Fitna

Fitna

 

VI, 89

 

1990-1991

 

Entre deux cymbes pieds & mains estachez,

De miel face oingt, & de laict substanté :

Guespes & mouches fitine amour fachez,

Poccilateur faucer, Cyphe tenté.

 

Ecartelé

 

"Cyphe" est mis en rapport avec La Pharsale de l'auteur latin Lucain (cf. quatrain VI, 82 - Génocides).

 

Le jeune homme entre, en 65, dans la conjuration de Pison, pour se venger de l'empereur aux dires de Tacite (Annales 15, 56-57) et de Suétone. Quand le complot est découvert, Lucain, comme son oncle le philosophe Sénèque, reçoit l’ordre de s’ouvrir les veines (Tacite, Annales 15, 70). Il ne put alors terminer son épopée, le BELLUM CIVILE (La Pharsale), dont les livres 4 à 10 (le 10e est incomplet ou inachevé) furent publiés après sa mort (fr.wikipedia.org - Lucain).

 

Tacite rapporte aussi que Lucain, tandis qu'il perdait son sang, récita un passage de la Pharsale, où étaient décrits les derniers instants d'un soldat de la flotte de Marseille écartelé entre deux navires pendant le combat (La litterature latine, 1994 - books.google.fr, Tacite, Annales, Livre XV - remacle.org).

 

Dans cette journée, le sort des combats multiplia les trépas les plus bizarres. Le crampon lancé sur un vaisseau saisit Lycidas dans ses ongles de fer, et l’entraînait dans les flots. Ses compagnons le retiennent, et l’arrêtent par ses jambes suspendues. Le buste est arraché: le sang ne sort pas lentement comme d’une blessure; il tombe à la fois de toutes les veines rompues; et le mouvement de l’âme qui circule dans tous les membres s’interrompt au milieu des flots. Jamais la vie ne sortit par une plus large écluse. La partie inférieure du tronc n’étant plus alimentée par les sources de la vie, devient aussitôt la proie du trépas; mais celle où le poumon se gonfle et respire, où le cœur entretient tout son feu, lutte encore long-temps contre l’heure fatale; et après de longs assauts la mort en triomphe à peine (Livre III) (Pharsale de M. A. Lucain, traduit par Philarète Chasles, 1835 - books.google.fr).

 

Dans l’interprétation du quatrain VI, 82, on peut voir la forêt de Marseille ravagée par César pour construire ses vaisseaux.

 

Deux guerres mettent en scène Jules César en Provence. La Guerre des Gaules qui aboutit à la défaite d’Alésia par les Gaulois commandés par Vercingétorix. La Guerre Civile qui oppose notamment César à Pompée pour la suprématie suprême à Rome. C’est dans le contexte de la Guerre Civile que se situent le siège et de la prise de Marseille par Jules César. Les opérations de siège de Marseille s’étendent du Printemps au 25 octobre 49 av. J.-C. Battus sur mer contre toute attente, les Marseillais livrent une résistance terrestre exceptionnelle aux forces romaines. Marseille payera lourd le poids de sa défaite. Marseille perd son leadership à tous les niveaux. Auguste sera à peine plus clément que César. Il faudra attendre Néron, Marc Aurèle et surtout Hadrien pour voir Marseille revenir en grâce (www.provence7.com).

 

Fitine : fitna ?

 

Literally meaning sedition, the word has a curious history that is worth dwelling upon. 'Fitna' emerges from the religious vocabulary of early Islam to designate semantically the realm of an extremely trying and difficult experience, rooted in the etymological history of the word. In the literal sense, 'fitna' refers to the process by which the true identity of gold is established by exposing it to the highest possible heat (if the metal dissolves, then it is not gold but some false material presented as such; if it remains intact, it is true gold). In the religious vocabulary, 'fitna', at an individual level, represents the believer's lifelong tribulation as he/she is severely tested by the trying choices and unrelenting seductions of this 'impure' worldly existence (Arabic Language Academy 1991: 461–462). At the collective level, 'fitna' acquires criminal significance in its meaning of breaking the unity of the Muslim community in order to undermine its very existence. In theological terms, 'fitina', seen as a deliberate sowing of disunion in the Muslim community, is considered a cardinal sin that warrants a horrible death for its perpetuators. The Holy Quran specifically warns against this sowing of disunion in the nascent and precarious Muslim community of the sixth century by declaring that 'fitna is worse than murder' (Holy Quran 1977: 30). Taken out of its religious and historical context, this religious prohibition against dissent came to consolidate the despotic grip over power by unjust rulers. Throughout the Arab-Islamic history from the founding years of Islam until the demise of the Ottoman empire following World War I, fitna was the primary delegitimizing tool that rulers used to face down opponents and popular revolts (Akeel Abbas, Deconstructing Despotic Legacies in the Arab Spring, Routledge Handbook of the Arab Spring: Rethinking Democratization, 2014 - books.google.fr).

 

Le terme de fitna, à l'origine «tentation» donc «épreuve» de la foi de quelqu'un, a désigné très tôt, dans l'Islam, les troubles civils de la communauté, et en particulier ceux qui ont conduit à la naissance du chiisme. Dès lors, il revêt le sens de «rupture» de l'ordre communautaire. Bien qu'il perde relativement de sa connotation religieuse pour signifier simplement «révolte», c'est un concept en soi très négatif (Henry Laurens, L'Expédition d'Egypte (1798-1801), 2014 - books.google.fr).

 

C'est la Fitna al-Kubra, le «Grand Trouble» (656-660), qui oppose, à la mort de Mahomet, ses successeurs (L'Histoire, Numéros 311 à 315, 2006 - books.google.fr).

 

La Guerre civile, plus connue sous le nom de Pharsale, est une épopée latine inachevée, écrite en hexamètres dactyliques, et l'œuvre principale du poète stoïcien Lucain. Son titre exact est Marci Annaei Lucani de bello ciuili libri decem (Les Dix Livres de M. A. Lucain sur la guerre civile). C'est du chant IX, v. 985, que la tradition a tiré le titre apocryphe de Pharsale - car c'est là que César a vaincu Pompée -, mais il ne figure pas dans les manuscrits (fr.wikipedia.org - Pharsale (Lucain)).

 

Miel et lait

 

Lycidas est un nom donné à un chevrier de Théocrite, chez Virgile (Bucoliques 7, 67), chez Horace (Ode 1, 4, 19), à un poème de John Milton (1637).

 

On trouve étrangement dans l'Idylle VIII de Bion, traduite par Longepierre publiée en 1686, un Lycidas qui ne manque ni de miel ni de lait que ce soit en été ou en hiver (J.F.S. Maizony de Lauréal, Les Bucoliques de Virgile, 1846 - books.google.fr, Les Idylles de Bion et de Moschus, Longepierre, 1688 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Hilaire-Bernard de Longepierre).

 

Guêpes et mouches à miel

 

De même Appien, historien grec, qui a décrit les guerres civiles de Rome, croit que la défaite de Pompée à la bataille de Pharsale au 1er siècle avant notre ère avait eu pour cause l'envahissement par des abeilles de l'autel des Dieux (L'Abeille de France et l'apiculteur, Numéros 690 à 711, 1985 - books.google.fr).

 

Les abeilles sont exposées aux attaques de plusieurs animaux : les guêpes et les frêlons, de la même race, mais abâtardis, leur font la guerre ("impugnant") (Histoire naturelle de Pline, Tome 1, traduit par Emile Littré, 1848 - books.google.fr).

 

Les Arabes dans la Pharsale

 

Le fleuve qui se partage, et précipite dans la mer un double torrent, sans s'apercevoir que l'Hydaspe est entré dans son vaste lit, l'Indus ne visite plus sur ses rives les peuplades qui boivent la douce liqueur qu'un roseau distille, ni celles qui teignent leur chevelure dans les sucs du safran, et qui agrafent leur flottantes tuniques avec des pierreries colorées, ni ces hommes qui construisent eux-mêmes leur bûcher, et se jettent vivans au milieu des flammes. O glorieuse nation, qui interpose son bras dans l'ordre du destin, et, rassasiée de la vie, fait aux dieux l'abandon volontaire des jours qui lui restent ! Viennent les féroces Cappadociens, viennent les nouveaux hôtes du sauvage Amanus, et l'Arménien répandu le long du Niphate qui roule des rochers dans son cours : les Coastres quittent leurs forêts dont les têtes pompeuses se balancent dans les nues. Vous passez dans un hémisphère inconnu, Arabes étonnés que les ombres des bois ne se dessinent jamais à gauche (Livre III).

 

La douce liqueur qu'un roseau distille. C'est la canne à sucre, que les anciens ne cuisaient pas au feu comme nous, mais dont ils exprimaient le suc pour le boire étendu dans de l'eau.

 

Arabes étonnés que les ombres des bois ne se dessinent jamais à gauche. L'auteur parle ici de l'Arabie Heureuse ou Australe. Dans ce pays, le soleil porte l'ombre au midi, ce qui la met à gauche pour ceux qui regardent l'occident. Transportés en deçà du tropique, les Arabes sont naturellement surpris de voir l'ombre se projeter à droite (Pharsale de Lucain, traduit par Chasles et Greslou, 1835 - books.google.fr).

 

J'ai soumis et l'Arabe et le cruel Sarmate, Le Cappadocien, et le Juif qui se flatte D'un Dieu partout ailleurs aux mortels inconnu (Livre II) (La Pharsale de Lucain, traduite en vers français sur le texte latin de Grotius comparé avec celui de Burmann, par Lepernay, 1834 - books.google.fr).

 

Heureux les Arabes, les Mèdes et tout l'orient, que le destin garda toujours soumis à des tyrans (Livre VII) (Lucain, La guerre civile, (La Pharsale), 1974 - books.google.fr).

 

"Poccilateur" : pocillator ou échanson

 

Pour étayer l'identification d'Horace à Lycidas, on pourrait encore alléguer le retour de Lycidas à la fin de l'ode I, 4, pièce dont l'humour grinçant (à mettre, à notre avis, au compte d'Anti-Ego) s'accommoderait bien d'une identification de ce puer delicatus à l'auteur lui-même (J.-Y. Maleuvre, Violence et ironie dans les Bucoliques de Virgile, 2000 - books.google.fr).

 

Horace a-t-il été d'abord un puer delicatus ? Il n'est pas douteux que plus tard il ait aimé ou du moins feint d'aimer des adolescents. Mais il y a un tel contraste entre ses poèmes Anacréontiques et la satire I, 6 où il dit que son père le garda pendant toutes ses études indemne de tout acte et même de tout soupçon infamant (v. 81-84) ! Faut-il ajouter foi à la déclaration d'Horace ? Dans l'ode I, 4 à Sestius, il est question au v. 19 du « tendre Lycidas », tout comme dans les bucoliques VII et IX de Virgile. Or nous avons reconnu dans les bucoliques Horace sous le masque de Lycidas, parce que celui-ci est un ami de Menalcas (Virgile), comme le Lycidas des Idylles un ami de Théocrite, parce que c'est un poète satirique, et enfin parce qu'il craint le jugement de Quintilius Varus (Buc. IX, v. 35 et Art poétique, v. 438). Dans la VIIe Bucolique Thyrsis, en qui nous avons reconnu Cornificius, chante un couplet amoureux à Lycidas (v. 65-68). Mais rien ne prouve que Lycidas ait été séduit par ce berger-poète. Faut-il croire qu'Horace parlerait de lui-même dans l'Ode à Sestius en ayant repris le pseudonyme Virgilien ou que Virgile l'aurait repris à Horace ? Ni l'un ni l'autre : en réalité le mot n'est chez Horace que le résultat d'une confusion avec Lyciscus. Il faut en effet lire lenerum Lyciscum, comme au début de l'épode XI il faut lire Sesti (et non Pecti), ainsi que le prouve la comparaison des deux pièces. Et dans l'épode XI Horace se dit épris de Lyciscus qui se vante de dépasser en mollesse n'importe quelle femmelette, ce qui explique l'épithète lenerum. Il s'agit dans les deux pièces de Sestius et de Lyciscus, mais non de Lycidas (Léon Hermann, La vie amoureuse d'Horace, Latomus, Volume 14, 1955 - books.google.fr).

 

Bion donne le nom de « Lycidas » à un jeune amoureux, et c'est à Bion que l'aura emprunté Horace  (Horace: traduction en vers, Tome 3, traduction de Henry Siméon, 1874 - books.google.fr).

 

William Baxter pose la question de savoir si le Lycidas de l'Ode IV était un échanson ("An Lycidas Sextii erat pocillator ?") (Eclogae, Una Cum Scholiis perpetuis, tam Veteribus quam Novis, restituit Willielmus Baxter, 1701 - books.google.fr, en.wikipedia.org - William Baxter (scholar)).

 

Cyphe (cf. quatrain VI, 82)

 

Gouneus, éponyme de la cité perrhèbe de Gonnoi, est le nom du chef du contingent qui rassemble deux peuples, Ainianes et Perrhèbes, dans le Catalogue des vaisseaux d'Homère. Chez Homère, comme, plus loin chez Lycophron, Gouneus est dit originaire de Kyphos, cette Kyphos dont B. Helly a montré naguère qu'il s'agissait sans doute de l'une des collines constituant la polis historique de Gonnoi. On a peu de renseignements sur ce héros. On ignore, par exemple, sa généalogie, malgré les tentatives tardives des mythographes, et même son nom est sujet à discussion, mais il est sûrement plus à sa place dans ce passage qu'un hypothétique homonyme oriental. Pour les scholiastes (comme Tzètzès), en effet, Gouneus est un Arabe, un sage, personnification de la justice, consulté par la légendaire reine Sémiramis pour trancher un différent entre Phéniciens et Babyloniens, et dont on ne sait absolument rien d'autre. Les Modernes ont simplement repris l'information, sans s'interroger sur cette présence ni sur les rapports éventuels entre lui et le Gouneus perrhèbe, son apparition n'étant liée qu'à l'allusion à la déesse de la Justice, dont il serait, en quelque sorte, un serviteur, une incarnation parfaite. [...] Gouneus l'Arabe apparaît donc comme un simple doublet oriental du Gouneus perrhèbe. On peut imaginer ici une construction poétique et symbolique par fusion de deux personnages dont l'existence même dans la tradition mythologique, est sujette à caution: un Gouneus arabe, appelé par le thème de la Justice divine - l'Arabe étant alors à mettre sur le même plan, mutatis mutandis, que le Sage oriental dans la littérature française du XVIIIe siècle - et un Gouneus thessalien, appelé par l'existence d'un sanctuaire de Thémis (Jean-Claude Decourt, Les cultes thessaliens dans l'Alexandra de Lycophron, Lycophron : éclat d'obsccurité, 2009 - books.google.fr).

 

Gonnoi, ville de Perrhébie, partie septentrionale de la Thessalie, était située au pied de l'Olympe, à l'entrée de Tempé, sur la rive gauche du Pénée (indication de position tirée des sources textuelles) (Les Dossiers d'archéologie, Numéros 156 à 161, 1991 - books.google.fr).

 

Gonnus (Gonnoi, Gonni) n'est pas un simple poste, comme les autres forteresses de Tempé ; c'est une vraie place de guerre qui peut tenir une bonne garnison. Elle joue un rôle considérable dans le dernier siècle de l'indépendance macédonienne; elle est le plus ferme rempart des Antigonides, et le berceau de leur dynastie. Antigone, après la captivité de son père Démétrius Poliorcète, y refit lentement sa fortune ; Philippe s'y réfugia après la bataille des Cynoscéphales; Antiochus n'osa pas attaquer Gonnus. En 197, les Romains, craignant encore de la prendre pour eux-mêmes, et ne voulant pas la laisser à Philippe, l'abandonnèrent aux Perrhèbes, ses anciens maîtres. Quand Persée se résolut à reprendre les armes, il rouvrit la campagne par la surprise de Gonnus. Depuis la conquête romaine, Gonnus disparaît de l'histoire  (Théophile Alphonse Desdevises du Dézert, Géographie ancienne de la Macédoine, 1863 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Persée de Macédoine, Oeuvres de Tite-Live (Histoire romaine), 1839 - books.google.fr).

 

La vallée du Tempé est presqu'à l'embouchure du Pénée, qui y coule entre le mont Olympe et le mont Ossa ; elle commence à la ville d'Homolis. Ce célèbre vallon, couvert de bois, occupe cinq milles de terrein en longueur, et presqu'un arpent et demi en largeur. Les bords du fleuve y sont couverts d'herbes toujours fraîches, et remplis d'oiseaux dont le gazouillement forme un agréable concert. Les dieux et les déesses alloient s'y promener. C'étoit la demeure du berger Aristée. Il aima Eurydice, qui, fuyant ses poursuites, fut piquée d'un serpent , et mourut le jour mème de ses noces. Les nymphes, touchées de ce malheur, tuèrent toutes les abeilles d'Aristée. Protée lui comseilla d'appaiser les mânes d'Eurydice, en faisant un sacrifice d'animaux, des entrailles desquels il sortit des essaims d'abeilles (Virgile) (Charles-A.-Louis de Barentin de Montchal, Géographie ancienne et historique, Tome 1, 1823 - books.google.fr).

 

Elien peint le Tempé avec des couleurs toutes pastorales ; Pline le décrit en naturaliste, et Tite-Live, en historien chargé de transmettre les fastes militaires de Rome à la postérité, quand il fait conmaître ses dimensions et les points fortifiés de cette gorge vers Gonnus, Condylone et Lapathunte. Tels sont les récits des anciens, auxquels l'auteur d'Anacharsis a ajouté le tableau enchanteur des Pélories, célébrées en mémoire de l'événement qui donna la Thessalie aux enfants des Grecs, quand le Pénée se fut frayé un passage vers la mer. Mais au lieu des cortéges couronnés de fleurs qui voguaient sur ses ondes, à peine aperçoit-on maintenant quelques esquifs chargés de ruches d'abeilles, qu'on y fait voyager pour picorer le miel odorant des coteaux de l'Olympe et du mont Ossa. C'est au printemps que ces théories nouvelles descendent des coteaux de la Magnésie, pour naviguer sur le Pénée, tandis qu'on porte dans des chars d'autres ruches, que les pasteurs conduisent au milieu des prairies de Pharsale, qu'ils quittent, lorsqu'elles sont épuisées d'ambroisie, pour suivre le printemps jusque dans la plus haute région des montagnes. Ainsi c'est encore dans la patrie d'Aristée que les industrieuses abeilles reçoivent des soins qu'elles récompensent par des récoltes abondantes de miel et de cire (François Charles Hugues Laurent Pouqueville, Voyage dans la Grèce, 1820 - books.google.fr).

 

Après la bataille de Pharsale, Pompée, en fuyant, passa par la vallée de Tempé; ayant soif, il se coucha sur le ventre et but dans la rivière. De là il gagna le bord de la mer, où il entra dans une pauvre cabane de pêcheur. Il y demeura, jusqu'à ce qu'il eût monté dans une petite barque pour gagner le vaisseau qui le reçut (Plutarque) (Charles-A.-Louis de Barentin de Montchal, Géographie ancienne et historique, Tome 1, 1823 - books.google.fr).

 

Ganymède

 

Le dixième Livre de la Pharsale raconte la conquête de l'Egypte par César.

 

Le vainqueur de Pharsale est reçu dans le palais des rois d’Egypte, où Ptolémée est son ôtage. Cléopâtre s’échappe de la tour du Phare, où. son frère la retenoit captive. Elle vient trouver César , et réussit à l’appaiser autant par ses charmes que par ses prières. César la réconcilie avec son frère. Cléopâtre lui donne un magnifique repas, à la fin duquel Achorée, prêtre d’Isis, satisfait la curiosité de César, en lui découvrant les sources et le cours du Nil. Cependant Pothin conspire avec Achillas contre la vie de César. Les soldats d’Achillas entourent le palais. César, assiégé par terre et par mer, garde auprès de lui le jeune roi Ptolémée, et combat avec valeur. Il fait jetter des torches ardentes dans les vaisseaux des assiégeans, monte sur une barque, gagne le Phare, et fait couper la tête à Pothin. La plus jeune sœur de Ptolémée, Arsinoë, tue Achillas de sa propre main. Ganymède, nouveau général des Egyptiens, presse vivement César (La Pharsale de Lucain, traduit en vers français par Brébeuf, 1796 - books.google.fr).

 

Lassés d'Arsinoé et de Ganymède, les officiers égyptiens souhaitent que leur roi les dirige et une délégation demande à César la remise de Ptolémée XIII, en échange d'Arsinoé et de la paix. Mais César temporise, reçoit des renforts et remporte la bataille du Nil qui s'avère décisive. Ganymède meurt au combat en 47 av. J.-C. (fr.wikipedia.org - Ganymède (eunuque)).

 

Ganymède est le nom de l'échanson de Jupiter. On verra un jeu de mot entre Cyphe et "scyphus" qui est un vase à boire, une coupe (Gaffiot).

 

L'histoire de Ganymède, ainsi que la plupart des événemens de l'histoire grecque, qui remontent aux temps dits héroïques, est racontée de deux façons différentes. Selon quelques auteurs, Ganymède, fils de Tros, roi de Troie, fut envoyé en Lydie par son père, pour y offrir un sacrifice à Jupiter, honoré dans ces contrées d'un culte particulier. Tantale, fils de Jupiter et de la nymphe Plota, régnait alors en ce pays. Il conservait le désir de se venger de Tros, qui ne l'avait point invité à la première solennité qu'il avait faite à Troie. Il saisit cette occasion de satisfaire son ressentiment. Feignant de prendre le jeune prince et les personnes de sa suite pour des espions, il donna ordre de les arrêter, et fit de Ganymède son échanson. Telle fut l'origine des longues inimitiés qui divisèrent les descendans de Tros et ceux de Tantale. Elles ne se terminèrent que par la ruine complète de Troie.

 

C'est cet événement qui a donné lieu au trait mythologique. Un jour, dit-on, Ganymède chassait sur le mont Ida; Jupiter, charmé de sa beauté, l'enleva, et lui donna dans le ciel l'emploi de verser le nectar, à la place d'Hébé (Charles Paul Landon, Annales du musée et de l'école moderne des beaux-arts, Tome 6, 1804 - books.google.fr).

 

D'une guerre civile l'autre : la société écartelée

 

La guerre civile entre César et Pompée est suivie de celle entre Octave et Marc-Antoine commencée lorsque Virgile avait 20 ans. Horace était son ami, "la moitié de son âme".

 

C'est sans doute durant la guerre civile (elle éclata quand il avait vingt ans) qu'il entre en relation avec Asinius Pollion, homme de lettres qui apparent au cercle de Catulle et des «poètes néotériques», mais aussi figure politique importante et chef militaire qui prendra par pour Marc Antoine dans la rivalité qui opposera celui-ci à Octave, petit-neveu et héritier de Jules César. Pollion commande plusieurs légions en  Cisalpine lorsque Octave, au lendemain de la victoire de Philippes (-42), entreprend de déposséder en masse les paysans italiens afin de récompenser les légionnaires césariens. La guerre fait rage de nouveau, mais le parti des spoliateurs prend le dessus, et Pollion, en infériorité, doit se replier. Le domaine paternel de Virgile est, semble-t-il, confisqué, et ses légitimes propriétaires manquent même d'y laisser la vie (Virgile, Les Bucoliques: Nouvelle édition augmentée, 2014 - books.google.fr).

 

Et Martial, refaisant en deux mots et à ce point de vue toute l'histoire de Virgile, le montre qui pleurait la perte de son champ et de ses troupeaux : Mécène le voit et sourit, d'une parole il répare tout, et chasse la pauvreté qui allait étendre sur ce beau talent son influence maligne : "Prends ta part de nos richesses, lui dit-il, et sois le plus grand des poëtes !". Et comme surcroit de grâce, comme suprême motif d'inspiration, Martial n'oublie pas le cadeau d'un jeune esclave, d'un échanson que Virgile aurait vu en soupant chez Mécène, d'autres disent chez Pollion, et qui lui fut donné pour serviteur. Et c'est à ces largesses, à ces nouvelles facilités d'existence, que Martial attribue aussitôt les hautes conceptions du chantre d'Enée et toute cette distance d'essor qui sépare le poëme du Moucheron de la mâle pensée qui se porta à célébrer les origines de Rome. La recette lui paraît sûre pour créer des Virgiles à volonté : essayez-en! Et lui-même au besoin il se propose (Charles-Augustin Sainte-Beuve, Etude sur Virgile: suivie d'une Etude sur Quintus de Smyrne, 1857 - books.google.fr).

 

Mécène se cache sous le pseudonyme du beau Gygès vient de Chypre (Cnidiusue Gyges, 20), l'île d'Aphrodite (cf. I, 19, 10) dans l'ode III, 7. La chose est sans doute moins évidente ici, étant donné que le garçon arbore une abondante chevelure alors que Mécène était dégarni, mais n'oublions pas qu'en I, 38 le ministre d'Auguste apparaît sous les traits d'un échanson, ou Ganymède, et qu'en plusieurs autres pièces encore il prend l'aspect d'un puer, qu'il faut souvent faire effort pour distinguer de l'autre puer, son ennemi intime (J.-Y. Maleuvre, Petite stereoscopie des Odes et Epodes d'Horace: Les Odes, 1995 - books.google.fr).

 

Au dire d'Appien (De bel. civil. II. 102), il y avait à Rome moitié d'habitants après la guerre civile. Virgile, Tite-Live, Properce se plaignaient du dépeuplement de la banlieue romaine et Lucain en accusait Pharsale (Lucien Bocquet, Le célibat dans l'antiquité envisagé au point de vue civil; les ancétre, l'état, l'Inde, l'Iran, Israël, Grèce, Rome, christianisme, 1895 - books.google.fr).

 

Il est probable que Virgile avait composé un Culex, c'est-à-dire une épopée comique sur le sort d'un moucheron. C'est du moins ce qu'on peut conclure de la célèbre plaisanterie de Lucain, qui, fier de ses essais de jeunesse, s'écriait ironiquement : quantum mihi restât ad Culicem ? (combien me reste-t-il encore à faire pour égaler le Culex ?). [...] Le sujet en est la mort d'un moucheron écrasé par un berger, au moment où il le réveille pour le sauver d'un serpent; le moucheron apparaît en songe à son meurtrier et lui demande une sépulture (René Pichon, OEuvres complètes de Virgile avec bibliographie, études historiques et littéraires, notes, grammaire, lexique et illustrations documentaires, 1916 - books.google.fr).

 

Peut-on voir dans Gonnoi le "gonu" noeud, genou, ce qui fait lien et qui est rompu socialement dans la guerre civile.

 

Typologie

 

Si la fitna (terme que l'on pourrait traduire par désordre, guerre civile, déréliction) forme l'horizon du monde islamique, alors le djihad a de beaux jours devant lui. Le frottement entre la modernité et la culture arabo-musulmane n'a pas fini de provoquer des étincelles. Et le mauvais génie de l'islamisme ne rentrera pas de sitôt dans sa lampe à pétrole. Demain, les djihadistes français trouveront de nouvelles zones de conflit où s'entraîner, d'autres mécènes pour les financer et d'autres exemples à imiter (Guillaume Bigot, Stéphane Berthomet, Le jour où la France tremblera: Terrorisme islamiste : les vrais risques pour l'Hexagone, 2005 - books.google.fr).

 

Le Djihad défensif constitue l'obligation individuelle, pour chaque musulman, de défendre la terre d'islam lorsqu'elle est attaquée par des non musulmans. Ce type de Djihad reste exceptionnel puisqu'il suspend tous les autres devoirs, même religieux, au profit de la mobilisation pour la défense de la communauté, et que sa mise en œuvre sans le discernement nécessaire pourrait se traduire par la dissension ou la guerre civile («fitna») des musulmans entre eux, au plus grand bénéfice de l'ennemi commun (Mohamed Benhammou, Le Djihadisme international : l'ennemi invisible: Mutations idéologiques et stratégies opérationnelles, L'Harmattan, 2017).

 

Regroupant des motivations similaires dans toutle monde arabe et fondé au début des années 1990 par des vétérans des organisations du djihad antisoviétique (comme le Groupe islamique armé (GIA) en Algérie et l'Armée islamique d'Aden-Abyane au Yémen), AlTawhid,le groupe dont Abou Moussab AlZarkaoui a d'abord fait partie, est une organisation salafiste radicale quasiment identique aux autres. Tous ces groupes armés partagent le même objectif : embraser un djihad révolutionnaire à travers le monde islamique et en chasser les gouvernements pro-occidentaux. Cette guerre civile, ou fitna, évincerait les régimes arabes en place, que tiennent pour taghoût (idolâtres). Ayant rejoint le groupe Al-Tawhid en prison, Al-Zarkaouien est devenu ensuite l'émir. Ainsi, quand il a formé son organisation armée en Irak, il a choisi le nom d'Al-Tawhid WalJihad. Qu'Al-Zarkaoui et Al-Baghdadi partagent tous deux le credo salafiste - Al-Baghdadi étant lui-même issu d'une famille religieuse salafiste - explique la compatibilité de leurs visions du djihad (Loretta Napoleoni, L'Etat islamique: Multinationale de la violence, 2015 - books.google.fr).

 

C'est avec le début de la fitna, de la guerre civile algérienne en 1992, que s'ouvre une lutte idéologique entre les terroristes voulant établir le pouvoir islamique en Algérie dans un cadre national et ceux situant la lutte armée dans le cadre plus vaste de la radicalisation de l'Oumma, de la communauté mondiale des croyants. Les premiers, dits djezaïristes, auront plutôt le dessus sur leurs rivaux internationalistes pendant la guerre civile  qui fera de l'ordre de 100 000 morts pendant les années 1990. En 2007, les restes des groupes terroristes algériens, issus du Groupe islamique armé (GIA) et du Groupe salafiste de prédication et decombat (GSPC) feront allégeance à Al Qaida, en établissant une «franchise» maghrébine, l'AQMI («Al Qaida au pays du Maghreb islamique»), signalant la victoire idéologique des jihadistes avec leurs partenaires dans les États voisins, dont le Groupe islamique de combat marocain (GICM), actif dans l'attentat de Madrid du 11 mars 2004 (François Heisbourg, Après Al Qaida: La nouvelle génération du terrorisme, 2009 - books.google.fr).

 

Il faut dire que le chantier algérien est titanesque: trente ans de « socialisme scientifique », dix ans de guerre civile, une société écartelée entre une jeunesse désorientée et la génération de l'indépendance encore aux affaires, des mentalités qui peinent à évoluer... La société est traversée par des courants contradictoires, tantôt conservateurs, tantôt réformistes. Une partie de la population regarde vers l'Europe, l'autre lorgne le monde arabe. «Faire évoluer le cours des choses, surtout l'état d'esprit des citoyens et des politiques, c'est pire que les douze travaux d'Hercule, explique Farouk, chauffeur de taxi parisien de retour au bercail pour un long mois de vacances» (Jeune Afrique, Numéros 2441 à 2449, 2007 - books.google.fr).

 

En mobilisant comme principales clés d'explication le jihâd et la fitna, deux concepts religieux qui serviront de titres pour ses ouvrages ultérieurs, Gilles Kepel pose ni plus ni moins que la matrice qui va s'imposer au traitement médiatique des avatars politiques de la religion musulmane au cours des années 1990 : substituer - ou plus souvent combiner - au «choc des civilisations» une «guerre au cœur de l'islam» ; et effacer, ce faisant, le rôle bien plus déterminant de tous les autres facteurs, économiques et sociaux, de la violence politique dans les sociétés de culture musulmane (Thomas Deltombe, L'islam imaginaire: La construction médiatique de l'islamophobie en France, 1975-2005, 2013 - books.google.fr).

 

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