En Iran

En Iran

 

VI, 65

 

1973

 

Gris & bureau demie ouuerte guerre,

De nuict seront assaillis & pillez,

Le bureau prins passera par la serre,

Son temple ouuert, deux au plastre grillez.

 

Cabans

 

« Bure ou bureau, drap mélangé, de petit prix , dont les serfs et le menu peuple souloient estre accoustrés » Nicot. « Mieux vault vivre soubz gros bureaux Pauvre, qu'avoir este seigneur, Et pourir soubz riches tombeaux. » Villon, en son grand Testament.

 

Le bureau gris était une pièce de l'habit des religieux brigittins (Pierre Hélyot, Maximilien Bullot, Histoire des ordres monastiques, religieux et militaires: Toutes les differences congregations, & les ordres militaires qui ont été soumis à la legle des s. Augustin, Tome 4, 1715 - books.google.fr).

 

serre : prison (Alain Rey, Dictionnaire Historique de la langue française, 2011 - books.google.fr).

 

Les termes gris et bureau se trouvent chez César de Nostredame, fils de Michel, au sujet de l'habillement des Cabans, catholiques qui menèrent une révolte en 1560 dans la région de Salon de Provence (L'histoire et chronique de Prouence de Caesar de Nostradamus gentilhomme Prouencal, 1624 - books.google.fr).

 

En conséquence le 1er mai 1560 la population rurale de la ville et du territoire, incitée à la révolte par le bourgeois Louis Villermin dit Curnier et par les autres meneurs du parti catholique, se rassemble sur le cours depuis la place de Bourgneuf jusqu'à celle des Arbres, en criant : Vive la religion ! A bas Luthériens ! La plupart des paysans sont armés de gros bâtons au haut desquels adhèrent des croix de papier blanc et ils portent à leurs barrettes ou coiffures, des plumes de coq en signe de reconnaissance et de ralliement; sur la motion des chefs ils vont aux maisons suspectes de luthéranisme et en arrachent les habitants pour les conduire au château à coups de bâton et aux cris de : à bas Luthériens ! Vivent Cabans ! Les paysans de Salon étaient alors appelés Cabans du nom d'un manteau de cadis gris avec manches et capuchon, dont ils se revêtaient dans la saison d'hiver. Pierre Roux seigneur de Beauvezet était, à cette époque, viguier chargé de la police de la ville. En homme qui n'écoute que son courage et son devoir il s'élance sur l'un des chefs et, le saisissant au collet, il le conduisait en prison, lorsque plus de cent émeutiers se ruent sur le viguier pour l'assommer, le traitant de fauteur d'hérétiques, de souteneur de luthériens, de luthérien lui-même. Beauvezet, après avoir abandonné son prisonnier, n'eut que le temps de se réfugier dans la boutique d'un marchand revendeur à la place des Arbres ; les mutins l'y poursuivirent, mais sans pouvoir l'atteindre, la porte, dès qu'il fut entré, ayant été fermée et solidement barricadée en dedans. Mais le peuple acharné après cette proie, entoure la maison et réclame le viguier mort ou vif. C'est en vain que le premier consul Antoine de Cadenet et les autres consulaires essaient de calmer les esprits : menaces, promesses, supplications, rien ne peut réussir ; et les émeutiers après avoir tenté plusieurs fois, mais inutilement, de forcer la porte, avaient pris le parti de brûler le viguier dans sa retraite, autour de laquelle furent entassés en peu de temps des bottes de paille et des brassées de sarments jusqu'au premier étage. A la vue de ces préparatifs d'un formidable incendie Beauvezet se décide à jeter par la fenêtre le bâton de sa charge en signe d'accommodement et de démission ; le peuple alors satisfait de ce dessaisissement d'autorité, abandonne le siège de la maison et court chez Antoine de Cordes, gentilhomme catholique, à qui est remis le bâton du viguerat. De Cordes ou de Corduba était serviable à tout le monde et très aimé des Cabans ; en acceptant le bâton de viguier, il ne cherche pas à lutter contre les rebelles, comme l'avait fait Beauvezet; il pense au contraire qu'il sera plus prudent de les diriger de manière à éviter autant que possible les excès dans lesquels tombent presque toujours les émeutes livrées à elles-mêmes. Il se concerta donc avec Palamède Marck de Châteauneuf, autre gentilhomme également en ossession d'une grande popularité, et tous deux s'étant mis à la tête du mouvement, ils allèrent saisir et conduire au château les suspects d'hérésie, à commencer par leurs parents et leurs amis, en établissant ensuite pour les garder un poste nombreux composé d'hommes modérés et sûrs avec la consigne de ne laisser pénétrer qui que ce fût sans une permission écrite du nouveau viguier. Ces emprisonnements opérés sans mauvais traitements, mais avec tous les égards dus à d'honorables concitoyens, injustement persécutés, sauvèrent bien des victimes et mirent lin au désordre ; car le peuple ne trouvant plus à exercer sa fureur contre personne, rentra de lui-même dans le calme. Cet état d'anarchie, au dire de l'historien Nostradamus, dura cinq jours, et toutes les fenêtres, pendant deux nuits, furent garnies de lumières, afin d'éclairer les émeutiers qui ne cessaient d'aller et de venir dans les rues, au son du tambour et de la trompette, en vociférant des imprécations et des menaces de mort contre les luthériens (César Nostrad. p. 785 et suiv.). De Cordes et Marck de Châteauneuf, par leur habile et sage tactique, avaient prévenu beaucoup de maux, mais il leur avait été impossible de les tous empêcher: la populace saccagea de fond en comble la maison de Louis Paul, riche marchand, alors second consul, et celle de son frère Jean Paul ; une vieille femme dont le fils avait été emprisonné comme suspect, fut assommée près de la porte de Saint-Lazare, et puis traînée jusqu'à la léproserie où on lui coupa la tête à la hache ; les messagers qui passaient par Salon portant les correspondances de Marseille, d'Aix, d'Arles et d'autres lieux, étaient arrêtés par les Cabans, qui enfonçaient les boîtes et en arrachaient les lettres, pour en faire lire le contenu et livrer ensuite à la publicité les noms de ceux qui les avaient écrites (Louis Gimon, Chroniques de la ville de Salon depuis son origine jusqu'en 1792: adaptées à l'histoire, 1882 - books.google.fr).

 

Après la glorification du père, le récit familial de  César de Nostredame se transforme en un rituel public de réparation, pour des violences subies par son père quelques années auparavant; ainsi, s'il se sent si bien accueilli par « un tel & si grand Monarque duquel il estoitsubject », c'est pour se tourner, dans lamême phrase, vers ses concitoyens, et « : comme indigne contre sa propre terre, [prononcer] ces mesmes paroles : O ingrata patria, veluti sa Abdera propre Democrito, Comme s'il eut voulut dire : ô terre ingrate [...] voyez l'estat que mon Roy daigne encore faire de moy ! Ce qu'il disoit sans doute assez ouvertement [...] contre le rude & incivil traittement que certains seditieux assez ouvertement [...], gens de sac & de corde, bouchers sanguinaires, & vilains Cabans avoyent fait à luy qui donnoit tant de gloire à son pays ».

 

La citation latine, brève et grandiloquente, fait figure d'imprécation contre cette foule de paysans et d'artisans qui, au printemps 1560, s'en est prise à certains notables de la ville. L'exégèse de César parachève le processus de réparation en identifiant les coupables aux yeux de la postérité des lecteurs. Mais il passe sous silence les accusations de luthéranisme qui avaient alors pesé sur ces notables. Or, dans les passages de la Chronique consacrés à l'année 1560, César a parfaitement relevé cette particularité de la révolte. Il parvient donc à occulter la dimension religieuse du conflit pour n'en retenir que sa dimension politique et sociale bien réelle, mais réduite ici à une affaire personnelle : ainsi, par l'effet déformant du souvenir d'enfance, le récit met en scène Michel de Nostredame seul contre tous, « gens de sac & de corde, bouchers sanguinaires, & vilains Cabans », et dans la note marginale qui commente le texte, « les brassiers, vignerons & (autre telle) farine d'hommes »... Soit aussi, dans la petite ville de Salon, une violence « de proximité », émanant, comme si souvent au cours des guerres de Religion, de voisins, et parfois même d'amis : bien plus que la violence physique, c'est donc la violence morale qui domine largement ce souvenir d'enfant, fondé sur un sentiment d'impuissance du fils à aider son père (Maryline Crivello, Individu, récit, histoire, 2017 - books.google.fr).

 

A Aix en Provence

 

L'exploitation du gypse dans le secteur de Célony remonte à une période très ancienne. Dès le XIVème siècle, il est fait mention de l'existence de plâtrières dans la partie haute de l'actuelle R.N. 7 qui, à l'époque, s'appelait "faubourg des gipiers" (gipiers: exploitants de gypse en ancien provençal) (Plan de prévention des risques naturels prévisibles (P.P.R.), 2001 - www.aixenprovence.fr).

 

Les chantiers de construction qui accompagnent la prospérité de la ville ont attiré menuisiers et plâtriers qui s'y retrouvent depuis le XVe siècle, au milieu d'autres constructeurs qui y pratiquent leur art (Claire Dolan, Le notaire, la famille et la ville: Aix-en-Provence à la fin du XVIe siècle, 1998 - books.google.fr).

 

Pour Aix même, outre la préconisation présentée, on compte ainsi plus d'une demi-douzaine d'ordonnances et de mémoires qui en 1569, 1583, 1669, 1732, 1743 et 1785, traitent de la fabrication du plâtre. Le métier de plâtrier reçoit ses statuts en 1463 (Philippe Bernardi, Le plâtre à travers la réglementation provençale (XIVe-XVIIIe siècle), Gypseries: gipiers des villes, gipiers des champs, Association pour la valorisation du gypse et du plâtre, 2005 - books.google.fr).

 

La rue de Reauville à Aix en Provence dont le sol appartenait anciennement aux Rolland, seigneurs de Reauville, fut appelée aussi la rue de la Burlière, à cause qu'étant fort longue et bien alignée, les paysans allaient y jouer aux boules 4 les dimanches et jours de fêtes. Au XIVe siècle, les plâtriers étaient logés la plupart dans la partie haute de cette rue et elle s'appelait le faubourg des Gipières. 5 Trois cents ans plus tard elle prit le nom de rue des Bourras, à cause des pénitents-gris ou bourras qui y établirent leur chapelle en 1677 (Cours Sextius - clap.jac.free.fr).

 

Le thème d'une violence acte d'éternité, parce qu'inhérente à une subjectivité du service christique de Christ, resurgit encore, lorsque, sous la conduite de Durant de Pontevès sieur de Flassans rentré en ville d'Aix, le 22 juin de la même année, un «gros de peuple, un tas de bouchers et quelques moynes desbauchez (...) embastonnez et ramassez avec des croix blanches en leurs chappeaux garnis de plumes de coq (...) chantant certaines chansons» vont en troupes lancer des pierres contre les maisons des suspects d'hérésie, puis massacrent le conseiller au Parlement Salomon. Et peut-être Flassans, dans sa mystique de croisade, eut-il des émules ? Si l'on suit l'Histoire ecclésiastique, à la même époque, de l'autre côté du Rhône, un certain capitaine Grisas se faisait surnommer «le capitaine la Croix» (Denis Crouzet, Les guerriers de Dieu: la violence au temps des troubles de religion, vers 1525-vers 1610, 2005 - books.google.fr).

 

Au plastre grillés : Emplâtrage perse

 

Rappelons la fin du roi Anarche que Panurge fit crieur de sauce verte et dont Rabelais nous apprend « que sa femme le bat comme plâtre » (Pantagruel, Livre II, chapitre 31) témoignant par-là de l'ancienneté d'une expression qui manifeste le caractère populaire du travail du plâtre et campe le gipier comme une silhouette familière de la vie des villes et des champs (Philippe Bernardi, Le plâtre à travers la réglementation provençale (XIVe-XVIIIe siècle), Gypseries: gipiers des villes, gipiers des champs, Association pour la valorisation du gypse et du plâtre, 2005 - books.google.fr).

 

La majuscule signe le nom propre ; elle élève le mot commun, efface sa roture et lui donne sa lettre de noblesse. Du même coup l'objet désigné devient personne et le signifiant confère sa majesté au signifié. De plus, le décalage spatio-temporel donne un regain de puissance à la majuscule. Etablis dans le panthéon historique et littéraire, Xerxès et César sont auréolés de gloire, cette fameuse gloire qui fait corps avec le nom propre et que se plaira à Montaigne de critiquer. Dans l'Enfer rabelaisien, puisque le but consiste à rabaisser les grandeurs usurpées, l'artifice sera par exemple de minusculiser les noms qui caractérisent l'usurpation. La majuscule leur sera rageusement ôtée. « Tarquin » devient « tacquin » ; et « Piso », « paisant ». Le nom propre perd son exclusivité ; il se fait adjectif, nom commun. Et cette réduction suit le principe de l'explicitation sémantique par association homophonique : « Nicolas pape tiers estoit papetier » (p. 370). Conquérant par le langage, Xerxès arbore un nom qui est tout un programme militaire. Hugo rapprochera ses sonorités persanes du latin exercitus. Pour Rabelais, elles sont une illustration de sa colère légendaire. Le doublet en « X » est un cri d'excitation . Son châtiment sera de passer l'éternité à « crier la moutarde », un peu comme Anarche, autre conquérant ridiculisé, que Panurge fera, au chapitre suivant, « crieur de saulce vert » : « Xerces crioit la moustarde » (p. 367) (François Rigolot, Poétique et onomastique: l'exemple de la Renaissance, 1977 - books.google.fr).

 

Mais, davant que poursuyvre ceste entreprinse, je vous veulx dire comment Panurge traicta son prisonnier le roy Anarche. Il luy soubveint de ce qu'avoit raconté Epistemon, comment estoyent traictez les roys et riches de ce monde par les Champz Elysees, et comment ilz guaignoyent pour lors leur vie a vilz et salles mestiers. Pourtant ung jour, habilla son dict roy d'ung beau petit pourpoinct de toille tout deschicqueté comme la cornette d'ung Albanois, et de belles chausses a la mariniere, sans souliers, car, disoit-il, ils luy guasteroyent la veue ; et ung petit bonnet pers avec une grande plume de chappon. Je faulx, car il m'est advis qu'il y en avoyt deux; et une belle ceinture de pers et vert, disant que ceste livree luy advenoyt bien, veu qu'il avoit esté pervers. En tel poinct l'amena devant Pantagruel, et luy dist: Congnoissez vous ce rustre ? Non certes, dist Pantagruel. C'est monsieur du roy de troys cuictes. [...] Et Pantagruel prenoit a tout plaisir. Car i'ause bien dire que c'estoit le meilleur petit bonhomme qui feust d'icy au bout d'ung baston. Ainsi feut Anarche bon crieur de saulce verte. Deux jours apres, Panurge le maria avec une vieille lanterniere, et luy mesme feit les nopces a belles testes de mouton, bonnes hastilles a la moustarde, et beaulx tribars aux ails, dont il en envoya cinq sommades à Pantagruel, lesquelles il mangea toutes, tant il les trouva appetissantes; et a boyre belle piscantine et beau cormé (Livre II, chap. 31). 

 

pers : Bleu, ou tirant sur le bleu. On dit encore aujourd'hui fil pers : c'est un fil bleu qui sert à marquer.

 

rustre : A pied et sans souliers, comme paroissoit le roi Anarche devant la compagnie. Il avoit de l'air d'un rustre, c'est-à-dire d'un de ces fantassins qu'on nommoit rustres; parce qu'on les prenoit d'entre les plus robustes jeunes gens de la campagne [cf. Cabans].

 

lanternière : une putain qui exerçait en maison close à la lanterne rouge.

 

c'estoit le meilleur petit bonhomme qui feust d'icy au bout d'ung baston : marotte, marionnette (Œuvres de Rabelais, Tome 4, présenté par Esmengart et Eloi Johanneau, et 1823 - books.google.fr, Francis Mauras, Les mots de François Rabelais ont voix aux chapitres, 2017 - books.google.fr).

 

pers est un adjectif venant du latin persus qui signifie proprement persan (Dictionnaire étymologique, Larousse, 1969).

 

En France, Henri II eut l'idée, en 1548, d'établir à Paris un service de lanternes qui auraient été entretenues par le trésor, mais diverses circonstances l'empêchèrent d'y donner suite (W. Maigne, Dictionnaire classique des origines, inventions et découvertes dans les arts, les sciences et les lettres, etc., 1863 - books.google.fr).

 

C'est essentiellement grâce aux sources écrites laissées par les poètes persans que l'on peut retrouver les traces d'un art de la marionnette à partir du Ve siècle de l'Hégire. L'œuvre d'Omar Khayyâm (vers 1047 — vers 1122) recèle de nombreuses références métaphoriques à des spectacles de marionnettes à fils ou d'ombres (fanous e-khial ou « lanterne de l'imagination »). Dans deux de ses quatrains, ce poète et savant (à la fois philosophe, mathématicien et astronome) décrit ainsi les hommes comme des marionnettes à la merci du ciel et vouées à disparaître après avoir joué leur rôle, ou la vie comme un jeu d'ombres où le soleil est la bougie, source lumineuse autour de laquelle les hommes, « figures fantomatiques, vont et disparaissent » (Henryk Jurkowski, Thiéri Foulc, Encyclopédie mondiale des arts de la marionnette, 2009 - books.google.fr).

 

Sur l'origine de « kara-geuz » les Turcs racontent beaucoup de légendes. D'après l'une d'elles, les deux héros du théâtre des ombres turc, « kara-geuz » et « hadji-eivaz » étaient deux courtisans qui furent exécutés. Un jour que le sultan était triste, le sage Cheikh-Kouchteri — dont le nom est souvent mentionné dans les pièces de théâtre — voulant amener le repentir dans le cœur du sultan, fabriqua des marionnettes qui avaient une grande ressemblance avec Kara- Geuz et Hadji-Eivaz, et il les montra au sultan. Selon une autre version, ce théâtre apparaît en Turquie sous le règne du sultan Orkhan (1326-55), mais en Iran, il était connu bien avant. Nous trouvons chez Omar-Khaiam, mort en 1123, une poésie parlant de Fanious-Khial (littéralement : lanterne magique, lanterne fantastique), la comparant au monde. Le soleil est sa lampe (tchirag), et la lanterne (fanous) (le monde et les humains), des marionnettes (sover : ombres, figurines) (Medjid Kan Rezvani, Le théâtre et la danse en Iran, 1962 - books.google.fr).

 

Deux idées contradictoires partagent traducteurs et commentateurs, pourtant convaincus, chacun pour sa part, de détenir la vérité. Pour les uns, El-Khayyam est un poète mystique, et le vin que l'auteur prône tout au long de ses vers n'est que le symbole de la Connaissance et de la Divinité. Dans le même ordre d'idée, ne serait-ce pas trahir la pensée de Rabelais que d'interpréter l'Oracle de la Dive Bouteille comme une invitation à l'ivresse bestiale? Pour les autres, le poète, homme réaliste, ami des plaisirs, insouciant de la vie future, faisait du carpe diem sa philosophie et son but. A notre avis, il est délicat d'opter pour l'une ou l'autre école, chacun demeurant libre de lire le Cantique des cantiques ou les Poèmes de saint Jean de la Croix comme des odes amoureuses ou des poèmes mystiques. Cela ne dépend, en somme, que de l'état d'esprit du lecteur. De plus, la poésie mystique emprunte le plus souvent son vocabulaire à l'amour prosaïque, ce qui ne facilite pas la distinction entre les deux genres. Les deux attitudes se retrouvent chez les traducteurs et se répercutent sur leurs écrits. Comme on connaît assez mal la vie d'Omar el-Khayyam, il est difficile de décider s'il fut un épicurien ou un mystique. Cependant l'on sait que son époque était férue de théologie et de philosophie et que lui-même fut un savant notoire (Z. El-Hakim, Omar el-Khayyam, Vie et Langage, Numéros 166 à 177, 1966 - books.google.fr).

 

Pour Jeanne d'Arc, les Anglais imaginèrent un bûcher d'une forme insolite, « un haut escherffault de plâtre », c'est-à-dire une haute assise de moellons, maçonnés avec du plâtre, sur laquelle furent disposés les bois qui devaient brûler la victime (Émile Augé, Rouen aux principales époques de son histoire jusqu'au dix-neuvieème siècle, 1886 - books.google.fr).

 

Jean Baptiste Tavernier et Jean Chardin sont deux voyageurs français du XVIIème siècle qui témoignent des supplices au plâtre pratiqués par les Persans.

 

Les Persans ont encore un autre supplice fort cruel, qui est de maçonner quatre murailles qui entourent le patient tout nud, puis d'y verser du plâtre dissout & coulant, qui venant à s'endurcir empêcha la respiration de ce miserable qui crie sans pouvoir crier qu'avec peine, & qui meurt ainsi comme enragés (Les six voyages de Jean Baptiste Tavernier, Ecuyer Baron d'Aubonne, en Turquie, en Perse, et aux Indes Jean-Baptiste Tavernier, 1679 - books.google.fr, Voyages de monsieur le chevalier Chardin, en Perse, et autres lieux de l'Orient, Tome second contenant une description generale de l'Empire de Perse, 1711 - books.google.fr, Jane Dieulafoy, La Perse, la Chaldée et la Susiane, 1887 - archive.org).

 

Jean-Baptiste Tavernier, né à Paris en 1605 et mort à Moscou en juillet 1689, est un voyageur et pionnier français du commerce avec l'Inde (Les Six Voyages de Jean Baptiste Tavernier, écuyer baron d'Aubonne, qu'il a fait en Turquie, en Perse, et aux Indes, pendant l'espace de quarante ans, & par toutes les routes que l'on peut tenir : accompagnez d'observations particulieres sur la qualité, la religion, le gouvernement, les coutumes & le commerce de chaque païs ; avec les figures, le poids, & la valeur de monnoyes qui y ont court, Gervais Clouzier et Claude Barbin, Paris, 1676 (fr.wikipedia.org - Jean-Baptiste Tavernier).

 

Jean Chardin, dit le « Chevalier Chardin », né le 16 novembre 1643 à Paris et mort le 5 janvier 1713 à Chiswick, est un voyageur et un écrivain français, surtout connu pour sa relation de ses séjours en Perse et en Orient à la fin du XVIIe et au début du XVIIIe siècle ( Journal du voiage du Chevalier Chardin en Perse, Amsterdam, Jean Wolters & Ysbrand Haring, 1686) (fr.wikipedia.org - Jean Chardin).

 

Anarche, roi des Dipsodes (du grec "dipsodeis" : assoiffé)

 

Cependant des tendances se firent jour dès les premiers siècles de l'Hégire d'une certaine recherche d'exercices spirituels et de méditation ; ces « assoiffés de dieu » (soufis) furent d'abord des isolés puis se constituèrent en compagnies (tarîqah). De toutes, la plus connue est celle des derviches tourneurs (Mawlawiyya, tarîqah mawlawî) fondée au XIIIe siècle par Djalal al-Din Rumî. A l'ordinaire, ces « assoiffés de Dieu » se distinguaient par leur habit de laine (sûf); certains se plurent à adopter la muraqqaa, l'habit « rapiécé » des errants, fait de morceaux disparates (Pierre Buser, Cerveau de soi, Cerveau de l'autre, 1998 - books.google.fr, (Encyclopaedia universalis, Volume 11, 1968 - books.google.fr).

 

Ainsi que le dit Rumi, le soufi persan: «Si tu bois, assoiffé, de l'eau dans une coupe, c'est Dieu que tu contemples au sein de l'eau. Celui qui n'est pas un amoureux (de Dieu) ne voit dans l'eau que sa propre image. » Seuls les yeux dessillés peuvent découvrir que « l'univers est le livre de la Vérité très haute». Dieu, dit ailleurs Rûmi, « est le bruit de l'eau dans les oreilles de l'assoiffé » (Eva Meyerovitch, L'âme et le visage du soufisme, Le Nouveau planète, Numéros 17 à 19, 1964 - books.google.fr).

 

Pantagruel devient roi des Dipsodes en les combattant, ainsi que leur chef de guerre nommé Loup-Garou qui jure d'ailleurs par Mahom (Mahomet). Panurge assure, à cette occasion, à Pantagruel d'avoir de meilleurs dents qu'Hercule (Rabelais, Faits et prouesses épouvantables de Pantagruel, fils de Gargantua et roi des Dipsodes, 1865 - books.google.fr).

 

Tout traité de médecine persan comporte pour être complet un chapitre sur le qotrob dans la section concernant les maladies de la tête. Razi, Buhari, Ali inb Al Abbas, Ibn Sina (Avicenne) Ismail Jurjani ou plus tard Tiflisi ont consacré des pages à cette affection. Qotrob est dorigine grec c'est le lykanthrôpos, mais désigne premièrement en arabe un insecte lumineux [cf. Lucifer de Pantagruel : lucem ferre]. Le chapitre du qotrob est ordinairement placé à la suite de la rubrique consacré à la mélancolie, comme lui faisant suite naturellement (Bertrand Thierry de Crussol des Epesse, La psychiatrie médiévale persane: La maladie mentale dans la tradition médicale persane, 2011 - books.google.fr).

 

Ce sont les dents de Lucifer (le porteur de lumière) que Rabelais promet de faire casser par Pantagruel :

 

Dans la «Conclusion» au Pantagruel, où Rabelais en habile crieur de thériacle, éveille la curiosité de son lecteur en lui annonçant les futures et merveilleuses aventures de ses héros, Pantagruel est symboliquement appelé à combattre contre les diables, à faire brûler cinq chambres d'enfer, à mettre à sac la grande chambre noire, à jeter Proserpine au feu, et à «rompre quatre dents à Lucifer et une corne au cul.» Le programme annoncé ne sera certes pas rempli à la lettre (G. Defaux, Pantagruel et les sophistes: Contribution à l'histoire de l'humanisme chrétien au XVIième siècle, 1973 - books.google.fr).

 

Après avoir bu le vin de concert avec Panurge, et effectué les tirs qu'on sait, il commence à semer le sel de sa barque, et comme les Dipsodes dormaient la gueule ouverte, il leur en remplit tout le gosier, tant que ces pauvres hères toussaient comme renards, disant : « Ha! Pantagruel, tu nous chauffes le tison. » Nous assistons ensuite à la lutte du prince contre Loupgarou et ses trois cents géants. Pantagruel puise de nouveau dans sa barque dix-huit caques et un minot de sel dont il emplit la gorge, le gosier, le nez et les yeux de son adversaire. Celui-ci lui lance un coup de sa masse, le manque et rompt la barque en pièces, en versant le reste du sel en terre. La lutte continue ; Loup-garou menace Pantagruel : «Meschant,... jamais tu ne altereras les pauvres gens.» (Oeuvres de François Rabelais: Pantagruel. -t. 5. Tiers livre. -t. 6. Le Quart livre, chapitres I-XVII, présenté par Abel Lefranc, 1922 - books.google.fr).

 

Dès le Xe siècle, des maîtres ont rédigé des traités de «règles deconduite» (âdâb) à l'usage des novices. Ces règles tendent à façonner la juste attitude intérieure que doivent acquérir les aspirants. Le comportement extérieur, disent les maîtres, révèle ce que vit le disciple intérieurement, et chaque action doit être considérée comme un pas sur la Voie. À chacun des cinq sens (ouïe, vue, odorat, toucher, goût) correspondent des règles de conduite particulières. Par exemples : l'aspirant doit limiter autant que possible l'absorption d'aliments et deboissons. Il se nourrit non pour assouvirson désircharnel, mais pour prendre des forces en vue de l'adoration.« Si Pharaon avait eu faim, note Bistâmî, il n'aurait pas dit “Je suis votre Seigneur suprême!” » Après s'être lavé les mains, l'aspirant commence son repas par« Au nom de Dieu », prend un peu de sel, et ne met dans son bol que le nécessaire. Il n'avale que des petites bouchées, qu'il mâche soigneusement. Il ne parle pas et ne regarde pas ce que mangent les autres. Il termine son repas en disant « Dieu soit loué », prend un peu de sel, puis va se laver les mains et se rincer la bouche (Eric Geoffroy, Initiation au soufisme, 2003 - books.google.fr).

 

Djemchid, ancêtre des Achéménides

 

On lit dans le poème le Châh-Nâmeh ou le Livre des Rois, de Firdoussî, presque au début du poème : « Pendant cinquante ans, Djemchid tourna ses pensées vers la fabrication des vêtements pour qu'on pût s’en couvrir aux jours de fêtes et de combats. Il fit des étoiles de lin, de soie, de laine, de poils de castor et de riches brocarts. Djemchid, qu’il représente un roi ou une dynastie, aurait vécu, suivant la chronologie du poète persan, du trentième au vingt-troisième siècle avant notre ère: c’est, d’après Zoroastre, le premier homme à qui Ormuzd a révélé la loi. Il promit de rendre le monde heureux, fertile, abondant ; Firdoussi devait faire de son règne l'âge d‘or de la création. Sous les successeurs de Djemchid, par exemple sous le règne de Féridoun, qui aurait vécu au quatorzième siècle avant notre ère, on trouve établi l’usage de la soie et des brocarts, et on assiste à des relations continuelles des Perses avec les Chinois ou les Turcs (Ernest Pariset, Histoire de la soie par Ernest Pariset: Temps anterieurs au 7. siecle de l'ere chretienne, Tome 1, 1862 - books.google.fr).

 

Theimouratz fut remplacé par son fils Djemchid. Les oiseaux et les peris, ou bons génies, lui obéissaient. Il inventa la cuirasse, les étoffes précieuses, et l'art de la broderie. Il employa cinq années à diviser son peuple en quatre castes principales. Les Katour formèrent la caste des prêtres, et habitèrent sur les montagnes; les Asgar formèrent celle des guerriers, les Sebaisa celle des agriculteurs, et les Anoukhechi celle des artisans. Le luxe se répandit sous son règne, et pendant trois cents ans Djemchid fut constamment heureux, jusqu'à ce que l'orgueil lui inspirât la pensée de se révolter contre la Divinité. Dzohâk était alors prince des Tasi ou Arabes, et communiquait avec les mauvais génies. Dzohâk accueillit les sujetsde Djemchid qui abandonnaient leur souverain depuis ses désordres. Il se mit à leur tête, marcha contre Djemchid, le prit dans sa fuite, et le mit à mort après un règne de sept cents ans. Dzohâk régna mille ans. Sa tyrannie réduisit la Perse à la plus affreuse misère. Par la malice des démons, deux serpents étaient nés de ses épaules, et y demeuraient attachés. Pour apaiser leur faim dévorante, il fallait tous les jours la cervelle de deux hommes. Par un adroit stratagème, les cuisiniers du roi sauvaient chaque jour l'un des deux malheureux destinés à la nourriture des serpents, et l'envoyaient dans les montagnes : c'est de ces réfugiés que se forma dans la suite la race des Kurdes (Heinrich Julius Klaproth, Tableaux historiques de l'Asie depuis la monarchie de Cyrus jusqu'a nos jours; accompagnes de recherches historiques et ethnographiques, 1826 - books.google.fr).

 

C'est également à Djemchid qu'il faut faire remonter l'usage de compter le temps par années solaires. Le souverain fixa le commencement de l'année au jour précis où le soleil entrait dans la constellation du Bélier et ordonna de célébrer cet anniversaire par la grande fête du Norouz, ou nouvel an, dont la tradition s'est perpétuée jusqu'à nos jours. Djemchid eût donné tous les fruits de ses vergers pour une grappe de raisins. Désirant en conserver une provision d'hiver, il en enferma dans une grande jarre et fit déposer le vase au fond d'une cave profonde. Lorsque plus tard on ouvrit la jarre, les raisins avaient fermenté et s'étaient transformés en un jus rouge d'une odeur et d'un goût pénétrants. Le roi se méprit sur les qualités de cette liqueur et en fit remplir quelques amphores de terre, sur chacune desquelles on écrivit le mot « poison ». Les propriétés du vin fussent demeurées longtemps ignorées si l'une des femmes de l'andéroun, sujette à d'intolérables douleurs de tête, n'eût cherché dans la mort la fin de tous ses maux. Elle prit le vase sur lequel était écrit « poison » et en avala le contenu. La belle khanoum, peu faite aux liqueurs alcooliques, tomba en léthargie et se trouva fort calmée à son réveil. Enchantée d'avoir découvert un remède à ses maux, elle revint souvent à la cruche, et bientôt le vin du monarque fut bu tout entier. Le prince s'aperçut du larcin : la dame avoua sa faute, mais dépeignit en termes si engageants les divins effets de l'ivresse, que le roi voulut à son tour goûter au jus de raisin. A la récolte suivante on fit une plus grande quantité de vin; Djemchid d'abord, puis toute sa cour firent leurs délices de ce nouveau breuvage, qui, en raison de la manière dont il avait été connu, fut longtemps nommé le « délicieux poison ». Djemchid, il faut le croire, ne tarda pas à abuser du « délicieux poison », car il se proclama dieu, ordonna à ses sujets de lui élever des statues, et les dégoûta à tel point de lui, qu'ils le trahirent et se soumirent à Zohak, prince syrien. Le malheureux souverain prit la fuite; poursuivi dans le Seistan, l'Inde et la Chine, il fut enfin conduit devant son ennemi, qui le fit placer entre deux planches et scier en plusieurs morceaux avec une arête de poisson. Au dire de Firdouzi, Djemchid régna sept cents ans et fut l'ancêtre du fameux Roustem (Jane Dieulafoy, La Perse, la Chaldée et la Susiane, 1887 - archive.org).

 

Zindan-i-Djemchid ; la prison de Djemchid. C'est ainsi que l'on nomme les grottes du village de Hadji-Abad, au pied de la montagne de Nakchi-Roustem, à l'orifice de la ravine escarpée de Djihan-i-Zevend, d'où s'élance le fleuve Polbar (M. de Hammer, Mémoire sur la Perse, Recueil de voyages et de mémoires, Tome II, Seconde partie, 1825 - books.google.fr).

 

La mort d'Isaïe et le genre de supplice qu'il subit paraissent être une tradition relativement récente chez les Juifs. On en trouve des traces dans un commentaire de la Michna et un commentaire hébreu inédit qu'Assemanni a fait connaître. D'après le premier, Isaïe aurait été enveloppé par un cèdre; suivant le second «il s'enfuit ; un caroubier ouvrit ses flancs et l'enveloppa. On amena un menuisier qui scia l'arbre et le sang d'Isaïe coula ». Ces détails manquent dans la version juive ou chrétienne de l'Apocalypse d'Isaïe, mais ils se rencontrent dans la légende persane de Djemchid (Yimâ Khchaêta du Zend-Avesta) qui, ayant pris la fuite devant Zohak, resta caché pendant cent ans, et apparut un jour dans la mer de Chine où il fut scié par Zohak dans un arbre Telle est la version sommaire que donne Ferdaousi dans le Chah Nâmeh, mais un poème pehlvi renferme plus de détails : « Cet arbre s'entr'ouvrit par suite de la bonté de Dieu pour que le roi Djemchid se cachât à l'intérieur. Zohak, ce tyran (sanguinaire) et le diable malfaisant ne soupçonnèrent pas qu'il était là. Il se cacha dans l'intérieur de cet arbre, chacun d'eux fut désappointé à cause de lui. Mais Iblis, démon impur et tyrannique, connut ce qui était arrivé. Ce Satan de mauvaise nature dit à Biver : Djemchid est sans doute à l'intérieur de cet arbre. Alors ces deux malfaiteurs s'approchèrent pour le tuer. Ils ordonnèrent à un menuisier d'apporter une scie et se mirent à scier l'arbre avec une grande joie. Lorsque la scie vint à scier le corps du roi Djemchid, le soleil disparut de ce monde. Alors ils s'en allèrent. Le lendemain, ce même Iblis et Bîver revinrent tous deux vers ce malheureux. Ils examinèrent l'arbre et furent stupéfaits de voir qu'il était resté entier par la volonté de Dieu. Ils ordonnèrent de nouveau de le scier, et de nouveau lorsque la scie fut sur le point de couper (toucher) Djemchid, la nuit apparut (sur la terre). Puis Zohak et Iblis le malfaiteur firent allumer du feu en bas de l'arbre qu'ils avaient coupé... Le troisième jour, ils coupèrent l'arbre du roi Djemchid qui dut, à son grand désespoir, se séparer de son âme douce » (René basset, Les apocryphes éthiopiens, La Haute science: revue documentaire de la tradition ésotérique et du symbolisme religieux, 1893 - books.google.fr).

 

Cabans perses

 

La différence entre les deux termes réside avant tout dans leur origine linguistique, d'un côté latine pour le capot et de l'autre arabe puisque le mot caban dérive du mot persan "quaba", qui aurait été introduit en France sous une forme altérée par les Italiens et les Espagnols (Francis Back, Le capot canadien : ses origines et son évolution aux XVIIe et XVIIIe siècles, Canadian Folklore, Volume 10, Folklore Studies Association of Canada, 1988 - books.google.fr).

 

Les cabans d'Ormuz, près de la Perse et de l'Inde, sont renommés selon le voyageur Pyrard de Laval qui parcourut ces régions au début du XVIIème siècle (Voyage de Pyrard de Laval aux Indes orientales (1601-1611), 1998 - books.google.fr).

 

Honfleur

 

Pantagruel, 23. Le géant et ses compagnons préparent à Honfleur une expédition maritime contre les Dipsodes (assoiffés) au pays des Amaurotes (obscurs, indistincts). Pantagruel reçoit d'une Dame de Paris une enveloppe adressée « Au plus aymé des belles et moins loyal des preux. P.N.T.G.R.L. ». Dans l'enveloppe, un anneau d'or enchâssé d'un simple diamant : rien plus. On flaire donc un message secret que Rabelais, à grand renfort d'érudition calepinesque et d'artifices d'espion s'efforce à résoudre. Tout l'art d'écrire lettres cachées, jusqu'au suc d'oignon que nous utilisions enfant, est mis en œuvre. Les livres qui enseignent Comment lire lettres non apparentes ; Des lettres indiscernables ; Des lettres illisibles n'y servent de rien. Il faut donc enquêter plus oultre. L'anneau porte à l'intérieur, en lettres hébraïques : Lamah hazabthani, qu'aisément on traduit, d'après le psaume XXII, vs. 1 : «Pourquoi me as- tu laissé ?». Mais le dernier mot est du sagefol Panurge. Le diamant est faux; le message est en clair : «Dy, amant faulx, pourquoy me as-tu laissée?». [...] Élie, Élie, pourquoi... Pantagruel, Pantagruel, pourquoi... Équivalence dont bien d'autres preuves peuvent être fournies. Pantagruel est à l'origine un démon marin, comme Élie, protecteur de l'islam sur mer, confondu dans les légendes méditerranéennes avec Ulysse. Selon Rabelais, le nom du géant est composé de panta (tout en grec) et gruel (mot hagarène, c'est-à-dire arabe). Gur'el est, selon l'Encyclopédie de l'Islam (s.v. Ilyas), la forme de Khadir Ilyas, Élie le verdoyant. Rabelais aura appris cela auprès de son professeur d'arabe à Rome. Enfin la sécheresse qui marque la naissance de Pantagruel est explicitement comparée à celle que provoque le terrible prophète dans le Livre des Rois. Un anneau marqué du nom d'Élie protège les marins de tout naufrage. Le masque est un diamant faux, un faux Aman. L'épithète comme le nom sont bien connus de la tradition du carnavalesque pourim. Lors de cette fête du 14 adar (février ou mars), on lit de bout en bout, à la synagogue, le rouleau d'Esther (Claude Guignebet, L'affaire du faux diamant, Les langues secrètes, Numéro 13 de Collection Politica hermetica, 1999 - books.google.fr).

 

Hadassah bat Avihaïl, plus connue sous le nom d'Esther est un personnage du livre d'Esther, qui fait partie du Tanakh et de l'Ancien Testament. Elle est l'épouse du roi de Perse Assuérus, identifié généralement à Xerxès I ou à Artaxerxès I (fr.wikipedia.org - Esther).

 

"aphar" est un terme hébreu trouvé 110 fois dans la Bible. Ce terme peut être traduit en français par poussière, poudre, mortier, cendre, terre, décombres, terreux, sol (www.lueur.org).

 

Psaume XXI (XXII),16 : Ma force se dessèche comme l'argile, Et ma langue s'attache à mon palais ; Tu me réduis à la "poussière" ("aphar") de la mort (www.lueur.org).

 

In pulverem suum revertentur : Ils retourneront dans leur poussière. Ps. 21,16 (Charles GHuré, Dictionnaire de philologie sacrée, Tome III, Encyclopédie théologique, Tome VII, 1846 - books.google.fr).

 

1 Rois 18,38 : Et le feu de l'Eternel tomba, et il consuma l'holocauste, le bois, les pierres et la "terre" ("aphar"), et il absorba l'eau qui était dans le fossé (www.lueur.org).

 

III Reg. 18, 38 (= 1 Rois) : Cecidit ignis Domini et voravit holocaustum et ligna et lapides, pulverem quoque et aquam (Les pierres que le feu consuma, sont ces douze pierres dont Elie avait bâti l'autel, la poussière est le mortier; cïest-â-dire, le plâtre ou la chaux dont il s'était servi pour les lier) (Charles GHuré, Dictionnaire de philologie sacrée, Tome III, Encyclopédie théologique, Tome VII, 1846 - books.google.fr).

 

Dès les premières années du seizième siècle, sous le règne de Louis XII, nos compatriotes se dirigeaient vers l'Hindoustan. En 1503, un capitaine de Honfleur, Binot Paulmier de Gonneville, jaloux des profits que retiraient les Portugais du commerce des épices de l'Inde, s'entendit avec quelques armateurs de sa cité natale et, de concert avec eux, équipa un navire dont on lui confia la direction. Afin d'assurer le succès de l'entreprise, il engagea deux pilotes portugais qui avaient déjà navigué dans ces parages. Les débuts du voyage furent heureux; mais, à peine l'Espoir avait-il pris la mer, que la tempête l'assaillit et que le scorbut se déclara à bord. Gonneville, dont rien ne lassait la persévérance, aurait voulu lutter encore, et continuer sa route ; mais il ne put doubler le cap de Bonne-Espérance et fut jeté sur la côte brésilienne. La première expédition française, dans la direction de l'Hindoustan, avait donc échoué. Le signal était donné ; malgré l'insuccès de Gonneville, d'intrépides négociants renouvelèrent sa tentative. Leur persévérance était d'autant plus méritoire que le gouvernement ne les soutenait pas, et qu'ils avaient à lutter contres les jalousies mercantiles et même contre l'hostilité déclarée des Portugais. On ignore le nom de ces hardis marins. On sait seulement, par le témoignage non suspect de l'historien portugais Barros, que trois vaisseaux français naviguaient dans la mer des Indes, en 1527. Est-ce à dire que ces trois vaisseaux étaient les seuls qui eussent alors doublé le cap de Bonne-Espérance et eussent navigué dans l'océan Indien ? Ce qui nous ferait supposer le contraire, c'est que nous devons tous nos renseignements, sur cette époque, au hasard qui les a conservés. L'indifférence de nos pères égalait presque la nôtre. En voici une preuve entre mille : Nous lisons dans le Recueil italien de Ramusio, la relation fort intéressante du voyage entrepris en 1529, par un capitaine dieppois, dans la direction de l'Hindoustan. On a longtemps ignoré le nom de ce capitaine. En 1838, M. Estancelin retrouva par hasard la relation originale du voyage, et on sait maintenant que ce capitaine se nommait Parmentier (L'Inde française de 1503 à 1741, L'explorateur, Volume 3, Société de géographie commerciale, 1876 - books.google.fr).

 

Binot Paulmier, sieur de Gonneville, connu comme Binot Paulmier de Gonneville, est, pour les uns, un des plus célèbres navigateurs français du début du XVIe siècle, ayant reconnu les côtes du Brésil, et pour d'autres, un explorateur imaginé, dont la mémoire eut la faveur des salons aux XVIIe et XVIIIe siècles. Considéré à cette époque comme le découvreur des Terra Australis, terre confondue avec l'Australie puis le Brésil, qui remplaça le premier terme dans les éditions de la fin du XVIIIe siècle, il figurait jusque dans le milieu des années 1990 dans les livres d'Histoire de la Normandie. Son récit n'apparaît qu'en 1663, époque où Jean Paulmier de Courtonne, apparenté à Binot, chanoine de la cathédrale Saint-Pierre de Lisieux, publie un ouvrage intitulé Mémoires touchant l'établissement d'une mission chrestienne dans le troisième monde : autrement appelé, la terre australe, méridionale, antarctique & inconnuë, dans lequel il se déclare être l'arrière-petit-fils d'un indien ramené en France par Binot Paulmier en 1505 (fr.wikipedia.org - Binot Paulmier de Gonneville).

 

Des doutes existent sur l'existence de Binot Paulmier, mais pourquoi Rabelais aurait-il choisi Honfleur comme point de départ de l'expédition de Pantagruel contre les Dipsodes ?

 

Le psaume 21 (22 TM)

 

Le psaume 22 (21) est la prière d'un homme de foi persécuté par des ennemis dont il ne précise pas la personnalité et qui commence dans l'angoisse : pourquoi cette situation incompréhensible ? Dieu ne l'a pas seulement « abandonné » à ses ennemis : au moment où le mal triomphe, il semble absent (Perre Grelot, Le mystère du Christ dans les Psaumes, 1998 - books.google.fr).

 

Il peut s'appliquer à Nostradamus molesté par les Cabans.

 

Le cri du v.2a du Psaume 21 (22) « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? » est rapporté, dans l'exégèse rabbinique, à Esther, au moment où Assuérus vient de décider le massacre de tous les juifs [en Perse], tandis qu'il est rapporté à Jésus sur la croix dans l'exégèse chrétienne. Mais au-delà de cette différence de contenu, l'analyse du commentaire juif et chrétien du Psaume 21 (22) révèle une grande similitude dans les principes et les méthodes d'interprétation. Le principe herméneutique fondamental est identique: « La Bible explique la Bible » et « Il faut expliquer la Torah par la Torah », un principe adopté par les interprètes alexandrins: « Il faut éclairer Homère par Homère ». De ce principe fondamental découle trois règles d'exégèse: 1. La règle de la totalité selon laquelle la Bible ou la Torah forme un tout cohérent dans lequel tous les éléments se placent dans une continuité logique, 2. La règle prosopologique selon laquelle le texte religieux est considéré comme une scène de théâtre qui comporte des personnages: la personne de Jésus ou la personne d'Esther dans le Psaume 21 (22), 3. La règle de l'hysteron proteron selon laquelle l'ordre réel des versets d'un texte qui donne la véritable explication est à l'inverse de l'ordre apparent ou encore que le postérieur explique l'antérieur. Dans les deux traditions on reconnaît également le sens obvie et le sens caché du texte religieux, une distinction qui remonte à Théagène de Rhégium (VIe s. av. J.-C.) et qui permettait au commentateur grec de sauver Homère des accusations d'impiété et d'immoralité. On retrouve ainsi dans les deux traditions d'exégèse la pratique de l'exégèse allégorique (psychologique, morale, physique, physiologique, historique, cosmologique) qui permet de révéler le sens caché du texte religieux (Yvon Lafrance, Commentaire et herméneutique, Apeiron, Volume 34, 2001 - books.google.fr).

 

Typologie

 

Depuis 1973, une tendance sensibilise de plus en plus de gens à l'islam et au monde arabe. Pourquoi 1973 ? Peut-être est-ce dû au coup de tonnerre de la guerre d'Octobre et de ses répercussions morales et économiques, une guerre qui a servi de détonateur dans bien des perspectives. Un indice en tout cas à ce phénomène bien trop récent pour être analysé dans une approche un tant soit peu historienne : les centres, universitaires ou pas, qui dispensent des cours de langue arabe ont été submergés de demandes à la fin de l'année 1973 et, par la suite, cette demande qui comblait soudainement toutes les espérances de l'offre ne s'est guère démentie. Tout au plus, les déceptions bien vite engendrées par les premiers pas de la « révolution islamique » de l'imam Khomeiny ont-elles dissipé quelques illusions et tempéré certains enthousiasmes, bien que cette « expérience » se fût produite en terre persane et chiite (Pierre Assouline, Les nouveaux convertis: enquête sur les chrétiens, des juifs et des musulmans pas comme las autres, 1982 - books.google.fr).

 

Après Persépolis, l'Iran avait accumulé pour 3 milliards de dollars de dettes, mais vers la fin de 1973, un peu moins d'un an après, toutes ces dettes avaient été remboursées et l'Iran était devenu une nation créancière à qui d'autres, comme la Grande-Bretagne, étaient ravies d'emprunter. Cette transformation était due au quadruplement du prix du pétrole, qui promettait de faire passer le revenu pétrolier de l'Iran de 5 milliards de dollars l'an au chiffre fabuleux de 19 milliards (Muhammad Hasanayn Haykal, Khomeiny et sa révolution, 1983 - books.google.fr).

 

Les couches qui avaient profité de la croissance des années 1970 - surtout après 1973, avec la brusque montée du prix du pétrole - n'étaient pas socialement négligeables. Mais peu à peu, la conjonction des masses urbaines défavorisées, du bazar, de la structure organisatrice des mollahs - spécifique aux chiites - et la personnalité de l'Ayatollah vont peser (Gérard Chaliand) (Voyage dans le demi-siècle: entretiens croisés avec André Versaille, 2001 - books.google.fr).

 

In late 1972, Imam Khomeini delivered a second series of lectures in Najaf, again to an audience of students of the religious sciences. The lectures were recorded, transcribed, and published the following year under the title Mubaraza ba Nafs ya Jihadi Akbar ("The Struggle Against the Appetitive Soul, or the Supreme Jihad"). This second series served in many ways as a counterpart to the first, delivered in 1970 on the subject of Islamic government. Whereas the first series dealt mainly with the institutional, political, and legal aspects of Islam, the second is primarily concerned with the moral purification and spiritual advancement that must be joined to political activity in order to make it Islamically valid and effective. The reader may recall that it was initially as a lecturer on ethics and gnosis that Imam Khomeini acquired renown in Qum; these lectures are one reminder that this dimension of his activity has never been displaced by the tasks of political struggle and leadership (Hamid Algar) (Ruhollah Khomeini, Islam & Revolution Hb, 2013 - books.google.fr).

 

Ruhollah Khomeiny (1900-1989), né aux alentours de 1900 ou de 1902 selon les sources, est issu d'une famille de religieux iraniens chiites. Après avoir suivi des études religieuses, Khomeiny enseigne la théologie à l'université de Qom. En 1961, il reçoit le titre prestigieux d'ayatollah (signe miraculeux de Dieu). L'année suivante, l'ayatollah Khomeiny devient le chef du clergé chiite iranien. Il prend la tête de l'opposition au régime du Shah à partir de 1963 (Éric Nguyen, Les 100 hommes du XXe siècle, 2005 - books.google.fr).

 

Le chah d'Iran avait fait emprisonner l'ayatollah Ruhollah Khomeiny en 1963, parce qu'il s'opposait aux réformes. Un an plus tard, il l'expulsa vers la Turquie. De là, en 1965, Khomeiny se rendit en Irak, à Najaf, jusqu'à ce que Saddam Hussein l'expulse à son tour. Exilé en France en 1978 où il s'installe à Neauphle le Château, il rejoint l'Iran le 1er février 1979 et y triomphe du chah. Il impose une république islamique en Iran. Le chah doit quitter l'Iran (DéfiBac - fiches de révision Histoire Terminales - books.google.fr).

 

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