Chirac et Lucrèce

Chirac et Lucrèce

 

VI, 94

 

1994-1995

 

Un Roy iré sera aux fedifragues,

Quand interdicts seront harnois de guerre:

La poison taincte au succre par les fragues

Par eaux meurtris, morts, disant serre serre.

 

Lucrèce dans les fraises

 

L'histoire de l'homme sur la terre est largement résumée dans le livre V du De natura rerum du philosophe latin Lucrèce. Le tableau, merveilleux de puissance, est tout moderne. Lorsque l'homme apparut sur le sein de la terre, Il était rude encor, rude comme sa mère. De plus solides os soutenaient son grand corps, Des muscles plus puissants en tendaient les ressorts. Peu de chocs entamaient sa vigoureuse écorce ; Le chaud, le froid, la faim, rien n'abattait sa force. Des milliers de soleils l'ont vu, nu sous le ciel, errer à la façon des bêtes. Les fleuves et les fontaines désaltéraient les hommes et les animaux. Feu, vêtements, huttes même, étaient choses inconnues. Ni société organisée, ni morale, ni lois; le besoin et la force. L'union passagère des sexes était, ou apaisement brutal du désir, ou soumission à l'impérieuse violence du mâle, ou prix de quelque présent rustique, glands, arbouses, poires sauvages (André Lefèvre) (De la Nature des choses (De rerum Natura) Lucrece (Titus Lucretius Carus), 1876 - books.google.fr).

 

Lucrèce, V. 962-965 : « Et Vénus dans les bois accouplait les amants ; toute femme en effet cédait soit à son propre désir, soit à la violence brutale de l'homme et à sa passion impérieuse (inpensa libido), soit à l'appât de quelque gain : glands, arbouses ou poires choisies... » (André Comte-Sponville, Traité du désespoir et de la béatitude, 201 - books.google.fr).

 

Les arbouses sont surtout alimentaires par le sucre qu'elles renferment, sucre d'autant plus abondant que la maturation du fruit a été plus avancée. En dehors de l'excès de cellulose apporté par le parenchyme ligneux du fruit, les confitures d'arbouses présentent la composition des confitures en général et en particulier des confitures de coings caractérisées par une certaine astringence (Bulletin des sciences pharmacologiques, Volume 25, 1918 - books.google.fr).

 

Les auteurs anciens ont rapproché fraisiers (fraga d'où l'ancien français frague) et arbousiers (arbutus).

 

L'arbousier est l'un des arbres qui croissent le plus fréquemment dans les régions méridionales de l'Europe; il se plaît surtout dans les lieux incultes et montueux. Ses fruits, qui ont une ressemblance frappante avec la fraise, lui ont valu le nom de fraisier en arbre (Flore de Théocrite, Memoires, Société des sciences, de l'agriculture et des arts de Lille, 1832 - books.google.fr).

 

Bouffartigue et Patillon, CUF, traduisent mimaíkula par fraises, ce qui crée une ambiguïté. Le "mimaikulon" ou "memaikulon" est selon Théophraste, HP 3. 16.4, le fruit du komaros, ce que confirment un fragment du comique Amphis, PCG 38, Galien 6. 620-621, Dioscoride, 1. 122, Pollux 7. 144, et Hesychius, s.v. mimakulos, et chez les Latins, Pline HN 15.98 : « les Grecs lui donnent les deux noms de comaros et mimaecylon ». Le rapprochement avec les fraises fragaria se trouve chez Pline (congeneri), au grand scandale de la botanique moderne - le fraisier sauvage, le seul connu des anciens, relevant des rosacées, l'arbousier des bruyères - sans doute à cause de leur relative ressemblance (J. André, p. 112). (Dominique Jaillard, Configurations d’Hermès: Une ‘théogonie hermaïque’, 2013 - books.google.fr).

 

L'Épicurien ne pouvait oublier de mentionner l'origine de l'art de la cuisine, conséquence de la découverte du feu. Lucrèce se garde de s'offrir en butte aux critiques des adversaires de l'Épicurisme et borne ses allusions à cette cuisine qui n'est encore que cuisson ; s'il définit celle-ci simplement comme l'art d'amollir les aliments naturels durs, il suggère, en précisant l'origine naturelle d'un pareil art, l'espérance qui a habité les primitifs d'obtenir, comme le soleil qui mûrit et sucre les fruits d'abord verts et âpres, une saveur moins sauvage pour leurs aliments. Lorsqu'il en vient à parler de l'agriculture, le poète montre la dureté de ses débuts : les premiers paysans sont qualifiés d'hommes rudes, seueri (v. 1357) ; ils pratiquent un « dur labeur » qui endurcit leurs membres et leurs mains. Mais, par la suite, l'agriculture et l'agriculteur vont perdre leur rudesse première. Lucrèce se plaît à rappeler que l'art agricole a d'abord imité la nature, qu'ensuite les paysans ont tenté de nouveaux procédés de plus en plus originaux : ils ont enté, marcotté, continué à inventer : c'est alors que la nature, l'agriculture et le paysan ont dépouillé leur dureté d'antan. Inde aliam atque aliam culturam dulcis agelli temptabant, fructusque feros mansuescere terrain cernebant indulgendo blandeque colendo. (Antoinette Novara, Les idées romaines sur le progrès d'après les écrivains de la République: essai sur le sens latin du progrès, Volumes 1 à 2, 1982 - books.google.fr, remacle.org - Lucrèce - Livre 5).

 

Ce qui flatte nos sens est fait de corps polis, sphériques et glissants ; mais les rudes boissons, les sucs au goût sauvage sont d’atomes crochus le tenace assemblage. Nos sens doivent pâtir de leur contact amer, qui déchire en passant les fibres de la chair. Bref, toute impression, bonne ou mauvaise, implique un désaccord certain dans la forme atomique. Quand l’aigre scie éclate en rauques sifflements, irons-nous la former d’aussi doux éléments que la corde où s’éveille et tendrement soupire l’air par d’agiles doigts figuré sur la lyre ? Quoi ! les parfums d’encens par l’autel exhalés, quoi ! les jeunes safrans sur la scène effeuillés, et le cadavre noir que le bûcher calcine, des mêmes éléments frapperaient ta narine ? Compare au doux régal des riantes couleurs l’éclat dont la piqûre arrache aux yeux des pleurs, les teintes d’aspect faux ou sombre ; ces contraires par la forme et le fond peuvent-ils être frères ! Non ! Tout contact heureux vient d’atomes glissants, et, sans quelque rondeur, rien ne flatte les sens ; toute impression dure est dure dans ses causes et veut quelque rudesse en la trame des choses. (415-438) [...] Considère les corps d’aspect rude et compacte : l’étroit enlacement de crocs pressés contracte leur substance en faisceaux noués profondément. En tête de ces corps marche le diamant, À tous les coups rebelle, et l’airain, qui s’emporte en lamentations lorsque tourne ta porte, et le silex robuste et l’inflexible fer. Quant aux fluides purs, comme l’onde et l’éther, leurs atomes sont ronds, leur substance est polie ; leurs globules fuyants, que nul crochet ne lie, roulent selon leur pente en flots pulvérisés. (v. 464-467) (Lucrèce, De la nature des choses, Livre II - fr.wikisource.org).

 

Lucrèce (De natura rerum) écrivait déjà « Quod aliis cibus est, aliis acre venenum » « aliment pour les uns, poison pour les autres ». (Claude Molina, L'allergie à l'aube du troisième millénaire, 1997 - books.google.fr).

 

"serre" (du latin serra : scie ?)

 

Ceci n'était pas un conte : un petit bombardement, seulement. Pour saluer ce déferlement. Serres invente le De Rerum Natura. Critiques matérialistes, professeurs, tamiseurs, retournez à l'école : lisez Lucrèce, lisez Serres ! Reste une dernière question : lorsque l'on s'appelle Michel Serres, on ne peut impunément parler de nom propre, de signature. Michel Serres, archange de la réversibilité, de la communication, de la circulation ininterrompue. Traversez le pont dans les deux sens. Traduction des interférences : Lucrèce, Hermès. La question naïve alors serait celle-ci : ne faudrait-il pas qu'au lieu de Michel, il s'appelât Luc, le taureau, Apis ? Réponse : Luc est impliqué ou tout ce que vous voudrez. La démonstration n'en a pas besoin. La voici : Sero : je tisse, j'entrelace, je compose, j'enchaîne. Voilà Hermès. Mais aussi sera : j'ensemence, je sème. Lucrèce. Souvent, comme au vers 1290 du livre V du De Natura, le sens est indécidable. Récapitulons : moi, Serres, j'ensemence, et j'entrelace. Quoi ? mes découpages : je scie (serro) pour composer mes parterres. Lucrèce, livre II vers 410 : ne va pas croire que l'aigre grincement de la scie (serrae stridentis acerbum horrorem) soit dû à des atomes aussi lisses que les chants mélodieux que les doigts agiles des musiciens éveillent et modulent sur la lyre. Jeux de mots que tout cela ? Soit : serram cum aliquo ducere : échanger des mots avec quelqu'un. Et pourquoi s'étonner de mon amour pour la mer, les feux, et les signaux de brume ? Je suis né pour le gouvernail, serraculum. Voici Luc.  Faut-il continuer vers les mathématiques, les séries ? Ou vers ce livre à venir, le Festin et la Cène qui parle de ce qui fut dérobé au festin des dieux : un petit vase, seriola. Si l'on coupe mon nom en deux, vous lirez, comme dans un miroir, le mot res, reflété en lui-même. Comprenez-vous pourquoi je m'intéresse à la nature des choses (natura rerum) ? Une hypothèse confuse embrume mon esprit : il y est question d'atomes inaltérables et d'éternel retour, de combinaisons quasi-infinies, mais définies, qui n'excluent pas totalement la répétition, d'un bain de sang qui fut le dernier d'un philosophe, et qui hante le texte de Serres comme un cauchemar. Cette hypothèse devrait aussi tenir compte de l'absurdité que représente un physicien atomique au premier siècle avant Jésus-Christ, alors que les conditions de son existence ne sont réellement réunies que maintenant. Si je pouvais débrouiller cette hypothèse, je comprendrais pourquoi, devant cette page de garde de Feux et Signaux de brume, dans la colonne où sont annoncés les livres « sous presse », j'ai l'irrésistible impulsion, à côté de Lucrèce et la Physique, de rajouter : autobiographie (Jean Lacoste, L'espace chez Carpaccio, Entretien avec Michel Serres, La Quinzaine littéraire, Numéro 218, 1975 - books.google.fr).

 

On ne peut manquer en effet d'être frappé par le fait que Lucrèce établit lui-même, sans ambiguïté aucune, une corrélation parfaite entre les structures de la langue poétique et celles de la réalité physique en plusieurs endroits du De Natura rerum. [...] Un même rapport génétique et organique unit les deux ordres physique et linguistique. Car l'un et l'autre sont régis par les mêmes principes matérialistes de la théorie épicurienne. Aussi existe-t-il une analogie parfaite entre la formation des choses (res) et celle des mots (uerba), voire des vers (uersus). Les lettres ou phonèmes (sonus) sont ainsi les constituants minimaux des mots, comme le sont les atomes pour les corps matériels. Et de même que la configuration des choses matérielles dépend de la position et de l'ordre d'éléments primordiaux, de même le signifié des mots résulte de la localisation et des combinaisons de phonèmes (ou signifiants), de sorte que chaque unité lexicale, comme tout corps matériel, forme un ensemble unitaire ou système, excluant tout arbitraire du sens.

 

Lucrèce sait en effet enchanter ou irriter la sensibilité par des modes d'écriture opposés, comme le montrent ces deux évocations musicales, la première relative à la douceur des chants d'une lyre, la seconde stigmatisant les grincements désagréables et âpres de la scie : Luc. II, 505 (la lyre) : "et cycnèa melè Phoebèaque daèdala chôrdis" et Luc. II, 410-411 (la scie) : "ne tu forte putes serraè stridèntis acèrbum hôrrorèm..." La douceur du chant de la lyre est obtenue par la prédominance accordée à la mélodie vocalique. Fonctionnant selon un effet de contre-point, celle-ci s'organise à partir tout à la fois des temps forts et faibles et selon les deux registres suivants, si l'on se limite aux quatre premiers pieds de l'hexamètre. Au longum frappé par l'ictus revient la même voyelle e. Dominante, elle est néanmoins reprise en sourdine aux temps faibles suivant un arrangement judicieux des deux brèves de ce vers holodactylique. En effet au biforme des quatre dactyles se fait entendre la douce musique concertante de la voyelle e accordée à la voyelle éclatante a. Et, s'il est vrai, comme le précise Cicéron (Or. 32, 77) que la rencontre de voyelles a quelque chose de souple (molle quiddam), on comprendra que la reprise insistante des hiatus, dans des mots grecs conservant leur longue intérieure (cycnea, Phoebea), et des diphtongues (Phoeba, daedala) est destinée à reproduire la fluidité déliée de la lyre. La clausule en répercute très exactement l'effet en une sorte de vocalise (daedala).

 

L'image acoustique de la scie correspond parfaitement à ces aspérités qui blessent et dont l'effet ne peut qu'être désagréable. Aussi Lucrèce travaille-t-il ici le registre consonantique. Dominante est ainsi la sifflante sourde s. L'énergie articulatoire qui caractérise cette consonne forte est en outre renforcée du fait que Lucrèce privilégie des mots cumulant plusieurs consonnes et que la diction enchaînée (pratio uincta) de l'hexamètre requiert une prononciation liée des finales et initiales de mots contigus. Se trouvent ainsi associées successivement deux sifflantes (putes serrae) et un groupe complexe sifflante-dentale sourde-vibrante roulée (sfiridentis). Et pour parachever ces effets grinçants et secs, voire vibrants, le poète développe sur un mode mineur le roulement des r par la gemmation et l'écho (serrae ; horrorem) ou par la combinaison avec les vibrations de la sonore occlusive b (acerbum). Dépassant ainsi les trop faciles ce passage apparaît comme une partition musicale. Car Lucrèce met en musique ce qui y est dit par une orchestration sonore des effets stridents (stridentis), perçants (acerbus) et propres à hérisser jusqu'au frisson (horrorem) des bruits émis par une scie (Jacqueline Dangel, Matière et poésie dans le livre II de Lucrèce : essai de lecture stylistique. In: Vita Latina, N°130-131, 1993 - www.persee.fr).

 

Les eaux

 

Par une interprétation assez libre du «Suave mari magno...» de Lucrèce, Saint-Amant (1594 - 1661), reçu à l'Académie française en 1634, semble annoncer une description pacifiée des bords de mer dans la Solitude à Alcidon (1528) : "Que c'est une chose agreable / D'estre sur le bord de la Mer, / Quand elle vient à se calmer / Apres quelque orage effroyable" (Stéphane Macé, L'éden perdu : la pastorale dans la poésie française de l'âge baroque, 2002 - books.google.fr).

 

Souvenir d'un vers de Lucrèce transformé : « Il est doux, quand sur la vaste mer les vents soulèvent les flots, d'assister de la terre aux rudes épreuves d'autrui » (De natura rerum, II, 1-2) (Claude Gilbert Dubois, La Poésie baroque : Du baroque au classicisme, 1600-1660, 1969 - books.google.fr).

 

Toujours dans le livre II.

 

Le De natura rerum expose donc l'enseignement de Démocrite et d'Épicure, en s'en distanciant parfois. Les visées de Lucrèce sont clairement établies dès les premières pages de l'œuvre comme suit : « Oui, il nous faut analyser précisément les phénomènes célestes, découvrir les lois qui gouvernent le cours du soleil et de la lune, mettre à jour la force qui dirige tout ce qui se passe sur la terre ; mais nous devons surtout jeter toutes les lumières de la raison sur la nature de l'âme et de l'esprit. » (I, p. 21). L'ouvrage est divisé en six livres : le livre 1, « Les vérités fondamentales », évoque l'être, le vide et la matière ; le livre 2, « Les atomes », aborde les mouvements et les formes des atomes ; le livre 3, « L'homme et la mort », traite de la nature de l'âme et de l'esprit, ainsi que de l'attitude de l'homme face à la mort ; le livre 4, « Simulacres et illusions », porte sur la sensibilité, les passions, les rêves et l'illusion amoureuse ; le livre 5, « L'histoire du monde », parle de la formation et du devenir du monde, de la vie et de l'histoire de l'humanité ; le livre 6, « Le livre des météores », enfin, a pour sujet les phénomènes naturels tels que la foudre, les eaux, les phénomènes terrestres, etc. (Patrick Olivero, De la nature des choses de Lucrèce - L'homme et la mort (Commentaire), 2014 - books.google.fr).

 

Il est doux, quand les vents troublent au loin les ondes, de contempler du bord sur les vagues profondes un naufrage imminent. Non que le cœur jaloux Jouisse du malheur d’autrui ; mais il est doux de voir ce que le sort nous épargne de peines. Il est doux, en lieu sûr, de suivre dans les plaines les bataillons livrés aux chances des combats Et les périls lointains qu’on ne partage pas. Mais rien n’est aussi doux que d’établir sa vie sur les calmes hauteurs de la philosophie, dans l’impassible fort de la sérénité, De voir par cent chemins l’errante humanité chercher, courir, lutter de force et de génie, consumer en labeurs la veille et l’insomnie, monter de brigue en brigue aux échelons derniers, et s’asseoir au sommet des choses, sous nos pieds ! (Lucrèce, De la nature des choses, Livre II - fr.wikisource.org).

 

Le sucré, la suavité, le poison et la colère

 

La pièce de Vespa trouve son compte dans la dynamique d'un miel parénétique : le contexte du procès, bien loin d'être inapproprié à un discours de suavité, le justifie par son essence, puisqu'il implique, tout comme le traité de philosophie, une rhétorique de la persuasion, suave et douce. Mireille Armisen-Marchetti tire de la comparaison poésie-miel une évocation de la « psychologie » épicurienne et de sa description de l'acte volontaire. Le mouvement par lequel un être vivant s'oppose à l'enchaînement ordinaire des effets et des causes résulte de la volonté, qui elle-même ne saurait surgir si n'existait au niveau des atomes la possibilité de liberté qu'offre le clinamen. Mais un acte volontaire ne peut se produire que par l'attente et la représentation d'une uoluptas. Or le lecteur qui ouvre le De rerum natura n'est pas épicurien - pas encore - et n'est pas persuadé d'emblée que cette lecture puisse lui faire découvrir la sagesse et le bonheur. Pour qu'il consente à surmonter l'ennui de l'effort [...], pour qu'il consente donc à lire, il faut une uoluptas immédiate, que procure la poésie. Le pâtissier et le cuisinier de Vespa s'amusent à reprendre, en la parodiant, cette psychologie épicurienne et tentent, par leur discours « voluptueux », de provoquer une uoluptas immédiate chez l' auditeur- lecteur, en priorité chez Vulcain et, par là, de susciter l'acte volontaire tant attendu : qu'il prenne fait et cause pour l'art qui lui aura procuré le plus de plaisir ! Ainsi l'image du miel permet-elle à Vespa de s'approprier la poétique de Lucrèce et d'élaborer tout un jeu ironique avec le système épicurien : le soubassement éthique (la uoluptas) de sa poésie et les mécanismes psychologiques de la persuasion qu'il induit sont opportunément détournés bien éloignées de la conversion à un système philosophique, et permettent à Vespa un ultime renversement des valeurs épicuriennes, puisqu'ils intègrent dans la société des hommes - pire ! en la réduisant à un rôle d'arbitre qu'il faut séduire et convaincre - une divinité qui n'a rien à y faire. [...] Selon Epicure, si les dieux existent, ils se tiennent à l'écart et n'interviennent pas dans la vie des hommes (Stéphane Solier, Le miel parodique dans Le Procès du cuisinier, Du sucre: actes de la journée d'études Le sucre dans la littérature, Pau, 21 janvier 2005, 2007 - books.google.fr).

 

Dans la physique épicurienne, le clinamen est un écart, une déviation (littéralement une déclinaison) spontanée des atomes par rapport à leur chute dans le vide, qui permet aux atomes de s'entrechoquer. Cette déviation est spatialement et temporellement indéterminée et aléatoire, elle permet d'expliquer l'existence des corps et la liberté humaine dans un cadre matérialiste. Bien que cette théorie ne soit développée que dans le De rerum natura de l'épicurien latin Lucrèce, topujours dans le livre II, 216-219, elle est attribuée à Épicure lui-même, son œuvre ayant été en grande partie perdue depuis l'Antiquité romaine (fr.wikipedia.org - Clinamen).

 

Le Judicium coci et pistoris iudice Vulcano, littéralement Le procès du cuisinier contre le pâtissier avec Vulcain pour arbitre, est la plus longue (99 hexamètres) des pièces de l'Anthologie Latine, recueil du VIe siècle conservé dans le Codex Salmasianus (Parisinus Lat. 10 318) et dans le plus tardif Codex Thuaneus (Parisinus Lat. 8071). L'auteur, Vespa, poète inconnu du IVe siècle semble-t-il, présente, dans une élaboration d'une indubitable bravoure rhétorique et poétique, la querelle entre un cuisinier et un pâtissier qui tentent de prouver la supériorité de leur art respectif, sous l'arbitrage du dieu Vulcain, choisi par le poète en vertu de ses attributions de dieu du feu et de son lien étroit, dans la littérature, avec le monde des cuisines, depuis Plaute jusqu'à Apulée (Stéphane Solier, Le miel parodique dans Le Procès du cuisinier, Du sucre: actes de la journée d'études Le sucre dans la littérature, Pau, 21 janvier 2005, 2007 - books.google.fr).

 

Le sucre est une figure du dissimulé, du mal secret caché derrière une belle apparence. Ce mal peut être un poison, il peut être aussi le péché de gourmandise. Christofle de Beaujeu compare l'amoureux grossier au mangeur de confiture qui dévore goulûment des pots sans être rassasié (Etienne Rouziès, Ô Melon succrin, Du sucre: actes de la journée d'études Le sucre dans la littérature, Pau, 21 janvier 2005, 2007 - books.google.fr).

 

Si l'Occident de la Renaissance se prend à aimer le sucre, jusque à la folie dont quelques natifs de l'Afrique finiront par faire les frais, il le rencontre poétiquement plus volontiers sous la figure du miel, tradition antique oblige : la poétique de la Renaissance impose le détour par l' innutrition et le topos ; il est peu de place en son sein pour des produits d'importation récente. Le miel y est donc la figure la plus commune du sucré, et les propos « melliflues » s'y répandent abondamment, dès les Grands Rhétoriqueurs, mais aussi, comme nous le verrons, avec peut-être comme un retour de faveur - in fauorem faui - , dans les années 1540. Mais ce miel, le lecteur moderne est tenté, croyons-nous, d'en sous-estimer la saveur, et la vigueur. Le registre emmiellé, à la Renaissance, loin de se perdre dans le mielleux et le mièvre, dit peut-être d'abord un recours contre l'insipide, et n'est pas toujours dépourvu de sel, de ce sel notamment que viennent déposer sur nos rivages trop étales le flux des passions, voire véhémentes, désir, jalousie, colère.

 

On pourra s'étonner de nous voir reprendre une expression de l'Iliade à travers l'œuvre d'un philosophe et théologien réformé, à savoir Melanchthon. C'est pourtant dans son très sérieux De anima, pour l'essentiel traité de morale philosophique, qu'il cite à l'appui de ses thèses le grand poème de la colère - Mênin aeide thea !.. : Ira est mistus adfectus ex Tristitia, et cupiditate ulciscendi. [...] Incalescit igitur cor in eo metu et incendit spiritus, qui sanguinem agitatum etiam inflammant. Turbantur actiones omnium membrorum, propter motum sanguinis et spirituum confusionem. [...] Ideo comitantur vehementem Iram Phreneses, vt in Aiace, et interdum Apoplexiae. Ad hanc descriptionem congruunt sententiae plurimae scriptorum vt in Vergilii, Ignescunt irae, et duris ardor ossibus ardet Significanter enim describit inflammationem sanguinis et spirituum ortam ex ingenti motu cordis. [...] Est et Homerica descriptio insignis, in qua dicitur Ira melle dulcior esse, et crescere et vt fumus excitatus late se diffundit. Nam quod ait melle dulciorem esse, Iracundae naturae agnoscunt, quam dulce sit indulgere irae. Vt enim amori amans, cum mirifica suauitate indulget, ita irato ipsa cupiditas dulcis est. Similitudo autem de fumo aptissime quadrat ad spirituum motum, et caliginem in iratis. Porro ex his descriptionibus iudicari potest et valetudinis causa, et propter vitandam deformitatem, fraenandam esse Iram. (Philippe Melanchthon, De anima commentarius, Lyon, S. Griphius, 1542 (Ie éd Wittemberg, 1540), pp. 196-19).

 

Le miel, par le biais de la métaphore homérique, se dévoile ici sous le signe d'une ambivalence, que nous retrouverons : sa douceur séduit le ambivalence, que nous retrouverons : sa douceur séduit le palais, au point qu'on s'en repaisse au delà des bornes de la modération, pour le plus grand dommage de la santé et de la bonne tenue. Il y a donc là un avertissement contre l'entraînement des passions. Mais, chez Melanchthon, et dans le développement même dont il est question, ce point de vue n'est pas unilatéral. Melanchthon prend soin de préciser qu'il ne s'agit en aucun cas de proscrire les affects, particulièrement la colère, même s'il convient par ailleurs de s'en défier. Le passage est l'occasion d'une charge sévère contre l'apatheia stoïcienne. [...]

 

Au contraire, les passions sont un élément indispensable de l'activité humaine, elles peuvent se comparer au vent qui gonfle les voiles du navire, image reprise de Plutarque, et que l'on retrouvera chez Montaigne. [...]

 

Cette énergie se manifeste tout particulièrement dans les comportements que Melanchthon qualifie avec insistance d'héroïques. [...]

 

Les héros de l'épopée antique, et en premier lieu ceux de l'lliade, servent d'illustration au principe du bon usage de la colère. Mais ils sont rejoints par ceux de la Bible. [...] Et, bien sûr, c'est dans le Christ lui-même que s'épanouissent toutes ces passions bien dirigées. [...]

 

Le « miel de la colère » est donc ici rejoint par les « raisins de la colère ». L'humanisme chrétien réformé de Melanchthon fond en quelque sorte l'héroïsme littéraire antique et le registre passionnel biblique - avec également une très large part faite à la compassion -, notamment observé dans les Psaumes ; à une tradition de philosophie morale marquée par l'héritage stoïcien il oppose son idéal de la « vertu héroïque », directement émanée de l'action du Saint-Esprit : Heroici motus sunt dona Spiritus sancti. et cela, contrairement à ce que voudraient prétendre certains Theologi. Pour Melanchthon, donc, déjà, « rien de grand ne se fait sans passion », comme le redira Vauvenargues. La Bible, les poètes, et éventuellement Aristote et Plutarque, se rejoignent ainsi en un vaste front anti-stoïcien, dont les incidences ne sont pas minces dans le domaine littéraire : la vraie morale est mieux enseignée par Homère, Virgile ou les Tragiques, que par Sénèque le Philosophe. Belle revanche de la littérature sur une certaine philosophie, qui ne peut manquer de s'accompagner d'une conception très particulière du didactisme moral en littérature, d'un didactisme moral à vrai dire assez peu moralisant. Cette alliance des modèles littéraires antiques, notamment grecs, et de la Bible, sous le signe du « miel de la colère », pose les prodromes d'une réforme de la poétique réformée, dont un des aspects majeurs pourrait avoir été, entre 1530 et 1550, un « retour de la tragédie » qu'une première poétique de la Renaissance française, marquée par l'évangélisme naissant, regardait au contraire avec quelque suspicion : ce qui tant me nuyt Corrompt du tout le naïf de ma Muse, Lequel de soy ne veult que je m'amuse A composer en triste Tragedie (Clément Marot, Deploration sur le trespas de messire Florimond Robertet) (Jean Lecointe, Le miel de la colère, Du sucre: actes de la journée d'études Le sucre dans la littérature, Pau, 21 janvier 2005, 2007 - books.google.fr).

 

Foedera naturae et foedus

 

G. Droz-Vincent défend la pertinence de l'expression foedera naturae employée par Lucrèce : la notion de pacte, exprime « une rationalité inhérente à la nature elle-même », l'« ordre », non dirigé mais réel, qui se lit dans la nature. Les foedera naturae sont « des règles que la nature prescrit aux phénomènes, afin d'en garantir la régularité et de les rendre intelligibles ». Revenant sur les conclusions de l'article de P. Mesnard, G. Droz-Vincent n'entend pas nier la présence sous-jacente de la finalité dans la nature lucrétienne, et les ambiguïtés portées par l'usage-même de l'image du pacte, mais il estime la pertinence de cette image supérieure aux risques théoriques qu'elle induit. En montrant que les f¿dera naturae sont un ordre qui inclut la contingence du clinamen, en rappelant qu'il s'agit d'un ordre constaté a posteriori, et qui n'est donc pas justifié par une exigence a priori de la nature, on réduit finalement à peu de chose l'idée d'un finalisme dans la nature lucrétienne. Sans doute l'idée d'une natura gubernans, entité implacable substituée aux dieux anciens, demeure-t-elle plus ressentie que raisonnée: comme le relève G. Droz-Vincent, on ne rencontre dans le texte lucrétien aucun élément susceptible de la conforter théoriquement. Mais précisément, la discordance est troublante entre une définition théorique claire et constante de la nature, et la mise en scène du rapport à la nature vécu par l'humanité sous un jour très variable, dans une alternance, tout au long du poème, de moments d'effroi et de sérénité, avec un fort infléchissement, à la fin du poème, vers plus de violence. L'expression lucrétienne «pactes de la nature» (foedera naturae) n'apparaît pas totalement anodine, si l'on se souvient que dans la religion romaine traditionnelle, les rapports entre les dieux et les hommes sont régis par un « pacte », en vertu duquel les hommes vivent en paix avec les dieux (pax deorum). Les prodiges signalent la rupture de la pax deorum - du fait d'une faute des hommes - en même temps qu'ils appellent les hommes à le restaurer. Or, les phénomènes météorologiques et cosmiques constituent une part importante des prodiges officiellement reconnus qui nous ont été transmis par Tite-Live et Julius Obsequens. Les prodiges sont angoissants, parce qu'ils signalent que le pacte unissant hommes et dieux est rompu ; mais d'un autre côté, ils sont des signaux permettant une rapide restauration de ce pacte, si la communauté sait se montrer vigilante. Le prodige appelle une réponse technique, la procuratio prodigiorum : il existe des moyens - énoncés par les spécialistes et mis en oeuvre par la communauté - de restaurer le pacte rompu. Les prodiges indiquent donc une faute autant qu'ils en permettent la « réparation ». En cela, ils sont aussi un gage de la bienveillance divine, de la volonté des dieux d'entretenir avec la communauté humaine des rapports normalisés. Les foedera naturae dont parle Lucrèce sont d'un ordre tout autre que le foedus unissant les dieux et les hommes, dans le cadre de la religion traditionnelle: ils régissent des phénomènes dénués de signification, qui ne sont provoqués par aucune faute humaine, mais qui ne sont pas non plus évitables. Lucrèce l'affirme à plusieurs reprises: les dieux ne sont pas à l'origine des phénomènes. Cette croyance est le fruit de l'ignorance et des illusions humaines. Les fables mythologiques sont sans rapport avec la réalité. La foudre, phénomène traditionnellement tenu pour prodigieux, n'est pas l'oeuvre de Jupiter ou des autres dieux. Certes, les hommes n'ont plus à redouter les dieux et leurs décisions arbitraires, mais ils perdent également tout espoir d'influencer le cours de la nature par quelque procuration que ce soit. Ils n'ont plus qu'à subir une nature sur laquelle - ils le savent désormais, grâce à Épicure - ils ne peuvent avoir la moindre influence. C'est ce que constate José Turpin; remarquant l'infléchissement de la présentation de la nature au chant VI vers une « évidente dramatisation », elle montre que s'opère particulièrement au livre VI du poème, un glissement encouragé par l'usage du terme foedera : à l'ancien pacte unissant les dieux et les hommes (dont la rupture de la part des hommes entraînait le prodige), Lucrèce semble implicitement substituer l'idée d'un pacte unissant les hommes à la nature, mais un pacte obscur, aux règles mal définies, encore plus angoissant. Les hommes perdraient alors les repères posés par la religion traditionnelle pour se retrouver démunis, face à une nature connue comme ne relevant pas de l'ancien pacte religieux, mais sentie - et, semble-t-il, donnée à sentir - comme telle. Les créatures traditionnellement considérées comme des « monstres » et les phénomènes tenus pour prodigieux ne sont donc pas évitables moyennant le respect d'un quelconque pacte; ils sont les produits indifférents et à jamais inévitables des lois de la nature. Constat à la fois libératoire et accablant pour l'homme, confronté à l'inquiétant visage d'une nature indifférente, sans plus de bienveillance que de malveillance, une nature que rien ne peut toucher (Blandine Cuny - Le Callet, La météorologie chez Lucrèce, a météorologie dans l'antiquité: entre science et croyance : actes du colloque international interdisciplinaire de Toulouse, 2-3-4 mai 2002, 2003 - books.google.fr).

 

The final shared characteristic examined in Chapter Two was the inherent dichotomy of foedus as both a creative and destructive force. Roman foedera were ritually struck by the fetiales, a college of priests whose sole function was to oversee the making of war or peace. A foedus arose out of the violence of war and was ratified by a particularly vicious and gory act of sacrifice, while the breaking of a foedus triggered a resumption of fighting and resulted in widespread loss of life and carnage. Likewise, the foedera naturae bring order and peace out of violent chaos in the form of atomic concilia, whose constituent atoms revert back to their warlike clashings once the peace imposed by the foedera naturae is transgressed. Within an atomic concilium, tensions from within and assaults from without meant that violence underlay even the most harmonious joining. As with the Romans themselves, whose mythological origins are fraught with violence and destruction (e.g., the Fall of Troy, Romulus and Remus, etc.), war and peace and creation and destruction are inextricably joined in both Roman foedera and the foedera naturae.

 

The conflict and collisions of the atoms can be seen as a kind of cosmic civil war, particularly when this tension comes from within a unified whole. Cabisius draws attention to parallels between Lucretius' description of dust motes in sunlight (2.125-31) and Cicero and Sallust¿s accounts detailing the Catilinarian conspiracy (1984: 116). The dust motes, described in terms of clandestine civil unrest, are "in turmoil (turbare) within the sun's rays," which "indicates that there are secret and unseen motions (clandestinos caecosque) also hidden in matter" (2.126-28). These furtive movements lack the maliciousness and purpose of human conspirators, however, and are "secret and unseen" solely because atoms are too small for us to perceive; we see their movement only through the motions of larger compounds. It is the nature of atoms to ceaselessly move throughout space, and so their constant collisions are necessary and valueless. Their motion is also essentially generative and, even when the incessant battering leads to the dissolution of an atomic compound, this simply frees up more material for future creations. Human civil war, on the other hand, is primarily malicious and destructive, and generally driven by greed for power. This greed is in turn motivated by false beliefs and ignorance of limits and so is self-defeating. As was shown in Chapter Two, although Lucretius' foedera naturae bear some resemblance to Roman treaties, this comparison also exposes the latter as a pale, flawed imitation of nature, one which plays at being what the foedera naturae truly and incontrovertibly are (Lauren Tee, Foedera Naturae in Lucretius' De Rerum Natura, 2016 - books.google.fr).

 

Dans la fission nucléaire, les noyaux d'atomes sont fracturés. Chez les épicuriens, les atomes sont insécables (a-tomes).

 

Typologie

 

"fedifragues" du latin foedifragus : qui viole les traités (de foedus, pacte, et frangere, rompre, Gaffiot).

 

La Chine et la France, devenant, dans les années 1960, puissances nucléaires par effraction (en dépit de la vive hostilité de Washington et Moscou), dénoncent le TNP comme la preuve d'un condominium américano-soviétique sur le monde. Au début des années 1990, ces deux États, dotés d'une force de dissuasion, admettent que leur intérêt est de maintenir fermée la porte du club ; ils rejoignent le TNP. Le TNP apparaît plutôt comme un succès. En avril-mai 1995, se tient à New York une conférence pour procéder au renouvellement du traité (conclu pour vingt-cinq ans). La rencontre s'achève par un renouvellement sans limitation de durée. Cent quatre-vingt-huit États sont parties au dispositif (Philippe Moreau Defarges, La mondialisation: « Que sais-je ? » n° 1687, 2016 - books.google.fr).

 

La conférence organisée par les Nations unies (avril-mai 1995) aboutit à proroger indéfiniment le traité de non-prolifération nucléaire (T.N.P.), conclu en juillet 1968 et entré en vigueur en 1970 pour une durée de vingt-cinq ans et auquel ont adhéré la France et la Chine en 1991. À quelques exceptions près, les pays non détenteurs de l'arme nucléaire s'engagent pour toujours à y renoncer. Dans ce cadre, les cinq grandes puissances détentrices de l'arme nucléaire s'engagent à ne pas utiliser cette arme contre les pays non nucléaires signataires du TNP. Le moratoire n'est respecté ni par la Chine ni par la France, qui décide en juin 1995 une ultime campagne d'essais nucléaires (septembre 1995 - janvier 1996) qu'elle avait interrompue en 1992 sous Mitterrand, ce qui suscite de violentes protestations dans le Pacifique sud et une réserve hostile même chez les alliés de laFrance, sauf la Grande-Bretagne. En mars 1996, les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France se rallient au traité de Rarotonga de dénucléarisation du Pacifique sud conclu en 1985 (Jean-Louis Dufour, Maurice Vaïsse, La guerre au XXe siècle, 2003 - books.google.fr).

 

La décision de la France de reprendre les essais nucléaires est « irrévocable », affirme le chef de l'État, le 14 juillet 1995, en dépit des critiques qu'elle inspire en France et dans le monde. Pour lui, ces essais sont « nécessaires » au pays pour maintenir sa dissuasion nucléaire, gage de « poids » et « sécurité » dans le monde (fr.wikipedia.org - Allocution présidentielle du 14 Juillet 1995, www.ina.fr).

 

"irré - vocable".

 

En 1996, les cinq puissances nucléaires adhèrent au Traité d'Interdiction Complète des Essais nucléaires (TICE).

 

Michel Serres, né le 1er septembre 1930 à Agen (Lot-et-Garonne), est un philosophe, historien des sciences et homme de lettres français, élu à l'Académie française le 29 mars 1990 (fr.wikipedia.org - Michel Serres).

 

Nostradamus séjourna à Agen auprès de Jules César Scaliger dans les années 1530.

 

Michel Serres, dans La naissance de la physique dans le texte de Lucrèce : fleuves et turbulences (1977), soutient que la « mathématique des Épicuriens » - je reprends son expression - serait celle-même inaugurée par Démocrite et canonisée par Archimède, en qui il voit les « géomètres de l'infinitésimal». Dans le De rerum natura de Lucrèce, les traces abondent, dit-il, d'une physique mathématique. Il porte une attention privilégiée au clinamen, et il en montre la nécessité dans le cadre de la physique de Lucrèce, comme physique, ou mécanique, non des solides, comme on l'a cru, mais des fluides. Or, on peut reconnaître, pense-t-il, dans les expressions par lesquelles Lucrèce introduit le clinamen, des définitions canoniques appartenant à la théorie du calcul différentiel : lorsque Lucrèce (II, 219-220) nous dit que les atomes, en chute libre dans le vide, s'écartent de la verticale "aussi peu qu'il soit possible de dire, par là, que le mouvement s'en trouve modifié", il nous fait songer à la définition de l'infiniment petit virtuel, et lorsque, plus loin, il redéfinit cet écart nec plus quam minimum, pas plus que le minimum (II, 244), il nous fait songer, selon M. Serres, à la définition de l'infiniment petit actuel. "Nous sommes en présence des premières formulations de ce qu'on nommera une différentielle. Le clinamen est donc une différentielle, et proprement, une fluxion". N'y a-t-il pas, du reste, une "filiation de l'atomisme par rapport aux premiers essais de calcul infinitésimal", dès lors que Démocrite paraît bien avoir produit en même temps une méthode mathématique d'exhaustion et l'hypothèse physique des insécables ? M. Serres a sans doute raison de mettre en évidence le côté « mécanique des fluides » de la physique de Lucrèce, et aussi de souligner l'importance, pour les Épicuriens, de la considération des grands nombres. Mais, en ce qui concerne les quantités infinitésimales, il faut maintenir qu'elles n'ont aucune place dans la physique épicurienne. On peut même dire qu'Épicure a repoussé les principes de l'analyse infinitésimale de la manière la plus expresse. Car la notion de minimum est, chez lui, exclusive de toute notion d'un infiniment petit, virtuel ou actuel ; elle est incompatible avec une quelconque analyse "infinitésimale" (Marcel Conche, Epicure et l'analyse quantique de la réalité, 1980 - books.google.fr).

 

Il reste les atomes.

 

Ajoutons que la campagne présidentielle de Chirac en 1995 s'est faite sur le thème de la "fracture sociale" (fracture toujours du latin frangere).

 

Le basculement des sondages en sa faveur n'a pas encore eu lieu, il doit donc se distinguer de son adversaire, Édouard Balladur, pour creuser l'écart. Ce dernier doit apparaître comme un libéral, insensible à la condition populaire, comme le candidat de la France d'en haut, celui des médias et des financiers. L'expression « fracture sociale », qui fera florès, a été d'abord attribuée au sociologue Emmanuel Todd, avant que son auteur ne soit identifié : le philosophe Marcel Gauchet (Guy Baret, Chirac, entre perles et culture, 2015 - books.google.fr).

 

C'est l'histoire d'un lent délitement. D'un étau qui se resserre, l'air de rien. Comme le rappelle opportunément Béatrice Gurrey (Les Chirac, les secrets du clan, 2015), pour Chirac, c'est en 2005 que tout se joue. Entre l'affaire Gaymard, l'assassinat de Rafic Hariri, le rejet massif de la Constitution européenne, le fiasco de la candidature de Paris aux JO de 2012, et bientôt les émeutes dans les banlieues, le président ne connaît pas le moindre répit. Dans ce contexte politique trouble, le vendredi 2 septembre 2005 va signer son arrêt de mort. Durablement affaibli après un AVC, bunkerisé à l'Élysée, Chirac devient le maillon faible d'une chaîne de transactions diplomatiques qui se passe de plus en plus de ses services. Pas tendre, la communauté internationale se hasarde à le surnommer "l'homme invisible" (p. 38) ou, plus métaphoriquement, "l'homme malade de l'Europe" (p. 41). En troquant le costume présidentiel contre le pyjama des chambres d'hôpitaux, il apparaît plus diminué que jamais. C'est le début de la fin (Alexandre Vasseur, Dans les coulisses du "clan Chirac" , 2015 - www.lesinrocks.com).

 

Pour finir par sucrer les fraises.

 

Si l’adoucissement des mets et des mœurs est un signe de civilisation, l’énergie nucléaire, qui empoisonne (amertume) avec ses déchets la planète Terre, en est-elle un ?

 

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