En Iran

En Iran

 

VI, 65

 

1973-1974

 

Gris & bureau demie ouuerte guerre,

De nuict seront assaillis & pillez,

Le bureau prins passera par la serre,

Son temple ouuert, deux au plastre grillez.

 

Cabans

 

¬ę Bure ou bureau, drap m√©lang√©, de petit prix , dont les serfs et le menu peuple souloient estre accoustr√©s ¬Ľ Nicot. ¬ę Mieux vault vivre soubz gros bureaux Pauvre, qu'avoir este seigneur, Et pourir soubz riches tombeaux. ¬Ľ Villon, en son grand Testament.

 

Le bureau gris était une pièce de l'habit des religieux brigittins (Pierre Hélyot, Maximilien Bullot, Histoire des ordres monastiques, religieux et militaires: Toutes les differences congregations, & les ordres militaires qui ont été soumis à la legle des s. Augustin, Tome 4, 1715 - books.google.fr).

 

serre : prison (Alain Rey, Dictionnaire Historique de la langue française, 2011 - books.google.fr).

 

Les termes gris et bureau se trouvent chez César de Nostredame, fils de Michel, au sujet de l'habillement des Cabans, catholiques qui menèrent une révolte en 1560 dans la région de Salon de Provence (L'histoire et chronique de Prouence de Caesar de Nostradamus gentilhomme Prouencal, 1624 - books.google.fr).

 

En cons√©quence le 1er mai 1560 la population rurale de la ville et du territoire, incit√©e √† la r√©volte par le bourgeois Louis Villermin dit Curnier et par les autres meneurs du parti catholique, se rassemble sur le cours depuis la place de Bourgneuf jusqu'√† celle des Arbres, en criant : Vive la religion ! A bas Luth√©riens ! La plupart des paysans sont arm√©s de gros b√Ętons au haut desquels adh√®rent des croix de papier blanc et ils portent √† leurs barrettes ou coiffures, des plumes de coq en signe de reconnaissance et de ralliement; sur la motion des chefs ils vont aux maisons suspectes de luth√©ranisme et en arrachent les habitants pour les conduire au ch√Ęteau √† coups de b√Ęton et aux cris de : √† bas Luth√©riens ! Vivent Cabans ! Les paysans de Salon √©taient alors appel√©s Cabans du nom d'un manteau de cadis gris avec manches et capuchon, dont ils se rev√™taient dans la saison d'hiver. Pierre Roux seigneur de Beauvezet √©tait, √† cette √©poque, viguier charg√© de la police de la ville. En homme qui n'√©coute que son courage et son devoir il s'√©lance sur l'un des chefs et, le saisissant au collet, il le conduisait en prison, lorsque plus de cent √©meutiers se ruent sur le viguier pour l'assommer, le traitant de fauteur d'h√©r√©tiques, de souteneur de luth√©riens, de luth√©rien lui-m√™me. Beauvezet, apr√®s avoir abandonn√© son prisonnier, n'eut que le temps de se r√©fugier dans la boutique d'un marchand revendeur √† la place des Arbres ; les mutins l'y poursuivirent, mais sans pouvoir l'atteindre, la porte, d√®s qu'il fut entr√©, ayant √©t√© ferm√©e et solidement barricad√©e en dedans. Mais le peuple acharn√© apr√®s cette proie, entoure la maison et r√©clame le viguier mort ou vif. C'est en vain que le premier consul Antoine de Cadenet et les autres consulaires essaient de calmer les esprits : menaces, promesses, supplications, rien ne peut r√©ussir ; et les √©meutiers apr√®s avoir tent√© plusieurs fois, mais inutilement, de forcer la porte, avaient pris le parti de br√Ľler le viguier dans sa retraite, autour de laquelle furent entass√©s en peu de temps des bottes de paille et des brass√©es de sarments jusqu'au premier √©tage. A la vue de ces pr√©paratifs d'un formidable incendie Beauvezet se d√©cide √† jeter par la fen√™tre le b√Ęton de sa charge en signe d'accommodement et de d√©mission ; le peuple alors satisfait de ce dessaisissement d'autorit√©, abandonne le si√®ge de la maison et court chez Antoine de Cordes, gentilhomme catholique, √† qui est remis le b√Ęton du viguerat. De Cordes ou de Corduba √©tait serviable √† tout le monde et tr√®s aim√© des Cabans ; en acceptant le b√Ęton de viguier, il ne cherche pas √† lutter contre les rebelles, comme l'avait fait Beauvezet; il pense au contraire qu'il sera plus prudent de les diriger de mani√®re √† √©viter autant que possible les exc√®s dans lesquels tombent presque toujours les √©meutes livr√©es √† elles-m√™mes. Il se concerta donc avec Palam√®de Marck de Ch√Ęteauneuf, autre gentilhomme √©galement en ossession d'une grande popularit√©, et tous deux s'√©tant mis √† la t√™te du mouvement, ils all√®rent saisir et conduire au ch√Ęteau les suspects d'h√©r√©sie, √† commencer par leurs parents et leurs amis, en √©tablissant ensuite pour les garder un poste nombreux compos√© d'hommes mod√©r√©s et s√Ľrs avec la consigne de ne laisser p√©n√©trer qui que ce f√Ľt sans une permission √©crite du nouveau viguier. Ces emprisonnements op√©r√©s sans mauvais traitements, mais avec tous les √©gards dus √† d'honorables concitoyens, injustement pers√©cut√©s, sauv√®rent bien des victimes et mirent lin au d√©sordre ; car le peuple ne trouvant plus √† exercer sa fureur contre personne, rentra de lui-m√™me dans le calme. Cet √©tat d'anarchie, au dire de l'historien Nostradamus, dura cinq jours, et toutes les fen√™tres, pendant deux nuits, furent garnies de lumi√®res, afin d'√©clairer les √©meutiers qui ne cessaient d'aller et de venir dans les rues, au son du tambour et de la trompette, en vocif√©rant des impr√©cations et des menaces de mort contre les luth√©riens (C√©sar Nostrad. p. 785 et suiv.). De Cordes et Marck de Ch√Ęteauneuf, par leur habile et sage tactique, avaient pr√©venu beaucoup de maux, mais il leur avait √©t√© impossible de les tous emp√™cher: la populace saccagea de fond en comble la maison de Louis Paul, riche marchand, alors second consul, et celle de son fr√®re Jean Paul ; une vieille femme dont le fils avait √©t√© emprisonn√© comme suspect, fut assomm√©e pr√®s de la porte de Saint-Lazare, et puis tra√ģn√©e jusqu'√† la l√©proserie o√Ļ on lui coupa la t√™te √† la hache ; les messagers qui passaient par Salon portant les correspondances de Marseille, d'Aix, d'Arles et d'autres lieux, √©taient arr√™t√©s par les Cabans, qui enfon√ßaient les bo√ģtes et en arrachaient les lettres, pour en faire lire le contenu et livrer ensuite √† la publicit√© les noms de ceux qui les avaient √©crites (Louis Gimon, Chroniques de la ville de Salon depuis son origine jusqu'en 1792: adapt√©es √† l'histoire, 1882 - books.google.fr).

 

Apr√®s la glorification du p√®re, le r√©cit familial de¬† C√©sar de Nostredame se transforme en un rituel public de r√©paration, pour des violences subies par son p√®re quelques ann√©es auparavant; ainsi, s'il se sent si bien accueilli par ¬ę un tel & si grand Monarque duquel il estoit n√© subject ¬Ľ, c'est pour se tourner, dans lam√™me phrase, vers ses concitoyens, et ¬ę : comme indigne contre sa propre terre, [prononcer] ces mesmes paroles : O ingrata patria, veluti sa Abdera propre Democrito, Comme s'il eut voulut dire : √ī terre ingrate [...] voyez l'estat que mon Roy daigne encore faire de moy ! Ce qu'il disoit sans doute assez ouvertement [...] contre le rude & incivil traittement que certains seditieux assez ouvertement [...], gens de sac & de corde, bouchers sanguinaires, & vilains Cabans avoyent fait √† luy qui donnoit tant de gloire √† son pays ¬Ľ.

 

La citation latine, br√®ve et grandiloquente, fait figure d'impr√©cation contre cette foule de paysans et d'artisans qui, au printemps 1560, s'en est prise √† certains notables de la ville. L'ex√©g√®se de C√©sar parach√®ve le processus de r√©paration en identifiant les coupables aux yeux de la post√©rit√© des lecteurs. Mais il passe sous silence les accusations de luth√©ranisme qui avaient alors pes√© sur ces notables. Or, dans les passages de la Chronique consacr√©s √† l'ann√©e 1560, C√©sar a parfaitement relev√© cette particularit√© de la r√©volte. Il parvient donc √† occulter la dimension religieuse du conflit pour n'en retenir que sa dimension politique et sociale bien r√©elle, mais r√©duite ici √† une affaire personnelle : ainsi, par l'effet d√©formant du souvenir d'enfance, le r√©cit met en sc√®ne Michel de Nostredame seul contre tous, ¬ę gens de sac & de corde, bouchers sanguinaires, & vilains Cabans ¬Ľ, et dans la note marginale qui commente le texte, ¬ę les brassiers, vignerons & (autre telle) farine d'hommes ¬Ľ... Soit aussi, dans la petite ville de Salon, une violence ¬ę de proximit√© ¬Ľ, √©manant, comme si souvent au cours des guerres de Religion, de voisins, et parfois m√™me d'amis : bien plus que la violence physique, c'est donc la violence morale qui domine largement ce souvenir d'enfant, fond√© sur un sentiment d'impuissance du fils √† aider son p√®re (Maryline Crivello, Individu, r√©cit, histoire, 2017 - books.google.fr).

 

A Aix en Provence

 

L'exploitation du gypse dans le secteur de C√©lony remonte √† une p√©riode tr√®s ancienne. D√®s le XIV√®me si√®cle, il est fait mention de l'existence de pl√Ętri√®res dans la partie haute de l'actuelle R.N. 7 qui, √† l'√©poque, s'appelait "faubourg des gipiers" (gipiers: exploitants de gypse en ancien proven√ßal) (Plan de pr√©vention des risques naturels pr√©visibles (P.P.R.), 2001 - www.aixenprovence.fr).

 

Les chantiers de construction qui accompagnent la prosp√©rit√© de la ville ont attir√© menuisiers et pl√Ętriers qui s'y retrouvent depuis le XVe si√®cle, au milieu d'autres constructeurs qui y pratiquent leur art (Claire Dolan, Le notaire, la famille et la ville: Aix-en-Provence √† la fin du XVIe si√®cle, 1998 - books.google.fr).

 

Pour Aix m√™me, outre la pr√©conisation pr√©sent√©e, on compte ainsi plus d'une demi-douzaine d'ordonnances et de m√©moires qui en 1569, 1583, 1669, 1732, 1743 et 1785, traitent de la fabrication du pl√Ętre. Le m√©tier de pl√Ętrier re√ßoit ses statuts en 1463 (Philippe Bernardi, Le pl√Ętre √† travers la r√©glementation proven√ßale (XIVe-XVIIIe si√®cle), Gypseries: gipiers des villes, gipiers des champs, Association pour la valorisation du gypse et du pl√Ętre, 2005 - books.google.fr).

 

La rue de Reauville √† Aix en Provence dont le sol appartenait anciennement aux Rolland, seigneurs de Reauville, fut appel√©e aussi la rue de la Burli√®re, √† cause qu'√©tant fort longue et bien align√©e, les paysans allaient y jouer aux boules 4 les dimanches et jours de f√™tes. Au XIVe si√®cle, les pl√Ętriers √©taient log√©s la plupart dans la partie haute de cette rue et elle s'appelait le faubourg des Gipi√®res. 5 Trois cents ans plus tard elle prit le nom de rue des Bourras, √† cause des p√©nitents-gris ou bourras qui y √©tablirent leur chapelle en 1677 (Cours Sextius - clap.jac.free.fr).

 

Le th√®me d'une violence acte d'√©ternit√©, parce qu'inh√©rente √† une subjectivit√© du service christique de Christ, resurgit encore, lorsque, sous la conduite de Durant de Pontev√®s sieur de Flassans rentr√© en ville d'Aix, le 22 juin de la m√™me ann√©e, un ¬ęgros de peuple, un tas de bouchers et quelques moynes desbauchez (...) embastonnez et ramassez avec des croix blanches en leurs chappeaux garnis de plumes de coq (...) chantant certaines chansons¬Ľ vont en troupes lancer des pierres contre les maisons des suspects d'h√©r√©sie, puis massacrent le conseiller au Parlement Salomon. Et peut-√™tre Flassans, dans sa mystique de croisade, eut-il des √©mules ? Si l'on suit l'Histoire eccl√©siastique, √† la m√™me √©poque, de l'autre c√īt√© du Rh√īne, un certain capitaine Grisas se faisait surnommer ¬ęle capitaine la Croix¬Ľ (Denis Crouzet, Les guerriers de Dieu: la violence au temps des troubles de religion, vers 1525-vers 1610, 2005 - books.google.fr).

 

Au plastre grill√©s : Empl√Ętrage perse

 

Rappelons la fin du roi Anarche que Panurge fit crieur de sauce verte et dont Rabelais nous apprend ¬ę que sa femme le bat comme pl√Ętre ¬Ľ (Pantagruel, Livre II, chapitre 31) t√©moignant par-l√† de l'anciennet√© d'une expression qui manifeste le caract√®re populaire du travail du pl√Ętre et campe le gipier comme une silhouette famili√®re de la vie des villes et des champs (Philippe Bernardi, Le pl√Ętre √† travers la r√©glementation proven√ßale (XIVe-XVIIIe si√®cle), Gypseries: gipiers des villes, gipiers des champs, Association pour la valorisation du gypse et du pl√Ętre, 2005 - books.google.fr).

 

La majuscule signe le nom propre ; elle √©l√®ve le mot commun, efface sa roture et lui donne sa lettre de noblesse. Du m√™me coup l'objet d√©sign√© devient personne et le signifiant conf√®re sa majest√© au signifi√©. De plus, le d√©calage spatio-temporel donne un regain de puissance √† la majuscule. Etablis dans le panth√©on historique et litt√©raire, Xerx√®s et C√©sar sont aur√©ol√©s de gloire, cette fameuse gloire qui fait corps avec le nom propre et que se plaira √† Montaigne de critiquer. Dans l'Enfer rabelaisien, puisque le but consiste √† rabaisser les grandeurs usurp√©es, l'artifice sera par exemple de minusculiser les noms qui caract√©risent l'usurpation. La majuscule leur sera rageusement √īt√©e. ¬ę Tarquin ¬Ľ devient ¬ę tacquin ¬Ľ ; et ¬ę Piso ¬Ľ, ¬ę paisant ¬Ľ. Le nom propre perd son exclusivit√© ; il se fait adjectif, nom commun. Et cette r√©duction suit le principe de l'explicitation s√©mantique par association homophonique : ¬ę Nicolas pape tiers estoit papetier ¬Ľ (p. 370). Conqu√©rant par le langage, Xerx√®s arbore un nom qui est tout un programme militaire. Hugo rapprochera ses sonorit√©s persanes du latin exercitus. Pour Rabelais, elles sont une illustration de sa col√®re l√©gendaire. Le doublet en ¬ę X ¬Ľ est un cri d'excitation . Son ch√Ętiment sera de passer l'√©ternit√© √† ¬ę crier la moutarde ¬Ľ, un peu comme Anarche, autre conqu√©rant ridiculis√©, que Panurge fera, au chapitre suivant, ¬ę crieur de saulce vert ¬Ľ : ¬ę Xerces crioit la moustarde ¬Ľ (p. 367) (Fran√ßois Rigolot, Po√©tique et onomastique: l'exemple de la Renaissance, 1977 - books.google.fr).

 

Mais, davant que poursuyvre ceste entreprinse, je vous veulx dire comment Panurge traicta son prisonnier le roy Anarche. Il luy soubveint de ce qu'avoit raconté Epistemon, comment estoyent traictez les roys et riches de ce monde par les Champz Elysees, et comment ilz guaignoyent pour lors leur vie a vilz et salles mestiers. Pourtant ung jour, habilla son dict roy d'ung beau petit pourpoinct de toille tout deschicqueté comme la cornette d'ung Albanois, et de belles chausses a la mariniere, sans souliers, car, disoit-il, ils luy guasteroyent la veue ; et ung petit bonnet pers avec une grande plume de chappon. Je faulx, car il m'est advis qu'il y en avoyt deux; et une belle ceinture de pers et vert, disant que ceste livree luy advenoyt bien, veu qu'il avoit esté pervers. En tel poinct l'amena devant Pantagruel, et luy dist: Congnoissez vous ce rustre ? Non certes, dist Pantagruel. C'est monsieur du roy de troys cuictes. [...] Et Pantagruel prenoit a tout plaisir. Car i'ause bien dire que c'estoit le meilleur petit bonhomme qui feust d'icy au bout d'ung baston. Ainsi feut Anarche bon crieur de saulce verte. Deux jours apres, Panurge le maria avec une vieille lanterniere, et luy mesme feit les nopces a belles testes de mouton, bonnes hastilles a la moustarde, et beaulx tribars aux ails, dont il en envoya cinq sommades à Pantagruel, lesquelles il mangea toutes, tant il les trouva appetissantes; et a boyre belle piscantine et beau cormé (Livre II, chap. 31). 

 

pers : Bleu, ou tirant sur le bleu. On dit encore aujourd'hui fil pers : c'est un fil bleu qui sert à marquer.

 

rustre : A pied et sans souliers, comme paroissoit le roi Anarche devant la compagnie. Il avoit de l'air d'un rustre, c'est-à-dire d'un de ces fantassins qu'on nommoit rustres; parce qu'on les prenoit d'entre les plus robustes jeunes gens de la campagne [cf. Cabans].

 

lanternière : une putain qui exerçait en maison close à la lanterne rouge.

 

c'estoit le meilleur petit bonhomme qui feust d'icy au bout d'ung baston : marotte, marionnette (Ňíuvres de Rabelais, Tome 4, pr√©sent√© par Esmengart et Eloi Johanneau, et 1823 - books.google.fr, Francis Mauras, Les mots de Fran√ßois Rabelais ont voix aux chapitres, 2017 - books.google.fr).

 

pers est un adjectif venant du latin persus qui signifie proprement persan (Dictionnaire étymologique, Larousse, 1969).

 

En France, Henri II eut l'idée, en 1548, d'établir à Paris un service de lanternes qui auraient été entretenues par le trésor, mais diverses circonstances l'empêchèrent d'y donner suite (W. Maigne, Dictionnaire classique des origines, inventions et découvertes dans les arts, les sciences et les lettres, etc., 1863 - books.google.fr).

 

C'est essentiellement gr√Ęce aux sources √©crites laiss√©es par les po√®tes persans que l'on peut retrouver les traces d'un art de la marionnette √† partir du Ve si√®cle de l'H√©gire. L'Ňďuvre d'Omar Khayy√Ęm (vers 1047 ‚ÄĒ vers 1122) rec√®le de nombreuses r√©f√©rences m√©taphoriques √† des spectacles de marionnettes √† fils ou d'ombres (fanous e-khial ou ¬ę lanterne de l'imagination ¬Ľ). Dans deux de ses quatrains, ce po√®te et savant (√† la fois philosophe, math√©maticien et astronome) d√©crit ainsi les hommes comme des marionnettes √† la merci du ciel et vou√©es √† dispara√ģtre apr√®s avoir jou√© leur r√īle, ou la vie comme un jeu d'ombres o√Ļ le soleil est la bougie, source lumineuse autour de laquelle les hommes, ¬ę figures fantomatiques, vont et disparaissent ¬Ľ (Henryk Jurkowski, Thi√©ri Foulc, Encyclop√©die mondiale des arts de la marionnette, 2009 - books.google.fr).

 

Sur l'origine de ¬ę kara-geuz ¬Ľ les Turcs racontent beaucoup de l√©gendes. D'apr√®s l'une d'elles, les deux h√©ros du th√©√Ętre des ombres turc, ¬ę kara-geuz ¬Ľ et ¬ę hadji-eivaz ¬Ľ √©taient deux courtisans qui furent ex√©cut√©s. Un jour que le sultan √©tait triste, le sage Cheikh-Kouchteri ‚ÄĒ dont le nom est souvent mentionn√© dans les pi√®ces de th√©√Ętre ‚ÄĒ voulant amener le repentir dans le cŇďur du sultan, fabriqua des marionnettes qui avaient une grande ressemblance avec Kara- Geuz et Hadji-Eivaz, et il les montra au sultan. Selon une autre version, ce th√©√Ętre appara√ģt en Turquie sous le r√®gne du sultan Orkhan (1326-55), mais en Iran, il √©tait connu bien avant. Nous trouvons chez Omar-Khaiam, mort en 1123, une po√©sie parlant de Fanious-Khial (litt√©ralement : lanterne magique, lanterne fantastique), la comparant au monde. Le soleil est sa lampe (tchirag), et la lanterne (fanous) (le monde et les humains), des marionnettes (sover : ombres, figurines) (Medjid Kan Rezvani, Le th√©√Ętre et la danse en Iran, 1962 - books.google.fr).

 

Deux id√©es contradictoires partagent traducteurs et commentateurs, pourtant convaincus, chacun pour sa part, de d√©tenir la v√©rit√©. Pour les uns, El-Khayyam est un po√®te mystique, et le vin que l'auteur pr√īne tout au long de ses vers n'est que le symbole de la Connaissance et de la Divinit√©. Dans le m√™me ordre d'id√©e, ne serait-ce pas trahir la pens√©e de Rabelais que d'interpr√©ter l'Oracle de la Dive Bouteille comme une invitation √† l'ivresse bestiale? Pour les autres, le po√®te, homme r√©aliste, ami des plaisirs, insouciant de la vie future, faisait du carpe diem sa philosophie et son but. A notre avis, il est d√©licat d'opter pour l'une ou l'autre √©cole, chacun demeurant libre de lire le Cantique des cantiques ou les Po√®mes de saint Jean de la Croix comme des odes amoureuses ou des po√®mes mystiques. Cela ne d√©pend, en somme, que de l'√©tat d'esprit du lecteur. De plus, la po√©sie mystique emprunte le plus souvent son vocabulaire √† l'amour prosa√Įque, ce qui ne facilite pas la distinction entre les deux genres. Les deux attitudes se retrouvent chez les traducteurs et se r√©percutent sur leurs √©crits. Comme on conna√ģt assez mal la vie d'Omar el-Khayyam, il est difficile de d√©cider s'il fut un √©picurien ou un mystique. Cependant l'on sait que son √©poque √©tait f√©rue de th√©ologie et de philosophie et que lui-m√™me fut un savant notoire (Z. El-Hakim, Omar el-Khayyam, Vie et Langage, Num√©ros 166 √† 177, 1966 - books.google.fr).

 

Pour Jeanne d'Arc, les Anglais imagin√®rent un b√Ľcher d'une forme insolite, ¬ę un haut escherffault de pl√Ętre ¬Ľ, c'est-√†-dire une haute assise de moellons, ma√ßonn√©s avec du pl√Ętre, sur laquelle furent dispos√©s les bois qui devaient br√Ľler la victime (√Čmile Aug√©, Rouen aux principales √©poques de son histoire jusqu'au dix-neuvie√®me si√®cle, 1886 - books.google.fr).

 

Jean Baptiste Tavernier et Jean Chardin sont deux voyageurs fran√ßais du XVII√®me si√®cle qui t√©moignent des supplices au pl√Ętre pratiqu√©s par les Persans.

 

Les Persans ont encore un autre supplice fort cruel, qui est de ma√ßonner quatre murailles qui entourent le patient tout nud, puis d'y verser du pl√Ętre dissout & coulant, qui venant √† s'endurcir emp√™cha la respiration de ce miserable qui crie sans pouvoir crier qu'avec peine, & qui meurt ainsi comme enrag√©s (Les six voyages de Jean Baptiste Tavernier, Ecuyer Baron d'Aubonne, en Turquie, en Perse, et aux Indes Jean-Baptiste Tavernier, 1679 - books.google.fr, Voyages de monsieur le chevalier Chardin, en Perse, et autres lieux de l'Orient, Tome second contenant une description generale de l'Empire de Perse, 1711 - books.google.fr, Jane Dieulafoy, La Perse, la Chald√©e et la Susiane, 1887 - archive.org).

 

Jean-Baptiste Tavernier, n√© √† Paris en 1605 et mort √† Moscou en juillet 1689, est un voyageur et pionnier fran√ßais du commerce avec l'Inde (Les Six Voyages de Jean Baptiste Tavernier, √©cuyer baron d'Aubonne, qu'il a fait en Turquie, en Perse, et aux Indes, pendant l'espace de quarante ans, & par toutes les routes que l'on peut tenir : accompagnez d'observations particulieres sur la qualit√©, la religion, le gouvernement, les coutumes & le commerce de chaque pa√Įs ; avec les figures, le poids, & la valeur de monnoyes qui y ont court, Gervais Clouzier et Claude Barbin, Paris, 1676 (fr.wikipedia.org - Jean-Baptiste Tavernier).

 

Jean Chardin, dit le ¬ę Chevalier Chardin ¬Ľ, n√© le 16 novembre 1643 √† Paris et mort le 5 janvier 1713 √† Chiswick, est un voyageur et un √©crivain fran√ßais, surtout connu pour sa relation de ses s√©jours en Perse et en Orient √† la fin du XVIIe et au d√©but du XVIIIe si√®cle ( Journal du voiage du Chevalier Chardin en Perse, Amsterdam, Jean Wolters & Ysbrand Haring, 1686) (fr.wikipedia.org - Jean Chardin).

 

Anarche, roi des Dipsodes (du grec "dipsodeis" : assoiffé)

 

Cependant des tendances se firent jour d√®s les premiers si√®cles de l'H√©gire d'une certaine recherche d'exercices spirituels et de m√©ditation ; ces ¬ę assoiff√©s de dieu ¬Ľ (soufis) furent d'abord des isol√©s puis se constitu√®rent en compagnies (tar√ģqah). De toutes, la plus connue est celle des derviches tourneurs (Mawlawiyya, tar√ģqah mawlaw√ģ) fond√©e au XIIIe si√®cle par Djalal al-Din Rum√ģ. A l'ordinaire, ces ¬ę assoiff√©s de Dieu ¬Ľ se distinguaient par leur habit de laine (s√Ľf); certains se plurent √† adopter la muraqqaa, l'habit ¬ę rapi√©c√© ¬Ľ des errants, fait de morceaux disparates (Pierre Buser, Cerveau de soi, Cerveau de l'autre, 1998 - books.google.fr, (Encyclopaedia universalis, Volume 11, 1968 - books.google.fr).

 

Ainsi que le dit Rumi, le soufi persan: ¬ęSi tu bois, assoiff√©, de l'eau dans une coupe, c'est Dieu que tu contemples au sein de l'eau. Celui qui n'est pas un amoureux (de Dieu) ne voit dans l'eau que sa propre image. ¬Ľ Seuls les yeux dessill√©s peuvent d√©couvrir que ¬ę l'univers est le livre de la V√©rit√© tr√®s haute¬Ľ. Dieu, dit ailleurs R√Ľmi, ¬ę est le bruit de l'eau dans les oreilles de l'assoiff√© ¬Ľ (Eva Meyerovitch, L'√Ęme et le visage du soufisme, Le Nouveau plan√®te, Num√©ros 17 √† 19, 1964 - books.google.fr).

 

Pantagruel devient roi des Dipsodes en les combattant, ainsi que leur chef de guerre nommé Loup-Garou qui jure d'ailleurs par Mahom (Mahomet). Panurge assure, à cette occasion, à Pantagruel d'avoir de meilleurs dents qu'Hercule (Rabelais, Faits et prouesses épouvantables de Pantagruel, fils de Gargantua et roi des Dipsodes, 1865 - books.google.fr).

 

Tout trait√© de m√©decine persan comporte pour √™tre complet un chapitre sur le qotrob dans la section concernant les maladies de la t√™te. Razi, Buhari, Ali inb Al Abbas, Ibn Sina (Avicenne) Ismail Jurjani ou plus tard Tiflisi ont consacr√© des pages √† cette affection. Qotrob est dorigine grec c'est le lykanthr√īpos, mais d√©signe premi√®rement en arabe un insecte lumineux [cf. Lucifer de Pantagruel : lucem ferre]. Le chapitre du qotrob est ordinairement plac√© √† la suite de la rubrique consacr√© √† la m√©lancolie, comme lui faisant suite naturellement (Bertrand Thierry de Crussol des Epesse, La psychiatrie m√©di√©vale persane: La maladie mentale dans la tradition m√©dicale persane, 2011 - books.google.fr).

 

Ce sont les dents de Lucifer (le porteur de lumière) que Rabelais promet de faire casser par Pantagruel :

 

Dans la ¬ęConclusion¬Ľ au Pantagruel, o√Ļ Rabelais en habile crieur de th√©riacle, √©veille la curiosit√© de son lecteur en lui annon√ßant les futures et merveilleuses aventures de ses h√©ros, Pantagruel est symboliquement appel√© √† combattre contre les diables, √† faire br√Ľler cinq chambres d'enfer, √† mettre √† sac la grande chambre noire, √† jeter Proserpine au feu, et √† ¬ęrompre quatre dents √† Lucifer et une corne au cul.¬Ľ Le programme annonc√© ne sera certes pas rempli √† la lettre (G. Defaux, Pantagruel et les sophistes: Contribution √† l'histoire de l'humanisme chr√©tien au XVIi√®me si√®cle, 1973 - books.google.fr).

 

Apr√®s avoir bu le vin de concert avec Panurge, et effectu√© les tirs qu'on sait, il commence √† semer le sel de sa barque, et comme les Dipsodes dormaient la gueule ouverte, il leur en remplit tout le gosier, tant que ces pauvres h√®res toussaient comme renards, disant : ¬ę Ha! Pantagruel, tu nous chauffes le tison. ¬Ľ Nous assistons ensuite √† la lutte du prince contre Loupgarou et ses trois cents g√©ants. Pantagruel puise de nouveau dans sa barque dix-huit caques et un minot de sel dont il emplit la gorge, le gosier, le nez et les yeux de son adversaire. Celui-ci lui lance un coup de sa masse, le manque et rompt la barque en pi√®ces, en versant le reste du sel en terre. La lutte continue ; Loup-garou menace Pantagruel : ¬ęMeschant,... jamais tu ne altereras les pauvres gens.¬Ľ (Oeuvres de Fran√ßois Rabelais: Pantagruel. -t. 5. Tiers livre. -t. 6. Le Quart livre, chapitres I-XVII, pr√©sent√© par Abel Lefranc, 1922 - books.google.fr).

 

D√®s le Xe si√®cle, des ma√ģtres ont r√©dig√© des trait√©s de ¬ęr√®gles deconduite¬Ľ (√Ęd√Ęb) √† l'usage des novices. Ces r√®gles tendent √† fa√ßonner la juste attitude int√©rieure que doivent acqu√©rir les aspirants. Le comportement ext√©rieur, disent les ma√ģtres, r√©v√®le ce que vit le disciple int√©rieurement, et chaque action doit √™tre consid√©r√©e comme un pas sur la Voie. √Ä chacun des cinq sens (ou√Įe, vue, odorat, toucher, go√Ľt) correspondent des r√®gles de conduite particuli√®res. Par exemples : l'aspirant doit limiter autant que possible l'absorption d'aliments et deboissons. Il se nourrit non pour assouvirson d√©sircharnel, mais pour prendre des forces en vue de l'adoration.¬ę Si Pharaon avait eu faim, note Bist√Ęm√ģ, il n'aurait pas dit ‚ÄúJe suis votre Seigneur supr√™me!‚ÄĚ ¬Ľ Apr√®s s'√™tre lav√© les mains, l'aspirant commence son repas par¬ę Au nom de Dieu ¬Ľ, prend un peu de sel, et ne met dans son bol que le n√©cessaire. Il n'avale que des petites bouch√©es, qu'il m√Ęche soigneusement. Il ne parle pas et ne regarde pas ce que mangent les autres. Il termine son repas en disant ¬ę Dieu soit lou√© ¬Ľ, prend un peu de sel, puis va se laver les mains et se rincer la bouche (Eric Geoffroy, Initiation au soufisme, 2003 - books.google.fr).

 

Djemchid, ancêtre des Achéménides

 

On lit dans le po√®me le Ch√Ęh-N√Ęmeh ou le Livre des Rois, de Firdouss√ģ, presque au d√©but du po√®me : ¬ę Pendant cinquante ans, Djemchid tourna ses pens√©es vers la fabrication des v√™tements pour qu'on p√Ľt s‚Äôen couvrir aux jours de f√™tes et de combats. Il fit des √©toiles de lin, de soie, de laine, de poils de castor et de riches brocarts. Djemchid, qu‚Äôil repr√©sente un roi ou une dynastie, aurait v√©cu, suivant la chronologie du po√®te persan, du trenti√®me au vingt-troisi√®me si√®cle avant notre √®re: c‚Äôest, d‚Äôapr√®s Zoroastre, le premier homme √† qui Ormuzd a r√©v√©l√© la loi. Il promit de rendre le monde heureux, fertile, abondant ; Firdoussi devait faire de son r√®gne l'√Ęge d‚Äėor de la cr√©ation. Sous les successeurs de Djemchid, par exemple sous le r√®gne de F√©ridoun, qui aurait v√©cu au quatorzi√®me si√®cle avant notre √®re, on trouve √©tabli l‚Äôusage de la soie et des brocarts, et on assiste √† des relations continuelles des Perses avec les Chinois ou les Turcs (Ernest Pariset, Histoire de la soie par Ernest Pariset: Temps anterieurs au 7. siecle de l'ere chretienne, Tome 1, 1862 - books.google.fr).

 

Theimouratz fut remplac√© par son fils Djemchid. Les oiseaux et les peris, ou bons g√©nies, lui ob√©issaient. Il inventa la cuirasse, les √©toffes pr√©cieuses, et l'art de la broderie. Il employa cinq ann√©es √† diviser son peuple en quatre castes principales. Les Katour form√®rent la caste des pr√™tres, et habit√®rent sur les montagnes; les Asgar form√®rent celle des guerriers, les Sebaisa celle des agriculteurs, et les Anoukhechi celle des artisans. Le luxe se r√©pandit sous son r√®gne, et pendant trois cents ans Djemchid fut constamment heureux, jusqu'√† ce que l'orgueil lui inspir√Ęt la pens√©e de se r√©volter contre la Divinit√©. Dzoh√Ęk √©tait alors prince des Tasi ou Arabes, et communiquait avec les mauvais g√©nies. Dzoh√Ęk accueillit les sujetsde Djemchid qui abandonnaient leur souverain depuis ses d√©sordres. Il se mit √† leur t√™te, marcha contre Djemchid, le prit dans sa fuite, et le mit √† mort apr√®s un r√®gne de sept cents ans. Dzoh√Ęk r√©gna mille ans. Sa tyrannie r√©duisit la Perse √† la plus affreuse mis√®re. Par la malice des d√©mons, deux serpents √©taient n√©s de ses √©paules, et y demeuraient attach√©s. Pour apaiser leur faim d√©vorante, il fallait tous les jours la cervelle de deux hommes. Par un adroit stratag√®me, les cuisiniers du roi sauvaient chaque jour l'un des deux malheureux destin√©s √† la nourriture des serpents, et l'envoyaient dans les montagnes : c'est de ces r√©fugi√©s que se forma dans la suite la race des Kurdes (Heinrich Julius Klaproth, Tableaux historiques de l'Asie depuis la monarchie de Cyrus jusqu'a nos jours; accompagnes de recherches historiques et ethnographiques, 1826 - books.google.fr).

 

C'est √©galement √† Djemchid qu'il faut faire remonter l'usage de compter le temps par ann√©es solaires. Le souverain fixa le commencement de l'ann√©e au jour pr√©cis o√Ļ le soleil entrait dans la constellation du B√©lier et ordonna de c√©l√©brer cet anniversaire par la grande f√™te du Norouz, ou nouvel an, dont la tradition s'est perp√©tu√©e jusqu'√† nos jours. Djemchid e√Ľt donn√© tous les fruits de ses vergers pour une grappe de raisins. D√©sirant en conserver une provision d'hiver, il en enferma dans une grande jarre et fit d√©poser le vase au fond d'une cave profonde. Lorsque plus tard on ouvrit la jarre, les raisins avaient ferment√© et s'√©taient transform√©s en un jus rouge d'une odeur et d'un go√Ľt p√©n√©trants. Le roi se m√©prit sur les qualit√©s de cette liqueur et en fit remplir quelques amphores de terre, sur chacune desquelles on √©crivit le mot ¬ę poison ¬Ľ. Les propri√©t√©s du vin fussent demeur√©es longtemps ignor√©es si l'une des femmes de l'and√©roun, sujette √† d'intol√©rables douleurs de t√™te, n'e√Ľt cherch√© dans la mort la fin de tous ses maux. Elle prit le vase sur lequel √©tait √©crit ¬ę poison ¬Ľ et en avala le contenu. La belle khanoum, peu faite aux liqueurs alcooliques, tomba en l√©thargie et se trouva fort calm√©e √† son r√©veil. Enchant√©e d'avoir d√©couvert un rem√®de √† ses maux, elle revint souvent √† la cruche, et bient√īt le vin du monarque fut bu tout entier. Le prince s'aper√ßut du larcin : la dame avoua sa faute, mais d√©peignit en termes si engageants les divins effets de l'ivresse, que le roi voulut √† son tour go√Ľter au jus de raisin. A la r√©colte suivante on fit une plus grande quantit√© de vin; Djemchid d'abord, puis toute sa cour firent leurs d√©lices de ce nouveau breuvage, qui, en raison de la mani√®re dont il avait √©t√© connu, fut longtemps nomm√© le ¬ę d√©licieux poison ¬Ľ. Djemchid, il faut le croire, ne tarda pas √† abuser du ¬ę d√©licieux poison ¬Ľ, car il se proclama dieu, ordonna √† ses sujets de lui √©lever des statues, et les d√©go√Ľta √† tel point de lui, qu'ils le trahirent et se soumirent √† Zohak, prince syrien. Le malheureux souverain prit la fuite; poursuivi dans le Seistan, l'Inde et la Chine, il fut enfin conduit devant son ennemi, qui le fit placer entre deux planches et scier en plusieurs morceaux avec une ar√™te de poisson. Au dire de Firdouzi, Djemchid r√©gna sept cents ans et fut l'anc√™tre du fameux Roustem (Jane Dieulafoy, La Perse, la Chald√©e et la Susiane, 1887 - archive.org).

 

Zindan-i-Djemchid ; la prison de Djemchid. C'est ainsi que l'on nomme les grottes du village de Hadji-Abad, au pied de la montagne de Nakchi-Roustem, √† l'orifice de la ravine escarp√©e de Djihan-i-Zevend, d'o√Ļ s'√©lance le fleuve Polbar (M. de Hammer, M√©moire sur la Perse, Recueil de voyages et de m√©moires, Tome II, Seconde partie, 1825 - books.google.fr).

 

La mort d'Isa√Įe et le genre de supplice qu'il subit paraissent √™tre une tradition relativement r√©cente chez les Juifs. On en trouve des traces dans un commentaire de la Michna et un commentaire h√©breu in√©dit qu'Assemanni a fait conna√ģtre. D'apr√®s le premier, Isa√Įe aurait √©t√© envelopp√© par un c√®dre; suivant le second ¬ęil s'enfuit ; un caroubier ouvrit ses flancs et l'enveloppa. On amena un menuisier qui scia l'arbre et le sang d'Isa√Įe coula ¬Ľ. Ces d√©tails manquent dans la version juive ou chr√©tienne de l'Apocalypse d'Isa√Įe, mais ils se rencontrent dans la l√©gende persane de Djemchid (Yim√Ę Khcha√™ta du Zend-Avesta) qui, ayant pris la fuite devant Zohak, resta cach√© pendant cent ans, et apparut un jour dans la mer de Chine o√Ļ il fut sci√© par Zohak dans un arbre Telle est la version sommaire que donne Ferdaousi dans le Chah N√Ęmeh, mais un po√®me pehlvi renferme plus de d√©tails : ¬ę Cet arbre s'entr'ouvrit par suite de la bont√© de Dieu pour que le roi Djemchid se cach√Ęt √† l'int√©rieur. Zohak, ce tyran (sanguinaire) et le diable malfaisant ne soup√ßonn√®rent pas qu'il √©tait l√†. Il se cacha dans l'int√©rieur de cet arbre, chacun d'eux fut d√©sappoint√© √† cause de lui. Mais Iblis, d√©mon impur et tyrannique, connut ce qui √©tait arriv√©. Ce Satan de mauvaise nature dit √† Biver : Djemchid est sans doute √† l'int√©rieur de cet arbre. Alors ces deux malfaiteurs s'approch√®rent pour le tuer. Ils ordonn√®rent √† un menuisier d'apporter une scie et se mirent √† scier l'arbre avec une grande joie. Lorsque la scie vint √† scier le corps du roi Djemchid, le soleil disparut de ce monde. Alors ils s'en all√®rent. Le lendemain, ce m√™me Iblis et B√ģver revinrent tous deux vers ce malheureux. Ils examin√®rent l'arbre et furent stup√©faits de voir qu'il √©tait rest√© entier par la volont√© de Dieu. Ils ordonn√®rent de nouveau de le scier, et de nouveau lorsque la scie fut sur le point de couper (toucher) Djemchid, la nuit apparut (sur la terre). Puis Zohak et Iblis le malfaiteur firent allumer du feu en bas de l'arbre qu'ils avaient coup√©... Le troisi√®me jour, ils coup√®rent l'arbre du roi Djemchid qui dut, √† son grand d√©sespoir, se s√©parer de son √Ęme douce ¬Ľ (Ren√© basset, Les apocryphes √©thiopiens, La Haute science: revue documentaire de la tradition √©sot√©rique et du symbolisme religieux, 1893 - books.google.fr).

 

Cabans perses

 

La diff√©rence entre les deux termes r√©side avant tout dans leur origine linguistique, d'un c√īt√© latine pour le capot et de l'autre arabe puisque le mot caban d√©rive du mot persan "quaba", qui aurait √©t√© introduit en France sous une forme alt√©r√©e par les Italiens et les Espagnols (Francis Back, Le capot canadien : ses origines et son √©volution aux XVIIe et XVIIIe si√®cles, Canadian Folklore, Volume 10, Folklore Studies Association of Canada, 1988 - books.google.fr).

 

Les cabans d'Ormuz, près de la Perse et de l'Inde, sont renommés selon le voyageur Pyrard de Laval qui parcourut ces régions au début du XVIIème siècle (Voyage de Pyrard de Laval aux Indes orientales (1601-1611), 1998 - books.google.fr).

 

Honfleur

 

Pantagruel, 23. Le g√©ant et ses compagnons pr√©parent √† Honfleur une exp√©dition maritime contre les Dipsodes (assoiff√©s) au pays des Amaurotes (obscurs, indistincts). Pantagruel re√ßoit d'une Dame de Paris une enveloppe adress√©e ¬ę Au plus aym√© des belles et moins loyal des preux. P.N.T.G.R.L. ¬Ľ. Dans l'enveloppe, un anneau d'or ench√Ęss√© d'un simple diamant : rien plus. On flaire donc un message secret que Rabelais, √† grand renfort d'√©rudition calepinesque et d'artifices d'espion s'efforce √† r√©soudre. Tout l'art d'√©crire lettres cach√©es, jusqu'au suc d'oignon que nous utilisions enfant, est mis en Ňďuvre. Les livres qui enseignent Comment lire lettres non apparentes ; Des lettres indiscernables ; Des lettres illisibles n'y servent de rien. Il faut donc enqu√™ter plus oultre. L'anneau porte √† l'int√©rieur, en lettres h√©bra√Įques : Lamah hazabthani, qu'ais√©ment on traduit, d'apr√®s le psaume XXII, vs. 1 : ¬ęPourquoi me as- tu laiss√© ?¬Ľ. Mais le dernier mot est du sagefol Panurge. Le diamant est faux; le message est en clair : ¬ęDy, amant faulx, pourquoy me as-tu laiss√©e?¬Ľ. [...] √Člie, √Člie, pourquoi... Pantagruel, Pantagruel, pourquoi... √Čquivalence dont bien d'autres preuves peuvent √™tre fournies. Pantagruel est √† l'origine un d√©mon marin, comme √Člie, protecteur de l'islam sur mer, confondu dans les l√©gendes m√©diterran√©ennes avec Ulysse. Selon Rabelais, le nom du g√©ant est compos√© de panta (tout en grec) et gruel (mot hagar√®ne, c'est-√†-dire arabe). Gur'el est, selon l'Encyclop√©die de l'Islam (s.v. Ilyas), la forme de Khadir Ilyas, √Člie le verdoyant. Rabelais aura appris cela aupr√®s de son professeur d'arabe √† Rome. Enfin la s√©cheresse qui marque la naissance de Pantagruel est explicitement compar√©e √† celle que provoque le terrible proph√®te dans le Livre des Rois. Un anneau marqu√© du nom d'√Člie prot√®ge les marins de tout naufrage. Le masque est un diamant faux, un faux Aman. L'√©pith√®te comme le nom sont bien connus de la tradition du carnavalesque pourim. Lors de cette f√™te du 14 adar (f√©vrier ou mars), on lit de bout en bout, √† la synagogue, le rouleau d'Esther (Claude Guignebet, L'affaire du faux diamant, Les langues secr√®tes, Num√©ro 13 de Collection Politica hermetica, 1999 - books.google.fr).

 

Hadassah bat Aviha√Įl, plus connue sous le nom d'Esther est un personnage du livre d'Esther, qui fait partie du Tanakh et de l'Ancien Testament. Elle est l'√©pouse du roi de Perse Assu√©rus, identifi√© g√©n√©ralement √† Xerx√®s I ou √† Artaxerx√®s I (fr.wikipedia.org - Esther).

 

"aphar" est un terme hébreu trouvé 110 fois dans la Bible. Ce terme peut être traduit en français par poussière, poudre, mortier, cendre, terre, décombres, terreux, sol (www.lueur.org).

 

Psaume XXI (XXII),16 : Ma force se dessèche comme l'argile, Et ma langue s'attache à mon palais ; Tu me réduis à la "poussière" ("aphar") de la mort (www.lueur.org).

 

In pulverem suum revertentur : Ils retourneront dans leur poussière. Ps. 21,16 (Charles GHuré, Dictionnaire de philologie sacrée, Tome III, Encyclopédie théologique, Tome VII, 1846 - books.google.fr).

 

1 Rois 18,38 : Et le feu de l'Eternel tomba, et il consuma l'holocauste, le bois, les pierres et la "terre" ("aphar"), et il absorba l'eau qui était dans le fossé (www.lueur.org).

 

III Reg. 18, 38 (= 1 Rois) : Cecidit ignis Domini et voravit holocaustum et ligna et lapides, pulverem quoque et aquam (Les pierres que le feu consuma, sont ces douze pierres dont Elie avait b√Ęti l'autel, la poussi√®re est le mortier; c√Įest-√Ę-dire, le pl√Ętre ou la chaux dont il s'√©tait servi pour les lier) (Charles GHur√©, Dictionnaire de philologie sacr√©e, Tome III, Encyclop√©die th√©ologique, Tome VII, 1846 - books.google.fr).

 

D√®s les premi√®res ann√©es du seizi√®me si√®cle, sous le r√®gne de Louis XII, nos compatriotes se dirigeaient vers l'Hindoustan. En 1503, un capitaine de Honfleur, Binot Paulmier de Gonneville, jaloux des profits que retiraient les Portugais du commerce des √©pices de l'Inde, s'entendit avec quelques armateurs de sa cit√© natale et, de concert avec eux, √©quipa un navire dont on lui confia la direction. Afin d'assurer le succ√®s de l'entreprise, il engagea deux pilotes portugais qui avaient d√©j√† navigu√© dans ces parages. Les d√©buts du voyage furent heureux; mais, √† peine l'Espoir avait-il pris la mer, que la temp√™te l'assaillit et que le scorbut se d√©clara √† bord. Gonneville, dont rien ne lassait la pers√©v√©rance, aurait voulu lutter encore, et continuer sa route ; mais il ne put doubler le cap de Bonne-Esp√©rance et fut jet√© sur la c√īte br√©silienne. La premi√®re exp√©dition fran√ßaise, dans la direction de l'Hindoustan, avait donc √©chou√©. Le signal √©tait donn√© ; malgr√© l'insucc√®s de Gonneville, d'intr√©pides n√©gociants renouvel√®rent sa tentative. Leur pers√©v√©rance √©tait d'autant plus m√©ritoire que le gouvernement ne les soutenait pas, et qu'ils avaient √† lutter contres les jalousies mercantiles et m√™me contre l'hostilit√© d√©clar√©e des Portugais. On ignore le nom de ces hardis marins. On sait seulement, par le t√©moignage non suspect de l'historien portugais Barros, que trois vaisseaux fran√ßais naviguaient dans la mer des Indes, en 1527. Est-ce √† dire que ces trois vaisseaux √©taient les seuls qui eussent alors doubl√© le cap de Bonne-Esp√©rance et eussent navigu√© dans l'oc√©an Indien ? Ce qui nous ferait supposer le contraire, c'est que nous devons tous nos renseignements, sur cette √©poque, au hasard qui les a conserv√©s. L'indiff√©rence de nos p√®res √©galait presque la n√ītre. En voici une preuve entre mille : Nous lisons dans le Recueil italien de Ramusio, la relation fort int√©ressante du voyage entrepris en 1529, par un capitaine dieppois, dans la direction de l'Hindoustan. On a longtemps ignor√© le nom de ce capitaine. En 1838, M. Estancelin retrouva par hasard la relation originale du voyage, et on sait maintenant que ce capitaine se nommait Parmentier (L'Inde fran√ßaise de 1503 √† 1741, L'explorateur, Volume 3, Soci√©t√© de g√©ographie commerciale, 1876 - books.google.fr).

 

Binot Paulmier, sieur de Gonneville, connu comme Binot Paulmier de Gonneville, est, pour les uns, un des plus c√©l√®bres navigateurs fran√ßais du d√©but du XVIe si√®cle, ayant reconnu les c√ītes du Br√©sil, et pour d'autres, un explorateur imagin√©, dont la m√©moire eut la faveur des salons aux XVIIe et XVIIIe si√®cles. Consid√©r√© √† cette √©poque comme le d√©couvreur des Terra Australis, terre confondue avec l'Australie puis le Br√©sil, qui rempla√ßa le premier terme dans les √©ditions de la fin du XVIIIe si√®cle, il figurait jusque dans le milieu des ann√©es 1990 dans les livres d'Histoire de la Normandie. Son r√©cit n'appara√ģt qu'en 1663, √©poque o√Ļ Jean Paulmier de Courtonne, apparent√© √† Binot, chanoine de la cath√©drale Saint-Pierre de Lisieux, publie un ouvrage intitul√© M√©moires touchant l'√©tablissement d'une mission chrestienne dans le troisi√®me monde : autrement appel√©, la terre australe, m√©ridionale, antarctique & inconnu√ę, dans lequel il se d√©clare √™tre l'arri√®re-petit-fils d'un indien ramen√© en France par Binot Paulmier en 1505 (fr.wikipedia.org - Binot Paulmier de Gonneville).

 

Des doutes existent sur l'existence de Binot Paulmier, mais pourquoi Rabelais aurait-il choisi Honfleur comme point de départ de l'expédition de Pantagruel contre les Dipsodes ?

 

Le psaume 21 (22 TM)

 

Le psaume 22 (21) est la pri√®re d'un homme de foi pers√©cut√© par des ennemis dont il ne pr√©cise pas la personnalit√© et qui commence dans l'angoisse : pourquoi cette situation incompr√©hensible ? Dieu ne l'a pas seulement ¬ę abandonn√© ¬Ľ √† ses ennemis : au moment o√Ļ le mal triomphe, il semble absent (Perre Grelot, Le myst√®re du Christ dans les Psaumes, 1998 - books.google.fr).

 

Il peut s'appliquer à Nostradamus molesté par les Cabans.

 

Le cri du v.2a du Psaume 21 (22) ¬ę Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonn√© ? ¬Ľ est rapport√©, dans l'ex√©g√®se rabbinique, √† Esther, au moment o√Ļ Assu√©rus vient de d√©cider le massacre de tous les juifs [en Perse], tandis qu'il est rapport√© √† J√©sus sur la croix dans l'ex√©g√®se chr√©tienne. Mais au-del√† de cette diff√©rence de contenu, l'analyse du commentaire juif et chr√©tien du Psaume 21 (22) r√©v√®le une grande similitude dans les principes et les m√©thodes d'interpr√©tation. Le principe herm√©neutique fondamental est identique: ¬ę La Bible explique la Bible ¬Ľ et ¬ę Il faut expliquer la Torah par la Torah ¬Ľ, un principe adopt√© par les interpr√®tes alexandrins: ¬ę Il faut √©clairer Hom√®re par Hom√®re ¬Ľ. De ce principe fondamental d√©coule trois r√®gles d'ex√©g√®se: 1. La r√®gle de la totalit√© selon laquelle la Bible ou la Torah forme un tout coh√©rent dans lequel tous les √©l√©ments se placent dans une continuit√© logique, 2. La r√®gle prosopologique selon laquelle le texte religieux est consid√©r√© comme une sc√®ne de th√©√Ętre qui comporte des personnages: la personne de J√©sus ou la personne d'Esther dans le Psaume 21 (22), 3. La r√®gle de l'hysteron proteron selon laquelle l'ordre r√©el des versets d'un texte qui donne la v√©ritable explication est √† l'inverse de l'ordre apparent ou encore que le post√©rieur explique l'ant√©rieur. Dans les deux traditions on reconna√ģt √©galement le sens obvie et le sens cach√© du texte religieux, une distinction qui remonte √† Th√©ag√®ne de Rh√©gium (VIe s. av. J.-C.) et qui permettait au commentateur grec de sauver Hom√®re des accusations d'impi√©t√© et d'immoralit√©. On retrouve ainsi dans les deux traditions d'ex√©g√®se la pratique de l'ex√©g√®se all√©gorique (psychologique, morale, physique, physiologique, historique, cosmologique) qui permet de r√©v√©ler le sens cach√© du texte religieux (Yvon Lafrance, Commentaire et herm√©neutique, Apeiron, Volume 34, 2001 - books.google.fr).

 

Typologie

 

Depuis 1973, une tendance sensibilise de plus en plus de gens √† l'islam et au monde arabe. Pourquoi 1973 ? Peut-√™tre est-ce d√Ľ au coup de tonnerre de la guerre d'Octobre et de ses r√©percussions morales et √©conomiques, une guerre qui a servi de d√©tonateur dans bien des perspectives. Un indice en tout cas √† ce ph√©nom√®ne bien trop r√©cent pour √™tre analys√© dans une approche un tant soit peu historienne : les centres, universitaires ou pas, qui dispensent des cours de langue arabe ont √©t√© submerg√©s de demandes √† la fin de l'ann√©e 1973 et, par la suite, cette demande qui comblait soudainement toutes les esp√©rances de l'offre ne s'est gu√®re d√©mentie. Tout au plus, les d√©ceptions bien vite engendr√©es par les premiers pas de la ¬ę r√©volution islamique ¬Ľ de l'imam Khomeiny ont-elles dissip√© quelques illusions et temp√©r√© certains enthousiasmes, bien que cette ¬ę exp√©rience ¬Ľ se f√Ľt produite en terre persane et chiite (Pierre Assouline, Les nouveaux convertis: enqu√™te sur les chr√©tiens, des juifs et des musulmans pas comme las autres, 1982 - books.google.fr).

 

Après Persépolis, l'Iran avait accumulé pour 3 milliards de dollars de dettes, mais vers la fin de 1973, un peu moins d'un an après, toutes ces dettes avaient été remboursées et l'Iran était devenu une nation créancière à qui d'autres, comme la Grande-Bretagne, étaient ravies d'emprunter. Cette transformation était due au quadruplement du prix du pétrole, qui promettait de faire passer le revenu pétrolier de l'Iran de 5 milliards de dollars l'an au chiffre fabuleux de 19 milliards (Muhammad Hasanayn Haykal, Khomeiny et sa révolution, 1983 - books.google.fr).

 

Les couches qui avaient profité de la croissance des années 1970 - surtout après 1973, avec la brusque montée du prix du pétrole - n'étaient pas socialement négligeables. Mais peu à peu, la conjonction des masses urbaines défavorisées, du bazar, de la structure organisatrice des mollahs - spécifique aux chiites - et la personnalité de l'Ayatollah vont peser (Gérard Chaliand) (Voyage dans le demi-siècle: entretiens croisés avec André Versaille, 2001 - books.google.fr).

 

In late 1972, Imam Khomeini delivered a second series of lectures in Najaf, again to an audience of students of the religious sciences. The lectures were recorded, transcribed, and published the following year under the title Mubaraza ba Nafs ya Jihadi Akbar ("The Struggle Against the Appetitive Soul, or the Supreme Jihad"). This second series served in many ways as a counterpart to the first, delivered in 1970 on the subject of Islamic government. Whereas the first series dealt mainly with the institutional, political, and legal aspects of Islam, the second is primarily concerned with the moral purification and spiritual advancement that must be joined to political activity in order to make it Islamically valid and effective. The reader may recall that it was initially as a lecturer on ethics and gnosis that Imam Khomeini acquired renown in Qum; these lectures are one reminder that this dimension of his activity has never been displaced by the tasks of political struggle and leadership (Hamid Algar) (Ruhollah Khomeini, Islam & Revolution Hb, 2013 - books.google.fr).

 

Ruhollah Khomeiny (1900-1989), n√© aux alentours de 1900 ou de 1902 selon les sources, est issu d'une famille de religieux iraniens chiites. Apr√®s avoir suivi des √©tudes religieuses, Khomeiny enseigne la th√©ologie √† l'universit√© de Qom. En 1961, il re√ßoit le titre prestigieux d'ayatollah (signe miraculeux de Dieu). L'ann√©e suivante, l'ayatollah Khomeiny devient le chef du clerg√© chiite iranien. Il prend la t√™te de l'opposition au r√©gime du Shah √† partir de 1963 (√Čric Nguyen, Les 100 hommes du XXe si√®cle, 2005 - books.google.fr).

 

Le chah d'Iran avait fait emprisonner l'ayatollah Ruhollah Khomeiny en 1963, parce qu'il s'opposait aux r√©formes. Un an plus tard, il l'expulsa vers la Turquie. De l√†, en 1965, Khomeiny se rendit en Irak, √† Najaf, jusqu'√† ce que Saddam Hussein l'expulse √† son tour. Exil√© en France en 1978 o√Ļ il s'installe √† Neauphle le Ch√Ęteau, il rejoint l'Iran le 1er f√©vrier 1979 et y triomphe du chah. Il impose une r√©publique islamique en Iran. Le chah doit quitter l'Iran (D√©fiBac - fiches de r√©vision Histoire Terminales - books.google.fr).

 

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