pour vocation d'ĂŞtre cornus. Notons aussi que le LĂ©onois est marquĂ© par la beautĂ© et par l'amour. Pelias n'est-il pas enterrĂ© dans le temple de VĂ©nus ? Elyabel, la mère de Tristan, est en outre merveilleusement belle, tout comme le sera Yseut, l'amie de Tristan. Meliadus aime encore Elyabel aussi passionnĂ©ment que Tristan aimera Yseut. Meliadus Ă©pouse en outre, en seconde noce, la fille du roi de Petite-Bretagne, ce que fera Tristan avec la seconde Yseut, les deux princesses bretonnes reprĂ©sentant pour Tristan les plus grands dangers : la seconde femme de Meliadus ne cessera de conspirer contre Tristan qu'elle tente de faire empoisonner, tout comme la seconde Yseut, jalouse de la première, provoquera la mort de Tristan en lui faisant croire que la première Yseut n'est pas venue pour le guĂ©rir. Le châtiment de l'adultère marque par ailleurs autant Tristan que ses ancĂŞtres. La femme d'Apollo, Gloriande, princesse irlandaise, a crĂ©Ă© une jurisprudence en LĂ©onois, Ă©tendue plus tard Ă la Grande-Bretagne et Ă la Gaule : pour l'adultère qu'elle commet avec un chevalier, toute femme mariĂ©e connaĂ®tra le bĂ»cher; ce mĂŞme sort concernera Yseut l'Irlandaise accusĂ©e d'adultère avec Tristan, descendant de Gloriande. Apollo proposera le mĂŞme châtiment pour cette dernière, accusĂ©e Ă tort d'adultère avec un certain Amant. Notons enfin que le personnage de Sador annonce celui de Tristan sur un point essentiel. Comme Tristan, Sador est le plus vaillant des chevaliers. Le narrateur ne cesse de le souligner. Mais Sador n'est pas roi; c'est en champion de rois qu'il se rĂ©vèle le meilleur, d'abord au service de Canor, qu'il remplace dans le combat singulier qui l'oppose Ă Pelias, puis au service de Pelias, pour lequel il enlève Chelinde Ă Canor. Tristan fonde de mĂŞme sa renommĂ©e sur les hauts faits qu'il rĂ©alise au service de rois, le motif de sa propre royautĂ© passant au second plan de la narration. Il affronte ainsi le Morhold pour Marc, le dragon pour le roi d'Irlande et, dans le Roman en prose, Blanor pour Anguin, tout autant roi d'Irlande. Sador s'illustre donc pour dĂ©fendre Canor, comme Tristan dĂ©fendra Marc contre le Morhold. Sador, comme son descendant en LĂ©onois, vient au secours de la Cornouailles. Comme quoi le LĂ©onois ne connaĂ®t pas la rancune : il libère Marc et la Cornouailles d'un tribut acceptĂ© jadis par Canor le Cornouaillais pour venir Ă bout de Pelias et du LĂ©onois ! Reconstruit Ă partir des aventures de Tristan, le prĂ©ambule gĂ©nĂ©alogique du Roman en prose est fait en bonne part pour annoncer ces dernières. L'Ancien Testament annonçait le Nouveau, l'AntiquitĂ© paĂŻenne prĂ©figurait, par Platon et Virgile, l'ère chrĂ©tienne. Nourri de rĂ©miniscences testamentaires et antiques, le prĂ©ambule lignager prĂ©figure les destins de Marc et de Tristan dans les rivalitĂ©s qui les opposent et jusque dans le dĂ©tail de leurs aventures (Jean-Marc PastrĂ©, Le passĂ© Ă©claire le prĂ©sent, Lignes et lignages dans la littĂ©rature arthurienne, 2016 - books.google.fr). Apollo est proclamĂ© roi de LĂ©onois, tandis que Cicorades, le fils de Thanor et de Chelinde, succède Ă son père en Cornouaille. On recommande Ă Apollo de se marier, et l'on fait venir, pour qu'il choisisse une femme, toutes les filles ou veuves du royaume, sans leur faire connaĂ®tre dans quel but elles sont mandĂ©es. Chelinde, qui s'est retirĂ©e dans un château oĂą elle pleure la mort de Sadoc, est encouragĂ©e par son hĂ´tesse Ă se prĂ©senter avec les autres. Apollo se dĂ©cide en sa faveur et Ă©pouse sa mère. Ainsi s'accomplit le songe de Thanor. Apollo Ă©pouse Chelinde, sa mère. Saint Augustin, le missionnaire, survient et leur dĂ©couvre la vĂ©ritĂ©. Chelinde, exaspĂ©rĂ©e, le traite de menteur et le fait emprisonner. Dans la nuit, le roi est effrayĂ© par un songe allĂ©gorique : Ă l'entrĂ©e de la route, Ă droite, il trouve un agneau et, du cĂ´te gauche, un loup. L'agneau adresse le roi Ă saint Augustin et prĂ©dit Ă la reine les peines Ă©ternelles. Le lendemain, Chelinde, dont la fureur contre le saint homme ne peut ĂŞtre apaisĂ©e, le fait monter sur le bĂ»cher; mais le feu s'Ă©teint, et la reine est frappĂ©e de la foudre. Saint Augustin prĂŞche au roi et lui explique le songe : les deux routes mènent au paradis ou Ă l'enfer. Apollo se fait baptiser : ce changement de religion lui occasionne une guerre avec les Cornouaillais, qui sont battus. Pelyas est tuĂ© Ă la guerre, et Luce, son fils, lui succède. On fait la paix tout reste comme auparavant, mais les Cornouaillais continuent Ă payer leur tribut annuel de cent demoiselles, cent jeunes hommes et cent chevaux de prix. Cela dura, dit le romancier, deux cents ans, jusqu'Ă ce que Tristan, le neveu du roi Marc de Cornouaille, tua le Morhout dans l'Ă®le de Saint-Sanson (Eilert Løseth, Le roman en prose de Tristan, 1891 - books.google.fr). Sadoc appelle sa femme Chelinde "Dame" dans une Ă©dition de 1502 des aventures de Tristan (Tristan, chevalier de la table ronde, nouvellement imprimĂ© Ă Paris, 1514 - books.google.fr). Innocent comme un agneau "Innocents" est un pluriel alors qu'Augustin seul monte sur le bĂ»cher. Il n'est pas dit que Chelinde veuille s'en prendre Ă tous ces chrĂ©tiens. En replaçant Augustin dans l'histoire, on sait qu'il Ă©tait accompagnĂ© : GrĂ©goire le Grand en envoiant Augustin, Mellite & Jean dans la grande Bretagne, il les recommande par lettres aux EvĂŞques & aux Rois de France. Il Ă©crit pour le mĂŞme sujet Ă ThĂ©odebert, Ă Thierri & Ă Brunehault. Il Ă©crit Ă Didier EvĂŞque de Vienne (Recueil des historiens des Gaules et de la France, Tome 3, 1741 - books.google.fr). L'arrivĂ©e d'Augustin Ă la cour de LĂ©onois provoque une vĂ©ritable mĂ©tamorphose de Chelinde. La prescience de l'homme de Dieu lui rĂ©vèle en effet l'inceste, qu'il dĂ©couvre Ă son tour au roi et Ă la reine. La rĂ©action d'Apollo et celle de Chelinde sont parfaitement antithĂ©tiques. Chelinde veut faire mettre Ă mort celui qui a dĂ©voilĂ© sa honte et l'accuse de sorcellerie (Laurence Harf-Lancner, L'eau magique et la femme-fĂ©e : le mythe fondateur du Tristan en prose, L’eau au Moyen Ă‚ge, 2014 - books.google.fr). "Flamme" Outre Augustin d'Hippone, le cĹ“ur enflammĂ© est d'ailleurs un emblème qui est loin d'ĂŞtre rare. La CharitĂ© nous le prĂ©sente communĂ©ment. Saint GrĂ©goire le Grand, sainte Catherine de Sienne , etc. (FĂ©lix Andry, Recherches sur le coeur et le foie: considĂ©rĂ©s aux points de vue littĂ©raire, mĂ©dico-historique, symbolique, etc., Tome 1, 1858 - books.google.fr). Le terme "exercite" employĂ© vient du latin "exercitus", armĂ©e. On cherche une rĂ©fĂ©rence latine qui conduit Ă une autre reine en Grande Bretagne Cartismandua ou Caretmandua, qui au contraire de Chelinde, qui s'oppose au Romain Augustin, collabore avec l'occupant venu d'Italie. XXXV. Obstupefecit ea alacritas ducem romanum ; simul objectus amnis, additum vallum, imminentia juga, nihil nisi atrox et propugnatoribus frequens terrebat. Sed miles prælium poscere, cuncta virtute expugnabilia clamitare; præfectique ac tribuni, paria disserentes, ardorem exercitus incendebant. Tum Ostorius, circumspectis quæ impenetrabilia quæque pervia, ducit infensos, amnemque haud difficulter evadit. XXXV. A ces transports, le gĂ©nĂ©ral romain est stupĂ©fait de plus, ce fleuve Ă traverser, ce retranchement Ă forcer, ces collines escarpĂ©es, tous ces lieux hĂ©rissĂ©s de guerriers menaçans, l'Ă©pouvantent. Mais le soldat demande le combat, crie que tout doit cĂ©der Ă la valeur; les prĂ©fets et les tribuns tiennent le mĂŞme langage; l'ardeur de l'armĂ©e s'enflamme. Alors Ostorius, ayant bien distinguĂ© les parties impĂ©nĂ©trables et les lieux accessibles, fait avancer ses soldats pleins d'ardeur, et passe le fleuve sans difficultĂ©. Dès que l'on eut touchĂ© au rempart, et tandis que l'on combattait Ă coups de traits, un plus grand nombre des nĂ´tres furent blessĂ©s ou Ă©gorgĂ©s; ensuite dès qu'Ă l'aide de la tortue on eut entr'ouvert ces amas informes et grossiers de pierres, et que les deux armĂ©es furent sur le mĂŞme terrain, les Barbares se retirèrent vers les sommets des montagnes; mais nos soldats pesamment armĂ©s y coururent, aussi bien que les troupes lĂ©gères, les unes en lançant des traits, les autres en serrant les rangs. Le dĂ©sordre, au contraire, se mit chez les Bretons, qui n'avaient pour dĂ©fense ni casques ni cuirasses; et s'ils rĂ©sistaient aux auxiliaires alliĂ©s, les lĂ©gionnaires les renversaient avec leurs Ă©pĂ©es et leurs lances; s'ils s'avançaient contre nos lĂ©gions, les auxiliaires les massacraient Ă coups de hache et de javeline. Cette victoire fut brillante: on prit l'Ă©pouse et la fille de Caractacus, et ses frères se livrèrent Ă discrĂ©tion. XXXVI. Lui-mĂŞme (presque toujours l'adversitĂ© place mal sa confiance), s'Ă©tant livrĂ© Ă la foi de Cartismandua, reine des Brigantes, fut chargĂ© de fers et remis aux vainqueurs. C'Ă©tait la neuvième annĂ©e qu'il nous faisait la guerre en Bretagne. Aussi sa renommĂ©e avait passĂ© au delĂ des Ă®les, s'Ă©tait rĂ©pandue dans les provinces voisines, et Ă©tait cĂ©lèbre mĂŞme en Italie. On dĂ©sirait voir celui qui, tant d'annĂ©es, avait bravĂ© notre puissance (Tacite, Annales, Livre XII) (Bibliothèque latine-française publiĂ©e par C. L. P. Panckoucke, Tome 164, 1831 - books.google.fr). C'est sous le règne de Claude que se passe Ostorius de l'abbĂ© de Pure, reprĂ©sentĂ© en 1658. Le sĂ©nateur Ostorius a vaincu, dans les Ă®les britanniques, le roi des Silures, Caractacus, et lui offre la libertĂ© s'il lui laisse sa fille dont il est Ă©pris («Je suis victorieux et je perds ma franchise», I, 5). Le chantage dĂ©chire la jeune fille mais n'Ă©branle pas la dĂ©cision du roi vaincu de la donner au prince Ă qui il l'avait promise. Émulation d'hĂ©roĂŻsme : avec grandiloquence, le Romain libère finalement son prisonnier et marie les jeunes gens (Charles Mazouer, Théâtre français de l'âge classique, Tome 2 : L'apogĂ©e du classicisme, 2010 - books.google.fr). Cartimandua (fl. 43-69 ap. J.-C.) Ă©tait une reine celte qui rĂ©gnait sur le peuple des Brigantes dans le nord de la Bretagne (actuelle Grande-Bretagne) au Ier siècle. Les Brigantes, considĂ©rĂ©s comme la plus grande tribu de Bretagne en termes de territoire, occupaient une rĂ©gion centrĂ©e sur l'actuel Yorkshire. Petite-fille du roi Bellnorix, Cartimandua accĂ©da au pouvoir vers l'Ă©poque de l'invasion et de la conquĂŞte romaine de la Bretagne. Son règne est surtout caractĂ©risĂ© par son parti-pris en faveur des Romains, lors de l'invasion de l’île par l’empereur Claude. Quand Caratacos, en fuite après la dĂ©faite des Ordovices, se rĂ©fugie chez elle, elle le livre aux Romains. Venutius, son premier Ă©poux, prend la tĂŞte d’une troupe de Brigantes, opposĂ©s Ă Rome, après leur sĂ©paration. Elle Ă©pouse ensuite son Ă©cuyer Vellocatos (fr.wikipedia.org - Cartimandua, Pierre Grimal, Tacite, 2014 - books.google.fr, John Bagnell Bury, History of the Roman Empire from Its Foundation to the Death of Marcus Aurelius (27 B.C.-180 A.D.), 1893 - books.google.fr). La Religion contribua peut-ĂŞtre encore Ă adoucir la fiertĂ© Angloise. Du moins, s'il en faut croire les Auteurs (Gildas, Polydore Virgile) qui raportent Ă ce tems-lĂ l'entrĂ©e du Christianisme en Angleterre par la venuĂ« & la predication de Joseph d'Arimathie (Isaac de Larrey, Histoire D'Angleterre, D'Ecosse, Et D'Irlande, Tome 1, 1707 - books.google.fr). L'auteur du Conte du Graal mĂ©dite sur cette vision saturnienne de l'Ă©criture assimilĂ©e dĂ©jĂ chez Isidore de SĂ©ville Ă un ensemencement (Etymologies, VI, 14, 71); les Anciens traçaient leurs lignes comme les laboureurs leurs sillons (Philippe Walter, La mĂ©moire du temps: fĂŞtes et calendriers de ChrĂ©tien de Troyes Ă La mort Artu, 1989 - books.google.fr). «Isidore de SĂ©ville compare le stylet Ă la charrue. Il fait allusion aux Anciens traçant leurs lignes tel le laboureur ses sillons. La page blanche est comparĂ©e Ă un champ qui n’a pas encore subi le soc de la charrue. Les Ă©crivains du Moyen Ă‚ge utilisent souvent ce sens symbolique» (Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, «Dictionnaire des Symboles», Laffont, p. 213) (nonagones.info - Le carrĂ© SATOR - Perceval - Perceval et le carrĂ© SATOR). Acrostiche : LQ PQ, locusque populusque Daniel Verstraete a plaidĂ© que le caractère immatĂ©riel du château du Graal et de ses habitants, que l'Ă©tat d'incomplĂ©tude du Roi-PĂŞcheur et le sentiment d'attente que donne la scène, que le pouvoir libĂ©ratoire enfin dont est investi Perceval rapprochent le royaume du Graal d'un lieu qui se constituait Ă l'Ă©poque, le locus purgatorius. La remarque vaut aussi pour le Parzival. Terre de Salvaesche est en effet, Ă l'instar de la terre du Graal de ChrĂ©tien, d'abord une terre d'expiation. C'est Sigune, qui porte Ă mĂŞme la peau sous sa robe grise une chemise de crin (437, 24-22), qui a renoncĂ© Ă toute joie terrestre, qui vit en recluse (435, 13-28) et que la mort surprend en prière (804, 22-23 ). C'est Trevrizent, dont Sigune dit Ă Parzival qu'il a choisi de vivre dans la pauvretĂ© pour l'amour de Dieu et pour expier ses pĂ©chĂ©s, "durch got fĂĽr sĂĽnde er daz tuot" (251, 14). Wolfram reprendra plus tard Ă son compte le mĂŞme commentaire : "sus stuont sĂ®n heileclĂ®chez lebn. got het im den muot gegebn : der hĂŞrre sich bereite gar gein er himelischen schar. mit vaste er grĂ´zen kumber leit : sĂ®n kiusche gein den tievel streit.". (452, 23-28) "Il menait une vie fort pieuse, car Dieu lui avait inspirĂ© la dĂ©cision de se prĂ©parer tout entier Ă entrer dans la cĂ©leste cohorte. Le jeĂ»ne lui imposait de grandes privations. Mais son abstinence Ă©tait une arme contre le diable. "C'est Anfortas qui doit, pour avoir aimĂ© une femme que ne lui avait pas dĂ©signĂ©e l'inscription sur la pierre, endure pour l'expiation de sa faute souffrances et tourments pitoyables (478, 13-16 et 787, 16-18). C'est mĂŞme l'ensemble du peuple du Grâl, qui par compassion, sent dans son cĹ“ur la pointe de la lance qu'on plonge dans la blessure d'Anfortas (493, 11-14) et sur lequel pèse collectivement la colère de Dieu (493,26-29). C'est enfin Parzival qui, après sa rencontre avec le saint ermite, connaĂ®t, comme l'Ă©crit E.Dick, un purgatoire spirituel. Parzival, comme le lui dit expressĂ©ment Trevrizent, doit en effet expier sa faute "nim buoz fĂĽr missewende" (499, 27). H. Kolb avait bien vu cet aspect de purgatorium avec les templeise, qui livrent combat pour expier les leurs (Jean-Marc PastrĂ©, Structures littĂ©raires et tripartition fonctionnelle dans le Parzival de Wolfram Von Eschenbach: la quĂŞte du graal, 1993 - books.google.fr). C'est GrĂ©goire le Grand qui a Ă©levĂ© le feu du purgatoire au rang de croyance incontestĂ©e. GrĂ©goire a Ă©tĂ© pape de 590 Ă 604, et est communĂ©ment appelĂ© «l'inventeur du purgatoire». L'Église catholique a dĂ©fini son dogme officiel du purgatoire lors des conciles de Lyon (1274) et de Florence (1439), et l'a rĂ©affirmĂ© lors du concile de Trente en 1547 (RenĂ© Peyrous, PensĂ©es, propos, rĂ©flexions ou spĂ©culations hĂ©rĂ©tiques: Notes de lectures philosophico-scientifiques, historiques et religieuses, 2021 - books.google.fr). Après ClĂ©ment d'Alexandrie et Origène, qui ne sĂ©parent pas encore vraiment le purgatoire de l'enfer, bien qu'ils distinguent nettement deux sortes de pĂ©cheurs, il faut attendre saint Augustin pour que la prĂ©histoire du purgatoire s'enrichisse de manière dĂ©cisive. Bien que sa position reste hĂ©sitante, puisqu'elle change suivant les circonstances, il Ă©labore un concept plus prĂ©cis en utilisant comme vocabulaire les peines purgatoires, les tourments purgatoires, le feu purgatoire; et il inscrit ce travail de purification dans la pĂ©riode qui sĂ©pare la mort de la fin des temps. Pour lui les suffrages des fidèles peuvent soulager les peines des dĂ©funts. Saint GrĂ©goire le Grand, vers 600, adopte la pensĂ©e de saint Augustin en y ajoutant comme nouveautĂ© l'illustration par l'anecdote. Il n'hĂ©site pas non plus Ă donner Ă ce temps intermĂ©diaire une dimension spatiale, puisqu'il parle d'un «lieu de peines» (Jean-Marc Bot, Le temps du purgatoire, 2002 - books.google.fr). GrĂ©goire de Tours rappelle Ă©galement la dĂ©livrance procurĂ©e Ă l’âme par la rĂ©gularitĂ© d’une offrande eucharistique. Isidore de SĂ©ville va insister lui aussi sur la valeur propitiatoire du sacrifice pour la rĂ©mission des pĂ©chĂ©s. Avant Bède le VĂ©nĂ©rable (mort en 735), qui reprĂ©sente le maillon suivant dans la chaĂ®ne de transmission des idĂ©es grĂ©goriennes, Isidore introduit l’idĂ©e que mĂŞme les pĂ©chĂ©s graves peuvent ĂŞtre remis après la mort, Ă©tape importante dans l’histoire du purgatoire (CĂ©cile Treffort, L’Église carolingienne et la mort, 1996, - books.openedition.org). Typologie Le report de 1939 sur la date pivot 636 donne -667. Epoque du roi Manassès de Juda et de Judith (Nicolas Lenglet Du Fresnoy, Tablettes chronologiques de l'histoire universelle sacrĂ©e et prophane, ecclĂ©siastique et civile, depuis la crĂ©ation du monde, jusqu'Ă l'an 1743, Tome 1, 1744 - books.google.fr, Leçons de chronologie et d'histoire, Tome 2, 1853 - books.google.fr). Le Moyen Ă‚ge rend Ă©galement populaire des figures empruntĂ©es notamment de l’AntiquitĂ©. C’est le cas du personnage hĂ©roĂŻque de Judith, hĂ©roĂŻne juive par excellence, qui apparaĂ®t dans le Livre qui porte son nom (composĂ© entre le IIIe et le Ier siècle av. J.-C. et considĂ©rĂ© comme apocryphe par la tradition juive). Elle «sauve sa ville de BĂ©thulie assiĂ©gĂ©e par le gĂ©nĂ©ral Holopherne en n’hĂ©sitant pas Ă se rendre Ă son camp, en le sĂ©duisant et en le sacrifiant.» Cette figure prendra alors une symbolique particulière, notamment en Italie, grâce au «motif de son courage». A la fin de l’époque mĂ©diĂ©vale, elle devient Ă Florence «le symbole de la libertĂ© opposĂ©e Ă la tyrannie.» (Manon Grandhay, L’hĂ©roĂŻsme au fĂ©minin: la femme combattante dans le mythe de Tristan et Yseut et dans le roman Érec et Énide, 2020 - dumas.ccsd.cnrs.fr). Judith libère sa ville assiĂ©gĂ©e par un tyran - Holopherne. Et Dante de rappeler cet Ă©pisode cĂ©lèbre au Purgatoire (XII, 58-60) oĂą Holopherne est un exemple de l'outrecuidance punie et terrassĂ©e (Sesto Prete, L'imitation des classiques dans "La Judith" de Du Bartas, Du Bartas, 1590-1990: actes du colloque international d'Auch-Le Bartas-Pau (6-8 avril 1990), 1992 - books.google.fr). La structure des rĂ©cits de Judith et de 2 MaccabĂ©es est comparable, et on a reconnu Holopherne en Gorgias. C'est dans la prière des morts commandĂ©e par Judah MaccabĂ©e (2 MaccabĂ©es 12) que les catholiques trouvent une justification de l'existence du purgatoire. Judith est rapportĂ©e Ă Judah (mĂŞme Ă©tymologie) (Lawrence M. Wills, Judith, 2019 - books.google.fr, The Jewish Encyclopedia: A Descriptive Record of the History, Religion, Literature, and Customs of the Jewish People from the Earliest Times, Tome 6, 1901 - books.google.fr). Au Livre de Judith dans la traduction de la Vulgate : 20. Malheur Ă la nation qui s'Ă©lèvera contre mon peuple; car le Seigneur, le Tout-Puissant se vengera d'elle et il la visitera au jour du jugement. 21. Il donnera leur chair au feu et aux vers, afin qu'ils soient brĂ»lĂ©s et qu'ils le sentent Ă jamais. 22. Et ensuite, il arriva qu'après la victoire tout le peuple vĂnt Ă JĂ©rusalem adorer le Seigneur, et aussi tĂ´t qu'ils furent purifiĂ©s, ils offrirent tous des holocaustes, leurs vĹ“ux et leurs promesses. (La Sainte Bible: Texte de la Vulgate, traduction française en regard, avec commentaires thĂ©ologiques, moraux, Tome 11, 1879 - books.google.fr). Pendant le Front populaire et la guerre d'Espagne, l'extrĂŞme droite oppose l'Ă©tendard de Jeanne au drapeau rouge. Ainsi J.-J. Brousson Ă©crit-il dans Je suis partout, le 15 mai 1937 : «Visiblement la sainte de la patrie n'est pas en odeur chez les fanatiques de la Pasionaria. Une vierge qui croit Ă Dieu et Ă la patrie ! Ah ! s'il y avait eu une manifestation en faveur de cette Judith qui se glissa dans la tente d'Holopherne, et lui trancha gentiment le le col ! Mais une hĂ©roĂŻne qui offre la paix avant la bataille...» (Michel Winock, Le XXe siècle idĂ©ologique et politique, 2013 - books.google.fr). Tandis que les Juifs voient le gĂ©nĂ©ral ennemi comme un vĂ©ritable «minotaure» (II, 6), l'Holopherne de Giraudoux apparaĂ®t comme le reprĂ©sentant d'un paganisme innocent. En une inversion des signes, la figure du Mal devient ici l'image d'un bonheur Ă©dĂ©nique. Alors que le judaĂŻsme a prĂ©cipitĂ© l'homme dans l'univers du mal et de la faute, Holopherne, lui, croit en la possibilitĂ© d'un accord avec le monde, mais Ă condition de tenir Ă l'Ă©cart les dieux. On connaĂ®t le goĂ»t qu'a Jean Giraudoux pour le motif du «refuge» (l'Ă®le de Suzanne...), c'est-Ă -dire pour tout ce qui rappelle le microcosme de Bellac. De cette mĂ©taphore obsĂ©dante, Holopherne propose une version originale puisque sa tente, selon lui, constitue une «clairière», un «îlot», «un des rares coins humains vraiment libres», c'est-Ă -dire un endroit oĂą «il n'y a pas de Dieu» (Jacques Poirier, Judith: Échos d'un mythe biblique dans la littĂ©rature française, 2016 - books.google.fr). Judith est une pièce de théâtre en trois actes de Jean Giraudoux crĂ©Ă©e le 5 novembre 1931 au théâtre Pigalle dans une mise en scène de Louis Jouvet (fr.wikipedia.org - Judith (pièce de théâtre)). InfluencĂ© par Apollinaire, puis par AndrĂ© Breton, Picasso tend peu Ă peu vers un art associĂ© au SurrĂ©alisme Ă partir de 1924. Il dĂ©veloppe la figure du Minotaure (La Minotauromachie, musĂ©e national Picasso-Paris, 1935) et retranscrit la violence de la guerre d'Espagne (Guernica, musĂ©e Reina Sofia, Madrid, 1936) (Maylis Poulot-Cazajous, Manuel d'histoire des arts. De l'AntiquitĂ© au XXIe siècle, 2021 - books.google.fr). Il existe une gravure de Picasso; vous la connaissez bien. Elle date de la guerre d'Espagne : Corrida oĂą le Taureau est le «Minotaure» en personne. Ceux qui l'ont vu, ne peuvent plus oublier le regard, l'expression de l'animal fabuleux. Cette gravure nous fait immanquablement songer Ă Luis Bunuel. Il est le Minotaure de l'art cinĂ©matographique. D'un film Ă l'autre, nous le retrouvons, pris au piège du soleil, comme le taureau. Il existe aussi dans l'Ĺ“uvre de Picasso d'autres images : celle d'un torero Ă©lĂ©gant, le bras levĂ©, prĂŞt Ă piquer, celle d'un torero massif, de pierre, qui nous Ă©voquent irrĂ©sistiblement Bunuel. Luis Bunuel est, Ă la fois, ThĂ©sĂ©e et le Minotaure, le torero et le taureau, d'oĂą la tragique beautĂ©, l'intensitĂ©, la violence et la magie sensuelle de ses films (Henri Langlois, Luis Bunuel, L'Avant-scène: CinĂ©ma, NumĂ©ros 173 Ă 182, 1978 - books.google.fr). La guerre d’Espagne commence le 17 juillet 1936 par le soulèvement des troupes Ă Melilla au Maroc espagnol. L’insurrection s’étend Ă de nombreuses rĂ©gions d’Espagne. En Andalousie quelques noyaux, comme Cordoue et Grenade s’unissent Ă SĂ©ville. Franco, venu des Canaries, prend le commandement des troupes au Maroc puis, en octobre, devient le chef du gouvernement nationaliste et commandant en chef des forces nationaliste. Les gardes d’assaut (« l’assaut l’exercite » : « exercite » du latin « exercitus », armĂ©e) restent fidèle au gouvernement rĂ©publicain. Sur 50 provinces, 20 sont rĂ©publicaines, 16 nationalistes et 14 balancent. A Guernica, des avions allemands et italiens utilisent des bombes explosives et incendiaires qui dĂ©truisent 70 % des bâtiments (« La vrai flamme engloutira la », « » symbolisant la rĂ©publique). Du fait des nationalistes, il y aura 15 000 prĂŞtres exĂ©cutĂ©s (« Innocents »). Apollo Ă©pouse sa mère Chelinde : OEdipe La tragĂ©die d'OEdipe a semblĂ© suffisamment universelle pour qu'un grand savant, Sigmund Freud (1856-1939), fondateur de la psychanalyse (l'analyse de l'esprit), considère que tous les hommes, pendant leur petite enfance, souhaitent faire ce qu'Edipe rĂ©alise sans le vouloir : se dĂ©barrasser de leur père pour prendre sa place auprès de leur mère (la situation s'inverse pour les filles, bien entendu). C'est ce que Freud a appelĂ© le complexe d'Edipe. Selon ce savant, c'est seulement lorsque l'enfant a compris que la rĂ©alisation de ce dĂ©sir est absolument interdite (et la punition d'Edipe est assez dure pour le montrer !) et qu'il ne la souhaite plus c'est seulement alors qu'il est en mesure d'accĂ©der Ă l'âge d'homme : il a alors dĂ©passĂ©, rĂ©solu son complexe (Marie-ThĂ©rèse Davidson, Oedipe le maudit, 2022 - books.google.fr). |