Inde et Egypte

Inde et Egypte

 

VI, 49

 

1961-1962

 

De la patrie de Mammer grand Pontife,

Subjugera les confins du Danube:

Chasser les croix, par fer raffe ne riffe,

Captifz, or, bague plus de cent mille rubes.

 

"patrie de Mammer"

 

"Mammer" peut désigner Mamert (ou Mammert), archevêque de Vienne en Gaule mort en 475. Il institue la fête des Rogations et est fêté le 11 mai. C'est un des trois saints de glace avec saint Pancrace et saint Servais (fr.wikipedia.org - Mamert de Vienne, Jean-Scholastique Pitton, Annales de la sainte Eglise d'Aix, 1668 - books.google.fr).

 

Cette fête, encore appelée les Litanies Mineures, fut introduite par l'évêque de Vienne, saint Mamert en 474 dans la vallée du Rhône et en Dauphiné. À cette époque, les rogations ont pris la place, dans le calendrier, de la fête romaine des robigalia, célébrations cultuelles pour la protection des céréales contre la rouille qui se déroulaient le sixième jour avant les calendes de mai. Un flamine se rendait au bois sacré du dieu pour livrer aux flammes l'encens, le vin, les entrailles d'une brebis, ainsi que des organes d'un chien roux (éclat du soleil). Ainsi, on dit aussi "la fête des chiens roux" (fr.wikipedia.org - Rogations).

 

L'empereur Julien parle fortuitement des chiens sacrifiés à Rome dans son Oraison V "à la Mère des Dieux". Dans le texte grec, ces chiens sont associés à Hécate La note de l'édition développe avec des références à Ovide (Fastes) et à Festus sur les Robigalia (Imperator Julianus Apostata, Opera quae quidem reperiri potuerunt omnia, Cramoisy, 1630 - books.google.fr).

 

La rougeur du pelage des chiens sacrifiés renvoie à la couleur du rubis (dernier vers). Le chien renvoie aussi au Grand Chien et à Sirius qui,  s'il faut en croire l'Almageste, était rouge dans l'antiquité, il est aujourd'hui d'un blanc légèrement bleuâtre (Frédéric Zurcher, Elie Margollé, Le monde sidéral: description des phénomènes célestes d'après les récentes découvertes de l'astronomie, 1878 - books.google.fr).

 

La rouille des céréales est considérée comme l'équivalent de la rouille du fer évoquant à son tour le sang qui rougit les armes à la guerre et, d'après la prière adressée à la divinité, mieux vaut diriger la rouille printanière sur les armes sous la forme de rouille ou de sang. Robigo-Robigus étant un dérivé de robus, "roux", la couleur que partagent la rouille et le sang est également présente dans la désignation de ïa Lune Rousse. Les aventures des saints-guerriers et des héros sauroctones reflètent la même structure : ils assurent la fécondité d'une région, d'un pays ou de la terre en éliminant le serpent-dragon, incarnation plus ou moins fabuleuse des différents maux d'origine diabolique ou démoniaque, météorologique ou astrologique. [...] Dans sa description de la fête des Robigalia, Ovide précise que le flamine de Quirinus offrait à Robigo un chien, animal immonde, considéré comme l'offrande de prédilection des divinités chthoniennes. Selon Ovide ce sacrifice doit être mis en rapport avec le Chien céleste : "Il existe un Chien, dit d'Icare, qui est une constellation : à son lever, la terre brûle, a soif et la moisson subit une maturation précipitée. Au lieu du chien astral on place ce chien sur l'autel, et il n'est mis à mort qu'en raison de son nom". Sirius ou la Canicule, l'étoile la plus brillante de la constellation du Chien, est un astre de mauvais présage, car son apparition annonce la période de la canicule pendant laquelle l'agriculture est soumise aux effets redoutables du Chien, Canis Major. [...]  Les Robigalia sont célébrées à l'entrée de l'été marquée par le lever matinal des Pléiades (22/4-11/5). [...] La chaleur et la sécheresse de la canicule, détruisant les récoltes et porteuses de maladies, peuvent être rapprochées du souffle meurtrier et pestiféré du dragon que les processions des Rogations sont destinées à affaiblir. [...] Comme le signale Saintyves, la rouille semble avoir été un nom générique qui désignait non seulement les différents maux pouvant frapper les végétaux, à savoir les flétrissures dues à la gelée et les maladies dues aux champignons, mais aussi l'affaiblissement des plantes provoqué par la chaleur qui, elle, était associée au Chien et à la période de la canicule (Asdís R. Magnusdottir, La voix du cor: la relique de Roncevaux et l'origine d'un motif dans la littérature du Moyen Age, XIIe-XIVe siècles, 1998 - books.google.fr).

 

Pour les Égyptiens, « l'Étoile du Chien » des Grecs était Sothis (Sirius), «l'âme d'Isis». Cette étoile, la plus brillante du ciel, fait en effet partie de la constellation du Grand Chien (R. du Mesnil du Buisson, Pages de mythologie syrienne, Rivista degli studi orientali, Volumes 42 à 43, 1967 - books.google.fr).

 

Le sujet d'un cachet est de ceux qu'affectionne l'Egypte hellénisée. Cet Harpocrate et cette Isis sont les dieux alexandrins copiés par les Grecs sur l'Isis et l'Horus de l'Égypte antique. Le style est grec, et de basse époque. Isis ne porte ni le sistre ni le seau, ses attributs ordinaires : mais on la voit dans le même costume qu'ici, tenant aussi un sceptre, et assise sur le chien Sirius, au revers de petits bronzes de l'empereur Julien, qui, imprégné de philosophie alexandrine, disciple de Jamblique, révéra la plupart des divinités astrales, fut l'adepte des mystères les plus secrets, et voua à Isis une ferveur toute spéciale (Revue numismatique, 1906 - books.google.fr).

 

Il se trouve qu'avant l'entrée en vigueur du calendrier, l'inondation du Nil coïncidait avec un phénomène céleste à grande valeur symbolique, qui n'avait pas échappé aux observateurs : le lever héliaque (apparition à l'aube au-dessus de l'horizon après une disparition de 70 jours dans la lumière solaire) de Sothis - aujourd'hui Sirius, l'étoile de loin la plus brillante du ciel nocturne. A cause des décimales que comporte la durée vraie de l'année tropique (sur laquelle est défini le calendrier grégorien) il fallait environ 1460 années pour que l'année civile et le lever de Sirius concordent. Ptolémée III Evergète essaya en vain, face à l'opposition des prêtres, de rajouter un sixième jour aux 5 épagomènes suivant les 360 jours à la fin de l'année, tous les quatre ans. Ce que Jules César, Pontifex maximus ("grand pontife") avait réussi à imposer (Jean Audouze, Johan Kieken, Les secrets du Cosmos, 2016 - books.google.fr).

 

Le savant éditeur du Rigveda, Max Mûller, fait remarquer que « le nom astronomique de l'étoile du Chien, cliez les Hindous, est Lubdhaka, le chasseur. Or, le voisinage d'Orion donne à penser que, pour les peuples ariens, ces deux constellalions devaient avoir originairement une relation mutuelle. » Au reste, Mûller fait dériver "seirios du mot sira des Védas (d'où l'adjectif sairya) et de la racine sri, aller, marcher; de la sorte, le Soleil et Sirius auraient été nommés primitivement étoiles errantes." (Cf. aussi Pott, Etymologische Forschungen, 4 833, p. 130) (Alexander von Humboldt, Cosmos, traduit par H. Faye, Tome III, 1860 - books.google.fr).

 

Selon les Actes des saintes Juste et Rufine, les fêtes d'Adonis se célébraient sous l'Empire romain le 19 juillet, date où l'on avait fixé dans le calendrier julien le lever matinal du Chien et le début de l'année sothiaque ou caniculaire. C'est ce jour-là que l'empereur Julien, entrant dans Antioche, entendit, suivant Ammien Marcellin, les lamentations des femmes qui sur les terrasses de leurs maisons pleuraient la mort du jeune dieu. C'est aussi à ce moment que, selon Manilus, des prêtres, montant sur une cime du Taurus, J'ai réuni récemment plusieurs textes astrologiques d'où il résulte qu'en Syrie on avait coutume, en effet, de tirer des pronostics de l'état du ciel au moment du lever de Sirius prédisaient d'après leurs observations une récolte bonne ou mauvaise, des épidémies ou des guerres (Franz Cumont, Adonies et Canicule , Syria, Volume 16, Haut Commissariat de la République française en Syrie et au Liban, Institut français d'archéologie de Beyrouth, 1935 - books.google.fr).

 

Le 19 juillet correspondait au lever héliaque de Sirius en Égypte et marquait le début de l'année Sothiaque, année religieuse qui concordait en durée avec l'année Julienne. Par suite de la différence de latitude, le 19 juillet égyptien ne correspondait pas en Syrie au lever héliaque de Sirius et au début de l'année caniculaire. Mais, conclut F. Cumont, les relations entre l'Égypte et la Syrie sont bien connues et les Syriens auraient adopté, malgré les données astronomiques différentes, les dates de l'année religieuse égyptienne (Wahib Atallah, Adonis dans la littérature et l'art grecs, 1966 - books.google.fr).

 

La première période du règne de Julien est celle de son séjour en Gaule avec le titre de César. Elle s'étend de 355 à 360; au mois de mai de cette dernière année, les soldats soulevés à Paris contre l'autorité de Constance investirent Julien du titre d'Auguste. Nous savons qu'au moment où on le fit César, Julien fut contraint de dépouiller la barbe et l'habit de philosophe. Un des plus piquants passages de sa lettre aux Athéniens montre les eunuques de la cour de Milan s'emparant de lui pour le raser et le revêtir de la chlamyde militaire. Tel il nous apparaît dans les médailles de cette période, c'est-à-dire du temps de sa vice-royauté gauloise (Revue des questions historiques, 1904 - books.google.fr).

 

Le diadème de Julian l'Apostat est appelé par Ammian ambitiosum diadema, lapidum fulgore distinctum (Jacques Rémi A. Texier, Dictionnaire d'orfèvrerie, de gravure et de ciselure chrétiennes. (3. Encycl. théol., tom.27), Tome 1, 1857 - books.google.fr).

 

De Vienne au Danube

 

Constance refusa d'accepter le fait accompli. En été, Julien ravage le pays entre Rhin et Meuse pour forcer les Francs Attuaires à la paix.

 

Puis, par la Saône et le Rhône, Julien se replia sur Vienne où il avait l'intention de passer cet hiver 360-361 : mieux valait s'installer là plutôt que de remonter sur Lutèce, car la position de Vienne lui permettait de surveiller la route des Alpes par laquelle il était arrivé cinq ans plus tôt. Constance pouvait parfaitement, s'il avait dans l'idée de tenter quelque chose, emprunter le même chemin et venir le surprendre. Julien s'installait donc maintenant dans l'usurpation. À Vienne, il fêta en novembre le cinquième anniversaire de son élévation à la pourpre des Césars, et il tint à donner à la fête l'éclat qui lui paraissait maintenant indispensable. Il se pavanait en manteau impérial; il arborait un diadème qui jetait des feux impressionnants. Bref, soucieux de faire reconnaître sa majesté, il en rajoutait. C'est de Vienne que partit également son premier acte administratif : un édit de tolérance restituant à chacun la liberté de pratiquer, même au sein du christianisme, le culte de son choix [...].

 

Un soulèvement barbare se produisit aux confins de la Rhétie, qui inquiéta beaucoup Julien, car, cette fois, l'officier commandant le détachement se fit battre et Julien perdit là un fort contingent de troupes. Dès le printemps de 361, Julien était en mesure d'effacer les conséquences de la précédente défaite : une attaque de nuit, soigneusement préparée, en finit avec les Alamans et, cette fois, l'opération se solda par un butin non négligeable, et un fort contingent de prisonniers qui irait renforcer les troupes disponibles. L'idée d'une guerre contre Constance commençait à se faire jour dans son esprit. [...] (Lucien Jerphagnon, Julien dit l'Apostat: Histoire naturelle d'une famille sous le Bas-Empire, 2013 - books.google.fr).

 

Sous le règne de l’empereur Tibère (14-37 apr. J.-C.) ou sous celui de Claude (41-54 apr. J.-C.), les territoires situés entre la partie occidentale du lac de Constance, le Danube et l’Inn, de même que le nord du Tyrol, furent réunis, d’abord en un district militaire, puis en une province qui prit le nom de « Rhétie et Vindélicie », et par la suite de « Rhétie ». Dans les années subséquentes, la Rhétie se développa en annexant progressivement le territoire dit des Champs Décumates entre le Rhin et le Danube (fr.wikipedia.org - Rhétie).

 

Un jour, Julien entrevit dans son sommeil une forme brillante, une apparition qui lui annonça la mort imminente de l'empereur Constance. Le fantôme insista beaucoup, livrant des précisions astrologiques qui permettaient de calculer la date de l'événement : Au moment où Jupiter sera sur le point de sortir du Verseau, et quand Saturne marchera sur le vingt-cinquième degré de la Vierge, alors l'empereur Constance, sur le sol de l'Asie, atteindra de sa chère vie le terme redoutable et douloureux. (Lucien Jerphagnon, Julien dit l'Apostat: Histoire naturelle d'une famille sous le Bas-Empire, 2013 - books.google.fr).

 

Il partit pour Constantinople avec son armée, en suivant la route du Danube ; il n'y eut pas de guerre civile car on apprit en novembre 361 que Constance était mort de maladie et avait, disait-on, désigné Julien comme successeur (www.universalis.fr).

 

"grand Pontife"

 

Sans doute le paganisme n'est plus la religion exclusive, puisque la liberté de leur culte a été accordée aux chrétiens, en même temps qu'elle était garantie à tous : cependant, obligé de souffrir près de lui d'autres croyances, il demeure investi de grandes prérogatives. L'Empire romain a désormais deux religions, non seulement tolérées, mais protégées et officiellement reconnues : le paganisme conserve néanmoins une situation privilégiée, à laquelle nul autre culte ne saurait prétendre. L'empereur lui appartient, puisqu'il est de droit membre de tous les collèges sacerdotaux, et qu'en tête de ses titres officiels est celui de pontife suprême, pontifex maximus. Malgré son changement de croyance, Constantin n'hésita pas à le conserver. Il devint par là comme l'avaient été ses prédécesseurs, comme ses successeurs le seront à son exemple, le chef de la religion romaine, ou plutôt de tout le paganisme.

 

Au sommet du grand corps religieux qu'il essaie d'organiser, Julien met l'empereur, investi déjà par la constitution romaine du titre de souverain pontife, pontifex maximus. Mais au lieu que, pour la plupart des princes qui se succédèrent depuis Auguste, ce titre impliquait surtout des attributions politiques, donnant un droit de surveillance sur tout ce qui touchait au paganisme officiel, - attributions que des empereurs peu bienveillants pour l'idolâtrie, comme Constantin et Constance, pouvaient, dans un certain sens, tourner contre elle, - dans la pensée de Julien il confère de véritables fonctions sacerdotales, qui font du chef de l'État une sorte de prêtre-roi, de l'État romain lui-même une théocratie (Paul Allard, Julien l'Apostat, Tome I, 1906 - www.mediterranee-antique.fr).

 

"Chasser les croix"

 

L'empereur Julien, que le fanatisme a surnommé l'Apostat, parce que sa raison avait choisi son culte (Louis Lefloch, Mahomet, le Koran, Algérie, Études historiques, 1860 - books.google.fr).

 

Dans le Discours 15, également adressé à Julien, l'orateur nous fait savoir que, dédaignant l'apprentissage de la chasse aux fauves, le jeune prince reçut, alors qu'il était "prosèbos", l'enseignement d'un Lacédémonien qui connaissait tous les secrets d'Homère et des poètes ; le jeune homme étudia également tous les orateurs et historiens. Et, couronnement de tout, il apprit à connaître parfaitement les philosophes : Socrate, Pythagore, Platon et leurs successeurs. Enfin, dans la Lettre 694, datée de 362 et adressée à Maxime d'Ephèse, Libanios remercie son correspondant d'avoir éduqué et formé un empereur aux qualités exceptionnelles (Jean Bouffartigue, L'Empereur Julien et la culture de son temps, 1992 - books.google.fr).

 

Constance fut informé de l’entreprise et des succès de Julien au moment où la retraite de Sapor suspendait la guerre de Perse et permettait de s’occuper des rebelles. Déguisant l’angoisse de son âme sous l’extérieur du mépris, le fils de Constantin annonça son retour en Europe et le dessein de donner la chasse à Julien ; car ce n’était jamais que comme d’une partie de chasse qu’il parlait de cette expédition (Ammien, XXI, 7) (Edward Gibbon, Histoire de la décadence et de la chute de l’Empire romain, Tome 4, traduit par François Guizot, 1819 - books.google.fr).

 

Julien l'Apostat, cet ennemi juré delà croix, fit reprendre à son armée l'ancien labarum des Romains, & défendit l'usage des Croix, pour faire perdre à ses soldats la vénération qu'ils avoient pour elles (David-Augustin de Brueys, Défense du culte extérieur de l'église catholique, 1686 - books.google.fr).

 

Au début de son règne, il observe une stricte égalité entre les deux religions. Mais bientôt Julien révoqua son édit de tolérance universelle, persécuta les chrétiens, et sema parmi ses sujets tous les germes de la discorde civile et religieuse. Les historiens de l'Église rapportent que Julien exclut les chrétiens de la garde prétorienne, de l'armée, des gouvernements des provinces et des fonctions judiciaires : "Car, disait l'Apostat, leur propre loi leur défend d'user du glaive".

 

C’est à Antioche, un an avant sa mort tragique, que l’Empereur Julien (332-363), partie en campagne contre la Perse de Sapor rédige son pamphlet Contre les Galiléens, qui dénonce avec vigueur la prétention à l’universalité de la petite secte chrétienne.

 

Ce fut à Antioche, une des trois capitales de l'Orient grec avec Constantinople et Alexandrie, que les nouveaux croyants furent appelés pour la première fois « chrétiens » (Actes des apôtres, II, 26).

 

"raffe ne riffe"

 

Au XVe siècle, avoir rifle et rafle, c'était avoir tout. [...] Au XVIIe siècle, quand quelqu'un voulait dire que l'on avait tout emporté, il disait qu'on n'avait laissé ni rif ni raf, ou ni rifle ni rafle; car Cotgrave et Oudin donnent les deux (Francisque Michel, Etudes de philologie comparee su l'argot et sur les idiomes analogues parles en Europa et en Asie, 1856 - books.google.fr, Jean-Louis Arsy, Le grand dictionaire François-Flamen, 1684 - books.google.fr).

 

On a "Ny rif ny raf" en 1595 et "ryf raf" chez Robert Copland (1508-1547) (The hye way to the spyttell hous) (Obros, et rimos prouuenssalos, de Loys de La Bellaudiero, 1595 - books.google.fr), W. Carew Hazlitt, Remains of the Early Popular Poetry of England, 1866 - books.google.fr).

 

Remontons plus haut dans le temps : "ryf raf" se retrouve dans un conte de Nicole Bozon portant sur les richesses de l'Inde et citant l'Ecclesiaste VI,1 (Qohelet).

 

Nicole Bozon, né au XIIIe siècle et mort au XIVe siècle est un écrivain anglo-normand. Frère mineur et franciscain, Nicole Bozon est l’auteur, entre 1320 et 1350 de nombreux poèmes religieux et vies de saints en anglo-normand (fr.wikipedia.org - Nicole Bozon).

 

Quod multi multa tenaciter custodiunt ad comodum aliorum.

 

En la terre de Inde sunt une manere de bestez qe portent non de formye, e ceux gardent un montaigne ou est graunt plenté de or e des richez gemmes, dont ils ne ont ja pru, ne soffrent a lur poer qe autres eient; mes quant chalur del soleil ardant lur chace de entre les bouz souz terre, lors vienent les gentz qe scevent lur manere ; si emportent le trésor sanz leur assent. Auxint est ore [pur tut le mound] de diversez tenours qe gardent lur biens si estreit qe mesmes ne ont pru ne autres en lur vie; mès quant le chalur del soleil ardant, ceo est a dire la reddour del Tôt Puissant, lur enchace par la mort de entre bowez souz terre, dount vendront autres maugré lour, si enporteront ryf e raf. E de tieux fet Salomon graund pleint : Ecc, 6° : Vir cui Deus dédit divicias, nec tribuit ei potestatem ut comedat ex eis, set homo extraneus vorabit ea (Lucy Toulmin Smith, Paul Meyer, Les contes moralisés de Nicole Bozon, frère mineur, 1889 - archive.org).

 

J'ai vu le malheur sous le soleil, une maladie sans remède ronge les humains. 2. Dieu leur donne tout, rien ne manque à leur désir, mais jouir de ces dons ne leur est pas donné. C'est l'étranger qui profite de leurs biens. Misère, misérable !

 

Tout se passe comme si la terre était inhabitée au-delà des pays occupés par les proches voisins de l'Empire. La seule exception est celle de l'Inde qui, depuis l'épopée d'Alexandre, était restée fermement installée dans le patrimoine littéraire des Grecs, à défaut de demeurer dans leur patrimoine politique. Elle est essentiellement, pour Julien, un pays des merveilles, avec ses éléphants, ses pierres précieuses et toutes ses richesses. La géographie de Julien est une géographie de l'Empire Romain, un empire retranché derrière son limes et dont la partie africaine (Egypte exceptée) est mal connue. Au nord et à l'est, des barbares hostiles et redoutables interdisent toute extension et toute évasion. Ce renoncement géographique pourrait bien correspondre à un renoncement politique. Inutile de connaître des pays où nous n'aborderons jamais, des peuplades que nous ne soumettrons jamais. La géographie s'achève en même temps que l'Histoire, à partir du moment où l'empire a atteint ses frontières naturelles Le concept est clairement exprimé chez Julien : il s'agit des «frontières accordées pour ainsi dire par la nature» (Jean Bouffartigue, L'Empereur Julien et la culture de son temps, 1992 - books.google.fr).

 

lubdhaka [-ka] m. chasseur, homme cupide; prédateur, myth. np. de Lubdhaka «Pourfendeur (de l'incestueux Prajapati)», épith. de Siva; syn. Mrgavyadha, astr. l'étoile Sirius, le personnifiant au ciel. de lubh désirer, convoiter, éprouver un désir violent - ca. (lobhayati) séduire, attirer - int. md. (lolubhyate) convoiter intensément, lat. lubet, libido; ang. to love; all. lieben (sanskrit.inria.fr).

 

Ecclesiaste V, 7-VI, 2 donne des maximes concernant l'acquisition, l'usage, et la jouissance des biens terrestre : cupidité et avarice, avantages et inconvénients des richesses (F. Heydt, L'Ecclésiaste, 1869 - books.google.fr).

 

Les pierres précieuses peuvent être objet de convoitise.

 

Vanité et pierres précieuses

 

Le thème de son libelle des Césars, composé dans les derniers jours de 362, en est fourni par une compétition symbolique, au cours de laquelle les Césars héroïsés, comparaissant devant les Olympiens, sollicitent le titre de dieu. Dans cette même joute Alexandre a été toutefois admis par faveur. A l'issue de l'épreuve, où les mérites des candidats ont été minutieusement

débattus, la sentence, rendue sans appel, assure à Marc-Aurèle le prix. [...]

 

Le portrait, dira-t-on, est bien conventionnel. Ainsi l'exigeait la conduite du récit, au moment où l'auteur en amorçait le dénouement. De fait, avant d'arrêter nos regards sur ce gros plan, il nous a donné de son héros une reproduction beaucoup plus pénétrante ou plutôt plus individualisée. Il l'a présenté d'abord, avec son corps émacié par le jeûne, tout irradié de cette lumière de l'âme qui, pour reprendre à la lettre les Pensées, « attire l'œil davantage que l'enveloppe corporelle. Et c'est également la méditation des mêmes Pensées qui lui a inspiré l'attitude si typiquement stoïcienne de Marc. Invité par les dieux à faire valoir ses mérites, cet étrange candidat se refuse à parler : ne vit-il pas depuis toujours sous le regard des immortels ? n'a-t-il pas appris dans le grand livre de l'univers la vanité de la gloire ? « L'émeraude, pour reprendre une fois de plus son propre style , perd-elle de son prix, faute de louange ? ». [...]

 

Julien a voulu se soumettre, par un effort quotidien, aux « vertus théologales » du paganisme - sagesse, courage, tempérance, justice - qu'aucun autre empereur n'avait associées à l'exercice du pouvoir au même degré que le « philosophe couronné ». Il est encore positif si Julien a conçu, à travers la vie et les Pensées de Marc, une idée exaltante de l'unité de Rome et de ses propres responsabilités (Christian Lacombrade, L'Empereur Julien émule de Marc-Aurèle. In: Pallas, 14/1967 - www.persee.fr).

 

La Loi c'est Jacob, le culte c'est Isaac et la charité c'est Abraham. Ce sont ces trois patriarches qui sont les soutiens du monde, qui font partie des sept habalim (vanités). De même que le corps ne peut subsister sans le souffle (hebel), de même le monde ne peut subsister que grâce aux « habalim ». Il y a sept « habalim » qui sont les pierres précieuses sur lesquelles repose le monde; ce sont les sept « habalim » répétés au commencement de l'Ecclésiaste. Il y a sept autres habalim qui sont la cause de la destruction, comme dit l'Ecclésiaste° : « Voici « hebel » et des maladies mauvaises... « hebel » vain effort. » Toutes les rigueurs qui frappent les hommes sortent de là, afin de les faire marcher dans la bonne voie et craindre le Seigneur. Les « habalim » qui dérivent de ces sept sont nombreux. C'est le mystère du soleil dont la chaleur fait subsister le monde. C'est grâce à ce mystère que l'homme entre dans la foi parfaite. Tout ce qui est au-dessous de ce degré n'est pas dans la foi parfaite, comme il est dit : « Il n'y a pas de profit sous le soleil. » La lune bien qu'elle soit sous le soleil est quand même attachée au soleil ; elle est considérée comme formant un tout avec le soleil. Mais tout ce qui est au-dessous n'est que « hebel » et vains efforts (Jean de Pauly, Sepher ha-Zohar (Le livre de la splendeur) doctrine ésotérique des Israélites, Tome 2, 1907 - books.google.fr).

 

Selon Y. Levi, il n'y a pas lieu de feuilleter les midrashim ou le Talmud: Julien et les Maîtres juifs de l'époque, à son avis, évoluaient dans deux mondes totalement différents qui s'ignoraient. Pourtant quelques historiens tels Abel ou Avi-Yonah n'hésitent pas à proclamer que l'accession de Julien à l'Empire a été saluée très favorablement parmi les Juifs de l'époque et ce sur la foi de sources chrétiennes presque exclusivement. Dans Qohelet Rabba 9.10, R.Aha se réjouit de voir disparaître "la honte de Julien" (The Journal of Jewish Studies, Volume 31, 1980).

 

On connaît un projet de reconstruction du temple de Jérusalem attribué à Julien. Certaines fêtes liées à l'histoire du temple auraient été intégrées au calendrier chrétien pour contrecarrer cette intention (Stéphane Verhelst, La liturgie de Jérusalem à l’époque byzantine, 1999 - shemer.mslib.huji.ac.il).

 

Likewise, no Rabbinic source explicitly refers to Julian's building plans regarding Jerusalem. W. Bacher, Die Agada der Palästinensischen Amoräer, Strassburg 1899 III, 111-112, claimed that the comment of the mid-fourth century C.E. sage R. Aha in Palestinian Talmud (= PT) Maaser Sheni V 56 a that the future Temple would be built before the coming of the messiah referred to the period of Julian. [...] According to Lieberman, the reference in Kohelet Rabbah 9:10 to the 'shame of Lulianus' pertains to Julian and reflects the sentiment of the  Rabbis after the ultimate failure of Julian (Theologische Zeitschrift, Volume 46, 1990 - books.google.fr).

 

Julien et la philosophie indienne

 

Le Soleil, ou plutôt la lumière est le vrai Dieu, l'unique Dieu de Julien. C'est au soleil qu'il sacrifie, c'est au soleil qu'il adresse ses prières. « C'est lui, s'écrie-t-il avec amour, qui gouverne tout le genre humain, et qui prend un soin tout particulier de notre ville ; c'est lui, j'aime à le croire, qui a créé notre âme de toute éternité et qui nous a destinés à le servir. Puisse-t-il m'accorder les faveurs que je viens de lui demander ! Puisse sa bienveillance assurer à notre cité commune toute la perpétuité dont elle est susceptible ! Puissions-nous, sous sa sauve-garde, prospérer dans les choses divines et humaines tant qu'il nous sera donné de vivre ! Puissions-nous enfin vivre et gouverner aussi longtemps qu'il plaira au Dieu, qu'il me sera plus avantageux à moi-même, et plus utile aux intérêts véritables de l'empire romain. Je supplie le Roi lumineux des êtres de répondre par sa bienveillance à mon entier dévouement, de m'accorder une vie vertueuse , une prudence consommée, une intelligence divine, une mort douce dans le temps fixé par le destin, et après cette vie le bonheur de revoler dans son sein, d'y demeurer éternellement, s'il est possible; ou si une telle faveur surpasse les mérites de ma vie, de rester du moins près de lui , pendant une longue suite de siècles »

 

Nous avons été souvent frappés de la ressemblance du culte de Julien avec celui de l'Inde à sa première époque de déchéance morale. « Dans le Rig-Vêda , les Hindous adressent leurs invocations à des dieux en quelque sorte visibles, qui leur représentent la nature vivante et lumineuse; ils implorent les divinités qui président à tous les mouvements du ciel, et ils donnent à ces personnifications le nom de Dévas, signifiant lumineux, resplendissants dans leurs hymnes bien plus souvent qu'il ne signifie divinités. Les idées de force, de pureté , de sincérité, sont associées à celles de clarté et de lumière : dans la pensée du Brâhmane méditatif, l'Aurore vient révéler toutes choses , elle excite les âmes à dire la vérité. La poésie vêdique , c'est l'admiration intuitive des anciens peuples pour la lumière : à la surprise de l'intelligence et des sens succède la prière, l'adoration. » L'amour que Julien professe pour le Soleil roi témoigne de l'influence orientale sur les doctrines néoplatoniciennes et les cultes de la Grèce. Le philosophe a vu dans les hommages rendus aux corps lumineux et par là à la lumière incréée, un culte plus pur que l'Anthropomorphisme, et il l'a adopté sans détour (Duculot, De la restauration néolatonicienne du polythéisme sous l'empereur Julien, 1848 - books.google.fr).

 

L'Inde portugaise

 

rubes : rubis (Livre II) (Stanislas Bormans, Chronique de Jean d'Outremeuse, Tome IV, 1877 - books.google.fr).

 

Le Royaume de Decan a vers le Septentrion le Royaume de Cambaye ; à l'Orient, celuy de Golconde; au Midy, celuy de Bisnagar, où est le Canara; à l'Occident, la Mer Indienne, où est le Golfe de Cambaye. Et ce Royaume se repartit en trois autres, qu'ils appellent Decan, Cunkan & Balagate : les deux premiers sur la côte, Decan plus vers le Nord, & jusques à la Riviere de Bate, qui le separe de Cambaye; Cunkan plus vers le Sud, & jusques à la Riviere d'Aliga, qui le separe du Canara : Balagate est à l'Orient des deux autres dans les Terres & dans les Plaines, qui font au dessus, & entre les branches de la Montagne de Gate; au delà de laquelle sont les Royaumes de Golconde, & de Narsingue. Dans le Decan particulier sont les villes Hamedanagar, ol. Omenogara; Chaul, ol. Symilla emporium promontorium, dans le Cunkan Visapor, ol. Musopalle ; Soliapor, ol. Carura; Goa, ol. Chersonesus dans les Peuples Pirate de Ptolomée. Ainsi dans le Balagate Lispor doit répondre à Hippocura, Beder à Betana, UIltabad à Tabas. Hamedanager & Vifapor, encor Beder sont les principales Villes; & là où le Dealcan, où Idalcan fait sa residence. Mais toutes ces places ne nous font point confiderables comme Goa : Ville aussi belle, riche & marchande, qu'il y en ait dans tout l'Orient : Son assiette est dans une île, que les Rivieres de Mandoüin, & de Guari forment à leur embouchure. Alfonce Albuquerque la prit dés 1510, & du dépuis les Portugais s'y font établis si puissanment, malgré tous leurs voisins, que leur Vice-Roy, un Archevêque, & leur Conseil des Indes Orientales y ont leur residence. Outre le grand Traficq, les Richesses & la Police, qui s'y observe, Vicent Blancq fait état que son Hôpital est plus beau, plus accomply, plus riche, mieux servy, que ceux du S. Esprit de Rome, & de l'Infirmerie de Malte; qui font les beaux de la Chrétienté. Les Eglises de Goa sont aussi superbes, & avec aucoup d'Ornemens. Leurs vitres font de Coquilles de Nacre de Perle, comme à Pegu d'Escailles de Tortues de diverses couleurs : les unes, & les autres tres-belles, & industrieusement taillées. Les Portugais vivent à Goa avec toutes fortes de Delices, & de Volupté ; & avec un Fast, & une Presomption si grande, que les moindres, & les plus chetifs d'entr'eux s'y font donner les Tîtres de Gentilhommes de la Maison, ou de la Chambre du Roy, Chevaliers, Escuyers, &c. Entre leurs Denrées, ils vendent & troquent des Esclaves de l'un & de l'autre sexe; ny plus ny moins qu'il se fait icy des Chevaux, des Asnes & des Moutons; & en dispofent comme bon leur semble. Outre Goa, la Terre des Bardes, les îles de Salsette, de Ghoran & Divar, & quelques autres Terres aux environs de Goa, sont aux Portugais; & encore Chaulsur la côte, où il y a un grand Trafficq de Soye. Dans les Terres Doltabad du Balagare de grand Negoce, & là où les Marchands de Cambaye, de Bengala, de Golconde, &c. abordent : à Lispor est la Foire pour le debit des Diamans, Amethistes, Chrysolites, Hæmathites, & de toutes les autres Pierreries, qui se trouvent en divers endroits dans le Balagate. Dans les Mines de la Vieille Roche il se tire des Diamans taillés naturellement; ceux là s'appellent Naïves, & font fort estimés par les Orientaux, particulierement si la taille est belle, & avec proportion. Le Decan pris dans son entier est à un Roy seul; qu'ils appellent Idalcan, ou Dialcan. Le Grand Mogol luy a enlevé quelques places dans le Decan particulier, & les Portugais Goa, Chaul, & quelques autres sur la Côte. Ce Prince ne laisse d'étre puissant, au moins à l'égard des Indiens : il a repris & ruïné Dabul fur les Portugais; assiegé une fois Chaul, & à diverses fois Goa; menant en ses Armées jusqu'à deux cens mille hommes : enfin il s'est accommodé avec les Portugais; le Viceroy des Indes Orientales, pour la Couronne de Portugal, ayant toûjours un Ambassadeur prés de l'Idalcan : & l'Idalcan ayant le sien à Goa prés le Vice-Roy. Tout le Pays generalement est bon, fertil, bien arrousé de diverses Rivieres; a force Pierreries, du Coton, de la Soye, dont ils font diverses Manefactures. Les Peuples y font Mahometans & Idolatres. Les Sujets des Portugais, Catholiques (Nicolas Sanson, L'Europe En Plusieurs Cartes, Et En divers Traittés De Geographie Et D'Histoire, 1683 - books.google.fr).

 

Dans son Commentarios do grando Alfonso de Alboquerque, capitan general India, etc.,  publié en 1576, son fils Blaise raconte qu'il voulait se servir d'ahbitants de Madère pour exécuter l'entreprise qu'il avait formée de jeter le Nil dans la mer Rouge pour affamer l'Egypte (James Bruce, Voyage aux sources du Nil, en Nubie et en Abyssinie, 1791 - books.google.fr, Memoires de Portugal, 1741 - books.google.fr).

 

Typologie

 

La déclaration de Brioni du 19 juillet 1956, proposée par Gamal Abdel Nasser (1918-1970), président égyptien, Josip Broz Tito, Soekarno et Jawaharlal Nehru (1889-1964), premier ministre indien, marque l'origine du mouvement des pays non alignés, qui vise alors, dans le contexte de la guerre froide, à se protéger de l'influence des États-Unis et de l'URSS qui cherchaient à rallier le monde à leur cause (idée de bipolarisation : les deux grands qui gouvernent le monde). Le terme de « non-alignement » a été inventé par le Premier ministre indien Nehru lors d'un discours en 1954 à Colombo. (fr.wikipedia.org - Mouvement des non-alignés).

 

La crise politique interne au Portugal (Salazar venait, entre autres, d’échapper à un coup d’État au mois d’avril) renforce en outre les pressions du bloc afro-asiatique auprès de Nehru en faveur d’une intervention militaire à Goa, devenue le fer de lance de la lutte anticoloniale, particulièrement en Afrique portugaise, attendant ce premier signe d’effritement de l’Empire pour engager sa propre lutte. La fidélité du Pandit au pacifisme devient alors une menace pour sa position de leader du monde décolonisé remise en question par la résistance portugaise. Les attaques chinoises aux frontières septentrionales de l’Inde achèvent de le convaincre de la nécessité de sortir sa politique étrangère du carcan stéréotypé d’immobilisme qui lui est associé et de faire de Goa un exemple de la détermination indienne à défendre l’intégrité de la nation face à ses voisins. L’armée indienne s’empare finalement de Goa, Daman et Diu, le 18 décembre 1961. À la surprise de Nehru, la violence des réactions suscitées en Occident par cette intervention armée contraste avec la discrétion de leurs soutiens manifestés au Portugal quelques mois plus tôt ainsi que l’enthousiasme du monde afro-asiatique face à la chute d’un symbole de l’oppression coloniale. Invasion pour l’Occident, libération pour les nations de la décolonisation, la fin de l’Estado da Índia souligne, au-delà de l’exacerbation des tensions entre deux mondes à une période particulièrement critique de l’histoire de la guerre froide, l’inefficacité de l’arbitrage onusien et la confusion des définitions sur ce que doit être une décolonisation, sur la volonté d’un peuple à l’autodétermination, sur un mouvement de libération... Par-dessus tout, Goa exprime à l’Ouest le désenchantement d’une politique étrangère indienne trop idéalisée et l’acceptation nécessaire pour Nehru d’un certain pragmatisme.

 

L’échec de la stratégie salazariste en Inde, en 1961, naît de cette incapacité à saisir cette nouvelle donne internationale. L’intransigeance portugaise conduit, en effet, à surestimer le poids des Açores en refusant de comprendre l’évolution plus globale de la politique américaine vers une approche moins militariste des problèmes qui l’avait conduite jusque-là à soutenir des régimes réactionnaires et coloniaux dans le monde comme celui de Salazar. Le refus constant de ce dernier de faire avancer ses colonies vers la voie de l’autodétermination, malgré les efforts diplomatiques de Washington, menaçait désormais ouvertement les positions occidentales en Afrique et en Asie. Retenant désormais la trahison de l’Angleterre, de l’ONU et des États-Unis, le Portugal se replie plus que jamais sur ses possessions tout en redéfinissant ses alliances vers la France et l’Allemagne de l’Ouest. Mais la chute de l’Estado da Índia a déjà ouvert une brèche dans l’Empire se traduisant par une nouvelle période de quatorze années d’un conflit armé dramatique entre le Portugal et ses colonies africaines que seule la Révolution des Œillets de 1974 permettra d’achever, avant une décolonisation brutale, un an plus tard, de l’outre-mer portugais. (Sandrine Bègue, La réaction internationale face à la chute de Goa (fin décembre 1961), Relations internationales n° 133, 2008 - www.cairn.info).

 

De nos jours, Sirius se lève à la latitude de Memphis le 21 juillet du calendrier Julien, ce qui correspond au 3 août du calendrier grégorien. Cette étoile n'est plus, aujourd'hui, qu'un repère désuet pour les travaux agricoles, d'autant plus que l'élan du Nil a été réprimé par la main de l'homme à cause de la construction du barrage d'Assouan (Fernand Schwarz, Géographie sacrée de l'Égypte ancienne, 1979 - books.google.fr).

 

L'ancien barrage d'Assouan est un barrage d'Égypte construit au début du XXe siècle en travers du Nil, juste en amont de la ville d'Assouan. Le haut barrage d'Assouan, aussi appelé barrage d'Assouan (as-Sad al-'Aly), est un barrage hydroélectrique construit entre 1960 et 1970, à sept kilomètres en amont de l'ancien barrage d'Assouan, et environ dix kilomètres de la ville d'Assouan, sur le Nil en Haute-Égypte. L'URSS aidera à construire le nouveau barrage. En 1960-1961 a lieu mise en chantier du barrage d'Assouan (Sadd el-Ali) avec une importante aide russe (fr.wikipedia.org - Haut barrage d'Assouan).

 

Ce sont des membres de l'École d'ethnologie de Paris, notamment Marcel Griaule, puis Geneviève Calame-Griaule et Germaine Dieterlen, qui ont, à la fin des années 1950 et au début des années 1960, révélé, en langue française, un certain type de savoir africain traditionnel - celui des Dogons de la falaise de Bandiagara au Mali -, savoir appliqué à une «astronomie de position»: «Les Dogons estiment, à juste titre, que les planètes se meuvent elliptiquement, y compris la terre. Elles se meuvent autour de leurs axes et tournent autour du soleil. Mieux encore, en plus de cette conception héliocentriste, ils soutiennent que Jupiter possède quatre satellites, que Saturne est encerclé d'un anneau, que Sirius a une étoile noire, invisible, qui l'orbite tous les cinquante ans, et que ce compagnon est extrêmement petit, d'une extrême lourdeur, constitué d'une matière spéciale qu'ils appellent sagala et qu'on ne trouve pas sur terre». Pour ce qui est de la discussion technique relative à ces affirmations, il existe les travaux de l'Anglais Robert Temple The Sirius Mystery, 1998; et avant ce livre, l'ouvrage d'Yves Vincent Mudimbe : The Invention of Africa, publié en 1988, qui discute en termes scientifiques idoines de ce qui semble être un mystère : à savoir, pour une société « pré-scientifique », la société dogon en l'occurrence, l'étude de la mécanique céleste, celle des orbites, des perturbations, des éclipses et des marées. (Papa Samba Diop, La poésie d'Aimé Césaire: propositions de lecture : accompagnées d'un lexique de l'oeuvre, 2010 - books.google.fr).

 

Ces 50 années se rapprochent des jubilés hébraïques : 40 jubilés (de 49 années) font 1960 années.

 

On peut voir 1961 comme la somme de 500 et 1461, deux périodes, celle du Phénix et sothiaque, liées à l'observation de l'étoile Sirius (Sothis), et connues depuis l'Antiquité. La période 500 ans est donnée par Hérodote au terme de laquelle le phénix se consume et renaît de ses cendres.

 

On sait que l'oiseau phénix était un symbole royal adopté par des empereurs païens comme Trajan puis par Constantin. En utilisant le texte hiéroglyphique d'un obélisque qui lui fournissait ce symbole, Ammien aurait voulu revenir à la source égyptienne et païenne du mythe par opposition à Constantin et à la culture chrétienne qui s'employait à le christianiser. Et le nouveau phénix véritable, pour lui, c'est Julien (Pascal Célérier, L’ombre de l’empereur Julien: Le destin des écrits de Julien chez les auteurs païens et chrétiens du IVe au VIe siècle, 2014 - books.google.fr).

 

Il serait trop long d’analyser ici les innombrables dissertations qu’on a écrites sur le phénix ; il suffira de dire ce qu’il faut penser de cet oiseau merveilleux, ou plutôt de cet ingénieux et poétique symbole. Les Égyptiens crurent d’abord que la lune revenait, après 309 lunaisons ou 9125 jours, au même point du ciel relativement à l’étoile Sothis ou Sirius, la plus brillante de celles qui forment la constellation du Chien. De là un cycle de 25 ans, figuré par la durée de la vie du dieu-taureau Apis. Mais, comme il y avait dans ce calcul une erreur en moins, qui, au bout de 20 cycles, formait un jour, on imagina une période de 500 ans, à la fin de laquelle ce jour venait s’ajouter: c’est la vie du phénix, d’après Hérodote. Jusqu’alors l'année était composée de 365 jours, ni plus ni moins; mais l’observation des levers héliaques de Sirius apprit bientôt aux prêtres égyptiens que le retour de ces levers retardait chaque année d’un quart de jour, par conséquent d’un jour en 4 ans. Donnant donc 366 jours à chaque quatrième année, ils eurent une nouvelle division de temps plus en accord avec la marche du soleil : c’est ce qu’on appelle l’année agraire ou tropique, ou encore l’année fixe, par opposition à l'ancienue, qu’on nomme année vague, et qui continua long-temps de régler les fêtes et les cérémonies religieuses. L’année vague, commençant tous les 4 ans un jour plus tôt que l’année fixe, on trouve qu’au bout de 1460 années fixes (produit de 365 par 4), il s’est écoulé 1461 années vagues, et qu’alors l’une et l'autre recommencent le même jour; c’est la période sothiaque ou caniculaire, c’est le phénix des traditions plus récentes. Cet oiseau sacré n’est donc autre chose qu’une allégorie de la renaissance et du renouvellement des temps dans des cycles déterminés. Il vient de l’Orient, comme le soleil dont il porte les couleurs, et c’est dans la cité du soleil, c’est dans le temple de cet astre divin qu’il achève le mystère de sa mort et de sa renaissance (Burnouf) (Oeuvres De C.C. Tacite, Panckoucke, 1835 - books.google.fr).

 

Philostrate (Vit. Apollon. Tyan., III, 49) dit que le phénix vient de l'Inde en Égypte. Il ajoute que le phénix, près de se brûler, fait entendre l’hymne du départ (Friedrich Creuzer, Religions de l'antiquité, considérées principalement dans leurs formes symboliques et mythologiques, traduit par J.D. Guigniaut, Tome I, 1825 - books.google.fr).

 

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