L’acte unique européen

L’acte unique européen

La guerre en Afghanistan

 

VI, 80

 

1984-1985

 

De Fez le regne parviendra à ceux d’Europe,

Feu leur cité, & lame tranchera :

Le grand d’Asie terre & mer à grande troupe,

Que bleux, pers, croix, à mort dechassera.

 

Les années 1980 sont des années charnières pour la construction européenne. Le mot « Europe » est rarement employé dans les Centuries, et le voir apparaître ici est révélateur.

Le président Mitterrand rentre d’un voyage au Maroc, où il aura rencontré Hassan II à Fès pour évoquer le conflit Tchado-libyen, en septembre 1984. Au mois de juillet, le gouvernement Fabius aura été installé, marquant le choix d’une politique d’ouverture sur l’Europe. Le discours que Mitterrand prononce à Strasbourg le 24 mai propose « la création d’une Union européenne après la résolution des contentieux et avant l ‘élargissement […] Ce qu’il dit de l’Europe politique est ce qui deviendra dans cinq ans, l’Union européenne [1] ». « La profession de foi de Mitterrand fut ardente et exhaustive, presque un acte de conversion aux idées les plus avancées qui eussent été exprimées au Parlement [2] ».

La signature de l’ « acte unique européen » en 1986 consacre la convergence des politiques économiques des pays de la Communauté, visant à la création du grand marché fin 1992.

Le Maroc connaît en 1984 une vague d’émeutes qui éclatent « à Marrakech et dans les villes du Sud, affectées par la sécheresse ; les manifestations étudiantes et populaires s’étendent (Casablanca, rabat, Ksar-el-Kébir, Tétouan, Oujda), en réaction contre la hausse des prix des produits alimentaires et des pensions dans les écoles et les universités, 400 morts et un milliers d’emprisonnement [3] » (« Feu leur cité… »).

L’URSS (« Le grand d’Asie ») est intervenu massivement depuis 1979, en Afghanistan (« pers » : une partie des Afghans parlent le persan). La résistance d’inspiration islamique s’opposera avec vigueur aux soldats soviétiques dont le retrait sera total en 1989, après qu’un accord aura été signé à Genève en 1988. La guerre aura fait près d’un million de victimes chez les Afghans (« à mort deschassera ») et plus de 10 000 chez les soviétiques. Elle a pris un caractère idéologique voyant s’opposer une nation matérialiste, qui aura déjà combattu le christianisme (« croix »), à des croyants musulmans.

 



[1] Jacques Attali, « Verbatim I, 1981-86 », Fayard, 1993, p. 639

[2] Bino Olivi, « L’Europe difficile, Histoire politique de la Communauté européenne », Gallimard, 1998, p. 280

[3] D. Sulmont, « Le nouvel état du monde 1980-1990 » , La découverte, p. 222

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