Sortie de la France de l’OTAN

Sortie de la France de l’OTAN

 

VI, 56

 

1966-1967

 

La crainte armee de l’ennemy Narbon

Effrayera si fort les Hesperiques :

Parpignan vuide par l’aveugle darbon,

Lors Barcelon par mer donra les piques.

 

La France, qui est ici symbolisée par la ville languedocienne de Narbonne « Narbon »), s’inquiète de la puissance soviétique et de la doctrine de la riposte graduée du secrétaire américain à la défense McNamara qui rend probable la transformation de l’Europe en champ de bataille en cas de guerre. C’est en effet, en 1960, que de Gaulle, au cours d’une visite de plusieurs jours en Languedoc, « déclare devant les foules languecociennes, le 25 février, que désormais la France, si « elle doit avoir des alliés, n’a pas besoin de protecteur ! » [1] ». Le 26, il est à Narbonne « qui fait au général un accueil aussi bruyant et joyeux que Limoux [2] »). 13 jours après que la bombe atomique française n’explose à Reggane en Algérie.

Grâce à l’acquisition de la bombe atomique A en 1960, et de la bombe H qui sera prête en 1968, le général de Gaulle (« aveugle darbon » : « darbon » signifiant « taupe » pour critiquer le manque de vision à long terme ?) décide de quitter l’OTAN en 1966 pour mettre en œuvre la propre doctrine française de réponse à la menace soviétique. Il s’agit de la riposte du faible au fort consistant à dissuader toute attaque par la menace de destructions irréparables sur des villes russes. Les Etats-Unis (« Hespériques ») sont obligés de replier les bases installées en France (« Parpignan vuide » pour « Perpignan » symbolisant la France) sur la Belgique, l’Italie et l’Espagne (« Lors Barcelon… »).

Les Etats-Unis, à l’annonce de la décision du retrait, se montrent préoccupés « assurant que cette action « affecterait gravement la sécurité et le bien-être des citoyens de tous les pays alliés » [3] ». Ils crient même au renversement d’alliance au vu de la cordialité dans laquelle se fait le voyage de de Gaulle en URSS. En 1967 « le débat franco-américain fut porté à son paroxysme lors de la définition, par les plus hautes autorités militaires françaises, de la stratégie dite « tous azimuts », qui semblait faire glisser la France de la situation d’allié circonspect et incommode à celle de neutre militant, rallié à une sorte de « troisième voie » diplomatique et stratégique [4] » (« Effayera si fort les Hespériques »).

 



[1] Jean Lacouture, « De Gaulle », tome III, Seuil, 1986, p. 470-471

[2] Le Progrès du 27 février 1960

[3] Jean Lacouture, « De Gaulle », tome III, Seuil, 1986, p. 378

[4] ibid., p. 476-477

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